Skip to main content

Full text of "Recherches sur la librairie de Charles V"

See other formats


S A 

& 

!  o 
1  o 

Si 

!  ° 

r 

1  7 

^ 

1  3 

--■ 

1  7 

' 

:  s 

1  3 
1  7 

^S; 

1  9 

^^= 

=^^^= 

1    5 

Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2009  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/recherchessurlal01deli 


RECHERCHES 


SUR 


LA  LIBRAIRIE  DE  CHARLES  V 


LÉOPOLD    DELISLE 

MEMBRE    DE   L INSTITUT 

ADMINISTRATEUR     GÉNÉRAL     HONORAIRE 
HE   LA   BIBLIOTHÈQUE   NATIONALE 


PARTIE  T 


PARIS 
H.  CHAMPION,  LIBRAIRE-ÉDITEUR 

QUAI    MALAOI    M>,    5 

1907 


RECHERCHES 


LA  LIBRAIRIE  DE  CHARLES  V 


PARTIE  I 


RECHERCHES 


SUR 


LA  LIBRAIRIE  DE  CHARLES  V 


LEOPOLD    DELISLE 

MEMBRE    DE    L'iNSTITUT 

ADMINISTRATEUR.     GENERAL     HONORAIRE 
DE   LA   BIBLIOTHÈQUE  NATIONALE 


PARTIE  I 


PARIS 
H.  CHAMPION,  LIBRAIRE-ÉDITEUR 

QUAI  MALAQUAIS,   5 
1907 


a! 


HOMMAGE 

A 

L'ACADÉMIE  DES  INSCRIPTIONS  ET  BELLES-LETTRES 

1857-1907 


Monsieur  le  Président, 

Monsieur  le  Secrétaire  perpétuel, 

Messieurs  et  chers  Confrères, 

J'avais  exprimé  un  vif  et  sincère  désir  de  passer 
dans  un  silencieux  recueillement  l'anniversaire  d'un 
double  événement  qui  devait  exercer  une  influence 
décisive  et  absolue  sur  le  cours  de  toute  ma  vie.  Le 

10  juin  1857,  j'entrais  dans  la  famille  d'un  des  plus 
illustres  membres  de  l'Académie  des  Inscriptions  et 
Belles-Lettres.  J'épousais  Laure  Burnouf,  la  fille 
aînée  de  l'avant -dernier  secrétaire  perpétuel.  La 
mort  devait  m'en  séparer  quarante -sept  ans  plus 
tard,  le  11  mars  1905,  le  jour  même  où  nous 
devions  quitter  la  Bibliothèque  nationale. 

Six  mois  après  le  jour  béni  de  notre  union,  le 

11  décembre,  un  vote  de  votre  Académie  m'appelait 
à  occuper  le  fauteuil  sur  lequel  avaient  siégé  pendant 


VIII      A  L'ACADÉMIE  DES  INSCRIPTIONS  ET  BELLES-LETTRES. 

soixante -douze  années  mes  deux  prédécesseurs, 
d'abord,  de  1787  à  1815,  La  Porte  du  Theil,  l'un  des 
chefs  de  la  Bibliothèque  nationale  et  impériale  sous 
la  Révolution  française  et  l'Empire,  puis,  de  1815  à 
1857,  Etienne  Quatremère,  qui  avait  débuté  dans  le 
monde  de  l'érudition,  au  commencement  de  l'Em- 
pire, comme  auxiliaire  au  Département  des  manus- 
crits. Moi  aussi,  j'étais  simple  employé  au  même 
Département  depuis  cinq  années,  quand  l'Académie 
daigna  m'appeler  dans  ses  rangs. 

L'accès  de  la  Compagnie  n'était  pas  alors  aussi 
difficile  qu'il  Test  devenu  depuis.  Ce  fut  cependant  à 
un  sentiment  d'extrême  indulgence  et  à  un  acte  d'in- 
signe bienveillance  que  je  dus  un  succès  inespéré, 
et  dont  je  m'étonne  encore  aujourd'hui.  Je  tiens  à  le 
rappeler,  parce  que  je  serais  vraiment  injuste  et  ingrat 
si,  après  vous  avoir  dit  combien  je  suis  touché  de 
cet  éclatant  témoignage  de  votre  affectueuse  con- 
fraternité, dont  la  valeur  a  été  singulièrement  relevée 
par  le  concours  de  notre  éminent  confrère  de  l'Aca- 
démie des  Beaux-Arts,  M.  Chaplain,  je  serais,  dis-je, 
bien  ingrat,  si,  à  mes  plus  cordiaux  remerciments. 
je  ne  joignais  pas  quelques  mots  de  souvenir  recon- 


A  L'ACADÉMIE  DES  INSCRIPTIONS  ET  BELLES-LETTRES.         IX 

naissant  pour  les  maîtres  qui  ont  dirigé  mes  pre- 
miers pas  dans  la  carrière  de  l'érudition,  pour  les 
patrons  qui  ont  encouragé  mes  débuts  et  qui,  il  y  a 
un  demi-siècle,  les  ont  recommandés  à  vos  prédé- 
cesseurs avec  tant  d'insistance  que  les  portes  de 
l'Académie  me  furent  ouvertes,  alors  que  j'étais 
encore  simple  apprenti  bibliothécaire. 

Mais  comment  parler  des  circonstances  vraiment 
exceptionnelles  dans  lesquelles  je  reçus  de  nos 
anciens  une  telle  marque  de  confiance,  sans  entrer 
dans  des  détails  qui  seraient  ici  hors  de  propos?  J'ai 
pensé  qu'ils  seraient  moins  déplacés  en  tête  d'un 
ouvrage  dont  j'ai  pensé  que  vous  daigneriez  agréer 
l'hommage.  Un  exemplaire,  à  peine  achevé  d'impri- 
mer, en  est  déposé  sur  le  bureau.  Chacun  de  vous, 
mes  chers  confrères,  pourra  plus  commodément  y 
jeter  les  yeux,  dans  son  cabinet,  sur  l'exemplaire 
qui  lui  est  destiné  et  qu'il  recevra  très  prochaine- 
ment. 

C'est  un  mémoire  sur  les  origines  premières  d'un 
établissement  littéraire,  scientifique  et  artistique, 
dont  l'histoire  se  rattache  par  bien  des  côtés  à  celle 


X  A  L'ACADÉMIE  DES  INSCRIPTIONS  ET  BELLES-LETTRES. 

de  toutes  les  sections  de  l'Institut  et  plus  particuliè- 
rement à  celle  de  notre  Académie. 

Je  n'ai  pas  cru  commettre  d'indiscrétion  en  vous 
dédiant  mes  derniers  adieux  à  cette  Bibliothèque 
nationale  que  ma  femme  et  moi  nous  avons  tant 
aimée  et  à  laquelle  j'ai  conscience  de  m'être  dévoué 
sans  réserve,  pour  remplir  à  la  fois  mes  devoirs  de 
bibliothécaire  et  ceux  d'académicien. 


SOUVENIRS  DE  JEUNESSE 


C'est  le  11  décembre  1857  que  je  fus  élu  membre  de  l'Aca- 
démie des  inscriptions  et  belles-lettres. 

Mes  titres  n'étaient  guère  considérables,  et  mes  premières 
ambitions,  je  le  dis  sincèrement,  ne  s'élevaient  pas  bien  haut. 

J'étais  allé  à  l'École  des  Frères  de  la  Doctrine  chrétienne  et 
j'avais  fait  mes  études  dans  le  très  modeste  collège  de  ma  ville 
natale,  dont  les  anciens  élèves  ont  tout  récemment  adressé 
à  leur  doyen  un  touchant  souvenir  d'amitié. 

Quand  j'étais  sur  les  bancs  du  collège,  je  fus  remarqué  par 
un  vieillard,  Charles  Duhérissier  de  Gerville,  qui  avait  passé 
sa  jeunesse  dans  l'émigration  en  Angleterre  ;  il  y  avait  vécu  en 
donnant  des  leçons  de  français,  et  il  en  avait  rapporté  des 
connaissances  assez  étendues  en  histoire  naturelle  et  en  archéo- 
logie. Rentré  en  France,  il  fut  un  des  fondateurs  de  la  Société 
des  Antiquaires  de  Normandie,  et  il  eut  le  mérite  d'être  chez 
nous  un  des  premiers  à  appliquer  à  nos  monuments  du  moyen 
âge  les  méthodes  de  travail  auxquelles  il  s'était  initié  pendant 
son  exil.  Sa  curiosité  s'aiguisa,  ses  goûts  s'affermirent  et  son 
érudition  se  forma  peu  à  peu  à  l'aide  de  livres  que  sa  pauvreté 
l'avait  empêché  de  connaître  pendant  sa  jeunesse;  il  s'instruisit 
surtout  à  la  vue  et  à  la  comparaison  de  beaucoup  de  monu- 
ments à  moitié  démolis,  qu'il  réussit  bien  rarement  à  sauver 
d'une  destruction  complète,  et  aussi  au  contact  des  savants 
anglais,  que  les  guerres  de  l'Empire  avaient  tenus  éloignés  de 
la  France  et  qui,  au  rétablissement  de  la  paix,  étaient  accou- 


xi!  SOUVENIRS  DE  JEUNESSE, 

rus  en  Normandie.  Sa  réputation  franchit  les  bornes  de  la  pro- 
vince. C'était  à  lui  que  les  grandes  familles  anglaises  deman- 
daient des  renseignements  sur  le  berceau  de  leurs  ancêtres. 
C'était  lui  que  les  antiquaires  prenaient  pour  guide  dans  la 
visite  des  églises  et  des  abbayes  normandes,  dont  l'étude  leur 
était  indispensable  pour  approfondir  l'étude  des  monuments 
religieux  de  l'Angleterre  remontant  au  xi°  et  au  xne  siècle. 
Les  services  qu'il  rendait  furent  aussi  reconnus  par  les  savants 
de  Paris,  comme  il  appelait  les  membres  de  l'Institut,  en  les 
traitant  avec  beaucoup  de  déférence,  et  il  fut  profondément 
touché,  en  même  temps  que  surpris,  quand  il  apprit  son  élec- 
tion de  correspondant  de  l'Académie  des  inscriptions.  Il  aurait 
pu  l'être  également  de  l'Académie  des  sciences;  car,  tant  qu'il 
fut  valide,  il  passait  en  revue  les  carrières  du  Cotentin  avec 
autant  de  curiosité  et  d'intelligence,  que  les  églises,  les  vieux 
châteaux  et  les  moindres  vestiges  d'antiquités  de  toutes  les 
communes  du  département  de  la  Manche. 

Pendant  que  j'étais  au  collège,  M.  de  Gerville  m'attirait  chez 
lui,  et  m'y  retenait  peut-être  trop  longtemps,  au  détriment  de 
mes  devoirs  d'écolier,  ce  qui  inquiétait  parfois  mes  parents.  Il 
me  faisait  lui  lire  des  livres  anglais  et  m'entretenait  de  tout  ce 
qui  l'intéressait.  Je  ne  m'y  intéressais  pas  moins  que  lui,  et  il 
n'eut  guère  de  peine  à  me  faire  partager  ses  goûts  et,  si  j'ose 
le  dire,  sa  passion  pour  l'étude  du  moyen  âge,  et  surtout  du 
moyen  âge  normand.  En  somme,  ce  ne  fut  pas  du  temps  perdu. 
C'est  là  que  j'appris  qu'il  existait  une  Académie  des  inscrip- 
tions, et  aussi,  ce  qui  me  paraissait  un  peu  mystérieux,  une 
École  des  chartes.  Un  jour  qu'il  m'avait  donné  une  idée  assez 
vague  de  ce  qu'on  pouvait  faire  h  cette  Ecole,  il  me  proposa 
de  m'initier  h  la  lecture  des  anciennes  écritures,  et  il  tira  d'un 
coin  de  sa  bibliothèque  un  vieux  registre  qu'il  me  dit  être  le 
Cartulaire  de  l'abbaye  de  Saint-Sauveur-le-Vicomte;  après 
m'avoir  expliqué  ce  qu'on  trouvait  dans  un  Cartulaire,  il  me  fît 
lire,   au    commencement   de    son    manuscrit,    quelques   lignes 


SOUVENIRS  DE  JEUNESSE.  XIII 

écrites  en  beaux  caractères  gothiques.  C'était  une  charte  de 
Henri  II,  roi  d'Angleterre.  L'exercice  ne  me  parut  pas  au-des- 
sus de  mes  forces,  et  je  fus  ravi  d'obtenir  la  permission  d'em- 
porter le  Cartulaire  chez  mes  parents,  dans  ma  chambre  d'éco- 
lier, de  sorte  que  la  plus  plaisante  de  mes  recréations  consista, 
pendant  tout  un  été,  à  copier  une  bonne  partie  du  Cartulaire, 
(pie  mon  premier  maître  de  paléographie  déposa  peu  de  temps 
après  aux  Archives  du  département  de  la  Manche. 

A  mon  petit  collège  était  annexée  une  bibliothèque,  qui 
remplissait  une  ancienne  église  et  me  paraissait  immense  ;  elle 
ne  contenait  guère  que  de  vieux  livres  imprimés,  beaucoup  en 
caractères  gothiques,  que  j'ai  su  depuis  s'appeler  des  incu- 
nables, et  je  me  rappelle  encore  ma  stupéfaction  a  l'ouverture 
d'un  volume  d'une  des  premières  éditions  du  Spéculum  de 
Vincent  de  Beauvais. 

A  la  fin  de  l'année  1845,  mes  parents  me  conduisirent  à 
Paris,  où  je  devais  suivre  les  cours  de  l'Ecole  des  chartes  et  de 
l'Ecole  de  droit.  J'apportais  dans  mon  bagage  trois  pièces 
infiniment  précieuses,  des  lettres  adressées  par  M.  de  Gervillc 
à  ses  amis  Charles  Le  Normant,  conservateur  à  la  Bibliothèque 
royale  et  membre  de  l'Académie  des  inscriptions,  Auguste  Le 
Prévost,  député  de  l'Eure  et  membre  libre  de  la  même  Aca- 
démie, et  Jules  Desnoyers,  qui  fut  plus  tard,  lui  aussi,  membre 
libre  de  notre  Académie.  Merveilleux  fut  l'effet  de  ces  lettres. 
A  l'accueil  qui  leur  fut  fait,  je  crus  voir  mon  avenir  assuré, 
surtout  quand  M.  Desnoyers  m'eut  mis  sous  la  protection  par- 
ticulière de  ses  meilleurs  amis,  Benjamin  Guérard  et  Natalis  de 
Wailly,  qui  partageaient  avec  lui  la  direction  de  la  Société  de 
l'histoire  de  France. 

Les  trois  années  que  je  passai  à  l'École  des  chartes  furent 
assez  accidentées  et  me  laissèrent  beaucoup  de  loisirs,  d'autant 
plus  qu'avec  l'assentiment  de  mes  parents  je  suspendis,  au 
bout  de  peu  de  mois,  mon  assiduité  à  l'École  de  droit. 

En  1846,  j'avais  à  suivre  un  seul  cours,  que   M.  Guérard 


xiv  SOUVENIRS  DE  JEUNESSE, 

faisait  dans  les  combles  de  la  Bibliothèque  royale  et  qu'il  dut 
interrompre  à  plusieurs  reprises  pour  raison  de  santé.  En  1847, 
la  réorganisation  de  l'École,  transférée  aux  Archives  du 
Royaume,  dans  un  local  encore  à  moitié  approprié,  réduisit  à 
trois  mois  la  durée  des  cours;  en  1848,  les  événements  ame- 
nèrent une  assez  longue  fermeture  de  l'Ecole. 

Les  lacunes  de  ma  scolarité  et  les  trois  années  qui  suivirent 
la  soutenance  de  ma  thèse,  jusqu'à  mon  entrée  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  me  laissèrent  beaucoup  de  liberté  pour 
m'occuper,  à  Paris  et  en  Normandie,  du  genre  d'études  auquel 
je  comptais  me  consacrer. 

M.  de  Gerville  n'avait  pas  réussi  à  m'inoculer  ses  goûts  de 
numismate  et  d'antiquaire;  il  comprit  de  bonne  heure  que  mes 
prédilections  étaient  acquises,  non  au  métal  et  à  la  pierre, 
mais  au  parchemin  et  au  vieux  papier.  Il  déplorait  l'état  des 
archives,  et  il  v  avait  signalé,  à  plusieurs  reprises,  des  actes  de 
vandalisme,  dont  il  avait  été  le  témoin  indigné,  mais  impuis- 
sant. Il  avait  cependant  réussi  a  faire  confier  les  archives  de 
son  département  à  un  de  ses  élèves  et  secrétaires,  Nicolas 
Dubosc,  qui  a  accompli  de  très  utiles  travaux  et  a  mis  un 
terme  à  bien  des  abus.  Il  pensa  que  je  pourrais  être  l'archi- 
viste d'un  des  autres  départements  de  la  Normandie,  et  il  avait 
communiqué  cette  pensée  à  son  ami  Auguste  Le  Prévost,  l'un 
des  membres  influents  de  la  Commission  des  archives  instituée 
depuis  1840  au  ministère  de  l'Intérieur. 

Le  projet  me  séduisit  :  il  cadrait  parfaitement  avec  mes 
goûts  pour  l'histoire  de  la  province,  et  je  me  croyais  assez  bien 
préparé  à  l'administration  d'un  dépôt  d'archives  normandes. 
J'avais,  en  effet,  compulsé,  en  vue  de  mes  premiers  travaux, 
que  l'Académie  récompensa  bien  au  delà  de  mes  espérances, 
presque  tous  les  fonds  anciens  des  départements  de  la  Seine- 
Inférieure,  de  l'Eure,  du  Calvados  et  de  la  Manche,  ainsi  que 
les  séries  de  chartes  normandes  conservés  à  Paris,  aux  archives 
et  à  la  Bibliothèque  nationale. 


SOUVENIRS  DE  JEUNESSE.  xv 

J'avais  pu  effectuer  mes  recherches  à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, grâce  a  la  protection  de  Guérard  et  à  l'inépuisable  com- 
plaisance d'un  modeste  bibliothécaire,  qui  pouvait  tenir  lieu 
de  catalogue,  Charles-Clément  Claude,  qu'aucun  de  vous  n'a 
pu  connaître,  mais  dont  le  souvenir  est  resté  bien  vivant  chez 
les  vieillards  qui  ont  fréquenté  le  département  des  manuscrits 
au  milieu  du  dernier  siècle,  époque  à  laquelle  aucun  catalogue 
n'était  mis  a  la  disposition  du  public.  Aux  Archives  nationales, 
où  le  plus  souvent  j'étais  le  seul  étranger  admis  à  travailler, 
ma  tâche  fut  facilitée  par  M.  de  Wailly,  et  je  ne  tardai  pas  à 
y  être  traité  en  camarade  et  en  ami  par  les  archivistes  de  la 
Section  historique,  surtout  par  Douët  d'Arcq.  Quant  aux 
Archives  de  Normandie,  elles  me  furent  ouvertes  dans  des 
conditions  ultra-libérales,  et  qui  auraient  dû  m'effrayer  si 
j'avais  eu  plus  d'expérience.  Le  plus  souvent,  à  Rouen  et  à 
Caen,  je  pouvais  me  faire  enfermer  le  matin,  dans  les  Archives 
de  la  préfecture,  et  y  rester  seul  toute  la  journée,  sans  que 
personne  vînt  frapper  h  la  porte  pour  y  entrer. 

C'est  ainsi  que,  dès  avant  1852,  je  me  trouvai  posséder  la 
copie  de  la  plupart  des  chartes  normandes  antérieures  à  la 
conquête  de  Philippe-Auguste. 

En  1851,  les  postes  d'archiviste  du  Calvados  et  d'archiviste 
de  la  Seine-Inférieure  allaient  se  trouver  vacants,  et  je  fus 
informé  que  je  pourrais  y  poser  ma  candidature.  Au  même 
moment,  mon  patron  M.  Le  Prévost,  qui  venait  de  me  confier 
la  mission  de  terminer  son  édition  d'Orderic  Vital,  me  prévint 
que  le  préfet  de  la  Seine-Inférieure  était  tout  disposé  à  me 
nommer  archiviste  de  son  département.  J'étais  enchanté  de  la 
perspective  qui  s'ouvrait  devant  moi;  je  ne  voulus  cependant 
pas  accepter  le  poste  qui  m'était  offert  avant  d'avoir  consulté 
mon  maître  M.  Guérard.  Au  premier  mot  de  l'entretien,  il  me 
«  défendit  »  de  quitter  Paris,  où,  disait-il,  ma  place  était  mar- 
quée; il  ajoutait  que  je  n'aurais  pas  à  regretter  d'avoir  suivi 
son  conseil.  Je  le  regrettai  d'autant  moins  qu'en  allant  porter 


XVI  SOUVENIRS  DE  JEUNESSE. 

ma  réponse  à  M.  Le  Prévost,  je  pus  le  décider  h  recommander 
au  préfet  la  candidature  de  mon  meilleur  ami  Charles  de 
Beaurepaire,  qui,  à  tous  égards,  a  pu  être  cité  comme  le  modèle 
de  l'archiviste  formé  à  l'Ecole  des  chartes;  il  a  pris  sa  retraite 
il  y  a  deux  ans,  il  est  aujourd'hui  le  doyen  des  correspondants 
de  l'Académie  des  inscriptions.  C'est  ainsi  qu'en  1851  je  me 
trouvai  rivé  à  Paris. 

L'année  suivante,  Guérard  était  mis  à  la  tète  du  Département 
des  manuscrits,  et  j'étais  en  même  temps  attaché  à  ce  dépar- 
tement  en  qualité  d'employé.  Le  lendemain  de  nos  nominations, 
mon  chef  me  fit  venir  chez  lui.  Il  m'exposa  en  grand  détail  le 
plan  des  travaux  auxquels  il  avait  songé  de  longue  date,  pour 
le  cas  où  il  serait  appelé  à  introduire  dans  le  Département  des 
manuscrits  des  réformes  reconnues  depuis  de  longues  années 
comme  absolument  nécessaires;  il  repoussait  les  mesures  radi- 
cales et  révolutionnaires;  mais  il  voulait  couper  court  à  des 
abus  et  des  irrégularités  qui  l'avaient  souvent  fait  gémir.  Selon 
lui,  toutes  les  pièces  du  Département  devaient  être  cataloguées,- 
au  moins  sommairement;  toutes  devaient  porter  des  cotes 
régulières,  aussi  simples  que  possible  et  absolument  immuables. 
Il  fallait  strictement  respecter  les  classements  consacrés  par 
l'usage;  ceux  que  l'excès  et  l'irrégularité  des  intercalations,  ou 
toute  autre  circonstance,  avaient  rendus  défectueux  ne  pou- 
vaient jamais  être  remplacés  sans  que  des  concordances  fussent 
établies  pour  permettre  de  passer  sans  hésitation  de  l'ancien 
numéro  au  nouveau. 

Guérard  se  lamentait  surtout  de  l'état  matériel  des  collec- 
tions confiées  a  son  administration.  Il  y  avait  alors  dans  les 
combles  de  la  Bibliothèque  nationale  des  masses  assez  considé- 
rables de  papiers,  dont,  faute  de  ressources,  le  classement  et 
la  reliure  étaient  restés  en  souffrance.  On  y  voyait  des  tas  de 
parchemins  vendus  au  poids  sous  l'ancien  régime  par  la 
Chambre  des  comptes,  et  dont  l'intercalation  dans  les  dossiers 
généalogiques  avait  été  interrompue  au  moment  où  on  eut  a 


SOUVENIRS  DE  JEUNESSE.  xvn 

craindre  une  mesure  d'épuration,  comme  celle  qui  eut  lieu  en 
1792  et  dont  le  résultat  fut  la  mise  au  feu,  sur  la  place  Ven- 
dôme, de  plus  de  la  moitié  de  l'inappréciable  Collection  de 
Clairambault.  Il  s'y  trouvait  aussi  des  volumes  qu'on  n'avait 
pas  portés  sur  les  catalogues,  les  uns  parce  qu'on  les  jugeait 
peu  dignes  d'intérêt,  les  autres,  au  contraire  très  importants, 
parce  qu'ils  étaient  placés  à  part  dans  des  armoires  spéciales 
où  les  employés  allaient  les  prendre,  sans  recherche  spéciale, 
quand  il  y  avait  lieu  de  les  communiquer.  On  allait  jusqu'à 
dire  que  des  manuscrits  précieux  étaient  dissimulés,  parce  que 
la  Bibliothèque  ne  s'en  croyait  pas  légitimement  en  possession. 
Les  premiers  professeurs  de  l'Ecole  des  chartes,  l'abbé  Lespinc 
et  Guérard,  avaient  aussi  acquis,  souvent  au  prix  du  poids  du 
parchemin,  un  certain  nombre  de  chartes  qui  servaient  à  l'en- 
seignement de  l'Ecole  des  chartes,  sans  avoir  reçu  des  cotes 
de  classement. 

Tout  cela  était  fort  irrégulier.  Guérard  entendait  que  ces 
causes  de  désordre  disparussent  au  plus  tôt  :  il  fallait  immé- 
diatement se  mettre  à  l'œuvre,  sans  cependant  agir  avec  préci- 
pitation; il  me  répéta  que  de  telles  opérations  étaient  fort  déli- 
cates, et  que,  pour  éviter  de  regrettables  accidents,  il  fallait  se 
rendre  un  compte  exact  de  la  façon  dont  les  collections  s'étaient 
formées  et  dont  elles  avaient  été  traitées  avant  et  depuis  leur 
arrivée  à  la  Bibliothèque.  Il  était  absolument  nécessaire  de 
bien  connaître  l'histoire  de  la  maison  et  savoir  distinguer 
l'écriture  et  les  marques  des  premiers  possesseurs  des  manus- 
crits, surtout  l'écriture  et  les  chiffres  des  anciens  bibliothé- 
caires. Il  ne  fallait  pas  s'exposer  à  confondre  les  copies  de 
documents  exécutées  par  de  vulgaires  écrivains  avec  les  trans- 
criptions, les  extraits,  les  analyses  et  les  simples  notes  des  éru- 
dits  tels  que  les  frères  Dupuy,  Du  Cange,  Gaignières,  Baluze, 
Clairambault,  Anselme  Le  Michel,  Mabillon,  Martène,  etc. 
Tout  employé  devait  connaître  à  fond  l'histoire  de  la  Biblio- 

b 


xviii  SOUVENIRS  DE  JEUNESSE. 

thèque  :  il  fallait  me  procurer,  sans  retard,  le  petit  livre  que 

Le  Prince  avait  publié  sur  ce  sujet  à  la  fin  du  xvme  siècle. 

Rien  ne  pouvait  m'ètre  plus  utile  que  ces  conseils,  auxquels 
j'ai  toujours  conformé  ma  conduite,  et  dont  plus  tard  j'ai  cons- 
tamment recommandé  l'application  dans  tous  les  départements 
de  la  Bibliothèque. 

De  telles  instructions  contribuèrent  à  développer  en  moi  le 
goût  de  la  vraie  bibliophilie;  je  devins  ainsi  de  plus  en  plus 
avide  de  savoir  par  qui  et  pour  qui  les  manuscrits  avaient  été 
faits,  de  quels  pays  ils  étaient  originaires,  à  quelles  époques 
ils  avaient  été  copiés,  revisés  ou  complétés,  quels  artistes  les 
avaient  décorés,  entre  quelles  mains  ils  avaient  passé,  à  quels 
dangers  ils  avaient  échappé,  quels  savants  en  avaient  fait 
usage,  par  suite  de  quelles  aventures  les  différents  morceaux 
de  certains  manuscrits  se  trouvent  dispersés  dans  des  contrées 
souvent  très  éloignées  les  unes  des  autres,  quelles  altérations 
ils  ont  subies,  quels  mauvais  traitements  leur  ont  fait  subir  des 
faussaires,  tantôt  pour  leur  attribuer  une  valeur  tout  à  fait  ima- 
ginaire, tantôt  pour  dissimuler  des  larcins.  Que  de  précautions 
à  prendre  pour  ne  pas  se  laisser  égarer  par  des  témoignages 
légendaires!  Un  petit  événement  bibliophilique,  auquel  est 
mêlé  le  nom  de  Guérard,  montre  à  quels  dangers  on  est  exposé 
en  essayant  de  résoudre  certains  problèmes  qui  se  présentent. 

Peu  de  temps  après  mon  entrée  en  fonctions,  Guérard  m'ou- 
vrit une  petite  armoire  de  réserve,  où  étaient  rassemblés 
quelques  manuscrits  précieux,  qu'on  ne  communiquait  pas 
sans  une  autorisation  spéciale  du  conservateur,  et  qui  n'étaient 
pas  tous  portés  sur  les  catalogues.  Je  devais  les  inscrire  som- 
mairement sur  l'inventaire  du  Supplément  latin  auquel  ils 
étaient  rattachés.  Un  de  ces  manuscrits  me  fut  particulièrement 
signalé.  «  Voilà,  me  dit  Guérard,  un  de  nos  plus  précieux 
manuscrits,  l'exemplaire  de  Nithard,  qui  contient  les  serments 
de  Strasbourg,  le  plus  ancien  texte  français  qui  nous  soit  par- 


SOUVENIRS  DE  JEUNESSE.  xix 

venu.  C'est  un  volume  de  la  bibliothèque  du  Vatican,  qui  nous 
fut  attribué  en  1797  par  le  traité  de  Tolentino.  Les  commis- 
saires du  pape  en  réclamèrent  la  restitution  en  1815;  mais  il 
avait  disparu  de  la  Bibliothèque,  par  suite  probablement  de  la 
remise  qui  en  avait  été  faite  à  un  dessinateur  pour  le  fac-similé 
du  texte  des  fameux  serments  exécuté  à  cette  époque.  Le 
volume  reparut  quelque  temps  plus  tard,  mais  on  n'en  parla 
pas,  pour  ne  pas  s'exposer  à  voir  se  produire  une  réclamation 
du  Vatican.  Les  choses  en  étaient  là  quand  Pertz,  venu  à  Paris 
pour  préparer,  entre  autres  morceaux  destinés  aux  Monumenta 
Germanise  historica,  une  nouvelle  édition  de  l'Histoire  de 
Nithard,  demanda  à  collationner  le  manuscrit  de  cet  auteur, 
venu  du  Vatican.  La  consigne  était  de  déclarer  que  le  manus- 
crit avait  dû  être  rendu  en  1815  aux  commissaires  du  pape. 
Pertz  revint  à  la  charge,  après  avoir  fait  une  démarche  infruc- 
tueuse au  Vatican.  Mais,  c'est  toujours  Guérard  qui  parle, 
j'avais  pris  mes  précautions.  J'avais  collationné  le  manuscrit 
avec  le  plus  grand  soin,  sur  l'édition  de  Dom  Bouquet,  et, 
quand  Pertz  se  représenta,  je  lui  dis  qu'ayant  fouillé  dans  les 
papiers  d'un  des  conservateurs  du  temps  que  les  manuscrits  du 
Vatican  étaient  à  Paris,  j'y  avais  rencontré  une  collation  du 
Nithard  qui  paraissait  avoir  été  faite  avec  une  attention  minu- 
tieuse; à  défaut  de  l'original,  je  pouvais  mettre  cette  collation 
à  sa  disposition.  Pertz  accepta  avec  reconnaissance.  »  En  ter- 
minant son  récit,  Guérard  me  dit  de  voir  dans  les  Monumental 
comment  l'aventure  y  était  rapportée.  Je  me  reprocherais  de 
ne  pas  reproduire  textuellement  ce  que  dit  le  savant  allemand  : 

Codex  seculo  xvn  bibliothecae  palatins;  Vatican®  sub  numéro  1964 
inlatus,  bello  ultimo  Parisius  rediit,  ibique  a  cl.  Roquefort  evolutus 
et  ab  alio  viro  docto,  cujus  nomen  ignoro,  rei  tamen  diplomatie® 
peritissimo,  cum  editione  bouquetiana  diligentissime  collatus  est. 
Mox  Italiae  redditus,  Romae  latet,  nec  vel  maxiraa  cura  nostra  adhi- 
bita,  iterum  emersit.  Sed  quo  plurimum  gratulandurn  nobis"  cense- 

1.  Scriptores,  t.  II,  p.  650, 


xx  SOUVENIRS  DE  JEUNESSE. 

mus,  collalioncm  istam,  in  qua  nihil  desiderari  posse  videtur,  flagi- 
lantibus  nobis  surama  cum  benivolentia  transmisit  V.  cl.  Guérard, 
Bibliothecae  regiœ  Parisiensi  adscriptus,  quem  futurum  gloria?  sua? 
diplomaties  vindicem  Gallia  jam  jamque  sperat  et  expectat. 

J'ai  lu  et  relu  plus  d'une  fois  ces  lignes  dans  le  bel  exem- 
plaire des  Monumenta  qui  m'est  échu,  après  avoir  appartenu  à 
Guérard  puis  à  Natalis  de  Wailly.  C'est  l'exemplaire  que  Pertz 
avait  donné  à  son  ami,  et  dans  lequel  il  avait  inséré  son  portrait. 
C'est  le  plus  précieux  morceau  de  la  collection  de  livres  dont 
ma  femme  et  moi  nous  avons  cru  devoir  disposer  en  faveur  de 
la  Bibliothèque  nationale. 

Mais  ce  que  je  viens  de  dire  n'est  pas  la  partie  la  plus  dra- 
matique de  l'histoire  du  manuscrit  de  Nithard.  Guérard  igno- 
rait et  n'a  jamais  su  ce  qui  s'était  passé  en  1815  lors  de  la 
réclamation  des  commissaires  du  Vatican;  il  n'en  avait  pas  été 
instruit  parles  chefs  de  la  Bibliothèque  qui  avaient  pris  part  à 
la  négociation.  On  ne  l'a  appris  qu'en  1884,  et  la  partie  secrète 
de  la  négociation  nous  a  été  révélée,  dans  les  moindres  détails, 
par  la  publication  posthume  du  rapport  de  Marini,  le  principal 
commissaire  pontifical. 

Il  avait  bien  fallu  en  1815  se  résigner  à  la  restitution  en  bloc 
des  manuscrits  livrés  à  la  France  en  vertu  du  traité  de  Tolen- 
tino,  bien  qu'il  n'eût  été  rien  stipulé  a  ce  sujet  dans  les  traités 
conclus  en  1815  avec  les  alliés.  Quelques  exceptions  avaient 
été  cependant  admises,  pour  atténuer  la  rigueur  des  revendica- 
tions, et  l'affaire  paraissait  à  peu  près  arrangée,  sauf  en  ce  qui 
concernait  deux  manuscrits  sur  le  soit  desquels  Dacier  essayait 
d'apitoyer  les  représentants  du  pape.  11  s'agissait  du  manuscrit 
de  Nithard  et  d'un  antique  exemplaire  de  Virgile,  orné  de 
peintures,  qui  était  sorti  de  l'abbaye  de  Saint-Denis.  On  conjura 
Marini  de  vouloir  bien  encore  en  référer  au  pape.  La  réponse 
no  fut  guère  de  nature  à  nous  satisfaire;  malgré  toute  la  consi- 
dération que,  disait-on,  Pie  VII  avait  pour  M.  Dacier,  Marini 
ne  se  croyait  autorisé  à  abandonner  ni  le  Nithard  ni  le  Vir- 


SOUVENIRS  DE  JEUNESSE.  xxi 

gilc.  Il  finit  cependant  par  accepter,  en  échange  du  Nithard, 
un  manuscrit  grec,  croyant,  comme  il  s'en  est  vanté  plus  tard, 
avoir  ainsi  fait  un  marché  très  avantageux  pour  la  bibliothèque 
du  Vatican.  Mais  il  fut  intraitable  pour  le  Virgile.  Il  prétendit 
même  qu'il  s'était  compromis  en  laissant  le  Nithard  à  Paris. 
En  réalité,  le  souverain  pontife,  «  pour  ne  pas  faire  de  peine  à 
M.  Dacier  »,  avait  autorisé  son  fondé  de  pouvoirs  à  abandon- 
ner les  deux  manuscrits. 

Cela  se  passait  en  1815,  et,  moins  de  douze  ans  après,  la 
légende  de  la  disparition  momentanée  du  Nithard  s'était  formée 
de  toutes  pièces  et  avait  pris  assez  de  consistance  pour  être 
acceptée  par  Guérard  et  consignée  par  Pertz  dans  un  volume 
imprimé  en  1829.  Elle  figure  encore  dans  d'excellents  ouvrages 
d'érudition  postérieurs  à  la  publication  du  compte-rendu  de  la 
mission  de  Marini. 

Mais  je  me  suis  trop  étendu  sur  un  épisode  bien  secondaire,  etje 
dois  m'excuser  de  m'être  laissé  entraîner  parle  désir  de  rappeler 
le  témoignage  si  flatteur  que  l'illustre  Pertz  publiait  en  1829  sur 
les  espérances  données  par  le  jeune  employé  de  la  Bibliothèque. 

La  lecture  du  petit  livre  que  m'avait  recommandé  Guérard, 
et  surtout  celle  du  résumé  des  recherches  de  Boivin,  publié 
par  l'abbé  Jourdain,  en  1739  au  commencement  du  premier 
volume  du  Catalogue  des  livres  imprimés  de  la  Bibliothèque 
du  Roi  n'avaient  pas  tardé  à  me  mettre  assez  bien  au  courant 
des  grandes  lignes  de  l'histoire  de  la  Bibliothèque;  mais  j'étais 
encore  très  peu  avancé  dans  les  travaux  de  déblaiement  et  de 
vérification  dont  j'étais  chargé,  et  qui  me  valaient  souvent  de 
très  agréables  surprises,  comme  la  découverte  de  la  lettre  d'un 
bourgeois  de  La  Rochelle  a  la  reine  Blanche,  que  je  fus  autorisé 
à  communiquer  à  l'Académie,  pendant  l'été  de  1856.  C'était  la 
première  fois  que  j'avais  l'honneur  de  parler  devant  ce  bien- 
veillant auditoire.  Guérard  n'était  plus  là  pour  m'entendre.  Une 
mort  prématurée  l'avait  enlevé  le  10  mars  1854,  à  peine  deux  ans 
après  qu'il  avait  pris  la  direction  du  Département  des  manuscrits. 


XXII  SOUVENIRS  DE  JEUNESSE. 

La  perte  d'un  tel  maître,  et,  je  puis  le  dire,  d'un  tel  ami,  fut 
un  grand  deuil  pour  moi;  ma  douleur  ne  fut  atténuée  que  par 
la  nomination  de  son  successeur,  Natalis  de  Wailly,  chez  qui 
je  devais  retrouver  les  mêmes  qualités,  la  même  science,  la 
même  sagesse  et  la  même  affection.  Il  connaissait  à  fond  les 
projets  de  Guérard,  son  intime  ami,  avec  lequel  il  les  avait 
discutés  ;  il  travailla  pendant  plus  de  quatorze  années  à  les 
appliquer,  et  les  principes  que  ces  deux  illustres  maîtres  avaient 
fait  prévaloir  au  Département  des  manuscrits  y  sont  encore  en 
vigueur,  et  ces  principes  ont  inspiré  beaucoup  des  réformes 
depuis  introduites,  prudemment  et  peu  à  peu,  dans  les  autres 
Départements. 

C'est  peu  après  son  entrée  à  la  Bibliothèque  que  Natalis  de 
Wailly  s'entendit  avec  son  collègue,  confrère  et  ami  Charles 
Le  Normant,  pour  me  présenter  à  Mme  Eugène  Burnouf  ;  ils  vou- 
lurent bien  lui  garantir  que  je  pourrais  être  aussi  bon  mari  que 
bon  bibliothécaire.  Cette  femme,  aussi  vaillante  que  distinguée, 
qui  porta  si  noblement  le  nom  de  notre  grand  indianiste,  dai- 
gna se  laisser  convaincre,  et  ne  tarda  pas  à  me  faire  agréer 
par  sa  fille  aînée,  Laure  Burnouf.  Alors  commença  pour  moi 
une  vie  de  bonheur,  qui  devait  se  prolouger  pendant  quarante- 
sept  ans. 

La  compagne  qui  s'était  donnée  h  moi  de  si  bonne  grâce 
avait  été  élevée  dans  les  cabinets  de  son  grand-père  et  de  son 
père.  Le  grand-père  se  flattait  d'avoir  formé  une  élève  qui,  au 
bout  de  peu  d'années,  faisait  convenablement  les  mêmes  ver- 
sions latines  que  les  rhétoriciens  de  Charlemagne,  et  qui,  n'ad- 
mirant pas  seulement  de  confiance  le  génie  de  son  père,  entre- 
voyait les  difficultés  de  la  tâche  qu'il  s'était  donnée  et 
l'importance  des  résultats  auxquels  il  devait  parvenir  au  cours 
d'une  carrière  si  prématurément  interrompue.  Son  rêve  de 
jeune  fille  aurait  été  de  s'unir  à  un  orientaliste;  mais  elle  voulut 
bien  me  trouver  un  double  mérite  :  j'étais  né  tout  à  côté  du 
berceau  de  la  famille  des  Burnouf,  et  je  sortais  de  l'Ecole  des 


SOUVENIRS  DE  JEUNESSE.  Xxm 

chartes,  dont  Eugène  Burnouf  fut  un  des  premiers  et  des  plus 
brillants  élèves. 

Ma  femme  eut  donc  un  double  motif  d'aimer  l'Ecole  des 
chartes  et  de  s'intéresser  aux  travaux  dont  on  s'y  occupait.  Elle 
ne  s'en  cachait  pas,  non  plus  qu'elle  ne  dissimula  jamais  son 
plaisir  à  admirer  les  peintures  des  manuscrits  du  moyen  âge. 
Elle  en  appréciait  d'autant  mieux  le  mérite,  qu'elle-même 
avait  pratiqué  avec  un  certain  succès  l'art  de  la  miniature.  On 
ne  doit  pas  s'étonner  qu'elle  se  soit  laissée  séduire  par  la 
paléographie.  En  peu  de  temps,  elle  acquit,  dans  un  genre 
d'études  nouveau  pour  elle,  assez  d'expérience  pour  déchiffrer 
couramment  et  très  correctement  les  écritures  du  moyen  âge, 
et  même  pour  en  apprécier  les  dates.  Elle  éprouvait  un  vrai 
plaisir  à  copier  les  chartes,  s'effarouchant  parfois  d'une  latinité 
quelque  peu  différente  de  celle  que  son  grand-père  lui  avait 
apprise.  Que  de  pièces  m'a-t-elle  très  exactement  transcrites, 
en  jolis  caractères  qui  rappellent  les  belles  copies  faites  par 
son  père  et  données  par  elle  a  la  Bibliothèque  nationale!  Que 
de  collations  avons-nous  faites  ensemble  !  Elle  partageait  tous 
mes  goûts,  s'associait  à  tous  mes  travaux,  à  toutes  mes  occupa- 
tions; elle  voulut  n'être  étrangère  à  aucune  des  questions  que 
j'étais  amené  à  examiner.  Sa  modestie  était  telle  qu'elle  n'a 
jamais  voulu  qu'on  pût  soupçonner  la  part  qui  lui  revient  dans 
mes  publications.  Que  de  mémoires  elle  a  lus  et  analysés  la 
plume  à  la  main,  que  de  livres  elle  a  parcourus,  que  de  traduc- 
tions elle  m'a  faites,  que  de  lettres  elle  a  écrites  pour  moi,  que 
de  fautes,  et  pas  seulement  des  fautes  typographiques,  elle  m'a 
épargnées,  en  revoyant  mes  épreuves,  qu'elle  n'a  jamais  voulu 
laisser  partir  pour  l'imprimerie  sans  les  avoir  relues!  Comme 
je  jouissais  du  malin  plaisir  qu'elle  éprouvait  en  me  montrant 
des  coquilles  que  j'avais  laissé  passer  et  qui  auraient  dû  me 
crever  les  yeux! 

Son  ardeur  au  travail  s'augmenta  quand  il  fallut  nous  rési- 
gner a  abandonner  l'espoir  de  fonder  une  famille.  Cette  ardeur 


XXIV  SOUVENIRS  DE  JEUNESSE, 

sembla  môme  redoubler  dans  les  dernières  années  de  sa  vie, 
quand  les  infirmités  l'obligèrent  à  ne  plus  sortir  de  la  maison. 
Mon  mariage  fut  suivi  de  très  près  par  mon  élection  à  l'Aca- 
démie, et  le  souvenir  que  mon  beau-père  avait  laissé  dans  la 
compagnie  ne  fut  pas  étranger  à  mon  succès.  La  voie  qui  con- 
duisait ii  l'Académie  n'était  pas,  d'ailleurs,  à  beaucoup  près, 
aussi  encombrée  qu'elle  l'est  aujourd'hui,  et  si  je  touchai  si 
vite  le  but,  je  le  dus  aux  éloges,  vraiment  excessifs,  que  mes 
patrons  Guérard,  Le  Prévost,  de  Wailly  et  Wallon  avaient 
daigné  donner  à  mes  premiers  ouvrages;  ils  promettaient  en 
mon  nom  des  livres  importants  sur  l'histoire  de  la  Normandie 
et  sur  le  règne  de  Philippe-Auguste;  mais  ils  avaient  beaucoup 
trop  présumé  de  mes  moyens  et  n'avaient  pas  prévu  la  dévia- 
tion que  mon  entrée  à  la  Bibliothèque  devait  faire  subir  à  mes 
études. 

Résolu  à  consacrer  ma  vie  a  la  Bibliothèque,  je  devais  me 
livrer  à  des  études  bibliographiques  et  paléographiques.  Il  fal- 
lait avant  tout  m'occuper  de  nos  chers  manuscrits.  Je  les  aimais 
passionnément,  et  ma  passion  était  partagée  par  ma  femme.  Que 
de  joies  ces  manuscrits  nous  ont  données!  Quelles  délicieuses 
soirées  ont  été  passées  dans  notre  ménage  à  parler  de  pièces 
de  genres  bien  divers,  dont  j'avais  aperçu  l'importance,  quand 
une  circonstance  imprévue  les  faisait  passer  sous  mes  yeux  ! 
Quels  souvenirs  m'en  sont  restés  dans  la  mémoire! 

Je  ris  encore  de  l'enthousiasme  avec  lequel  je  rentrai  à  la 
maison,  un  jour  de  l'été  1867,  pour  annoncer  a  ma  femme 
qu'un  notaire  m'avait  laissé  feuilleter,  sous  ses  yeux,  et  seule- 
ment pendant  une  toute  petite  demi-heure,  un  magnifique 
psautier,  que  j'avais  reconnu  avoir  été  fait  pour  la  reine  Inge- 
burge  de  Danemark,  ce  dont  personne  ne  s'était  encore  douté. 
Nous  ne  pensions  guère  alors  qu'une  vingtaine  d'années  plus 
tard  ce  psautier  serait  acquis  par  S.  A.  R.  le  duc  d'Aumale  et 
qu'il  nous  serait  donné,  à  l'un  et  à  L'autre,  de  le  voir  et  revoir 
à  loisir  dans.le  Cabinet  des  livres  de  Chantilly. 


SOUVENIRS  DE  JEUNESSE.  xxv 

Quelle  bonne  fortune  nous  advint  la  même  année  quand 
nous  admirâmes  à  l'exposition  du  Champ-de-Mars  un  manuscrit 
venu  de  Soissons  dans  lequel  j'aperçus  des  indices  certains  d'une 
origine  royale  !  C'était,  en  effet,  un  des  plus  précieux  livres  du 
xiv°  siècle,  que  le  roi  Jean  perdit  avec  ses  bagages  à  la  journée 
de  Poitiers.  Charles  V  le  racheta  aux  Anglais,  pour  le  donner 
à  son  frère,  le  duc  de  Berry,  le  plus  grand  bibliophile  du  moyen 
âge.  J'ignore,  hélas!  aujourd'hui,  quelles  destinées  sont  réser- 
vées «à  ce  chef-d'œuvre  d'écriture  et  d'enluminure,  dont  nous 
avons  été  les  gardiens  dans  le  salon  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale, en  1904,  après  la  clôture  de  l'Exposition  des  Primitifs,  et 
ce  fut  alors  que  j'en  préparai  une  minutieuse  description  pour 
la  comprendre  dans  mes  Recherches  sur  la  librairie  de 
Charles  V. 

Un  peu  plus  tard,  en  1878,  je  me  revois  dans  la  bibliothèque 
de  Lyon,  assis  à  côté  de  ma  femme,  que  j'effrayai  d'un  sou- 
bresaut subit;  l'ouverture  d'un  manuscrit  dépourvu  de  reliure 
et  tout  délabré  venait  de  faire  surgir  dans  ma  mémoire  la  vision 
des  cahiers  du  Pentateuque  à  trois  colonnes,  en  onciale,  que  le 
vieux  comte  d'Ashburnham  avait  publié  en  1868  avec  un  fac- 
similé.  Je  me  trouvais  inopinément  face  à  face  avec  la  moitié 
d'un  revenant  de  moi  bien  connu,  quoique  je  n'en  eusse  jamais 
vu  l'autre  moitié.  Le  revenant  semblait  répondre  à  une  évocation 
de  notre  regretté  Gaston  Paris,  qui,  après  avoir  signalé,  dans 
la  Reçue  critique,  en  1868,  l'importance  des  fragments  récem- 
ment publiés,  déplorait  la  perte  du  reste  du  manuscrit  et  termi- 
nait son  compte-rendu  par  un  vœu  quasi  prophétique  :  «  Heu- 
reux, disait-il,  le  chercheur  qui  mettra  la  main  sur  ce  trésor, 
caché  peut-être  dans  le  fond  de  quelque  bibliothèque  de  pro- 
vince !  » 

Quel  plaisir  j'éprouvai  un  peu  plus  tard,  quand  j'eus  a  rem- 
plir la  mission  de  rétablir  h  leur  place  légitime  les  cahiers 
échoués  en  Angleterre  depuis  plus  de  trente  ans  ! 

Je  n'ai  pas  oublié  non  plus  nos  anxiétés  pendant  les  cam- 


xxvi  SOUVENIRS  DE  JEUNESSE, 

pagnes  que  j'ai  eu  l'honneur  de  diriger  pour  réparer  des  perles 
considérables  subies  par  nos  collections  au  xvme  et  au 
xixe  siècle.  Mais  quel  bonheur  succéda  à  ces  anxiétés,  quand 
nous  vîmes  rentrer  en  France,  grâce  au  bon  vouloir  de  nos 
amis  du  Musée  britannique,  M.  Bond  et  sir  Edward  Thompson, 
d'abord,  en  1876,  les  feuillets  arrachés  du  temps  de  Louis  XIV 
à  la  Bible  de  Charles  le  Chauve,  puis  en  1887,  cent  soixante-six 
manuscrits  de  choix,  dérobés  à  nos  bibliothèques,  pour  faire 
l'ornement  des  collections  de  Libri  et  de  Barrois.  Il  m'est  bien 
permis  de  rappeler  ces  derniers  succès  dans  un  livre  sur  les 
origines  de  la  Bibliothèque  nationale,  dédié  à  l'Académie  des 
inscriptions.  Ces  succès  sont  dus,  en  effet,  pour  une  grande 
partie,  à  l'appui  qu'elle  a  bien  voulu  me  donner.  C'est 
elle  qui  a  entraîné  l'adhésion  des  Trustées  du  Musée  britan- 
nique et  celle  du  commissaire  du  gouvernement  italien,  le  pro- 
fesseur Villari,  quand,  le  23  février  1883,  elle  s'associa  à  ma 
démonstration  de  l'origine  frauduleuse  de  tant  de  manuscrits 
précieux  cédés  au  comte  d'Ashburnham  par  Libri  et  par  Barrois 
en  1847  et  en  1849. 

Elle  exerçait  ainsi  sur  la  Bibliothèque  nationale  le  genre  de 
patronage  que  le  roi  Louis  XVI  lui  avait  conféré,  en  la  char- 
geant, en  1785,  d'en  rédiger  la  notice  des  principaux  manus- 
crits, mission  qu'elle  n'a  point  cessé  de  remplir,  comme  l'at- 
testent les  trente-neuf  volumes  publiés  depuis  1787  jusqu'à  ce 
jour  sous  le  titre  de  Notices  et  extraits  des  manuscrits  de  la 
Bibliothèque  nationale  et  autres  bibliothèques. 


Fidèle  aux  recommandations  de  Guérard,  dont  il  a  été  dit 
quelques  mots  un  peu  plus  haut,  j'ai  toujours  eu  l'attention 
éveillée  sur  l'origine  de  nos  manuscrits  et  sur  les  vicissitudes 
par  lesquelles  ils  ont  passé.  Peu  avant  1868,  je  crus  avoir  réuni 
assez  d'observations  pour  commencer  la*  publication  d'un 
ouvrage  qui  devait  être  l'histoire  de  notre  Département  des 


SOUVENIRS  DE  JEUNESSE.  xxvn 

manuscrits.  Cette  entreprise,  quelque  peu  téméraire,  se  termina  en 
1881 .  Aujourd'hui,  l'ouvrage  serait  à  reprendre  en  sous-œuvre,  de 
fond  en  comble,  avec  un  choix  de  pièces  justificatives,  sur  des 
bases  beaucoup  plus  larges.  Voilà  longtemps  que  j'ai  dû  renon- 
cer à  une  tâche  qui  était  au-dessus  de  mes  forces.  Mais  depuis 
que  j'ai  dû  faire  mes  adieux  à  la  Bibliothèque,  j'ai  cru  pouvoir 
mettre  en  œuvre  mes  notes  relatives  à  ce  qu'on  peut  appeler 
l'Enfance  de  cet  établissement.  Il  ne  s'agit  là  que  des  livres 
amassés  par  Charles  V  et  dispersés  après  la  mort  de  Charles  VI. 
Ce  n'est  qu'une  très  petite  partie  du  premier  volume,  publié  en 
1868  sous  le  titre  de  Le  Cabinet  des  manuscrits  de  la  Biblio- 
thèque impériale.  Les  questions  que  j'avais  à  examiner  ont  dû 
prendre  beaucoup  d'ampleur,  par  suite  de  nouvelles  recherches 
poursuivies  pendant  près  de  quarante  ans. 

En  1868,  je  ne  connaissais  guère  qu'une  trentaine  de  manus- 
crits ayant  fait  partie  de  la  collection  d'environ  1,200  volumes 
réunis  du  temps  de  Charles  V  et  de  Charles  VI  dans  la  tour 
du  Louvre  et  dans  les  différentes  résidences  royales.  Je  puis 
aujourd'hui  en  signaler  une  centaine.  On  peut  espérer  que  les 
documents  publiés  dans  la  seconde  partie  de  mes  Recherches 
permettront  d'en  accroître  encore  le  nombre. 


RECHERCHES 


SUR 


LA  LIBRAIRIE  DE  CHARLES  V 

ROI  DE   FRANCE 


I. 

Fondation  de  la  librairie. 

Goûts  littéraires    de  Charles  V.  —  Son  amour  des  livres. 

Beauté  des  exemplaires  qu'il  réunit. 

Installation  de  la  librairie  au  Louvre. 

La  fondation  en  plein  xive  siècle,  dans  un  château  royal, 
d'une  librairie,  composée  à  la  fois  de  livres  de  luxe  ou 
d'agrément  et  de  livres  d'étude,  est  un  fait  qui  ne  saurait 
passer  inaperçu  dans  l'histoire  de  la  culture  intellectuelle 
de  la  société  française.  Tel  fut  le  caractère  de  la  librairie 
que  Charles  V  installa  à  Paris,  dans  une  tour  du  Louvre,  et 
qui,  à  côté  de  livres  destinés  à  charmer  les  loisirs  du  sou- 
verain et  des  membres  de  sa  famille  et  de  sa  maison,  ren- 
fermait nombre  d'ouvrages  rassemblés  pour  servir  aux  tra- 
vaux de  théologie,  de  droit,  de  science,  de  littérature  et 
d'histoire.  On  comprend  les  nobles  sentiments  dont  le  roi 
était  animé  quand  on  le  voit  déclarer,  en  1371,  qu'il  veut 
largement  subventionner  le  travail  de  Raoul  de  Presles, 
chargé  de  traduire  en  français  la  Cité  de  Dieu  de  saint 
Augustin,  «  pour  l'utilité  publique  du  royaume  et  de  toute 

1 


2  FONDATION  DE  LA  LIBRAIRIE. 

«  la  chrétienté1  » .  C'est  de  la  librairie  fondée  par  Charles  V, 
premier  germe  de  notre  Bibliothèque  nationale,  que  je  me 
propose  d'étudier  l'origine  et  les  vicissitudes,  en  recher- 
chant et  décrivant  les  volumes  qui,  après  avoir  échappé  à 
la  destruction,  sont  aujourd'hui  disséminés  dans  différentes 
bibliothèques  de  la  France  et  des  pays  étrangers. 

Les  prédécesseurs  de  Charles  V  avaient  possédé  des 
livres  ;  la  plupart  d'entre  eux,  et  notamment  le  roi  Jean*2,  son 
père,  avaient  encouragé  la  culture  des  lettres,  subventionné 
les  auteurs  et  fait  exécuter  par  d'habiles  artistes  des  livres 
de  grand  luxe.  Mais  aucun  n'avait  songé  à  créer  ce  que  nous 
appellerions  aujourd'hui  un  établissement  d'utilité  publique, 
destiné  à  survivre  au  fondateur.  La  librairie  dont  Charles  V 
arrêta  le  plan  aussitôt  après  être  monté  sur  le  trône,  et  qu'il 
lui  fut  donné  de  laisser  en  mourant  dans  le  plus  brillant 
état,  émerveilla  les  contemporains;  les  historiens  sont 
unanimes  à  la  citer  comme  une  institution  des  plus  remar- 
quables. 

Christine  de  Pisan  avait  pu  l'admirer  plus  d'une  fois; 
voici  le  témoignage  qu'elle  en  a  porté  :  «  Ne  dirons-nous 
«  encore,  de  la  sagece  du  roy  Charles,  la  grant  amour  qu'il 
«  avoit  à  l'estude  et  à  la  science?  Et  qu'il  soit  ainsi,  bien  le 
«  demonstroit  par  la  belle  assemblée  de  notables  livres  et 
«  belle  librairie  qu'il  avoit  de  tous  les  plus  notables  volumes 
«  qui  par  souverains  auteurs  aient  esté  compilés,  soit  de  la 
«  sainte  escripture,  de  théologie,  de  philosophie  et  de 
«  toutes  sciences,  moult  bien  escrips  et  richement  adornez  ; 
«  et  tout  temps  les  meilleurs  escripvains  que  on  peust  trou- 
«  ver  occupez  pour  lui  en  tel  ouvrage;  et  se  son  estude 
«  bel  à  devis  estoit  bien  ordenné,  comme  il  voulsist  toutes 

1.  Mandements  de  Charles  V,  p.  vu.  Voyez  plus  loin  l'article  consacré  aux 
traductions  de  Raoul  de  Presles. 

2.  Les  renseignements  que  j'ai  pu  recueillir  sur  les  livres  du  roi  Jean  seront 
l'objet  d'une  notice,  en  tête  de  l'Appendice  qui  est  à  la  fin  de  cet  ouvrage. 


GOUTS  LITTÉRAIRES  DE  CHARLES  V.  3 

«  ses  choses  belles  et  nettes,  polies  et  ordennées,  ne  con- 
«  vient  demander  :  car  mieulz  estre  ne  peust1.  » 

Un  contemporain,  Pierre  Bohier,  ne  craint  pas  de  com- 
parer Charles  V  à  ce  roi  d'Egypte  qui  avait  réuni  cent 
mille  volumes  dans  sa  bibliothèque,  à  Jules  César,  qui  sai- 
sissait si  promptement  le  sens  de  toute  espèce  d'écrits,  et  à 
Charlemagne,  qui,  tous  les  jours,  même  quand  il  devait 
livrer  bataille,  se  faisait  faire  trois  lectures2.  Il  n'est  pas 
douteux,  en  effet,  que  Charles  V  ait  été  animé  d'une  véri- 
table passion  pour  les  livres  ;  il  leur  consacrait  la  meilleure 
partie  du  temps  qui  n'était  pas  réclamé  par  les  affaires 
publiques.  «  Vous  avés,  lui  disait  Raoul  de  Presles3,  vous 
«  avés  tous  jours  amé  science  et  honoré  les  bons  clers,  et 
«  estudié  continuelment  en  divers  livres  et  sciences;  se 
«  vous  n'avez  eu  autre  occupation.  »  A  l'exemple  de  son 
père,  il  aimait  à  tracer  son  nom  sur  les  livres  qui  étaient 
l'objet  de  ses  prédilections.  Suivant  les  anciens  inventaires, 
il  avait  apposé  sa  signature  sur  les  ouvrages  suivants  : 

Le  Cy  nous  dit4  (n°  111). 

Le  Rational  de  Guillaume  Durant  (n°  114).  —  Ms.  français  437  de 
la  Bibliothèque  nationale. 

Le  livre  des  Mouches  à  miel,  de  Thomas  de  Cantimpré  (n°  314).  — 
Ce  livre  est  aujourd'hui  à  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique;  la 
signature  en  a  été  effacée. 

Le  Songe  du  Verger  (n°  433).  —  Ce  manuscrit,  aujourd'hui  au 
Musée  britannique,  ne  contient  plus  la  signature  du  roi. 

Les  Ethiques  d'Aristote  en  français  (n°  482).  —  C'est  l'exemplaire 
qui  est  conservé  au  Musée  Meermanno-Westreenien  à  La  Haye;  la 
signature  en  a  disparu. 


1.  Faits  de  Charles  V,  t.  III,  p.  12.  Je  cite  ce  passage  d'après  les  mss.  fran- 
çais 5025  et  10153. 

2.  Épître  mise  en  tête  d'une  édition  des  Vies  des  papes  ;  elle  sera  publiée  à 
l'Appendice,  XIII. 

3.  Prologue  de  la  traduction  de  la  Cité  de  Dieu. 

4.  Les  cotes  mises  entre  parenthèses  renvoient  à  l'inventaire  imprimé  dans  la 
seconde  partie  de  cet  ouvrage. 


4  FONDATION  DE  LA  LIBRAIRIE. 

Le  Gouvernement  des  Princes  (n°  513). 

Les  Tables  d'Alphonse  (n°  592  et  595). 

La  Géomancie  (n°  752). 

La  Chevalerie  de  Végèce  (n°  863). 

La  Chronique  martinienne,  ou  plutôt  la  Fleur  des  chroniques  de 
Bernard  Gui  (n°  887). 

Le  Tite-Live  de  Pierre  Bersuire  (n°  980),  et  les  Chroniques  d'Es- 
pagne (n°  1015). 

Cette  signature,  le  plus  souvent  accompagnée  d'une  note 
autographe  du  roi,  se  voit  dans  une  douzaine  de  manus- 
crits au  sujet  desquels  on  peut  consulter  les  notices  consa- 
crées plus  loin  aux  livres  de  Charles  V  dont  l'existence  a 
été  constatée.  Je  les  indique  ici  d'un  mot,  avec  le  n°  de  la 
notice  qui  concerne  chacun  d'eux1  : 

I.  Bible  latine,  de  la  cathédrale  de  Gerona. 

II.  Bible  latine,  n°  590  de  l'Arsenal. 

XL  Second  volume  de  la  Bible  historiale  copiée  en  1362  par 
Baoulet  d'Orléans;  ms.  français  5707  de  la  Bibliothèque  nationale. 

XII.  Rational  de  Guillaume  Durant;  ms.  français  437. 

XXXII.  Cérémonial  du  sacre,  ms.  du  Musée  britannique,  Cotton, 
Tiberius,  B.  vin. 

XLI.  Le  livre  des  Mouches  à  miel,  de  Thomas  de  Cantimpré; 
ms.  2073,  jadis  9507,  de  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique. 

XLV.  Le  Miroir  des  dames;  ms.  du  collège  de  Corpus  Christi  à 
Cambridge,  n°  324. 

XLIX.  Les  Institutes  en  français;  ms.  français  1064. 

LIX.  L'Enseignement  des  princes;  ms.  434  de  Besançon. 

LXVII.  La  Géomancie  de  Guillaume  de  Meerbeke;  ms.  1447  du 
Collège  de  la  Trinité  à  Cambridge. 

LXXIII.  Les  Voyages  de  Jean  de  Mandeville;  ms.  français  4515 
et  4516  des  Nouvelles  acquisitions. 

LXXVIII.  Les  Fleurs  des  chroniques  de  Bernard  Gui;  ms.  fran- 
çais 1409  des  Nouvelles  acquisitions. 

LXXX.  Le  Tite-Live  de  Pierre  Bersuire;  ms.  777  de  Sainte- 
Geneviève. 

1.  Ce  n*  est  imprimé  en  chiffres  romains  dans  la  liste  qui  suit. 


GOUTS  LITTÉRAIRES  DE  CHARLES  V.  5 

XCII.  Les  Grandes  Chroniques  de  France;  ms.  880  de  Lyon.  (Il 
n'y  a  que  les  vestiges  d'une  note  signée,  selon  toute  apparence,  par 
Charles  V.) 

Le  texte  même  des  notes  du  roi  sera  publié  dans  la  des- 
cription des  manuscrits  qui  forme  le  dernier  chapitre  du 
présent  volume. 

Le  goût  de  Charles  V  est  attesté  par  l'habileté  des  copistes 
qu'il  employa  et  dont  plusieurs  ont  pris  soin  de  nous  faire 
connaître  leurs  noms1.  On  l'apprécie  encore  mieux  à  la  vue 
des  enluminures  marginales  et  surtout  des  petits  tableaux 
dont  sont  ornés  la  plupart  des  manuscrits  qu'il  a  fait  exé- 
cuter ou  qu'il  a  recueillis  dans  sa  librairie. 

Gomme  particulièrement  remarquables,  je  puis  citer, 
parmi  les  débris  subsistants  des  collections  de  Charles  V  : 

1  °  Manuscrits  dont  l'exécution  est  antérieure  à  l'avène- 
ment de  ce  prince  : 

A  la  Bibliothèque  nationale  :  Latin  10525,  Psautier  de  saint  Louis. 

—  Latin  10483  et  10484,  Bréviaire  de  Belleville. 

—  Français  403,  l'Apocalypse  commentée  et  historiée. 

—  Français  1294,  La  Somme  le  Boi,  de  l'année  1294. 

—  Français  2090-2092,  la  Vie  et  les  miracles  de  saint  Denis; 

ms.  offert  à  Philippe  le  Long. 

—  Français  5716,  Vie  de  saint  Louis  par  Guillaume  de  Saint- 

Pathus,  confesseur  de  la  reine  Marguerite. 

—  Français  15397,  fragments  de  la  Bible  de  Jean  de  Sy,  de  l'an- 

née 1356. 
A  l'Arsenal  :  ms.  5080,  le  tome  II  du  Miroir  historial  du  roi  Jean. 
A  Chantilly  :  le  Psautier  de  la  reine  Ingeburge. 

—  le  Bréviaire  de  Jeanne  d'Evreux.       f 

Au  Séminaire  de  Soissons  :  les  Miracles  de  Notre-Dame,  exem- 
plaire du  roi  Jean  et  du  duc  de  Berry. 

A  Bruxelles  :  ms.  9961,  le  Psautier  de  l'abbaye  de  Peterborough. 

A  Leyde  :  Voss.  gall.  Fol.  3a,  le  tome  I  du  Miroir  historial  du 
roi  Jean. 

1.  Voir  plus  loin,  ch.  VIII. 


6  FONDATION  DE  LA  LIBRAIRIE. 

A  Londres,  dans  le  cabinet  de  M.  Henry  Yates  Thompson  :  les 
Heures  d'Yolande  de  Flandre. 

%°  Manuscrits  du  temps  de  Charles  V  : 

A  la  Bibliothèque  nationale  :  Latin  1052,  le  très  beau  Bréviaire  de 
Charles  V. 

—  Français  437,  le  Bational  de  Guillaume  Durant. 

—  Français  1950,  l'Information  des  princes. 

—  Français  2813,  les  Grandes  Chroniques. 

—  Français  20090,  la  Bible  historiale. 

—  Français  22912  et  22913,  la  Cité  de  Dieu. 

—  Français  4515  des  Nouvelles  acquisitions,  les  Voyages  de  Jean 
de  Mandeville. 

A  l'Arsenal  :  ms.  5212,  la  Bible  historiale. 
A  Sainte-Geneviève  :  ms.  777,  Tite-Live  en  français. 
A  Besançon  :  ms.  434,  l'Enseignement  des  princes. 
A  Lille  :  dans  le  cabinet  de  M.  le  comte  de  Wasiers,  les  Poli- 
tiques traduites  par  Nicole  Oresme,  exemplaire  de  grand  format. 
A  Bruxelles  :  ms.  9505,  les  Ethiques,  exemplaire  de  grand  format. 

—  ms.  11201,  les  Politiques,  exemplaire  de  petit  format. 

A   La  Haye  :   au  musée   Meermanno-Westreenien,  les  Ethiques 
d'Aristote,  en  petit  format. 

—  au  musée  Meermanno-Westreenien,  la  Bible  historiale  offerte 
au  roi  par  Jean  de  Vaudetar. 

A  Londres  :  au  Musée  britannique,  Cotton,  Tiberius  B.  vin,  le 
Livre  du  sacre. 

A  Turin  :  bibliothèque  de  l'Université,  ms.  E.  v,  les  Heures  de 
Savoie  (ms.  brûlé  en  1904). 

Un  indice  de  l'intérêt  que  Charles  V  portait  à  ses  livres 
nous  est  fourni  par  les  soins  dont  il  les  entourait  :  par  les 
élégants  fermoirs  d'or  ou  de  vermeil  dont  il  faisait  garnir 
les  plus  précieux,  par  les  perles  et  les  pierres  fines  des 
pipes  auxquelles  étaient  fixés  les  signets,  par  les  riches 
étoffes  de  soie  qui  recouvraient  les  plats  des  volumes  ou 
qui  leur  servaient  de  chemises.  On  en  pourra  juger  par 
certains  articles  d'inventaires  qui  seront  rapportés  au 
cours  de  cette  étude.  Pour  le  moment,  je  me  borne  à  ren- 


LIBRAIRIE  INSTALLÉE  AU  LOUVRE.  7 

voyer  à  un  mandement  du  23  novembre  13771  portant 
ordre  de  payer  178  francs  d'or  pour  les  pièces  d'étoffes 
(baudequin  et  cendal)  devant  servir  à  faire  les  couvertures 
et  les  chemises  de  dix  volumes  :  le  Miroir  historial,  en 
quatre  tomes,  les  Grandes  Chroniques  de  France,  en  deux 
tomes,  un  Livre  de  Sénèque,  les  Gestes  de  Charlemagne, 
les  Enfances  de  Pépin  et  les  Chroniques  d'outre-mer. 

Les  salles  destinées  à  recevoir  les  livres  furent  luxueuse- 
ment aménagées.  Le  noyau  de  la  collection  avait  d'abord 
été  placé  au  Palais.  Ce  fut  en  1367  ou  1368  que  la  librai- 
rie fut  installée  dans  une  tour  du  Louvre,  la  tour  de  la 
Fauconnerie,  qui  venait  d'être  restaurée  ou  peut-être  même 
reconstruite  à  neuf,  sous  la  direction  de  Raimond  du 
Temple2.  On  affecta  d'abord  à  cette  installation  deux  étages  ; 
un  troisième  fut  bientôt  jugé  nécessaire.  Les  murailles  du 
premier  étage  furent  entièrement  recouvertes  avec  du  bois 
d'Irlande,  qui  avait  été  donné  au  roi  par  le  sénéchal  de  Hai- 
naut;  la  voûte  fut  garnie  de  bois  de  cyprès.  L'entrée  de 
chaque  pièce  était  fermée  par  une  porte  haute  de  sept  pieds, 
large  de  trois  et  épaisse  de  trois  doigts.  Toutes  les  fenêtres 
étaient  garnies  de  treillis  en  fil  d'archal,  «  pour  deffense 
«  des  oyseaux  et  autres  bestes  ».  Le  maître  des  œuvres 
avait  essayé  d'approprier  au  nouveau  local  les  bancs  et  les 
roues  de  l'ancienne  librairie  du  palais;  mais  depuis,  «  pour 
«  ce  que  les  sièges  estoient  trop  viez  » ,  les  huchers  durent 

1.  Le  texte  en  sera  publié  à  l'Appendice. 

2.  Les  détails  qu'on  va  lire  sur  l'installation  des  livres  de  Charles  V  dans  la 
tour  du  Louvre  sont  empruntés  aux  comptes  de  Pierre  Culdoë.  Ces  comptes 
sont  perdus,  mais  il  y  en  a,  dans  le  recueil  de  Menant,  à  la  bibliothèque  de 
l'Arsenal,  des  extraits  importants  que  Le  Roux  de  Lincy  a  publiés  dans  la 
Revue  archéologique,  VIII,  670  à  691,  et  760  à  772,  et  dont  une  seconde  édi- 
tion a  été  donnée  en  1866  par  Berty  dans  la  Topographie  historique  du 
vieux  Paris,  I,  181-199.  Ils  ont  été  également  employés  par  Sauvai  et  par 
Félibien.  (Voir  Van  Praet,  Inventaire  de  l'ancienne  bibliothèque  du  Louvre, 

p.  VIII.) 

On  trouvera  à  l'Appendice,  VI,  la  reproduction  des  articles  relatifs  à  la 
librairie. 


8  FONDATION  DE  LA  LIBRAIRIE. 

refaire  les  bancs  tout  à  neuf.  Je  laisse  de  côté  les  trente 
petits  chandeliers  et  la  lampe  d'argent  qui,  au  dire  de 
Félibien  et  de  Sauvai,  étaient  suspendus  à  la  voûte  et  per- 
mettaient de  travailler  le  soir  et  même  la  nuit  ;  ce  système 
d'éclairage  paraît  avoir  été  établi  non  pas  dans  la  tour  de 
la  Fauconnerie,  où  se  trouvaient  les  livres,  mais  bien  dans 
la  grosse  tour  aux  joyaux. 

Tous  les  livres  de  Charles  V  n'étaient  pas  dans  la  tour 
du  Louvre  :  il  y  en  avait  un  nombre  déjà  fort  respectable 
dans  les  châteaux  de  Melun,  du  bois  de  Vincennes,  de 
Saint-Germain-en-Laye  et  de  Beauté-sur-Marne1;  il  s'en 
trouvait  dans  les  coures  qu'on  portait  à  la  suite  du  roi2, 
et  le  Trésor  des  chartes  renfermait  des  volumes  dont 
la  place  eût  été  plutôt  dans  une  bibliothèque  que  dans  des 
archives3.  Mais  la  tour  du  Louvre  était  la  véritable  librai- 
rie du  roi;  les  autres  dépôts,  dont  la  composition  variait 
suivant  les  circonstances,  n'avaient,  pour  ainsi  dire,  pas 
de  caractère  officiel  et  permanent. 

Cette  dispersion  des  livres  de  Charles  V  dans  les  châ- 
teaux des  environs  de  Paris,  où  il  résidait  de  temps  à 
autre,  nous  explique  comment  les  inventaires  ne  men- 
tionnent aucun  exemplaire  d'ouvrages  que  nous  savons 
avoir  été  présentés  à  Charles  V;  par  exemple  la  version 


1.  Voir  l'Inventaire  du  mobilier  de  Charles  V  publié  en  1879  par  Jules 
Labarte,  volume  in-4°  de  la  Collection  de  documents  inédits.  Plusieurs  livres 
de  la  tour  du  Louvre  furent  portés,  par  ordre  de  Charles  V,  dans  le  château 
de  Vincennes  (articles  6,  102,  280,  441,  443,  510,  977,  979  et  987  du  catalogue), 
et  dans  celui  de  Saint-Germain-en-Laye  (articles  24,  27,  68,  110,  154,  514  et 
990  du  catalogue).  —  Des  onze  livres  qui  vinrent  du  comte  de  Saint-Paul, 
quatre  furent  mis  «  en  garnison  en  la  tour  de  Biauté  ».  (Inventaire  B  des 
livres  de  Charles  V,  article  548.) 

2.  L'article  314  de  l'inventaire  B  des  livres  de  Charles  V  fait  allusion  aux 
livres  que  le  roi  faisait  porter  avec  lui.  (Cf.  les  articles  173,  852  et  1051  du 
catalogue  que  je  publie  dans  la  seconde  partie  de  l'ouvrage;  il  y  est  question 
de  volumes  que  le  roi  avait  par-devers  lui  et  de  ceux  qu'il  s'était  fait  livrer 
par  le  garde  de  la  librairie.) 

3.  Gérard  de  Montaigu,  cité  par  M.  Bordier,  Les  Archives  de  France,  p.  168. 


LIBRAIRIE  INSTALLÉE  AU  LOUVRE.  <J 

française  qu'il  fit  faire  en  1 373  du  «  Rustican  »  et  le  traité 
de  Pétrarque,  traduit  en  français,  pour  lequel  le  roi  ordonna, 
le  14  avril  1377,  de  payer  $00  francs  d'or  à  Jean  Daudin, 
chanoine  de  la  Sainte-Chapelle,  «  pour  ce  que,  dit-il,  il  a 
«  translaté,  de  nostre  commandement,  de  latin  en  françois, 
«  un  livre  appelle  Patrac,  lequel  nous  avons  mis  et  retenu 
«  devers  nous1  ».  Il  s'agissait  du  traité  des  Remèdes  de 
l'une  et  l'autre  fortune,  dont  on  chercherait  vainement 
le  titre  sur  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre. 

1.  Mandements  de  Charles  V,  p.  836,  n°  1696. 


II. 

Gardes  de  la  librairie.   —   Biographie  de  Gilles  Malet. 

Charles  V  trouva  parmi  ses  serviteurs  un  homme  honnête, 
instruit,  actif,  curieux  et  intelligent,  qui  partageait  son 
amour  pour  les  livres  et  à  qui  revient  en  grande  partie 
l'honneur  d'avoir  fondé,  organisé  et  longtemps  administré 
la  librairie  du  Louvre  :  c'était  Gilles  Malet,  dont  Christine 
de  Pisan i  a  très  bien  dépeint  le  caractère  : 

Le  roy  Charles  avoit  un  sien  varlet  de  chambre,  lequel,  pour 
cause  que  en  lui  savoit  plusieurs  vertus,  moult  amoit;  celluy,  par 
espécial,  sur  tous  autres,  souverainement  bien  lisoit  et  bien  ponc- 
toit,  et  entendens  homs  estoit;  comme  il  pert;  car  encore  est  vif 
chevalier,  maistre  d'ostel  sage  et  honnorez,  comme  il  fust  par  ledit 
roy  moult  enrichis. 

Comme  une  fois  à  celluy,  Gile  Mallet  avoit  non,  avenist  tel  incon- 
vénient que  un  sien  petit-fils,  courant  atout  un  petit  coutel  pointu, 
cheust  dessus  et  se  tuast;  laquelle  chose,  n'est  mie  doubte,  fu  grant 
douleur  et  perplexité  au  père;  néantmoins,  cellui  propre  jour,  fu 
devant  le  roy,  par  autel  semblant  et  chiere,  ne  plus  ne  moins  que 
acoustumé  avoit,  dont  le  sage  roy,  qui  la  vertu  de  toutes  choses 
estoit  considérant,  comme  il  sceust  le  cas,  moult  l'en  prisa  et  telz 
paroles  dist  de  luy  en  son  absence  :  «  Si  cest  homme  n' avoit  ferme 
«  vertu  et  plus  grant  que  nature  ne  l'influe  communément  es 
«  hommes,  la  pitié  paternelle  ne  lui  souffriroit  couvrir  son  caz 
«  soubz  telle  constance.  » 

Dès  l'année  1 364,  nous  trouvons  Gilles  Malet  au  service 
de  Charles  V  en  qualité  de  valet  de  chambre2.  Le  2  avril 
1 366,  il  reçut  de  son  maître  «  deux  roucins  bons  et  conve- 
«  nables  pour  sa  monteure 3  » . 

1.  Faits  de  Charles  V,  III,  21. 

2.  Trésor  des  chartes,  reg.  XCVI,  n°  185,  cité  par  Prost,  Inventaires  mobi- 
liers, t.  I,  p.  295,  note. 

3.  Mandements  de  Charles  V,  p.  145,  n°  297. 


GILLES  MALET.  H 

Il  fut  chargé  de  la  garde  de  la  librairie  du  roi  à  partir  de 
l'année  1 3G9  au  plus  tard.  Le  1 0  juillet  1 369,  il  reçut  deux 
pièces  d'étoffe  destinées  à  servir  de  couvertures  et  de  che- 
mises à  un  Miroir  historial,  divisé  selon  toute  apparence  en 
quatre  volumes1.  Il  conserva  la  charge  de  garde  de  la  librai- 
rie jusqu'à  sa  mort,  arrivée  en  1411.  Son  administration 
fut  marquée  par  la  rédaction  d'un  inventaire  justement 
célèbre,  qui  porte  la  date  de  1 373  et  sur  lequel  on  trouvera 
quelques  détails  dans  le  chapitre  suivant. 

Gilles  Malet  paraît  avoir  été  anobli  en  mars  1 366 2.  Il  eut 
le  titre  d'écuyer  depuis  1 376 3  et  celui  de  chevalier  au  plus 
tard  en  1 3904.  De  valet  de  chambre,  il  devait  passer  maître 
d'hôtel,  peut-être  en  13885. 

Il  est  qualifié  de  garde  de  la  tour  carrée  de  Corbeil  sur 
la  liste  des  bourgeois  de  Paris,  auxquels  le  roi  demanda 
un  prêt  en  13696. 

Gilles  Malet  occupait  à  la  cour  un  poste  de  confiance  ;  il 
y  jouissait  d'un  grand  crédit,  on  savait  qu'il  approchait 
journellement  du  roi.  Sa  fortune  le  mettait  à  même  de 
faire  bonne  figure  parmi  les  courtisans.  Les  aveux  qu'il 
rendit  au  roi,  et  plus  encore  ceux  que  reçurent  de  lui  les 
seigneurs  de  Chantilli,  Gui  de  Laval,  Amauri  et  Pierre 
d'Orgemont,  nous  font  connaître  les  nombreux  fiefs  qu'il 
possédait  de  différents  côtés  aux  environs  de  Paris7. 

1.  Mandements  de  Charles  V,  p.  308,  n°  618.  Pièce  reproduite  à  l'Appendice. 

2.  Mémoires  du  Cabinet  des  titres,  cités  par  Prost,  Inventaires  mobiliers, 
t.  I,  p.  296,  note. 

3.  Acte  d'achat  de  la  terre  de  Soisi,  cité  plus  loin,  p.  12. 

4.  Aveu  rendu  le  20  novembre  1390,  analysé  dans  une  pièce  du  carton  S.  3.89 
des  Archives  nationales. 

5.  Acte  pour  l'abbaye  de  Bonport,  dans  le  ms.  français  26283  de  la  Biblio- 
thèque nationale. 

6.  «  Giletus  Maleti,  valetus  camere  régis  custosque  turris  quadrate  de  Cor- 
«  bolio.  »  Recueil  de  Blanchard,  ms.  latin  184  des  Nouv.  acq.,  fol.  25. 

7.  Voir  l'opuscule  de  l'abbé  L.  Pihan  :  Gilles  Malet,  bibliothécaire  de 
Charles  F,  châtelain  de  Pont-Sainte-Maxence  (Beauvais,  1888,  in-8°),  p.  7, 
note  2,  et  plus  loin,  sous  le  n°  III  de  l'Appendice. 


12  GARDES  DE  LA  LIBRAIRIE. 

Les  centres  principaux  de  ces  domaines  étaient  Soisi-sur- 
Étiolles  et  Pont-Sainte-Maxence. 

Le  premier  noyau  des  propriétés  de  Soisi  venait  d'une 
vente  que  Jean  de  Marine  lui  avait  faite,  le  4  mars  1 376 
(n.  st.),  moyennant  400  livres  tournois. 

Il  nous  est  parvenu  dans  le  carton  S.  339  des  Archives 
nationales  et  dans  un  inventaire  dressé  en  1721  1  l'analyse 
de  beaucoup  d'actes  qui  furent  passés  à  partir  de  1 376  pour 
l'administration  et  surtout  l'agrandissement  du  domaine. 
Il  y  faut  surtout  consulter  l'aveu  et  le  dénombrement  que 
Gilles  Malet,  en  qualité  de  seigneur  de  Soisi,  bailla  à 
Jean  d'Estouteville,  chevalier,  dit  Jehannot,  en  qualité  de 
seigneur  de  Mont-sur-Orge. 

Le  20  août  1380,  Gilles  Malet  acheta  de  frère  Jean  de 
Marine  une  rente  de  30  livres  parisis  de  rente  à  prendre 
sur  la  terre  de  Marines,  rente  qu'il  revendit,  le  21  février 
1383  (n.  st.)  à  Amauri  d'Orgemont2. 

Quant  aux  biens  de  Pont-Sainte-Maxence,  mouvant  de 
la  seigneurie  de  Chantilli,  ils  provenaient  de  l'achat  fait  par 
décret  des  propriétés  de  messire  Jean  de  Pont-[Sainte- 
Maxence],  chevalier.  Il  y  en  a  un  état  très  détaillé  dans  les 
aveux  que  Gilles  Malet  rendit  le  8  juillet  1378  à  Gui  de 
Laval,  le  30  mai  1393  à  Amauri  d'Orgemont  et  le  8  mai 
1402  à  Pierre  d'Orgemont.  Gomme  ces  pièces  émanent  de 
Gilles  Malet,  j'ai  cru  devoir  publier  en  Appendice  le  texte 
de  la  première  et  les  premières  lignes  des  deux  autres. 
C'est  seulement  dans  les  aveux  de  1393  et  de  1402  que 
Gilles  Malet  se  qualifie  de  chevalier. 

Entre  autres  bienfaits  du  roi,  on  peut  citer  le  don  de  la 
forfaiture  de  feu  «  Jehan  de  Bonneuil  le  viel,  jadiz  bour- 


1.  Inventaire  des  titres  des  seigneuries  de  Mont-sur-Orge  et  Ablon-sur-Seine, 
appartenant  au  chapitre  de  Paris  (Arch.  nat.,  S.  *656),  fol.  45-63. 

2.  Ancien  inventaire  des  titres  de  la  famille  d'Orgemont,  fol.  26,  aux  archives 
du  Musée  Condé. 


GILLES  MALET.  13 

«  geois  de  Paris  »,  et  la  concession  d'une  partie  de  la 
prairie  «  de  Croissonnay1  »,  rappelé  dans  une  charte  du 
%%  juin  1 370 2. 

Charles  V  conserva  jusqu'à  la  fin  de  sa  trop  courte  vie 
la  confiance  dont  il  avait  honoré  son  fidèle  Gilles  Malet. 
Le  17  mars  1380,  il  lui  donna  l'office  de  châtelain  et  capi- 
taine du  château  de  Beaumont-sur-Oise,  que  la  duchesse 
d'Orléans  venait  de  laisser  réunir  à  la  couronne.  A  cet 
office,  dont  le  concessionnaire  devait  jouir  sa  vie  durant, 
étaient  attachés  des  gages  montant  à  300  livres  tournois 
par  an3. 

Dernier  témoignage  d'amitié  donné  par  le  roi  au  garde 
de  sa  librairie4  :  le  jour  même  de  sa  mort,  le  1 6  septembre 
1380,  il  désigna  Gilles  Malet  pour  veiller  à  l'exécution  de 
ses  dernières  volontés5. 

La  position  de  Gilles  Malet  ne  fut  pas  amoindrie  sous  le 
règne  de  Charles  VI,  à  l'avènement  duquel  il  fut  maintenu 
dans  ses  fonctions  de  garde  de  la  librairie6  et  dans  celles 
de  conseiller  et  maître  lai  de  la  Chambre  des  comptes7.  En 
tête  d'un  acte  du  23  octobre  1 383 8,  il  se  dit  maître  de  l'hô- 


1.  Arch.  nat.,  X.  le,  à  la  date  du  10  juillet  1370. 

2.  Arch.  nat.,  J.  1020,  n°  33. 

3.  Mandements  de  Charles  V,  p.  925,  n°  1896. 

4.  Je  me  suis  abstenu  de  mentionner  deux  lettres  qui  pourraient  être  citées 
comme  exemples  de  l'aménité  des  relations  du  roi  avec  son  bibliothécaire.  On 
verra  dans  l'Appendice  que  ces  lettres  sont  fausses. 

5.  Mandements  de  Charles  V,  p.  949,  n°  1956. 

6.  Les  oncles  de  Charles  VI,  par  lettres  datées  de  Reims  le  5  novembre  1380, 
reconnurent  la  régularité  de  la  gestion  de  Gilles  Malet  sous  le  règne  de 
Charles  V.  Ms.  français  2700,  fol.  40  v°. 

7.  «  Egidius  Maleti,  consiliarius  et  magister  laicus  in  caméra  compotorum, 
retentus  et  institutus  per  dominum  ducem  Andegavensem,  regentem  regnum, 
l>er  literas  suas  datas  4  die  octobris  1380,  et  per  dominum  regem,  per  literas 
suas  datas  21  novembris  post.  »  Recueil  de  Blanchard,  ms.  latin  184  des  Nouv. 
acq.,  fol.  34  v\ 

8.  Acte  relatif  à  une  fondation  faite  dans  l'abbaye  de  Bonport.  Ms.  fran- 
çais 26283,  pièce  108.  —  Gilles  Malet  est  dit  aussi  seigneur  de  Chatou  dans  un 
acte  du  4  septembre  1381.  Arch.  nat.,  S.  339. 


14  GARDES  DE  LA  LIBRAIRIE. 

tel  du  roi  et  seigneur  de  Villepesque,  de  Soisy-sous- 
Étiolles,  de  Ghatou-sur-Seine  et  de  Balagni  près  Sentis. 

Les  frères  de  Charles  V  appréciaient  les  services  de  Gilles 
Malet. 

En  1379,  le  duc  d'Anjou  voulut  être  le  parrain  d'un  de 
ses  fils1. 

Le  duc  d'Orléans  l'attacha  à  sa  maison.  Le  9  février 
13921  (n.  st.),  il  lui  attribua  une  gratification  de  200  francs, 
«  pour  considération  des  bons  services  que,  disait-il,  il 
faisoit  de  jour  en  jour  à  nostre  très  chière  et  amée  com- 
paignela  duchesse  en  office  de  maistre  d'ostel2  ».  De  plus, 
le  prince  le  choisit  pour  être  verdier  de  sa  forêt  de  Car- 
nelle  et  concierge  de  son  hôtel  d'Asnières,  double  charge 
dont  il  fut  relevé  le  5  août  1 396  et  dont  il  avait  touché 
les  émoluments  sur  le  pied  de  %  sous  par  jour  pour 
l'office  de  verdier  et  de  6  deniers  par  jour  pour  l'office  de 
concierge3.  Il  paraît  avoir  de  nouveau  occupé  en  1409  et 
1410  les  charges  de  verdier  de  Carnelle  et  de  concierge 
d'Asnières *. 

La  duchesse  d'Orléans  reconnut  libéralement  les  services 
de  son  maître  d'hôtel.  Aux  étrennes  du  1er  janvier  1399, 
elle  lui  donna  un  hanap  de  vermeil5,  et,  au  mois  d'août  de 
cette  année,  elle  acheta  un  anneau  d'or  pour  l'offrir  comme 
cadeau  de  noce  à  une  belle-fille  de  Gilles  Malet6. 

Gilles  Malet  était  un  vrai  bibliophile.  Passionné  pour  la 
recherche  des  beaux  livres,  il  se  plaisait  à  en  acquérir,  dont 
il  faisait  présent  à  son  maître.  Il  se  croyait  payé  de  sa  peine 
et  de  ses  déboursés  quand  il  pouvait  inscrire  sur  l'inven- 


1.  Arch.  nat.,  KK.  242,  fol.  93.  (Note  de  M.  Prost.) 

2.  Pièces  justificatives. 

3.  Ms.  français  10431,  p.  275. 

4.  Quittances  analysées  dans  un  registre  d'Aubron;  voir  ms.  français  des 
Nouv.  acq.  35G3,  articles  1331  et  1410. 

5.  Ms.  français  10432,  p.  203. 

6.  Ibid.,  p.*  240. 


GILLES  MALET.  15 

taire  de  la  librairie  du  Louvre  des  articles  tels  que  les 
suivants  : 

Un  très  bel  livre,  grant,  où  sont  les  cinq  livres  de  Moyse  glosés, 
donné  au  roi  par  Gilles  Malet1.  [33.] 

Un  très  bel  Psautier  glosé,  en  très  grant  volume,  donné  au  roi 
par  Gilet.  [43.] 

Les  fleurs  sur  tous  les  livres  saint  Augustin,  en  deux  grans 
volumes,  que  donna  au  roi  messire  Gilles  Malet.  [299.] 

Un  petit  livret,  plat,  en  latin,  nommé  Bestiaire  figuré,  que  Giles 
Malet  donna  au  roi.  [790.] 

Un  livre  des  Miracles  et  de  la  vie  monseigneur  saint  Loys,  donné 
au  roi  par  Gilet.  [940.] 

Unes  Croniques  de  France,  données  au  roi  par  Gilet.  [990.] 

Les  Prophecies  Nostre-Dame,  de  l'institucion  du  royaume  de 
France  et  de  la  noblesse  d'icelui,  donné  au  roi  par  Gilet,  en  fran- 
çois  rimé  et  en  latin  en  prose.  [997.] 

Il  n'y  a  pas  moins  de  24  volumes  inscrits  avec  cette  pro- 
venance sur  les  inventaires  delà  librairie  du  Louvre2. 

Charles  V  devait  royalement  reconnaître  les  cadeaux  de 
son  «  amé  vallet  de  chambre  »  ;  le  1 1  janvier  1 378  (n.  st.), 
il  lui  fît  payer  300  francs  d'or,  en  recompensation  de  cer- 
tains joyaux  cpu'il  en  avait  reçus  aux  étrennes  de  l'année 
précédente. 

Sous  le  règne  de  Charles  VI,  antérieurement  au  9  février 
1 39â  (n.  st.),  Gilles  céda  au  duc  d'Orléans,  pour  une  somme 
de  300  francs  d'or,  «  un  livre  en  deux  volumes,  nommé 
«  Titus  Livius  »  ;  l'élévation  de  cette  somme,  qu'il  acheva  de 
toucher  seulement  le  9  octobre  13943,  montre  que  c'était 
un  magnifique  exemplaire  de  la  traduction  de  Pierre  Ber- 
suire,  analogue  à  ceux  qui  sont  possédés  par  la  bibliothèque 

1.  Les  cotes  inscrites  entre  crochets  sont  celles  de  l'Inventaire  publié  dans  la 
seconde  partie  de  ce  volume. 

2.  Ce  sont,  outre  les  sept  qui  viennent  d'être  cités,  ceux  qui  figurent  sur  le 
Catalogue  imprimé  à  la  fin  de  cet  ouvrage  sous  les  n"  72,  74,  77,  81,  82,  85, 
87,  89,  90,  113,  291,  772,  906,  909,  1100  et  1126. 

3.  Voir  les  trois  pièces  publiées  à  l'Appendice  (IV)  d'après  les  originaux  de 
la  Collection  de  Bastard. 


16  GARDES  DE  LA  LIBRAIRIE. 

Sainte-Geneviève  et  la  bibliothèque  de  la  ville  de  Genève. 

Le  sceau  de  Gilles  Malet  nous  est  parvenu.  Il  fait  partie 
de  la  collection  formée  par  Aubron  et  donnée  au  Cabinet 
des  médailles  par  Mme  la  comtesse  de  Bastard.  Demay  l'a 
décrit  dans  les  termes  suivants  :  «  Sceau  rond  de  25  mil- 
«  limètres.  Écu  fascé  d'hermines  et  de  ...  six  pièces,  pen- 
ce ché,  timbré  d'une  heaume  cime  de  deux  clefs,  entre  deux 
«  cornes,  supporté  par  deux  chèvres.  Légende  en  capi- 
«  taies  :  SEEL  GILES  MALET1.  »  Je  suis  porté  à  croire  que 
ce  sceau  a  été  détaché  par  Aubron  de  la  pièce  du  9  octobre 
1394  qui  porte  le  n°  204  dans  le  ms.  français  3638  des 
Nouvelles  acquisitions. 

Gilles  Malet  mourut  au  mois  de  janvier  141 1 2.  Il  s'était 
marié  deux  fois. 

D'un  premier  mariage  contracté  avec  Pernelle  de  Gaur- 
rien,  il  avait  eu  deux  enfants,  Philippe  et  Marguerite,  nés 
en  1374  et  1376,  ou  environ,  auxquels  il  fit  donner  des 
tuteurs  le  7  mars  1385  (n.  st.)  par  l'official  de  Paris3. 
Pernelle  figure  dans  l'acte  d'acquisition  de  la  terre  de 
Soisi  le  4  mars  1376  (n.  st.)4.  La  même  année,  Gilles  dut 
se  remarier  à  Nicole  de  Chambli,  comme  M.  Henri  Moran- 
villé  l'a  déduit  d'un  acte  du  8  décembre  13765.  Nicole 


1.  Delisle,  Les  Collections  de  Bastard  d'Estang,  p.  216. 

2.  L'acte  dressé  après  la  mort  de  Gilles  Malet  est  publié  aux  Pièces  justifica- 
tives; il  contient  les  mots  :  «  Livres  dont  messire  Giles  a  eu  la  garde,  c'est 
«  assavoir  depuis  l'an  mil  CCC  LXXIII,  jusques  au  mois  de  janvier  mil  CCCC 
«  et  dix  qu'il  est  allé  de  vie  à  trespassement...  » 

3.  «  Ad  relationem  Egidii  Maleti,  militis,  magistri  hospitii  domini  nostri 
régis,  patris  Philippi  undecim  et  Margarete  novem  annorum  vel  circiter,  ejus 
liberorum  et  defuncte  domicelle  Petronille  de  Gaurrien,  ejus  uxoris,  dedimus 
in  tutores  et  curatores  dictis  liberis,  videlicet  Johannem  Foultrechat  et  Petrum 
Renoust,  burgenses  Parisienses,  qui  juraverunt  facere  bonum  inventarium  et 
reddere  compotum,  etc.;  preterea  diclus  dominus  Egidius  juravit  facere  bonam 
partem  dictis  suis  liberis  de  bonis,  etc.;  nihil.  »  Registres  de  l'officialité  de 
Paris,  aux  Arch.  nat.,  Z.  1e  26,  fol.  36  V. 

4.  Acte  analysé  dans  un  inventaire  de  l'année  1721.  Arch.  nat.,  S.  *656. 

5.  Trésor  des  chartes,  reg.  CIX,  fol.  195  v\ 


GILLES  MALET.  17 

possédait  sur  les  halles  et  les  moulins  de  Rouen  une  rente 
qui  était  entrée  dans  sa  famille  par  suite  d'un  échange 
conclu  entre  Philippe  le  Bel  et  Oudard  de  Ghambli.  Le 
roi,  au  mois  de  février  1379  (n.  st.),  autorisa  l'affectation 
d'une  partie  de  cette  rente  à  des  œuvres  pies,  avec 
exemption  des  droits  d'amortissement1. 

Ce  fut  à  Nicole  de  Chambly  et  à  ses  fils,  Jean  et  Charles, 
que  décharge  fut  donnée  des  livres  dont  la  garde  avait  été 
confiée,  pendant  quarante-deux  ans,  à  Gilles  Malet2.  Ce  fut 
elle  qui  fut  maintenue,  au  moins  en  partie,  dans  la  jouis- 
sance des  domaines  de  son  mari,  et  ce  fut  pour  noble  et 
puissante  dame  Nicole  de  Ghambli,  dame  de  Villepesque  et 
de  Soisi,  que  fut  rédigé  le  cueilleret  des  cens  dus  à  Soisi  le 
jour  Saint-Remi  14133. 

Deux  mots  maintenant  sur  les  monuments  consacrés  à 
Gilles  Malet  et  à  sa  femme  Nicole  de  Ghambli. 

La  dalle  qui  recouvrait  les  restes  de  Gilles  Malet  et  ceux 
de  sa  femme  existait  encore  dans  l'abbaye  de  Ghaalis  du 
temps  de  Gaignières,  qui  en  a  fait  relever  le  dessin4. 
Gilles  y  était  représenté  à  côté  de  sa  femme.  L'inscription 
qui  devait  y  être  jointe  n'est  point  connue.  Mais  je  puis 
citer  plusieurs  monuments  épigraphiques  exécutés,  selon 
toute  apparence,  du  vivant  de  Gilles  Malet. 


1.  Ms.  français  26283,  pièce  108.  (Titres  originaux  de  dom  Villevieille.) 

2.  Acte  dressé  après  la  mort  de  Gilles  Malet  et  qui  est  publié  aux  Pièces 
justificatives,  XVI. 

3.  Extrait  aux  Arch.  nat.,  S.  339.  —  Gilles  Malet  eut  un  fils  nommé  Gilles, 
dont  la  veuve  bailla  en  1419  un  long  dénombrement  :  «  Jeanne  de  Soycour, 
dame  de  Soisi  et  de  Villepescbe,  vicomtesse  de  Corbeil,  en  son  nom  et  comme 
ayant  la  garde  de  Gilles  et  de  Jacques,  enfants  mineurs  d'elle  et  de  Gilles 
Malet,  seigneur  de  Soisy.  »  Il  y  en  a  dans  le  carton  S.  339  des  Archives  natio- 
nales une  analyse  détaillée  dont  tous  les  articles  ont  été  rapprochés  des  articles 
correspondants  d'un  dénombrement  baillé  en  1407  par  Gilles  Malet. 

4.  Département  des  Estampes,  volume  coté  Pe.  5,  fol.  5.  N°  3966  du  Cata- 
logue de  M.  Bouchot.  Le  dessin  de  Gaignières  a  été  reproduit  dans  l'ouvrage 
de  B.  Prost,  Inventaires  mobiliers,  t.  I,  pi.  XVIII. 

2 


18  GARDES  DE  LA  LIBRAIRIE. 

En  effet,  ce  personnage  aimait  à  rappeler  par  de  belles 
inscriptions  les  fondations  qu'il  faisait  dans  différentes 
églises.  Gaignières1  nous  a  conservé  le  texte  d'une  inscrip- 
tion qu'il  avait  vue  dans  l'abbaye  de  Chaalis  : 

A  cest  autel  de  la  Trinité  sont  obligez  les  religieux  de  Chaalis  par 
la  confirraacion  du  chapitre  gênerai,  célébrer  perpetuelement  cha- 
cun jour  une  messe  pour  Charles  le  quint  de  ce  nom,  roy  de  France, 
et  pour  Gilles  Malet,  son  varlet  de  chambre,  et  damoiselle  Nicole 
de  Chambly,  sa  femme.  Ce  fu  fait  l'an  mil  trois  cens  soixanle-dix- 
neuf. 

De  son  côté,  l'abbé  Lebeuf 2  avait  remarqué  une  inscrip- 
tion analogue,  gravée  sur  une  lame  de  cuivre,  dans  l'église 
de  Soisi-sous-Étiolles  : 

Le  prieur  de  l'hermitage  de  Senart  est  tenu  de  CELEBRER 

CHAQUE    SEMAINE    DEUX     MESSES     EN    l'eGLISE    DE    CEANS,     A    l'aUTEL 

de  Saint-Michel...,  et  la  veille  de  Saint-Michel  les  vespres, 

ET    LE    JOUR    LA    MESSE,    POUR    l'aME    DE   GlLLES   M\LET,    CHEVALIER 
ET    MAISTRE    d'hOSTEL    DU    ROI,    SEIGNEUR    DE   VlLLEPECLE   ET    SoiSY, 

et  dame  Nicole  de  Chambly,   sa  femme.    1411. 

Il  a  dû  exister  dans  l'église  de  Pont-Sainte-Maxence  une 
inscription  du  même  genre,  rappelant  l'office  hebdomadaire 
que  Gilles  Malet,  «  pour  la  vraye  amour  et  singulière  affec- 
«  tion  qu'il  avoit  à  l'église  du  Pont  » ,  avait  fondé  dans  l'église 
de  cette  localité  et  auquel  le  maître  d'école  devait  faire 
assister  les  enfants  de  la  paroisse.  Voici  le  texte  d'une  des 
clauses  de  l'acte  de  fondation,  en  date  du  31  août  14073  : 

Et  pourra  faire  mettre  ledit  chastellain,  si  il  lui  plaist,  un  ymage 
de  la  Trinité  audit  autel  saint  Jehan,  et  aussy  en  ladite  église,  près 

1.  Même  volume  du  Département  des  Estampes. 

2.  Histoire  de  la  ville  et  de  tout  le  diocèse  de  Paris  (réimpression),  t.  V, 
p.  68. 

3.  Publié  par  l'abbé  L.  Piban,  à  la  p.  8  de  l'opuscule  intitulé  :  Gilles  Malet, 
bibliothécaire  de  Charles  V,  châtelain  de  Pont-Sainte-Maxence  (Beauvais  > 
1888,  in-8%  15  p.). 


GILLES  MALET.  19 

dudit  autel,  un  tableau  de  Trinité,  auquel  tableau  sera  escripte  et 
dcscripte  l'ordonnance  dessus  déclarée  pour  ladite  messe. 

Les  goûts  artistiques  de  Gilles  Malet  sont  attestés  par  le 
soin  qu'il  prit  de  se  faire  représenter,  lui,  sa  femme  et  ses 
enfants,  dans  plusieurs  des  églises  enrichies  par  ses  bien- 
faits. 

Son  effigie  et  celle  de  sa  femme  étaient  sur  un  vitrail  de 
l'abbaye  de  Bonport,  qu'Alexandre  Lenoir  a  reproduit  dans 
le  Musée  des  monuments  français1. 

Il  nous  est  parvenu  deux  morceaux  d'une  grande  pierre 
plate,  jadis  placée  dans  l'église  de  Soisi,  sur  lesquels  un 
habile  imagier  a  gravé  les  figures  de  Gilles  Malet,  de  sa 
femme  et  de  trois  de  leurs  enfants  ;  les  personnages  sont  à 
genoux,  en  prières.  Le  premier  morceau,  encore  aujour- 
d'hui dans  l'église  de  Soisi,  représente  le  père  et  la  mère, 
avec  cette  inscription  : 

Monseigneur   Giles  Malet,  chevalier,   seigneur   de   Ville- 

PECLE,     CONSEILLER    ET    MAISTRE    d'oSTEL    DU    ROY,     CHASTELLAIN    DE 

pont-sainte-maxence,    visconte    de   corbeil   et   seigneur    de 
Soisy;   madame  Nicole  de  Chambly,   sa  femme. 

Sur  le  second  morceau,  trouvé  dans  une  propriété  pri- 
vée du  village  de  Soisi,  se  lisent  trois  noms,  malheureuse- 
ment mutilés  : 

arles  ||  ...let  ||  ...1er 

Mess.  Jehan  Malet  ||  chevalier  chambellenc  ||  du  Roy. 
phelippe ||escvier...  ||  de  bali...  il  pannetier... 

De  ces  trois  personnages,  les  deux  premiers  sont  incon- 
testablement les  fils  de  Gilles  Malet,  qui  sont  ainsi  qualifiés 

1.  T.  VIII,  p.  93,  pi.  289.  Voir  aussi  le  Magasin  pittoresque,  t.  XXIX,  p.  236. 
—  Le  23  octobre  1383,  Gilles  Malet  et  sa  femme  firent  dans  l'abbaye  de  Bon- 
port  une  fondation,  à  laquelle  ils  affectèrent  33  livres  6  s.  8  d.  de  rente  assise 
sur  les  balles  et  les  moulins  de  Rouen.  Ms.  français  26283,  pièce  108. 


20  GARDES  DE  LA  LIBRAIRIE. 

dans  l'acte  de  remise  de  la  librairie  du  Louvre  entre  les 
mains  d'Antoine  des  Essarts,  au  commencement  de  l'an- 
née 1411  :  «  Messire  Jehan  Malet,  chevalier  et  maistre 
«  d'ostel  du  roy,  et  maistre  Charles  Malet,  licencié  en 
«  lois.  » 

Le  premier  morceau  de  la  pierre  est  gravé  dans  le  recueil 
des  Inscriptions  du  diocèse  de  Paris  de  M.  de  Guilhermy1; 
le  second  dans  le  Bulletin  archéologique  du  Comité  des  tra- 
vaux historiques,  où  il  accompagne  un  rapport  de  M.  Jules 
GuifYrey'. 

Je  suis  loin  d'avoir  épuisé  toutes  les  sources  de  rensei- 
gnements auxquelles  on  pourrait  puiser  des  renseignements 
sur  la  vie  de  Gilles  Malet.  J'ai  tenu  cependant  à  entrer  dans 
quelques  détails,  pour  montrer  que  ce  personnage  n'a  pas 
été  clerc,  ce  qu'il  importait  d'établir  pour  prouver  la  faus- 
seté des  lettres  qu'on  suppose  lui  avoir  été  adressées  par 
Charles  V  et  par  Jean,  duc  de  Berry.  Tel  est  le  sujet  d'une 
petite  dissertation  qu'on  trouvera  dans  les  Pièces  justifica- 
tives. 

Gilles  Malet  est  le  seul  garde  de  la  librairie  du  Louvre 
dont  la  biographie  mérite  de  fixer  l'attention.  Il  suffira  de 
dresser  la  liste  des  officiers  qui  lui  ont  succédé. 

Gilles  Malet  fut  remplacé  par  Antoine  des  Essarts,  con- 
seiller et  garde  des  deniers  de  l'épargne  du  roi.  Les  clés 
de  la  librairie  lui  furent  remises  le  7  juillet  141 1  en  vertu 
d'une  ordonnance  des  gens  des  comptes3.  Le  1 1  mars  1 41  % 

1.  T.  IV,  p.  207  et  208.  Voir  aussi  Revue  archéologique,  13e  année,  t.  II, 
p.  563. 

2.  Année  1883,  p.  186. 

3.  L'inventaire  de  l'année  1411  se  termine  par  la  prise  en  charge  d'Antoine 
des  Essars  :  «  Je,  Anthoine  des  Essars,  escuier,  varlet  trenchant,  conseiller  et 
garde  des  deniers  de  l'espargne  et  de  la  libraierie  du  roy  nostre  sire,  confesse 
avoir  eu  et  receu  de  messeigneurs  des  comptes  du  roy  nostre  sire,  en  six  cayers 
de  parchemin  contenans  lxxii  foillez,  le  double  de  ce  présent  inventaire,  deue- 


SUCCESSEURS  DE  GILLES  MALET.  21 

(n.  st.),  il  prit  en  charge  les  livres  de  la  librairie  sur  l'in- 
ventaire que  Jean  Le  Bègue  en  avait  rédigé.  Il  resta  fort 
peu  de  temps  en  fonctions.  Il  fut  déchargé  de  la  garde  de 
la  librairie  le  8  mai  14121. 

Il  eut  pour  successeur  Garnier  de  Saint-Yon,  échevin  de 
Paris,  qui  prêta  serment  le  1  %  mai  1 41  % 2  et  dont  l'adminis- 
tration fut  aussi  éphémère.  Il  n'était  plus  en  fonctions  le 
13  octobre  1413,  date  à  laquelle  un  nouvel  inventaire  fut 
dressé  par  Jean  Le  Bègue,  Thomas  d'Aunoi  et  Jean  de  La 
Croix3. 

A  Garnier  de  Saint-Yon  succéda  Jean  Maulin,  jadis  clerc 
de  la  Chambre  des  comptes  du  duc  de  Berry4,  depuis  clerc 
de  la  Chambre  des  comptes  du  roi.  Jean  Maulin  fut  installé 
comme  garde  de  la  librairie  le  13  octobre  1413,  mais  en 
réalité  il  ne  prit  possession  et  n'accepta  la  responsabilité 
qu'à  partir  du  10  janvier  1416  (n.  st.)5. 

ment  collationné  par  maistre  Jehan  Le  Bègue,  notaire  et  secrétaire  du  roy 
nostredit  seigneur  et  greffier  en  laditte  chambre,  avec  les  livres  contenuz  et 
declairez  en  icellui,  depuis  le  lui0  fueillet  dudit  présent  inventaire  jusques  cy, 
lesquelz  sont  en  une  tour  du  chastel  du  Louvre,  en  trois  chambres  ou  estaiges 
l'une  sur  l'autre,  desquelles  chambres  ou  estaiges  les  clefs  me  furent  baillées 
par  l'ordonnance  desdittes  gens  des  comptes  dès  le  vne  jour  de  juillet  derrenier 
passé.  Tesmoing  mon  saing  manuel  cy  mis,  le  xr  jour  de  mars  mil  CCCC  et 
unze.  Anthoine  des  Essars.  »  (Ms.  français  2700,  fol.  133.) 

1.  «  Garnerius  de  Saint-Yon,  scabinus  ville  Parisiensis,  commissus  ad  cus- 
todiam  librarie  régis  in  Lupara  et  aliorum  librorum  quocumque  fuerint,  loco 
Anthonii  des  Essarts,  causis  certis  ad  hoc  ipsum  regem  moventibus,  exonerati, 
per  ejus  litteras  datas  8a  maii  1412,  duodecimoque  mensis  ejusdem  prestitil 
solitum  juramentum.  »  Recueil  de  Menant,  t.  1,  fol.  155.  (Bibliothèque  de 
Rouen,  collection  Leber,  n°  5870.)  Cf.  Boivin,  ms.  français  22571,  p.  97. 

2.  Voir  la  note  précédente. 

3.  Appendice,  XVI. 

4.  Lettre  de  Jean,  duc  de  Berry,  du  10  juillet  1384,  dans  les  titres  originaux, 
dossier  Gilier,  pièce  18,  ms.  français  27808. 

5.  Appendice,  XVI.  —  Boivin,  ms.  français  22571,  p.  97,  nous  a  conservé  un 
passage  qui  se  trouvait  au  fol.  9  v  du  Mémorial  H  de  la  Chambre  des  comptes, 
dans  lequel  les  dates  paraissent  avoir  été  altérées.  Je  le  reproduis  tel  qu'il  est 
dans  la  copie  :  «  Magister  Johannes  Maulin,  alter  clericorum  régis  in  illa 
«  caméra  compotorum,  ordinatus  custos  librorum  et  librarie  régis,  loco  Anthonii 
«  de  Essartis  et  Garnerii  de  Sancto  Yone,  per  literas  régis  datas  14martii  1412, 
«  iteratas  10  augusti  1412.  Die  quoque  18  ejusdem  mensis  prestitit  intus  solitum 
«  juramentum.  » 


22  GARDES  DE  LA  LIBRAIRIE. 

Garnier  de  Saint-Yon  recouvra  le  21  juillet  141 8  la  place 
qu'il  avait  perdue  en  1413.  Il  est  mentionné  à  cette  date 
comme  ayant  requis  la  confection  d'un  inventaire  rédigé 
ou  du  moins  vérifié  par  «  aucuns  de  messeigneurs  des 
«  comptes  '  » .  Il  assista  en  1 424  à  la  prisée  des  livres  du  roi, 
opération  à  laquelle  procédèrent  deux  libraires  de  l'Uni- 
versité, d'après  les  instructions  des  commissaires  ordonnés 
sur  le  fait  des  obsèques  de  Charles  VI.  Le  duc  de  Bedford, 
devenu  propriétaire  de  la  collection,  en  laissa  la  garde  à 
Garnier  de  Saint-Yon  le  22  juin  1425  et  n'en  prit  lui-même 
livraison  que  le  15  octobre  14292. 

1.  «  Garnerius  de  Saint  Yon,  cui  rex  per  litteras  datas  Parisius  21  julii  1418, 
commiserat  custodiam  librorum  suorum  in  Lupara  exislentium,  et  ad  dicti 
Garnerii  requestam,  commissum  fuerat  certis  personis  de  Caméra  compotorum 
faciendum  inventariuni  (fuit  hodie  traditum  ad  burellum  per  dictos  commis- 
sarios,  duplicatum  fuit),  et  prestitit  juramentum  de  bene  et  fideliter  custo- 
diendo  libros  dictos  et  neraini  revelare  dicte  librarie  secretum.  Quo  juramento 
prestito,  reddita  fuit  ci  clavis  altéra  dicte  librarie  in  Caméra  existens,  unacum 
inventario  prefato,  cum  duplicato,  suo  manuali  signe-  signato.  »  Mémorial  H, 
cité  par  Boivin,  ms.  français  22571,  p.  97.  Cf.  le  recueil  de  Menant,  t.  XIII, 
fol.  137.  (Bibl.  de  Rouen,  n»  5870  de  la  Collection  Leber.) 

2.  Appendice,  XVII. 


in. 

Inventaires  de  la  librairie. 

Gilles  Malet  dressa,  en  1373,  l'inventaire  des  livres  qui 
se  trouvaient  dans  les  trois  chambres  d'une  tour  du 
Louvre  affectées  à  la  librairie  du  roi;  cet  inventaire,  sur 
lecjuel  il  dut  ajouter  la  liste  des  volumes  dont  la  collec- 
tion s'accrut  depuis  1 373  jusqu'à  la  mort  de  Charles  V,  est 
intitulé  : 

Cy  après  en  ce  pappier  sont  escrips  les  livres  de  très  souverain 
et  très  excellent  prince  Charles  le  quint  de  ce  nom,  par  la  grâce  de 
Dieu  roy  de  France,  estans  en  son  chastel  du  Louvre  en  trois 
chambres,  l'une  sur  l'autre,  l'an  de  grâce  M.  CCC.  LXXIII,  enregis- 
trés de  son  commandement  par  moy  Gilet  Malet,  son  varlet  de 
chambre. 

L'exemplaire  original  ne  nous  en  est  point  parvenu. 

Deux  mois  après  la  mort  de  Charles  V,  maître  Jean 
Blanchet,  chargé  par  le  duc  de  Bourgogne  de  procéder  à 
un  recolement  de  la  librairie,  copia  l'inventaire,  en  y 
ajoutant  des  notes  qui  expliquaient  l'absence  de  certains 
volumes.  La  copie  annotée  qu'il  en  exécuta  occupe  les 
feuillets  2-37  d'un  registre  qui  porte  aujourd'hui  à  la 
Bibliothèque  nationale  le  n°  2700  du  fonds  français.  Ce 
registre,  à  la  fin  duquel  François  Ier  a  écrit  quelques  mots  : 
«  Ce  présent  livre  appartient  à  moy  Françoys,  roy  de  France 
«  par  la  grâce  de  Dieu  »,  n'est  arrivé  à  la  Bibliothèque  du 
roi  qu'en  1732,  avec  les  manuscrits  de  Colbert. 

Maître  Jean  Blanchet,  après  avoir  terminé  son  recole- 
ment,   remit   entre  les   mains  du  roi  les  clés  des  trois 


?i  INVENTAIRES  DE  LA  LIBRAIRIE. 

chambres  de  la  librairie  en  même  temps  qu'une  copie  de 
l'inventaire  écrite  sur  un  long  rouleau  de  parchemin.  La 
remise  des  clés  et  du  rouleau  est  constatée,  en  tête  du 
registre  ms.  2700,  par  une  note  ainsi  conçue  : 

Les  livres  contenus  cy  après  en  ce  livre  ont  esté  inventoriés  par 
maistre  Jehan  Blanchet,  secrettaire  du  roy,  du  commandement  de 
monseigneur  de  Bourgongne,  le  vie  de  novembre  mil  CCC.  IIII**,  et 
tous  y  ont  estez  trouvez,  exceptez  ceulz  qui  sont  signez  et  escripts 
sur  les  marges  avoir  estez  bailliez  par  le  roy  dont  Diex  ait  l'âme. 
Et,  ce  fait,  ledit  maistre  Jehan  a  prise  la  clef  desdictes  ni  chambres, 
et  portée  au  roy,  avecques  un  roule  que  il  a  fait  de  la  coppie  des- 
diz  livrez. 

Le  rouleau  copié  par  maître  Jean  Blanchet  et  remis  par 
lui  à  Charles  VI  est  celui  qui,  après  avoir  appartenu  à 
Baluze,  est  arrivé  en  1719  à  la  Bibliothèque  du  roi  et  qui 
se  voit  aujourd'hui  dans  la  Galerie  mazarine,  au-dessous  du 
portrait  du  roi  Jean.  Une  observation  consignée  dans  le 
registre  2700  prouve  que  le  rouleau  venu  du  cabinet  de 
Baluze1  est  bien  le  double  écrit  en  1380  par  maître  Jean 
Blanchet.  Deux  articles  se  rapportant  au  Rational  de  Guil- 
laume Durant  et  à  la  Vie  des  Pères,  cotés  21 1  et  212,  n'y 
sont  pas  à  la  place  qu'ils  occupent  sur  l'exemplaire  ayant 
servi  au  recolement,  et  l'erreur  a  été  notée  dans  les  termes 
suivants,  en  marge  du  fol.  12  de  cet  exemplaire  : 

Maistre  Jehan  Blanchet  avoit  oublié  d'escripre  les  deux  livres  qui 
sont  cy  devant  ainssi  signés  -J-,  et  en  son  roule  les  a  mis  cy  en  droit. 

Ce  n'est  pas  la  seule  différence  qu'on  y  puisse  remarquer. 
Sur  le  registre  figurent  34  articles  dont  l'équivalent  ne 

1.  La  plupart  de  ces  articles  se  rapportent  à  des  livres  qui  avaient  été  défini- 
tivement aliénés  avant  l'année  1380,  notamment  à  ceux  que  Charles  V  avait 
donnés  aux  chanoines  de  Vincennes.  Voir  le  Catalogue  publié  dans  la  seconde 
partie  du  présent  ouvrage,  n°»  43,  123,  136,  155,  158,  168,  201,  202,  204,  208, 
216  et  1217.  Le  rouleau  ne  mentionne  pas  davantage  le  Roman  de  la  Rose  que 
Charles  V  envoya  au  comte  de  Salisbury  par  l'intermédiaire  de  l'archevêque  de 
Rouen;  voir  l'article  1183  du  même  Catalogue. 


INVENTAIRES  A  ET  B.  1373-1380.  25 

se  trouve  pas  sur  le  rouleau1,  et  le  rouleau  en  contient  20 
qui  manquent  dans  le  registre.  Les  deux  copies  ont  été 
exécutées  d'après  l'exemplaire  original  de  l'année  1373, 
sans  qu'on  ait  même  cru  devoir  tenir  compte  des  modi- 
fications subies  par  les  couvertures  des  volumes  pendant 
les  sept  dernières  années  du  règne  de  Charles  V.  En  tête 
du  registre,  nous  lisons  cet  avertissement  : 

Plusieurs  des  livres  cy  après  contenus  ont  esté  recouvers  depuiz 
que  ce  présent  inventaire  fu  fait,  si  que  il  ne  se  fault  pas  arrester 
aux  couvertures. 

Dans  les  deux  exemplaires  de  l'année  1380,  rien  ne  dis- 
tingue les  articles  qui  ont  été  ajoutés  au  texte  primitif  pen- 
dant les  années  1374-1380.  L'existence  d'additions  de  ce 
genre  n'est  pas  douteuse,  et  je  puis  en  citer  plusieurs 
exemples  empruntés  à  la  copie  du  registre,  que  je  dési- 
gnerai désormais  par  la  lettre  A,  et  à  la  copie  du  rouleau, 
désignée  par  la  lettre  B.  Sur  l'une  et  sur  l'autre,  nous 
voyons  figurer  : 

1°  (A  202!,  B  214.)  La  traduction  du  Rational  par  Jean 
Golein,  sur  laquelle  Charles  V  a  inscrit  lui-même  la  date  de 
1374; 

2°  (A  193,  B  213;  A  235,  B  238.)  Deux  copies  de  la 
traduction  de  la  Cité  de  Dieu,  qui  ne  fut  achevée  que  le 
1er  septembre  1375; 

3°  (A  201,  B  200.)  L'atlas  catalan,  dont  la  composition 
doit,  selon  toute  apparence,  être  rapportée  à  l'année  1 375  ; 

4°  (A  242,  B  245.)  Un  exemplaire  de  la  traduction  de 
Valère  Maxime,  en  tête  duquel  est  inscrite  la  date  de  1 375  ; 

5°  (A  204,  B  201  ;  A  245,  B  248;  A  246,  B  249.)  Le 
texte  latin  et  la  version  française  du  Songe  du  Verger,  qui 
ont  été  terminés,  le  texte  latin  en  1 376  et  la  traduction 

1.  J'ai  adopté  le  numérotage  donné  par  Van  Praet  dans  son  édition  de  l'in- 
ventaire. 


26  INVENTAIRES  DE  LA  LIBRAIRIE. 

française  entre  le  mois  de  septembre  1 376  et  le  mois  de 
mars  1 378  ; 

6°  (A  231 ,  B  234.)  Le  livre  de  l'Information  des  princes, 
traduit  par  Jean  Golein,  dont  la  copie  présentée  à  Charles  V 
est  datée  du  212  septembre  1 379  ; 

7°  (A  233,  B  236.)  Un  article  dans  lequel  Nicole  Oresme 
est  appelé  évêque  de  Lisieux,  titre  qui  ne  lui  fut  pas  con- 
féré avant  le  16  novembre  1377. 

La  place  qu'occupent  les  sept  articles  reconnus  pour 
avoir  été  ajoutés  après  coup  est  à  remarquer. 

L'inventaire  comprend  trois  séries,  répondant  chacune 
à  une  des  trois  chambres  de  la  tour  dans  lesquelles  les 
livres  étaient  rangés. 

La  première  série  (nos  1-269  du  registre1,  1-280  du  rou- 
leau2) comprend  les  livres  placés  à  l'étage  inférieur  : 
«  Gy  après  sont  contenus  les  livres  qui  estoient  en  la  prê- 
te mière  chambre  par  bas.  » 

La  deuxième  série  (nos  270-529  du  registre,  289-548 2 
du  rouleau)  les  livres  placés  à  l'étage  intermédiaire  :  «  Cy 
«  après  enssuient  les  livres  qui  estoient  en  la  chambre  du 
«  milieu.  » 

La  troisième  (nos  530-91 03  du  registre,  549-91 3  du  rou- 

1.  Conformément  aux  numéros  qui  ont  été  inscrits  de  nos  jours  sur  la  marge 
du  rouleau.  Ils  diffèrent  légèrement  des  numéros  marqués  dans  la  copie  moderne 
du  rouleau  qui  forme  la  seconde  partie  du  ms.  français  13567. 

2.  Les  cotes  281-288  sont  affectées  à  des  instruments  de  musique  :  «  Une 
guiterne  à  une  teste  de  lyon  en  un  estuy  de  cuir.  —  Une  autre  guiterne  à  une 
teste  de  dame.  —  Un  luz.  —  Une  guiterne  à  une  teste  d'angelot  d'ivoire,  gar- 
nie d'argent,  dont  les  broches  sont  d'argent  à  façon  de  serainez,  et  bordée 
d'argent  tout  autour,  esmaillée  de  France,  à  un  estuy  de  cuir,  fermant  à  clef. 
—  Vne  guiterne  non  parfaite  en  un  estuy.  —  Une  mescheant  rebele,  et  le  fonz 
de  une.  —  Une  guiterne  d'ivoire  où  il  a  un  demaiement  d'yvoire,  très  bien 
ouvrée  au  bout.  (Le  roy  les  a  rebailliez  à  ses  petis  menesterelx  à  qui  il  estoit 
coroussié  quant  il  leur  fist  oster.)  —  Uns  tabliaux  de  boys,  où  il  a  dedenz  ou 
couronnement  de  cyre,  viel.  Il  a  esté  geté  dehors  pour  ce  qu'il  ne  valoit  riens.  » 

3.  Les  cotes  911-930  sont  consacrées  aux  articles  ajoutés  après  coup  pour  les 
livres  provenus  de  la  librairie  de  Jean  de  Montaigu,  dont  le  duc  de  Guienne 
confia  la  garde  le  7  janvier  1410  (n.  st.)  à  Gilles  Malet. 


INVENTAIRES  A  ET  B.  1373-1380.  27 

leau)  les  livres  de  l'étage  supérieur  :  «  Cy  ensuient  les  livres 
«  qui  estoient  en  la  m6  chambre  au  plus  hault,  en  latin,  et 
«  est  la  gregnieur  partie  d'astronomie  ;  et  se  aucune  chose 
«  y  a  de  françois,  c'est  de  la  dicte  science  ou  des  des- 
«  pendances.  » 

Les  sept  articles  qui  viennent  d'être  cités  appartiennent 
à  la  fin  de  la  première  série  des  deux  exemplaires  de  l'in- 
ventaire de  Gilles  Malet  copiés  en  1380,  série  consacrée  à 
la  salle  basse  de  la  librairie.  Il  est  donc  permis  de  supposer 
que  Gilles  Malet  a  enregistré  à  la  fin  de  ce  chapitre  les 
volumes  qui  entrèrent  dans  la  Bibliothèque  du  roi  posté- 
rieurement à  l'année  1 373,  et  que  le  supplément  formé  par 
ces  volumes  embrasse  à  peu  près  les  articles  193  à  269  de 
l'inventaire  A  et  les  articles  213  à  280  de  l'inventaire  B. 

L'inscription  d'un  livre  sur  les  inventaires  A  et  B  ne 
prouve  donc  pas  d'une  manière  absolue  que  ce  livre  est 
antérieur  à  l'année  1 373  ;  mais  on  peut  considérer  comme 
certain  que  ces  deux  inventaires,  tels  que  nous  les  possé- 
dons, sont  au  plus  tard  de  l'année  1380. 

Il  est  aussi  probable  que  des  articles  supplémentaires  ont 
été  intercalés  dans  les  autres  séries  de  l'inventaire.  Ainsi, 
Gilles  Malet  a  enregistré1,  comme  se  trouvant  dans  la  troi- 
sième chambre  de  la  librairie,  une  très  belle  bible  venue 
de  l'abbaye  de  Saint-Lucien  de  Beauvais,  que  Charles  V, 
par  une  note  autographe2,  déclare  avoir  acquise  en  1378. 

Sur  les  marges  de  la  copie  contenue  dans  le  registre  2700, 
on  rencontre  beaucoup  de  notes  relatives  à  l'absence  d'un 
assez  grand  nombre  de  livres  de  la  librairie  du  roi,  qui 
sortirent  de  la  librairie  du  Louvre  pendant  les  trente  pre- 
mières années  du  règne  de  Charles  VI.  Beaucoup  de  ces 
notes  doivent  être  de  la  main  de  Gilles  Malet. 

1.  N°  795  du  registre  et  n*  798  du  rouleau. 

2.  A  la  fin  de  la  Bible  qui  est  aujourd'hui  conservée  dans  le  trésor  de  la 
cathédrale  de  Girone. 


28  INVENTAIRES  DE  LA  LIBRAIRIE. 

L'inventaire  de  Gilles  Malet  fournit  très  rarement  des 
indications  suffisantes  pour  reconnaître  les  volumes  qui 
faisaient  partie  de  la  bibliothèque  de  Charles  V.  Cette 
lacune  se  trouve  heureusement  comblée  dans  un  nouvel 
inventaire  qui  fut  rédigé  en  1411  après  la  mort  de  Gilles 
Malet.  Cet  inventaire  est  l'œuvre  de  Jean  Le  Bègue,  gref- 
fier de  la  Chambre  des  comptes 1 5  qui  eut  pour  collabora- 
teurs (outre  ses  collègues  à  la  Chambre  des  comptes,  le 
conseiller  sire  Michel  de  Laillier  et  maître  Nicolas  des 
Prés),  Bureau  de  Dammartin,  général  conseiller2,  et  sur- 
tout Oudart  Boschot,  prêtre,  écolier  étudiant  à  Paris  en  la 
Faculté  de  décret.  Ce  dernier  reçut  une  gratification  de 
1 00  francs  pour  avoir  travaillé  à  l'inventaire  pendant  les 
cinq  premiers  mois  de  l'année  14113.  La  commission  au 
nom  de  laquelle  travailla  Jean  Le  Bègue  avait  une  double 
tâche  à  remplir  :  elle  devait  vérifier  la  gestion  de  Gilles 
Malet  et  dresser  un  état  des  volumes  confiés  au  nouveau 
garde  de  la  librairie.  De  là  une  double  opération.  Jean  Le 
Bègue  et  ses  collègues  commencèrent  par  reconnaître  les 
livres  qui,  portés  sur  l'inventaire  original,  ne  se  trouvaient 
plus  dans  la  librairie  en  1411.  11  y  en  avait  environ  188, 
dont  ils  dressèrent  la  liste,  en  signalant  les  circonstances 
qui  justifiaient  l'absence  de  chaque  volume.  Je  désignerai 
par  la  lettre  C  cette  liste,  qui  est  contenue  dans  le  ms.  fran- 
çais 2700,  fol.  41  à  49.  Après  avoir  constaté  les  déficits  et 
donné  décharge  aux  héritiers  de  Gilles  Malet,  Jean  Le  Bègue 
inventoria  très  exactement  les  volumes  qui  étaient  con- 
servés dans  les  trois  chambres  de  la  librairie.  Il  enregistra 


1.  Il  sera  question  de  Jean  Le  Bègue  plus  loin,  clans  l'article  relatif  à  Raoul 
de  Presles,  chapitre  IX. 

2.  «  A  Bureau  de  Dampmartin,  gênerai  conseiller,  pour  ses  peines  en  faisant 
les  inventaires  de  la  librairie  d'iceluy  seigneur,  où  il  a  vacqué  plusieurs  jours, 
100  1.  »  (2  septembre  1411.)  Collection  Menant,  à  la  bibliothèque  de  Rouen, 
n°  5870  de  la  collection  Leber,  t.  XI,  fol.  127. 

3.  Appendice,  XV. 


INVENTAIRE  D.   1411.  29 

d'abord  les  livres  qui  figuraient  déjà  sur  le  catalogue  de 
Gilles  Malet  ;  les  articles  1  à  726  du  nouvel  inventaire *  sont 
consacrés  à  ces  manuscrits.  Vient  ensuite,  sous  les  cotes 
727  à  921 2,  la  description  de  cent  quatre-vingt-quinze 
livres  dont  la  librairie  royale  s'était  enrichie  pendant  les 
trente  premières  années  du  règne  de  Charles  VI.  Ce  sup- 
plément ne  comprenait  pas  les  vingt  volumes  envoyés  par 
le  duc  de  Guienne  en  1  il  0  :  Jean  Le  Bègue  les  laissa  à  part 
et  les  enregistra  sous  les  cotes  922  à  941 .  L'inventaire  de 
1411,  dont  les  principales  divisions  viennent  d'être  indi- 
quées, remplit  les  feuillets  53  à  133  du  ms.  français  2700; 
je  le  distinguerai  désormais  par  la  lettre  D. 

L'inventaire  D  reproduit  les  premiers  mots  du  deuxième 
et  du  dernier  feuillet  de  chacun  des  volumes  qui  étaient 
conservés  en  1 380  dans  la  tour  de  la  librairie.  A  l'aide  de 
ces  indications,  nous  pouvons  constater  rigoureusement 
l'identité  des  manuscrits  qui  nous  viennent  de  Charles  V  et 
de  Charles  VI.  J'en  citerai  ici  un  seul  exemple.  Sous  les 
nos  2090  à  2092  du  fonds  français,  nous  avons  un  exem- 
plaire de  la  Vie  de  saint  Denis3,  autrefois  relié  en  un  volume, 
aujourd'hui  divisé  en  trois  tomes,  dont  le  second  feuillet 
commence  par  les  mots  :  Nobis  in  mundi,  et  le  dernier  par 
les  mots  :  Donnant  ans  loiaus.  Si  maintenant  nous  nous 
reportons  à  l'article  100  de  l'inventaire  D,  nous  y  verrons 
mentionnée  :  «  La  vie  saint  Denis  et  la  vie  de  quarante-six 
«  autres  sains,  bien  historiés,  à  chemise  de  toille  à  queue, 
«  escript  de  lettre  formée,  en  françois  et  latin,  commençant 
«  ou  iie  foillet  Nobis  ut  mundi,  et  ou  derrenier  Donnant  ans 


1.  Les  n°"  1  à  182  se  rapportent  à  la  première  chambre;  les  n08  183  à  407,  à 
la  deuxième;  les  n08  408  à  726,  à  la  troisième. 

2.  Les  n°"  727  à  874  s'appliquent  au  supplément  de  la  troisième  chambre,  et 
les  n"8  875  à  921  au  supplément  de  la  première. 

3.  Sur  cette  vie  de  saint  Denis,  voir  le  mémoire  que  j'ai  inséré  dans  les 
Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXI,  part,  n,  p.  249-263. 


30  INVENTAIRES  DE  LA  LIBRAIRIE. 

«  royaulx*,  à  n  fermouers  d'argent  dorez.  »  On  voit  avec 
quelle  minutieuse  exactitude  cette  description  s'applique  au 
manuscrit  dont  nous  nous  occupons,  et  on  n'hésite  pas  un 
instant  à  reconnaître  dans  ce  manuscrit  l'exemplaire  qu'ont 
possédé  Charles  V  et  Charles  VI.  Mais  on  doit  encore  faire 
à  ce  sujet  une  autre  observation.  Le  ms.  français  2090  à 
2092  n'est  pas  complet;  il  y  manque  une  dernière  partie, 
dont  le  texte  se  trouve  dans  le  manuscrit  latin  5286.  L'in- 
ventaire D  prouve  que  celte  lacune  existait  déjà  en  1380, 
puisqu'à  cette  époque  le  dernier  feuillet  du  volume  était  le 
même  qu'aujourd'hui.  Je  m'en  tiens  à  cet  exemple  :  il  suffit 
pour  montrer  le  prix  des  renseignements  que  nous  avons  à 
puiser  dans  l'inventaire  de  1411. 

En  141 3,  au  moment  où  Jean  Maulin,  clerc  du  roi  en  la 
Chambre  des  comptes,  fut  nommé  garde  de  la  librairie, 
maitre  Thomas  d'Aunoi  et  Jean  de  La  Croix,  conseillers  et 
maîtres  des  comptes  du  roi,  furent  chargés,  avec  Jean  Le 
Bègue,  notaire  et  secrétaire  du  roi,  de  rédiger  un  nouvel 
inventaire  de  la  librairie  du  Louvre.  Les  deux  premiers 
commissaires  laissèrent  à  Jean  Le  Bègue2  le  soin  de  procéder 
à  cette  opération,  qui  fut  commencée  le  18  octobre  1413. 

Le  second  inventaire  de  Jean  Le  Bègue,  que  je  désignerai 
par  la  lettre  E,  est  dressé  sur  le  même  plan  que  le  premier. 
Il  renferme  916  articles,  auxquels  a  été  ajoutée,  sous  les 
cotes   917-971,    la  liste  de  cinquante-cinq  volumes   qui 

1.  Les  deux  fautes  de  lecture  ut  pour  in,  etroyaulx  pour  loiaus,  se  trouvent 
à  la  fois  dans  les  inventaires  D  et  E. 

2.  Voici  le  texte  de  deux  notes  autographes  de  Jean  Le  Bègue,  qui  sont  dans 
le  registre  E  :  1°  En  regard  des  articles  4-7,  relatifs  aux  quatre  volumes  d'un 
Miroir  historial  :  «  Mémoire  que,  avant  ce  que  ce  présent  inventoire  feust  fait, 
monseigneur  duc  de  Guienne  manda  maistre  Jehan  Maulin  et  moy,  qui  avions 
chascun  une  clef  de  ladicte  librairie,  et  nous  fist  bailler  à  mons.  de  Bavière 
ces  quatre  volumes  de  Vincent.  Le  Bègce.  —  Soient  recouvrez.  »  (N°  880  de 
mon  édition.)  2°  En  regard  de  l'article  263,  relatif  aux  Miracles  Nostre-Darae  : 
«  Raditur  quia  non  fuit  repertus,  licet  inde  sit  oneratus  Anthonius  deEssartis, 
per  ante  custos  librorum  régis.  Le  Bègue.  (N°  950  de  mon  édition.) 


INVENTAIRES  E.   1413  ET  F.   1424.  31 

avaient  été  enlevés  de  la  librairie  en  1414  ou  141 51.  L'ori- 
ginal de  cet  inventaire,  écrit  sur  parchemin,  est  conservé 
à  la  Bibliothèque  nationale,  n°  9430  du  fonds  français2. 
Une  copie  sur  papier3,  composée  de  98  feuillets,  qui  fut 
faite  au  mois  de  décembre  1 41 5,  ne  nous  est  pas  parvenue. 

A  la  date  du  21  juillet  1418,  nous  voyons  mentionnés 
«  Garnier  de  Saint- Yon,  garde  de  la  Bibliothèque  du  roi, 
«  et  aucuns  de  messieurs  des  comptes  commis  pour  faire 
«  l'inventaire4  »;  je  ne  saurais  dire  s'il  s'agit  là  d'un  travail 
effectué  ou  simplement  projeté.  Dans  tous  les  cas,  je  n'en  ai 
découvert  aucune  trace. 

Le  dernier  inventaire  de  la  librairie  du  Louvre,  auquel 
j'ai  affecté  la  lettre  F,  est  celui  qui  fut  rédigé,  au  mois 
d'avril  142,4,  par  deux  notaires,  à  la  requête  des  commis- 
saires ordonnés  par  le  gouvernement  anglais  sur  le  fait  des 
obsèques  de  Charles  VI.  Il  comprend  843  articles5  rangés 
à  peu  près  suivant  l'ordre  de  l'inventaire  de  141 3.  On  n'y 
trouve  point  l'indication  des  mots  par  lesquels  commencent 

1.  Les  not  1  à  224  se  rapportent  à  la  première  chambre;  les  nos  225  à  443,  à 
la  deuxième;  les  n08  444  à  899,  à  la  troisième;  les  nos  900  à  916,  aux  livres 
envoyés  en  1410  à  la  librairie  du  Louvre  par  le  duc  de  Guienne. 

2.  Le  fol.  12  v°  du  ms.  9430  est  reproduit  en  fac-similé  sur  la  planche  XLVIII 
de  l'atlas  du  Cabinet  des  manuscrits. 

3.  C'est  à  cette  copie  que  se  rapportent  deux  articles  d'un  mémoire  annexé 
au  ms.  français  9430  (fol.  70)  qui  est  intitulé  :  «  Ce  sont  les  parties  de  pappier, 
encre,  plumes,  ponces  et  autres  chozes  livrées  par  Guillaume  des  Champs  en 
la  Chambre  des  comptes  du  roy  nostre  sire  à  Paris,  depuis  le  ne  jour  de  sep- 
tembre M  CCCC  et  quinze  jusques  au  ix°  jour  de  janvier  ensuivant.  »  Voici  le 
texte  de  ces  deux  articles  :  «  xxa  die  dicti  mensis  [decembrisj,  pro  papiru  pro 
duplicando  inventariurn  librorum  librarie  régis,  videlicet  pro  duabus  manibus, 
ni  sol.  par.  —  Item  ea  die  [ix  januarii],  pro  religando  inventariurn  librorum 
régis  continens  novem  quaternos,  ni  sol.  » 

4.  Recueil  de  Menant,  à  la  bibliothèque  de  Rouen,  Collection  Leber,  n°  5870, 
t.  XIII,  fol.  137. 

5.  Voici  les  divisions  de  l'inventaire  de  l'année  1424  :  n"  1  à  215,  première 
chambre;  n°"  216  à  422,  deuxième  chambre  ;  n°»  423  à  816,  troisième  chambre; 
n08  817  à  820,  livres  recouvrés  le  1er  octobre  1420;  n08  821,  822,  livres  trouvés 
dans  la  succession  de  Gérard  de  Montaigu,  évéque  de  Paris;  nos  823  à  843, 
«  aucuns  livres  qu'on  ne  trouve  pas  bien  selon  l'inventoire,  et  pour  ce  sont 
mis  à  part  pour  voir  s'ils  se  trouveront.  » 


32  INVENTAIRES  DE  LA  LIBRAIRIE. 

le  second  et  le  dernier  feuillet  des  manuscrits.  Ce  qui  lui 
donne  une  certaine  importance,  c'est  qu'il  indique,  en 
monnaie  parisis,  le  prix  auquel  chaque  volume  fut  estimé 
par  trois  libraires  de  l'Université  :  maître  Jean  Marlet, 
Denis  Gourtillier  et  Jean  de  Santigni. 

Nous  n'avons  que  des  copies  modernes  de  l'inventaire  de 
l'année  1424,  savoir  :  la  première  à  la  bibliothèque  Sainte- 
Geneviève,  ms.  964,  d'après  un  exemplaire  original  sur 
papier  qui  fut  communiqué,  en  1686,  au  P.  Du  Molinet; 
la  deuxième,  à  la  bibliothèque  Mazarine,  ms.  2030;  la 
troisième,  à  la  Bibliothèque  nationale,  ms.  français  2613 
du  fonds  des  Nouvelles  acquisitions,  d'après  la  copie  de 
Sainte-Geneviève.  Il  y  en  a  un  extrait  à  la  bibliothèque  de 
Rouen,  dans  le  tome  II  du  Recueil  de  Menant  (n°  5870  du 
fonds  Leber). 

Les  six  inventaires  qui  viennent  d'être  passés  en  revue 
portent  exclusivement  sur  les  livres  qui  étaient  gardés  au 
Louvre  dans  la  tour  de  la  librairie,  sous  les  règnes  de 
Charles  V  et  de  Charles  VI.  Les  autres  livres  de  ces  princes 
étaient  confondus  avec  les  ornements  et  les  joyaux  qu'ils 
faisaient  porter  à  leur  suite  ou  qui  étaient  déposés  dans 
leurs  principales  résidences,  à  l'hôtel  Saint-Paul,  à  Reauté- 
sur-Marne,  à  Melun,  à  Vincennes  et  à  Saint-Germain-en- 
Laye.  C'est  ainsi  qu'un  assez  grand  nombre  de  livres 
figurent  sur  l'inventaire  général  des  meubles  de  Charles  V, 
rédigé  en  1380  sous  la  direction  de  Philippe  de  Savoisi, 
de  Gilles  Malet,  de  Jean  de  Vaudetar,  de  Gabriel  Fatinant  et 
de  Jean  Crète.  Cet  inventaire  de  l'année  1380,  dont  une 
copie  du  xve  siècle1  est  conservée  à  la  Ribliothèque  natio- 
nale, n°  2705  du  fonds  français,  fournit  donc  un  utile  com- 
plément aux  inventaires  particuliers  de  la  librairie  du 
Louvre.  Je  le  distinguerai  par  la  lettre  G. 

1.  Le  frontispice  est  aux  armes  et  à  la  devise  de  Charles  VI  :  JAMES. 


ÉDITIONS  DES  INVENTAIRES.  33 

Une  quinzaine  de  livres  figurent,  en  1418,  sur  l'inven- 
taire des  joyaux  de  la  couronne,  que  M.  Douët  d'Arcq  a 
publié1  d'après  un  registre  des  Archives  nationales  et  que 
je  désignerai  par  la  lettre  H. 

Il  y  a  déjà  longtemps  que  les  savants  ont  commencé  à 
apprécier  l'utilité  de  ces  anciens  inventaires.  Je  dois  indi- 
quer ici  les  travaux  dont  ils  ont  été  l'objet  dans  les  deux 
derniers  siècles. 

Boivin  les  a,  le  premier,  mis  à  profit  pour  composer  un 
mémoire  qu'il  inséra  en  1717  dans  le  recueil  de  l'Académie 
des  inscriptions2  sur  la  bibliothèque  du  Louvre. 

En  1830,  M.  Barrois  en  a  fait  entrer  quelques  extraits 
dans  sa  Bibliothèque  protypographique3 . 

En  1836,  Van  Praet  leur  a  consacré  un  volume  tout 
entier,  dans  lequel  il  semblait  que  la  matière  dût  être 
épuisée.  Il  n'en  est  cependant  pas  ainsi.  Van  Praet  s'est 
borné  à  publier  :  1°  sous  les  cotes  1  à  930,  l'inventaire  A; 
2°  sous  les  cotes  931  à  112)2,  un  abrégé  de  la  partie  sup- 
plémentaire (articles  727  à  921)  de  l'inventaire  D;  3°  sous 
les  cotes  1123  à  1236,  la  plupart  des  articles  de  l'inven- 
taire G,  relatifs  à  des  livres.  Il  a  donc  négligé  les  inven- 
taires B,  G,  E  et  F,  et  il  n'a  employé  que  la  moindre  partie 
de  l'inventaire  D.  De  là  les  plus  regrettables  lacunes  :  des 
articles  d'une  importance  capitale  ont  été  omis,  et,  ce  qui 
est  plus  fâcheux,  l'éditeur,  en  laissant  de  côté  l'indication 
des  premiers  mots  des  deuxièmes  et  des  derniers  feuillets, 
a  privé  ses  lecteurs  d'un  moyen  qui  leur  eût  permis  de 
retrouver  avec  certitude  dans  les  collections  modernes  les 
volumes  possédés  par  Charles  V  et  Charles  VI.  Outre  ces 


1.  Choix  de  pièces  relatives  au  règne  de  Charles  VI,  t.  II,  p.  279-361. 

2.  Mémoires,  t.  II,  p.  747.  Des  extraits  de  l'inventaire  de  Gilles  Malet  ont 
été  publiés  dans  le  même  recueil  (Histoire),  t.  I,  p.  310. 

3.  P.  1-99. 

3 


34  INVENTAIRES  DE  LA  LIBRAIRIE. 

lacunes,  nous  avons  à  déplorer  l'inexpérience  du  copiste 
que  M.  Van  Praet  avait  chargé  de  transcrire  l'inventaire  A 
et  une  partie  des  inventaires  D  et  G.  La  comparaison  de 
quelques  articles  du  manuscrit  et  de  l'édition  donnera  la 
mesure  de  la  confiance  que  méritait  le  copiste  employé  par 
Van  Praet. 

N°  45.  La  Somme  juste.  —  Lisez  :  La  Somme  Asce. 

N°  75.  Des  moraulx  Bestes.  —  Lisez  :  Des  metaulx,  des  bestes. 

N°  115.  Dévot,  de  Lye  [ce  qui  est  interprété  par  :  Dévotion  de 
Notre-Dame  de  Liesse).  —  Lisez  :  d'Enoc,  d'Elye. 

N°  177.  Sermontois.  —  Lisez  :  Serventois. 

N°  188.  Un  psaultier  en  latin  et  fermoers.  —  Lisez  :  en  latin  et 
françois. 

N°  227.  L'évesque  de  Vvs  (Viviers).  —  Lisez  :  L'évesque  de  Burs 
(Burgos). 

N°  251.  Aucuns  respons.  —  Lisez  :  Anteinez,  respons. 

La  Société  des  Bibliophiles  français  a  fait  paraître,  en 
1867,  un  élégant  volume1  dans  lequel  Douët  d'Arcq  a 
combiné  l'inventaire  de  l'année  141 1  avec  celui  de  l'année 
1 424  ;  en  suivant  l'ordre  de  celui-ci,  auquel  il  a  emprunté 
les  chitfres  de  la  prisée  des  libraires,  il  a  reproduit  les 
notices  de  l'inventaire  de  1 41 1 . 

La  notice  sur  la  «  Bibliothèque  du  roi  »,  que  M.  Franklin 
inséra  en  1870  dans  le  tome  II  de  son  ouvrage  sur  les 
Anciennes  bibliothèques  de  Paris  (p.  107-218),  contient 
quelques  extraits  des  différents  inventaires,  avec  le  fac- 
similé  de  plusieurs  passages  choisis  dans  le  ms.  français 
2700  (inventaires  de  1373  et  de  1411)  et  dans  le  ms. 
français  9430  (inventaire  de  1413). 

En  1879,  l'inventaire  du  mobilier  de  Charles  V,  compre- 
nant les  livres  du  roi  conservés  en  dehors  de  la  tour  du 


1.  Inventaire  de  la  bibliothèque  du  roi  Charles  VI  fait  au  Louvre  en  li'23 
par  ordre  du  régent  duc  de  Bedford.  Paris,  1867,  ia-8%  xli  et  319  p. 


EDITIONS  DES  INVENTAIRES.  35 

Louvre,  a  été  publié  par  Jules  Labarte  dans  un  volume  de 
la  Collection  de  documents  inédits. 

Les  rédacteurs  des  inventaires  qui  viennent  d'être  passés 
en  revue  n'ont  pas  cru  pouvoir  rapprocher  les  ouvrages  de 
même  nature  et  ne  se  sont  nullement  préoccupés  d'un 
classement  méthodique  ou  alphabétique1.  Cette  lacune  a  été 
bien  incomplètement  comblée  par  les  tables  que  les  édi- 
teurs ont  jointes  à  la  reproduction  du  texte  des  manuscrits. 

Dans  le  résumé  que  j'ai  inséré  en  1880  à  la  fin  du  der- 
nier volume  du  Cabinet  des  manuscrits  (p.  114-170),  j'ai 
essayé  de  grouper  les  volumes  se  rapportant  aux  mêmes 
matières  et  je  me  suis  efforcé  de  faire  entrer  dans  chaque 
notice  les  renseignements  que  les  différents  inventaires 
fournissent  sur  le  même  manuscrit,  et  notamment  les  pre- 
miers mots  du  deuxième  feuillet.  On  sait  que  c'est  là  le 
trait  essentiel  du  signalement  à  l'aide  duquel  peut  être 
rigoureusement  distinguée  et  identifiée  chacune  des  copies, 
souvent  nombreuses,  d'un  même  texte. 

La  même  méthode  a  été  appliquée,  avec  des  dévelop- 
pements assez  considérables,  à  l'édition  qui  remplit  à  peu 
près  en  entier  la  seconde  partie  du  présent  ouvrage.  Je 
crois  n'avoir  laissé  de  côté  que  les  détails  relatifs  à  l'état 
matériel  des  reliures,  qui,  depuis  longtemps,  ont  disparu 
des  trop  rares  volumes  de  la  vieille  librairie  du  Louvre 
après  bien  des  vicissitudes  subies  pendant  les  cinq  der- 
niers siècles.  Nous  en  avons  ainsi  reconnu  une  centaine. 
Espérons  que  l'index  ajouté  à  mon  édition  facilitera  la  tâche 
des  bibliographes  et  des  bibliophiles  qui  seront  tentés  de 
rechercher  des  débris  de  notre  première  Bibliothèque 
nationale. 

1.  Gilles  Malet  avait  cependant  essayé  de  réunir  dans  la  troisième  chambre 
de  la  tour  les  livres  latins  et  ceux  qui  traitaient  d'astronomie  et  d'astrologie. 


IV. 

Aperçu  de  la  composition  de  la  librairie. 

Pour  avoir  une  idée  exacte  de  la  librairie  du  Louvre,  il 
est  indispensable  de  lire  entièrement  l'Inventaire  dont  le 
texte  sera  publié  à  la  fin  du  présent  ouvrage  ;  mais  un  court 
résumé,  dans  lequel  les  détails  secondaires  seront  laissés 
de  côté,  suffira  pour  faire  comprendre  la  composition  de 
la  Bibliothèque  royale  à  la  fin  du  xive  et  au  commencement 
du  xve  siècle.  J'indiquerai  donc  en  peu  de  mots  ce  qu'elle 
renfermait  de  plus  remarquable  sur  la  théologie,  le  droit, 
les  sciences  et  les  arts,  l'histoire  et  la  littérature.  Cet 
aperçu  comprendra  les  volumes  qui  étaient  dispersés  dans 
les  diverses  résidences  royales. 

THÉOLOGIE. 

Plusieurs  bibles  latines.  Les  différentes  parties  de  l'ancien  et  du 
nouveau  Testament.  Environ  vingt-cinq  psautiers,  dont  plusieurs 
n'étaient,  à  proprement  parler,  que  d'anciens  livres  d'heures.  Peu 
de  commentaires  sur  la  Bible  en  dehors  de  la  glose;  les  seuls  que 
j'aie  remarqués  sont  ceux  de  Nicolas  de  Lire  sur  le  Psautier,  de 
Raban  sur  les  Paralipomènes  et  sur  Judith,  de  saint  Jérôme  sur 
l'épître  aux  Galates,  de  Bède  sur  les  épitres  de  saint  Paul.  Une 
Concordance.  L'Histoire  scolastique,  texte  latin  et  version  française 
de  Guiart  des  Moulins.  Plusieurs  recueils  de  figures  de  la  Bible, 
presque  tous  ornés  de  nombreuses  peintures.  Les  compilations  inti- 
tulées :  Composition  de  sainte  Ecriture  et  Cy  nous  dit. 

Les  traductions  du  Rational  de  Durant  et  du  Miroir  de  l'Eglise. 
Une  très  nombreuse  collection  de  tous  les  livres  qui  servaient  à  la 
célébration  de  l'office  divin  :  une  quarantaine  de  bréviaires  à  l'usage 
de  Rome,  de  Paris,  de  l'Angleterre,  des  Cordeliers  et  des  Domini- 
cains;  une  trentaine  de  missels,   avec   beaucoup  d'évangéliaires, 


APERÇU  SOMMAIRE.  37 

d'épistoliers,  de  graduels,  de  collectaires  et  de  prosiers;  des  rituels, 
des  pontificaux  et  des  cérémoniaux  pour  le  sacre  du  roi;  plus  de 
cinquante  livres  d'heures.  Presque  tous  ces  manuscrits  étaient  en 
latin  :  on  n'avait  guère  en  français  que  de  petits  recueils  de  prières, 
quelques  morceaux  de  bréviaire  et  le  missel,  encore  n'est-il  pas  cer- 
tain que  le  missel  eût  été  complètement  traduit;  la  traduction  fran- 
çaise qu'on  en  avait  entreprise  pour  Blanche  de  Navarre,  seconde 
femme  de  Philippe  de  Valois,  ne  fut  pas  achevée,  «  pour  ce  que, 
«  disait-on,  il  n'estoit  pas  expédient  de  translater  tel  livre,  en  espè- 
ce cial  le  saint  canon  ». 

Texte  latin  de  quelques  ouvrages  d'Origène,  de  saint  Jérôme,  de 
saint  Augustin,  de  saint  Grégoire,  d'Isidore,  de  Julien  de  Tolède, 
de  saint  Bernard,  de  Hugues  de  Saint-Victor,  de  Pierre  Lombard, 
de  saint  Thomas  d'Aquin  et  de  Gilles  de  Borne. 

Traduction  de  la  Cité  de  Dieu  et  des  Soliloques  de  saint  Augus- 
tin; des  Quarante  homélies  et  du  Dialogue  de  saint  Grégoire;  de 
l'Arrhe  de  l'âme  de  Hugues  de  Saint-Victor;  des  Amitiés  spirituelles 
d'Aelred;  du  traité  d'Innocent  III  sur  la  condition  humaine;  du  livre 
des  Abeilles  de  Thomas  de  Cantimpré;  du  livre  des  Voies  de  Dieu 
de  sainte  Elisabeth. 

Fort  peu  de  théologie  scolastique  et  de  sermons;  quelques  sommes 
abrégées,  celle  de  Baimond  de  Penafort,  celle  de  Geoffroi  de  Gri- 
mouville,  celle  de  frère  Laurent  appelée  la  Somme  le  roi  :  il  devait 
bien  y  avoir  une  dizaine  d'exemplaires  de  ce  dernier  ouvrage. 
Divers  petits  traités  sur  la  morale  chrétienne  et  les  pratiques  reli- 
gieuses; des  livrets  de  dévotion;  des  choix  de  prières  et  de  médi- 
tations. 


De  tous  les  ouvrages  qui  sont  compris  dans  le  corps  du  droit  civil, 
Charles  V  ne  possédait  en  latin  que  les  Institutes;  mais  il  avait 
plusieurs  exemplaires  de  la  version  française  des  Institutes,  du 
Digeste,  du  Code,  des  Novelles  et  de  la  Somme  d'Azon  sur  le  Code. 
Le  droit  féodal  était  représenté  dans  sa  bibliothèque  par  trois  copies 
du  Coutumier  de  Normandie  et  par  le  livre  de  Pierre  de  Fontaines; 
le  droit  canon,  par  les  traductions  du  Décret  et  des  Décrétales,  la 
Somme  dite  Copiosa,  le  Miroir  de  Durant,  un  formulaire  de  la  cour 
de  Borne,  la  traduction  de  l'Ordinaire  de  Tancrède,  le  texte  latin  et 
le  texte  français  du  Songe  du  Verger. 


1  t  i  fcp.Oft 


38  COMPOSITION  DE  LA  LIBRAIRIE. 


SCIENCES    ET    ARTS. 


Compilations  encyclopédiques  :  le  livre  des  Propriétés  des  choses 
par  Barthélemi  L'Anglais,  texte  latin  et  version  française  ;  l'Image 
du  monde,  en  prose  et  en  vers;  le  Trésor  de  Brunetto  Latini;  le 
livre  de  Sidrac. 

Le  Timée  de  Platon  en  latin.  Les  principaux  ouvrages  d'Aristote 
en  latin;  la  traduction  française  des  Ethiques,  des  Politiques,  des 
Économiques,  des  Problèmes,  des  Météores,  du  livre  du  Ciel  et  du 
monde. 

Presque  tous  les  traités  de  Sénèque  en  latin,  et  la  traduction  des 
Épîtres  et  du  livre  des  Remèdes.  La  Consolation  de  Boèce,  texte 
original  et  différentes  versions  en  prose  et  en  vers. 

Le  texte  latin  et  la  traduction  du  Policratique  de  Jean  de  Salis- 
bury.  L'art  démonstratif  de  Baimond  Lulle. 

Plusieurs  compilations  de  philosophie  morale.  Les  traités  de  Gilles 
de  Borne  et  d'autres  auteurs  sur  le  gouvernement  des  princes. 
Les  moralités  sur  le  jeu  d'échecs. 

L'Arithmétique  de  Boèce  et  divers  traités  d'algorisme.  Euclide. 
Une  immense  collection  de  livres  astronomiques  et  astrologiques, 
dans  laquelle  se  trouvait  la  suite  à  peu  près  complète  des  ouvrages 
scientifiques  qui  avaient  été  traduits  de  l'arabe.  Trente  volumes  sur 
la  géomancie,  quatre  sur  la  chiromancie  et  un  sur  la  nécromancie. 

Différents  traités  sur  les  phénomènes  atmosphériques,  l'aimant, 
les  pierres,   les  plantes  et  les  animaux;  dix  bestiaires;   un  volu- 
craire;  sept  lapidaires;  le  livre  de  Macer  sur  les  herbes. 
Environ  soixante  volumes  de  médecine  et  de  chirurgie. 
L'ouvrage  de  Pierre  de  Crescens  sur  l'économie  rurale.  Un  vieil 
exemplaire  de  Saeculus  ou  Siculus  Flaccus.  Bien  sur  la  chasse,  si  ce 
n'est  deux  traités  sur  les  maladies  des  oiseaux  de  proie. 
Dix  copies  de  la  traduction  de  Végèce.  Un  Frontin. 
Trois  manuels  du  jeu  d'échecs  et  un  du  jeu  de  dés. 
Deux  traités  de  musique. 


Quatre  exemplaires  de  la  prétendue  traduction  de  Solin.  Traité 
des  provinces  du  monde.  Cinq  exemplaires  de  Marc-Paul;  deuxde 
Jean  de  Mandeville  et  deux  de  la  lettre  du  prêtre  Jean.  Les  cartes 
qui  sont  aujourd'hui  connues  sous  le  nom  d'atlas  catalan. 

Traduction  du  Miroir  historial  de  Vincent  de  Beauvais,  des  prin- 


APERÇU  SOMMAIRE.  39 

cîpaux  ouvrages  de  Bernard  Gui,  de  Valère  Maxime  et  de  Gervais 
de  Tilbury. 

Josèphe,  texte  latin  et  traduction.  Eusèbe.  Collations  de  Cassien, 
texte  et  traduction.  Vies  des  pères;  Légende  dorée;  vies  de  saints 
fort  nombreuses,  en  latin  et  en  français.  Recueil  de  pièces  sur  les 
événements  du  pontificat  de  Clément  V. 

Récits  fabuleux  de  la  guerre  de  Troie,  de  plusieurs  épisodes  de 
l'histoire  de  la  Grèce  et  de  la  vie  d'Alexandre.  Compilation  intitu- 
lée les  Faits  des  Romains  et  présentée  comme  une  traduction  de 
César,  de  Lucain  et  de  Suétone.  Traduction  de  Tite-Live  et  peut- 
être  de  Salluste. 

Pas  un  seul  des  auteurs  qui  ont  écrit  en  latin  sur  l'histoire  de 
France.  Plusieurs  exemplaires  des  Grandes  Chroniques  et  de  divers 
abrégés  de  l'histoire  de  nos  rois.  Poème  sur  le  commencement  des 
Gestes  de  France,  écrit  probablement  en  provençal.  Trois  exem- 
plaires du  roman  de  Philippe  le  Conquérant,  c'est-à-dire,  selon 
toute  apparence,  d'une  chronique  rimée  de  Philippe-Auguste.  Vies 
de  saint  Louis  par  le  sire  de  Joinville  et  par  le  confesseur  de  la  reine 
Marguerite.  Poème  sur  la  croisade  de  saint  Louis,  sur  Philippe  le 
Hardi  et  sur  la  cérémonie  dans  laquelle  Philippe  le  Bel  prit  la  croix. 
Poème  sur  la  bataille  de  Cassel  et  les  guerres  de  Flandre.  Autre 
poème  sur  les  campagnes  de  Philippe  de  Valois  en  Flandre.  Chro- 
nique rimée  de  la  guerre  du  roi  de  France  avec  le  roi  d'Angleterre, 
des  faits  du  roi  de  Navarre  et  de  la  révolte  du  peuple  de  Paris. 
Toutes  ces  chroniques  métriques,  dont  la  perte  est  fort  regrettable, 
appartenaient  vraisemblablement  à  la  même  famille  que  le  grand 
livre  rimé  dont  parle  Jean  le  Bel,  «  lequel,  dit  cet  historien,  aucun 
«  controuveur  a  mis  en  rime  par  grandes  faintes  et  bourdes  con- 
te trouvées,  duquel  le  commencement  est  tout  faulx  et  plain  de  men- 
«  chonges,  jusques  au  commencement  de  la  guerre  que  le  roy  Edo- 
«  wart  emprit  contre  le  roy  Philippe  de  France,  et  de  là  en  avant 
«  peut  avoir  assez  de  substance  de  vérité  et  assez  de  bourdes,  et  sy 
«  y  a  grand  plenté  de  parolles  controuvées  et  de  redictes  pour 
«  embelir  la  rime  ».  Il  est  assez  curieux  que  la  librairie  du  Louvre, 
si  riche  en  chroniques  rimées,  n'ait  pas  renfermé  un  seul  exem- 
plaire du  livre  de  Froissart.  Avec  les  chroniques  étaient  mêlés 
quelques  registres  relatifs  à  la  politique  et  à  l'administration  du 
royaume  :  un  recueil  des  testaments  des  rois,  une  collection  de 
traités  d'alliance,  une  copie  des  pièces  du  traité  de  Brétigny,  une 
copie  des  privilèges  accordés  aux  rois  par  les  papes,  le  procès  de 
Robert  d'Artois,  un  état  du  comté  de  Montfort,  un  tableau  du  cours 
des  monnaies,  un  inventaire  de  joyaux. 


40  COMPOSITION  DE  LA  LIBRAIRIE. 

Poème  sur  les  campagnes  de  Charles,  frère  de  saint  Louis,  en 
Italie.  Traduction  des  chroniques  espagnoles  de  l'évêque  de  Bur- 
gos,  par  Jean  Golein.  Le  livre  royal  de  Jean  de  Cardailhac,  relatif 
aux  démêlés  de  Henri  de  Transtamare  et  de  Pierre  le  Cruel.  Deux 
volumes,  dont  l'un  en  vers,  sur  les  guerres  de  l'Angleterre  et  de 
l'Ecosse.  Deux  chroniques  des  évêques  de  Liège. 

Collection  considérable  d'ouvrages  sur  les  croisades,  plusieurs 
en  latin,  beaucoup  en  français,  les  uns  en  prose,  les  autres  en  vers; 
dans  cette  collection,  les  chroniques  proprement  dites  sont  fort 
nombreuses;  les  compositions  romanesques  le  sont  encore  davan- 
tage; on  y  remarque  plusieurs  opuscules  relatifs  à  des  projets  d'ex- 
pédition qui  ne  furent  jamais  exécutés  et  des  livrets  à  l'usage  des 
voyageurs  en  Orient,  par  exemple  «  les  pèlerinages  d'oultre  mer  et 
«  à  savoir  demander  en  langaige  sarazin  ses  nécessités  pour  vivre  ». 

LITTÉRATURE. 

Quatre  volumes  renfermant  les  ouvrages  élémentaires  dans  les- 
quels les  enfants  apprenaient  la  grammaire  latine.  Plusieurs  copies 
des  grands  dictionnaires  de  Hugutio  et  de  Jean  de  Gênes.  Un  dic- 
tionnaire abrégé,  en  français  et  en  latin,  qui  était  au  service  person- 
nel du  roi.  Le  formulaire  de  Thomas  de  Capoue. 

Les  principaux  ouvrages  d'Ovide.  Trois  copies  de  Lucain.  Le 
poème  de  la  Vieille.  L'Alexandréide  de  Gautier  de  Châtillon.  Les 
Métamorphoses  moralisées;  la  traduction  de  l'Anticlaudien,  celle 
de  la  Vieille. 

Romans  carlovingiens  :  Agolant,  Aimeri  de  "Narbonne,  Amis  et 
Amille,  Anséis  de  Carthage,  Aubri  le  Bourguignon,  Aye  d'Avignon, 
Berte,  Beuve  d'Aigremont,  Beuve  de  Hantonne,  Foulques  Faucon, 
Garin  le  Loherain,  Garin  de  Montglane,  Girard  de  Roussillon,  Gui 
de  >anteuil,  Guillaume  d'Orange,  Jourdain  de  Blaives,  Maugis  le 
larron,  Olivier,  Pépin,  les  Quatre  fils  Aymon,  Raoul  de  Cambrai, 
Roland,  Turpin,  Vivien. 

Romans  de  la  Table  ronde  :  Artus,  Artus  le  restauré,  l'Atre  péril- 
leux, Branor,  Brut,  Cligès,  Gauvain,  Giron  le  Courtois,  Glorion  de 
Bretagne,  le  Saint-Graal,  Iseult  la  Blonde,  Lancelot,  Marc  de  Cor- 
nouaille,  Meliadus,  Palamèdes  etGalaad,  Perceval  le  Galois,  Tristan. 

Romans  se  rapportant  à  l'antiquité  grecque  et  romaine  :  Troie, 
Hector,  Thèbes,  Thessalus,  Florimont,  Alexandre,  Athis  et  Profilias, 
les  Sept  sages,  la  Maie  marrastre,  Marc  fils  de  Caton,  Laurin,  Cas- 
siodorus,  Pellarmenus,  Berinus,  Florence  et  Octavien. 

Romans  d'aventures  :  Blancandin  et  le  Beau  mauvais,  Meraugis, 


APERÇU  SOMMAIRE.  il 

Meliachim  et  le  Cheval  de  bois,  Robert  le  Diable,  Eustache  le  Moine, 
la  châtelaine  de  Coucy,  la  darne  de  Fayel. 

Compositions  satyriques  ou  allégoriques  :  plusieurs  recueils  de 
fables,  le  Renard,  la  Rose,  Torchefauvel,  la  Vision  du  prieur  de 
Salon,  une  traduction  française  du  livre  de  Calila. 

J'ai  déjà  signalé  plusieurs  ouvrages  qui  appartiennent  aussi  bien 
à  la  littérature  qu'à  la  théologie,  à  la  morale  ou  à  l'histoire.  A  ceux 
qui  ont  été  indiqués,  il  faut  ajouter  les  Machabées,  la  Passion, 
Balaam  et  Josaphat,  le  Reclus  de  Moliens  et  les  Pèlerinages  de 
Robert  de  Digulleville.  L'un  des  poèmes  inspirés  par  la  Passion 
était  un  mystère  :  c'est  la  seule  production  dramatique  qui  figure 
sur  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre. 

Une  quinzaine  de  recueils  de  chansons,  dont  beaucoup  étaient 
notés;  quelques  dits  et  fabliaux  :  les  Trois  morts  et  les  trois  vifs,  la 
Bataille  des  Sept  arts,  les  Dits  de  Baudouin  de  Condé,  la  Voie  de 
paradis  de  Rutebeuf;  plusieurs  volumes  de  jeux  partis  et  de  pièces 
légères  dont  le  sujet  est  assez  bien  indiqué  par  les  mots  :  «  Papiers 
«  d'amours,  demandes  et  responses  d'amours,  jugemens  d'amour.  » 
Opuscules  de  Watriquet,  en  six  volumes. 


V. 

Condition    des   livres    d'après   les  inventaires.   —   Langues. 
Genres  d'écritures,   de  peintures  et  de  reliures. 

Les  rédacteurs  des  anciens  catalogues  du  Louvre  ne  se 
sont  pas  bornés  à  copier  les  titres  des  livres  confiés  à  leurs 
soins;  ils  en  ont  quelquefois  apprécié  le  contenu  :  c'est 
ainsi  qu'ils  ont  signalé  aux  lecteurs  les  truffes  ou  men- 
songes dont  leur  semblaient  remplis  les  romans  d'Artus  et 
de  Jehannette,  d'Eustache  le  Moine  et  de  Jehan  le  duc  du 
Mont  aux  Fées1.  Ils  ont  souvent  indiqué  en  quelle  langue 
chaque  ouvrage  était  écrit2  :  en  latin,  en  français,  en  gas- 
con3, provençal4  ou  langue  d'oc5,  en  espagnol  ou  en  ita- 
lien6; ils  sont  même  allés  jusqu'à  distinguer  le  dialecte 
picard7.  Mais  ils  se  sont  surtout  attachés  à  décrire  la  con- 
dition matérielle  des  livres  ;  on  lit  avec  un  véritable  intérêt 
les  détails  qu'ils  donnent  : 

1  °  Sur  la  forme  et  la  taille  des  volumes  :  livres  grands 
et  petits,  livres  plats8,  livres  gros  et  courts9,  gros  volume 
carré10,  volume  assez  longuet11,  rouleaux12,  livres  fermés 
à  clef13 ; 

1.  Articles  1085,  1103  et  1127. 

2.  La  langue  de  chaque  ouvrage  est  ordinairement  indiquée  par  la  citation 
des  premiers  mots  des  seconds  et  des  derniers  feuillets. 

3.  Articles  996,  1068  et  1107. 

4.  Article  377  bis.  —  5.  Article  378. 
G.  Articles  713,  714  et  715. 

7.  Articles  451,  792,  933,  945,  946. 

8.  Articles  118,  165,  231,  239,  259,  274,  760,  763,  844. 

9.  Articles  139,  805,  819. 

10.  Article  125.  —  11.  Article  121. 

12.  Articles  104,  343  et  888.  Cf.  l'article  601,  où  il  est  question  d'une  peau 
de  parchemin,  sur  laquelle  maître  Jean  de  Linières  avait  tracé  des  figures 
astronomiques. 

13.  Articles  432,  436,  1011  et  1012. 


FORME  ET  ÉCRITURE  DES  LIVRES.  43 

2°  Sur  l'âge  des  manuscrits  :  un  évangéliaire  en  par- 
chemin pourpré  paraissait  assez  vieux  pour  que  la  trans- 
cription en  fût  attribuée  à  saint  Jean1;  l'écriture  dans 
laquelle  les  diphtongues  sont  figurées  par  deux  lettres 
séparées  (ae,  oè)  est  qualifiée  de  très  ancienne2;  mais  il  ne 
faut  pas  attacher  un  sens  rigoureux  aux  expressions  vieux 
ou  ancien  qui  reviennent  souvent  sous  la  plume  de  Gilles 
Malet  :  en  effet,  un  exemplaire  du  roman  de  la  Rose  est 
désigné  comme  un  livre  «  très- vieil3  »  ; 

3°  Sur  la  division  des  pages  en  deux  ou  trois  colonnes4; 

4°  Sur  les  différentes  encres  :  lettre  d'or  sur  parchemin 
noir5;  lettre  d'or,  d'azur  et  de  vermillon6; 

5°  Sur  le  caractère  des  écritures  :  lettre  formée 7  ;  lettre 
de  forme 8  ;  vieille  lettre  de  forme9  ;  bonne  lettre  de  forme 10  ; 
—  grosse  lettre11;  grossettement  escript12;  menue  ou  très 
menue  lettre13;  menue  lettre  de  forme14;  menuement 
escript15;  très  menuement  escript16;  — lettre  bastarde17, 
par  opposition  à  lettre  de  forme18  et  à  lettre  courante19; 
menue  lettre  bastarde20;  —  lettre  courante21  ;  —  lettre  de 

1.  Article  83. 

2.  Article  853.  Cf.  l'article  915. 

3.  Article  1185. 

4.  Articles  984,  1003,  1023,  1028,  1056,  1081,  1118,  1160,  1199,  1202. 

5.  Article  83. 

6.  Articles  59,  242. 

7.  Article  1003. 

8.  Articles  58  Us,  184,  980. 

9.  Article  107. 

10.  Article  12. 

11.  Article  173. 

12.  Article  130. 

13.  Article  15. 

14.  Articles  450,  1145. 

15.  Article  129. 

16.  Article  165. 

17.  Articles  942,  1018,  1191. 

18.  Article  923. 

19.  Article  801. 

20.  Articles  565,  776,  1089. 

21.  Articles  301  et  1000. 


44  CONDITION  DES  LIVRES. 

note1;  —  lettre  boulonnoise2;  grosse  lettre  boulonnoise3; 
lettre  de  forme  boulonnoise4;  bonne  lettre  boulonnoise5; 

6°  Sur  la  manière  dont  beaucoup  de  volumes  étaient 
enluminés  et  historiés6  :  enluminé  d'ancienne  façon7,  enlu- 
miné d'or8,  d'or  et  de  noir9,  de  blanc  et  de  noir10,  d'azur 
et  de  rose 11  ;  enluminé  tout  au  long  des  colonnes  de  fleurs 
de  lis  d'or  et  d'azur12;  enluminé  à  histoires  de  Boulogne13; 
enluminure  boulonnoise14;  bonnes  couleurs  d'enluminure 
boulonnoise15;  —  historié  es  marges  de  haut  et  bas*6;  his- 
torié es  marges  d'en  bas17;  et  sont  les  histoires  par  les 
marges  très  anciennes18;  historié  d'anciens  images19;  his- 
torié d'ancienne  façon20;  historié  d'or  et  de  noir21  ;  historié 
de  blanc  et  de  noir22;  historié  de  noir23;  historié  d'encre 

1.  Articles  650,  866,  956,  1127,  1162  et  1212. 

2.  Articles  3,  440,  516,  713,  812,  814,  830,  914  et  1211. 

3.  Articles  119  et  156. 

4.  Articles  294,  455,  665,  1205. 

5.  Article  692.  —  Le  catalogue  des  livres  du  duc  de  Berry,  publié  à  la  fin  de 
la  seconde  partie  de  cet  ouvrage,  mentionne  presque  tous  les  genres  d'écriture 
qui  viennent  d'être  énumérés,  et  de  plus  les  suivants  :  lettre  ronde  (n°8  11,  116 
et  134  de  l'édition,  lettre  de  court  (n08  38,  115,  152),  lettre  françoise  (n°  9), 
lettre  lombarde  (n°  126  et  156). 

6.  Les  enluminures  sont  presque  toujours  distinguées  des  histoires,  c'est-à- 
dire  des  miniatures  formant  tableau;  voir  les  articles  40,  46,  50,  121  et  153. 

7.  Article  57. 

8.  Articles  46,  66,  120  et  153. 

9.  Article  121. 

10.  Articles  222  et  264. 

11.  Article  223. 

12.  Article  513. 

13.  Article  1205. 

14.  Article  259. 

15.  Article  714.  —  Des  exemples  qui  viennent  d'être  cités,  il  faut  rapprocher 
les  textes  suivants  qui  sont  tirés  du  catalogue  des  livres  du  duc  de  Berry  : 
«  Historié  de  l'ouvrage  de  Lombardie  (nos  4,  21,  64,  182,  210);  enluminé  ou  his- 
torié d'ouvrage  romain  (n06  1,  3,  18,  105)  ;  historié  d'images  romains  (n°  138); 
historié  d'images  de  la  manière  romaine  (n°  75).  » 

16.  Article  232. 

17.  Articles  985  et  1086. 

18.  Article  1211. 

19.  Article  46. 

20.  Article  57.  —  21.  Article  121. 

22.  Articles  153,  222  et  256.  —  23.  Article  1225. 


LEUR  ILLUSTRATION.  45 

sans  couleurs1.  Le  manuscrit  français  810,  qui  a  fait  partie 
de  l'ancienne  librairie  du  Louvre,  nous  offre  un  bon 
exemple  de  ce  dernier  genre  d'histoires.  Dans  le  chapitre 
suivant,  on  trouvera  quelques  détails  relatifs  à  certains 
genres  de  décoration  propres  aux  manuscrits  faits  pour  le 
roi  Charles  V; 

7°  Sur  les  ornements  des  tranches  :  psautier  peint  d'azur 
sur  les  feuillets2;  —  psautier  armoyé  sur  les  feuillets  des 
armes  de  Bourbon3;  —  et  sont  les  feuillets  peints  à  fleurs 
de  lis4  ;  —  et  sont  les  feuillets  dorés  à  lozanges  bezancées5  ; 
—  et  sont  les  feuillets  historiés0.  —  L'expression  «  feuillets 
«  par  dehors  historiés  à  images7  »,  appliquée  aux  deux 
volumes  du  Bréviaire  de  Belleville,  désigne  certainement 
les  petits  tableaux  qui  ont  été  peints  sur  les  marges  infé- 
rieures de  ce  beau  manuscrit. 

Quant  aux  couvertures  et  aux  ornements  accessoires  des 
livres,  fermoirs  et  pipes  servant  à  fixer  les  signets,  je  me 
bornerai  à  citer  ici  textuellement  quelques  articles  des 
inventaires. 

En  voici  une  trentaine  qui  sont  empruntés  aux  premières 
pages  de  l'inventaire  de  la  librairie  dressé  en  1411.  Je 
suis  l'ordre  des  cotes  que  portent  les  articles  dans  le  ms. 
français  2700,  fol.  53  et  suiv.  : 

1.  Couvert  de  cuir  vermeil  à  empreintes,  à  quatre  fermouers  d'ar- 
gent blanc. 

2.  Jadiz  couvert  de  veluau  vert,  à  deux  fermouers  d'argent,  et  de 
présent  est  recouvert  de  cuir  vermeil  à  empraintes,  garny  de  quatre 
fermouers  d'argent  dorez  à  une  fleur  de  liz. 

1.  Articles  985  et  1073. 

2.  Article  39. 

3.  Article  49. 

4.  Article  289.  —  Le  ms.  français  2813,  qui  a  appartenu  à  Charles  V,  a  encore 
la  tranche  peinte  à  Heurs  de  lis. 

5.  Article  120. 

6.  Article  153. 

7.  Article  152.  —  L'expression  par  dehors  équivaut  à  en  dehors  de  la  jus- 
tification. 


46  CONDITION  DES  LIVRES. 

4.  Couvert  de  cuir  rouge,  à  deux  fermouers  de  cuivre. 

6.  Couvert  de  cuir  vermeil  à  empraintes,  à  deux  fermouers  de  fer. 

11.  Couvert  de  cuir  blanc,  à  deux  fermouers. 

19.  Couvert  de  drap  de  soye. 

20.  Couvert  de  soye  à  deux  fermouers  d'argent  doré. 

24.  Couvert  de  cuir  rouge  à  queue,  à  quatre  fermouers  de  cuivre. 

28.  Couvert  de  soye  tannée.  - 

34.  Couvertes  de  veluau  à  fleurs  de  liz,  à  trois  bouillons  d'argent, 
à  deux  fermouers  d'argent. 

36.  Couvertes  de  soyes,  à  deux  fermouers  d'argent  esmaillez  aux 
armes  de  France. 

38.  Couvertes  de  veluau  inde,  à  deux  fermouers  d'argent  doré. 

54.  Couvert  de  veluau  sanguin,  doublé  de  sandal  jaune,  à  deux 
fermouers  d'argent. 

57.  Couvert  de  toile  painte,  à  deux  fermouers  d'argent. 

60.  Couvert  de  drap  d'or  vert,  à  deux  fermouers  d'argent. 

65.  Couvert  d'une  chemise  de  soye  asurée  à  queue,  et  deux  fer- 
mouers d'argent  dorez. 

69.  Couvert  de  cuir  rouge  empraint,  à  deux  fermouers  de  laton. 

70.  Couvert  d'un  drap  d'or  mauvais,  royé,  à  deux  fermouers  d'ar- 
gent aux  armes  de  France. 

78.  Couverte  de  soye  jaune,  à  deux  petiz  fermouers  d'argent. 

80.  Couvert  de  drap  d'or  marramas,  à  deux  fermouers  d'argent 
dorez. 

82.  Couvert  de  brodeure  à  fleurs  de  lis,  d'un  costé  l'Anonciacion, 
de  l'autre  la  Trinité;  à  deux  petiz  fermouers  d'argent  dorez. 

85.  Couvert  de  cuir  très  vermeil. 

88.  La  couverture  losengée  à  perles  et  brodée  des  armes  de  Jain- 
ville. 

89.  Couverte  de  soye,  qui  jadis  fu  de  drap  d'or,  à  deux  fer- 
mouers d'argent. 

90.  A  une  couverture  de  soye,  et  deux  "fermouers  d'argent  des 
armes  de  la  royne  Jehanne  d'Evreux. 

92.  A  deux  fermouers  d'argent  dorez  esmaillez. 

93.  Couvert  de  drap  d'or  marramas. 

94.  Couvert  de  drap  inde  et  rouge. 
96.  Couvert  de  cuir  vert. 

99.  Couvert  de  soye  à  queue  longue,  à  deux  fermouers  d'argent. 

103.  Couvert  d'un  sandal  jaune  à  queue. 

104.  Couvert  de  cuir  paint  aux  armes  de  France  et  de  Bourgoigne. 
107.  Couvert  d'une  chemise  de  toille  blanche,  à  deux  fermouers 

d'argent  dorez  et  dix  doux  d'argent  blanc. 

113.  Couvert  de  veluau  inde  à  une  fleur  de  lis  de  brodure  d'or. 


LEUR  COUVERTURE.  47 

Telles  étaient  les  couvertures  des  volumes  qui  s'étalaient 
à  plat  sur  les  longs  pupitres  des  trois  salles  affectées  à  la 
librairie  dans  une  des  tours  du  Louvre.  Bien  plus  somp- 
tueuses encore  étaient  les  reliures  des  livres  tenus  à  la  dis- 
position des  chapelains  et  des  clercs  de  la  maison  royale, 
et  des  volumes  qui  servaient  couramment  au  roi,  aux 
princes  et  princesses  de  sa  famille,  peut-être  aussi  aux 
familiers  qui  suivaient  la  cour.  Les  livres  de  ce  genre  se 
trouvaient  dans  les  appartements  des  châteaux  royaux 
affectés  à  l'habitation  du  souverain.  Aussi  sont-ils  compris 
dans  l'inventaire  du  mobilier,  mêlés  aux  objets  du  culte, 
aux  ornements  ecclésiastiques,  aux  joyaux,  aux  pièces 
d'orfèvrerie,  à  la  vaisselle  d'argent,  aux  tentures  et  tapis- 
series. Parmi  les  nombreux  exemples  que  fournit  la  publi- 
cation de  Jules  Labarte1,  je  prendrai  les  suivants  : 

1208.  Ung  grant  Missel  pour  les  prelatz,  couvert  d'une  couver- 
ture à  fleurs  de  liz  d'or  sur  veluiau  azuré,  et  à  deux  fermoueurs 
d'or  à  deux  escussons  d'or  à  troys  fleurs  de  liz  enlevées,  et  une  pipe 
d'or  à  troys  pommelles  d'or  à  deux  fleurs  de  lys  aux  deux  boutz. 

1215.  Ung  très  bel  Messel,  bien  escript  et  bien  enlumyné,  qui 
est  pour  le  roy  en  son  oratoire,  à  deux  fermoers  d'or  hachiez  à 
fleurs  de  lys,  et  les  tiroers  de  chesnettes  d'or  à  ung  petit  lys  au 
bout. 

2088.  Une  très  belle  Bible,  en  françoys,  à  deux  fermoers  d'argent 
esmaillez  de  France,  à  une  chemise  de  soye  à  queue. 

2099.  Unes  Cronicques  de  France,  à  deux  fermoers  d'argent  dorez, 
et  ont  une  chemise  de  soye  à  queue. 

2850.  Unes  très  petites  Heurètes,  qui  ont  les  ais  d'or,  esmaillées 
de  France  et  de  Navarre  et  de  l'Annonciacion,  et  sont  en  petit  estuy 
de  brodeure  d'or. 

3050.  Ung  livre  couvert  de  satanin  azuré,  ouvré  de  brodeure  à 
angeloz  et  elles  de  papillons,  et  sont  plusieurs  Oroisons  en  latin  et 
en  françoys  et  plusieurs  suffraiges,  et  n'y  a  que  ung  très  petit  fer- 
mouer  d'or,  aux  armes  de  madame  la  duchesse  mère  du  roi. 


1.  Inventaire  du  mobilier  de  Charles  V.  Paris,  1879,  in-4°.  (Collection  de 
documents  inédits.) 


48  CONDITION  DES  LIVRES. 

3051.  Item,  ung  livret  où  sont  les  Heures  saint  Loys  de  France 
et  saint  Loys  de  Marceille,  à  ungs  aiz  de  brodeure  à  perles,  où  est 
saint  Loys  de  Marceille  qui  sermonne,  à  deux  petiz  fermouers  d'or. 

3058.  Ung  livret  qui  a  les  aiz  couvers  de  brodeure  à  fleurs  de  lys 
et  petites  marguerites,  et  sont  les  fueillés  pains  à  fleurs  de  lys,  et  à 
une  pippe  où  il  a  ung  petit  dyamant  et  deux  perles,  et  deux  fer- 
moers  d'or  à  deux  grosses  perles  au  bout,  et  est  en  ung  estuy  à 
fleurs  de  lys. 

3282.  Ung  Bréviaire,  et  a  les  deux  fermouers  d'or,  à  tissu  d'or 
tfrait,  et  ou  fermouer  a  en  chascun  ung  ruby  d'Alixandre  et  quatre 
perles,  et  est  la  pippe  d'or  à  ung  ballay  et  à  six  perles,  en  ung  estuy 
fort,  fermant  à  serreure. 

3305.  Item,  unes  très  parfaictement  belles  Heures,  très  noblement 
cscriptes  et  enluminées  et  très  richement  ystoriées;  et  sont  cou- 
vertes de  brodeure  à  lozanges  de  France,  à  la  brodeure  vermeille 
et  des  armes  de  Behaigne,  et  est  le  lozangeiz  de  perles,  et  sont  les 
fermoers  d'or,  esmaillez  partie  desdictes  armes;  et  a  sur  la  bizette 
quatre  besanceaulx  de  perles  et  deux  saphirs  carrez;  et  sont  en  ung 
estuy  de  cuir  ferré. 


VI. 

Origine  des  livres. 

L'origine  première  d'un  assez  grand  nombre  des  manus- 
crits dont  nous  nous  occupons  nous  est  révélée  par  les 
inventaires  de  la  librairie  et  du  mobilier.  Nous  y  voyons 
figurer  des  volumes  qui  devaient  être  depuis  plus  ou  moins 
longtemps  dans  le  mobilier  de  la  couronne1  :  trois  psau- 
tiers de  saint  Louis2,  dont  deux  sont  parvenus  jusqu'à 
nous3,  un  missel  dont  les  fermoirs  étaient  aux  armes  de 
Marie  de  Brabant,  femme  de  Philippe  le  Hardi4,  un  bré- 
viaire de  Philippe  le  Bel5,  plusieurs  des  ouvrages  dont  la 
composition  ou  l'exécution  matérielle  remontait  au  règne 
du  roi  Jean6.  On  distingue  dans  ces  inventaires  plusieurs 
manuscrits  que  Charles  V  possédait  déjà  avant  de  monter 
sur  le  trône7,  et  d'autres  qui  lui  échurent,  à  lui  ou  à  son 
fils  et  successeur  Charles  VI,  à  la  mort  de  princesses  de  la 
maison  royale  : 

Jeanne  d'Évreux,  veuve  de  Charles  le  Bel8;  Jeanne,  fille 
de  Philippe  de  Valois,  fiancée  de  Jean  d'Aragon 9  ;  Isabelle, 
fille  de  Jean  le  Bon,  femme  de  Jean-Galéas  Visconti10; 


1.  Dans  les  notes  qui  vont  suivre,  les  renvois  sont  faits  aux  numéros  du 
Catalogue  abrégé  de  la  librairie  du  Louvre  qui  est  publié  à  la  fin  du  présent 
volume. 

2.  Articles  45,  46  et  47. 

3.  Voir  plus  loin,  chapitre  XIII,  notices  xv  et  xvn. 

4.  Article  164. 

5.  Article  128.  Voir  plus  loin,  chapitre  XIII,  notice  xix. 

6.  Voir  à  l'Appendice  une  note  sur  les  livres  du  roi  Jean. 

7.  Articles  122,  128,  174,  181  et  529. 

8.  Articles  47,  101,  110,  153,  164,  188,  244,  338  bis  et  372. 

9.  Articles  146  et  147.  —  10.  Articles  162  et  246. 

4 


50  ORIGINE  DES  LIVRES. 

Marie,  sœur  de  la  précédente,  femme  de  Robert,  duc  de 
Bar1;  la  reine  Jeanne  de  Bourbon2. 

Grâce  aux  inventaires,  nous  connaissons  les  noms  des 
personnages  qui  ont  contribué  par  des  cadeaux  à  l'enri- 
chissement de  la  librairie  du  Louvre.  Ce  sont  des  auteurs  : 
Jean  de  Cardailhac3  et  Raoul  de  Presles4; 

Des  souverains  étrangers  :  le  roi  de  Jérusalem  et  de 
Sicile5;  un  roi  d'Espagne,  probablement  Henri  de  Trans- 
tamare,  roi  de  Castille6; 

Des  princes  ou  des  barons  français  :  la  duchesse  d'Or- 
léans7, fille  de  la  reine  Jeanne  d'Évreux;  le  duc  d'Anjou8, 
le  duc  de  Berry9,  le  comte  d'Harcourt10; 

Des  prélats  :  l'archevêque  d'Embrun11,  le  cardinal  de 
Boulogne12,  le  cardinal  Jean  de  Dormans13,  Miles  de  Dor- 
mans,  évéque  de  Beauvais14; 

1.  Article  180. 

2.  Articles  49,  103,  112,  121,  122,  149,  163,  184,  248,  271,  282,  331,  373,  459, 
526,  932,  973,  1106,  1119  et  1131. 

3.  Article  1016  :  «  Un  livre  nommé  Royal,  que  fit  et  donna  au  roi  le  patriarche 
d'Alexandrie,  et  y  est  du  roi  Piètre  et  du  roi  Henri,  en  latin.  » 

4.  Article  1066  :  «  La  Muse  maistre  Raoul  de  Praelles.  »  —  Cf.  article  505  : 
«  Philosophie  morale...  Donné  à  maistre  Raoul  de  Praelles  quant  il  donna  la 
Muse.  » 

5.  Article  812.  Il  s'agit  du  Contenant  de  Rhasès,  ms.  latin  6912,  qui  dut  être 
envoyé  à  Philippe  de  Valois  par  Robert,  roi  de  Sicile. 

6.  Sur  une  Histoire  de  Troye  en  prose,  envoyée  par  le  roi  d'Espagne,  voir  le 
ms.  français  24396,  fol.  23  a. 

7.  Articles  371  et  1049.  —  C'est  pour  cette  princesse,  femme  du  duc  Phi- 
lippe, fils  du  roi  Philippe  de  Valois,  que  fut  exécuté  un  beau  livre  d'heures 
aujourd'hui  conservé  au  château  de  Wernigerode  et  dont  j'ai  donné  la  descrip- 
tion dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  en  1885,  t.  LXV1,  p.  490-539. 

8.  Article  819  et  peut-être  264. 

9.  Articles  534,  1206  et  peut-être  352.  —  On  lit  dans  un  compte  de  l'année 
1374  :  «  A  Estienne  de  Courbuelh,  messagier  à  pie,  envoyé  de  Lezignan  à 
«  Bourges  quérir  unes  eures  de  mons.  (de  Berry),  pour  porter  à  Paris  au  sire 
«  de  Partenay,  qu'il  les  bailla  au  roy.  »  Arch.  nat.,  KK.  252,  fol.  28  v°.  (Note 
de  Douët  d'Arcq.) 

10.  Article  1155;  cf.  l'article  1139. 

11.  Article  351. 

12.  Article  360. 

13.  Article  166.  —  14.  Article  3. 


LIVRES  DONNÉS  AU  ROI.  51 

Différents  officiers  attachés  à  la  maison  royale  ou  pour- 
vus de  charges  administratives  :  Gilles  Malet1,  Gervais 
Chrétien2,  Jean  de  Vaudetar3,  Nicole  de  Vaircs4,  un  prévôt 
de  Paris5  et  un  gouverneur  du  bailliage  d'Amiens6. 

Parmi  les  plus  beaux  volumes  de  la  librairie  royale 
devaient  se  trouver  des  manuscrits  offerts  au  roi  soit 
comme  étrennes  de  nouvel  an,  soit  à  l'occasion  de  la 
Sainte-Agnès,  fête  du  1 9  janvier,  jour  anniversaire  de  la 
naissance  de  Charles  V7. 

Les  rédacteurs  des  inventaires  ont  prêté  beaucoup  d'at- 
tention aux  armoiries  peintes  sur  les  volumes  qui  passaient 
sous  leurs  yeux.  C'est  ainsi  qu'ils  signalent  les  armes 
d'Athènes8,  d'Auxerre9,  de  Belleville10,  de  Castille11,  de 
Ghambli12,  de  Constantinople13,  de  Foix14,  d'Harcourt15, 
de  Joinville16,  de  Navarre17,  de  Préaux  et  de  Crespin18. 
Ces  armoiries  rappellent  d'anciens  propriétaires,  dont  les 
noms  sont  parfois  indiqués  en  toutes  lettres.  Tels  sont  ceux 
de  saint  Pierre  de  Luxembourg19,  des  papes  Clément  VI  et 

1.  Articles  32,  43,  72,  74,  77,  81,  82,  85,  87,  89,  90,  113,  291,  299,  772,  790, 
906,  909,  940,  990,  997,  1100  et  1126.  Voir  plus  haut,  p.  15. 

2.  Article  810  et  peut-être  809. 

3.  Article  21. 

4.  Article  28. 

5.  Article  70. 

6.  Article  1169. 

7.  Voir  ce  que  j'ai  dit  à  ce  sujet  dans  le  Journal  des  Savants  (mai  1906, 
p.  235),  à  propos  de  la  merveilleuse  coupe  d'or  du  Musée  britannique,  aux 
émaux  représentant  des  scènes  de  la  vie  de  sainte  Agnès. 

8.  Article  182. 

9.  Article  859. 

10.  Articles  152  et  183.  Olivier  de  Clisson  était  seigneur  de  Belleville. 

11.  Article  48. 

12.  Articles  50,  251  et  916. 

13.  Article  261. 

14.  Article  272  bis. 

15.  Article  344. 

16.  Article  52. 

17.  Articles  17,  41,  218,  245  et  217  bis. 

18.  Article  256. 

19.  Article  66. 


52  ORIGINE  DES  LIVRES. 

Urbain  V1,  de  Jean  de  Graon,  archevêque  de  Reims2,  de 
Jean  Royer,  évêquede  Meaux3,  de  Pierre  deVillars,  évêque 
de  Troyes4,  de  Waleran,  comte  de  Saint-Paul5,  de  Jean, 
comte  d'Harcourt6,  de  la  comtesse  de  Pembroke7,  de  la 
dame  d'Avaugour8,  du  sire  d'Andresel9,  de  Pierre  d'As- 
nières10,  de  Jacques  de  Rue11,  de  Philippe  de  Maisières12, 
de  Raoul  de  Presles13,  de  Martin  de  Melou14,  de  Jean  de 
Vaubelon15,  de  Gencien  Tristan16  et  de  Jean  de  Marigny17. 
Les  livres  du  comte  de  Saint-Paul  étaient  sans  doute 
entrés  dans  le  domaine  royal  par  suite  de  la  disgrâce  qu'il 
encourut  lors  de  son  mariage  avec  la  sœur  utérine  de 
Richard  II.  Les  «  très  parfaitement  belles  heures,  très  nota- 
ce  blement  écrites  d'or  et  d'azur,  et  très  richement  historiées 
«  et  enluminées  partout  » ,  qui  furent  mises  dans  la  chambre 
du  roi  à  Vincennes18,  venaient  d'une  saisie  faite  en  1372 
sur  Yolande  de  Flandre,  comtesse  de  Rar  et  de  Longue- 
ville19.  Les  livres  de  Jacques  de  Rue  durent  être  confisqués 
au  moment  de  l'arrestation  ou  du  jugement  de  ce  confident 


1.  Articles  51  et  150. 

2.  Article  345. 

3.  Article  182. 

4.  Articles  4,  5,  1050  et  1051. 

5.  Articles  154,  251,  403,  407,  941,  951,  952,  1033,  1192. 

6.  Article  273. 

7.  Article  1026. 

8.  Article  151. 

9.  Article  991. 

10.  Article  361. 

11.  Articles  903,  1090,  1095,  1125  et  1132. 

12.  Article  1041. 

13.  Article  976. 

14.  Article  155. 

15.  Article  30. 

16.  Article  123. 

17.  Articles  525,  605,  617,  627,  052,  656,  694,  698,  808,  817,  822,  825,  827,  834, 
835,  840,  841,  842,  848,  850. 

18.  Article  242. 

19.  Voir  la  notice   XXXI  dans  le  chapitre  relatif  aux  livres  de  Charles   V 
parvenus  jusqu'à  nous. 


LIVRES  CONFISQUÉS.  53 

de  Charles  le  Mauvais.  On  peut  en  dire  autant  de  ceux  de 
Jean  de  Marigni,  malheureux  médecin  qui  fut  exécuté  en 
13781. 

Nous  aimons  à  croire  que  des  moyens  aussi  rigoureux 
furent  rarement  mis  à  profit  pour  enrichir  la  librairie  du 
Louvre.  En  effet,  il  est  certain  que  la  plupart  des  manus- 
crits qui  la  remplissaient  furent  achetés  ou  copiés  par 
Charles  V.  Ce  prince  se  fît  céder  par  les  moines  de  Saint- 
Lucien  de  Beauvais  une  très  belle  bible  latine,  bien  écrite 
et  bien  historiée2.  En  13721,  il  acheta  de  Jean  Golein,  pour 
500  francs,  une  bible  en  deux  volumes  et  deux  Concor- 
dances3. L'année  suivante,  il  ordonna  de  payer  50  francs 
pour  un  exemplaire  du  livre  de  Thomas  de  Cantimpré*. 
Frédéric  Cornier  lui  fit  venir  trois  grands  volumes  de  vies 
de  saints  qui  lui  avaient  été  vendus  par  les  Jacobins  de 
Venise5. 

En  1372,  il  se  fit  remettre  par  Gérard  de  Montaigu  des 
livres  hébraïques  qui  étaient  déposés  au  Trésor  des  chartes, 
et  dont  les  uns  furent  incorporés  dans  la  librairie  du 
Louvre  et  d'autres  prêtés  à  des  Juifs,  notamment  à  un 
nommé  Menecier.  Huit  volumes  hébreux  furent  mis  à  la 
disposition  de  l'astrologue  du  roi,  maitre  Thomas  de  Bou- 
logne6. 

Jean  de  Neufchâtel,  chanoine  de  Saint-Merri,  mort  le 
31  mars  1380,  laissait  une  collection  d'environ  80  manus- 
crits, qui,   par  ordre  du  roi,  furent  portés  à  l'hôtel  de 

1.  Le  7  septembre  1378,  le  roi  ordonna  de  payer  le  salaire  dû  à  un  sergent  à 
verge  du  Chàtelet,  pour  avoir  gardé  «  maistre  Jehan  de  Marigny,  phisicien, 
prisonnier  oudit  Chastellet,  qui  pour  ses  démérites  a  esté  excequtez.  »  Mande- 
ments de  Charles  V,  p.  873,  n°  1785. 

2.  Article  2. 

3.  Extrait  de  la  Chambre  des  comptes  par  Dupuy;  Collection  Dupuy,  755, 
fol.  98. 

4.  Ibid. 

5.  Article  914. 

6.  Voir  l'Appendice,  IX. 


54  ORIGINE  DES  LIVRES. 

Gilles  Malet,  pour  que  celui-ci  pût  choisir  et  retenir  les 
volumes  utiles  à  la  librairie  royale1. 

M.  Omont  a  reconnu  trois  articles  de  l'inventaire  de  Jean 
de  Neufchàtel  qui  paraissent  bien  avoir  été  retenus  par 
Gilles  Malet  et  qu'on  reconnaît  sur  l'Inventaire  du  Louvre  : 

1.  L'Istoire  de  Troyes  la  grant,  versefiée  en  françois,  commen- 
çant ou  11e  feuillet  pour  ce  quil  vit.  —  (N°  1207  de  mon  édition  de 
l'Inventaire  des  livres  de  Charles  V.) 

4.  Un  texte  du  livre  des  Sentences,  commençant  ou  ne  feuillet 
numéro.  —  (N°  311  du  même  Inventaire.) 

73.  Boèce,  de  Consolation,  commençant  et  dolor.  —  (N°  499  de 
cet  Inventaire.) 

On  avait  laissé  passer,  sans  en  profiter,  l'occasion  de  se 
procurer  de  bons  livres  en  1 362,  au  moment  où  fut  inven- 
toriée la  bibliothèque  de  Robert  Le  Coq,  à  la  suite  d'une 
confiscation  remontant  à  quatre  années2.  * 


1.  L'inventaire  et  la  prisée  de  cette  bibliothèque  ont  été  publiés  par  M.  Omont 
dans  le  Bulletin  de  la  Société  de  l'Histoire  de  Paris,  année  1889,  p.  163-169, 
d'après  le  ras.  français  11455. 

2.  La  Bibliothèque  d'un  avocat  du  XIVe  siècle  :  Inventaire  estimatif  des 
livres  de  Robert  Le  Coq,  publié  par  Delacbenal,  dans  la  Nouvelle  Revue  his- 
torique de  droit  français  et  étranger,  t.  XI,  année  1887,  p.  524-537,  d'après 
le  recueil  de  Menant,  ras.  5870  du  fonds  Leber  à  Rouen,  t.  III,  fol.  119. 


VII. 


Caractères  propres  aux  livres  de  Charles  V.  —  Armes.  — 
Supports  de  l'écu.  —  Miniatures  de  présentation.  —  Bor- 
dures  TRICOLORES. 

Ce  qui  doit  le  plus  nous  intéresser  dans  la  composition 
de  la  librairie  du  Louvre,  ce  sont  les  volumes  qui  furent 
copiés  et  enluminés  sous  le  règne  et  aux  frais  de  Charles  V. 
On  verra  un  peu  plus  loin,  dans  un  chapitre  spécial,  des 
notes  relatives  aux  scribes  et  aux  peintres  qui  furent 
employés  à  cette  besogne.  Pour  le  moment,  je  dois  me  bor- 
ner à  quelques  observations  sur  différents  caractères  aux- 
quels on  peut,  dans  une  certaine  mesure,  reconnaître  les 
livres  exécutés  pour  le  roi. 

Les  armes  de  France  décorent  les  frontispices  de  plusieurs 
des  manuscrits  de  Charles  V  :  les  fleurs  de  lis  y  sont  tan- 
tôt sans  nombre1,  tantôt  réduites  à  trois2.  —  Dans  le 
ms.  français  1792,  à  côté  des  armes  de  France,  se  voit 
un  écartelé  de  France  et  de  Dauphiné.  —  Le  ms.  3348 
(jadis  5365)  de  Bruxelles  nous  offre  le  même  écartelé,  avec 
une  bordure  de  gueules. 

Souvent,  dans  ces  manuscrits,  les  armes  de  France  ont 
des  anges  pour  supports.  J'en  ai  remarqué  des  exemples 
dans  les  manuscrits  français  1950,  2813  et  22913  de  la 
Bibliothèque  nationale,  et  dans  la  traduction  française  des 
Éthiques  du  Musée  Méermanno-Westréenien  de  La  Haye. 

Je  crois   devoir   attirer   d'une  façon  particulière  l'at- 

1.  Exemples  dans  les  mss.  de  la  Bibliothèque  nationale,  fr.  1792,  22913  et 
Nouv.  acq.  4515.  Voir  aussi  Besançon  434,  et  Bruxelles  3348  (jadis  5365). 

2.  Exemples  dans  les  mss.  de  la  Bibliothèque  nationale,  fr.  1792  et  22913. 


56  CARACTERES  DES  LIVRES. 

tention  sur  les  deux  lions  à  longues  queues  qui  accompa- 
gnent assez  fréquemment  l'écu  fleurdelisé.  On  les  rencontre 
dans  le  Valère  Maxime  (ms.  français  9749)  ;  dans  deux 
exemplaires  de  la  Cité  de  Dieu  (mss.  français  22913  et 
Angers  162);  dans  l'Enseignement  des  princes  (Besan- 
çon 434),  dans  la  Vie  de  saint  Rémi  (Bruxelles  3348)  et 
dans  le  Songe  du  verger  du  Musée  britannique.  L'écu  placé 
entre  les  lions  est  resté  vide  dans  le  ms.  français  10135 
(Grandes  Chroniques  de  France),  dans  la  Légende  dorée  de 
la  bibliothèque  Mazarine  (n°  1 729)  et  dans  une  Bible  histo- 
riale  de  Copenhague  (De  Thott,  fol.  6).  L'origine  royale  de 
ces  manuscrits  n'est  pas  douteuse. 

Je  connais  deux  manuscrits  exécutés  avec  luxe,  du  temps 
de  Charles  V,  dans  lesquels  deux  lions  du  type  dont  il  est 
ici  question  ne  servent  pas  de  support  aux  armes  royales  ; 
l'un  est  une  Cité  de  Dieu  en  français,  qui  appartient  à 
M.  Henri  Yates  Thompson1,  l'autre  est  une  Cité  de  Dieu  en 
latin  conservée  au  Musée  britannique2. 

Je  suis  porté  à  croire  que  ces  deux  manuscrits  avaient 
été  copiés  pour  le  roi,  et  que,  par  suite  de  circonstances 
restées  inconnues,  ils  n'ont  point  pris  place  dans  la  librairie 
du  Louvre,  soit  que  le  roi  n'en  ait  pas  reçu  livraison,  soit 
qu'il  en  ait  disposé  en  faveur  d'un  membre  de  sa  famille 
ou  d'une  personne  de  son  entourage. 

La  Cité  de  Dieu  en  français  a  appartenu  à  Jean,  duc  de 
Berry,  frère  du  roi. 

Quant  à  la  Cité  de  Dieu  en  latin,  les  deux  lions  qu'on  y 
voit  au  bas  d'une  page  servent  de  supports  à  un  écu  chargé 
d'une  molette  d'éperon,  au  chef  de  trois  bandes3.  M.  Ernest 

1.  Des  séraphins  planant  dans  les  airs  servent  de  supports  aux  armes  du  duc 
de  Rerry  qui  décorent  un  volume  de  la  Cité  de  Dieu  appartenant  à  M.  Henri 
Yates  Thompson. 

2.  Mss.  addit.  15244  et  15245. 

3.  J'en  ai  donné  la  reproduction  dans  les  fac-similés  de  livres  copiés  et  enlu- 
minés pour  Charles  V,  pi.  XII,  n"  2. 


ARMES  DU  ROI.  57 

Petit  a  bien  voulu  me  faire  observer  que  ce  sont  les  armes 
gravées  sur  le  sceau  appendu  en  1337  à  une  quittance  de 
«  Hugonin  Aubriot1  »,  le  même,  peut-être,  qui  depuis  fut 
prévôt  de  Paris,  et  qui,  sous  le  nom  de  Hugues  Aubriot, 
jouit  encore  d'une  grande  notoriété. 

Ce  qui  vient  d'être  dit  des  lions  de  ces  deux  Cités  de 
Dieu  ne  pourrait  pas,  jusqu'à  un  certain  point,  s'appliquer 
à  un  Missel  écrit  de  «  lettre  boulonnoise  »,  qui  appartint 
un  moment  au  duc  de  Berry  et  sur  le  frontispice  duquel 
on  remarquait  les  deux  lions  servant  de  supports  à  l'écus- 
son  d'un  cardinal,  ainsi  décrit  sur  un  inventaire  des  livres 
du  prince  :  «  Un  escu  aus  armes  de  France,  à  un  chef  d'or, 
«  tenu  de  deux  lions,  et  dessus  le  chapel  d'un  cardinal2.  » 

Ce  n'est  pas  seulement  dans  les  manuscrits  que  nous  ren- 
controns les  lions  de  Charles  V.  Une  charte  de  ce  prince, 
en  date  du  20  juillet  1366,  relative  à  une  fondation  faite 
dans  la  cathédrale  de  Rouen,  est  ornée  d'une  grande  ini- 
tiale tracée  à  la  plume,  dans  laquelle  Charles  V  est  repré- 
senté à  genoux  devant  la  Vierge,  sous  une  arcade  au-dessus 
de  laquelle  sont  deux  écus,  l'un  de  France  aux  fleurs  de  lis 
sans  nombre,  l'autre  écartelé  de  France  et  de  Dauphiné; 
chacun  des  deux  écus  est  soutenu  par  un  lion  accroupi3. 
Il  y  a  aussi  deux  lions  aux  pieds  du  roi  dans  l'initiale  de  la 
charte  relative  à  l'inaliénabilité  de  l'hôtel  Saint-Paul,  en  juil- 
let 1 364 4.  De  même  un  lion  aux  pieds  du  roi  dans  l'initiale 
d'une  charte  de  l'abbé  de  Royaumont  en  1 374 5. 

Il  était  assez  habituel  de  faire  peindre  au  commencement 
des  exemplaires  destinés  au  roi  la  remise  du  livre  entre  les 
mains  du  souverain  par  l'auteur  ou  le  traducteur.  Toute- 

1.  Voir  Y  Histoire  des  ducs  de  Bourgogne,  de  M.  Ernest  Petit,  t.  VIII,  p.  373. 

2.  Inventaire  des  livres  du  duc  de  Berry,  article  71. 

3.  Musée  des  Archives  nationales,  p.  219. 

4.  Ibid.,  p.  218. 

5.  Archives  nationales,  J.  465,  n°  48. 


58  CARACTÈRES  DES  LIVRES. 

fois  cette  scène  a  été  souvent  reproduite  dans  les  copies 
faites  pour  d'autres  personnages  et  dans  celles  que  les 
libraires  devaient  mettre  en  vente.  Je  considère  comme 
exemplaires  originaux  de  présentation  les  manuscrits  sui- 
vants, que  j'énumère  en  les  rangeant  dans  l'ordre  adopté 
plus  loin  pour  les  notices  du  chapitre  XIII  : 

V.  Traduction  de  la  Bible  par  Raoul  de  Presles.  Musée  britan- 
nique, Lansdowne,  n°  1175. 

VII.  La  Bible  historiale  copiée  en  1372  par  Raoulet  d'Orléans  et 
offerte  au  roi  par  Jean  de  Vaudetar.  Musée  Meermanno-Westrée- 
nien  à  La  Haye.  La  présentation  du  livre  est  le  sujet  d'un  grand 
tableau,  d'autant  plus  précieux  qu'il  est  accompagné  d'une  inscrip- 
tion faisant  connaître  le  nom  du  peintre  :  «  Johannes  de  Brugis, 
pictor  régis,  fecit  hanc  picturam  propria  sua  manu.  » 

XI.  Second  volume  de  la  Bible  historiale,  copiée  en  1362  par 
Raoulet  d'Orléans.  Le  dauphin  Charles  y  est  représenté  en  prières 
devant  la  sainte  Vierge.  Ms.  français  5707. 

XII.  Le  Rational  de  Guillaume  Durant,  traduit  par  Jean  Golain. 
Ms.  français  437.  Sur  le  frontispice,  le  traducteur  est  représenté 
assis  aux  pieds  du  roi  qui  lui  ordonne  de  traduire  l'ouvrage  de 
Guillaume  Durant;  derrière  le  roi  se  tiennent  debout  ses  deux 
jeunes  fils,  le  dauphin  Charles  et  Louis,  duc  d'Orléans.  De  l'autre 
côté,  face  au  roi,  le  peintre  a  figuré  la  reine  Jeanne  de  Bourbon, 
avec  ses  deux  filles,  Marie  et  Isabelle. 

Un  petit  tableau  assez  semblable  a  été  peint  en  grisaille 
dans  l'initiale  de  la  charte1  par  laquelle  les  religieux  de 
Royaumont  s'engagent,  le  14  septembre  1374,  à  célébrer 
des  messes  à  l'intention  du  roi,  de  la  reine  et  de  leurs 
enfants.  On  y  a  représenté,  comme  dans  la  miniature  du 
Rational,  le  roi  avec  ses  deux  fils,  et  la  reine  avec  ses  deux 


1.  Au  Trésor  des  chartes,  pièce  48  du  carton  J.  465  des  Archives  nationales. 
Voir  le  Mémoire  du  comte  François  Delaborde  :  Une  charte  historiée  des 
Archives  nationales,  dans  le  volume  du  Centenaire  de  la  Société  des  Anti- 
quaires de  France,  180b-190b,  p.  93.  Un  fac-similé  de  l'en-téte  de  la  charte 
est  héliogravé  dans  le  même  volume,  pi.  V. 


EXEMPLAIRES  DE  PRÉSENTATION.  50 

filles.  Voir  aussi  le  manuscrit  indiqué  un  peu  plus  bas 
(p.  60)  sous  le  n°LIV. 

De  ces  deux  peintures,  on  peut,  je  crois,  rapprocher  une 
miniature  du  manuscrit  434  de  Besançon1,  que  Gastan2  a 
décrite  comme  il  suit  : 

«  Un  tableau  fort  curieux  est  celui  qui  représente 
«  un  roi  et  une  reine,  avec  leurs  enfants,  trois  garçons 
«  et  deux  filles  en  bas  âge,  revêtus  de  petits  costumes  de 
«  damoiseaux  et  de  damoiselles.  » 

Les  trois  garçons  seraient  les  princes  qui  furent  les  ducs 
d'Anjou,  de  Berry  et  de  Bourgogne.  Une  réplique  de  ce 
tableau  est  dans  une  autre  copie  du  même  ouvrage  de  Jean 
de  Vignai  (ms.  français  1 728  de  la  Bibliothèque  nationale). 

XXX.  Les  Heures  de  Savoie.  Ms.  E.  V.  de  l'Université  de  Turin, 
volume  aujourd'hui  détruit,  dans  lequel  Charles  V  était  représenté 
un  grand  nombre  de  fois. 

XXXII.  Le  livre  du  sacre.  Musée  britannique,  Cottonien,  Tibe- 
rius,  B.  VIII. 

XXXV,  XXXVI.  La  Cité  de  Dieu,  traduite  par  Raoul  de  Presles, 
qui  est  représenté  (fol.  3)  offrant  son  livre  à  Charles  V.  Ms.  fran- 
çais 22912. 

XXXIX.  Les  Homélies  de  saint  Grégoire,  offertes  par  une  dame 
au  roi.  Ms.  2247  de  l'Arsenal. 

XLII.  Le  livre  des  Propriétés  des  choses,  traduit  par  Jean  Cor- 
bichon.  Ms.  2953  (jadis  9094)  de  Bruxelles.  Ce  n'est  peut-être 
qu'une  réplique  de  l'exemplaire  du  roi. 

On  en  peut  dire  autant  de  plusieurs  autres  exemplaires 
du  même  ouvrage  :  le  ms.  français  1 6993  delà  Bibliothèque 
nationale,  le  manuscrit  qui  a  porté  le  n°  34  dans  le  fonds 
Barrois  et  qui  a  été  en  vente  à  Florence  en  1 903  et  à  Franc- 
fort en  1905,  etc. 

1.  Sur  ce  manuscrit,  voir  plus  loin,  dans  le  chapitre  XIII,  la  notice  liv,  et 
dans  le  t.  XXXII  du  Catalogue  des  manuscrits  des  départements,  p.  250-253, 
la  description  du  ms.  434. 

2.  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1882,  t.  XLIII,  p.  215. 


60  CARACTÈRES  DES   LIVRES. 

M. III.  Les  Noies  de  Dieu,  traduction  française  offerte  au  roi  par 
Jacques  Bauchant.  Ms.  français  L792. 

LUI.  Les  Éthiques  d'Aristote,  traduites  par  Nicole  Oresme.  Musée 
M( •■  rinaimn-W  estréenien  à  La  Haye.  L'hommage  du  livre  au  roi  est 
figuré  sur  le  fol.  5. 

LIV.  Les  Éthiques  d'Aristote,  traduites  par  Nicole  Oresme. 
Ms.  2904  de  Bruxelles.  Voici  les  sujets  traités  dans  trois  comparti- 
ments de  la  peinture  du  frontispice  :  Nicole  Oresme  offrant  son 
livre  au  roi  ;  le  roi  et  la  reine  assis,  une  fdle  auprès  de  la  reine, 
deux  garçons  derrière  le  roi;  un  professeur  en  chaire,  avec  des 
auditeurs  parmi  lesquels  se  trouve  le  roi. 

I.\  I.  Les  Politiques  et  les  Economiques  d'Aristote.  Ms.  de  M.  le 
comte  de  Wasiers.  Présentation  du  livre  au  roi  par  Nicole  Oresme. 

LIV.  Le  livre  de  l'Enseignement  des  princes.  Ms.  de  Besançon, 
n°  434.  Le  roi  est  représenté  deux  fois  sur  le  frontispice  :  dans  un 
compartiment,  il  assiste  à  la  messe;  dans  l'autre,  il  converse  avec 
des  prélats  et  des  seigneurs. 

L\.  Le  livre  du  Gouvernement  des  rois.  Ms.  français  1728. 
Béplique  d'une  partie  du  manuscrit  précédent. 

LXI.  Le  livre  de  l'Information  des  princes,  traduit  par  Jean 
Golein.  Ms.  français  1950.  Hommage  du  livre  au  roi. 

LXII.  Version  française  par  Denis  Foulechat  du  Policratique  de 
Jean  de  Salisburv.  Ms.  français  24287.  Ce  pourrait  n'être  qu'une 
réplique  de  l'exemplaire  du  roi.  Le  frontispice  représente  le  roi  dans 
son  étude. 

IAYI.  Traité  de  la  sphère.  Ms.  182  du  Collège  de  Saint-Jean  à 
Oxford.  Le  roi  y  est  représenté  dans  son  étude  sur  le  fol.  1,  et  rece- 
vant le  livre  au  fol.  33. 

I.WIX.  Opuscules  de  Bernard  Gui,  traduits  par  Jean  Golein. 
Ms.  697  du  fonds  de  la  reine  au  Vatican.  En  tête,  miniature  repré- 
sentant la  réception  du  livre  par  le  roi. 

LXXXI.  Valère  Maxime,  traduit  par  Simon  de  Hesdin.  Ms.  fran- 
çais 9749.  Sur  le  frontispice  se  voit  le  traducteur  faisant  l'hommage 
de  son  livre  à  Charles  V. 

XC.  Les  Grandes  Chroniques  de  France.  Ms.  français  2813,  qui 
avoir  été  terminé  en  1379  et  dans  la  dernière  partie  duquel 
ont  été  figurées  plusieurs  scènes  de  la  vie  de  Charles  V. 

Je  recommanderai  pour  l'étude  de  l'iconographie  de 
Charles  V  les  manuscrits  désignés  ci-dessus  sous  les  nos  VII, 
XI,  XII,  XXX,  XXXII,  XXXV-XXXVI,  LUI,  LIV  et  XG.  Des 


ICONOGRAPHIE  DU  ROI.  Gt 

représentations  contenues  dans  ces  manuscrits,  il  convien- 
dra de  rapprocher  celles  que  nous  offrent  les  initiales  des- 
sinées à  la  plume  en  tête  de  plusieurs  chartes  du  règne  de 
Charles  V,  savoir  : 

Juillet  1364.  Charte  relative  à  l'inaliénabilité  de  l'hôtel  Saint-Paul. 
Archives  nationales,  J.  154,  n°  5.  —  Dessin  reproduit  dans  le  Musée 
des  Archives  nationales,  p.  218.  Cf.  la  notice  d'Edouard  Dupont, 
Notices  et  documents  publiés  [en  1884]  pour  la  Société  de  l'Histoire 
de  France,  p.  189. 

Janvier  1366  (peut-être  1367,  n.  st.).  Charte  dont  le  C  initial  ren- 
ferme le  buste  de  Charles  V.  —  Archives  nationales,  J.  358,  n°  12. 

20  juillet  1366.  Charte  relative  à  une  fondation  faite  par  le  roi 
dans  la  cathédrale  de  Rouen.  Archives  nationales,  J.  463,  n°  53.  — 
Reproduction  dans  le  Musée  des  Archives  nationales,  p.  219.  Cf.  la 
notice  d'Ed.  Dupont,  dans  l'ouvrage  précité,  p.  189. 

Janvier  1372  (n.  st.).  Charte  relative  au  don  d'une  parcelle  de  la 
Vraie  Croix  fait  par  Charles  V  à  son  frère  le  duc  de  Berry.  Archives 
nationales,  J.  185,  n°  6.  —  Fac-similé  lithographie  dans  plusieurs 
exemplaires  de  l'ouvrage  du  comte  de  Bastard  sur  les  Peintures  et 
ornements  des  manuscrits  \  et  gravure  dans  le  Musée  des  Archives 
nationales,  p.  225.  Cf.  la  notice  d'Ed.  Dupont,  dans  l'ouvrage  pré- 
cité, p.  189. 

14  septembre  1374.  Charte  de  Pierre,  abbé  de  Royaumont.  Archives 
nationales,  J.  465,  n°  48.  —  Dans  l'initiale  sont  représentés  le  roi 
et  la  reine  avec  leurs  deux  fils  et  leurs  deux  filles  ;  à  leurs  pieds, 
l'abbé  et  quatre  moines  de  Royaumont.  (Communication  de  M.  le 
comte  François  Delaborde.) 

Janvier  1377  (n.  st.).  Charte  de  fondation  du  couvent  des  Céles- 
tins  de  Limai  près  Mantes.  Archives  de  Seine-et-Oise.  Dans  l'ini- 
tiale, Charles  V,  à  genoux  devant  une  représentation  de  la  Trinité, 
remet  un  rouleau  à  un  groupe  de  religieux  agenouillés  devant  lui; 
au-dessus  de  la  tête  du  roi,  les  armes  de  France  à  trois  fleurs  de  lis, 
soutenues  par  deux  anges  qui  planent  dans  les  airs.  —  Dessin  repro- 
duit dans  le  Bulletin  du  Comité  de  la  langue,  de  l'histoire  et  des  arts 
de  la  France  (1857-1860),  t.  IV,  p.  239,  et  dans  le  Musée  des 
archives  des  départements,  planche  XLIV,  notice  119. 


1.  Les  Collections  de  Bastard  d'Eslang  à  la  Bibliothèque  nationale,  par 
L.  Delisle,  p.  267. 


62  CARACTÈRES  DES  LIVRES. 

Novembre  1379.  Charte  de  fondation  de  la  Sainte-Chapelle  de 
Vincennes.  Double  exemplaire  aux  Archives  nationales,  L.  852, 
n°  1.  —  Gravure  dans  le  Musée  des  Archives  nationales,  p.  232  et 
233.  Cf.  la  notice  d'Éd.  Dupont,  ouvrage  précité,  p.  191. 

L'étude  iconographique  qui  reste  à  faire  sur  les  représen- 
tations de  Charles  V  resterait  incomplète  s'il  n'y  était  pas 
tenu  compte  des  monuments  sculptés1  et  d'objets  divers 
tels  que  la  parure  d'autel  en  soie  du  Musée  du  Louvre,  sur 
laquelle  se  voient  Charles  V  et  sa  femme  Jeanne  de  Bourbon 
à  genoux  au  pied  du  calvaire2. 

Plusieurs  des  manuscrits  exécutés  pour  Charles  V  pré- 
sentent une  particularité  assez  remarquable.  Les  miniatures 
en  sont  encadrées  dans  des  bordures  tricolores,  tantôt 
bleu,  blanc  et  orange  ou  rouge,  tantôt  orange  ou  rouge, 
blanc  et  bleu.  Ces  couleurs  constituaient  bien  la  livrée  de 
Charles  V.  Ce  qui  le  prouve,  c'est  que  sur  le  beau  portrait3 
peint  en  1 371  en  tête  de  la  Bible  du  Musée  Méermanno- 
Westréenien,  le  fauteuil  sur  lequel  est  assis  le  roi  et  le  dais 
circulaire  suspendu  au-dessus  de  sa  tête  sont  ornés  de  bor- 
dures aux  trois  couleurs,  rouge,  blanc  et  bleu. 

Les  manuscrits  de  la  seconde  moitié  du  xive  siècle  dont 
les  miniatures  ont  une  bordure  à  ces  trois  couleurs  sont 
assez  nombreux.  Je  n'en  ai  pas  rencontré  moins  de  soixante- 
seize4,  savoir  : 

Bibliothèque  nationale  :  Latin  461,  Second  volume  des  Postilles 
de  Nicolas  de  Lire. 


1.  Voir  les  indications  assez  confuses  données  par  Hennin,  les  Monuments 
de  l'Histoire  de  France,  t.  V,  p.  70-72. 

2.  Sur  cette  parure,  venue  de  la  cathédrale  de  Narbonne,  voir  la  notice  de 
Montaiglon,  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1852,  troisième 
série,  t.  III,  p.  552. 

3.  Reproduit  en  chromolithographie  au  commencement  de  l'édition  de  l'In- 
ventaire du  mobilier  de  Charles  V,  par  Jules  Labarthe. 

4.  Je  n'ai  pas  porté  sur  cette  liste  le  ms.  français  3372  des  Nouv.  acq.  (Grandes 
Chroniques  de  France),  dont  le  frontispice  est  signalé  comme  refait,  dans  le 


ENCADREMENTS  TRICOLORES.  63 

Bibliothèque  nationale  :  Latin  835,  Missel. 

—  Latin  861,  Missel. 

—  Latin  1082,  Heures  ou  Psautier  férial  de  la  chapelle  de  l'hôtel 

du  roi  (XVIII). 

—  Latin  11G9,  Heures.  —  Sur  le  folio  82  v°  du  ms.  1169,  on  lit 

cette  souscription  :  «  Alanus  scripsit  has  horas;  uxor  ejus 
«  illuminavit  eas.  » 

—  Latin  4040,  Lettres  de  Clément  IV.  Le  mémoire  des  sommes 

dues  à  l'enlumineur  qui  a  exécuté  les  peintures  du  ms. 
latin  4040  se  trouve  au  fol.  140  v°  de  ce  volume  :  «  Une 
ystore,  x  s.;  vcxliii  lettres,  le  cent  vi  s.,  valent  xxxn  s.  vi  d.; 
cl  entrelinares,  xvm  d.;  somme  :  xliiii  s.  » 

—  Latin  13836,   dernière    partie  de  la   compilation    historique 

d'Yves,  moine  de  Saint-Denis. 

—  Latin  14270,  Répertoire  moral  de  Pierre  Bersuire. 

—  Latins  16759,  16771,  16776,  16780,  17217,  17222,  17234  et 

17272.  Huit  volumes  de  différents  livres  de  la  Bible  glosée. 

—  Français  1,  Bible  anglo-normande. 

—  Français  5,  Bible  historiale. 

—  Français  31  et  32,  Tite-Live  en  français. 

—  Français  157,  Second  volume  de  la  Bible  historiale. 

—  Français  158,  Second  volume  de  la  Bible  de  Raoul  de  Presles. 

—  Français  159,  Bible  historiale. 

—  Français  161  et  162,  Bible  historiale  copiée  par  GeoffroiGodion. 

—  Français  169,  Nouveau  Testament. 

—  Français  174,  Second  volume  de  la  Cité  de  Dieu. 

—  Français  204,  Politiques,  Économiques  et  Éthiques  d'Aristote. 

—  Français  210,  Problèmes   d'Aristote,  traduits  par  Evrart  de 

Conti. 

—  Français  246,  Compilation  d'histoire  universelle,  datée  de  1364. 

—  Français  269-272,  Tite-Live  en  français. 

—  Français  823,  les  Pèlerinages  de  Guillaume  de  Degulleville, 

copie  datée  de  1393. 

—  Français  962,  Psautier  latin  français. 

—  Français  1728,  le  Gouvernement  des  rois. 

—  Français  1950,  l'Information  des  princes. 

—  Français  2813,  Grandes  Chroniques  de  France  (XC). 

Catalogue  de  la  bibliothèque  de  Didot,  vente  de  1881,  n°  65.  —  Les  cotes  ajoutées 
en  chillres  romains  à  la  fin  de  certains  articles,  entre  parenthèses,  renvoient  aux 
notices  sommaires  dont  les  manuscrits  correspondants  ont  été  l'objet  dans  le 
chapitre  XIII  du  présent  ouvrage. 


64  CARACTÈRES  DES  LIVRES. 

Bibliothèque  nationale  :  Français  5707,  Bible  copiée  en  13G2  par 
Baoulet  d'Orléans  (XI). 

—  Français  10135,  Grandes  Chroniques  de  France  (XCIII). 

—  Français  12593,  Boraan  de  la  Rose. 

—  Français  16993,  Propriétés  des  choses  (XLII). 

—  Français  20090,  Bible  historiale  (VIII). 

—  Français  22921,  Lamentations  de  saint  Bernard,  etc. 

—  Français  24209,  Guillaume  de  Tyr,  en  français. 

—  Français  24287,  Version  française  du  Policratique  de  Jean  de 

Salisbury,  par  Denis  Foullechat  (LXII). 

—  Français  24388,  Roman  de  la  Rose.  —  On  lit  à  la  fin  de  ce 

manuscrit  :  «  Iste  liber  emptus  fuit  a  Petro  dicto  Chevalier, 
in  vico  novo  Béate  Marie  Parisiensis  a  me  supscriplo  :  ST. 
REMENSIS.  » 

—  Français  4508  des    Nouvelles  acquisitions,   Epitres  et  évan- 

giles en  français  (XIV). 

—  Français  4515  et  4516  des  Nouvelles  acquisitions,  Voyages  de 

Jean  de  Mandeville  (LXXIII). 
Bibliothèque  Mazarine,  ras.  1729,  Légende  dorée  (LXXXII). 
Bibliothèque  Sainte-Geneviève,  ms.  777,  Tite-Live,  en  français 
(LXXX). 

Musée  Du  Tuit  à  Paris,  n°  95  du  Catalogue  de  Bahir,  Coutumier 
de  Normandie. 

Bibliothèque  d'Angers,  ms.  162,  Premier  volume  de  la  Cité  de 
Dieu,  en  français  (XXXVIII). 

Bibliothèque  de  Besançon,  ms.  55,  fragment  d'un  Bréviaire  à 
l'usage  des  Dominicains,  dans  lequel,  au  fol.  92  v°,  en  tête 
de  l'office  de  l'Avent,  est  une  petite  miniature  à  bordure 
tricolore  (Notre-Seigneur  sur  les  nuages  venant  juger  les 
hommes). 

—  ms.  434,  l'Enseignement  des  princes  (LIX). 

Bibliothèque  de  Bordeaux  :  ms.  730,  Tite-Live  en  français  (cité 
d'après  le  Catalogue  général,  t.  XVIII,  p.  372;  une  notice  plus 
développée  a  été  insérée  dans  le  Catalogue  des  manuscrits  de  la 
bibliothèque  de  Bordeaux,  publié  en  1880  par  M.  Delpit,  p.  311). 

Musée  Condé  à  Chantilli,  Légende  dorée  (LXXXII). 

Bibliothèque  de  Grenoble,  ms.  42,  la  Bible  en  français  par  Raoul 
de  Presles. 

Cabinet  du  comte  de  Wasiers  à  Lille,  Traduction  des  Politiques 
d'Aristote  (LVI). 

Bibliothèque  de  Lyon  :  ms.  182,  jadis  116,  troisième  volume  du 


ENCADREMENTS  TRICOLORES.  65 

«  Spéculum  historiale  »  de  Vincent  de  Beauvais  :  «  Explicii 
terciura  volumen  Speculi  hystorialis,  scriptum  per  Johanneni 
de  Germignyaco,  anno  Doraini  M0  CCC°  XLVI,  die  rnarlis 
ante  nativitatem  ejusdera  Domini.  »  (Cité  d'après  le  Cata- 
logue général,  t.  XXX,  p.  37.) 

Bibliothèque  de  Lyon  :  ms.  880,  jadis  786,  Grandes  Chroniques 
de  France,  copiées  par  Perrin  Le  Cerf. 

Bibliothèque  royale  de  Belgique,  ms.  2073,  jadis  9507,  le  Livre 
des  Abeilles  de  Thomas  de  Cantimpré  (XLI). 

—  ms.  2902,  jadis  9505,  Traduction  des  Éthiques  d'Aristote,  par 

Nicole  Orême. 

—  ms.  2904,  jadis  11201,  Traduction  des  Politiques  et  des  Éco- 

nomiques d'Aristote,  par  Nicole  Orême. 

—  ms.  2953,  jadis  9091,  Livre  des  Propriétés  des  choses  (XLII). 

—  ms.  3421,  jadis  9227,  Légende  dorée  (LXXXII). 

—  ms.  9091,  Epîtres  de  Sénèque  en  français  (LVIII). 
Bibliothèque  de  l'Université  de  Cambridge  :  DD.  5,  5,  Partie  d'été 

d'un  bréviaire  franciscain,  ayant  appartenu  à  Marie  de  Saint-Paul, 
comtesse  de  Pembroke.  Ms.  signalé  par  M.  Paul  Meyer,  dans  Roma- 
nia,  t.  XV,  p.  350. 

Bibliothèque  royale  de  Copenhague,  fonds  De  Thott,  fol.  n°  6, 
Bible  historiale  (IX). 

—  fol.  n°  429,  Dernière  partie  du  Miroir  historial. 

—  fol.  n°  431,  Histoire  universelle. 

Bibliothèque  de  Genève,  ms.  français  77,  Tite-Live  en  français. 

Musée  méermanno-westréenien,  à  La  Haye.  Bible  historiale,  copiée 
en  1372  (VII). 

Bibliothèque  de  l'Université  de  Leyde,  Voss.  gall.,  fol.  3  a,  pre- 
mier volume  du  Miroir  historial. 

Musée  britannique  à  Londres  :  Royal,  16,  G.  vu,  Histoire  uni- 
verselle. 

—  Lansdowne,  1175,  Premier  volume  de  la  Bible  française  de 

Raoul  de  Presles  (LXV) . 

—  Addit.  21143,   Grandes  Chroniques   de  France;   exemplaire 

ayant  porté  le  n°  8298.4  à  la  Bibliothèque  du  roi. 

—  Cabinet  de  M.  H.  Yates  Thompson  à  Londres   :  les  Heures 

de  Jeanne  de  France,  reine  de  Navarre. 
Bibliothèque   bodléienne,   à  Oxford  :  n°  249  des  mss.   Canonici, 
Mise.  Seconde  partie  d'une  Bible  historiale.  (Note  de  M.  Paul  Meyer.) 
Collège  Saint-Jean  à  Oxford  :  ms.  102,  Traité  de  la  sphère. 
Cabinet  de  M.  S.  C.  Cockerell,  à  Richmond  Hill  (Surrey).  Roman 
de  la  Rose. 

5 


66  CARACTÈRES  DES  LIVRES. 

Bibliothèque  universitaire  de  Turin  :  E.  V.,  Heures  de  Savoie. 
(Brûlé  en  1904.) 

Bibliothèques  inconnues  :  Boman  de  la  Bose,  exemplaire  de  la 
bibliothèque  Didot,  n°  33  de  la  vente  de  1878.  Peut-être 
l'exemplaire  du  cabinet  de  Paillet,  annoncé  dans  le  Bulletin 
mensuel  de  la  librairie  Damascène  Morgand,  février  1887, 
p.  101  et  102,  n°  12199. 

—  Bible  historiale  en  deux  volumes  reliés  aux  armes  de  François 

de  Neuville  Villeroy,  archevêque  de  Lyon;  en  vente  le 
1er  décembre  1891  chez  Quaritch.  Catalogue  48  de  ce 
libraire,  p.  34,  article  261. 

—  Bible  historiale,  en  deux  volumes,  ayant  appartenu  à  la  famille 

de  Clermont-Tonnerre,  puis  à  Lamoignon  et  au  duc  de 
Hamilton;  annoncés  sur  le  même  catalogue,  p.  33,  n°  260. 

—  Deux  feuillets  d'un  Missel,  représentation  de  Dieu  sur   son 

trône  et  du  Christ  en  croix  assisté  de  sa  mère  et  de  saint 
Jean;  vente  de  la  bibliothèque  Didot  en  1884,  n°  64. 

—  Exemplaire  du  Livre  des  Propriétés  des  choses,  qui  a  porté  le 

n°  34  dans  le  fonds  Barrois  et  qui  a  été  en  vente  en  1903 
chez  Olschki  à  Florence,  et  en  1905  chez  Baer  à  Francfort  [?]. 

Sur  ces  quatre-vingt-quatre  manuscrits,  il  y  en  a  vingt- 
trois  ou  vingt-quatre  tout  au  plus  qui  soient  reconnus  avoir 
été  possédés  par  Charles  V.  Il  n'est  donc  pas  possible 
d'adopter  l'opinion  de  Paulin  Paris  et  de  Lacabane,  qui 
croyaient  que  les  miniatures  encadrées  de  bordures  trico- 
lores annoncent  toujours  le  règne  de  Charles  V  * .  A  coup  sûr, 
l'encadrement  tricolore  n'est  pas  un  caractère  spécial  aux 
livres  faits  pour  Charles  V.  Il  y  a  plus.  Cet  ornement  ne 
peut  pas  même  être  donné  comme  exclusivement  propre 
aux  manuscrits  décorés  par  les  enlumineurs  de  ce  roi  ou 

1.  «  La  bande  tricolore  qui  encadre  la  première  miniature  et  qui  se  rapporte 
toujours  au  règne  de  Charles  V...  »  P.  Paris,  Les  Manuscrits  françois,  t.  I, 
p.  3.  Cf.  l'édit.  des  Grandes  Chroniques,  t.  VI,  p.  493,  dans  laquelle  l'auteur 
ne  maintient  pas  son  opinion  sur  la  valeur  des  bandes  tricolores.  —  Voici  ce 
que  dit  Lacabane  {Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1840-1841,  t.  II,  p.  71), 
à  l'occasion  du  ms.  des  Grandes  Chroniques  aujourd'hui  coté  2813  :  «  La  bande 
tricolore  qui  en  accompagne  les  miniatures  prouverait  suffisamment  qu'il  a 
appartenu  à  Charles  V.  En  effet,  cette  bande,  quelle  qu'en  soit  l'origine  ou  la 
signification,  annonce  toujours  le  règne  de  ce  roi.  » 


ENCADREMENTS  TRICOLORES.  67 

exécutés  sous  son  règne.  On  le  trouve  aux  fol.  1  et  15  du 
manuscrit  français  823  qui  porte,  au  fol.  168  v°,  une  date 
authentique  :  «  L'an  M.  CGC.  II1F*  et  XIII,  le  pénultime  jour 
d'avril.  »  Je  dois  encore  faire  observer  que  la  bordure  tri- 
colore entoure  les  armes  de  la  famille  d'Orgemont  sur 
huit  manuscrits  venus  du  chapitre  de  Notre-Dame  de  Paris 
et  aujourd'hui  conservés  à  la  Bibliothèque  nationale, 
n03  16759,  16771,  16776,  16780,  17217,  17222,  17234-  et 
17272  du  fonds  latin.  Paulin  Paris  et  Lacabanc,  qui 
attribuaient  la  possession  de  ces  volumes  à  Pierre  d'Orge- 
mont, chancelier  de  Charles  V,  supposaient  que  le  chance- 
lier avait  fait  travailler  pour  lui  les  enlumineurs  de  son 
maître.  Mais  comme,  selon  toute  apparence,  ces  manuscrits 
ont  appartenu,  non  pas  au  chancelier,  mais  à  son  fils,  Pierre 
d'Orgemont,  évêque  de  Paris,  depuis  1 384  jusqu'en  1409, 
ils  ne  peuvent  être  invoqués  à  l'appui  de  l'opinion  que  j'ai 
cru  devoir  combattre.  Il  est  donc  prudent  de  ne  pas  se  pro- 
noncer d'une  manière  absolue  sur  la  signification  des  enca- 
drements tricolores;  jusqu'à  présent,  on  n'y  peut  voir  qu'un 
système  de  décoration  qui  a  été  principalement  en  vogue 
à  Paris  dans  la  seconde  moitié  du  xive  siècle.  Peut-être 
même  faut-il  en  faire  remonter  l'origine  à  la  première  moi- 
tié de  ce  siècle  :  on  trouve  en  effet  la  bande  tricolore  sur 
plusieurs  pages  du  manuscrit  latin  138361,  qui  date,  selon 
toute  apparence,  du  règne  de  Philippe  le  Long,  et  dont 
les  miniatures  ne  semblent  avoir  été  ni  ajoutées  ni  retou- 
chées à  une  époque  postérieure. 

1.  Fol.  43,  85,  87  et  101  v.  Je  crois  que  la  pièce  de  vers  par  laquelle  le  scribe 
Guillaume  L'Escot  fait  hommage  de  son  travail  à  Philippe  le  Long  (Guillermi 
pennula  Scoti  ||  Librum  scripsit...)  s'applique  également  au  ms.  latin  13836 
et  au  ms.  français  2090-2092.  Voir  Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXI, 
part.  II,  p.  257*  et  258. 


VIII. 

Écrivains  et  enlumineurs  qui  ont  travaillé 
pour  Charles  V. 

Charles  V  employa  pour  copier  et  décorer  ses  manus- 
crits les  plus  habiles  calligraphes  et  enlumineurs  de  Paris. 
Les  noms  de  plusieurs  d'entre  eux  nous  sont  connus.  Je 
commence  par  les  copistes. 

Henri  L'Uilier,  libraire  de  Paris,  qui  vendit  en  1 370 
un  livre  à  Jean,  duc  de  Berry1,  est  qualifié  d'écrivain  du 
roi  le  29  mai  1 371 ,  dans  un  mandement  relatif  à  des  four- 
nitures d'étoffes  pour  faire  des  couvertures  de  grand  luxe 
à  un  livre  appelé  le  Gouvernement  des  princes  et  à  plusieurs 
autres2.  Le  titre  de  libraire  du  roi  lui  est  donné  en  1373, 
dans  un  acte  concernant  la  maison  qu'il  possédait  à  Paris 
rue  Neuve-Notre-Dame  et  à  laquelle  pendait  pour  enseigne 
l'écu  de  Notre-Dame3. 

Henri  du  Trevou.  —  On  connaît  quatre  volumes  sur 
lesquels  cet  habile  copiste  a  mis  son  nom  : 

A  la  Bibliothèque  nationale,  le  ms.  français  17218  :  le 
Gouvernement  des  rois,  etc.,  —  et  le  ms.  français  1950  : 
le  Livre  de  l'Information  des  princes,  daté  de  1379; 

A  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique,  le  ms.  2953  (jadis 
9507)  :  le  Livre  de  Thomas  de  Cantimpré,  le  Bien  univer- 
sel des  mouches  à  miel,  que  Charles  V  fit  écrire  en  1372; 

1.  Compte  cité  par  le  comte  de  Toulgoet  dans  les  Mémoires  de  la  Société 
des  Antiquaires  du  Centre,  t.  XVII,  p.  142. 

2.  «  Pour  demi  aine  et  demi  quartier  de  baudequin  d'oultremer,  vert  et 
rouge,  à  Henry  L'Uillier,  nostre  escripvain,  pour  faire  une  couverture  à  un 
livre  appelle  le  Gouvernement  des  princes,  et  plusieurs  autres...  »  Pièces  justi- 
ficatives, VII,  année  1369. 

3.  Archives  nationales,  S.  4069,  nc  1. 


HENRI  DU  TREVOU.  69 

Au  Musée  britannique,  le  n°  1 1 75  du  fonds  Lansdowne  : 
second  volume  de  la  traduction  de  la  Bible  par  Raoul  de 
Presles. 

Paulin  Paris  a  cru  reconnaître  la  main  de  Henri  du  Tre- 
vou  dans  la  première  partie  du  ms.  français  2813,  l'exem- 
plaire des  Grandes  Chroniques  de  France  copié  pour 
Charles  V. 

Henri  du  Trcvou1  s'adonnait  au  commerce  des  livres.  Le 
%\  février  1395  (n.  st.),  il  servit  d'intermédiaire  au  carme 
Jean  Golcin  pour  faire  acheter  au  duc  d'Orléans  un  exem- 
plaire du  Rational  des  divins  offices,  que  ce  religieux  avait 
traduit,  une  vingtaine  d'années  auparavant,  pour  le  roi 
Charles  V. 

Jean  L'Avenant  est  qualifié  de  «  scriptor  librorum 
régis  »,  dans  une  lettre  du  29  avril  1364,  qui  lui  assignait 
des  gages  de  quatre  sous  par  jour2. 

En  1350,  Jean  L'Avenant  avait  touché  une  somme  de 
8  1.  t.  pour  travaux  exécutés  aux  bréviaires  de  Jean,  duc 
de  Normandie3. 

Oudin  de  Carvanay.  —  Paulin  Paris4  a  cru  reconnaître 
la  main  d'Oudin  de  Carvanay  dans  la  seconde  partie  de 
l'exemplaire  des  Grandes  Chroniques  que  Charles  V  se  fit 


1.  «  Henri  du  Trevou,  libraire,  en  son  nom  et  en  faisant  fort  en  ceste  partie 
de  maistre  Jehan  Goulain,  maistre  en  théologie,  confesse  avoir  eu  et  receu  de 
Godefroy  Le  Fèvre,  varlet  de  chambre  et  apoticaire  de  monseigneur  le  duc 
d'Orléans,  cent  livres  tournois,  qui  leur  sont  deubz  pour  la  vente  d'un  livre  en 
françois  appelé  le  Racionnel  des  divins  offices.  Ledit  Henry  promet  acquitter  le 
[dit]  seigneur  et  le  dit  Geffroy  envers  le  dit  maistre  Jehan  et  tous  autres...  » 
Le  Roux  de  Lincy,  La  Bibliothèque  de  Charles  d'Orléans,  p.  33,  n"  8.  —  L'édi- 
tion porte  :  Henry  de  Trenon.  Le  marquis  de  Laborde,  ayant  à  citer  une  quit- 
tance (Les  Ducs  de  Bourgogne,  t.  III,  p.  98,  n°  5650),  avait  adopté  la  forme 
Tienon. 

2.  Mémorial  D  de  la  Chambre  des  comptes,  dans  le  recueil  de  Menant, 
t.  VII,  fol.  66  v\  (Bibliothèque  de  Rouen,  n"  3404.) 

3.  Archives  nationales,  reg.  KK.  7,  fol.  71  v\ 

4.  Les  Manuscrits  françois,  t.  VI,  p.  355. 


70  ÉCRIVAINS. 

copier  peu  de  temps  avant  sa  mort1;  mais  l'attribution  est 
douteuse. 

Le  manuscrit  français  823,  bel  exemplaire  des  Pèleri- 
nages de  Guillaume  de  Degulleville,  nous  fournit  un  exemple 
authentique  de  l'écriture  d'Oudin  de  Carvanay  ;  il  se  termine 
par  quelques  vers  du  copiste  : 

Ci-après  commence  une  oroison  de  Nostre-Damc,  que  celui  qui 
escripst  ce  livre  fist. 

O  très  glorieuse  Marie, 
Vierge,  de  Dieu  mère  et  amie, 
Dame  des  cielx  et  de  tous  anges, 
Joïe  de  tous  sains  et  archanges, 
Nostre  confort,  nostre  espérance, 
Dame,  faites-nous  délivrance 
Enfin  de  maulz,  si  que  puission 
Cognoistre  en  recepeion, 
Au  point  de  la  mort,  vostre  fils. 
Royne  puissant,  qui  jadis 
Vîntes  Teofil,  vostre  amy, 
Acquiter  du  faulx  ennemy, 
Nous  commendons,  très  chiere  dame, 
A  vous  nostre  corps  et  nosti'e  ame, 
Yci  tant  com  sommes  en  vie. 
Amen,  chascun  de  nous  en  die. 

Oudin  de  Carvanay  n'était  pas  le  seul  copiste  qui 
s'adonnât  à  la  versification.  Je  vais  avoir  à  citer  plusieurs 
pièces  de  vers  que  le  plus  célèbre  écrivain  de  Charles  V, 
Raoulet  d'Orléans,  a  semées  dans  les  livres  qu'il  a  calli- 
graphiés. 

Raoulet  d'Orléans.  —  La  revue  des  écrivains  employés 
par  Charles  V  se  terminera  par  le  nom  du  plus  célèbre 
d'entre  eux,  Raoulet  d'Orléans,  à  la  plume  duquel  nous 
devons  une  douzaine  de  volumes,  dont  plusieurs  sont  des 
chefs-d'œuvre  calligraphiques. 

1.  Ms.  français  2813. 


0UD1N  DE  CARNAVAY.  71 

1°  Le  plus  ancien  est  une  petite  Bible  historiale,  dédiée  au 
dauphin  Charles,  dont  le  second  tome  seul  nous  est  par- 
venu (ms.  français  5707).  La  transcription  en  fut  achevée 
le  20  décembre  1362,  comme  nous  l'apprend  la  souscrip- 
tion tracée  sur  le  fol.  367  v°,  à  côté  d'une  note  autographe 
de  Charles  V  : 

Ci  fine  l'Apocalipse  saint  Jehan,  ||  parfaite  par  Raoulet  d'Orliens, 
le  ||  vintiesme  jour  de  décembre,  l'an  ||  mil  trois  cens  soisante  et 
dcus. 

Les  trois  dernières  lignes  de  cette  souscription  ont  été 
effacées,  et  c'est  seulement  très  récemment,  et  en  essayant 
de  divers  jeux  de  lumière,  que  je  suis  parvenu  à  les  lire  ; 
elles  ont  échappé  à  la  photographie. 

La  copie  terminée,  sur  un  dernier  feuillet,  au-dessous 
d'une  charmante  miniature  représentant  le  Dauphin  en 
prières  devant  la  Vierge,  près  d'un  pupitre  recouvert  d'un 
tapis  aux  armes  de  France  et  de  Dauphiné,  Raoulet  ajouta 
une  prière  qui,  dans  sa  pensée,  devait  être  récitée  par 
Charles,  ainsné  fils  du  roy  de  France,  duc  de  Normandie 
et  dalphin  de  Viennoys.  Ce  sont  là  les  mots  que  nous  offrent 
en  acrostiche  les  lettres  initiales  des  vers  de  la  prière  : 

Courtoise  Vierge,  fille  et  mère, 
i/onnorée  du  très  doulz  père, 
.duquel  nuls  n'a  comparoison, 
Recevez  en  gré  m'oroison. 
Le  loyer  estes  de  bien  fait, 
En  vous  est  tretout  bien  parfait. 
Si  vueil  mettre  toute  m'entente 
A  vous  servir,  com  excellente, 
impossible  de  mortel  vice, 
iYommée  mère  de  justice, 
Seur  tous  les  ciex  estes  assise, 
iV'onques  pour  riens  ne  fustes  mise 
Enz  ou  siège  de  deité 
.Fors  pour  sauver  humanité, 
/oie  des  anges,  si  vous  pri 


72  ÉCRIVAINS. 

Zoiaument,  d'umblc  cuer,  merci, 
.Si  vraiement,  com  le  salu 
De  sauveraent,  qui  tant  valu 
U  monde,  vous  dist  Gabriel, 
Pendant  respons  qui  moult  fu  bel, 
Ouquel  char  et  sanc  déité 
Zprist  avec  l'humanité; 
Dieu  le  très  hault  souverain  père, 
En  vous  com  sa  très  douce  mère 
Fiablement  se  heberga  ; 
i?aison  fu  quant  il  s'i  loga. 
ylprès  cil  qui  onc  ne  menti 
iVbblement  de  vous  se  parti, 
Conques  mais  tele  départie 
En  ce  monde  ne  fu  oye, 
De  vierge  naistre  purement 
U  monde  sans  corrumpement. 
Cil  qui  toutes  choses  puet  faire, 
Dont  après,  par  divin  mistère, 
En  vie  de  mort  surrexi, 
iVbus  le  savons  tretous  de  fi. 
Or  vous  suppli,  très  doulz  ymage, 
i?oyne  de  l'umain  lignage, 
Afère  Dieu,  pour  toutes  loenges, 
auquel  nom  s'enclinent  les  anges, 
iVburricière  des  orphelins, 
Z)roit  port  à  tous  bons  pèlerins, 
Joie  de  tous  desconfortez, 
En  qui  soûlas  et  grant  bontez 
Et  tout  bon  conseil  et  aye 
Preuve  cil  qui  de  cuer  vous  prie. 
Z)epriez  li  que  par  sa  grâce 
liions  pour  demourer  espace 
La  sus  ou  ciel  où  il  monta, 
Pour  ce  que  de  mal  s'exenta. 
//onnorablement  à  sa  destre 
/hesu,  le  très  douls  roy  celestre, 
Aoble  siège  vous  ordena 
Z)essus  toutes  et  vous  donna 
El  chief  couronne  de  salut  ; 
U  monde  n'a  qui  ce  valut, 
/ointes  mains  et  d'umble  courage 


RAOULET  D'ORLÉANS.  73 

En  vostrc  très  digne  servage, 
iVbble  dame,  me  recevez, 
No  procureur  estre  devez 
Ou  ciel,  où  perdurablement 
Fpuissons  manoir  sauvcment 
<yans  faillir  avecques  les  siens. 

De  tous  ces  vers  enluminez 
Par  ordre  les  testes  prenez, 
Si  vous  sera  moult  bien  descript 
Pour  qui  cest  livre  fu  escript. 
Et  fu  parfait,  que  je  ne  mente, 
L'an  mil  CCC  trois  et  LX. 

Ces  vers  sont  évidemment  l'œuvre  de  Raoulet  d'Orléans. 
Nous  allons  voir  qu'il  se  plaisait  à  insérer  dans  ses  copies 
des  échantillons  de  son  talent  de  rimeur,  fantaisies  de  meil- 
leur goût  que  les  étranges  interpolations  d'un  autre  copiste 
contemporain,  Raoul  Tainguy,  dont  le  regretté  Siméon 
Luce1  a  spirituellement  tiré  le  nom  de  l'oubli. 

2°  Après  la  Bible  historiale  de  1 362  doit  prendre  place 
une  copie  de  la  traduction  du  livre  de  Jacques  de  Cessoles, 
la  Moralité  sur  le  jeu  des  échecs,  terminée  par  ces  mots  : 
«  Et  fu  escript  de  Raoulet  d'Orléans,  l'an  de  grâce  mil 
«  IIP  LX  et  VII.  »  L'existence  en  est  attestée  par  une  copie 
du  xve  siècle,  ms.  français  1 1 69  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale, dans  laquelle  a  été  servilement  reproduite  la  souscrip- 
tion de  l'exemplaire  exécuté  en  1 367. 

3°  En  1368,  Raoulet  d'Orléans  copia  les  Quarante  homé- 
lies de  saint  Grégoire  et  le  traité  de  l'Arrhe  de  l'àme  par 
Hugues  de  Saint- Victor,  dans  un  volume  destiné  au  roi 
Charles  V  et  qui  est  aujourd'hui  conservé  à  la  bibliothèque 


1.  En  léte  du  t.  II  des  Œuvres  d'Eustache  Deschamps,  p.  vi-xvi.  —  Outre 
les  manuscrits  cités  par  Luce,  M.  Camus  a  cité  un  exemplaire  de  la  traduction 
de  Végèce  copié  par  Raoul  Tainguy,  conservé  à  Gènes  dans  la  bibliothèque  du 
duc  de  Gênes;  voir  Romania,  1896,  t.  XXV,  p.  393. 


74  ÉCRIVAINS. 

de  l'Arsenal  sous  le  n°  2247.  Nous  y  lisons,  à  la  fin  de  la 
première  partie  : 

Ci  fine  le  livre  que  saint  Grégoire  pape  fist  des  Omelies  sur 
xl  euvangiles,  exposées  moult  noblement;  et  fut  parfait  et  escripl 
par  Raoulet  d'Orliens,  l'an  de  grâce  mil  CCC  LXVIII,  qui  fut  le 
quint  an  du  règne  au  très  noble  roy  Charles,  roy  de  France,  que 
Dieux  vueille  garder  en  corps  et  en  ame  de  tous  ennemis  visibles  et 
non  visibles.  Amen. 

4°  En  1371,  Gervais  Chrétien,  premier  physicien  du  roi 
Charles  V,  offrit  à  son  maître  un  bel  exemplaire  des  Voyages 
de  Jean  de  Mandeville1,  qu'il  avait  fait  écrire  par  Raoulet 
d'Orléans  : 

Ce  livre  cy  fist  escrire  honnorables  homs,  sages  et  discret  maistre 
Gervaise  Crestien,  maistre  en  medicine  et  premier  phisicien  de  très 
puissant,  noble  et  excellent  prince  Charles,  par  la  grâce  de  Dieu 
roy  de  France.  Escript  par  Raoulet  d'Orliens,  l'an  de  grâce  mil  CCC 
LXXI,  le  xvme  jour  de  septembre. 

5°  Sous  l'année  1 372!  se  place  la  splendide  Bible  histo- 
riale2  que  Jean  de  Vaudetar  fît  écrire  par  Raoulet  d'Or- 
léans pour  être  offerte  à  Charles  V.  Le  copiste  a  mis  à  la  fin 
une  longue  pièce  de  vers,  dans  laquelle  il  vante  la  richesse 
des  illustrations  du  livre  : 

Onques  je  ne  vi  en  ma  vie 
Bible  d'ystoires  si  garnie, 

et  rappelle  qu'il  avait  déjà  copié  trois  autres  bibles,  dont 
l'une  a  été  citée  cinq  pages  plus  haut.  La  pièce  mérite  d'être 
publiée  dans  son  entier  : 

Ci  fine  la  Bible  en  françois  ; 
Plus  ne  vous  en  diray,  ainçois 
Vueil  supplier  la  souveraine, 
Qui  de  miséricorde  est  fontaine, 

1.  Mss.  français  4515-4516  du  fonds  des  Nouvelles  acquisitions. 

2.  Au  musée  méerrnanno-westréenien  de  La  Haye. 


RAOULET  D'ORLEANS.  7f, 

El  son  doulz  filz  qu'elle  porta, 
Car  en  eulz  il  grant  confort  a, 
Qu'il  vucillent  garder  de  contraire 
Vaudeterre,  qui  la  fisl  faire, 
Et  Raoulet  d'Orliens,  qui  l'escrist, 
Qui  rent  grâces  à  Jhesus  Crist, 
Et  à  sa  mère,  de  cuer  pieu, 
Quant  donné  li  ont  temps  et  lieu 
D'un  si  très  digne  livre  faire, 
Qui  à  tous  crestiens  doit  plaire, 
Qui  du  lirre  auront  cognoissance. 
Et  dit,  puis  qu'il  issi  d'enfance, 
Que  c'est  la  quarte  pour  certain 
Qu'il  a  escripte  de  sa  main, 
Et  la  moitié  d'une  pour  voir, 
Que  l'en  doit  bien  ramentevoir, 
Qui  fu  faite  pour  excellans 
Princes  Charles  le  roy  des  Frans, 
Que  Dieux  vueille  si  bien  conduyre 
Qu'ennemy  ne  li  puisse  nuyre, 
Ne  visible  ne  non  visible, 
Ne  nesune  chose  nuysible, 
Et  quant  du  siècle  départie 
Fera,  que  Dieux  de  sa  partie 
Le  retiengne  senz  detrier. 
Or  vueilliez  Dieu  pour  moy  prier, 
Que  par  sa  digne  mort  amère, 
Que  il  souffri  présent  sa  mère, 
Ausquelz  deus  moult  me  reconforte, 
Car  il  sont  du  ciel  seule  porte, 
Que  de  tout  pechié  me  deslace, 
Et  en  sa  douce  amour  m'enlace, 
Mon  cuer  face  en  li  si  lacier, 
Que  riens  ne  l'en  puist  deslacier, 
Si  que  en  paradis  me  face 
Veoir  Jhesu  Crist  face  à  face. 

Amen. 
A  vous,  Charles,  roy  plain  d'onnour, 
Qui  de  sapience  la  flour 
Estes  sur  tous  les  roys  du  monde, 
Pour  le  grant  bien  qu'en  vous  habonde, 
Présente  et  donne  cestui  livre, 


76  ÉCRIVAINS.  • 

Et  à  genolz  cy  le  vous  livre, 
Jehan  Vaudetar,  votre  servant, 
Qui  est  cy  figure  devant. 
Conques  je  ne  vi  en  ma  vie 
ni  1  île  d'ystoires  si  garnie, 
D'une  main  pourtraites  et  faites, 
Pour  lesquelles  il  en  a  faites 
Pluseurs  alées  et  venues, 
Soir  et  matin,  par  my  les  rues, 
Et  mainte  pluye  sus  son  chief, 
Ains  qu'il  en  soit  venu  à  chief. 
Si  fu  au  prince  sus  nommé 
Ce  livre  baillé  et  donné 
Par  ledit  Jehan,  que  je  ne  mente, 
L'an  mil  CCC  XII  et  soixante 
De  bon  cuer,  et  vausist  mil  mars, 
xxyiii  jours  ou  mois  de  mars. 

6°  Peu  après  que  Nicole  Oresme  eut  terminé  la  traduc- 
tion des  Éthiques,  des  Politiques  et  des  Économiques 
d'Aristote,  c'est-à-dire  en  1376,  le  roi  s'en  fit  faire  par 
Raoulet  d'Orléans  une  très  élégante  copie,  en  deux  volumes 
de  petit  format,  dont  le  premier  est  au  Musée  Méermanno- 
Westréenien  et  le  second  à  la  Bibliothèque  royale  de 
La  Haye.  Raoulet  a  inscrit  son  nom  dans  l'un  et  dans  l'autre. 
A  la  fin  du  premier  nous  lisons  : 

Ci  fine  le  livre  d'Ethiques,  lequel  fit  faire  très  noble,  très  excel- 
lent et  vray  catholique  prince  Charles  le  quint,  par  la  grâce  et  loenge 
de  Dieu  roy  de  France,  et  l'escripst  Raoulet  d'Orliens,  Tan  mil  CCC. 
LXXVI.  Deo  gratias. 

Le  copiste  a  tracé  cette  note  dans  le  second  : 

Je  Raoulet  d'Orliens,  qui  l'escri,  ay  mis  le  texte  premier,  ainsi 
signé  T;  et  après  la  glose  s'ensuit,  ainsi  signée  O,  qui  fait  Oresme. 

7°  De  1 376,  il  nous  faut  descendre  jusqu'en  1 396  pour 
rencontrer  une  œuvre  datée  de  Raoulet  d'Orléans  :  le  pre- 
mier tome  d'un  Miroir  historial  en  français,  que  Louis,  duc 


RAOULET  D'ORLÉANS.  77 

d'Orléans,  se  fit  copier  sous  la  direction  de  Thévenin 
Angevin  en  quatre  grands  volumes1.  L'écrivain  s'est  fait 
connaître  à  la  fin  du  premier  : 

Ci  fine  le  premier  volume  du  livre  dit  Mireoir  hystorial,  escripl 
par  Raoulet  d'Orliens,  l'an  mil  trois  cens  quatre  vins  et  seize  : 

Parfait  à  Dieu  grâces  rendy, 
De  juing  le  premier  vendredy. 

C'est  probablement  dans  la  période  écoulée  entre  1 370 
et  1 396  que  furent  exécutées  les  copies  dont  il  me  reste  à 
parler. 

8°  Le  manuscrit  français  12465  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale, contenant  le  Pèlerinage  de  l'àme  de  Guillaume  de 
Degulleville,  se  termine  par  la  souscription  : 

Ci  fine  le  Pèlerinage  de  l'ame.  R.  d'Orliens. 

9°  Le  manuscrit  additionnel  1 5420  du  Musée  britannique, 
qui  vient  de  la  bibliothèque  du  duc  de  Sussex,  contient  la 
traduction  en  vers  des  Heures  de  Notre-Dame  et  des  Sept 
psaumes  de  la  pénitence,  à  la  suite  desquels  (fol.  73)  se 
lisent  des  vers  de  notre  Raoulet,  dont  je  dois  la  transcrip- 
tion à  l'obligeance  de  M.  Paul  Meyer  : 

Or  prions  tous  d'umble  courage 
Le  Dieu  qui  nous  fist  à  s'ymage, 
Et  la  doulce  Vierge  bénigne, 
Sur  toutes  femmes  la  plus  digne, 
Pour  qui  amour  heures  ay  dites 
En  françoys  cy  devant  escriptes, 
Que,  par  leur  très  sainte  pitié, 
Mettent  paix  en  crestienté, 
Et  soit  par  eulx  l'Eglise  mise 
Ou  saint  estât  et  en  la  guise 

1.  Les  trois  premiers  sont  conservés  à  la  Bibliothèque  nationale  sous  les 
n°a  312,  313  et  314  du  fonds  français.  J'en  ai  donné  la  description  dans  la 
Gazelle  archéologique,  année  1880. 


78  ÉCRIVAINS. 

Qu'estoit  quant  saint  Pierre  vivoit; 
Aussi  au  roy  anglois  octroit 
Grâce  de  si  bien  gouverner 
Qu'en  paradis  puisse  régner, 
Que  chascun  doit  à  Dieu  requerre, 
Et  qu'ilz  sauvent  les  biens  de  terre 
Et  nous  face  tant  ses  amis 
Qu'enfin  soion  en  gloire  mis. 

1 0°  Un  exemplaire  de  la  traduction  en  vers  de  la  Conso- 
lation de  Boèce,  indûment  attribuée  à  Charles,  duc  d'Or- 
léans, a  été  incontestablement  copié  par  Raoulet  d'Orléans, 
qui  l'a  enrichi  de  vers  de  sa  façon  : 

C'est  le  Congié  de  Vescrivain. 

Icy  en  droit  fine  Boëce, 

En  qui  pevent  trouver  l'adresce 

Homs  et  femmes,  par  ses  recors, 

A  sauver  leurs  âmes  et  corps, 

Non  pas  eulz  laissier  tourmenter 

De  desespoir,  ne  seurmonter 

En  orgueil,  Tort  pechié  terrible, 

Le  plus  grief  de  tous  et  horrible; 

Ainçois  est  d'avoir  pacience, 

Nuit  et  jour,  et  querre  science 

Glorieuse  pour  Dieu  amer, 

Requérir,  servir,  honnorer, 

Et  la  doulce  vierge  Marie, 

Sur  tous  les  cielx  d'ange  chierie, 

En  qui  divine  pourvéance 

Se  mist  et  ot  double  substance 

Merveilleuse  pour  nostre  amour, 

Ausquelz  prierons,  sans  demour, 

Jointes  mains,  que  ilz  gardent  d'yre 

Li  vaillans  homs  qui  fist  escrire 

Le  livre  assez  bien  compassez, 

Et  les  âmes  des  trespassez 

Vueillent  garder  de  maulx  liens. 

R.  dit  Amen  d'Orliens. 

Qui  cest  escript  à  droit  verra. 

Nom  et  scurnom  y  trouverra. 


RAOULET  D'ORLÉANS.  79 

Levers  :  R.  dit  Amen  d'Orliens,  doit  certainement  s'inter- 
préter :  «  L'écrivain  Raoulet  d'Orléans  dit  Amen.  » 

Les  initiales  des  vers  du  Congé  de  l'écrivain  donnent  en 
acrostiche  le  nom  de  Jehan  de  Langres  esmailleur, 
c'est-à-dire,  selon  toute  apparence,  Jean  de  Langres,  qui 
fut  garde  de  l'orfèvrerie  de  Paris  de  1382  à  1400.  C'est 
apparemment  «  li  vaillans  homs  qui  fist  escrire  le  livre  » . 

J'ai  publié  sur  le  manuscrit  français  1 982!  des  Nouvelles 
acquisitions  une  notice,  qui  a  été  imprimée  dans  la  Biblio- 
thèque de  l'École  des  chartes,  1873,  t.  XXXIV,  p.  5-32!,  et 
dans  le  tome  II  de  mon  Inventaire  des  mss.  français  de  la 
Bibliothèque  nationale,  p.  334-346.  —  S'il  fallait  s'en  rap- 
porter à  la  souscription  du  ms.  français  12459,  un  clerc 
Jehan  de  Langres  aurait  copié  la  Consolation  de  Boèce  en 
1414. 

Je  clos  cette  énumération  par  l'indication  d'un  manus- 
crit qui  a  fait  partie  de  la  librairie  des  ducs  de  Milan  et 
dont  le  sort  actuel  est  inconnu.  C'était  probablement  un 
exemplaire  du  Roman  de  Renard,  qui  est  indiqué  en  ces 
termes  dans  le  Catalogue  de  la  librairie  de  Pavie  en  142G, 
publié  par  le  marquis  d'Adda l  : 

Liber  in  rithmo  gallico,  mediocris  voluminis,  de  Proprietatibus 
animalium,  copertus  corio  rubeo  sculpto,  tractans  de  vulpe  cum 
aliis  animalibus.  Incipit  :  «  Qui  le  bien  set  »,  et  finitur  «  Raulet  de 
Auriens  ».  Sign.  DLXXXVIII. 

Nous  manquons  à  peu  près  complètement  de  renseigne- 
ments sur  les  artistes  qui  ont  fait  preuve  d'un  véritable 
talent  et  d'une  grande  richesse  d'imagination  en  semant  à 
profusion  des  ornements  de  tout  genre  et  des  miniatures 
de  toute  taille  sur  les  pages  des  livres  de  Charles  V.  Le 
hasard  nous  a  conservé  le  nom  d'un  enlumineur  et  d'une 


1.  Indagini  sulla  libreria  Visconteo-Sforzesca  del  caslello  di  Pavia,  parle  I, 
p.  29,  n°  300. 


80  ENLUMINEURS  DES  LIVRES. 

«  enlumineressc  »,  Jean  Le  Noir  et  Bourgot,  sa  fille,  qui 
étaient  passés  du  service  de  la  duchesse  de  Bar  à  celui  du 
roi  Jean  et  du  dauphin  Charles.  Celui-ci  leur  donna  en  1 358 
une  maison  sise  à  Paris,  rue  Troussevache 1 .  Un  compte  du 
duc  de  Berry  lui  donne  en  1 375  le  titre  d'enlumineur  du  roi 
et  de  monseigneur  le  duc2. 

On  doit  peut-être  considérer  comme  un  des  enlumineurs 
de  Charles  V  un  certain  Remiet,  auquel  s'adresse  une  notule 
mise  en  marge  du  fol.  18  v°  dans  un  exemplaire  des  Pèle- 
rinages de  Guillaume  de  Degulleville,  dont  il  a  été  question 
un  peu  plus  haut  :  «  Remiet,  ne  faites  rien  cy;  car  je  y  feray 
«  une  figure  qui  y  doit  estre.  »  Ce  Remiet  pourrait  bien 
être  Pierre  Remiot,  enlumineur,  qui  reçut  1 00  sous  parisis 
en  1 396  pour  avoir  «  enluminé  et  cadelé  à  images  d'or  et 
«  fines  couleurs  »  un  tableau  auquel  est  transcrit  la  bulle 
du  pape,  pardons  et  indulgences  accordés  aux  fidèles  qui 
entendaient  la  messe  dans  la  chapelle  du  duc  d'Orléans  au 
couvent  des  Célestins  de  Paris3. 

On  n'a  pu  jusqu'ici  déterminer  la  part  que  prirent  à  la 
décoration  des  livres  du  Roi  les  peintres  qui  du  temps  de 
Charles  V  travaillèrent  à  l'embellissement  des  églises  et  des 
châteaux.  Un  seul  nom  doit  être  retenu  dans  une  étude 
uniquement  consacrée  à  la  librairie  du  Louvre  :  celui  de  Jean 
de  Bruges,  l'auteur  du  grand  portrait  qu'on  admire  à 
La  Haye  au  commencement  de  la  très  belle  bible  offerte 
au  Roi  par  Jean  de  Vaudetar  en  1 372.  L'œuvre  parut  assez 
remarquable  pour  que,  contrairement  à  l'usage,  on  ait  pris 
soin  d'y  juxtaposer  une  inscription  solennelle,  tracée  en 
grosse  minuscule  d'or  et  coupée  en  dix  lignes  : 

Anno   Domini    millesimo   trecentesimo    septuagesimo  primo, 

1.  Appendice,  V,  d'après  le  registre  XC  du  Trésor  des  chartes,  n"  4. 

2.  Champeaux  et  Gauekery,  Travaux  d'art  exécutés  pour  Jean  de  France, 
duc  de  Berry,  p.  118. 

3.  Quittance  analysée  dans  le  ras.  français  10431,  p.  277. 


JEAN  DE  BRUGES.  81 

ISTUD  OPUS  PICTUM  FUIT  AD  PRECEPTUM  ET  HONOREM  ILLUSTRIS 
PRINCIPIS  KaKOLI,  REGIS  FrANCIE,  ETATIS  SUE  TRICESIMO  QUINTO 
ET  REGNI  SUI  OCTAVO,  ET  JoHANNES  DE  BrUGIS,  PICTOR  REGIS 
PREDICTI,     FECIT    HANC    PICTURAM    PROPRIA    SUA    MANU. 

Au  sujet  de  Jean  de  Bruges,  je  me  borne  à  citer  un 
texte  emprunté  aux  comptes  de  Jean,  duc  de  Berry1  : 

A  Jehan  de  Burges  (sic),  paintre  et  varlet  de  chambre  du  Roy 
nostre  sire,  pour  don  à  lui  fait  par  monseigneur  le  duc  do  la  somme 
de  vixx  frans,  pour  les  bons  services  qu'il  lui  a  faiz  en  faisant  cer- 
taines pourtraitures  pour  mondit  seigneur,  par  son  mandement 
adreçant  aux  gens  des  comptes  de  mondit  seigneur,  donné  le  ve  jour 
de  mars  CGC  IIIIXX,  et  lettres  closes  escriptes  de  la  propre  main  de 
mondit  seigneur,  données  le  xe  jour  de  janvier  l'an  MCCCLXXVIII, 
vixx  frans. 

La  peine  que  le  duc  de  Berry  prenait  d'écrire  de  sa 
propre  main  pour  presser  le  paiement  d'une  somme  due  à 
Jean  de  Bruges  montre  en  quelle  estime  il  tenait  cet 
artiste. 


1.  Archives  nationales,  KK.  242,  fol.  102.  Je  dois  la  communication  de  ce 
texte  à  mon  ami  M.  Henri  Moranvillé. 


IX. 

Traducteurs. 

Il  n'entre  pas  dans  mon  plan  de  passer  en  revue  les 
ouvrages  qui  ont  été  composés  en  France  sous  le  règne  de 
Charles  V  et  dont  plusieurs  des  auteurs  ont  dû  être  encou- 
ragés par  des  subventions  du  roi.  Je  rappellerai  seulement 
d'un  mot  le  Songe  du  verger,  à  la  composition  duquel  il 
paraît  s'être  vivement  intéressé,  et  dont  le  manuscrit  ori- 
ginal, portant  jadis  la  signature  royale,  est  conservé  au 
Musée  britannique1;  deux  ouvrages  (les  Vies  des  papes2 
et  un  Commentaire  sur  la  règle  de  saint  Benoît3),  dont 
l'auteur,  son  chapelain  et  ambassadeur,  Pierre  Bohier,  lui 
fit  hommage,  en  les  faisant  précéder  d'épitres  dédicatoires  ; 
et  un  petit  «  traictié  de  Testât,  science  et  pratique  de  l'art 
«  de  bergerie  »,  dont  il  existe  plusieurs  éditions  gothiques1 
et  qui  se  présente  connue  une  œuvre  composée  en  1379, 
sur  l'ordre  du  roi,  par  le  bon  berger  Jean  de  Brie. 

Si  je  laisse  de  côté  l'histoire  générale  des  lettres  et  des 
sciences  au  temps  de  Charles  V,  je  dois  entrer  dans 
quelques  détails  sur  les  traductions  qu'il  fit  exécuter  d'un 
assez  grand  nombre  de  textes  latins  dont  il  voulait  que 
les  clercs  ne  lussent  pas  seuls  à  tirer  parti.  Le  caractère 

1.  Voir  plus  loin,  chap.  XIII,  notice  xcvh. 

2.  On  trouvera  à  l'Appendice  (XIII)  la  lettre  dédicatoire  de  cet  ouvrage.  Pierre 
Bohier  vante  le  goût  du  roi  pour  la  lecture  et  le  soin  qu'il  prenait  de  former 
une  bibliothèque  comparable  à  celle  d'Alexandrie. 

3.  Copie  du  xvne  siècle  dans  le  rns.  latin  13806.  Une  note  jointe  à  ce  manus- 
crit mentionne  la  présence  d'un  exemplaire  de  cet  ouvrage  dans  la  bibliothèque 
du  couvent  des  Célestins  de  Paris. 

4.  La  Bibliothèque  nationale  (Réserve,  S.  1001)  possède  un  exemplaire  de 
l'édition  qui  paraît  la  plus  ancienne  et  qui  est  sortie  de  l'atelier  parisien  de 
Simon  Vostre. 


TRADUCTEURS.  83 

et  l'utilité  de  cette  entreprise  n'ont  pas  échappé  aux  con- 
temporains. Voici  en  quels  ternies  y  fait  allusion  un  ser- 
gent Jacques  Bauchant,  en  présentant  au  roi  sa  traduc- 
tion des  Voies  de  Dieu  :  «  Geste  noble  affection  de  faire 
«  translater  livres,  especialment  historiens  et  moraulx, 
«  avés  vous  eu  tous  dis  en  volenté  et  propos,  et  est  chose 
«  ainsi  comme  toute  notoire1.  »  De  son  côté,  Christine  de 
Pisan  ne  craint  pas  d'entrer  à  ce  sujet  dans  des  détails 
longs  et  circonstanciés  : 

Non  obstant  que  bien  entendist  le  latin,  et  que  ja  ne  feust  besoing 
que  on  lui  exposast,  de  si  grant  providence  fu,  pour  la  grant  amour 
qu'il  avoit  à  ses  successeurs,  que  au  temps  à  venir  les  voult  pour- 
veoir  d'enseignemens  et  sciences  introduisables  à  toutes  vertus, 
dont  pour  celle  cause  fist  par  solempnelz  maistres,  souffisans  en 
toutes  les  sciences  et  ars,  translater  de  latin  en  françois  tous  les 
plus  notables  livres,  si  comme  la  Bible  en  m  manières,  c'est  assa- 
voir le  teste,  et  puis  le  teste  et  les  gloses  ensemble,  et  puis  d'une 
autre  manière  alégorisée.  Item  le  grant  livre  de  saint  Augustin  de 
la  Cité  de  Dieu.  Item  le  livre  du  Ciel  et  du  Monde.  Item  le  livre  de 
saint  Augustin  de  Soliloquio.  Item  des  livres  de  Aristote  Ethiques 
et  Politiques,  et  mettre  nouveaux  exemples.  Item  Végèce  de  cheva- 
lerie. Item  les  xix  livres  des  Propriétés  des  choses.  Item  Valerius 
Maximus.  Item  Policratique.  Item  Titulivius,  et  très  grant  foison 
d'aultres,  comme  sanz  cesser  y  eust  maistres  qui  grans  gages  en 
recevoient  de  ce  embesoignés2. 

La  même  Christine  de  Pisan,  dans  son  poème  intitulé  le 
Chemin  de  long  estude,  indique  avec  une  grande  précision 
le  but  que  le  roi  se  proposait  : 

Fist-il  pour  celle  entention 

Mainte  noble  translacion, 

Qui  oncques  mes  n'ot  esté  faitte, 

Et  moult  fu  noble  œuvre  et  perfaitte, 

Faire  en  françois  du  latin  traire, 

Pour  les  cuers  des  François  attraire 

1.  Préface  de  la  traduction  des  Voies  de  Dieu,  ms.  français  1792. 

2.  Faits  de  Charles  V,  III,  xn.  J'ai  suivi  pour  cette  citation  le  texte  du  ms. 
français  10153. 


84  TRADUCTEURS. 

A  nobles  meurs  par  bon  exemple. 
Combien  que  le  latin  tout  emple 
Entendist,  les  voult  il  avoir, 
Affin  de  ses  hoirs  esmouvoir 
A  vertu,  qui  pas  n'entendroient 
Le  latin,  si  se  entendroient1. 

Au  témoignage  de  Christine  de  Pisan  viennent  se  joindre 
ceux  de  Denis  Foulechat  et  de  Raoul  de  Presles.  Le  premier 
de  ces  auteurs  nous  avertit,  au  commencement  de  la  tra- 
duction du  Polycratique2,  que  Charles  V  Ta  chargé  de  cette 
besogne,  «  afin  que  toutes  gens  s'i  puissent  grandement 
«  profiter  j>.  Raoul  de  Presles  s'adressant  au  Roi  lui-même 
ne  tient  pas  un  autre  langage  :  «  Vous  avez,  lui  dit-il3, 
«  l'ait  translater  pluseurs  livres,  tant  pour  plaire  à  vous, 
«  comme  pour  proufiter  à  voz  subgés...  Vous  avez  voulu 
«  estre  translaté  de  latin  en  françois,  pour  le  proufit  et  uti- 
«  lité  de  vostre  roiaume,  de  vostre  pueple  et  de  toute  cres- 
«  tienté,  c'est  assavoir  le  livre  de  monseigneur  saint  Augus- 
«  tin  de  la  Cité  de  Dieu.  »  Il  paraît  que  les  termes  «  pour 
«  l'utilité  du  roiaume  et  de  toute  la  chrestienté  »  se  trou- 
vaient dans  le  mandement  même  par  lequel  Charles  V 
allouait  des  fonds  à  Raoul  de  Presles  pour  l'indemniser  de 
son  travail4. 

Le  choix  des  ouvrages  à  traduire  ne  fut  point  renfermé 
dans  d'étroites  limites  :  les  textes  sacrés  ne  firent  point 
négliger  les  textes  profanes,  et  les  auteurs  de  l'antiquité  ne 

1.  Ms.  français  1188,  fol.  81. 

2.  Préface  mise  en  tête  du  ms.  français  24287.  —  Le  frontispice  représente 
Charles  V  lisant  le  Polycratique. 

3.  Prologue  de  la  traduction  de  la  Cité  de  Dieu. 

4.  Van  Praet  cite,  probablement  d'après  une  note  manuscrite  de  Roivin,  un 
mandement  du  roi,  en  date  du  28  octobre  1371,  chargeant  Raoul  de  Presles  de 
traduire  la  Cité  de  Dieu,  «  pour  l'utilité  de  luy,  du  royaume  et  de  toute  la 
«  chrestienté  ».  Inventaire  des  (ivres  de  l'ancienne  bibliothèque  du  Louvre, 
p.  43.  L'extrait  rapporté  par  Van  Praet  a  été  tiré  du  compte  de  Jean  Lais- 
nier,  receveur  général  des  aides  en  1371.  Voir  plus  loin,  p.  109,  et  plus  haut, 
p.  1  et  2. 


DENIS  FOULEOIIAT.  85 

furent  point  sacrifiés  à  ceux  des  derniers  siècles.  On 
demanda  des  représentants  à  toutes  les  époques  comme  à 
toutes  les  branches  de  la  littérature. 

Il  y  aurait  à  coup  sûr  une  belle  étude  à  faire  sur  l'en- 
semble des  traductions  que  Charles  V,  suivant  sur  ce  point 
les  traces  de  son  père,  fit  entreprendre,  et  qui,  pour  la 
plupart,  furent  promptement  menées  à  bonne  fin.  On 
s'étonne  qu'un  tel  sujet,  mis  plusieurs  fois  en  concours  par 
l'Académie  des  inscriptions,  n'ait  point  encore  été  traité. 
Gomme  travail  préparatoire,  j'insère  ici  les  notes  que  j'ai  été 
amené  à  réunir  en  recherchant  et  examinant  les  manuscrits 
de  l'ancienne  librairie  du  Louvre.  Je  les  présente  en  sui- 
vant l'ordre  alphabétique  des  noms  des  traducteurs. 

Denis  Foulechat. 

La  traduction  du  Polycratique  de  Jean  de  Salisbury  fut 
entreprise  sous  les  auspices  de  Charles  V.  L'exemplaire  de 
cette  traduction,  qui  est  à  la  Bibliothèque  nationale  sous  le 
n°  24287  du  fonds  français,  et  qui  est  sans  doute  un  des 
exemplaires  originaux,  s'ouvre  par  une  rubrique  qui 
annonce  que  l'ouvrage  avait  été  commandé  par  le  Roi. 

Ci  commence  le  prologue  sur  la  translacion  d'un  livre  appelle 
Policratique,  composé  de  très  excellent  docteur  maistre  Jehan  de 
Salusbery,  lequel  fîst  translater  de  latin  en  françois  très  excellent 
et  puissant,  très  crestien  et  misericort  prince,  le  très  noble  roy  de 
France  Charles  quint  de  ce  nom,  l'an  de  grâce  M.  CCC.  LXXII,  et 
de  son  règne  le  ixe... 

Le  traducteur  le  déclare  nettement  dans  un  épilogue 
adressé  au  roi  (fol.  296)  : 

Quant  je  os  oy  et  entendu  que  il  vous  plaisoit  et  vouliés  que  je 
translatasse  le  livre  qui  est  appelé  Policraticon  et  le  meisse  de  latin 
en  romans,  je  n'osé  pour  rien  contredire. 

Le  nom  du  traducteur  n'est  pas  douteux;  il  est  écrit  en 


86  TRADUCTEURS. 

toutes  lettres  dans  l'inventaire  de  Gilles  Malet  (A  228, 
B  231 ) :  «  Policraticon,  translaté  en  françois  par  frère  Denys 
«  Foulechat i . . .  »  Le  texte  même  de  l'ouvrage  confirme  cette 
attribution.  Le  prologue  se  termine  par  une  invocation  à 
saint  Denis2,  qui  serait  difficile  à  expliquer  si  le  traduc- 
teur n'avait  pas  eu  saint  Denis  pour  patron.  Il  y  a  plus,  le 
nom  de  Denis  Foulechat,  sous  une  forme  énigmatique,  est 
en  toutes  lettres  au  commencement  de  l'ouvrage,  et  le  tra- 
ducteur nous  a  livré  le  mot  de  l'énigme  dans  une  petite  pièce 
de  vers  mise  à  la  fin  du  livre  (fol.  296)  : 

Ici  est  fine  le  livre  de  très  excellent  et  très  noble  docteur  et  par- 
fait en  plusieurs  sciences,  comme  le  livre  le  monstre,  qui  est  appelle 
Policraticon,  compilé  de  maistre  Jehan  Salusberien,  translaté  de 
latin  en  françois. 

Le  translateur  pas  ne  se  nomme, 
Car  n'est  pas  amé  de  tout  homme; 
Mais  qui  à  l'arbre  de  science, 
Comme  dit  est,  retournera, 
Il  en  venra  à  congnoissance 
Par  les  rainsseaus  qu'il  trouvera  : 
Prengne  les  chiefs  par  droite  ligne 
Et  les  mette  com  dens  de  pigne, 
Il  y  verra  par  droite  voie. 
Or  li  veulle  Diex  donner  joie. 

Amen. 
Si  le  voulez  plus  clerement 
Où  son  nom  par  les  chiefs  applique, 
Retournez  au  commencement 
Du  livre,  en  l'Entetique3. 

1.  Ce  religieux,  qui  appartenait  à  l'ordre  de  saint  François,  a  été  parfois 
appelé  Soulechat,  par  suite  d'une  mauvaise  lecture.  Voir  Sbaralea,  Scriptores 
ordinis  s.  Francisci,  p.  220,  et  Hist.  litl.  de  la  France,  t.  XIV,  p.  112.  Il  faut 
surtout  consulter  les  textes  auxquels  la  table  du  tome  III  du  Chartul.  univ. 
Paris,  renvoie,  sous  le  nom  Dionysius  Foulechat. 

2.  «  Si  me  vueille  Dieu  donner  grâce  de  le  parfaire...  Et  monseigneur  saint 
«  Denys  la  me  vueille  empêtrer...  »  Ms.  24287,  fol.  5  v°. 

3.  La  traduction  de  l'Entetique  est  dans  le  manuscrit  latin  6416  de  la  Biblio- 
thèque nationale  (fol.  3),  qui  contient  le  texte  latin  du  Polycratique.  Les 
auteur?  du  Catalogue  des  manuscrits  du  roi  (t.  IV,  p.  241)  ont  attribué  cette 


DENIS  FOULECHAT.  87 

Suivant  ce  conseil,  reportons-nous  au  commencement  du 
livre  pour  examiner  dans  Y  «  Entétique  »  les  «  chefs  de 
ligne  »,  c'est-à-dire  les  premières  lettres  des  phrases.  D'un 
coup  d'œil  nous  constatons  qu'en  réunissant  ces  initiales 
nous  obtenons  le  nom  de  Denis  Foullechat. 

Doulz  filz,  très  chierement  amé... 

Et  point  ton  pié  si  n'entrera... 

Nulle  chose  ne  te  soit  si  seure... 

Il  te  doit  tous  temps  estre  en  mémoire... 

Se  tu  en  ys  par  aventure... 

Fais  que  ta  dextre  si  porte  le  bourdon... 

Or  t'avise  que  tu  soies  estranges... 

Va  et  quelque  part  tu  yras... 

La  foy  du  seigneur  de  ton  hostel... 

Les  fols  et  ceuls  qui  sont  trop  sages... 

Et  celui  qui  amera  vérité... 

Celui  par  droit  de  patronage... 

Humblement  dont  doit  estre... 

Au  premier  de  cuer  diligent... 

Tu  trouveras  à  plain... 

Denis  Foulechat  avait  travaillé  sans  avoir  les  ressources 
nécessaires  pour  remplir  comme  il  l'aurait  voulu  la  tâche 
qui  lui  avait  été  imposée;  il  avait  laissé  en  souffrance  des 
passages  qu'il  espérait  pouvoir  améliorer  s'il  lui  était  donné 
de  revenir  à  Paris * .  Peut-être  avait-il  été  éloigné  de  cette 
ville  à  la  suite  de  la  condamnation  de  certaines  propositions 
qu'il  avait  soutenues2. 

Le  système  de  traduction  adopté  par  l'écrivain  est  ainsi 
exposé  dans  le  prologue  (fol .  5  v°)  : 

Et  pour  ce  que  suyvre  le  latin  à  la  lettre  et  le  translater  si  comme 

traduction  à  Jean  Le  Bègue.  J'ignore  l'origine  de  la  méprise;  je  constate 
seulement  que  le  ms.  6416  a  dû  appartenir  à  Jean  Le  Bègue;  on  y  trouve  sur 
le  fol.  2  v°  la  devise  He  bien  alegue,  anagramme  de  Jehan  Le  Bègue. 

1.  «  Et  en  pluseurs  lieux,  où  je  n'ay  peu  trouver  conseil  n'en  livre,  n'en  plus 
soullisans  de  moi,  j'ay  laissié  les  espaces  en  espérance  de  les  corrigier,  s'il  plai- 
soit  à  Dieu  que  je  retournasse  à  Paris,  où  je  pourroie  et  par  livres  et  par  doc- 
teurs bien  recouvrer  de  les  amender.  »  Fol.  296  v°. 

2.  Voir  à  ce  sujet  plusieurs  pièces  des  années  1368  et  1369  dans  le  tome  III 
du  Charlul.  univ.  Paris.,  n"  1298,  1299,  1349-1352  et  1354. 


88  TRADUCTEURS. 

il  gist,  pas  ne  seroit  chose  que  l'en  peust  entendre,  pour  ce  que  la 
haute  et  noble  rhétorique  des  poètes  anciens  entrelace  les  mos  et 
quiert  estrange  gramoire  et  tient  sentences  suspensives  parfondes 
et  obscures,  qui,  ja  lonc  temps  a,  pour  les  petis  entendemens  est  du 
tout  oubliée  en  la  commune  escole,  j'ay  ordené,  à  l'aide  et  la  grâce 
de  Dieu  et  de  sa  très  chière  mère,  de  le  mettre  clerement  senz  muer 
la  sentence,  afin  que  toutes  gens  le  puissent  entendre,  au  mieux  que 
je  pourray,  en  suppliant  à  tous  ceuls  qui  deffaut  y  verront  que,  pour 
l'amour  de  Dieu,  charitablement  le  vueillent  corriger,  et  humble- 
ment leur  requier  en  ycelle  manière  que  pas  ne  se  travaillent  à 
quérir  le  poil  dessoubz  le  cuir.  Car  en  pluseurs  pas  j'ay  trouvé  que 
un  dit  pouoit  avoir  divers  entendemens.  Si  ay  aucunes  fois  mis 
et  adjousté  pluseurs  synonimes  pour  les  convocacions  déclarer. 
Aucunes  foiz  ay  quis  circonloquicions  pour  ce  que  les  mos  du  latin 
n'ont  pas  propres  significas  selon  commun  françois,  et  de  pluseurs 
entendemens  ay  esleu  celui  qui  m'en  sembloit  selon  l'entendement 
de  l'aucteur  et  la  connexion  de  ce  devant  et  de  ce  qui  s'ensuit, 
lequel  par  aventure  de  plaine  face  donroit,  à  celui  qui  le  liroit  senz 
veoir  ce  de  devant  et  le  point  qui  s'ensuit,  un  autre  entendement. 

Jacques   Bauchant. 

Jacques  Bauchant,  de  Saint-Quentin,  en  Vermandois,  ser- 
gent d'armes  du  roi,  possédait  une  petite  bibliothèque. 
Charles  V,  qui  s'en  était  fait  communiquer  le  catalogue,  y 
remarqua  un  texte  latin  des  Voies  de  Dieu,  ou  Visions  de 
sainte  Elisabeth;  il  exprima  le  désir  de  le  voir  mettre  en 
français.  Ce  fut  Jacques  Bauchant  qui  reçut  la  mission 
d'exécuter  le  travail.  Le  manuscrit  original  de  la  traduction 
nous  est  parvenu,  et  nous  y  pouvons  lire  d'intéressants 
détails  sur  la  façon  dont  le  roi  eut  connaissance  du  livre  et 
des  conditions  dans  lesquelles  le  traducteur  dut  se  mettre 
à  l'œuvre  : 

Mon  très  redoubté  signeur,  Quant  de  vostre  bénigne  grâce  il  vous 
plut  à  moy  faire  tant  de  honneur  comme  de  moy  retenir  à  vous  et 
faire  vostre  sergant  d'armes,  pour  ce  que  il  vous  fu  raporté  d'au- 
cuns que  je  avoie  pluseurs  livres,  et  que  je  m'i  cognoissoie  aucune- 
ment, vous  me  commandastes  que  je  vous  apportasse  par  escript 
les  titres  de  tous  les  livres  que  je  avoie  par  devers  moy,  lesquiex  je 


DENIS  FOULECHAT.  80 

vous  aportai,  et  oïstes  lire,  especialment  ceulz  en  latin,  entre  les- 
quiex  vous  advisastes  le  title  d'un  petit  livret  moral  intitulé  le  livre 
des  Voies  de  Dieu;  et  pour  ce  que  il  vous  sambla  par  le  title  que  il 
estoit  ou  devoit  estre  assés  moral,  et  aussi  pour  essaier  se  je  me 
saroie  d'aucune  chose  entremettre,  il  vous  plut  à  moy  commander 
que  je  le  vous  translatasse  de  latin  en  françois,  lequel  commande- 
ment, confiant  de  vostre  grant  bénignité,  je  reçu,  non  pas  que  je 
me  sentisse  souflîsant  à  ceste  œuvre  ny  à  autre  translater,  mais 
pour  obéir  à  vostre  commandement,  si  l'ai  translaté  au  mieux  que 
je  ay  peu  ;  et  pour  ce,  mon  très  souverain  et  très  redoubté  signeur, 
je  supplie  très  humblement  à  vostre  royal  magesté  que  ceste  petite 
translation  il  vous  plaise  recevoir  en  gré,  benignement  supporter 
les  deffautes,  et  tenir,  se  il  y  a  aucun  bien,  que  il  vient  tout  de 
Dieu  et  rien  de  moy. 

Je  cite  cette  dédicace  d'après  le  manuscrit  même  de  pré- 
sentation, qui  est  à  la  Bibliothèque  nationale,  n°  17921  du 
fonds  français. 

Encouragé  par  l'accueil  fait  à  son  premier  travail,  Jacques 
Bauchant  s'essaya  sur  un  texte  de  l'antiquité  classique,  le 
traité  de  Senèque  de  Remediis  fortuitorum.  Il  fit  hommage 
de  cette  seconde  traduction  à  Charles  V.  L'épître  dédica- 
toire1  est  curieuse  à  plus  d'un  titre.  Il  y  faut  remarquer 
un  passage,  d'où  il  semble  résulter  que  le  traducteur  avait 
comparé  plusieurs  exemplaires.2  et  qu'il  avait  eu  quelque 
peine  à  se  reconnaître  au  milieu  des  variantes. 

A  vous,  très  noble,  très  excellent  et  bien  puissant  prince,  et  en 
vérité  la  fleur  de  la  merveille  de  tous  princes  terriens,  Charles,  le 
quint  de  ce  nom,  roy  de  France,  digne  de  règne  et  de  régner, 
Jacques  Bauchans,  de  Sainct  Quentin  en  Vermandois,  vostre 
petit  et  humble  serviteur  et  sergent  d'armes,  luy  tout  et  ce  petit 
qu'il  a  de  pouoir  prest  en  vostre  service,  et  vous  doinst  en  tele 
manière  persévérer  ou  gouvernement  de  vostre  règne,  que  ce  soit 
au  plaisir  de  Dieu,  au  salut  de  vostre  ame,  à  l'onneur  et  à  l'utilité 

1.  Je  la  cite  d'après  un  bel  exemplaire  en  grosse  écriture  ilamande  du 
xv°  siècle,  n°  1090  du  fonds  français. 

2.  Comparez  ce  qui  est  dit  plus  loin  (p.  1 10  et  Appendice,  XII)  des  nom- 
breux exemplaires  du  texte  latin  de  la  Cité  de  Dieu  que  Raoul  de  Presles  a 
consultés  en  vue  de  la  traduction  de  cet  ouvrage. 


90  TRADUCTEURS. 

de  vous  et  de  vostre  pueple,  et  à  la  confusion  de  tous  ceulx  qui 
sont  ennemis  de  vous  et  de  vostre  royaume. 

Très  souverains,  très  redoubtez  et  très  renommez  princes,  Je, 
vostre  petite  créature,  confians  de  vostre  constante  debonnaireté  et 
souveraine  bénignité,  non  mie  de  mes  mérites,  après  ce  que  autres 
fois  vous  presentay  le  livre  Madame  saincte  Elisabeth,  des  Révéla- 
tions des  Voyes  de  Dieu,  que  je  translatay  de  latin  en  françois,  me 
suis  orez  de  rechief  enhardis  de  présenter  à  vostre  très  haulte  et  très 
excellente  Majesté  ce  petit  livre,  que  Senecque  fist  entre  les  autres,  qui 
est  intitulé  des  Remèdes  ou  confors  de  maulx  de  fortune  qui  aviennent 
ou  peuent  avenir  aux  hommes,  lequel  livre  il  envoya  à  un  sien  amy 
appelle  Callio,  que  j'ay  translaté  en  françois  selon  le  foible  sens  de 
mon  povre  entendement.  Et  ja  soit  ce  que  le  livre  soit  petit  en 
escripture,  toutesfois  il  m'a  esté  assez  duret  en  translation,  tant 
pour  ce  que  je  n'ay  peu  trouver  vrais  exemplaires  ne  du  tout  sem- 
blables, mais  les  uns  plus  contenans  et  autrement  que  les  autres, 
tant  pour  ce  que  le  stile  est  grief  et  estrange  quant  à  moy,  et  espe- 
cialment  pour  la  foiblesse  de  mon  jugement  et  de  ma  petite  science. 
Pourquoy,  très  redoubté  et  très  débonnaire  prince,  je  supplie  très 
humblement  à  vostre  haulte  et  très  bénigne  Majesté,  qu'il  vous 
plaise  à  supporter  mon  ignorance  et  prendre  en  gré  et  en  pacience 
mon  petit  euvre,  à  l'exemple  du  souverain  roy,  qui  eut  plus  agréable 
le  petit  don  de  la  povre  femme  que  les  grandes  offrandes  du  riche. 

Dans  la  suite  de  l'Épître,  Jacques  Bauchant  a  voulu  faire 
montre  d'érudition  en  citant  les  Fastes  d'Ovide  et  les 
Éthiques  d'Aristote.  Il  termine  en  avertissant  que,  dans  le 
dialogue,  il  présentera  comme  interlocuteurs,  non  pas  Sen- 
sualité et  Raison,  mais  Senèqne  et  Callio. 

...  Pour  la  translation  estre  plus  plaine  et  plus  ententable,  et  pour 
ce  aussi  que  je  l'ay  trouvé  en  aucuns  de  mes  exemplaires,  ou  lieu 
de  Sensualité,  j'ay  mis  Callio,  auquel  Senèque  envoya  son  livre,  qui 
met  avant  les  doubtes  et  doleurs,  et  Senecque  ou  lieu  de  Raison,  si 
que  Callio  sera  complaignant  et  mettant  avant  les  doubtes  et  doleurs, 
et  Senecque  sera  confortant  et  respondant  aux  doubtes. 

Jacques  Bauchant  mourut  vers  l'année  1 396  *.  Une  partie 

1.  Un  acte  du  12  janvier  1397  (n.  st.)  mentionne  les  exécuteurs  testamen- 
taires «de  feu  Jacques  Bauckent,  jadiz  sergent  d'armes  du  roy,  estans  à  Saint- 
«  Quentin  en  Vermandois  ».  Bibliothèque  nationale,  Quittances,  à  la  date  du 
12  janvier  1396  (v.  st.),  ms.  français  26028,  pièce  2474. 


JACQUES  1UUCHANT.  91 

de  sa  bibliothèque  fut  acquise  par  le  duc  d'Orléans1 .  Il  devait 
s'y  trouver  un  volume,  aujourd'hui  n°  2063  du  fonds  fran- 
çais, qui  renferme  la  traduction  de  Végèce  faite  en  1284 
par  Jean  de  Meun  pour  Jean,  comte  d'Eu,  le  Lapidaire  et  le 
Testament  de  Jean  de  Meun.  Ce  volume  avait  été  copié  en 
1 340  pour  maître  G.  de  Dynant  et  acheté  à  Noyon,  en  mars 
1367,  par  Jacques  Bauchant  au  prix  de  trois  florins  d'or, 
non  compris  le  Testament  de  Jean  de  Meun,  qui  y  fut 
ajouté  après  coup2. 

Jean  Corbechon. 

Ce  fut  par  l'ordre  de  Charles  V  que  Jean  Corbechon3  mit 
en  français  le  livre  des  Propriétés  des  choses,  composé  au 
xme  siècle  par  Barthélemi  L'Anglais,  comme  l'annonce 
expressément  la  note  par  laquelle  se  termine  un  exemplaire 
de  cet  ouvrage  conservé  à  la  Bibliothèque  royale  de  Bel- 
gique4, n°  2953  (jadis  9094)  : 

Ce  livre  des  Proprietez  des  choses  fu  translaté  de  latin  en  fran- 

1.  Le  5  avril  1397  (n.  st.),  Olivier  de  L'Empire,  un  des  quatre  principaux 
libraires  de  l'Université,  reçut  48  sous,  pour  avoir  prisé  des  livres  que  le  duc 
d'Orléans  avait  achetés  le  mois  de  mars  précédent,  «  lesquelz  feurent  feu 
«  Jacques  Bauchant,  demourant  à  Saint-Quentin  ».  Le  Roux  de  Lincy,  La 
Bibliothèque  de  Charles  d'Orléans,  p.  34  et  35,  n"  12. 

2.  Au  fol.  107  v°  du  ms.  français  2063,  on  lit  :  «  Chils  livres  est  Jaque  Bau- 
«  chant,  sergent  du  roy  nos.,  en  la  prevosté  de  Saint-Quentin  en  Vermendoiz, 
«  et  li  cousta  à  Noyon  m  flourins  d'or  que  on  dist  frans,  qui  valoient  sur  tout 
«  xlviii  s.  parsis,  le  gros  tournois  d'argent  pour  xvi  d.  parsis.  Che  fu  ou  mois 
«  de  march  l'an  CCC  LXVI.  Qui  le  troeve  ou  cui  il  le  prestera,  si  le  rende,  si 
«  fera  ce  que  il  devera,  et  contient  dusques  chi  xm  quohiers  e  v  foellais,  et 
«  sur  tout  xv  quohiers.  »  Au  dernier  feuillet  est  une  note  de  Jacques  Bauchant 
dans  laquelle  on  remarque  ces  mots  :  «  Tous  chilz  livres,  ensi  que  il  est  loiiés, 
«  a  cousté  lxiiii  s.,  le  gros  tournois  d'argent  pour  xvi  d.  parsis.  » 

3.  Le  6  février  1369,  le  pape  Urbain  V  recommanda  au  chancelier  de  Paris 
Jean  Corbechon,  de  l'ordre  des  ermites  de  Saint  Augustin,  qui  faisait  depuis 
dix  ans  des  leçons  à  la  Faculté  de  théologie.  Chartul.  univ.  Paris.,  t.  III, 
p.  186,  n«  1353. 

4.  Si  ce  manuscrit  n'est  pas  l'exemplaire  original  de  présentation,  il  en  est 
une  réplique  fidèle.  Voir  plus  loin  chapitre  XIII,  notice  XLII  des  manuscrits 
parvenus  jusqu'à  nos  jours. 


92  TRADUCTEURS. 

çois  l'an  de  grâce  mil  CCC  LXXII,  par  le  commandement  de  très 
puissant  et  noble  prince  Charles  le  quint  de  son  nom,  régnant  à  ce 
temps  en  France  puissanment.  Et  le  translata  son  petit  et  humble 
chappellain  frère  Jehan  Corbechon,  de  l'ordre  Saint  Augustin, 
maistre  en  théologie,  de  la  grâce  et  promocion  dudit  prince  et  sei- 
gneur très  excellent. 

Un  compte  de  François  Chanteprime  mentionne  à  la  date 
de  1 372  une  gratification  que  le  roi  fit  donner  à  l'auteur 
de  cette  traduction1. 

La  bibliothèque  Mazarine  a  recueilli  deux  manuscrits  qui 
portent  une  note  ainsi  conçue  :  «  Iste  liber  est  fratris 
«  Johannis  Corbechon,  sacre  pagine  professons.  »  Cet 
ex-libris,  reproduit  en  fac-similé  dans  le  livre  de  M.  Fran- 
klin2, paraît  bien  être  autographe;  il  suffirait  pour  mon- 
trer que  Corbechon  est  la  vraie  forme  du  nom  du  traduc- 
teur, qui  a  été  souvent  appelé  Corbicho?i3. 

Les  deux  manuscrits  de  Jean  Corbechon  que  la  Mazarine 
possède4  sont  un  recueil  de  Postilles  (n°  181,  jadis  1 69)  et 
un  exemplaire  du  quatrième  livre  des  Sentences  (n°  849, 
jadis  313). 

Jean  Daudix. 

Jean  Daudin,  chanoine  de  la  Sainte-Chapelle5,  traduisit  le 
traité  de  Pétrarque  sur  les  Remèdes  de  l'une  et  de  l'autre 
fortune.  Il  entreprit  ce  travail  à  la  demande  de  Charles  V, 
qui  l'en  récompensa  en  lui  faisant  payer  le  1 5  avril  1 377 


1.  «  A  frère  Jehan  Corbechon,  Augustin,  pour  avoir  translaté  de  latin  en 
françois,  pour  le  Roy,  le  livre  de  Proprietatibus  reruni.  »  Van  Praet,  Inven- 
taire de  l'ancienne  bibliothèque  du  Louvre  par  Cilles  Malet,  p.  114. 

2.  Franklin,  Les  Anciennes  bibliothèques  de  Paris,  t.  II,  p.  112. 

3.  Voir  le  Manuel  de  Brunet,  t.  II,  col.  269  et  1621. 

4.  Voir  le  catalogue  de  M.  Molinier,  t.  I,  p.  67  et  401. 

5.  «  Johannes  Daudin,  canonicus  sacre  capelle  palatii  »,  assista,  le  21  nov. 
1364,  à  une  réunion  de  la  Faculté  de  théologie  dans  les  écoles  des  Frères  Prê- 
cheurs. Chartul.  univ.  Paris.,  t.  III,  p.  116. 


JEAN  C0RBECII0N.  93 

une  somme  de  200  francs  d'or1.  Le  prologue,  qui  a  la  forme 
d'une  épître  adressée  au  roi,  débute  par  ces  mots  : 

Mon  très  cher  et  redoublé  seigneur,  Vostre  excellent  sapience  a 
eu  plaisir  et  propos  de  commender  à  moy,  vostre  très  humble  et 
petit  subget,  que  de  langage  latin  je  translatasse  en  françois  ce  pré- 
sent livre,  très  plantureux  et  habundant  en  tout  fruit  de  doctrine 
morale,  et  très  doulx  et  souef  en  aornement  d'éloquence,  lequel, 
pour  remédier  aux  langoureuses  pensées  humaines,  icelui  excellent 
et  très  renommé  clerc  maistre  François  Petrarch,  Qeurentin,  com- 
passa  nagaires  et  intitula  des  Remèdes  de  l'une  et  l'autre  fortune... 

Il  est  étonnant  que  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre 
ne  mentionnent  pas  cette  traduction,  ni  aucun  autre  écrit 
de  Pétrarque. 

Un  moment,  j'avais  pensé  que  le  ms.  français  593  de  la 
Bibliothèque  nationale,  qui  contient  le  second  livre  de  la  tra- 
duction de  Jean  Daudin,  pouvait  être  un  morceau  d'un 
exemplaire  ayant  fait  partie  de  la  librairie  du  Louvre.  Après 
y  avoir  mûrement  réfléchi,  je  ne  crois  pas  qu'on  puisse  s'ar- 
rêter à  cette  hypothèse. 

Le  catalogue  dressé  par  Gilles  Malet2  contient  un  article 
ainsi  conçu  : 

De  erudicione  puerorum  nobilium,  en  françois,  translaté  par 
maistre  Jehan  Daudin,  à  deux  fermouers  des  armes  monseigneur  le 
Dalphin,  couvert  de  soye  à  queue. 

Le  30  avril  1 380,  Charles  VI  se  fit  livrer  le  volume  ainsi 
décrit,  et  la  trace  en  a  disparu.  Aucun  autre  exemplaire  de 
cette  traduction  de  Jean  Daudin  n'a  encore  été  signalé.  Il 

1.  «  A  maistre  Jehan  Deudin,  chanoine  de  nostre  saincte  chapelle  royal 
à  Paris,  pour  ce  qu'il  a  translaté,  de  nostre  commandement,  de  latin  en  fran- 
çois, un  livre  appelle  Patrac,  lequel  nous  avons  mis  et  retenu  devers  nous.  » 
Mandements  de  Charles  V,  p.  836,  n°  1696. 

Il  a  été  démontré  que  la  traduction  de  ce  traité  est  bien  de  Jean  Daudin, 
et  non  pas  de  Nicole  Oresme,  comme  on  l'a  souvent  prétendu.  Voir  le  mémoire 
que  j'ai  publié  en  1891  dans  les  Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXXIV, 
part,  i,  p.  273-304. 

2.  A.  231  et  B.  235. 


94  TRADUCTEURS. 

s'agit  évidemment  du  traité  que  Vincent  de  Beauvais  a  com- 
posé sous  le  titre  :  De  puerorum  nobilium  erudicione,  et  dont 
nous  avons  dans  le  ms.  latin  7605  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale (fol.  104)  le  texte  original  adressé  à  la  reine  Margue- 
rite, femme  de  saint  Louis;  ce  texte  a  été  compris  dans 
l'édition  des  Opuscules  de  Vincent  de  Beauvais  publiée  à 
Bàle  en  1 481 1 .  Quant  à  la  traduction  française,  elle  nous  est 
parvenue,  en  assez  mauvais  état,  dans  une  copie  du 
xve  siècle,  ms.  français  9683  de  la  Bibliothèque  nationale  ; 
le  nom  du  traducteur  n'y  est  pas  indiqué;  mais  il  n'est 
guère  probable  que  deux  écrivains  aient  entrepris  à  la 
même  époque  la  traduction  d'un  traité  qui  n'avait  guère 
de  célébrité.  Je  n'hésite  donc  pas  à  attribuer  à  Jean  Daudin 
la  version  contenue  dans  le  ms.  9683. 

On  peut  également,  sans  trop  de  témérité,  considérer 
Jean  Daudin  comme  le  traducteur  d'un  autre  traité  de 
Vincent  de  Beauvais  :  l'Épître  consolatoire  qui  fut  adressée 
par  ce  religieux  à  saint  Louis  à  l'occasion  de  la  mort  du 
fils  aîné  du  Roi.  Ce  qui  est  certain,  c'est  que  la  traduction  en 
a  été  faite  en  1 374  par  un  «  très  petit  et  humble  servant  » 
de  Charles  V.  Nous  avons  vu  un  peu  plus  haut  que  Jean 
Daudin  se  qualifie  de  «  très  humble  et  petit  subget  »  du 
roi.  On  trouvera  dans  un  chapitre  subséquent2  la  notice  du 
ms.  français  1032  qui  contient  la  version  française  de 
l'Épître  consolatoire. 

Jean  Golein,  carme. 

Le  carme  Jean  Golein,  dont  le  nom  revient  souvent  dans 
les  actes  de  l'Université,  à  partir  de  l'année  13693,  et  qui 

1.  N»  7562  de  Proctor. 

2.  Chapitre  XIII,  notice  XL. 

3.  Chartul.  univ.  Paris.,  n°»  1279,  1430,  1459,  1465,  1481,  1577,  1579,  1621, 
1669. 

L'un  des  plus  curieux  de  ces  textes  est  celui  qui  se  trouve  clans  le  t.  III, 
p.  224,  enquête  qui  eut  lieu  en  1375  pour  découvrir  l'auteur  d'une  traduction 


JEAN  DAUDIN.  95 

mourut  en  1 403,  fut  un  des  traducteurs  auxquels  Charles  V 
fit  le  plus  fréquemment  appel.  Nous  pouvons  citer  huit 
ouvrages  qu'il  fut  chargé  de  mettre  en  français  : 

1°  La  vie  de  sainte  Agnès;  Jean  Golein,  dans  le  prologue 
de  sa  traduction  de  l'Arbre  généalogique  des  rois  de 
France,  écrite  en  1369,  déclare  avoir  antérieurement 
«  translaté  l'ystoire  de  Madame  sainte  Agnès,  la  sainte 
«  vierge,  en  laquelle  feste  est  le  jour  benoit  de  la  nativité 
«  du  haut,  puissant  et  très  excellent  seigneur,  auquel  Dieu 
«  doint  bonne  vie  et  longue1.  »  Charles  V  était  né,  en  effet, 
le  jour  de  sainte  Agnès,  %\  janvier  1338.  Les  catalogues 
de  la  librairie  du  Louvre  ne  mentionnent  aucun  exemplaire 
de  la  Vie  de  sainte  Agnès  en  français. 

Ce  texte  n'est  pas  le  seul  indice  que  la  fête  de  sainte 
Agnès,  anniversaire  de  la  naissance  de  Charles  V,  était  une 
fête  domestique  dans  la  maison  de  Charles  V.  L'inventaire 
du  mobilier  royal2  nous  apprend  positivement  que  ce 
jour-là  les  courtisans  faisaient  des  cadeaux  au  Roi.  On  y 
trouve  mentionné  un  anneau  dont  l'origine  est  ainsi  indi- 
quée :  «  Et  le  donna  le  sire  de  La  Rivière  au  Roy  le  jour 
«  d'une  sainte  Agnès.  »  Le  même  inventaire  mentionne  plu- 
sieurs autres  articles  pouvant  faire  supposer  que  Charles  V 
avait  une  dévotion  particulière  pour  la  sainte,  dont  la  fête 
coïncidait  avec  l'anniversaire  de  sa  naissance  :  un  taber- 
nacle avec  images  de  Notre-Dame  et  de  sainte  Agnès3;  une 
image  de  Notre-Dame  en  compagnie  de  saint  Jean  l'Évan- 

du  livre  de  Marsile  de  Padoue  et  de  Jean  de  Jandun.  «  Magister  Johannes  dic- 
«  tus  Goulain,  de  ordine  de  Carmello  »,  intervint  dans  cette  enquête. 

Aux  documents  du  Carlulaire  de  l'Université,  on  peut  ajouter  une  pièce  que 
M.  Ernest  Petit  a  bien  voulu  me  signaler  dans  le  registre  Xla33  du  Parlement 
(au  fol.  396)  :  texte  du  10  septembre  138G  mentionnant  «  magister  Johannes 
«  Goulain,  de  ordine  Fratrum  Béate  Marie  de  Carmello,  magister  in  sacra 
«  pagina  ». 

1.  Ms.  697  du  fonds  de  la  reine  de  Suède,  fol.  110. 

2.  Éd.  Labarte,  p.  80,  n*  495. 

3.  Ibid.,  p.  47,  n"  174. 


96  TRADUCTEURS. 

géliste  et  de  sainte  Agnès 1  ;  et  surtout  une  image  de  sainte 
Agnès,  avec  un  support,  sur  lequel  on  doit  appeler  particu- 
lièrement l'attention  ;  le  rédacteur  de  l'inventaire  le  décrit 
en  ces  termes  :  «  Et  est  sur  un  entablement  d'argent  doré 
«  à  fenestrages  esmaillés  de  la  Vie  de  sainte  Agnès2.  »  Ces 
compartiments  de  vermeil  remplis  par  des  émaux  repré- 
sentant la  Vie  de  sainte  Agnès  ne  seraient-ils  pas  le  type 
ou  l'imitation  des  réserves  ménagées  par  l'orfèvre  pour 
recevoir  les  émaux  figurant  les  scènes  de  la  vie  de  sainte 
Agnès,  sur  la  fameuse  coupe  que  nous  avons  pu  admirer 
dans  le  cabinet  du  baron  Pichon,  et  qui  est  aujourd'hui  une 
des  pièces  les  plus  remarquées  dans  les  galeries  du  Musée 
britannique3? 

%°  Les  Fleurs  des  chroniques  de  Bernard  Gui.  Il  est  à 
supposer  que  Charles  V,  satisfait  de  l'hommage  que  Jean 
Golein  lui  avait  fait  de  la  Vie  de  sainte  Agnès,  résolut  de 
l'employer  aux  travaux  de  traduction  qui  lui  tenaient  à 
cœur,  et  pour  lesquels  ce  religieux  lui  semblait  présenter 
de  véritables  aptitudes.  Le  premier  ouvrage  qu'il  lui  dési- 
gna paraît  avoir  été  les  Fleurs  des  chroniques  de  Bernard 
Gui.  Nous  possédons  encore  l'exemplaire  original  de  la  tra- 
duction, qui  lui  en  fut  offert,  et  à  la  fin  duquel  le  roi  a  tracé 
ces  mots  : 

Cez  Croniquez  dez  papez  et  dez  empereurz  sont  à  nous  Charles 
le  Ve  de  nostre  nom  roy  de  France,  et  le  fîmes  faire  l'an  M  CCC 
LXVIII.  CHARLES. 

J'en  ai  donné  la  description  en  1 879  quand  le  manus- 

1.  Éd.  Labarte,  p.  116,  n°  865. 

'2.  Ibid.,  p.  121,  n°  907.  —  Le  même  inventaire  (n°  1386)  mentionne  une  autre 
«  couppe  dorée  et  esmaillée,  ouvrée  à  fenestraige  ». 

3.  Voir  le  mémoire  de  M.  Ch.  H.  Read,  The  Royal  gold  cup  of  the  king  of 
France  and  England ,  nom  preserved  in  the  British  Muséum  (vol.  VII, 
part,  m,  plates  xi-xiv,  dans  les  Vetusta  mo  alimenta),  et  mon  article  :  La 
Coupe  d'or  du  roi  Charles  V,  dans  le  Journal  des  Savants,  année  1906, 
p.  233.  L'état  primitif  de  la  coupe  est  figuré  dans  le  volume  intitulé  British 
Muséum,  A  Guide  to  the  medixval  room,  1907,  p.  235. 


JEAN  GOLEIN.  97 

crit  était  à  la  bibliothèque  de  la  Chambre  des  députés1.  Il 
est  depuis  passé  à  la  Bibliothèque  nationale,  où  il  a  pris  le 
n°  1409  dans  le  fonds  français  des  Nouvelles  acquisitions. 
3°  Divers  opuscules  historiques  de  Bernard  Gui.  L'exem- 
plaire original  est  au  Vatican,  ms.  697  du  fonds  de  la 
Reine2.  Au  commencement  du  livre,  Jean  Golein  avertit  le 
lecteur  que  le  roi  lui  avait  ordonné  de  traduire  ces  opus- 
cules, et  qu'il  lui  en  avait  fait  communiquer  un  exemplaire 
appartenant  à  Louis,  comte  d'Étampes  et  sire  de  Lunel  : 

...  Je  frère  Jehan  Golein,  petit  religieux  de  l'ordre  des  frères  de 
Nostre-Dame  du  Carme,  petit  clerc  de  raondit  seigneur3,  qui  suyle 
plus  petit  et  le  moins  sachant  des  maistres  en  théologie  de  l'Uni- 
versité de  Paris,  voulant  obéir  à  son  commandement,  comme  raison 
le  veult  et  je  y  suy  tenuz  par  la  doctrine  de  l'Apostre  et  par  plu- 
seurs  autres  raisons,  lesqueles  se  je  ne  cognoissoie,  pechié  de  ingra- 
titude me  puniroit,  ay  entrepris  à  translater  de  latin  en  françois  ce 
livre,  lequel  mondit  seigneur  souverain  m'a  fait  bailler  par  noble 
prince  monseigneur  Loys,  conte  d'Estampes  et  sire  de  Lunel,  lequel 
m'a  commandé  que  je  le  translate  de  latin  en  françois,  en  prose 
clere  et  entendible  à  chascun,  si  y  pense  à  avoir  mérite  devers 
Dieu,  par  l'obéissance  à  laquele  je  ay  très  grant  volenté,  tant  pour 
l'onneur  et  révérence  de  Dieu,  comme  pour  la  noblesce  et  grâce  que 
Dieu  a  ordonnée  en  mondit  seigneur... 

Le  prologue  ajouté  à  l'un  des  opuscules  de  Bernard  Gui, 
l'Arbre  généalogique  des  rois  de  France,  indique  la  date  à 
laquelle  la  traduction  en  fut  faite  :  «  Ou  temps  du  roy 
«  Charles,  qui  régnoit  et  tenoit  la  coronne  et  le  sceptre  royal 
«  en  France,  en  grant  justice  et  très  noble  sapience,  l'an 
«  de  Nostre  Seigneur  mil  CCC  LXIX,  fu  translaté  de  latin 
«  en  françois  par  frère  Jehan  Golein,  de  l'ordre  de  Nostre 

1.  Notice  sur  les  manuscrits  de  Bernard  Gui,  dans  Notices  et  extraits  des 
manuscrits,  t.  XXVII,  part,  n,  p.  227-232. 

2.  Sur  ce  manuscrit,  voir  une  notice  de  M.  Ant.  Thomas  dans  Le  Cabinet 
des  manuscrits,  t.  III,  p.  330,  et  dans  les  Mélanges  de  l'École  française  de 
Rome,  année  1881. 

3.  «  Charles,  à  présent  tenant  le  sceptre  et  la  coronne  du  royaume  et  de 
l'empire  de  France.  » 

7 


98  TRADUCTEURS. 

«  Dame  du  Carme,  pour  ce  temps  maistre  régent  à  Paris 
«  ou  couvent  de  la  dicte  ordre,  l'an  VI°  du  royaume  du 
«  devant  dit  seigneur  et  par  son  commandement...  » 

Jean  Golein,  dans  la  préface  de  sa  traduction  des  Col- 
lations de  Cassien,  dont  il  va  être  question,  rappelle  que 
précédemment  le  roi  lui  avait  fait  «  translater  ung  livre  de 
«  ystoires  des  papes,  des  empereurs  de  Romme  et  des  roys 
«  de  France,  des  consilles  generaulx  et  des  noms  des 
«  evesques  de  Limoges  et  de  Tholose  et  aucuns  autres 
«  abrégés  ». 

4°  Les  Collations  de  Cassien.  En  1370,  Jean  Golein  s'atta- 
qua à  un  ouvrage  de  longue  haleine,  les  Collations  de  Cas- 
sien,  dont  le  roi  avait  manifesté  le  désir  d'avoir  la 
traduction  : 

Mon  très  redoubté  seigneur  le  très  noble  prince,  plain  de  vertus, 
le  roy  Charles,  qui  tient  et  gouverne  le  royaulme  et  empire  de 
France,  l'an  M.  CGC.  LXX,  en  attribuant  tout  à  Dieu  et  fait  escrire 
en  monnoye  Christus  vincit,  Christus  régnât,  Christus  imperat,  en 
désirant  que  ses  vertus  particulières  soient  assemblées  avecques 
les  souverains,  lui  a  pieu  à  moy  commander,  son  petit  subjet,  frère 
Jehan  Golein,  indigne  maistre  en  théologie,  provincial  de  la  pro- 
vince de  France,  de  l'ordre  de  Nostre-Dame  de  la  montaigne  du 
Carme,  que  -..je  luy  translatasse  ce  présent  livre,  lequel  contient 
les  vertus  des  anciens  preudommes. 

Le  manuscrit  français  175,  d'après  lequel  je  cite  ce  pas- 
sage, a  été  indiqué1  comme  étant  l'exemplaire  du  roi 
Charles  V,  mais  l'identification  n'est  pas  admissible  :  la 
copie  du  ms.  175  ne  doit  pas  être  antérieure  au  milieu  du 
xve  siècle  ;  elle  est  fort  imparfaite  et  les  espaces  réservés 
pour  les  peintures  sont  restés  en  blanc. 

5°  Le  Rational  des  divins  offices.  Dans  la  préface  de  cet 
ouvrage,  Jean  Golein,  après  avoir  loué  «  le  sage  roy  Charles, 
«  régnant  en  France  l'an  mil  CCG  LXXII  » ,  de  marcher  sur 

1.  P.  Paris,  Les  Manuscrits  françois,  t.  II,  p.  57. 


JEAN  GOLEIN.  99 

les  traces  de  son  patron  Charlemagne,  le  plus  noble  des 
monarques  chrétiens,  le  disciple  d'Alcuin,  qui  lui  avait 
appris  les  sept  arts,  après  l'avoir  félicité  de  ses  succès  dans 
la  guerre  contre  le  roi  d'Angleterre1,  avertit  le  lecteur  du 
prix  que  ce  prince  attachait  à  faire  traduire  le  livre  de  Guil- 
laume Durant  : 

Considérant  que,  ou  mistère  de  l'Eglise,  et  especialment  ou  mis- 
tère  de  la  messe,  est  la  conclusion  universale  de  tout  le  salut 
humain,  afin  qu'il  le  puisse  plus  dévotement  révérer  et  honnorer  et 
en  ses  oroisons  de  cuer  contempler,  ha  commandé  mondit  souve- 
rain seigneur  à  moy,  son  très  petit  clerc,  frère  Jehan  Golein,  de 
l'ordre  de  Nostre  Dame  du  Carme,  le  plus  petit  maistre  en  théologie 
de  sa  fille  l'Université  de  Paris,  que  je  li  mette  et  translate  de  latin 
en  françois  le  livre  que  on  appelé  le  Racional  des  divins  offices...2. 

Gomme  on  l'a  vu  plus  haut,  Jean  Golein  a  rapporté  à  l'an- 
née 1372  l'exécution  de  sa  traduction  du  Rational.  Une 
copie  exécutée  pour  le  Grand  bâtard  de  Bourgogne3  doit 
représenter  un  exemplaire  dont  il  est  difficile  de  fixer  la 
date,  indiquée  par  ces  vers  : 

M  semel,  et  C  ter,  V(?)  sex  decies,  ea  prêter 
I(?)  datur  undena,  septembris  luce  vicena 
Sexta,  tune  hujus  scripture  finis  habetur  : 
Pro  pena  cujus  scriptori  pocula  detur. 
Est  Carmelita,  ma.  Jo.  Golein  nomine  fertur, 
A  quo  transfertur  hic  liber,  ut  sit  ita 


1.  «  En  ceste  foy  ont  ensuyvi  les  nobles  roys  de  France  leur  droit  patron  le 
dit  saint  Charles,  et  par  especial  le  sage  roy  Charles  régnant  en  France  l'an 
rail  CCC  LXXII,  lequel,  à  la  forme  et  manière  de  ses  prédécesseurs,  donnans 
l'onneur  du  royaume  à  Jhesu  Crist,  fait  mettre  ou  coing  de  sa  monnoie  d'or 
Christus  vincit,  Christus  régnât,  Christus  imperat,  par  son  estude  et  sapience 
ha  conquis,  à  l'ayde  de  Dieu,  pluseurs  terres,  villes  et  citez  sur  son  anemi  le 
roy  d'Angleterre,  si  comme  est  la  conté  de  Pontieu  en  Picardie,  et  en  Aqui- 
taine Caours,  Montauban,  Figiach,  Lymoges,  et  oultre  la  moitié  de  Gascoingne, 
et  ce  li  ha  Dieu  donné,  par  grâce  especial,  que  tout  le  monde  le  redoubte  et  l'a 
en  révérence...  »  Ms.  français  437,  fol.  2  v,  col.  1. 

2.  Ibid.,  col.  2. 

3.  Ms.  2001  de  l'Arsenal.  Voir  le  Catalogue  de  M.  Henry  Martin,  t.  II,  p.  368. 


100  TRADUCTEURS. 

Rege  jubente  sibi,  sic  de  sermone  Iatino 

Transtulit  omnino,  sicul  apparet  ibi  : 
Cui  régi  strenuo  de  quolibet  iste  peritus 

Nititur  et  penitus  posse  parère  suo. 
Hune  sacrum  Flamen  doctorem  théologie 

In  summa  requie  denique  ponat.  Amen. 

La  copie  et  l'enluminure  de  l'exemplaire  destiné  à 
Charles  V  ne  durent  pas  être  terminées  avant  l'année  1 374, 
comme  l'indique  la  note  écrite  à  la  fin  du  volume  par  le 
roi  lui-même  :  «  Cest  livre  nommé  Rasional  des  divins 
«  ofises  est  à  nous  Charles  le  Ve  de  notre  nom,  et  le  finies 
a  translater,  escrire  et  tout  parfere,  etc.,  l'an  mil  CCC. 
«  LXXIIII.  » 

Le  26  mars  1 387,  Jean  Golein,  intervenant  dans  un  pro- 
cès en  qualité  d'exécuteur  testamentaire  de  Marie  de 
Lesinnes,  dame  de  Seignelai,  fut  amené  à  rappeler  qu'il 
avait  jadis  fait  «  certaine  translation  d'un  livre  pour  le  roy 
«  nostre  sire,  dont  Diex  ait  l'ame,  et,  en  rémunération,  le 
«  roy  li  donna  certaine  somme  de  florins 1  » . 

On  peut  supposer  que  Jean  Golein  touchait  des  droits 
d'auteur  sur  la  vente  des  copies  du  Rational.  Le  211  février 
1395  (n.  st.),  le  libraire  Henri  du  Trevou,  agissant  en  son 
nom  et  se  portant  fort  pour  Jean  Golein,  donna  quittance 
d'une  somme  de  1 00  livres  tournois  que  le  duc  d'Orléans 
leur  devait  pour  la  vente  «  d'un  livre  en  françois  appelé 
«  le  Raccionnel  des  divins  offices2  ». 

1.  «  Entre  madame  Marguerite  de  Vienne,  d'une  part,  et  les  exécuteurs  du 
testament  ou  darrière  voulante  de  feue  Marie  de  Lisignes  et  ses  héritiers, 
d'autre  part;  madame  Marguerite  dit  qu'elle  bailla  pieça  en  garde  etendepost 
à  la  dicte  madame  Marie  un  chapiau  d'or,  en  la  valeur  de  vc  frans,  et  conclut 
à  la  restitution  du  dit  chapiau,  ou  de  la  dite  somme  de  vc  frans,  et  à  despens. 
Maistre  Jehan  Goulain,  l'un  des  exécuteurs,  dit  qu'il  fist  pieça  certaine  transla- 
cion  d'un  livre  pour  le  roy  Charles  nostre  sire,  dont  Diex  ait  lame,  et  en 
remuneracion  le  roy  li  donna  certaine  somme  de  florins,  et  dit  qu'il  presta  à 
la  dite  Marie  xxxn  frans,  d'une  part,  nc  d'autre,  et  li  bailla  vc  en  depost,  et 
li  randi  Marie  cent  livres  de  rente  à  vie.  »  (Registre  Xla  1473  du  Parlement, 
fol.  101.)  —  Communication  de  M.  Ernest  Petit. 

2.  Le  Roux  de  Lincy,  La  Bibliothèque  de  Charles  d'Orléans,  p.  33,  n°  8. 


JEAN  GOLEIN.  101 

G°  Vers  la  fin  du  règne  de  Charles  V,  Jean  Golein  fut  invité 
par  le  roi  à  traduire  un  traité  sur  «  l'Information  des 
«  princes  »,  qui  avait  été  composé  pour  le  prince  Louis,  fils 
de  Philippe  le  Hardi.  L'exemplaire  original  de  la  traduction, 
qui  se  conserve  à  la  Bibliothèque  nationale  (n°  1950  du 
fonds  français),  contient  une  rubrique  initiale  et  une  sous- 
cription finale  qui  nous  font  connaître  le  nom  du  traduc- 
teur et  celui  du  copiste  : 

Ci  commence  le  livre  de  l'Informacion  des  princes,  translaté  de 
latin  en  françois,  du  commendement  du  roy  de  France  Charles  le 
quint,  par  son  clergonnet  frère  Jehan  Golein,  de  l'ordre  de  Nostre 
Dame  du  Carme,  maistre  en  théologie  indigne. 

Ci  fenist  le  livre  de  l'Informacion  des  roy  s  et  des  princes.  Henri 
du  ïrevou  a  escript  ce  livre  de  l'Informacion  des  roys  et  des  princes, 
et  l'achiva  à  escrire  le  juesdi  xxne  jour  de  septembre  l'an  mil  CCC. 
LXXIX,  pour  le  roy  de  France  Charles,  son  très  cher  et  redoubté 
seigneur. 

La  date  de  l'achèvement  de  la  copie  ne  doit  pas  être  fort 
éloignée  de  la  date  de  la  rédaction. 

Outre  l'exemplaire  original,  la  Bibliothèque  nationale 
possède,  dans  le  fonds  français,  neuf  copies  de  la  traduc- 
tion de  Jean  Golein1;  il  suffit  de  signaler  celles  qui  ont  été 
faites  pour  Jean,  duc  de  Berry  (n°  1210),  pour  Louis,  duc 
d'Orléans  (n°  1213),  et  pour  François,  comte  de  Montfort, 
qui  devint  duc  de  Bretagne  (n°  12254). 

7°  Les  Chroniques  d'Espagne  ou  de  Burgos.  On  ignore 
à  quelle  époque  de  sa  vie  Jean  Golein  dut  s'occuper  de  la 
Chronique  universelle  que  Gonzalo  de  Hinojosa,  évêque  de 
Burgos,  avait  composée  dans  le  premier  tiers  du  xive  siècle. 
La  traduction  qu'il  en  fit  pour  Charles  V  était  partagée  en 
deux  parties  ou  deux  volumes.  L'exemplaire  offert  au  roi 
est  ainsi  désigné  dans  l'inventaire  de  l'année  141 1  : 

Les  Croniques  d'Espaigne,  que  fist  l'evesque  de  Burs,  translatées 
1.  Voir  Hist.  lilt.  de  la  France,  t.  XXXI,  p.  43. 


102  TRADUCTEURS. 

en  françois  par  frère  Jehan  Goulain,  en  deux  volumes,  très  bien 
cscript,  de  lettre  de  forme  et  à  deux  coulombes,  et  très  bien  histo- 
riez  et  enluminez.  Le  premier  volume  commençant  ou  ne  foillet 
Hercules  fut  mort  son  filz,  et  ou  derrenier  le  prefect  fist.  Et  le  second 
volume  commençant  ou  11e  foillet  mais  après  il  retourna,  et  ou  der- 
renier terre  et  gasta,  et  est  signé  Charles.  Tous  deux  couvers  de 
grans  chemise  de  soye  d'asur  et  de  blanc,  à  grandes  queues,  à  n  fer- 
moirs d'argent  dorez,  esmaillez  de  France  et  tissuz  de  soye1. 

Le  duc  de  Berry  s'en  était  procuré  deux  exemplaires2, 
dont  un,  acheté  le  %9  octobre  1 407  au  prix  de  160  écus 
d'or,  est  conservé  au  Musée  britannique3.  Il  débute 
(fol.  10)  par  ces  mots  : 

Cy  commencent  les  Croniques  de  Bourgues  dès  le  commencement 
du  monde,  par  l'ordre  des  aages,  compilées  et  ordenées  en  latin 
par  révèrent  père  en  Dieu  Guillaume,  evesque  de  Burgues,  et  par  le 
commandement  du  roy  de  France  Charles  le  quint  translatées  en 
françois  par  son  petit  clerçonnet  frère  Jehan  Goulein,  de  l'ordre 
Nostre  Dame  du  Carme,  indigne  maistre  en  théologie. 

En  1398,  le  duc  d'Orléans  se  faisait  copier  et  enluminer 
un  exemplaire  des  «  Croniques  de  Burgues4  ». 

Un  exemplaire  de  la  seconde  partie,  commençant  au 
règne  de  Constantin,  existe  à  la  bibliothèque  de  Besançon 
et  a  été  l'objet  d'une  notice  de  Castan5. 

Dans  l'incendie  de  la  bibliothèque  Cottonienne  a  péri  un 
exemplaire  de  la  seconde  partie,  qui  est  indiquée  comme 
il  suit  dans  le  Catalogue6  publié  à  Oxford  en  1696  : 

Liber  nonus  Chronicorum  sive  pars  secunda  historiœ  a  Constan- 

1.  Ms.  français  2700,  fol.  127  V.  —  Les  Chroniques  sont  mentionnées  dans 
les  différents  inventaires  A  227,  B  230,  D  885,  E  189,  F  166. 

2.  Ou  peut-être  deux  parties  dépareillées. 

3.  Royal,  19.  E.  VI.  Catalogue  de  Casley,  p.  300.  Note  communiquée  par 
M.  Paul  Meyer,  qui  a  relevé  les  premiers  mots  du  second  feuillet  du  texte  :  car 
elles  furent  composées... 

i.  Voir  les  quittances  publiées  ou  citées  par  Le  Roux  de  Lincy,  La  Biblio- 
thèque de  Charles  d'Orléans,  p.  44,  n°  40. 

5.  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1883,  t.  XLIV,  p.  265-283. 

6.  Thomas  Smith,  Calaloyus  librorum  mss.  bibliothecx  Collouiancc,  p.  72. 


JEAN  f.OLEIN.  103 

tino  Magno  ad  Ludovicura  III  regem  Francise,  ex  latino  in  gallicum 
translata,  per  Fr.  Joannem  Golein  Carmelitam,  magistrum  theo- 
logiae,  jussu  Caroli  V,  régis  Francise,  pulchris  elegantibusque  pictu- 
ris  passim  ornata.  (Otho,  C.  iv.) 

8°  Appendice  à  la  Légende  dorée.  Le  ms.  français  57 
de  Genève  est  une  Légende  dorée,  à  la  fin  de  laquelle  se 
trouvent  les  «  lntitulacions  des  festes  nouvelles,  translatées 
«  de  latin  en  françois  par  Jehan  Golain1  ». 

Ce  religieux  ne  se  bornait  pas  à  traduire  des  textes 
latins;  il  se  mêlait  quelque  peu  du  commerce  des  livres. 
Le  24  novembre  1  372,  le  roi  lui  fit  payer  500  francs,  prix 
d'une  Bible  en  deux  volumes  et  de  deux  Concordances2. 

Un  conseiller  au  Parlement,  Guillaume  de  Lirois,  par 
son  testament  en  date  du  29  février  1 392  (n.  st.),  ordonna 
de  rendre  à  Jean  Golein  un  Directorium  juris  que  ce  reli- 
gieux lui  avait  donné  deux  mois  auparavant3.  Le  17  no- 
vembre 1400,  Jean  Golein  prêta  un  exemplaire  du  Memo- 
riale  historiarum  de  Jean  de  Paris  à  Nicolas  de  Lespoisse, 
qui  le  rendit  au  couvent  des  Carmes  après  la  mort  du 
prêteur4. 

Le  nom  ou  peut-être  la  signature  de  «  Goulain  »  se 
trouve  au  commencement  de  deux  manuscrits  de  l'Arse- 
nal5, lesquels  viennent  tous   les   deux   du   couvent  des 

—  C'est,  je  crois,  d'après  ce  catalogue  que  l'ouvrage  est  cité  dans  la  Biblio- 
thèque historique  delà  France,  t.  III,  p.  117,  n°  16436. 

1.  Seuebier,  Catalogue  des  manuscrits  de  Genève,  p.  318. 

2.  Note  de  P.  Dupuy,  Collection  Dupuy,  vol.  755,  fol.  98. 

3.  «  Item  voluit  et  concessit  idem  testator  quod  quidam  liber  qui  inlitulatur 
Directorium  juris  reddatur  fratri  Johanni  Goulain,  quamvis  ipse  sibi  dederat 
die  Purificationis  béate  Marie  virginis  ultimo  preterito.  »  Testaments  publiés 
par  Tuetey  dans  les  Mélanges  historiqibes  du  Comité  des  travaux  historiques, 
t.  III,  p.  270. 

4.  Ms.  1117  de  l'Arsenal  :  «  Iste  cronice  sunt  magistri  Johannis  Goulain,  qui 
«  eas  adcommodavit  magistro  Nicolao  de  Lespoisse,  xvn  die  novembris,  anno 
«  Domini  millesimo  quadringentesimo.  —  Magister  Nicholaus  eos  reddidit  con- 
«  ventui  Parisiensi  post  mortem  dicti  magistri  Johannis  Goulen.  »  Catalogue 
de  M.  Henry  Martin,  t.  II,  p.  290. 

5.  N°s  44  et  152.  Même  catalogue,  t.  I,  p.  20  et  78. 


104  TRADUCTEURS. 

Carmes  de  Paris.  Dans  un  livre  qu'il  avait  donné  à  cette 
maison  et  qui  est  arrivé  à  la  Bibliothèque  nationale1,  une 
note  rappelle  qu'un  monument  avait  été  élevé  sur  sa 
sépulture. 

Nicole  Okbsme. 

Une  des  œuvres  qui  ont  fait  le  plus  d'honneur  à  Charles  V, 
ce  fut  la  traduction  de  plusieurs  des  livres  les  plus  impor- 
tants d'Aristote,  les  Éthiques,  les  Politiques  et  les  Écono- 
miques. Il  en  chargea  Nicole  Oresme,  doyen  du  chapitre  de 
Rouen.  Le  travail  commencé  en  1371  devait  se  prolonger 
jusqu'en  1374. 

Le  1 0  décembre  1371,  une  somme  de  1 00  francs  fut 
allouée  au  traducteur  des  Éthiques  et  des  Politiques2.  Je 
citerai  textuellement  une  lettre  du  21  mai  1 372  dont  les 
termes  montrent  bien  le  prix  que  le  roi  attachait  à  pos- 
séder la  traduction  des  ouvrages  du  grand  philosophe 
grec  : 

De  par  le  roy. 

Jehan  d'Orléans,  Nous  faisons  translater  à  nostre  bien  amé  le 
doyen  de  Rouen,  maistre  Nicolle  Oresme,  deux  livrez,  lesquiex 
nous  sont  très  nécessaires  et  pour  cause,  c'est  assavoir  Polithiques 
et  Yconomiques,  et  pour  ce  que  nous  savons  que  ledit  maistre 
Nicolle  a  à  ce  faire  grant  peine  et  grant  dilligence,  et  que  il  con- 
vient que  pour  ce  il  délaisse  toutes  ses  autres  oevrez  et  besoignes 
quelconques,  voulons  que,  pour  sa  dicte  peine,  et  aussi  pour  ce  que 
il  y  entende  et  laisse  toutes  autres  besongnes,  quelles  que  elles 
soient,  vous  li  bailliez  et  délivrez  tantost  et  sans  nul  delay  la  somme 
de  deux  cens  franz  d'or.  Si  gardez,  sur  toute  l'amour  que  vous  avez 
à  nous  et  le  plaisir  que  vous  desirez  nous  faire,  et  si  cher  que  vous 


1.  Ms.  latin  17273  :  «  Istum  librura  dédit  librarie  conventus  Parisiensis,  ordi- 
«  nis  fratrum  béate  Dei  genitricis  Marie  de  monte  Carmeli,  reverendus  magis- 
«  ter  bone  memorie  magister  Johannes  Goulen,  conventus  Rothomagensis,  ac 
«  in  regno  Francie  legatus,  cujus  soi>ultura  habetur  magnifiée  elevata  in  isto 
«  conventu  infra  capellam  sanclc  Anne.  Cujus  anima  quiescat  cum  beatis.  » 

2.  Noie  de  Pierre  Dupuy,  Collection  Dupuy,  vol.  755,  fol.  98. 


NICOLE  ORESME.  105 

doubtez  encourir  nostre  indignacion,  que  en  ce  ne  faitcz  faulte, 
quelque  chevance  que  fcre  en  doiez.  Car  ainssi  li  avons  promis,  et 
pour  ce  que  vous  sachiez  que  ce  vient  de  nostre  conscience,  nous 
avons  en  ces  présentes  cy  dessoulx  escript  de  nostre  main.  Donné 
en  l'abbaye  de  Chaaliz,  ce  xxie  jour  de  may.  Et  telle  lettre  et  des- 
charge que  avoir  en  vouldrez,  nous  la  vous  promettons  passer  et 
faire. 

Les  recommandations  que  le  roi  ajouta  de  sa  main  au 
bas  de  la  lettre  sont  encore  plus  pressantes  : 

Gardez  sur  quanque  vous  douptez  nous  courouser,  queque  che- 
vance que  vous  en  doiez  faire,  vous  ly  délivrez  sanz  nul  deloy 
uc  franz.  Escrit  de  notre  main. 

CHARLES1. 

Un  acte  du  5  février  1 373  (n.  st.),  dont  le  texte  ne  nous 
est  point  parvenu,  se  rapportait  à  la  continuation  de  l'en- 
treprise2. 

Le  31  août  1374,  le  roi  lui-même  remit  à  son  bien-aimé 
Nicole  Oresme  une  somme  de  200  francs  d'or,  à  valoir, 
disait-il,  «  sur  sa  painne  ou  salaire  de  nous  translater  deux 
«  livres,  lesquiez  nous  sont  trez  neccessaires,  c'est  assavoir 
«  Polithiquez  et  Economiquez 3  » . 

Après  avoir  achevé  les  Éthiques,  les  Politiques  et  les 
Économiques  d'Aristote,  Nicole  Oresme  travailla  sur  le 
livre  du  Ciel  et  du  Monde,  qu'il  termina  en  1377,  au 
moment  où  le  Roi  récompensait  sa  persévérance  en  le  fai- 
sant monter  sur  le  siège  épiscopal  de  Lisieux.  C'est  Nicole 
lui-même  qui  nous  l'apprend  :  «  Ainsi,  dit-il,  à  l'aide  de 
«  Dieu,  j'ay  accompli  le  livre  du  Ciel  et  du  Monde,  à  com- 
«  mandement  de  très  excellent  prince  Charles  quint,  par  la 


1.  Orig.,    Collection  Clairambault,    vol.    187,    p.    6997.    Mandements    de 
Charles  V,  p.  458,  n"  889. 

2.  Note  de  Pierre  Dupuy,  Collection  Dupuy,  vol.  755,  fol.  97  v°. 

3.  Pièces  justificatives  (Appendice  X),   d'après   l'original,   Collection  Clai- 
rambault, vol.  215,  p.  9621. 


106  TRADUCTEURS. 

«  grâce  de  Dieu  roy  de  France,  lequel,  en  ce  faisant,  m'a 
«  fait  evesque  de  Lisieux1.  » 

La  nomination  de  Nicole  Oresme  à  l'évêché  de  Lisieux 
est  du  16  novembre  13772,  et  un  mois  auparavant,  le 
8  octobre,  le  roi  lui  faisait  payer  200  francs  d'or  pour 
sa  traduction  du  livre  du  Ciel  et  du  Monde3. 

Deux  exemplaires  de  la  traduction  des  Éthiques,  des 
Politiques  et  des  Économiques,  l'un  de  grand,  l'autre  de 
petit  format,  tous  deux  exécutés  avec  luxe,  pour  la  librai- 
rie de  Charles  V,  nous  sont  parvenus.  Les  deux  volumes  du 
premier  sont  partagés  entre  la  Bibliothèque  royale  de  Bel- 
gique (ms.  2902,  jadis  9505)  et  le  cabinet  de  M.  le  comte 
de  Wasiers;  les  deux  volumes  du  second,  entre  le  Musée 
Méermanno-Westréenien  de  La  Haye  et  la  Bibliothèque 
royale  de  Belgique  (ms.  2904-,  jadis  11201). 

J'ai  pu  étudier  comparativement  ces  quatre  volumes,  et 
j'en  ai  publié  la  description  dans  mes  Mélanges  de  paléo- 
graphie et  de  bibliographie*,  p.  257-282. 

Les  travaux  dont  la  vie  et  les  œuvres  de  Nicole  Oresme 
ont  été  l'objet  me  dispensent  de  parler  ici5  plus  longuement 
d'un  des  hommes  qui  ont  le  plus  efficacement  secondé  le 


1.  P.  Paris,  Les  Manuscrits  français,  t.  IV,  p.  351,  d'après  le  ms.  fran- 
çais 565. 

2.  Gallia  christiana,  t.  XI,  col.  788. 

3.  «  Magister  Nicolaus  Oresmes,  pro  dono  sibi  facto  per  dominuni  regem, 
per  litteras  8  octobris  1377,  pro  pena  et  labore  transferendo  de  latino  in  galli- 
cum  unurn  librum  vocatum  de  Celo  et  mundo,  200  francos  auri.  »  Extraits  des 
Journaux  du  Trésor,  éd.  Moranvillé,  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des 
chartes,  1888,  t.  XLIX,  p.  382,  art.  322. 

4.  Paris,  1880,  in-8°,  pages  257-282.  J'avais  précédemment  étudié  un  manus- 
crit de  la  bibliothèque  d'Avranches,  qui  paraît  bien  être  l'exemplaire  original 
de  la  traduction  des  Politiques  et  des  Économiques.  Voir  la  Bibliothèque  de 
l  École  des  chartes,  1869,  t.  XXX,  p.  601-620. 

5.  Je  me  permets  seulement  de  relever  un  détail  dont  j'ai  dû  la  connais- 
sance aux  éditeurs  du  Charlul.  unir.  Paris.,  t.  III,  p.  224.  C'est  qu'en  1375 
Nicole  Oresme,  alors  doyen  de  l'église  de  Rouen,  prit  part  à  l'enquête  ouverte 
pour  découvrir  l'auteur  d'une  traduction  française  du  livre  de  Marsile  de 
Padoue  et  de  Jean  de  Jandun. 


NICOLE  ORESME.  107 

roi  Charles  V  dans  ses  efforts  pour  développer  en  France 
le  goût  des  études  littéraires. 

Raoul  de  Presles. 

Raoul  de  Presles  est  à  coup  sûr  un  des  écrivains  les  plus 
distingués  de  la  seconde  moitié  du  xive  siècle1.  Il  était  déjà 
parvenu  à  un  âge  assez  avancé  quand  Charles  V  eut  recours 
à  son  talent  pour  obtenir  la  traduction  d'ouvrages  considé- 
rables dont  on  lui  avait  fait  apprécier  la  valeur.  Raoul  de 
Presles  ne  lui  était  pas  seulement  connu  par  la  façon  dont 
il  remplissait  des  charges  administratives.  Sous  les  titres  de 
Musa2  et  de  Morale  compendium  de  republica3,  il  avait  com- 

1.  J'insère  ici  une  note  écrite  en  caractères  du  xv°  siècle  sur  le  fol.  27  du 
ms.  latin  3233,  à  la  fin  d'un  des  ouvrages  de  Raoul  de  Presles,  celui  qu'il  a 
intitulé  Musa.  Cette  note  a  déjà  été  citée  par  Lancelot  (Mém.  de  l'Acad.  des 
inscr.,  t.  XIII,  p.  622),  qui  n'en  avait  pas  reconnu  l'auteur  : 

«  Isle  Radulphus  de  Praellis  consiliarius  fuit  et  magister  requestarum  hospi- 
ciorum  Karoli  quinti  et  Karoli  sexti.  Scripsit  autem  Compendium  et  hune  librum 
quem  intitulavit  Musam.  Transtulit  eciam  de  latino  in  ydioma  vulgare  seu 
gallicum  Ribliam  et  librum  Augustini  de  Civitate  Dei,  et  decessit  anno  M"  CCC° 
octogesimo  secundo,  in  vigilia  Sancti  Martini  hyemalis,  prout  in  ejus  epitaphio 
super  ejus  tumbam  in  ecclesia  Sancti  Mederici  Parisiensis,  in  cappella  parrochie 
scribitur.  Morabatur  autem  in  vico  novo  Sancti  Mederici,  satis  prope  conum 
versus  quadruvium  Templi.  Ejus  animam  habeat  paradisus. 

«  Vidi  ego  in  compoto  ordinario  baillivie  Viromandie  de  anno  M.  CCC  sep- 
tuagesimo  quarto,  capitulo  recepte  de  Vaily,  quomodo  iste  Radulphus  habebat 
a  rege  Karolo  quinto  pensionem  de  vic  libris  per  annum  super  dictam  terram 
de  Vailly,  pro  vacando  liberius  translacioni  memorati  libri  de  Civitate  Dei, 
quem,  de  ejus  mandato,  transferendum  in  gallico  susceperat. 

«   A    BELE   VIEGNE.    » 

La  devise  A  bêle  viegne  est  l'anagramme  du  nom  de  Jehan  Le  Bègue,  gref- 
fier de  la  Chambre  des  comptes,  dont  il  a  été  question  (p.  28)  à  propos  des 
inventaires  de  la  librairie  du  Louvre,  et  dont  nous  connaissons  plusieurs  autres 
manuscrits  (latin  6416;  français  13569  et  23083).  Dans  le  ms.  latin  6416, 
les  mots  A  bêle  viegne  accompagnent  la  mention  De  libris  Johannis  Le  Bègue, 
et,  sur  le  frontispice  du  volume,  la  devise  Paix  et  joye  à  Bêle  viegne  est  plu- 
sieurs fois  répétée.  —  Jean  Le  Bègue  est  connu  pour  avoir  dédié  à  Charles  VII 
une  traduction  de  l'histoire  de  la  Guerre  punique  par  Léonard  L'Arétin.  Voir 
P.  Paris,  Les  Manuscrits  françois,  t.  I,  p.  35-37. 

2.  Il  y  en  a  une  belle  copie  dans  le  ms.  latin  3233,  auquel  je  viens  d'emprun- 
ter la  note  de  Jean  Le  Bègue. 

3.  La  Bibliothèque  nationale  en  possède  deux  anciennes  copies  :  lat.  15690, 
fol.  14 'i  v°,  et  lut.  1821  des  Nouv.  acq.,  fol.  95. 


108  TRADUCTEURS. 

pose  des  ouvrages  latins  dont  le  texte  nous  est  parvenu  ;  il 
était,  en  outre,  l'auteur  d'une  compilation  historique  en 
français  dont  nous  ne  connaissons  que  le  sujet  :  une  Chro- 
nique générale  allant  de  la  Création  jusqu'au  temps  de 
Tarquin  l'Orgueilleux  et  de  Cambyse. 

Ce  fut  en  1371  que  Raoul  de  Presles,  sur  l'invitation 
expresse  du  roi,  prit  la  plume  pour  traduire  et  commen- 
ter en  plus  d'un  endroit  la  Cité  de  Dieu  de  saint  Augus- 
tin. Dans  l'Épître  dédicatoire  mise  en  tête  de  l'ouvrage, 
l'auteur,  après  avoir  exprimé  son  étonnement  d'avoir  été 
choisi  pour  rédiger  une  si  difficile  traduction,  rappelle  ses 
travaux  antérieurs  et  entre  dans  des  détails  fort  intéres- 
sants sur  les  principes  d'après  lesquels  il  a  pu  mener  l'en- 
treprise à  bonne  fin  : 

Je  doi  estre  esmerveillé,  et  non  sans  cause,  de  ce  que  délaissiez 
les  souverains  clers  de  vostre  roiaume,  dont  il  y  en  a  tant  et  de  si 
grans  que  en  toute  crestienté  n'en  a  tant  de  telz,  et  auxquiex  tele 
euvre  appartenoit  et  leur  estoit  deuee  à  translater,  il  peut  estre 
cheu  en  vostre  pensée  de  le  moy  baillier,  qui,  au  regart  de  eulx, 
ne  suis  que  poudre  et  cendre,  et  comment  vous  avez  voulu  à  moy, 
qui  sui  de  si  feible  entendement,  baillier  si  fort  fessel,  et  à  si  petite 
main  si  grant  mole  à  tourner.  Et  pour  ce  que  l'en  ne  cuide  pas  que 
par  arrogance  ou  par  moy  ingérer  je  l'aie  voulu  entreprendre,  je 
appelle  Dieu  à  tesmoing,  et  vous  le  savez  assez,  comment  et  par 
quel  temps  je  l'ai  refusé  et  différé  à  entreprendre,  et  les  excusa- 
tions  que  je  y  ai  prétendues,  tant  pour  ce  que  je  savoie  et  scé  la 
foiblesse  de  mon  engin,  la  grandeur  de  l'euvre,  et  l'aage  dont  je 
sui,  qui  me  deusse,  si  comme  il  me  semble,  d'ores  en  avant  reposer. 
Si  ne  tiengne,  vous  ne  autre,  moy  avoir  esté  si  bardi  ou  si  oultre- 
cuidé  de  l'avoir  entreprise  de  moy.  Car,  se  je  cuidasse  avoir  com- 
mis plus  grant  offense,  et  que  l'en  me  tenist  plus  oultrecuidre  de 
le  vous  avoir  refusé  que  de  avoir  obey  à  vostre  commandement,  je 
l'eusse  à  plain  refusé;  car  il  me  sembloit  que  je  avoie  assés  labouré 
en  mon  temps,  tant  à  faire  le  livre  qui  se  apele  le  Compendieux 
moral  de  la  chose  publique,  et  le  livre  qui  se  apele  la  Muse,  laquele 
il  vous  plut  à  recevoir  en  gré,  pour  ce  que  je  l'avoye  intitulé  à 
vouz,  comme  les  Croniques  en  françois  contemporisées  du  commen- 
cement du  monde  jusques  au  temps  de  Tarquin  l'Orguilleux,  et  du 


RAOUL  DE  PRESLES.  109 

roy  Cambises,  qui  régnèrent  en  i  temps,  avecques  aucunes  espistres, 
considéré  encore  la  grant  charge  du  fait  de  mon  advocacie,  qui  est 
office  publique  et  qui  requiert  labour  continuel;  mais  je  croi  que 
vous  aviés  leue  celé  parole  de  Senèque  qui  dit  «  ociosité  sans  lettre 
«  est  mort  et  sépulture  de  homme  vif  ». 

Si  suppli  à  vostre  royal  Majesté  que,  aussi  comme  simplement  à 
vostre  commandement  j'ai  ceste  euvre  entreprise,  vous  plaise  à  la 
recevoir  en  gré,  et  supporter  mes  defaultes,  dont  je  sai  bien  que  il 
en  y  aura  pluseurs;  et  se  je  ne  ensuy  en  ceste  translation  les  propres 
moz  du  texte,  et  que  je  y  voise  aucunes  fois  par  une  manière  de 
circonlocution  ou  autrement,  il  me  sera  pardonné,  pour  ce  que 
vous  m'avez  commandé,  pour  la  matière  esclarsir,  que  je  ensuive 
la  vraie,  simple  et  clere  sentence  et  le  vrai  entendement,  sans 
ensuivre  proprement  les  mos  du  texte,  et  si  y  a  pluseurs  mos  qui 
ne  se  peuent  pas  bonnement  translater  en  françois  sanz  adicion  ou 
déclaration... 

Pour  indemniser  Raoul  de  Presles  du  travail  qu'exigeait 
la  traduction  de  la  Cité  de  Dieu,  le  Roi,  par  une  lettre  du 
28  octobre  1 371 4,  lui  assura  une  pension  annuelle  de 
400  livres,  qui  paraît  avoir  été  portée  à  600  livres  et  avoir 
été  assignée  sur  la  terre  de  Vailli  en  Vermandois2.  Le  tra- 
vail, commencé  à  la  Toussaint  1 371 ,  fut  terminé  le  1er  sep- 
tembre 1375.  C'est  ce  que  nous  apprenons  par  une  note 
placée  à  la  fin  du  second  volume  de  l'exemplaire  qui  fut 
offert  au  roi 3  : 

Ceste  translacion  et  exposicion  fu  commenciée  par  maistre  Raoul 

1.  Jusqu'ici,  le  texte  de  cet  acte  n'est  point  connu.  Voici  l'extrait  qu'en  a 
pris  Pierre  Dupuy  :  «  M.  Raoul  de  Praesles,  advocat  et  conseiller  du  roi,  par 
«  mandement  dudit  seigneur  du  28  octobre  1371,  a  translaté  en  françois  le  livre 
«  de  saint  Augustin  de  la  Cité  de  Dieu,  et  pour  ce  lui  a  ordonné  400  frans  d'or 
«  par  chascun  an  jusques  à  ce  que  la  translation  soit  faiete.  »  Collection  Dupuy, 
vol.  755,  fol.  98.  Cf.  Van  Praet,  Inventaire  de  la  bibliothèque  du  Louvre, 
p.  43;  et  Lancelot,  Mém.  de  l'Académie  des  inscr.,  t.  XIII,  p.  619.  —  Une 
note  de  Blanchard  mentionne  ainsi  l'acte  du  28  octobre  1371  :  «  Don  de  400  1. 
«  à  maître  Raoul  de  Praelles,  advocat  et  conseiller  du  roy,  pour  translater  de 
«  latin  en  françois  le  livre  de  saint  Augustin  de  la  Cité  de  Dieu,  pour  l'utilité 
«  publique  du  royaume  et  de  toute  la  crestienté.  »  Mandements  de  Charles  V, 

p.   VII. 

2.  Voir  la  note  de  Jean  Le  Bègue  publiée  plus  haut,  p.  107. 

3.  Mss.  français  22912  et  22913. 


110  TRADUCTEURS. 

de  Praelles  à  la  Toussains  l'an  de  grâce  mil  CCC  soixante  et  onze, 
et  fu  achevée  le  premier  jour  de  septembre  l'an  de  grâce  mil  CCC 
soixante  et  quinze. 

Le  travail  de  Raoul  de  Presles  semble  avoir  été  fort  cons- 
ciencieux. Il  dit  avoir  consulté  plus  de  trente  exemplaires 
du  texte  latin  de  la  Cité  de  Dieu  et  avoir  habituellement 
employé  celui  qui  avait  paru  le  meilleur  :  «  Le  nostre  prin- 
ce cipal,  duquel  nous  n'en  veismes  oneques  nul  plus  par- 
ce fait1.  »  Il  dut  se  livrer  à  de  longues  recherches  pour 
recueillir  les  éléments  du  commentaire  dont  il  accompagna 
sa  traduction.  On  en  peut  apprécier  l'étendue  en  parcou- 
rant la  liste  des  autorités  qu'il  a  mise  en  tête  de  son  pre- 
mier volume2.  Toutefois,  il  est  bon  de  remarquer  que  toutes 
les  citations  ne  doivent  pas  être  de  première  main  :  un 
certain  nombre  ont  dû  être  empruntées  à  des  ouvrages  tels 
que  les  Miroirs  de  Vincent  de  Beau  vais. 

Nous  savons  d'ailleurs  que  Raoul  de  Presles  avait  à  sa 
disposition  un  assez  grand  nombre  de  livres.  Il  avait  à 
coup  sûr  accès  à  la  librairie  du  Louvre,  dont  un  volume 
lui  fut  donné  par  le  roi3.  Lui-même  possédait  une  biblio- 
thèque assez  bien  fournie.  Une  lettre  de  Charles  V4,  du  mois 
de  mai  1 375,  nous  apprend  que  son  hôtel  de  la  rue  Neuve- 
Saint-Merri  dut  alors  s'accroître  d'une  annexe,  indispen- 
sable, dit  le  roi,  «  pour  mettre  ses  livres,  dont  il  a  plusieurs, 
«  et  convient,  ajoute-t-il,  qu'il  en  soit  grandement  garni, 
«  tant  pour  nous  servir  en  translacions  et  exposicions, 
«  comme  en  autres  choses  dont  nous  l'avons  chargé  et 
«  chargeons  de  jour  en  jour  ». 

1.  Livre  V,  ch.  XIII.  Voir  à  l'Appendice,  XII. 

2.  Voir  à  l'Appendice,  XI. 

3.  «  Ung  livre  couvert  de  cuir  fauve,  à  queue,  nommé  Philosophie  moral. 
Donné  à  maistre  Raoul  de  Praelles,  par  feu  le  roy  Charles  quant  il  donna  la 
Muse.  »  Ms.  2700,  fol.  49,  n"  182. 

4.  Pièce  citée  par  Lancelot  (Mémoires  de  l'Académie  des  inscriptions,  t.  XIII, 
p.  621),  d'après  le  registre  CVII  du  Trésor  des  chartes,  n°  G21. 


RAOUL  DE  PRESLES.  111 

Le  succès  de  la  traduction  de  la  Cité  de  Dieu  est  attesté 
par  le  nombre  et  la  somptuosité  des  exemplaires  manuscrits 
cjui  nous  en  sont  parvenus,  et  par  la  beauté  des  éditions 
gothiques  qui  en  furent  imprimées  à  Abbeville  en  1 486  et 
à  Paris  en  1531. 

Charles  V,  fort  satisfait  du  travail  accompli  par  Raoul 
de  Presles  sur  la  Cité  de  Dieu,  lui  imposa  une  nouvelle 
tâche  non  moins  lourde  que  la  précédente.  La  lecture  de  la 
Bible  était  une  des  dévotions  auxquelles  il  aimait  le  plus  à 
s'assujettir.  Au  dire  de  Philippe  de  Maizières1,  il  s'était  fait 
une  loi  de  lire  la  Bible  en  entier  une  fois  chaque  année. 
Pour  ces  lectures,  il  pouvait  se  servir  des  nombreuses  copies 
de  la  Bible  historiale  qu'il  possédait  et  dont  plusieurs, 
d'une  remarquable  magnificence,  sont  arrivées  jusqu'à 
nous  :  la  petite  Bible  copiée  en  1362  par  Raoulet  d'Or- 
léans2, celle  que  Jean  de  Vaudetar  lui  offrit  en  1 372! 3,  celle 
que  le  duc  de  Berry  avait  trouvée  assez  belle  pour  vouloir 
se  l'approprier4  et  celle  que  le  môme  prince  se  fit  donner 
en  1403  par  Charles  VI r>. 

Non  content  d'avoir  la  Bible  historiale  à  sa  disposition, 
Charles  V  voulut  posséder  une  version  plus  littérale  des 
Saintes  Écritures6.  Pour  l'avoir  à  son  gré,  il  eut  de  nou- 

1.  Cet  auteur  s'exprime  ainsi,  en  donnant  indirectement  des  conseils  à 
Charles  VI  :  «  Que  se  dira  de  la  grant  dévotion...  de  ton  père  Charle,  humble 
«  et  devol,  qui  chascun  an,  par  grant  devocion,  lisoit,  par  manière  d'oraison, 
«  la  Bible  toute  entière,  et  ainsi  le  fist  xv  ou  xvi  ans  sans  faillir.  »  Le  Songe 
du  Vieux  pèlerin,  ms.  français  9201,  fol.  111. 

2.  Le  tome  II  est  à  la  Bibliothèque  nationale,  ms.  français  5707. 

3.  Au  Musée  Méermanno-Westréenien  à  La  Haye. 

4.  Ms.  français  20090. 

5.  Le  premier  volume  de  cet  exemplaire  est  à  la  bibliothèque  de  l'Arsenal, 
n°  5212. 

6.  Christine  de  Pisan  (1.  III,  ch.  xn),  mal  renseignée,  fait  honneur  à 
Charles  V  de  trois  genres  de  travaux  qu'il  aurait  fait  entreprendre  sur  la 
Bible  :  «  Si  comme  la  Bible  en  trois  manières,  c'est  assavoir  le  texte,  et  puis 
le  texte  et  les  gloses  ensemble,  et  puis  d'une  autre  manière  allégorisée.  »  — 
—  «  Le  texte  »  désigne  la  traduction  de  Raoul  de  Presles;  «  le  texte  et  les 
gloses  ensemble  »,  c'est  le  travail  commencé  par  Jean  de  Si  sous  le  règne  de 


112  TRADUCTEURS. 

veau  recours  à  Raoul  de  Presles,  qui  vécut  encore  assez 
longtemps  pour  terminer,  ou  peu  s'en  fallut,  la  traduc- 
tion de  la  Bible. 

Les  conditions  dans  lesquelles  le  travail  fut  entamé  et  la 
méthode  que  le  roi  fît  adopter  sont  très  nettement  indi- 
quées par  Raoul  de  Presles.  Il  s'exprime  ainsi  dans  une 
Épître  dédicatoire  qu'un  seul  manuscrit  paraît  avoir  con- 
servée, le  premier  volume  d'un  exemplaire  original,  que 
Charles  VI  abandonna  en  1403  à  son  oncle  le  duc  de  Berry 
et  qui  a  été  recueilli  par  le  Musée  britannique1  : 

A  vous,  très  excellent  et  très  puissant  prince,  Charles  le  quint, 
roy  de  France,  je  Raoul  de  Preelles,  vostre  petit  serviteur  et  sub- 
ject,  tout  ce  que  je  puis  faire.  Mon  très  souverain  et  très  redoubté 
seigneur,  Quant  vous  me  commandastes  à  translater  la  Bible  en 
françoys,  je  rais  en  deliberacion  lequel  seroit  plus  fort  à  moy,  ou 
du  faire  ou  du  refuser.  Car  je  consideroie  la  grandeur  de  l'euvre  et 
mon  petit  engin,  d'une  part,  et,  de  autre  part,  je  consideroie  qu'il 
n'estoit  riens  que  je  vous  peusse  et  deusse  refuser.  Je  consideroie 
de  rechief  mon  aage,  et  l'adverse  fortune  de  ma  maladie,  et  les 
autres  euvres  que  je  avoie  faites  :  c'est  assavoir,  la  translacion  et 
exposicion  du  livre  de  monseigneur  saint  Augustin  de  la  Cité  de 
Dieu,  le  livre  qui  s'appelle  le  Compendieux  moral  de  la  chose 
publique,  le  livre  qui  s'appelle  la  Muse,  aveques  aucunes  espitres. 
Mais  tandis  come  je  debatoie  ceste  question  en  moy  meismes,  je  me 
recordai  que  je  avoie  leu  en  un  livre  que  nature  humaine  est  comme 
le  fer,  lequel,  se  l'en  ne  le  met  en  euvre,  il  se  use,  et  se  l'en  n'en  use 
point,  il  s'enrouille  et  se  gaste,  et  toutevoies  se  degaste  il  moins 
quant  l'en  en  use  que  quant  l'en  le  laisse  gésir.  Et  pour  ceste  cause 
je  l'entrepris  et  amai  miex  à  moy  user  en  exercitant  que  moy  consu- 
mer en  occiosité,  comme,  selon  le  dit  du  sage,  occiosité  sans  lettres 
soit  mort.  Si  suppli  à  Vostre  Magesté  que  vous  veulliez  recevoir  en 
gré  ce  que  je  en  ferai.  Car,  quant  à  la  manière  du  translater,  là  où 
je  verray  qu'il  cherra  abreviacion,  je  la  ferai,  la  sustance  demou- 

Jean  ;  quant  à  la  Bible  allégorisée,  ce  pourrait  être  un  arrangement  de  la  Bible 
moralisée  qui  a  été  étudiée  dans  YHist.  litt.  de  la  France,  t.  XXXI,  p.  218-243. 
1.  Fonds  Lansdowne,  n'  1175.  —  Le  texte  qui  suit  est  emprunté  à  Samuel 
Berger  {La  Bible  française,  p.  245),  qui  l'a  tiré  du  Catalogue  des  mss.  du 
fonds  Lansdowne. 


RAOUL  DE  PRESLES.  H 3 

rant  entière.  Et  où  je  verrai  qu'il  ara  repeticion  d'une  meisme 
chose,  si  comme  en  Paralipomenon  et  en  Esdras  le  secont,  et  ail- 
leurs, je  ferai  remission.  Et  aussi  lairai  je  à  nommer  plusieurs  noms 
de  gens,  de  villes  et  de  citez,  là  où  je  verrai  que  ce  ne  seroit  que 
charge  au  liseur,  et  qu'il  n'en  seroit  de  riens  miex  édifié;  et  aussi 
ne  scet  l'en  aucune  fois  se  ce  sont  leurs  propres  noms,  ou  de  leurs 
pères  ou  aiolz,  ou  de  leurs  villes  ou  citez,  pour  ce  que  ainsi  le 
m'avez  vous  commandé.  Mon  entente  est  aussi  de  faire  aucuns  pro- 
logues où  je  verrai  qu'il  en  sera  besoing  à  la  declaracion  des  livres, 
et  aussi  aucuns  integumens  es  commencemens  d'aucuns  chapitres, 
afin  de  comprendre  plus  legierement  la  sentence,  et  partout  où  il 
ara  une  ligne  par  dessouz,  ce  sera  hors  le  texte,  pour  le  declairier 
et  pour  comprendre  plus  legierement  ce  que  le  texte  du  chapitre 
veult  dire.  Car  sans  declaracions  aucunes  le  texte  est  mult  oscur  en 
plusieurs  lieux,  especiaument  aus  gens  lais  qui  n'ont  point  estudié 
en  la  Sainte  Escripture.  Et  ne  tiengne  nul  à  arrogance  ce  que  je 
l'ai  entrepris  :  car  vostre  commandement  m'en  excusera  en  tout  et 
par  tout.  Aprez,  je  supplie  à  touz  ceulx  qui  verront  ceste  euvre 
que,  s'il  y  a  aucune  chose  qui  ne  soit  à  point  mise  et  à  son  droit, 
qu'il  veullent  supporter  mes  deffautes;  et  ce  qu'il  y  trouveront  de 
bien,  il  le  veullent  attribuer  à  Nostre  Seigneur,  duquel  tout  bien 
vient.  Et  en  outre,  se  il  y  a  aucune  chose  regardant  la  foy,  je  m'en 
rapporte  à  ce  que  la  foy  en  veult,  et  que  nostre  mère  la  sainte 
Eglise  en  tient. 

La  part  que  le  roi  prit  à  la  direction  du  travail  est  expres- 
sément rappelée  dans  le  prologue  mis  en  tête  du  Lévi- 
tique  : 

Combien  que  je  pensse  avoir  procédé  en  ceste  translacion  et 
ensuivi  le  texte  sans  faire  declaracion  quelconques,  toutes  voies, 
pour  ce  que  il  pleut  à  Vostre  Magesté  de  moy  commander  que  je  ne 
me  passasse  pas  de  la  translacion  si  legierement  comme  je  eusse 
peu  bien  faire,  par  laquelle  parolle  je  conçu  que  vous  vouliés  avoir 
ce  qui  faisoit  à  l'entendement  du  teuxte,  il  m'a  semblé  que  à  l'en- 
tendement de  ce  livre  de  Levitique  il  y  fault  mettre  aucunes  decla- 
racions par  manière  de  préambule,  si  comme  fist  le  Maistre  des 
histoires,  lequel  ensuivi  en  partie  Josephus,...  si  l'ensuivray  en 
ceste  partie  ,... 

1.  Samuel  Berger,  La  Bible  française,  p.  247. 


414  TRADUCTEURS. 

L'exemplaire  le  plus  complet  que  Samuel  Berger  ait  ren- 
contré de  la  Bible  de  Baoul  de  Presles  s'arrête  au  ch.  xix 
de  l'évangile  de  saint  Mathieu.  La  fin  n'était  peut-être  pas 
rédigée  quand  l'auteur  fut  enlevé  par  la  mort  le  10  no- 
vembre 1 382. 

Je  ne  sais  à  quelle  époque  de  la  vie  de  Raoul  de  Presles 
peut  être  rapportée  la  traduction  d'un  mémoire  sur  les 
rapports  des  deux  puissances1.  En  voici  les  premiers 
mots  : 

Au  commandement  de  très  hault  et  excellent  prince  Charles,  par 
la  grâce  de  Dieu  le  Ve  roy  de  France  de  ce  nom,  maistre  Raoul  de 
Praeles  translata  de  latin  en  françois  la  question  qui  s'enssuil.  La 
question  est  telle,  assavoir  se  la  dignité  pontifical  et  impérial  ou 
royal  sont  deux  puissances  distinctes,  divisées  et  séparées,  sans  ce 
que  l'une  despende  de  l'autre... 

Simon  de  Hesdin. 

Simon  de  Hesdin,  de  l'ordre  de  Saint-Jean  de  Jérusa- 
lem, entreprit  de  traduire,  «  en  l'honneur  de  Charles  V  », 
l'ouvrage  de  Valère  Maxime.  Nous  possédons,  à  la  Biblio- 
thèque nationale  (ras.  français  9749),  l'exemplaire  des 
quatre  premiers  livres  qui  fut  déposé  dans  la  librairie  du 
Louvre  et  qui  porte  en  tête  la  date  de  1 375  : 

Ci  commence  la  translacion  du  premier  livre  de  Valerius  Maxi- 
mus,  avec  la  declaracion  d'iceli  et  addicions  plusieurs,  faite  et  com- 
pilée l'an  mil  CCC  LXXV,  par  frère  Symon  de  Hesdin,  de  l'ordene 
de  l'ospital  de  Saint  Jehan  de  Jérusalem,  docteur  en  théologie. 

Dans  le  prologue,  le  traducteur  prévient  qu'il  s'est  plus 
attaché  au  sens  qu'à  la  lettre  du  texte  original,  de  façon  à 
donner  satisfaction  au  roi. 

...  Il  est  assavoir  que  m'entente  n'est  ne  fu  onques  de  translater 
ccst  livre  de  mot  à  mot,  car  ce  seroit  aussi  comme  impossible  de 
translater  le  en  celle  manière,  et  que  sentence  y  fust  trouvée  enten- 

1.  Ms.  latin  14617,  fol.  112-123  v. 


RAOUL  DE  PRESLES.  115 

dable  ne  delitable,  au  mains  en  la  plus  grant  partie.  Et  les  causes  si 
sont  la  brieve  et  estrange  manière  de  parler,  la  difficulté  du  latin 
et  le  merveilleus  stille  du  livre.  Et  pour  ce  est  mon  entente  de  trans- 
later le  de  sentence  à  sentence,  et  de  faire  de  fort  latin  clair  et 
entendable  romant,  si  que  chascun  le  puist  entendre;  et  où  la  sen- 
tence sera  obscure  pour  l'ingnorance  de  l'ystoire,  ou  pour  autre 
quelconque  cause,  de  la  declarier  à  mon  pouoir... 

...  En  requérant  dévotement  la  grâce  et  ayde  de  Dieu,  et  de  la 
beneoite  vierge  Marie,  ausquels  je  requier  de  tout  mon  cuer  que  je 
puisse  ceste  œuvre  faire,  par  leur  sainte  grâce  et  especial  ayde,  en 
telle  manière  que  elle  soit  plaisans  et  proffitable  à  très  noble,  très 
poissant,  très  excellent  et  très  sage  prince  Charte  le  quint  roy  de 
France  de  ce  nom,  gouvernant  et  régnant  à  présent,  en  l'onneur  et 
révérence  duquel,  après  Dieu,  je  ay  entrepris  ceste  œuvre. 

La  traduction  de  l'ouvrage  fut  achevée  par  Nicolas  de 
Gonesse  sous  le  règne  de  Charles  VI  à  l'instigation  de  Jean, 
duc  de  Berry. 

Anonymes. 

Je  dois  encore  mentionner  plusieurs  ouvrages  dont  la 
traduction  a  été  faite  pour  Charles  V,  sans  que  le  nom  des 
auteurs  soit  connu.  Dans  cette  catégorie,  il  faut  ranger  : 

1  °  Le  livre  de  Pierre  de  Crescens  :  Ruralium  commodo- 
rum  libri  XII.  Un  exemplaire  de  la  traduction  française 
copié  au  xv°  siècle  pour  un  membre  de  la  famille  Du  Fou1 
et  orné  de  peintures,  est  intitulé  :  «  Ce  livre  est  nommé 
«  Rustican,  lequel  parle  du  labeur  du  champ,  que  fîst  trans- 
«  later  le  très  noble  roy  de  France  Charles  le  quint  de  ce 
«  nom,  l'an  mil  CGC  soixante  treze.  »  Un  autre  exemplaire2, 
également  du  xve  siècle,  porte  un  titre  différent  :  «  Cy 
«  commence  le  livre  des  Ruraulx  prouffitz  du  labour  des 
«  champs,  lequel  fu  compilé  en  latin  par  Pierres  des  Gres- 
«  cens,  bourgois  de  Boulongne  la  Grasse,  et  depuis  a  esté 

1.  Bibl.  nat.,  ms.  français  12330. 

2.  Bibliothèque  Mazarine,  n°a  3589  et  3590. 


116  TRADUCTEURS. 

«  translaté  en  françois  à  la  requeste  du  roy  Charles  le  quint 
«  de  ce  nom.  » 

La  bibliothèque  de  l'Arsenal *  possède  la  belle  copie  qui 
en  fut  faite  pour  le  Grand  bâtard  de  Bourgogne,  et  M.  Qua- 
ritch  a  mis  en  vente  en  1906,  au  prix  de  3,500  1.  st.,  un 
exemplaire  en  écriture  bourguignonne  qui  a  dû  être  com- 
mandé par  un  grand  seigneur  llamand2. 

Les  inventaires  des  livres  de  Charles  V  ne  mentionnent 
ni  le  texte  latin  ni  la  traduction  de  l'ouvrage  de  Pierre  de 
Crescens.  Le  duc  de  Berry  s'était  procuré  le  texte  original 
et  la  traduction.  Le  texte  latin  qu'il  avait  donné  à  la 
Sainte-Chapelle  de  Bourges  est  arrivé  à  la  Bibliothèque 
nationale3. 

2°  Le  livre  de  Thomas  de  Cantimpré  :  Bonum  universale 
de  apibus.  Voici  quelques  lignes  de  l'épître  dédicatoire  qui 
est  en  tête  de  cet  ouvrage,  dans  le  ms.  2953  (jadis  9507) 
de  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique  : 

A  très  souverain  et  très  excellent  prince  Charles,  par  la  grâce  de 
Dieu  roy  de  France,  la  vostre  povre  et  humble  créature,  qui,  jour 
et  nuit,  à  son  petit  povoir,  s'efforce  de  Dieu  prier  pour  vous  et  pour 
vostre  très  noble  lignée,  tout  humble  obédience  et  parfaite  révé- 
rence et  vraie  subjection. 

...  En  bonne  simplesce  je  me  sui  enhardi  dudit  livre  transporter 
de  latin  en  françois,  comme  vostre  très  haute  excellence  si  le  m'a 
commandé,  en  suivant  le  latin  le  plus  près  que  bonnement  j'ai  peu  ; 
et  aucunes  foiz,  où  l'aucteur  du  livre  et  les  docteurs  et  philosophes 
ont,  pour  le  plus  bel  et  rectorique  latin  quérir,  transporté  les  dic- 
tions, pourquoy  le  françois  ainsi  ordené  seroit  pesant  et  moins  cler 
à  entendre,  j'ai  la  sentence  mise  rez  à  rez,  si  comme  j'ay  pensé  que 
il  l'eussent  dit  eulz  meismes,  se  il  parlassent  françois... 

1.  Ms.  5064.  Voir  le  Catalogue  de  Henry  Martin,  t.  V,  p.  32. 

2.  Les  peintures  en  sont  décrites  dans  le  Catalogue  n°  250  (article  764)  publié 
en  juin  1906  par  M.  Quarilch,  et  je  dois  à  l'obligeance  de  ce  libraire  le  texte 
des  premiers  mots  du  second  feuillet  :  il  a  bien  voulu  m'apprendre  que  son 
manuscrit  ne  répond  pas  aux  notices  1592  et  2205  de  la  Bibliothèque  pro- 
typographique  de  Barrois. 

3.  Ms.  latin  9328. 


ANONYMES.  117 

3°  Les  Tables  astronomiques  d'Alphonse,  roi  de  Castille. 
L'exemplaire  de  la  traduction  à  la  fin  duquel  Charles  V  avait 
mis  sa  signature  a  figuré  sur  les  inventaires  de  la  librairie 
du  Louvre  jusqu'en  1413  inclusivement  (A  629,  B  637, 
D  693,  E  720).  L'inventaire  de  141 1  le  décrit  ainsi  : 

Item  les  Tables  Alphons,  roy  de  Castelle,  translatées  en  françois 
du  commandement  du  roy  Charles  le  quint,  et  sont  en  un  cayer  de 
parchemin  sans  aiz,  royées  par  dessus  de  vert  et  de  jaune,  très  bien 
escriptes  de  lettre  de  forme,  à  deux  coulombes  et  enluminées  d'or, 
commençant  ou  ne  foillet  dessus  dictes,  et  ou  derrenier  table  du 
moyen,  et  sont  signées  au  dos  dudit  derrenier  foillet  CHARLES1. 

Cet  exemplaire  disparut  de  la  librairie  du  Louvre  vers 
l'année  1414  (E  966). 

4°  Les  Soliloques  de  saint  Angustin,  que  Christine  de 
Pisan2  range  parmi  les  livres  que  Charles  V  fit  traduire.  Il 
y  en  a  un  exemplaire  mentionné  dans  l'Inventaire  de  Gilles 
Malet3  : 

Le  Seul  parler  saint  Augustin,  couvert  de  soie  vermeille,  et  fer- 
mouers  d'argent. 

La  copie  qui  en  est  classée  à  la  Bibliothèque  nationale 
sous  le  n°  1 832  du  fonds  français  peut  remonter  à  la  fin 
du  règne  de  Charles  V. 

Charles  V  ne  possédait  pas  seulement  dans  sa  librairie 
les  traductions  dont  il  avait  été  le  promoteur  et  dont  il  avait 
largement  subventionné  les  auteurs.  Il  y  avait  recueilli 
nombre  de  traductions  qui  avaient  été  exécutées,  soit  de 
son  temps  en  dehors  de  son  action  directe,  soit  sous  les 
règnes  de  ses  prédécesseurs.  Comme  telles,  sans  rappeler 
les  travaux  de  Jean  de  Meun,  de  Jean  de  Vignai,  de  Jean 


1.  Ms.  français  2700,  fol.  109  v°,  n°  693. 

2.  Livre  III,  ch.  xn. 

3.  Ms.  français  2700,  fol.  9,  n°  143. 


118  TRADUCTEURS. 

de  Sy,  de  Pierre  Bersuire,  je  citerai  les  épîtres  de  Senèque 
à  Lucilius,  traduites  en  français  par  un  Italien  pour  un 
comte  de  Gaserte.  Il  y  en  avait  deux  exemplaires  dans  la 
librairie  du  Louvre  : 

Les  Espitrez  de  Senèque  à  son  amy  Lucile,  et  en  la  fin  du  livre 
est  la  table  de  ce  qui  contenu  y  est,  escript  de  plus  menue  lettre. 
—  A  monseigneur  d'Angiou,  vie  de  mars  IIIIXX.  (Ms.  2700,  fol.  5  v°, 
n°  65.) 

Item  Senèque,  couvert  de  soye  à  queue,  à  cignes  blans  et  deux 
fermouers  d'argent  dorez,  esmaillez  de  France,  à  tixuz  vers,  escript 
en  françois,  de  très  parfaitement  belle  lettre,  et  bien  historié  et 
enluminé,  commençant  ou  ne  foillet  des  rebriches  le  XXXV il  de  mana- 
nimitc,  et  ou  derrenier  sont  amonestez,  à  une  pipe  d'argent  doré. 
(Ms.  2700,  fol.  66  v°,  n°  169.) 

Je  considère  comme  l'équivalent  d'un  exemplaire  de 
Charles  V  le  manuscrit  n°  9091  de  la  Bibliothèque  royale  de 
Belgique. 

Les  Quarante  homélies  de  saint  Grégoire  et  le  livre  de 
l'Arrhe  de  l'àme  de  Hugues  de  Saint-Victor.  —  Une  dame, 
dont  nous  regrettons  de  ne  pas  connaître  le  nom,  fit  tra- 
duire ces  deux  ouvrages  par  Pierre  de  Hangest,  prévôt  de 
l'église  d'Amiens.  La  copie  qu'elle  chargea  Raoulet  d'Orléans 
d'exécuter  en  1 368  pour  l'offrir  au  Roi  est  aujourd'hui  con- 
servée à  la  bibliothèque  de  l'Arsenal  (ms.  2247). 

La  Géomancie  de  Guillaume  de  Meerbeke,  qu'un  écri- 
vain normand,  Gautier  Le  Breton,  clerc,  originaire  de  Bas- 
queville-le-Martel,  traduisit  en  1347  dans  le  château  de 
Dangu,  pour  un  noble  et  puissant  baron  le  seigneur  de 
Préaux.  —  Le  manuscrit  original  fut  recueilli  dans  la  librairie 
de  Charles  V;  il  est  aujourd'hui  à  la  bibliothèque  du  Collège 
de  la  Trinité  à  Cambridge1. 

Charles  V  ne  possédait  qu'un  exemplaire  du  texte  latin 


1.  Montague  Rhodes  James,    The   Western  manuscripls  in  Ihe   library  of 
Trintiy  Collège  Cambridge,  t.  III,  p.  492. 


ANONYMES  ET  DIVERS.  110 

de  l'historien  Josèphe.  La  traduction  française  de  l'ouvrage 
de  cet  auteur,  qui  doit  dater  de  la  fin  du  xiv6  siècle,  n'en- 
tra dans  la  librairie  du  Louvre  qu'en  1410,  par  suite  de 
l'envoi  qu'en  fit  alors  le  duc  de  Guyenne.  Le  duc  de  Berry 
a  bien  pu  encourager  l'auteur,  jusqu'ici  inconnu,  de  cette 
traduction.  Il  s'en  fit  faire  deux  beaux  exemplaires1,  dont 
le  plus  somptueux,  inachevé  au  moment  de  la  mort  du 
prince,  fut  terminé  sous  le  règne  de  Louis  XI  pour  Jacques 
d'Armagnac,  duc  de  Nemours.  Les  tableaux  dont  Jean 
Fouquet  l'a  enrichi  en  ont  fait  l'un  des  plus  précieux  monu- 
ments de  la  peinture  française  du  xve  siècle. 

1.  Voir  la  seconde  partie  de  cet  ouvrage,  p.  *308,  notices  210-210  ter. 


Prêts  et  dons  de  livres  faits  par  Charles  V. 

Charles  V  usait  avec  une  véritable  grandeur  des  trésors 
littéraires  qu'il  avait  amassés.  Il  prêta  différents  manuscrits 
au  duc  d'Anjou1,  au  duc  de  Berry2,  à  Jean  de  Dormans, 
évêque  de  Beauvais3,  et  à  Simon  de  Hesdin4. 

Il  donna  à  Philippe  de  Maisières  la  jouissance  d'un  très 
beau  psautier  en  grand  volume,  écrit  de  grosse  lettre 
ancienne5.  Philippe  de  Maizières  appréciait  les  beaux 
manuscrits  :  nous  pouvons  en  juger  par  l'élégance  du  petit 
volume  qu'il  offrit  à  Richard  II,  roi  d'Angleterre,  et  qu'on 
admire  dans  une  des  vitrines  du  Musée  britannique6. 

Le  roi  échangea  quelques  livres  avec  Jean  de  Cardaillac, 
patriarche  d'Alexandrie7,  avec  Raoul  de  Presles8  et  avec 
monseigneur  d'Harcourt9.  Il  en  offrit  en  pur  don  à  son 
grand-oncle  Philippe  et  à  sa  grand'tante  Blanche,  duc  et 
duchesse  d'Orléans10,  à  sa  belle-sœur  Marie  de  Bourbon, 


1.  Articles  21  et  92.  —  Il  s'agit  là  de  deux  volumes  particulièrement  précieux  : 
la  Bible  historiale,  qui  est  maintenant  au  musée  Méermanno-Westréenien  de 
La  Haye,  et  de  l'Apocalypse,  qui  fut  un  des  modèles  employés  pour  l'exécution 
de  la  grande  tapisserie  d'Angers. 

2.  Article  975  :  l'original  de  la  traduction  de  Tite-Live. 

3.  Article  2. 

4.  Article  976. 

5.  Article  64. 

6.  Le  fac-similé  autotypique  du  titre  de  ce  manuscrit,  du  Musée  britannique 
(Royal  20.  B.  vi),  se  trouve  dans  la  première  série  des  Reproductions  from 
illuminaled  mss.,  pi.  XXV. 

7.  Article  150. 

8.  Article  505. 

9.  Article  1139. 

10.  Articles  872  et  991. 


PRÊTS  ET  DONS  DE  LIVRES.  121 

prieure  de  Poissi1,  à  sa  sœur  la  duchesse  de  Bar2,  à  son 
neveu  Henri  de  Bar3,  à  Charles  le  Mauvais,  roi  de  Navarre4, 
à  Pierre,  comte  d'Alençon5,  au  comte  de  Saarbruck6,  au 
marquis  de  Saluées7,  au  comte  de  Salisbury8  et  à  l'abbé  de 
Fécamp,  sans  doute  Jean  de  La  Grange9.  Il  fit  encore 
livrer  plusieurs  volumes  au  bailli  de  Rouen10,  à  Évrart 
Tramagon11,  à  maître  Gervais12,  à  maître  Jean  de  La  Cha- 
leur13, à  Aimeri  de  Mengniac14,  à  Montigny 15,  cà  frère  Morice, 
compagnon  du  confesseur16,  à  maître  Philippe  Ogier17,  à 
Arnaud  Guillon18,  à  messire  Pierre  d'Avoir19,  à  Pierre  le 

1.  Article  186. 

2.  Article  104.  —  La  même  duchesse  de  Bar  est  indiquée,  au  n°  1124, 
comme  ayant  emprunté  un  manuscrit  de  Giron  le  Courtois. 

3.  Article  669.  —  La  donation  faite  à  Henri  de  Bar  est  peut-être  du  règne  de 
Charles  VI.  —  Henri  de  Bar,  fils  du  duc  Robert,  périt  en  1396  à  la  bataille 
de  Nicopolis. 

4.  «  Pour  faire  une  couverture  et  une  chemise  à  un  bréviaire  que  nous 
envoiasmes  à  nostre  très  cher  et  amé  frère  le  roy  de  Navarre,  le  xvie  jour 
d'avril  [M.  CCC  LXXI].  »  Lettre  de  Charles  V,  dans  l'Appendice,  VII. 

5.  Article  23. 

6.  Article  864. 

7.  Article  1029. 

8.  Article  1182. 

9.  Boivin,  dans  le  ms.  français  22571,  p.  77. 

10.  Article  413. 

11.  Article  434  :  «  Le  Songe  du  Verger...  Baillé  par  le  roi  à  Evrart  Trama- 
«  gon.  »  Évrart  de  Tramagon,  docteur  en  droit  civil  et  canon,  avait  fait  des 
leçons  de  droit  à  Paris  en  1371,  1372  et  1373.  Hauréau,  Notices  et  extraits  de 
quelques  manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale,  t.  II,  p.  133.  —  Il  devint 
doyen  du  chapitre  de  Chartres,  puis  évéque  de  Dol.  Voir  Charlul.  univ.  Paris., 
t.  III,  p.  216,  notes  de  la  pièce  1393. 

12.  Article  819. 

13.  Article  1049.  A  ce  Jean  de  La  Chaleur,  qui  fut  chancelier  de  l'Université 
en  1373  (Chartul.  univ.  Paris.,  t.  III,  p.  563),  le  roi  donna  un  très  bel 
exemplaire  du  Catholicon. 

14.  Article  1180. 

15.  Article  1206. 

16.  Articles  469  et  866. 

17.  Article  95.  —  Philippe  Ogier,  à  qui  Charles  V  fit  livrer  une  Bible  abré- 
gée, a  signé  beaucoup  d'actes  de  ce  prince  de  1364  à  1378. 

18.  Articles  36  et  713. 

19.  Article  506  ter.  —  Pierre  d'Avoir,  chevalier,  était  un  chambellan  du  roi. 
Mandements  de  Charles  V,  n08  99  et  1644. 


122  PRETS  ET  DONS  DE  LIVRES. 

chirurgien,  qui  vint  de  Montpellier  avec  Jean,  le  bon  phy- 
sicien1, et  à  Renaud  Fréron2. 

La  générosité  d'un  prince  aussi  éclairé  devait  nécessaire- 
ment s'exercer  au  profit  des  établissements  ecclésiastiques. 
Je  ne  parlerai  pas  de  la  splendide  couverture,  dont  il  fit 
revêtir  un  évangéliaire  de  la  Sainte-Chapelle3,  ni  du  livre 
des  cérémonies  du  sacre,  qu'il  déposa  à  l'abbaye  de  Saint- 
Denis  le  7  mai  13804,  ni  d'une  Bible  et  d'un  Catholicon 
qu'il  mit  dans  sa  chapelle5,  ni  môme  des  nombreux 
volumes  dont  il  pourvut  le  chapitre  de  VincennesG;  mais 
je  ne  saurais  passer  sous  silence  les  libéralités  qu'il  fit  au 
collège  de  maître  Gervais  et  au  couvent  des  Dominicains 
de  Troyes. 

Simon  de  Phares,  en  son  Recueil  des  astrologues,  parle 
à  deux  reprises7  des  livres  et  des  instruments  dont 
Charles  V  dota  le  collège  fondé  en  l'Université  de  Pains  par 
son  médecin,  maître  Gervais  Chrétien.  Ce  témoignage  est 
confirmé  par  les  statuts  mêmes  du  collège8  et  par  la  men- 


1.  Article  828. 

2.  Article  810.  On  pourrait  rapporter  au  règne  de  Charles  VI,  aussi  bien  qu'à 
celui  de  Charles  V,  les  livraisons  de  livres  faites  à  Arnaud  Guillon,  à  Pierre 
d'Avoir,  à  Pierre  le  chirurgien  et  à  Renaud  Fréron. 

3.  Ms.  latin  8851. 

4.  Article  228. 

5.  Articles  5  et  1050.  Il  est  possible  qu'il  s'agisse  ici  de  la  Sainte-Chapelle  du 
palais. 

6.  Articles  43,  123,  136,  155,  158,  168,  169,  201,  202,  204,  208,  212,  216,  217, 
262,  278  et  287. 

7.  «  ...  Leur  donna  belle  librarie  bien  garnie  de  livres,  spères,  astrolabes, 
saphées  et  autres  instrumens  servans  à  la  dicte  science  [d'astrologie],  qui 
encores  y  sont.  »  (Ms.  français  1357,  fol.  3.)  «  Ung  colliege  de  astrologie  et 
«  medicine,  où  il  rnist  plusieurs  livres  singuliers  des  dictes  sciences,  en  grant 
«  et  merveilleux  nombre...;  y  mist  aussi  plusieurs  astralabes,  equatoires, 
«  spères  et  autres  instrumens,  comme  saphées,  désirées  et  semblables.  »  (Ibid., 
fol.  142.) 

8.  «  Quia  idem  rex  dominus  noster  dictum  collegium  in  redditibus,  admorti- 
zationibus  et  libris  multipliciter  augmentavit,  adeo  quod  sibi  debetur  princi- 
paliter  nomen  et  auctoritas  fundatoris  et  etiam  collatoris...  »  (Ms.  latin  4397  A, 


PRÊTS  ET  DONS  DE  LIVRES.  123 

tion  que  fait  Gilles  Malet  d'un  exemplaire  des  Éthiques 
donné  par  le  Roi  «  aux  escoliers  maistre  Gervaise1  ». 

Ce  fut  à  la  prière  de  Pierre  de  Villars,  évêque  de  Troyes, 
que  Charles  V  fit  délivrer  aux  Dominicains  de  Troyes  des 
joyaux,  des  reliquaires  et  des  livres,  dont  l'aliénation  fut 
sévèrement  interdite,  le  26  février  1 371 ,  par  le  pape  Gré- 
goire XI2.  La  bulle  qui  prononçait  cette  interdiction  fut 
transcrite  sur  chacun  des  livres,  avec  une  note  portant 
que  la  donation  du  Roi  avait  été  provoquée  par  Pierre  de 
Villars,  et  que  tout  volume  aliéné,  engagé  ou  prêté  devait 
être  considéré  comme  la  propriété  de  l 'évêque  et  du  cha- 
pitre de  Troyes  et  du  couvent  des  Dominicains  de  Paris. 
Malgré  ces  précautions,  les  livres  offerts  par  Charles  V  aux 
Dominicains  de  Troyes  furent  dispersés  au  xvr9  siècle, 
sous  l'administration  d'un  prieur  ignorant3.  La  Biblio- 
thèque nationale  en  a  recueilli  quatre,  les  nos  7475,  8541 
et  1 0623  du  fonds  latin,  et  le  n°  5256  (en  partie)  du  fonds 
français;  deux  autres  sont  possédés  par  la  ville  de  Troyes4; 
un  septième  a  passé  dans  une  vente  publique  faite  à  Paris 
en  18245  :  exemplaire  de  la  Légende  dorée,  ayant  appar- 
tenu au  cardinal  de  Brienne  et  terminé  par  une  note  dont 
nous  n'avons  qu'une  transcription  peut-être  incorrecte  : 

Vitam  Sauvilla  —  Sanctorum  scripsit  in  illa 
Rotomagi  villa  —  Bernardo  permanet  illa. 

Ce  fut  fet  en  l'an  de  grâce 

A  mon  sire  B.  de  Brace, 


fol.  54.)  Voir  dans  le  môme  volume,  fol.  21,  46  ve  et  82,  les  statuts  relatifs  à 
la  conservation  des  livres  du  collège  de  maître  Gervais. 

1.  Article  479. 

2.  Voir  à  l'Appendice,  VIII. 

3.  Moréri,  t.  III,  p.  116,  au  mot  Camusat. 

4.  Catalogue  général  des   manuscrits  des  bibliothèques  des  départements, 
série  in-4%  t.  II,  p.  132  et  274,  n»s  267  et  653. 

5.  C'était  le  n"  2314  d'une  vente  Chardin.  Voir  le  Catalogue  rédigé  pour  cette 
vente,  p.  215. 


124  PRÊTS  ET  DONS  DE  LIVRES. 

Mil  et  trois  cens  et  trente  et  cinc 
Et  à  grant  pêne  y  avint  * . 

La  même  bibliothèque  renfermait  un  autre  manuscrit 
provenant  de  la  donation  faite  aux  Dominicains  de  Troyes  : 
recueil  de  dix  traités,  dont  le  premier  et  le  dernier  doivent 
être  intitulés  :  «  Régula?  in  omnes  libros  veteris  ac  novi 
Testamenti...  Meditationes  Guigonis  prioris  Carthusie2.  » 

C'est  un  des  volumes  de  la  collection  Hamilton,  qui  sont 
échus  à  la  Bibliothèque  royale  de  Berlin3. 

Un  neuvième  volume  que  les  Dominicains  de  Troyes 
possédaient  en  vertu  de  la  donation  de  Charles  V  avait  été 
recueilli  par  les  Jésuites  dans  leur  bibliothèque  du  collège 
de  Clermont4.  Il  a  depuis  appartenu  à  Méerman5  et  au 
comte  d'Ashburnham6.  J'ignore  où  il  se  trouve  aujourd'hui. 

1.  Laire,  Index  librorum  ab  inventa  typographia  ad  annum  1500.  Seno- 
nis,  1791,  t.  II,  p.  274,  n°  9. 

2.  Ibid.,  n°  13. 

3.  N«  89  du  fonds  Hamilton.  Voir  Neues  Archiv,  t.  VIII,  p.  331. 

4.  N»  439  du  Catalogue. 

5.  N"  440  du  Catalogue  de  la  vente  Méerman. 

6.  N»  83  de  l'Appendice. 


XI. 

La  librairie  sous  le  règne  de  Charles  VI. 

Charles  VI  avait  reçu  de  son  père  le  goût  des  livres;  il 
était  encore  enfant  quand  Charles  V  mit  à  sa  disposition  un 
roman  de  Godefroi  de  Bouillon1.  Son  oncle,  le  duc  de 
Bourgogne,  favorisa  les  libérales  inclinations  du  jeune  roi 
et  lui  suggéra  l'idée  de  maintenir  la  librairie  du  Louvre  sur 
le  pied  où  l'avait  mise  Charles  V. 

Nous  avons  vu  que,  sous  le  règne  de  Charles  VI,  la  garde 
de  la  librairie  resta  confiée  à  Gilles  Malet  jusqu'à  la  mort 
de  celui-ci,  arrivée  au  mois  de  janvier  1 41 1 ,  puis  à  Antoine 
des  Essarts  du  7  juillet  1 41 1  au  8  mai  1 41 3,  à  Garnier  de 
Saint- Yon  du  12  mai  14121  au  13  octobre  1413,  à  Jean 
Maulin  du  13  octobre  1413  jusqu'au  mois  de  juillet  1418, 
et  à  Garnier  de  Saint- Yon  à  partir  du  $1  de  ce  mois  de 
juillet. 

Les  successeurs  de  Gilles  Malet  ne  paraissent  pas  s'être 
beaucoup  occupés  de  la  librairie.  Il  fut  enjoint  à  Jean  Mau- 
lin de  ne  point  se  mêler  du  fait  de  la  librairie  les  jours 
non  fériés,  pour  n'être  point  détourné  du  travail  dont  il 
était  chargé  à  la  Chambre  des  comptes2,  et  Garnier  de 
Saint-Yon  dut  prêter  serment  de  ne  révéler  à  personne  le 
secret  de  la  librairie3. 


1.  Inventaire  général  des  livres  de  Charles  V  et  de  Charles  VI,  dans  la  seconde 
partie  de  cet  ouvrage,  article  1033. 

2.  «  lnjunctum  etiam  sibi  fuit  ne  in  diebus  non  feriatis  intus  ingérât  se 
quoquo  modo  in  facto  dicte  librarie,  ita  ut  per  occupationem  ejusmodi  vacet  a 
facto  ordinario  camere  compotorum.  »  Mémorial  H  de  la  Chambre  des  comptes, 
cité  par  Boivin,  ms.  français  22571,  p.  97. 

3.  «  Prestitit  juramentum  de  bene  et  fideliter  custodiendo  libros  dictos  et 
nemini  revelare  dicte  librarie  secretum.  »  Même  Mémorial,  cité  au  même 
endroit. 


126  LA  LIBRAIRIE  SOUS  CHARLES  VI. 

L'inventaire  des  livres  du  roi  qui  fut  dressé  en  1411, 
avant  l'installation  d'Antoine  des  Essarts,  constata  la  pré- 
sence d'environ  2,1  0  volumes  qui  étaient  entrés  au  Louvre 
depuis  le  récolement  de  1380.  Les  documents  qui  nous 
sont  parvenus  ne  donnent  guère  le  moyen  d'expliquer  une 
telle  augmentation.  Toutefois  nous  savons  que  plusieurs  des 
copistes  et  des  enlumineurs  parisiens,  dont  l'habileté  défiait 
alors  toute  concurrence,  ont  travaillé  pour  le  compte  de 
Charles  VI1,  et  nous  possédons  plusieurs  manuscrits  de 
grand  luxe  sur  lesquels  on  distingue  la  devise  Jamais,  qu'il 
avait  adoptée,  et  le  Cerf-volant,  dont  Froissart2  et  le  Reli- 
gieux de  Saint-Denis3  ont  donné,  chacun  de  son  côté,  une 
explication  différente.  C'est  ici  l'occasion  de  faire  remarquer 
que  Charles  VI  ne  fut  pas  le  seul  prince  qui  prit  pour  devise 
le  Cerf-volant.  En  tête  d'un  manuscrit  de  la  Bibliothèque 
de  Munich,  Cas  des  nobles  malheureux  de  Pétrarque,  copié 
en  1 458  et  illustré  par  Jean  Fouquet,  l'écu  de  France,  sou- 
tenu par  deux  cerfs  blancs,  au  collier  fleurdelisé,  se  voit 
sur  une  tapisserie  à  bandes  rouges,  blanches  et  vertes, 
dans  une  salle  où  se  tient  un  lit  de  justice4.  Le  cerf- volant 

1.  «  A  l'aumosnier.  pour  paier  unes  Heures  qu'il  a  fait  faire  pour  le  Roi, 
xxx  lrans.  »  (Rôle  du  mois  d'avril  1388,  dans  la  Collection  Clairamlmull, 
vol.  1G,  ]).  515.)  —  o  A  ceulz  qui  font  les  grans  Heures  du  Roi,  imsx  x  frans.  » 
(Rôle  de  septembre  1389,  ibid.,  p.  521.) 

2.  Froissart  (éd.  de  la  Société  de  l'Histoire  de  France,  t.  X,  p.  258)  décrit 
un  rêve  dans  lequel  Charles  VI,  en  1382,  s'était  vu,  aux  environs  d'Arras, 
chevauchant  un  cerf-volant,  «  et  tant  li  plaisoit  li  figure  de  che  cerf  que 
«  à  paines  en  imagination  il  n'en  pooit  partir,  et  fu  li  une  des  incidenses  prê- 
te miers  quant  il  descendi  en  Flandres  combattre  les  Flamens,  pourquoi  le  plus 
«  il  encarga  en  sa  devise  le  cerf- volant  à  porter  s. 

3.  Suivant  le  Religieux  de  Saint-Denis  (éd.  Bellaguet,  t.  I,  p.  70),  on  aurait 
pris  dans  une  chasse  du  roi  un  cerf  avec  un  collier  portant  cette  inscription  : 
César  hoc  mihi  donavit,  «  et  quia  id  nunquam  visuin  fuerat  vel  auditum,  in 
«  invencione  ejus  tantam  complacenciam  cepit  ut  deinceps  in  vasis  regiis 
«  aureis  et  argenteis  et  omni  supellectili  pomposa  cervum  volantem  et  coronam 
«  collo  gerentem  faceret  figurare  ».  Une  quittance  du  13  juin  1385  mentionne 
un  étendard  «  à  la  devise  du  roy  à  un  cerf  volant  à  ailes  d'or.  »  Bibl.  nat., 
Nouv.  acq.  fr.  20027,  pièce  82. 

4.  Il  y  en  a  une  médiocre  reproduction  dans  le  volume  que  Curmer  a  consa- 
cré à  l'œuvre  de  Fouquet.  On  a  longtemps  cru  que  ce  manuscrit  avait  été 


LA  LIBRAIRIE  SOUS  CHARLES  VI.  127 

a  été  aussi  une  des  devises  de  la  maison  de  Bourbon, 
comme  Brantôme1  l'a  rappelé  à  propos  du  grand  éten- 
dard du  connétable. 

Plusieurs  écrivains  ont  offert  leurs  ouvrages  à  Charles  VI, 
notamment  Robert,  évêque  de  Senez2,  Bernard  Alamand3 
et  Pierre  Salmon,  dont  la  Bibliothèque  nationale  possède  le 
recueil  des  opuscules  présenté  au  Roi4,  magnifique  manus- 
crit renfermant  un  portrait  de  Charles  VI5,  du  duc  de 
Bcrry0  et  de  Jean  sans  Peur,  duc  de  Bourgogne7  ;  la  devise 
James  y  est  inscrite  dans  plusieurs  tableaux  sur  le  man- 
teau du  roi  et  sur  des  pièces  d'ameublement.  L'exem- 
plaire de  l'ouvrage  d'Honoré  Bonet,  La  Vision  du  Prieur 
de  Salon,  qui  entra  dans  la  librairie  du  Louvre  sous  le 
règne  de  Charles  VI,  était  garni  de  trois  courts  fermoirs 
d'argent  doré,  «  faits  en  forme  de  deux  mains,  avec  trois 
cerfs  volants  d'argent  doré 8  » .  Il  faut  encore  citer  Le  Songe 
du  vieux  pèlerin,  de  la  bibliothèque  de  l'Arsenal9,  dont  une 
page  (fol.  34)  est  couverte  par  une  grande  peinture,  enca- 
drée de  demi-fleurs  de  lis  et  représentant  un  cerf  blanc 
ailé,  la  couronne  royale  au  cou,  volant  dans  un  ciel  rouge; 

fait  pour  Etienne  Chevalier.  Tout  récemment,  M.  le  comte  Durrieu  a  découvert 
qu'il  avait  eu  pour  premier  possesseur  Laurens  Girard,  notaire  et  secrétaire  du 
Roi,  contrôleur  de  la  recette  générale  des  finances  depuis  1456. 

1.  Éd.  de  la  Société  de  l'Histoire  de  France,  t.  I,  p.  286. 

2.  Le  Miroir  moral  de  Robert,  évéque  de  Senez,  fut  offert  à  Charles  VI  en 
1385.  Voir  les  mss.  latins  3490  et  6485. 

3.  Voir  le  traité  sur  le  schisme,  ms.  latin  1481,  fol.  51  v°.  —  Le  P.  Dairc 
(manuscrit  des  Célestins,  ms.  français  15290,  p.  50)  indique  un  ouvrage  du 
même  auteur  intitulé  :  Expositio  aliquorum  verborum  Chrisli,  qui  fut  pré- 
senté au  roi  le  15  février  1398. 

4.  Ms.  français  23279.  Sur  ce  manuscrit,  voir  une  notice  de  Levesque  dans 
Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  V,  p.  415;  l'édition  que  Crapelet  a  don- 
née en  1833  du  Dialogue  entre  Charles  VI  et  Salmon;  enfin  la  notice  de  M.  H. 
Moranvillé  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1889,  t.  L,  p.  10. 

5.  Fol.  1  v°,  5,  19. 

6.  Fol.  53. 

7.  Fol.  5  et  19. 

8.  Inventaire  des  livres  de  Charles  V  et  Charles  VI,  article  1213. 

9.  Ms.  2G82.  Voir  le  Catalogue  de  M.  Henry  Martin,  t.  III,  p.  74  et  75. 


128  LA  LIBRAIRIE  SOUS  CHARLES  VI. 

peut-être  aussi  le  Térence  de  la  même  bibliothèque1,  dont 
le  cadre  du  frontispice  est  orné  aux  quatre  angles  de  ban- 
nières d'azur  à  fleurs  de  lis  d'or,  mais  dont  la  devise  des 
banderoles  est  De  bien  en  mieux. 

Cette  devise  a  fait  élever  des  doutes  sur  l'attribution  du 
Térence  à  Charles  VI2;  mais  je  suis  porté  à  croire  que  ce 
roi  a  bien  pu  adopter  la  devise  De  bien  en  mieux.  Sur  un 
vitrail  de  la  cathédrale  d'Évreux,  on  a  relevé,  avant  la 
Révolution,  les  armes  royales  accompagnées  de  la  lettre  K, 
d'un  cerf  ailé  accolé  d'or  et  d'une  devise  qu'on  lisait  En 
bien*.  N'y  aurait-il  pas  là  une  lecture  défectueuse  et  incom- 
plète de  la  devise  De  bien  en  mieux  inscrite  sur  les  enrou- 
lements d'une  banderole. 

Un  bel  exemplaire  des  Gesta  Romanorum  passe  encore 
pour  avoir  été  un  livre  de  Charles  VI.  Il  était  dans  la  col- 
lection du  bibliophile  James  Edwards,  mort  en  1819.  Nous 
le  connaissons  par  l'éloge  que  Dibdin  en  a  fait  dans  The 
bibliographieal  Decameron 4 . 

Un  compte  de  l'année  1389  mentionne  un  livre  dont 
Jean  Dodieu,  évêque  de  Senlis,  fit  présent  au  Roi5,  et  le 
docteur  Hamy6  nous  a  appris,  il  y  a  peu  d'années,  com- 


1.  Ms.  664.  Les  miniatures  de  ce  manuscrit  sont  à  la  veille  d'être  publiées  en 
héliogravure  par  M.  Henry  Martin. 

2.  M.  Henry  Martin,  dans  une  excellente  notice  qu'il  a  publiée  en  1902  (Bul- 
letin de  la  Société  de  l'histoire  du  théâtre,  n°  1,  p.  15-42),  est  porté  à  croire 
que  le  Térence  de  l'Arsenal  n'a  jamais  appartenu  à  Charles  VI  ;  il  l'appelle  le 
Térence  des  ducs,  parce  qu'il  a  incontestablement  appartenu  au  duc  de 
Guyenne  et  qu'il  a  été  longtemps,  à  titre  de  prêt,  entre  les  mains  du  duc  de 
Berry.  Ce  manuscrit  peut  bien  avoir  été,  à  l'origine,  destiné  au  Roi,  dont  les 
armes  sont  peintes  sur  les  bannières  du  frontispice. 

3.  J'ai  jadis  pris  cette  note  sur  une  pièce  qui  paraissait  provenir  du  cabi- 
net de  Gaignières. 

4.  T.  I,  p.  cci-cciii,  avec  la  gravure  qui  fait  face  à  la  p.  cxcix. 

5.  «  Pour  une  aune  et  demie  de  drap  de  soye...  pour  faire  couvrir  un  sautier 
et  un  journal  pris  en  la  tour  de  Meleun,  et  un  livre  d'enseignement  donné  au 
dit  seigneur  par  mons.  l'evesque  de  Senliz.  »  (Reg.  KK20  des  Arch.  nat., 
fol.  80.  Note  de  Douët  d'Arcq.) 

6.  Cresques  lo  Julien.  Note  sur  un  géographe  juif  catalan  de  la  fin  du 


LA  LIBRAIRIE  SOUS  CHARLES  VI.  129 

ment,  au  mois  de  novembre  1 38 1 ,  D.  Juan,  duc  de  Gérone, 
fils  aîné  de  Pierre  V,  roi  d'Aragon,  fit  remettre  à  Guillaume 
de  Gourci,  pour  l'offrir  au  roi  de  France,  une  mappemonde 
qui  était  déposée  dans  les  archives  de  la  couronne  à  Barce- 
lone, et  qui  était  l'œuvre  d'un  juif  nommé  Cresques. 

En  1 41 0,  la  librairie  du  Louvre  s'enrichit  d'une  vingtaine 
de  volumes  qui  méritaient  une  place  à  côté  des  livres  de 
Charles  V  :  ils  avaient  été  saisis  au  château  de  Marcoussis, 
après  la  mort  de  Jean  de  Montaigu,  grand  maître  de  l'hô- 
tel du  roi,  décapité  aux  halles  de  Paris  le  1 7  octobre  1 409 4. 
Le  duc  de  Guyenne2  les  fit  déposer  au  Louvre  par  l'entre- 
mise de  Jean  d'Arsonval,  son  confesseur  et  maître  d'école; 
Gilles  Malet  les  reçut  le  7  janvier  14103.  La  Bibliothèque 
nationale  en  possède  encore  deux4,  sur  lesquels  Jean  d'Ar- 
sonval a  mis  cette  note  :  «  Des  livres  de  Marcoussis,  pour 
«  mons.  de  Guienne,  mis  au  Louvre  en  garde.  » 

XIV  siècle.  Paris,  1891,  in-8°.  (Extrait  du  Bulletin  de  géographie  historique 
et  descriptive,  année  1891,  n°  3.) 

1.  La  biographie  de  Jean  de  Montaigu  a  été  publiée  par  Lucien  Merlet,  dans 
la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  3e  série,  t.  III,  p.  248-284. 

2.  Louis,  fils  de  Charles  VI,  duc  de  Guyenne,  avait  le  goût  des  beaux  livres, 
il  a  possédé  un  Térence  que  le  duc  de  Berry  semble  avoir  voulu  s'approprier. 
Voir  plus  haut,  p.  128,  et  les  Inventaires  de  Jean,  duc  de  Berry,  éd.  Guif- 
frey,  t.  1,  p.  335,  n°  1248,  et  t.  II,  p.  301.  —  Sur  les  livres  du  'duc  de  Guyenne, 
il  faut  consulter  le  travail  de  Léopold  Pannier,  Les  Joyaux  du  duc  de  Guyenne. 
Recherches  sur  les  goûts  artistiques  et  la  vie  privée  du  dauphin  Louis,  fils 
de  Charles  VI.  Paris,  1874,  in-8°,  72  p.  (Extrait  de  la  Revue  archéo- 
logique.) 

3.  «  S'ensuit  la  declaracion  de  certains  autres  livres  que  monseigneur  le  duc 
de  Guienne,  qui  à  présent  est,  a  envoiez  en  la  dicte  librarie  par  maistre  Jehan 
d'Arçonval,  confesseur  et  maistre  d'escolle  du  dit  monseigneur  de  Guienne,  et 
lesquelz  furent  receuz  et  mis  en  ladicte  librarie  par  feu  messire  Giles  Malet, 
en  son  vivant  garde  de  la  dicte  librarie,  le  vu"  jour  de  janvier  l'an  mil  CCCC 
et  neuf.  »  Ms.  français  2700,  fol.  132.  La  liste  de  ces  livres  se  trouve  à  part 
dans  les  inventaires  de  1380  (partie  supplémentaire),  à  la  fin  des  inventaires  de 
1411  et  de  1413  (A  911-930,  D  922-941,  E  900-916).  D'autres  volumes  ayant 
appartenu  à  Jean  de  Montaigu  furent  recueillis  par  le  duc  de  Berry.  Voir  les 
Inventaires  du  duc  de  Berry,  éd.  Guiffrey,  1. 1,  p.  258,  n"  972,  et  t.  II,  p.  282, 
n°  1194. 

4.  Fonds  français  174  et  542.  —  Le  ms.  français  810  vient  aussi  de  Jean  de 
Montaigu. 

9 


130  LA  LIBRAIRIE  SOUS  CHARLES  VI. 

Le  22  mai  1422,  on  déposa  pareillement  dans  la  tour 
du  Louvre  deux  pontificaux  qui  s'étaient  rencontrés  dans 
la  succession  de  Gérard  de  Montaigu,  évêque  de  Paris, 
frère  de  l'infortuné  grand  maître1. 

Malgré  le  silence  des  inventaires,  nous  savons  que  la 
librairie  du  Louvre  contenait  un  fonds  de  livres  hébraïques 
dont  le  noyau  s'était  formé  sous  le  règne  de  Charles  V  et 
qui  reçut  un  notable  accroissement  sous  celui  de  Charles  VI. 

Le  premier  de  ces  rois  avait  réglé  l'emploi  qu'il  enten- 
dait faire  de  livres  confisqués  sur  les  Juifs  et  déposés  au 
Trésor  des  chartes.  Il  en  fit  prêter  quelques-uns  à  des 
Juifs  établis  à  Paris,  il  en  déposa  d'autres  dans  la  librairie 
du  Louvre  et  il  en  mit  plusieurs,  à  la  disposition  de  son 
astronome  Thomas  de  Bologne,  le  père  de  Christine  de 
Pisan.  Il  en  fut  dressé  un  état  général,  au  bas  duquel  le  Roi 
mit  sa  signature2,  pour  servir  de  décharge  au  garde  du  Tré- 
sor des  chartes,  Gérard  de  Montaigu,  qui,  dans  une  des  pré- 
faces de  l'Inventaire  du  Trésor,  a  mentionné  la  remise  à  la 
librairie  d'un  très  beau  rôle  de  la  loi  et  de  plusieurs  autres 
très  beaux  livres  juifs3. 

Une  seconde  collection  de  livres  hébraïques  fut  livrée  à 
Gilles  Malet  vers  1 397  :  elle  se  composait  de  cent  quatorze 
volumes,  de  quatre  rôles  et  d'une  quantité  de  cahiers  de 
la  Bible  ou  du  Talmud,  qu'on  avait  trouvés,  après  l'expul- 
sion des  Juifs,  dans  une  maison  du  faubourg  Saint-Denis 
ayant  pour  enseigne  un  porcelet4. 

L'énumération    des    pertes    que   subit  la   librairie   du 

1.  Inventaire  de  l'année  1424,  articles  811  et  812. 

2.  Appendice,  IX. 

3.  «  Alios,  videlicet  unuin  rotulum  pulchriorem  legis  prediete,  cum  aliqui- 
bus  aliis  pulchrioribus  libris,  posuit  in  sua  libraria  apud  Luparain.  »  Préface 
de  Gérard  de  Montaigu,  citée  par  Bordier,  Les  Archives  de  France,  p.  168. 

4.  Sauvai,  t.  II,  p.  520.  Cf.  la  citation  que  Boivin  (ms.  français  22571,  p.  89) 
fait  du  texte  de  Sauvai  d'après  le  manuscrit  original  de  la  bibliothèque  du 
chancelier.  L'expulsion  des  Juifs  est  rapportée  à  l'année  1393  dans  la  Chro- 
nique du  religieux  de  Saint-Denis,  t.  II,  p.  118. 


LA  LIBRAIRIE  SOUS  CHARLES  VI.  131 

Louvre  sous  le  règne  de  Charles  VI  sera  plus  longue  que 
le  tableau  de  ses  accroissements  pendant  la  même  période. 
Dans  l'intervalle  compris  entre  la  retraite  de  Garnier  de 
Saint-Yon  et  l'installation  de  Jean  Maulin,  soit  vers  l'an- 
née 1414,  cinquante-cinq  volumes  lurent  enlevés  de  la 
tour  de  la  librairie1.  On  ne  saurait  dire  si  ce  fut  un  vol, 
ou  bien  un  abus  d'autorité  commis  par  un  des  princes  qui 
se  disputaient  alors  le  pouvoir. 

L'usage  qui  s'introduisit  de  ne  point  réintégrer  dans  le 
dépôt  les  livres  qu'on  voulait  lire  ou  consulter  entraîna  des 
conséquences  encore  plus  funestes  que  l'enlèvement  dont  il 
vient  d'être  question.  Charles  VI  fut  le  premier  à  donner 
l'exemple  de  cet  abus.  Il  négligea  toujours  de  faire  rendre 
au  garde  de  sa  librairie  les  volumes  qu'il  lui  demandait 
pour  se  distraire  ou  pour  s'instruire,  et  qu'il  voulait  avoir 
toujours  sous  sa  main,  même  pendant  ses  voyages2.  Voici, 
par  ordre  chronologique,  l'indication  des  livres  qu'il  se 
fit  remettre  et  qui  ne  rentrèrent  jamais  dans  la  tour  de 
la  librairie  : 

1380,  30  septembre  :  Achèvement  du  Brut  (art.  1094);  — 
5  octobre  :  Livre  du  sacre  (art.  230)  ;  —  16  décembre  :  Chroniques 
(art.  989). 

1381,  30  avril  :  Instruction  des  enfants  nobles  (art.  529);  — 
14  octobre  :  Gilles  de  Rome  (art.  514). 

1382,  25  janvier  :  Faits  des  Romains,  le  Saint-Graal  et  Tristan 
(art.  974,  1114  et  1202). 

1384,  11  octobre  :  la  Mort  d'Artus  (art.  1082). 
1389,  20  janvier  :  Bréviaire  (art.  125). 

1.  Le  catalogue  de  ces  cinquante-cinq  volumes  est  dans  le  ras.  français  9430, 
articles  917  à  971. 

2.  «  Pour  un  coffre  de  bois  moien,  couvert  de  cuir  par  dehors  et  garni 
de  loille  par  dedens,  ferré  et  cloué,  fermant  à  clef,  pour  mettre  et  porter  en 
chariot  les  livres  et  roumans  du  dit  seigneur,  lxiiii  s.  p.  »  (Compte  de  1396, 
Arch.  nat.,  KK  25,  fol.  53.  Note  de  Douët  d'Arcq.)  —  Un  compte  de  1387 
(ibid.,  KK  18,  fol.  42  v)  mentionne  «  un  coffre  de  bois  couvert  de  cuir,  fermant 
à  clef,  ferré  et  cloué  ainsi  qu'il  appartient,  pour  mettre  et  porter  en  chariot 
les  livres  et  romans  de  la  royne  ». 


132  LA  LIBRAIRIE  SOUS  CHARLES  VI. 

1392,  24  septembre  :  le  Trésor,  la  Légende  dorée  et  Godefroi  de 
Bouillon  (art.  451,  908  et  1028);  —  20  novembre  :  Jean  de  Mande- 
ville  (art.  877). 

1393,  lors  du  voyage  du  roi  au  Mont-Saint-Michel  '  :  les  Faits  de 
Troie  (art.  1211)  ;  —  12  septembre  :  les  Faits  de  César  (art.  984). 

1397,  31  décembre  :  Julius  César  en  prose  (art.  983). 

1398,  29  décembre  :  une  Bible  en  français  (art.  103). 
1405,  5  juin  :  Instruction  des  princes  (art.  510). 

Date  incertaine,  lors  d'un  voyage  du  roi  en  Languedoc  :  Aye 
d'Avignon  (art.  1089). 

Je  n'ai  pas  compris  dans  ce  relevé  le  Trésor  du  roi  Phi- 
lippe2 que  Charles  VI  se  fît  porter  à  Rouen,  en  novembre 
1415,  par  le  garde  de  la  librairie  Jean  Maulin3,  ce  volume 
ayant  été  réintégré  à  sa  place  et  étant  enregistré  sur  l'in- 
ventaire de  1424. 

La  reine  Isabeau  contribua  à  l'appauvrissement  de  la 
librairie  royale.  Elle  s'en  fit  communiquer  ou  donner,  ce 
qui  était  tout  un,  plusieurs  volumes  de  la  librairie  du 
Louvre  :  un  Missel  français4  ;  des  Heures,  en  janvier  1 388 5; 
le  Saint-Graal,  le  Bel  Escanor  et  les  Gestes  de  Pépin,  en 


1.  Une  allusion  à  ce  voyage  se  trouve  dans  un  mandement  de  Louis,  duc 
d'Orléans,  du  13  septembre  1398  :  «  Pour  avoir  refait  tout  de  neuf  deux  pots 
d'argent  de  l'eschançonnerie,  qui  étoient  très  vieillement  dorés  et  qui  pieça  lui 
furent  donnés  par  la  ville  et  habitans  de  Falaise,  au  voyage  que  le  Roi  fit  au 
Mont-Saint-Micbel,  lesquels  ont  été  refondus  parce  qu'ils  étoient  rompus  et 
dépecés  en  plusieurs  endroits...  »  Ms.  français  10432,  p.  11. 

2.  Article  1037. 

3.  «  Mardi  ultima,  magister  Jobannes  Maulin,  clericus  compotorum  régis  et 
custos  sue  librarie  Lupare,  pro  viagio  per  eum  facto  erga  regem,  de  mandato 
ejusdem  domiui,  mense  novembris  ultimo  preteriti,  de  Parisius  apud  Rotho- 
înagum,  pro  defereiido  quemdam  librum  dicte  librarie,  intitulatum  Thésaurus 
régis,  in  quo  iibro  figurautur  plures  modi  ingeniorum  belli,  pro  quo  fuerunl  ei 
taxati,  per  dominum  regem,  per  ejus  litteras  ultima  novembris  ultimo  prete- 
riti, sic  signatas  :  Par  le  Roy,  Le  Bègue,  mi  fr.  per  diem,  ultra  vadia  sua 
ordinaria  ;  in  quo  viagio  vacavit  per  vin  (lies,  inceptos  vim  die  dicti  mensis 
novembris,  pro  eodern,  xxxn  1.  t.,  valent  xxv  1.  xn  s.  p.;  comp.  per  se  et  lit— 
teram  suam  datam  ista  die.  »  Journal  du  Trésor,  au  31  mars  1410,  publié  par 
H.  Moranville,  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1888,  t.  XLIX,  p.  426. 

4.  Inventaire  des  livres  de  Cbarles  V  et  Cbarles  VI,  article  187. 

5.  Ibid.,  article  249. 


LES  LIVRES  DE  LA  REINE  ISABEAU.  133 

août  13901;  le  Bestiaire  d'amour,  l'Enserrement  de  Merlin 
et  Torrez,  chevalier  au  cercle  d'or,  en  novembre  13922; 
Tristan,  en  1402;\  et  Artus,  en  14044.  Les  goûts  littéraires 
de  cette  princesse  ont  été  judicieusement  appréciés  par 
Vallet  de  Viriville5,  qui  a  relevé  dans  les  comptes  de 
l'argenterie  la  mention  non  seulement  de  divers  livres  de 
piété  qu'Isabeau  fît  écrire,  peindre  ou  réparer6,  mais  encore 
d'une  chronique  qu'elle  emprunta  en  1398  de  Philippe  le 
Hardi,  duc  de  Bourgogne7,  des  Cent  ballades  d'Othe  de 
Granson  qu'elle  acheta  en  1399  de  Pierre  Le  Portier8,  et 
d'une  Légende  dorée  qui  lui  coûta  54  livres  parisis  en 
14009.  Les  mêmes  comptes  nous  apprennent  le  nom  de 
plusieurs  écrivains,  enlumineurs,  libraires  et  relieurs  de 
Paris  qui  travaillèrent  pour  la  reine10  :  Jean  de  Chàtillon, 
écrivain  de  lettre  de  forme,  en  1 396  et  1 398  ;  Jean  d'Essy, 
libraire,  en  1397;  Geoffroi  Ghorse,  écrivain  et  enlumineur, 
en  1397;  Robin  de  Fontaines,  enlumineur  et  écrivain,  en 
1 398  ;  Pierre  Le  Portier,  écrivain  de  lettre  de  forme,  en 
1398  et  1401  ;  Perrin  Gauvel,  en  1398;  Alain  Sebèce,  écri- 
vain, en  1398;  Jean  Geoffroi,  relieur,  en  1398;  André  de 
La  Croix,  écrivain  de  lettre  courante,  en  1 398  ;  Jean  de 
Jouy,  enlumineur,  en  1 398  ;  Jean  d'Arras,  libraire  ;  Hilaire 


1.  Inventaire  des  livres  de  Charles  V  et  Charles  VI,  articles  1103,  1119  et  1160. 

2.  lbid.,  articles  794,  1144  et  1195. 

3.  lbid.,  article  1199. 

4.  lbid.,  article  1081. 

5.  La  Bibliothèque  d'Isabeau  de  Bavière.  Paris,  1858,  in-8",  38  p.  (Extrait 
du  Bulletin  du  bibliophile,  année  1858.) 

6.  Parmi  les  livres  de  dévotion  qui  ont  servi  à  Isabeau,  Vallet  de  Viriville 
a  cru  pouvoir  ranger  les  Heures  conservées  à  la  Bibliothèque  nationale  sous  le 
n°  1403  du  fonds  latin  ;  il  en  a  donné  une  description  détaillée. 

7.  Dissertation  de  Vallet  de  Viriville,  p.  6. 

8.  lbid.,  p.  6. 

9.  lbid.,  p.  7. 

10.  lbid.,  p.  7-27.  J'ai  ajouté  à  la  liste  de  Vallet  de  Viriville  plusieurs  noms 
consignés  dans  les  comptes  de  la  reine  Isabeau,  registre  KK  41  des  Archives 
nationales. 


134  LA  LIBRAIRIE  SOUS  CHARLES  VI. 

de  Rez,  libraire;  Gervaisot  de  Deuil,  écrivain  de  lettre  de 
forme,  en  1401  ;  et  Haincelin,  peintre,  en  1403.  Ce  fut  Isa- 
beau  de  Bavière,  et  non  Isabelle  d'Aragon,  femme  de  Phi- 
lippe le  Hardi1,  qui  fit  mettre  un  exemplaire  de  la  Somme  le 
roi  dans  l'église  des  Innocens  à  Paris,  afin  que  ceste  matière 
fust  sceue  comme  souveraine  de  touz  ceulx  qui  là  le  voul- 
droient  lire2  ».  Ce  fut  encore  pour  la  reine  Isabeau  que 
fut  faite  en  1398  une  traduction  de  la  Passion,  dont  il  y  a 
deux  exemplaires  à  Bruxelles3  et  à  Munich4;  un  troisième 
a  formé  le  n°  71  de  l'Appendice  de  la  bibliothèque  du 
comte  d'Ashburnham. 

Un  des  plus  beaux  manuscrits  que  la  reine  Isabeau  ait 
possédés  est  l'exemplaire  des  poésies  de  Christine  de  Pisan 
que  l'auteur  lui  offrit  entre  les  années  1410  et  1415  et  qui 
est  conservé  au  Musée  britannique  dans  le  fonds  Harley, 
n°  4431 .  Jaquette  de  Luxembourg,  femme  du  duc  de  Bed- 
l'ord,  qui  l'a  possédé,  a  mis  sa  signature  sur  le  premier 
feuillet  de  garde.  Le  frontispice,  qui  représente  la  reine 
Isabeau,  recevant  le  livre  des  mains  de  Christine,  dans  un 
somptueux  appartement,  en  présence  des  dames  de  sa 
cour,  a  été  reproduit  dans  l'ouvrage  de  Henry  Shaw5  et 
dans  le  tome  III  des  Œuvres  poétiques  de  Christine  de 
Pisan,  où  le  fac-similé  accompagne  une  note  de  M.  Paul 
Meyer.  Il  faut  voir  aussi  sur  ce  beau  manuscrit  l'Introduc- 
tion de  M.  George  F.  Warner  à  The  Epistle  of  Othea  to  Hec- 
tor, translatée  from  the  french  of  Christine  de  Pisan  by 

1.  Comme  l'avaient  cru  Quétif  et  Échard  {Script,  ord.  Prsedic,  t.  I,  p.  387), 
dont  la  conjecture  a  été  consignée  sans  observation  dans  l'Hist.  litt.  de  la 
France,  t.  XIX,  p.  399.  Ce  qui  prouve  que  cette  conjecture  est  inadmissible, 
c'est  que  le  manuscrit  dont  il  s'agit  n'est  certainement  pas  du  xme  siècle. 

2.  Ms.  français  22935,  jadis  82  de  Notre-Dame. 

3.  Catalogue  des  mss.  de  la  bibl.  de  Belgique,  n°  1641,  t.  II,  p.  181, 
jadis  n°  9303. 

4.  Calai,  codicum  mss.  Monac,  t.  VII,  p.  11,  n°  70.  —  Hennin,  Monuments 
de  l'histoire  de  France,  t.  V,  p.  137. 

5.  Dresses  and  décorations  of  the  Middle  âges. 


LES  LIVRES  DE  LA  REINE  ISABEAU.  135 

Stephen  Scrope.  Ce  dernier  ouvrage,  publié  en  1 904  pour 
le  Roxburghe  Club,  contient  la  reproduction  de  la  minia- 
ture qui,  dans  le  ms.  harléien,  se  trouve  en  tête  de  l'Épitre 
d'Othéa. 

On  pourrait  encore  citer  un  autre  manuscrit  du  Musée 
britannique1  venu  probablement  de  la  reine  Isabeau  de 
Bavière  :  un  exemplaire  des  Vies  de  saint  Louis  et  de  Phi- 
lippe le  Hardi  par  Guillaume  de  Nangis;  le  frontispice  en 
est  publié  en  autotypie  dans  la  première  série  des  Repro- 
ductions from  illuminated  manuscripts ,  plate  xxvm. 

Mais  je  ne  dois  pas  m'attarder  à'parler  des  goûts  de  la 
reine  Isabeau.  Ce  qu'on  en  pourrait  dire  ne  doit  pas  me 
faire  oublier  qu'il  s'agit  ici  d'expliquer  la  décadence  et  la 
ruine  de  la  librairie  du  Louvre  au  commencement  du 
xve  siècle.  Si  le  magnifique  dépôt  créé  par  Charles  V  n'avait 
été  mis  à  contribution  que  pour  satisfaire  la  curiosité  de 
Charles  VI  et  d'Isabeau  de  Bavière,  le  mal  n'aurait  pas  été 
irréparable;  il  fut  sans  remède  du  jour  où  l'on  tira  du 
Louvre,  comme  d'un  magasin  commun,  tout  ce  qui  était  à 
la  convenance  des  membres  de  la  famille  royale. 

A  l'avènement  de  Charles  VI,  le  duc  d'Anjou  se  fît 
remettre  près  de  quarante  ouvrages  soigneusement  choisis 
parmi  les  plus  beaux  exemplaires  de  la  librairie  royale  : 
Gilles  Malet  lui  en  livra  quatorze  le  7  octobre  1 380  2,  treize 
le  22  novembre  suivant3,  et  quatre  au  mois  de  mars  1 381 4. 
Le  3  mai  de  la  même  année,  il  lui  bailla  ce  qu'il  avait  de 
la  traduction  de  la  Bible  commencée  par  Jean  de  Sy5;  l'un 

t.  Royal  ms.  18.  B.  m.  Sur  ce  manuscrit,  voir  mes  Notes  sur  quelques  manus- 
crits du  Musée  britannique.  Paris,  1878,  p.  36,  n°  x.  (Extrait  des  Mémoires 
de  la  Société  de  l'histoire  de  Paris,  t.  IV.) 

2.  Inventaire  des  livres  de  Charles  V,  articles  115,  218,  296,  471,  481,  484, 
501,  523,  854,  881,  899,  906,  978  et  1015. 

3.  Articles  151,  295,  298,  386,  391,  395,  398,  408,  415,  417,  772,  857  et  1155. 

4.  Articles  490,  976,  986  et  1056. 

5.  Articles  31  et  32.  Voir  encore  aux  articles  442  et  526  l'indication  de 
manuscrits  livrés  à  monseigneur  d'Anjou. 


136  LA  LIBRAIRIE  SOUS  CHARLES  VI. 

de  nos  plus  beaux  manuscrits  du  milieu  du  xive  siècle. 
Dans  le  principe,  il  ne  s'agissait  que  d'un  prêt1;  mais  la 
plupart  des  volumes  remis  au  duc  d'Anjou  ne  devaient 
jamais  rentrer  au  Louvre. 

Ce  fut  un  vrai  pillage  auquel  prirent  part  les  oncles  du 
roi,  les  ducs  de  Berry2  et  de  Bourgogne3,  ses  tantes  la 
duchesse  de  Bourgogne *,  celle  de  Bar5,  et  Catherine  de 
Bourbon0,  son  frère  Louis,  comte  de  Valois  et  bientôt  duc 
d'Orléans7,  son  cousin  Jean,  comte  de  Montpensier8. 

C'était  un  trésor  qu'on  croyait  inépuisable  et  qu'on  met- 
tait à  contribution  même  pour  l'éducation  des  enfants  de 
la  maison  royale.  On  en  fit  profiter  le  petit  dauphin  Charles, 
qui  mourut  en  1401 9,  à  l'âge  de  dix  ans,  Louis,  duc  de 
Guyenne,  mort  en  1 41 5d0,  un  troisième  fils  du  Roi,  Charles, 
qui  lui  succéda11,  et  deux  filles  Marie12  et  Michelle13. 

1.  Article  899. 

2.  Articles  2,  264  et  948. 

3.  Philippe  le  Hardi,  suivant  l'inventaire  de  1404  publié  par  Peignot  (Cotai. 
de  la  bibl.  des  ducs  de  Bourgogne,  p.  51),  possédait  un  exemplaire  des  Poli- 
tiques, dont  les  fermoirs  étaient  aux  armes  du  roi.  Cf.  l'inventaire  publié  par 
G.  Doutrepont,  p.  51. 

4.  Article  22. 

5.  Articles  916  et  946. 

6.  Articles  212  et  263. 

7.  Articles  4,  9,  173,  181  et  517.  —  L'article  4  doit  correspondre  à  la  Bible 
qui  porte  le  n°  590  à  la  bibliothèque  de  l'Arsenal. 

8.  Article  124. 

9.  Articles  285  et  1026.  Le  16  octobre  1400,  Charles  VI  acheta  à  son  secré- 
taire, maître  Hue  de  Fontaines,  un  livre  destiné  à  son  fils  le  dauphin  Charles, 
livre,  dit-il,  «  ouquel  est  contenu  tout  le  psautier,  les  Heures  de  Nostre-Dame, 
«  de  la  Croix  et  du  saint  Esperit,  les  Sept  pseaulmes,  avecques  les  Vigiles  de 
«  mors  à  neuf  pseaulmez  et  pluseurs  autres  choses,  et  lequel  est  très  bien 
«  illuminé,  historié  et  bien  garny  de  fermaulx  d'or.  »  (Bibl.  nat.,  Lettres  de 
Charles  VI,  à  la  date  du  16  octobre  1400,  ras.  français  25707,  pièce  479.) 

10.  Articles  166  et  515.  Ce  fut  pour  le  prince  Louis  que  fut  composé,  par 
«  magister  Odo  natione  Picardus  »,  un  commentaire  sur  le  poème  de  Theodo- 
lus,  dont  il  existe  plusieurs  éditions.  Celle  qui  fut  imprimée  à  Paris  en  1488 
par  Pierre  Levet  est  à  la  Bibliothèque  nationale,  Réserve,  m.  Yc.  323. 

11.  Articles  264  et  905. 

12.  L'article  264  de  l'Inventaire  doit  s'appliquer  à  Marie,  fille  de  Charles  VI, 
qui  fut  religieuse  à  Poissy,  plutôt  qu'à  Marie,  fille  du  roi  Jean. 

13.  Article  905.  —  Je  ne  parle  pas  ici  d'un  livre  d'Heures,  aujourd'hui  con- 


LE  PILLAGE  DE  LA  LIBRAIRIE.  137 

Ce  qui  précipita  la  décadence  de  la  librairie  du  Louvre 
ce  fut  l'habitude  qui  s'introduisit  de  la  considérer  comme 
un  magasin  rempli  d'objets  qui  pouvaient  être  offerts  en 
cadeau  à  des  princes  et  des  princesses,  à  des  prélats,  à  des 
courtisans,  à  des  serviteurs  dont  il  convenait  de  reconnaître 
honorifiquement  le  dévouement.  C'est  ainsi  que  sortirent 
du  Louvre  beaucoup  de  livres  d'une  grande  valeur  :  le 
Bréviaire  de  Belleville,  que  Charles  VI  envoya  à  Richard  II, 
roi  d'Angleterre1,  le  Tristan,  qui  fut  offert  à  la  reine  d'Es- 
pagne2, et  le  Miroir  historial,  que  le  duc  de  Guyenne 
ordonna  de  remettre  au  duc  de  Bavière3.  Ainsi  furent  dis- 
persés les  nombreux  volumes  que  reçurent  en  présent 
Louis,  duc  de  Bourbon4,  le  comte  de  Flandre5,  le  comte  de 
Nevers6,  le  comte  de  Savoie7,  le  sire  de  Coucy8,  le  sire  de 
Gonnaut9,  Guillaume  des  Bordes10,  le  sénéchal  d'Eu11, 
Jacques  du  Val,  secrétaire  du  roi12,  maître  Renaud  de 
Chasteaux13,  Bussy,  l'un  des  gens  du  sire  de  Coucy14,  et 
un  chanteur  de  la  reine  Isabeau15. 


serve  à  Nuremberg,  que  Charles  VI  donna  à  une  reine  d'Angleterre,  non  pas  à 
sa  fille  Isabelle,  la  malheureuse  femme  de  Richard  II,  mais  plutôt  à  Jeanne  de 
Navarre,  femme  de  Henri  IV  en  1403,  ou  bien  à  Catherine  de  France,  mariée  à 
Henri  V  en  1420.  Il  sera  question  de  ce  livre  dans  le  chapitre  XIII,  notice  xxix. 

1.  Notes  inscrites  par  Jean  Flamel  sur  le  Bréviaire  de  Belleville,  aujourd'hui 
n°«  10483  et  10484  de  fonds  latin. 

2.  Inventaire  des  livres  de  Charles  V,  article  1202. 

3.  Ibid.,  article  880. 

4.  Ibid.,  articles  20  et  975. 

5.  Ibid.,  article  25. 

6.  Ibid.,  article  1125. 

7.  Ibid.,  article  1085. 

8.  Ibid.,  articles  19  et  1160. 

9.  Ibid.,  articles  656  et  909. 

10.  Ibid.,  article  28. 

11.  Ibid.,  article  893. 

12.  Ibid.,  article  656. 

13.  Ibid.,  articles  653,  668,  706,  725  et  778. 

14.  Ibid.,  articles  1090  et  1109. 

15.  Ibid.,  article  1106. 


XII. 
Ruine  de  la  librairie. 

Malgré  les  causes  d'appauvrissement  qui  viennent  d'être 
rappelées,  la  librairie  du  Louvre  renfermait  encore  plus 
de  huit  cents  volumes  quand  la  mort  de  Charles  VI  vint 
lui  porter  un  coup  dont  elle  ne  devait  pas  se  relever.  En 
avril  1424,  Garnier  de  Saint-Yon  reçut  l'ordre  de  faire 
estimer  par  trois  libraires,  Jean  Merles,  Denis  Courtiller  et 
Jean  de  Sautigny,  les  livres  confiés  à  sa  garde.  Il  y  en 
avait  huit  cent  quarante-trois,  dont  la  prisée  monta  à 
2,323  livres  4  sous  parisis,  environ  25,000  francs  de  notre 
monnaie,  valeur  intrinsèque;  le  duc  de  Bedford  les  acheta 
et  en  prit  définitivement  possession  le  22  juin  14251.  Il 
parait  n'avoir  eu  à  débourser  qu'une  somme  de  1  ,200  francs, 
qui  fut  payée  comptant  à  Pierre  Thuri,  entrepreneur  du 
mausolée  de  Charles  VI  et  d'Isabeau  de  Bavière2. 

En  changeant  de  maitre,  l'ancienne  librairie  royale  ne 
changea  pas  de  garde.  Garnier  de  Saint-Yon  en  resta  chargé 
jusqu'au  15  octobre  14293,  époque  où,  selon  toute  appa- 
rence, le  duc  de  Bedford  en  fit  passer  la  meilleure  partie 
soit  en  Angleterre,  soit,  ce  qui  est  encore  plus  probable, 

1.  Appendice,  XVII.  Cf.  Van  Praet,  Inventaire  de  la  bibliothèque  du 
Louvre,  p.  xl  et  xli. 

2.  Boivin,  dans  le  ms.  français  22571,  p.  102,  nous  a  conservé  cet  article  du 
compte  de  Renaut  Donat  :  «  Argent  comptant  issu  de  certains  livres  du  feu 
«  roy  trouvez  au  Louvre,  douze  cents  livres  receues  de  M.  le  régent,  pour  les 
«  livres  que  ledit  seigneur  eut,  pour  bailler  la  dite  somme  sur  les  sépultures 
«  que  l'on  faisoit  pour  le  roy  et  pour  la  reyne.  M  CCCC  XXV.  »  Cf.  Sauvai, 
t.  II,  p.  15,  et  Van  Praet,  p.  xxiv. 

3.  Appendice,  XVII  ;  Van  Praet,  p.  xli,  d'après  l'inventaire  F. 


RUINE  DE  LA  LIRKAIRIE.  139 

dans  le  château  de  Rouen1.  Dès  l'année  1427,  il  en  avait 
détaché  un  magnifique  exemplaire  du  Tite-Live  français2, 
qu'il  envoya  à  son  beau-frère  le  duc  de  Gloucester,  biblio- 
phile éclairé3,  dont  les  manuscrits  sont  en  partie  revenus 
en  France4.  Mais  le  duc  de  Bedford,  dont  le  nom  sera  tou- 


1.  Le  11  avril  1433  (n.  st.),  Gontier  d'Oessel,  hucher,  demeurant  à  Rouen,  se 
faisait  payer  pour  «  douze  cassis  à  mettre  toille,  mis  et  assiz  huit  en  plusieurs 
«  bées  de  fenestre  eslans  en  la  libraric  du  chastel  de  Rouen,  et  quatre  en  la 
«  chambre  où  est  de  présent  logié  nions,  le  gouvernant  régent  de  France,  duc 
«  de  Bedford  ».  Bibl.  nat.,  Quittances,  à  la  date  du  11  avril  1432  (v.  st.),  ms. 
français  26056,  pièce  2050. 

2.  Aujourd'hui  à  la  bibliothèque  de  Sainte-Geneviève,  ms.  français  777.  On 
lit  à  la  fin  de  ce  volume  :  «  Cest  livre  fut  envoyé  des  parties  de  France  et  donné 
«  par  mons.  le  régent  le  royaume,  duc  de  Bedford,  à  mons.  le  duc  de  Glou- 
«  cestre,  son  beau-frère,  l'an  mil  quatre  cens  vingt-sept.  » 

3.  Voici  quelques  détails  intéressants  sur  la  bibliothèque  que  Honfroi,  duc 
de  Gloucester,  mort  en  1447,  fonda  à  l'Université  d'Oxford  :  «  Splendidam  in 
«  publicuin  studiosorum  usum  sedificâvit  bibliothecam.  Quam  optimis  qui- 
«  busqué  libris  instruere  cupiens,  misit  in  Galliam  et  Italiam,  qui  antiquissi- 
«  mos  et  sclectissimos  codices  coemerent,  nullis  sumptibus  parcens,  ut  hune 
<  litterarium  thesaurum  compararet.  Empti  sunt  igitur  partim  in  Gallia,  par- 
«  tim  in  Italia,  praeter  obvios  et  communes  sine  numéro  libros,  prastantissimi 
«  rarissimique  auctores  cenlum  viginti  novem.  Quibus  in  Angliam  invectis, 
«  exullavit  bonus  dux  tanquain  qui  invenisset  spolia  multa,  misitque  omnes 
«  dictos  libros  Oxoniam  et  bibliotheese,  quam  ibi  recens  œdificaverat,  donavit  : 
«  plures  promittens,  ubi  se  offerret  occasio  et  ubi  prece  vel  precio  i)oterunt 
<r  haberi.  »  Joannis  Pitsei,  Relationum  historicarum  de  rébus  anglicis  t.  I, 
p.  638.  —  /Eneas  Sylvius  disait,  en  parlant  du  duc  de  Gloucester  :  «  Huic  tanta 
«  litterarum  est  cura  ut  ex  Italia  rnagistros  accierit  poetarum  et  oratorum 
«  interprètes.  »  Ms.  latin  4314,  fol.  164  v°.  —  Un  catalogue  des  129  volumes  donnés 
à  l'Université  d'Oxford  par  le  duc  de  Gloucester  a  été  publié  dans  les  Moni- 
menta  Academica  du  Rev.  H.  Anstey  (London,  1868,  in-8°,  p.  758-772).  Voir 
aussi  l'édition  de  YHistoria  minor  de  Mathieu  de  Paris,  donnée  par  sir  Frédé- 
ric Madden,  t.  I,  p.  xxxix. 

4.  Outre  le  Tite-Live  dont  il  vient  d'être  question,  ou  peut  citer  cinq  manus- 
crits de  la  Bibliothèque  nationale  qui  ont  appartenu  au  duc  de  Gloucester  : 
l*un  recueil  d'anciens  panégyriques  (ms.  latin  7805);  2°  un  recueil  de  lettres  de 
Cicéron,  qui  lui  avait  été  donné  par  Zanon,  évoque  de  Bayeux  (ms.  latin  8537)  ; 
3°  une  Bible  historiale  qui  lui  avait  été  offerte  en  1427  par  Jean  Stanley  et  qui 
fut  achetée  à  Londres  en  1461  par  Philippe  de  Loan  (ms.  français  2)  ;  4°  un  Déca- 
méron,  à  la  fin  duquel  on  lit  :  «  Cest  livre  est  à  moy  Homfrey,  duc  de  Glou- 
«  cestre,  du  don  mon  très  chier  cousin  le  conte  de  Warewic  »  (ms.  fran- 
çais 12421);  5°  un  roman  de  Renard  (ms.  français  12583). 

Le  Musée  britannique  possède  deux  manuscrits  du  duc  de  Gloucester,  dont 
l'un  (le  Songe  <!u  Verger,  Royal  19.  C.  iv)  vient  incontestablement  de  la  librairie 


140  RUINE  DE  LA  LIBRAIRIE. 

jours  attaché  à  plusieurs  chefs-d'œuvre  de  la  calligraphie 
et  de  la  peinture  du  xve  siècle1,  aimait  trop  les  beaux 
livres  pour  qu'on  puisse  supposer  qu'il  n'ait  pas  conservé 
à  peu  près  dans  son  intégrité  la  collection  qui  lui  était  si 
merveilleusement  échue  en  1424  ou  1425.  C'est  donc  à  la 
mort  du  duc  de  Bedford  (14  septembre  1435)  que  dut 
être  irrévocablement  dispersée  la  collection  de  livres 
qu'avait  formée  Charles  V.  Le  comte  d'Angouléme,  pen- 
dant sa  captivité  à  Londres,  en  racheta  un  volume,  sur 
lequel  Charles  V  avait  lui-même  tracé  quelques  lignes2. 

La  librairie  du  château  de  Blois,  à  la  fin  du  xve  siècle, 
renfermait  un  certain  nombre  de  volumes  qui  avaient  fait 
partie  de  la  librairie  du  Louvre.  Tout  porte  à  croire  que 
Charles,  duc  d'Orléans,  avait  recueilli  en  Angleterre,  pen- 
dant qu'il  y  était  prisonnier,  un  Tacuinum  sanitatis  (aujour- 
d'hui notre  ms.  latin  6977)  et  une  copie  des  Éthiques  tra- 
duites par  Nicole  Oresme  (ms.  français  542).  Selon  toute 
vraisemblance,  ce  fut  pareillement  d'Angleterre  que  Louis 
de  Bruges  tira  une  dizaine  de  manuscrits  qui  venaient  de 
l'ancienne  librairie  de  Charles  V3. 

En  dehors  de  la  librairie  du  Louvre,  après  la  mort  de 
Charles  VI  et  après  celle  de  son  premier  chapelain  Jean  Du 
Molins,  on  trouva  dans  l'hôtel  de  ce  chapelain  et  dans  la 

du  Louvre,  et  dont  l'autre  (Chroniques  des  rois  de  France  jusqu'à  la  mort  de 
saint  Louis,  Royal  16.  G.  vi)  pourrait  bien  avoir  la  même  origine. 

Le  recueil  d'anciens  portraits  qui  est  à  la  bibliothèque  d'Arras  renferme  celui 
de  Honfroi,  duc  de  Gloucester.  Il  y  en  a  une  reproduction  phototypique  dans 
l'élégant  volume  qui  a  été  publié  en  1903  à  Oxford  sous  le  titre  de  Pietas  Oxo- 
niensis,  in  me.mory  of  sir  Thomas  Bodley,  knt  ,  and  Ihe  foundation  of  the 
Bodleian  library  (in-8°,  50  p.,  avec  planches). 

1.  Voira  l'Appendice  (XVIII)  une  note  sur  les  manuscrits  qui  nous  autorisent 
à  ranger  le  duc  de  Bedford  parmi  les  grands  bibliophiles  du  moyen  âge. 

2.  Ms.  français  437. 

3.  Mss.  français  174,  403,  493,  495,  761,  793,  810,  1064,  1589  et  1634.  Il  n'est 
pas  tout  à  fait  certain  que  les  mss.  493  et  1589  aient  appartenu  à  Louis  de 
Bruges.  Ce  qui  est  démontré,  c'est  que  l'exemplaire  des  poésies  de  Christine  de 
Pisan  offert  à  Isabeau  de  Bavière  était  en  Angleterre  avant  d'appartenir  à 
Louis  de  Bruges.  Voir  plus  haut,  p.  134,  ce  qui  est  dit  du  ms.  harléien  4431. 


RUINE  DE  LA  LIBRAIRIE.  141 

chapelle  du  Roi  à  l'hôtel  de  Saint-Paul  une  certaine  quantité 
de  livres  qui  furent  remis  à  la  garde  de  maître  André 
Courtevache,  maître  des  comptes,  et  un  peu  plus  tard  à 
celle  de  maître  Gilles  Le  Veau.  Dans  le  nombre,  se  faisaient 
remarquer  un  Catholicon  et  de  belles  Heures  précédées  du 
psautier.  Après  la  rentrée  de  la  ville  de  Paris  sous  la  domi- 
nation de  Charles  VII,  on  les  confia  à  M.  de  Lalier,  et  le 
Catholicon  fut  enchaîné  dans  la  Chambre  des  comptes.  On 
se  demandait  en  1464  ce  qu'étaient  devenus  ces  livres,  dont 
le  sort  est  resté  inconnu 4 . 

Telle  fut  la  fin  lamentable  de  la  belle  collection  que 
Charles  V  avait  installée  au  château  du  Louvre.  Des  douze 
cents  volumes  dont  elle  se  composait,  c'est  à  peine  si  on 
est  arrivé  aujourd'hui  à  en  reconnaître  avec  certitude  un 
peu  moins  de  cent,  dispersés  dans  diverses  bibliothèques 
de  l'Europe.  Ces  précieuses  épaves  vont  être  passées  en 
revue  dans  le  chapitre  suivant. 

1.  «  Memore  que,  après  le  trespas  du  roy  Charles  VIe,  et  aussi  après  le  très- 
pas  de  messire  Jehan  du  Molin,  son  premier  chapellain,  certains  livres  estans 
en  l'ostel  dud.it  chapellain,  et  aussi  en  la  chapelle  dudit  roy  à  Saint-Pol,  furent 
baillez  et  mis  en  la  garde  de  maistre  André  Courtevache,  maistre  des  comptes, 
et  après  le  décès  dudit  maistre  André  en  ot  la  clef  maistre  Giles  Le  Veau,  et 
sont  es  coffres  du  Roy  que  on  a  acoustumé  de  porter  à  l'eschequier,  et  y 
a  Catholicon,  et  unes  belles  Heures  où  est  le  Psautier,  premièrement  couvertes 
d'or.  Et  après,  c'est  à  savoir  l'an  M  CCCC  XXXVI,  après  la  réduction  de  la  ville 
de  Paris  à  l'obéissance  du  Roy,  lesdis  livres  furent  baillez  à  M.  de  Lalier,  pour 
les  garder  pour  le  Roy  ou  les  luy  envoyer  ;  mais  le  Catholicon,  qui  ja  estoit 
encheiné,  demeura  en  la  Cbambre  des  comptes,  et  encore  y  est.  F[aitJ  en 
novembre  IIIIC  LX1III.  Et  est  ce  memore  escript  sur  le  reply  par  dedans  de  la 
couverture  du  Manuel  maistre  Jehan  Le  Bègue,  greffier  en  ladite  Chambre,  si 
soit  sceu  que  ledit  de  Lalier  en  a  fait.  t>  Ms.  latin  12815,  fol.  206  v.  (Commu- 
nication de  M.  Henri  Moranvillé.) 


XIII. 

Manuscrits  parvenus  jusqu'à  nous. 

Dans  ce  dernier  chapitre,  j'essaierai  de  faire  connaître, 
par  des  notices  plus  ou  moins  développées,  les  livres  qui 
m'ont  paru  avoir  appartenu  à  Charles  V  et  Charles  VI. 
J'exposerai  les  vicissitudes  par  lesquelles  ils  ont  passé 
avant  d'arriver  dans  les  dépôts  où  ils  sont  aujourd'hui 
conservés,  et  j'indiquerai  les  travaux  dont  beaucoup  d'entre 
eux  ont  été  l'objet. 

I. 

«  Très  belle  Bible  »  en  latin. 

Trésor  de  la  cathédrale  de  Girone. 

Exemplaire  copié  au  xive  siècle,  à  la  fin  duquel  le  copiste 
a  mis  son  nom  :  «  Explicit  Biblia.  Magister  Bernardinus 
de  Mutina  me  fecit.  »  Charles  V  a  tracé,  sur  la  même 
page,  une  note  ainsi  conçue  : 

Ceste  Bible  est  à  nous 
Charles  le  Ve  de  notre 
nom  roy  de  France,  et 
l'achetâmes  de  Saint 
Lucien  de  Biauvez,  l'an 
Mil  CCG  LXXVIII.  Escrit 
de  notre  main  :  CHARLES. 

Figure  sur  les  inventaires  de  Gilles  Malet  (A.  795,  B.  798)  : 

Une  très  belle  Bible  bien  escripte  et  ystoriée,  que  le  roi  p resta 
pieça  à  l'evesque1  de  Biauvez,  laquelle  fu  rendue  au  Roy  après  le 

1.  Dans  le  ms.  2700,  fol.  32  v°,  on  a  ajouté,  au-dessus  de  la  ligne,  le  mot 
a  cardinal  ».  Il  s'agit  donc  ici  de  Jean  de  Dormons,  évêque  de  Beau  vais,  qui 
obtint  le  chapeau  de  cardinal  en  1368  et  mourut  en  1373. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  143 

trespassement  dudit  evesque;  couverte  de  soie  à  une  chemise,  et  fu 
de  Saint  Lucien  de  Biauvaiz,  de  qui  le  Roy  l'a  achetée. 

En  marge  de  cet  article,  une  note  a  été  ajoutée  pour 
prévenir  que  la  Bible  avait  été  livrée  «  à  monseigneur  de 
«  Berry,  vie  de  novembre  MF*  et  III.  »  —  Au  fol.  48  du 
ms.  2700,  la  remise  est  rapportée  à  la  date  du  6  mars 
1383. 

La  Bible  fut  léguée  à  l'église  de  Girone  par  l'évêque  don 
Dalmacio  de  Mur.  Elle  est  ainsi  décrite  dans  un  inventaire 
du  xve  siècle  : 

Quae  Biblia  est  raagnae  formae,  scripta  in  pergamenis,  cum  pul- 
cherrima  littera  et  diversis  historiis  ;  supra  habet  cohopertorium 
panni  sirici  lividi,  et  duo  tanchatoria  cum  quibus  clauditur;  sunt 
auri  fini,  cum  armis  régis  Francie,  et  etiam  grenimentum  dels  gira- 
dors  est  auri  fini. 

Voir  la  notice  de  Jaime  Villanueva,  dans  Viaje  literario 
a  las  Iglesias  de  Espaha,  t.  XII,  p.  109  et  110;  un  article 
de  M.  Paul  Meyer  dans  la  Revue  critique  du  15  juin  1868, 
et  surtout  la  description  insérée  par  M.  Brutails  dans  la 
Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1886,  t.  XLVII, 
p.  637-644. 

II. 

La  Bible  latine,  de  moyen  format. 

Bibliothèque  de  l'Arsenal,  ms.  590.  Venu  du  couvent 
des  Gélestins  de  Paris.  Exemplaire  de  luxe,  très  soigneu- 
sement copié,  en  caractères  de  moyenne  grosseur  et  d'une 
parfaite  régularité,  de  la  première  moitié  du  xme  siècle. 
Le  second  feuillet  commence  par  les  mots  :  filii  in  quo. 

A  la  fin  de  l'Apocalypse,  sur  le  fol.  527  v°,  le  roi 
Charles  V  a  tracé  ces  lignes  : 

Ceste  Bible  est  à  nous  Charles 
le  Ve  de  notre  nom  roy  de 
France. 

CHARLES. 


144  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Au-dessous  de  cette  note,  Louis,  duc  d'Orléans,  a  mis 
sa  signature  LOYS,  suivie  de  ces  lignes  : 

Ceste  Bible  et  à  nous  Loys,  fis 

de  notre  seigneur  et  père  le  roy  Charles 

desus  dit,  et  laquele  Bible  nous 

donnons  et  avons  donné  aux 

religieux  Celestins  de  Paris. 

Priés  Dieu  pour  monseigneur  et  père, 

pour  monseigneur  et  pour  moy. 

Le  fac-similé  de  ces  deux  inscriptions  a  été  donné  par 
M.  Franklin  dans  Les  anciennes  bibliothèques  de  Paris, 
t.  II,  p.  90.  Il  est  en  phototypie  dans  mes  Fac-similés 
de  livres  copiés  et  enluminés  pour  le  roi  Charles  V,  pi.  XII. 

La  Bible  de  l'Arsenal  doit  correspondre  à  l'un  ou  à 
l'autre  de  ces  deux  articles  des  inventaires  de  Gilles  Malet  : 

Une  Bible  très  belle,  couverte  de  drap  de  Darflaz  ynde  à  queue, 
à  deux  fermoers  d'or  esmaillez  de  France,  laquelle  fu  de  l'evesque 
de  Troyez,  conffesseur  du  roy  (A  et  B.  846). 

Une  Bible  en  latin,  couverte  de  cuir  vert,  à  queue,  à  n  fermoers 
(A  et  B.  859). 

Ces  deux  Bibles  furent  livrées  au  duc  d'Orléans,  la  pre- 
mière en  août  13971,  la  seconde  le  31  décembre  de  la 
même  année2. 

C'est  à  tort  que  j'ai  jadis  indiqué  comme  ayant  appartenu 
à  Charles  V  une  troisième  Bible  latine,  que  le  comte  Hector 
de  La  Ferrière  m'avait  dit  avoir  vue  à  Saint-Pétersbourg, 
et  sur  laquelle  il  croyait  avoir  lu  :  «  Cette  Bible  est  à  moy 
«  Charles  V.  »  Deux  des  conservateurs  de  la  Bibliothèque 
impériale  de  Saint-Pétersbourg  (M.  Wladimir  Stassoff  et 
M.  Bytshkow)  ont  bien  voulu  m'assurer  qu'il  n'y  a  rien  de 
semblable  dans  cette  bibliothèque . 

1.  Ms.  français  2700,  fol.  34  V,  n"  846,  et  fol.  48  v°,  n°  165. 

2.  Ibid.,  fol*.  35,  n°  859,  et  fol.  49,  n"  175. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  145 

III. 

La  Bible  latine  glosée,  en  deux  volumes  de  moyen 
format,  soigneusement  copiés  au  xnr9  siècle.  La  glose,  en 
plus  petits  caractères,  est  disposée  sur  deux  colonnes,  à 
droite  et  à  gauche  du  texte. 

Musée  Dobrée,  à  Nantes. 

M.  l'abbé  Durville  a  reconnu  que  ces  deux  volumes 
avaient  fait  partie  de  la  librairie  de  Charles  V.  Ils  répondent 
à  l'article  suivant  des  inventaires  de  141 1  et  1413  (D.  889, 
E.  193)  : 

Item  une  Bible  en  latin,  en  deux  petiz  volumes,  escripz  de  bonne 
lettre  de  forme,  et  sont  glosez  tout  autour.  Et  contient  le  premier 
volume  de  Genezis  jusques  en  la  fin  de  Baruc,  commençant  ou 
iie  foillet  en  texte  vocis  actus  et  in  aures,  et  ou  derrenier  que  supra 
teneant.  Et  le  second  volume  commence  à  Zechiel  jusques  en  la  fin 
de  l'Apocalipse,  et  commence  ou  ne  foillet  du  texte  in  terra  Caldeo- 
rum,  et  ou  derrenier  libri  prophccie  hujus.  Couvers  touz  les  deux 
volumes  de  chemise  de  toille  à  queue,  chacun  à  mi  fermoirs  d'ar- 
gent dorez  hachiez  à  une  fleur  de  lis  et  à  tissuz  brodez  de  fleurs 
de  lis. 

M.  l'abbé  Durville  a  bien  voulu  me  communiquer  une 
photographie  de  la  dernière  page  de  l'Apocalypse,  sur 
laquelle  Charles  VI  a  tracé  en  trois  lignes  une  note  ainsi 
conçue  : 

Cestez  biblez,  en  n  volumes,  donéez  à  ||  notrez  confesseur  mètre 
Renaut  dez  ||  Fontainnes,  par  nous  CHARLES. 

Renaud  des  Fontaines,  qui  avait  été  recteur  de  l'Uni- 
versité de  Paris  en  1404,  devint  évêque  de  Soissons  en 
1424.  Après  sa  mort,  survenue  en  1442,  la  Bible  appar- 
tint à  son  successeur,  Jean  Milet,  puis  à  la  cathédrale  de 
Soissons. 

Une  description  très  détaillée  de  ce  manuscrit  a  été  insé- 

10 


146  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

rée  par  M.  l'abbé  Durville  dans  le  Catalogue  des  manus- 
crits du  Musée  Dobrée. 


IV. 


La  Bible  glosée,  en  français,  par  Jean  de  Sy.  Pre- 
mière partie,  jusqu'au  Deutéronome. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  15397. 

Exemplaire  original,  dont  les  premiers  et  les  derniers 
cahiers  ont  disparu.  Tel  qu'il  est  depuis  longtemps,  il  com- 
mence au  chapitre  vm  de  la  Genèse  et  s'arrête  au  cours  du 
dernier  chapitre  du  Deutéronome.  La  date  de  la  copie  doit 
être  très  voisine  de  la  date  de  la  composition;  celle-ci 
(1 356)  se  trouve  indiquée  à  la  fin  du  traité  sur  les  âges  du 
monde,  traduit  de  Bède,  et  placé  par  l'auteur  à  la  fin  de 
la  Genèse  (fol.  156)  :  «  Et  qui  ajouste  le  miliaire  de  Jhesu 
«  Grist,  ce  sont  VPIIIP  et  IIIIXX  et  IIII,  en  l'an  LVI.  » 

Les  peintures  qui  sont  dans  la  première  partie  de  ce 
splendide  manuscrit,  et  dont  beaucoup  sont  restées  à 
l'état  d'esquisse  ou  d'ébauche,  peuvent  être  étudiées 
comme  l'un  des  plus  remarquables  spécimens  de  l'enlumi- 
nure parisienne  du  milieu  du  xive  siècle. 

Le  ms.  15397  est  un  morceau  de  ce  que  Charles  V  avait 
recueilli  du  travail  de  Jean  de  Sy  et  qui  a  été  ainsi  inven- 
torié par  Gilles  Malet  (A.  269,  B.  280)  : 

LXII  caiers  de  la  Bible  que  commença  maistre  Jehan  de  Sy,  et 
laquelle  faisoit  translater  le  roy  Jehan,  dont  Diex  ait  l'âme. 

En  regard  de  cet  article,  Gilles  Malet  a  ajouté  ou  fait 
ajouter  une  note  ainsi  conçue  :  «  A  monss.  d'Anjou, 
«  nie  de  may  IIIPX  et  I.  » 

Voir  Samuel  Berger,  La  Bible  française,  p.  238  et  358. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  147 

V. 

La  Bible  traduite  par  Raoul  de  Presles,  premier 
volume. 

Musée  britannique,  fonds  Lansdowne,  n°  1175. 

Manuscrit  du  dernier  quart  du  xive  siècle,  copié  par 
Henri  du  Trevou,  qui  a  mis  cette  souscription  à  la  fin  : 
«  Ci  fine  le  Psautier,  et  c'est  la  fin  du  premier  volume  de 
«  la  Bible,  et  l'a  escript  Henri  du  Trevou.  »  Il  est  orné  de 
miniatures  à  bordures  tricolores,  et  précédé  d'une  peinture 
sur  laquelle  est  représenté  le  traducteur  offrant  son  livre 
au  roi  Charles  V.  Sous  ce  tableau  est  transcrite  une  épître 
dédicatoire,  qu'on  n'a  point  jusqu'ici  remarquée  dans 
d'autres  manuscrits,  ce  qui  n'est  peut-être  pas  une  preuve 
suffisante  pour  donner  la  certitude  qu'on  est  en  présence 
du  tome  I  de  l'exemplaire  du  roi.  Ce  qui  est  certain,  c'est 
que  le  volume  est  arrivé  entre  les  mains  du  duc  de  Berry, 
qui  a  mis  son  nom  sur  la  dernière  page. 

Voir  A  Catalogue  of  the  Lansdowne  manuscripts  in  the 
British  Muséum,  part  II,  p.  2584.  —  Francisque  Michel, 
Rapports  au  ministre,  p.  151 .  —  Samuel  Berger,  La  Bible 
française  au  moyen  âge,  p.  2l45  et  403. 

VI. 

L'Apocalypse,  en  français,  toute  figurée  et  historiée. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  403. 

Très  beau  manuscrit  du  commencement  du  xme  siècle, 
ainsi  désigné  dans  les  inventaires  de  Gilles  Malet  (A.  70, 
B.71)  : 

L'Apocalipse  en  françois,  toute  figurée  et  historiée,  et  en  prose. 
Une  note  a  été  ajoutée  à  cet  article  d'inventaire,  proba- 


148  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

blement  en  1380,  pour  expliquer  l'absence  du  volume  : 
«  Le  roi  l'a  baillée  à  monseigneur  d'Anjou  pour  faire  son 
«  beau  tapis.  » 

L'Apocalypse  revint  prendre  sa  place  dans  la  librairie  : 
il  figure  sur  les  inventaires  de  1411,  1413  et  1 424  (D.  891 , 
E.  1 95,  F.  1 70).  Celui  de  1 41 1  le  mentionne  en  ces  termes  : 

Item,  une  Appocalipse,  en  françois,  de  lettre  de  forme,  à  deus 
coulombes,  bien  historiée  et  figurée;  et  y  a  au  commencement  au 
dit  livre  trois  pages  toutes  figurées;  commençant  au  ne  foillet  de 
l'escripture  et  envoyez  au  sept  yglises,  et  ou  derrenier  et  les 
IIII  euvangiles,  couvert  de  cuir  rouge  plain,  et  deus  petiz  fermoirs 
de  laton. 

Ce  manuscrit  a  fourni  à  la  Société  des  Anciens  textes 
français  la  matière  de  deux  volumes1,  le  premier  consacré 
à  une  reproduction  phototypique,  le  second  à  une  édition 
précédée  d'une  introduction  en  deux  parties  :  I.  Mémoire 
sur  les  figures  de  l'Apocalypse;  II.  Les  Versions  en  prose 
de  l'Apocalypse. 

VII. 

La  Bible  historiale. 

Musée  Meermanno-Westréenien,  à  La  Haye. 

Magnifique  exemplaire,  copié  en  1 3721  par  Raoulet  d'Or- 
léans, orné  de  270  miniatures  à  bordures  tricolores,  et  en 
tète  duquel  est  un  tableau  représentant  l'offrande  que  Jean 
de  Vaudetar  fit  de  ce  livre  au  roi  Charles  V.  En  regard  du 
tableau,  une  inscription,  tracée  en  grosse  minuscule  d'or  et 
coupée  en  dix  lignes,  nous  apprend  que  ce  tableau  est 
l'œuvre  de  Jean  de  Bruges  : 

Anno  Domini  millesimo  trecentesimo  septuagesimo  primo,  istud 
opus  pictum  fuit  ad  preceptum   ac    honorera    illustri[s]   principis 

1.  L'Apocalypse  en  français  au  XIIIe  siècle,  publiée  par  L.  Delisle  et 
P.  Meyer.  Reproduction  photolypique.  Paris,  1900,  in-fol.  —  L'Apocalypse  en 
français  au  XIIIe  siècle.  Introduction  et  texte.  Paris,  1901,  in-8-. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  149 

Karoli,  régis  Francic,  etatis  suc  tricesimo  quinto  et  rcgni  sui  octavo, 
et  Johannes  de  Brugis,  pictor  régis  predicti,  fecit  hanc  picturarn 
propria  sua  manu. 

Elle  est  ainsi  enregistrée  dans  l'inventaire  de  Gilles  Malet 
(artiele  261  du  rouleau)  : 

Une  très  belle  Bible,  en  un  volume,  qui  vint  de  Jehan  de  Valdc- 
tar,  très  bien  ystorié,  la  pippe  et  quatre  fermoers  d'or  garnis  de 
gros  saphirs,  balaiz  et  perles,  en  un  estui  à  fleur  de  liz,  garni 
d'argent. 

Après  avoir  été  prêtée  au  duc  d'Anjou1,  elle  passa  chez 

le  duc  de  Berry,  à  la  mort  duquel  elle  rentra  au  Louvre, 

pour  en  sortir  définitivement  au  commencement  du  règne 

de  Charles  VII,  après  avoir  été  estimée  15  livres  parisis. 

C'est  ce  que  nous  apprend  l'inventaire  dressé  en  1424 

(F.  21 3)  : 

Item,  une  très  belle  Bible,  en  françois,  nommée  la  Bible  que  Jehan 
de  Vaudetar  donna  au  roy;  très  parfaitement  bien  escripte  et  histo- 
riée, de  lettre  de  forme,  à  deux  coulombes.  Commençant  ou  ne  foil- 
let  des  rebriches  de  la  formacion  de  Vhome,  et  ou  derrenier  avccqucs 
moy ;  couvert  de  soye  assurée  à  fleurs  de  lis  de  brodeure.  Laquelle 
Bible  maistre  Jehan  Maulin,  après  le  deceds  de  feu  mons.  de  Berry 
mort,  a  recouvrée  de  ses  exécuteurs,  comme  appartenant  au  roy, 
pour  remettre  en  la  dite  librairie.  Et  lui  avoit  esté  rendue  garnie 
d'une  grante  chemise  de  soye  azurée,  de  mi  fermouers  et  une 
pipe  d'or,  lesquelz  fermouers  et  pipe  n'ont  point  été  rendus,  et  pour 
ce  en  doit  rendre  compte  ledit  Maulin.  Prisé  xv  1.  p. 

Voir  un  article  de  Waagen,  dans  Deutsches  Kunstblatt, 
1852,  n°  30,  p.  248;  mes  Mélanges  de  paléographie, 
p.  222;  et  un  passage  du  livre  de  Dehaisnes,  Hist.  de  l'art 
dans  la  Flandre,  p.  154  et  155. 

On  trouvera  ci-dessus,  p.  74,  la  dédicace  mise  à  la  fin 
de  ce  manuscrit,  dont  l'illustration  est  ainsi  vantée  par 
Raoulet  d'Orléans  : 

Onques  je  ne  vi  en  ma  vie 
Bible  d'ystoires  si  garnie. 

1.  Note  marginale  du  rouleau. 


150         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

VIII. 

La  Bible  historiale. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  20090,  qui  a  fait 
partie  de  la  bibliothèque  du  château  d'Anet  et  de  celle  du 
duc  de  La  Vallière. 

Très  bel  exemplaire,  écrit  vers  le  commencement  de  la 
seconde  moitié  du  xive  siècle,  orné  de  peintures  à  bordures 
tricolores. 

Ce  manuscrit,  qui  à  l'origine  était  partagé  en  deux 
volumes,  est  peut-être  un  des  exemplaires  de  la  Bible 
française  qui  sont  enregistrés  sans  désignation  précise  sur 
les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre.  Il  fut  communi- 
qué en  1383  par  Charles  VI  au  duc  de  Berry;  celui-ci, 
voulant  se  l'approprier,  l'a  fait  figurer  sur  ses  inventaires  ; 
mais  les  exécuteurs  testamentaires  du  prince,  après  l'avoir 
fait  estimer  300  livres  tournois  et  avoir  reconnu  que  le 
livre  appartenait  au  roi,  le  firent  rendre  au  garde  de  la 
librairie  du  Louvre.  C'est  ce  qui  résulte  : 

1°  De  l'inscription  aux  inventaires  du  duc  de  Berry 
dressés  en  1 402,  1 41 3  et  1 41 6  : 

Item,  une  très  belle  Bible,  en  françois,  escripte  de  lettre  de 
fourme,  très  richement  historiée  au  commencement,  garnie  de 
quatre  fermouers  d'or,  es  deux  desquels  a  deux  balais,  et  es  deux 
autres  deux  saphirs,  en  chascun  deux  perles,  esmaillez  des  armes 
de  France;  et,  au  bouz  des  tirans,  en  chascun,  un  bouton  de 
perles,  et,  sur  le  tixu  d'un  chascun,  petites  flours  de  lis  d'or  clouées, 
et  y  a  une  pipe  de  deux  testes  de  serpent  garnie  de  seignaulx  * . 

2!°  D'une  note  ajoutée  dans  le  volume,  à  la  fin  des  livres 
d'Esdras  : 

Ceste  Bible  est  à  Jehan,  filz  de  ||  roy  de  France,  duc  de  Berry  et|| 
d'Auvergne,  conte  de  Poitou  et  ||  d'Auvergne  et  de  Boulongne. 
JEHAN. 

1.  Inventaires  de  Jean,  due  de  Berry,  éd.  Guiffrey,  t.  I,  p.  224,  n°  853, 
d'après  le  registre  KK  258  des  Archives  nationales. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         151 

Cette  note  est  de  la  main  du  duc  de  Berry,  qui  a  ajouté 
après  coup  les  derniers  mots  et  de  Boulongne  (S.  Berger, 
La  Bible  française,  p.  360). 

3°  D'un  article  du  compte  de  l'exécution  du  testament 
du  duc  de  Berry  : 

A  maistre  Jehan  Maulin,  clerc  du  roy  nostre  sire  en  sa  Chambre 
des  comptes  à  Paris  et  garde  de  ses  livres  et  librarie,  auquel  les 
exécuteurs  ont  ordonné  estre  baillié  et  délivré  pour  remettre  en  la 
librarie  du  roy  ung  très  belle  Bible  en  françois,  escripte  de  lettre  de 
fourme,  prisée  240  livres  parisis;  laquelle  Bible  le  roy  fist  pieça 
bailler  à  feu  mondit  seigneur  pour  icelle  veoir,  si  comme  par 
ses  lettres  adreçans  à  Giles  Malet,  faictes  le  vie  jour  de  novembre 
1383,  peut  apparoir  ;  pour  ce  la  dicte  somme  de  300  livres  tournois  * . 

IX. 

La  Bible  historiale. 

Bibliothèque  de  Copenhague.  Fonds  de  Thott,  n°  6  de  la 
série  in-folio. 

Exemplaire  copié  dans  la  seconde  moitié  du  xive  siècle, 
avec  de  nombreuses  miniatures  encadrées  de  bandes  tri- 
colores. Gros  volume  de  474  feuillets  de  parchemin,  écrits 
sur  deux  colonnes,  hauts  de  460  millimètres  et  larges 
de  335. 

A  l'origine,  cette  Bible  a  dû  être  divisée  en  deux  parties. 

La  première,  répondant  aux  253  premiers  feuillets  du 
volume  actuel,  commence  à  la  Genèse  et  se  termine  par  le 
psautier,  suivi  des  litanies  des  saints  :  «  Explicit  le  psau- 
«  tier  David  en  françois.  »  —  Premiers  mots  des  feuillets 
du  commencement  et  de  la  fin.  Fol.  2  :  «  deth  lui  vint  à 
«  l'encontre...  »  — Fol.  3  :  «  C'est  li  deable.  »  —  Fol.  253  : 
«  Et  le  fils  sans  mesure...  » 

La  seconde  partie  (fol.  254-472  du  volume  actuel)  com- 

1.  lbid.,  t.  II,  p.  301,  d'après  le  registre  conservé  à  la  bibliothèque  Sainte- 
Geneviève,  ms.  841. 


\b2  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

mence  aux  Paraboles  (fol.  254)  :  «  Ci  commencent  les 
«  Paraboles  Salemon,  »  et  va  jusqu'à  l'Apocalypse  :  «  Ci 
«  fenist  l'Apocalipse.  Explicit  toute  la  Bible  en  françois  » 
(fol.  472  v°).  —  Premiers  mots  du  second  et  du  dernier 
feuillet  de  la  seconde  partie.  Fol.  254  :  «  C'est  à  dire 
«  regarde...  »  —  Fol.  472  :  «  De  souffre  en  la  beste.  » 

Au  bas  de  la  première  page  de  la  seconde  partie 
(fol.  472),  on  remarque  deux  beaux  lions,  semblables  à 
ceux  des  manuscrits  de  Charles  V.  L'écusson  placé  entre 
les  lions  est  resté  vide. 

Je  n'ai  rencontré,  dans  les  inventaires  de  la  librairie  du 
Louvre,  aucun  article  qui  se  rapporte  expressément  à  cette 
Bible.  Je  n'en  suis  pas  moins  persuadé  qu'elle  a  été  exé- 
cutée pour  le  roi  Charles  V. 

Sur  la  feuille  de  garde  du  commencement,  une  main  du 
xviie  siècle  a  tracé  cette  note  :  «  Il  y  a  dans  cette  Bible 
«  1 05  miniatures,  dont  dans  le  premier  volume  une  grande 
«  et  65  petites,  et  dans  le  second  volume  une  grande  et 
«  38  petites.  »  —  Suit  une  autre  note  de  la  même  époque, 
peut-être  de  la  main  de  Foucault  :  «  Bible  ystoriaux,  autre 
«  exemplaire.  » 

Voir  Abrahams,  Description  des  manuscrits  français  de 
la  bibliothèque  de  Copenhague,  p.  2,  et  Samuel  Berger,  La 
Bible  française,  p.  425. 

X. 

La  Bible  historiale,  premier  volume,  allant  de  la 
Genèse  au  Psautier. 

Bibliothèque  de  l'Arsenal,  n°  5212. 

Volume  de  la  fin  du  xive  siècle,  orné  d'environ  340  petites 
miniatures  d'une  très  bonne  exécution. 

Cette  Bible,  dont  le  second  volume  paraît  ne  plus  exis- 
ter, et  qui  n'est  pas  mentionnée  dans  les  inventaires  de  la 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  153 

librairie  du  Louvre,  fut  donnée  par  Charles  VI  à  son  oncle 
le  duc  de  Berry  le  25  avril  1403,  comme  nous  l'apprenons 
de  l'inventaire  dressé  après  la  mort  de  ce  prince  en  1 41 6  : 

Une  belle  Bible,  en  deux  volumes,  escriptc  en  françois,  de  lettre 
de  fourme,  et,  au  commencement  du  tiers  fueillet  du  premier 
volume,  a  escript  les  nouvelles  faire,  et,  au  commencement  du  tiers 
fueillet  du  second  volume,  a  escript  iniquité.  Couverts  tous  deux  de 
drap  de  soye  vert  ouvré  à  oyseaulx,  doublé  de  tiercelin  vermeil,  et 
fermans  chascun  de  quatre  fermoers  d'or,  et,  au  premier  volume,  a 
une  pippe  d'or,  et,  au  second,  n'en  a  point,  laquelle  Bible  le  roy 
donna  à  monseigneur  le  duc,  à  Paris,  le  xxve  jour  d'avril  après 
Pasques,  l'an  mil  quatre  cens  et  trois. 

Ce  volume  fut  estimé  400  livres. 

J'avais  jadis  indûment  supposé  que  cet  article  d'inven- 
taire s'appliquait  à  une  Bible  du  duc  de  Berry,  dont  le 
premier  volume  est  au  Musée  britannique,  n°  1 1 75  du  fonds 
Lansdowne.  —  Voir  dans  la  seconde  partie  de  l'ouvrage 
l'inventaire  des  livres  du  duc  de  Berry,  n°  12,  p.  225* 
et  273*.  Voir  aussi  les  notices  de  Samuel  Berger,  dans  La 
Bible  française  au  moyen  âge,  p.  368,  et  de  Henry  Martin, 
dans  le  Catalogue  des  manuscrits  de  l'Arsenal,  t.  V,  p.  1 58. 

XI. 

La  Bible  histobiale,  de  petit  format,  second  volume 
Bibliothèque  nationale,  ms.  français  5707. 
Ce  charmant  volume  est  le  second  tome  d'une  Bible  de 
grand  luxe  que  Raoulet  d'Orléans  avait  copiée  en  1362  et 
1363  pour  le  dauphin  Charles,  et  qui,  passée  en  1407  entre 
les  mains  de  Jean,  duc  de  Berry,  fut  enregistrée  comme  il 
suit  dans  l'inventaire  du  mobilier  de  ce  prince  dressé  en 
1413  : 

Item,  une  autre  Bible,  en  deux  petis  volumes,  escripte  en  fran- 
çoys,  de  lettre  de  fourme,  bien  historiée  et  enluminée;  et  au  com- 
mancement  du  second  fueillet  du  premier  volume,  a  escript  du  sai- 


154         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

rement;  et,  au  commencement  du  second  fueillet  de  l'autre  volume,  • 
a  escript  nais  seront  destruit;  couvert  chascun  volume  de  drap 
de  soye  ouvrée  à  fueillages,  fermant  à  nu  fermouers  d'or,  esmaillez 
aux  armes  de  France,  et  en  chascun  un  ymaige  ;  à  une  pipe  d'or 
esmaillée  aus  dictes  armes  ;  et  par  dessus  une  chemise  de  drap 
de  damas  violet,  doublé  de  tiercelin  noir;  laquelle  Bible  le  feu 
vidame  de  Laonnois,  en  son  vivant  grant  maistre  d'ostel  du  roy, 
donna  à  monseigneur,  ou  mois  d'aoust  l'an  mil  CCCC  et  VII,  et  mon 
dit  seigneur  y  a  depuis  fait  faire  les  dictes  chemises  ' . 

Suivant  une  note  ajoutée  à  cet  article  d'inventaire,  le 
duc  de  Berry  donna  la  Bible,  le  1er  juin  1416,  à  sa  fille  la 
duchesse  de  Bourbonnais. 

Les  textes  qui  nous  font  connaître  la  date  à  laquelle  le 
volume  a  été  exécuté,  le  nom  du  calligraphe  qui  le  trans- 
crivit et  le  noble  usage  auquel  il  fut  destiné  sont  au 
nombre  de  quatre,  sans  compter  l'article  de  l'inventaire  de 
1413  qui  vient  d'être  rapporté  : 

1°  Note  du  copiste,  sur  le  fol.  367  v°,  à  la  fin  de  l'Apo- 
calypse : 

Ci  fine  l'Apocalipse  saint  Jehan, 
parfaite  par  Raoulet  d'Orliens,  le 
vintiesme  jour  de  décembre,  l'an 
mil  trois  cens  soisante  et  deus. 

Les  trois  dernières  lignes  de  cette  note  ont  été  effacées 
à  une  date  ancienne;  c'est  tout  récemment  que  j'en  ai 
soupçonné  l'existence  et  que  j'ai  réussi  à  les  déchiffrer.  Les 
traces  en  ont  échappé  à  la  photographie. 

2°  Sur  le  fol.  368,  une  prière  en  vers,  mise  par  Raoulet 
d'Orléans  dans  la  bouche  du  prince,  dont  le  nom  et  le  titre 
sont  indiqués  tout  au  long  sous  la  forme  d'un  acrostiche  : 
Charles  aisné  fils  du  roy  de  France,  duc  de  Normandie  et 
dalphin  de  Viennoys.  Cette  pièce  de  vers,  qui  est  publiée 
ci-dessus  (p.  71),  dans  l'article  consacré  à  Raoulet  d'Or- 

1.  Inventaires  de  Jean,  duc  de  Berry,  t.  I,  p.  256,  n°  966. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  155 

léans,  se  termine  par  l'indication  de  la  date  1 363  :  L'an 
mil  CGC  trois  et  soissante.  Elle  est  placée  sous  une  char- 
mante petite  miniature  représentant  la  sainte  Vierge,  peinte 
en  grisaille,  et,  devant  un  prie-Dieu  recouvert  d'un  tapis 
aux  armes  de  France  et  de  Dauphiné,  le  dauphin  Charles, 
dont  les  traits  sont  fort  reconnaissables. 
3°  Note  autographe  de  Charles  V1  : 

Geste  Bible  est 
à  nous  Charles, 
le  Ve  de  notre  non, 
roy  de  France;  et 
est  en  h  volumez, 
et  la  firaez  faire 
et  parfere. 

CHARLES. 

4°  Sur  le  premier  feuillet,  notes  de  Jean  Flamel  et  du 
duc  de  Berry  : 

Le  second  volume  de  la  Bible  au  roy  Charles  le  quint  de  son 
nom;  et  à  présent  est  à  monseigneur  le  duc  de  Berry,  son  frère. 
FLAMEL. 

Ceste  Bible  est  au  duc  de  Berry,  fust  au  roy  Charles,  son  frère. 
JEHAN. 

Parmi  les  fines  miniatures  dont  le  volume  est  orné,  il 
faut  citer  celle  du  frontispice  :  tableau,  divisé  en  quatre 
compartiments  à  bordure  tricolore,  qui  représente  la 
Sagesse  de  Salomon. 

Voir  Barbet  de  Jouy,  Notice  du  Musée  des  souverains, 
p.  61  ;  Delisle,  Le  Cabinet  des  manuscrits,  t.  III,  p.  307; 
Berger,  La  Bible  française  au  moyen  âge,  p.  348,  et  la 
notice  que  j'ai  publiée  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des 
chartes,  1901,  t.  LXII,  p.  551-554. 

Deux  pages  (les  fol.  367  v°  et  368  r°)  ont  été  repro- 

1.  Le  fac-similé  de  cette  note  est  dans  X Isographie  et  dans  l'atlas  du  Cabi- 
net des  manuscrits,  pi.  XLV,  n"  7. 


156  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

duites  en  phototypie  dans  mes  Fac-similés  de  livres  copiés 
et  enluminés  pour  le  roi  Charles  F,  pi.  I  et  II. 

Un  autre  exemplaire  du  second  volume  de  la  Bible  his- 
toriale,  n°  1 57  du  fonds  français  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale, qui  vient  de  la  librairie  du  château  de  Blois,  a  pu 
appartenir  à  Charles  V.  Il  a  été  copié  au  commencement 
de  la  seconde  moitié  du  xive  siècle,  et  les  51  miniatures 
dont  il  est  orné  sont  encadrées  de  bordures  tricolores.  — 
Voir  S.  Berger,  La  Bible  française,  p.  215  et  333. 

XII. 

Guillaume  Durant,  Rational  des  divins  offices.  Version 
française  faite  par  Jean  Golein. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  437. 

Exemplaire  original,  sur  le  fol.  380  duquel  Charles  V  a 
tracé  cette  note  : 

Cest  livre,  nommé  Rasional 
des  divins  ofises,  est  à  nous, 
Charles  le  Ve  de  notre  nom, 
et  le  limes  tranlater,  escrire 
et  tout  parfere,  l'an  M.  CCG 
LXX  IIII  < . 

De  plus,  la  signature  du  roi  est  sur  le  fol.  380. 

Le  frontispice2  représente  Jean  Golein,  assis  aux  pieds 
du  roi,  qui  lui  ordonne  de  traduire  le  Rational;  derrière  le 
roi  se  tiennent  debout  ses  deux  jeunes  fils,  le  dauphin 
Charles  et  Louis,  le  futur  duc  d'Orléans;  de  l'autre  côté, 
face  au  roi,  le  peintre  a  figuré  la  reine  Jeanne  de  Bourbon, 
avec  ses  deux  filles,  Marie  et  Isabelle;  celle-ci  était  née  le 

1.  Cette  note  a  été  reproduite  en  fac-similé  dans  l'ouvrage  de  M.  Franklin, 
Les  Anciennes  bibliothèques  de  Paris,  t.  II,  p.  111,  et  dans  les  planches  du 
Cabinet  des  manuscrits,  pi.  XLV,  n"  9. 

2.  La  peinture  du  frontispice  est  en  phototypie  dans  mes  Fac-similés  de 
livres  copiés  et  enluminés  pour  le  roi  Charles  V,  pi.  VIII. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  157 

24  juillet  1373,  l'année  qui  précéda  la  confection  du 
manuscrit.  La  robe  de  la  reine  est  aux  armes  de  France  et 
de  Bourbon. 

Parmi  les  autres  peintures  dont  le  volume  est  orné,  il 
faut  remarquer  celle  du  fol.  44,  le  sacre  du  roi;  celle  du 
fol.  50,  la  bénédiction  de  la  reine;  et  celle  du  fol.  51  v°, 
la  bénédiction  de  la  bannière  royale. 

On  a  cru  voir  sur  plusieurs  miniatures  du  manuscrit  un 
semé  d'épis  d'orge  *  ;  je  n'en  ai  trouvé  aucune  trace,  et  je 
n'ose  pas  attribuer  la  transcription  du  volume  à  Henri  du 
Trevou,  comme  l'a  proposé  Paulin  Paris2. 

Gilles  Malet  a  inscrit  ce  volume  sur  son  inventaire 
(A.  202,  B.214)  dans  les  termes  suivants  : 

Un  livre  à  une  chemise  de  soye  longue,  nommé  le  Racionnal  de 
l'Eglise,  à  deux  fermouers  d'argent  esmaillez,  et  le  translata  maistre 
Jehan  Goulain. 

Livré  le  7  octobre  1380  au  duc  d'Anjou3,  il  rentra  dans 
la  librairie  du  Louvre  et  fut  compris  dans  les  inventaires 
des  années  1411,  1413  et  1424  (D.  886,  E.  190,  F.  167). 
Voici  la  description  qu'en  donne  l'inventaire  de  1 41 1  : 

Item  le  Racionnal  des  divins  offices,  très  bien  escript,  historié  et 
enluminé,  en  françois,  de  lettre  de  forme  et  à  deux  coulombes  ; 
commençant  au  ne  foillet  après  les  rebroiches  :  apert  il  de  Ptholo- 
mée,  et  ou  derrenier  :  re  par  le  commencement,  et  est  signé  Charles; 
couvert  d'une  vieille  chemise  de  soye  à  courte  queue,  à  deux  fer- 
mouers d'argent  dorez  esmaillez,  en  l'un  desquelz  est  escript  :  Ratio, 
et  en  l'autre  :  nale. 

Ce  beau  volume,  estimé  16  livres  en  1424,  fut  porté  en 
Angleterre.  Il  fut  racheté  à  Londres  en  1441  par  Jean, 
comte  d'Angoulême,  petit-fils  de  Charles  V  et  grand-père 

1.  P.  Paris,  Les  Manuscrits  françois,  t.  IV,  p.  103. 

2.  Ibid. 

3.  La  remise  au  duc  d'Anjou  est  notée  en  marge  des  inventaires  A  et  B, 
ainsi  que  sur  l'inventaire  C  54. 


158         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

de  François  Ier.  Nous  lisons  sur  la  garde  du  commencement 
une  note  autographe  du  prince  : 

Cest  livre  est  à  Jehan,  conte  d'Engolesme,  lequel  l'acheta  ||  à 
Londres  en  Engleterre  l'an  de  grâce  1441. 


XIII. 


Missel  de  Paris. 

Au  musée  fondé  par  Ruskin  à  Sheffield,  M.  S.  C.  Cocke- 
rell  a  reconnu  un  missel  qui  a  appartenu  à  Charles  V  et  qui 
paraît  avoir  été  écrit  au  commencement  du  xive  siècle.  Le 
calendrier  indique  la  fête  de  saint  Louis  en  lettres  d'or,  et, 
au  4  décembre,  la  fête  des  Reliques.  Il  y  a  beaucoup  d'ini- 
tiales historiées,  de  style  parisien,  et  deux  très  belles  pages 
historiées,  avant  le  canon  :  la  crucifixion  et  une  «  majesté  » . 
Le  premier  mot  du  second  feuillet  est  corpora,  ce  qui  a 
conduit  M.  Cockerell  à  penser  que  le  Missel  de  Sheffield 
est  bien  celui  qui  répond  à  l'article  suivant  de  l'inventaire 
des  joyaux  de  Charles  V  dressé  en  1 380 *  : 

En  la  chappelle  estant  empires  l'oratoire  du  Roy,  en  la  grant  tour 
du  boys  de  Vincennes,  a  ung  messel  très  bien  escript  et  noté,  et  se 
commance  au  deuxiesme  fueillet  corpora. 

XIII  ta?. 

Missel  de  Paris. 

A  côté  du  missel  qui  vient  d'être  signalé,  je  crois  devoir 
en  indiquer  un  autre  qui  n'est  pas  expressément  décrit 
sur  les  inventaires  des  livres  de  Charles  V  et  de  Charles  VI, 
mais  qui  doit  offrir  les  mêmes  caractères  que  les  missels 
faits  pour  ces  princes,  et  qui,  selon  toute  vraisemblance, 
doit  avoir  été  destiné  à  une  de  leurs  chapelles. 

1.  N"  2G21  de  l'édition  de  Labarte;  n*  176  de  mon  Inventaire  général. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         159 

Les  articles  suivants  relevés  dans  le  calendrier  en 
démontrent  clairement  l'origine  : 

26  avril  :  Dedicacio  capelle  régis  Parisicnsis. 
17  mai  :  Translatio  capitis  sancti  Ludovici. 
11  août  :  De  sancta  Corona. 

...  In  prima  dominica  hujus  mensis  (augusti)  fit  festum  duplex  de 
Cruce  in  ecclesia  Parisiensi. 

4  décembre  :  Susceptio  Reliquiarum. 

On  en  peut  dire  autant  de  quelques  mentions  contenues 
dans  le  corps  du  volume  : 

Fol.    146,   à  l'office  du  jeudi  saint  :  Post  prandium  conveniunt 
canonici  in  majori  ecclesia  béate  Marie,  et  lavantur  altaria. 
Fol.  314  :  Susceptio  Reliquiarum. 
Fol.  394  :  Susceptio  sancte  Corone. 

Deux  notes  nécrologiques,  relatives  à  la  mort  de  Charles  VI 
et  à  celle  du  confesseur  de  ce  prince,  Michel  de  Greney, 
évêque  d'Auxerre,  ont  été  ajoutées  dans  le  calendrier  : 

Ista  die  (m  idus  octobris)  cebiit  Michael,  episcopus  Antissiodoren- 
sis  et  Karoli  VI  confessons,  anno  M.  CCCGIX. 

Anno  Domini  millesimo  CCCC  XXII,  die  xxi  octobris,  obiit  Karo- 
lus  VI  pius  rex  Francorum. 

Les  parties  du  graduel  ont  été  notées. 

L'enluminure  est  très  bonne.  Dans  la  peinture  qui  orne 
le  Te  igitur,  on  remarque  l'image  de  l'Église  et  de  la  Syna- 
gogue, celle-ci  avec  les  tables  de  la  loi,  celle-là  avec  le 
calice. 

Commencement  du  second  feuillet  après  le  calendrier  : 
am  et  salutarem. 

Ce  manuscrit  est  le  n°  443  de  la  Bibliothèque  royale  de 
Belgique,  anciennement  coté  9125.  Voir  le  Catalogue  du 
P.  Van  den  Gheyn,  t.  I,  p.  271. 

Du  missel  de  la  Sainte-Chapelle,  je  dois  rapprocher  deux 
feuillets  tirés  selon  toute  apparence  de  missels  petit  in-4°. 


160  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Sur  chacun  d'eux  est  représente  Notre-Seigneur,  assis  sur 
un  banc,  bénissant  de  la  main  droite  et  ayant  la  main 
gauche  sur  un  livre.  Aux  angles  de  chaque  tableau,  les 
figures  symboliques  des  évangélistes.  Sur  un  des  feuillets, 
la  figure  du  Seigneur  est  dans  un  quadrilobe  à  bordure 
tricolore.  Dans  l'autre,  la  figure  du  Seigneur  est  dans  un 
losange  à  bordure  tricolore,  circonstance  qui  m'autorise 
peut-être  à  signaler  ici  ces  deux  feuillets,  exposés  sous 
verre  dans  une  salle  du  Musée  de  Gluny. 

Je  dois  prévenir  toutefois  que  ces  feuillets  pourraient 
bien  n'avoir  pas  été  détachés  d'un  missel.  Pareil  tableau  a 
servi  de  frontispice  à  la  Légende  dorée,  comme  on  le  verra 
plus  loin. 


XIV. 


Les  Épitres  et  les  Évangiles  des  messes  de  l'an- 
née. Traduction  française  de  Jean  du  Vignai. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  4508  des  Nouvelles 
acquisitions. 

Petit  volume  de  155  feuillets,  dont  voici  les  premières 
et  les  dernières  lignes  : 

Ci  commencent  les  Epistres  et  les  Evangiles  de  tout  l'an,  les- 
quelz  sont  translatées  de  latin  en  françois,  selonc  l'ordenance  du 
Messel  à  l'usage  de  Paris.  Premièrement,  le  premier  dymenche  de 
l'Advent  Nostre-Seigneur,  l'epistre  ad  Romanos.  Fratres,  scientes 
quia  hora  est  et  cetera.  Frères,  sachiez  qu'il  est  ja  heure  de  nous 
lever  de  dormir...  —  ...  Donques,  querés  premièrement  le  royaume 
de  Dieu  et  saintée1,  et  toutes  ces  choses  vous  seront  adjoustées.  Cy 
fenissent  Epistres  et  Euvangilles,  translatées  de  latin  en  françois 
selonc  l'usage  de  Paris. 

Écriture  à  longues  lignes,  du  temps  de  Charles  V.  Minia- 
tures sur  les  feuillets  \ ,  23,  74  v°,  90,  94  et  98  v°.  La  pre- 

1.  Mot  récrit  par  une  main  moderne. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  161 

mière  miniature,  qui  occupe  plus  de  la  moitié  de  la  pre- 
mière page,  est  encadrée  dans  une  bordure  tricolore 
quadrilobée. 

Cette  dernière  particularité  peut,  jusqu'à  un  certain 
point,  justifier  l'attribution  du  livre  à  Charles  V,  bien 
qu'on  ne  puisse  l'identifier  avec  aucun  des  exemplaires  des 
Épîtres  et  Évangiles  mentionnés  dans  les  inventaires  de  la 
librairie  et  du  mobilier. 

Quoi  qu'il  en  soit,  je  dois  consigner  ici  une  observation 
qui  se  rapporte  à  la  fois  à  la  traduction  des  Épîtres  et  des 
Évangiles  et  à  celle  du  Missel. 

De  la  traduction  française  des  Épîtres  et  des  Évangiles 
il  faut  rapprocher  la  traduction  du  Missel,  dont  les  mêmes 
inventaires1  mentionnent  un  exemplaire  ayant  appartenu 
à  la  reine  Jeanne  de  Bourbon  et  livré  le  18  avril  1403  au 
duc  de  Bourgogne  par  l'ordre  de  Charles  VI. 

On  peut  se  demander  si  le  Missel  donné  en  1 403  au  duc 
de  Bourgogne  ne  serait  pas  celui  qui  est  enregistré  comme 
il  suit  dans  l'inventaire  des  livres  de  l'oratoire  du  feu  duc 
Philippe  le  Hardi  en  1404  : 

La  plus  grant  partie  des  cayers  d'un  Messel  translaté  de  latin  en 
françois,  lequel  list  faire  feu  la  royne  Blanche,  et  lequel  a  esté  laissié 
à  parfaire,  pour  ce  que  on  dit  qu'il  n'est  pas  expédient  de  translater 
tel  livre  de  latin  en  françois,  en  especial  le  saint  canon2. 

Si  la  traduction  du  Missel  est  du  même  écrivain  que 
celle  des  Épitres  et  des  Évangiles,  et  s'il  faut  accepter  le 
témoignage  de  l'inventaire  de  l'année  1404,  il  s'ensuivra 
que  Jean  du  Vignai  a  travaillé  pour  Blanche  de  Navarre, 
seconde  femme  de  Philippe  de  Valois,  comme  il  l'avait  fait 
pour  la  première,  Jeanne  de  Bourgogne,  morte  en  1348. 

Il  est  bon  de  faire  remarquer  que,  malgré  les  scrupules 

1.  N*  184  de  mon  édition. 

2.  Peignot,  Catalogue  de  la  bibliothèque  des  ducs  de  Bourgogne,  p.  56. 
Cf.  l'édition  de  G.  Doutrepont,  p.  28,  n«  6G. 

11 


162  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

manifestés  dans  l'inventaire  de  Tannée  1404,  on  ne  s'est 
pas  interdit  de  multiplier  les  copies  de  la  traduction  fran- 
çaise du  Missel.  Les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre 
en  mentionnent  quatre  exemplaires1,  et  la  Bibliothèque 
nationale  en  possède  un  qui  a  été  copié  au  xve  siècle2. 

Le  traducteur  des  Épîtres  et  des  Évangiles  est  Jean  de 
Vignai;  nous  avons,  à  cet  égard,  le  témoignage  des  diffé- 
rents inventaires  de  la  librairie  du  Louvre3  et  celui  d'un 
exemplaire  de  la  traduction  remontant  au  xve  siècle4. 

Je  crois  pouvoir  encore  citer  la  souscription  finale  d'un 
exemplaire  de  la  traduction  des  Épîtres  et  Évangiles,  encore 
bien  qu'elle  contienne  une  fausse  date  : 

Ce  fenist  les  Epîtres  et  les  Evangiles  translatées  de  latin  en  fran- 
çois,  selon  l'usaige  de  Paris.  Et  les  translata  frère  Jehan  de  Vignay, 
à  la  requeste  de  madame  la  royne  de  Bourgoigne,  femme  Philippe 
de  Yaloy,  roy  de  France,  en  temps  qu'il  vivoit.  Ce  fut  fait  l'an  de 
grâce  mil  CCC  XXVI,  en  mois  de  may,  vme  jour  entrant.  Deo 
gratias5. 

Le  millésime  M  CCC  XXVI  ne  saurait  concorder  avec  le 
règne  de  Philippe  de  Valois,  qui  est  monté  sur  le  trône  au 
printemps  de  1328.  Le  copiste  s'est  mépris  sur  les  chiffres 
du  manuscrit  original,  qui  portait  peut-être  M  CGC  XXXI 
ou  M  CCC  XXXVI.  En  tout  cas,  nous  possédons  là  un  argu- 
ment indiscutable  pour  fixer  la  date  de  la  traduction  au 
règne  de  Philippe  de  Valois  et  pour  en  faire  honneur  à 
Jean  du  Vignai. 

1.  Noa  184-187  de  mon  édition. 

2.  N°  180  du  fonds  français. 

3.  N°  189  de  mon  édition. 

4.  Ms.  français  22890. 

5.  Souscription  d'un  manuscrit  qui  a  été  mis  en  vente  au  mois  de  septembre 
1885  par  la  librairie  Quaritch,  The  choicest  portion  of  Ihe  Fuller  Russell 
library,  p.  8,  n°  110. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  163 

XV. 

Psautier  de  la  reine  Ingeburge  et  de  saint  Louis. 

Musée  Gondé  à  Chantilly. 

J'ai  consacré  à  ce  magnifique  manuscrit  un  assez  long 
article  dans  ma  Notice  de  douze  livres  royaux*.  Je  me  bor- 
nerai à  insérer  ici  un  abrégé  substantiel  de  cet  article. 

Le  volume  dont  il  s'agit  consiste  en  200  feuillets  de  par- 
chemin, hauts  de  300  millimètres  et  larges  de  200,  le  cadre 
occupé  par  le  texte  mesurant  1 80  millimètres  sur  115.  Les 
pages  sont  à  longues  lignes,  sauf  les  dernières,  qui,  à  par- 
tir du  fol.  1 88,  sont  partagées  en  deux  colonnes.  On  compte 
vingt  et  une  lignes  à  la  page  ou  à  la  colonne. 

La  copie  du  Psautier  est  en  gros  caractères,  très  régu- 
liers, d'une  hauteur  d'environ  4  millimètres,  à  traits  mas- 
sifs, dont  l'extrémité  inférieure  se  termine  brusquement 
par  un  délié  très  fin,  sans  s'appuyer  sur  la  raie  de  la 
réglure  quand  la  lettre  ne  doit  pas  se  prolonger  par  le  bas. 
L'extrémité  supérieure  des  lettres  montantes  est  tranchée 
par  un  délié  presque  imperceptible.  La  fermeté  et  l'unifor- 
mité de  ces  caractères  pourraient  soutenir  la  comparaison 
avec  la  fermeté  et  l'uniformité  des  bons  produits  typogra- 
phiques. 

On  peut  distinguer  deux  parties  dans  le  volume. 

La  première  comprend  un  feuillet  de  garde  ajouté  au 
xixe  siècle  et  coté  1  ;  —  un  cahier  de  huit  feuillets,  cotés  2-9, 
lequel  contient  le  calendrier;  —  quatre  cahiers,  trois  de 
huit  feuillets  et  un  de  six,  remplis  par  une  série  de  tableaux 
représentant  des  scènes  de  l'Ancien  et  du  Nouveau  Testa- 
ment et  par  l'initiale  du  Psautier  ;  le  dernier  de  ces  quatre 
cahiers  est  incomplet  du  premier  et  du  cinquième  de  ses 
feuillets,  c'est-à-dire  de  ceux  qui  devaient,  quand  le  volume 

1.  P.  1-17. 


164         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

était  complet,  se  trouver  avant  les  feuillets  actuellement 
cotés  34  et  37  ;  le  premier  avait  reçu  une  peinture  sur  le 
verso;  le  cinquième  était  probablement  resté  en  blanc. 

La  seconde  partie  commence  au  fol.  38.  Les  feuillets  dont 
elle  est  composée  forment  vingt  cahiers,  dont  les  signatures 
sont  encore  visibles  au  bas  de  la  dernière  page  de  chacun 
d'eux.  Les  dix-neuf  premiers  cahiers  sont  formés  chacun 
de  huit  feuillets  ;  le  dernier  n'en  a  que  trois  ;  les  feuillets 
qui  le  complétaient  ont  disparu,  mais  ils  devaient  être 
blancs,  le  texte  étant  bien  complet.  Dans  cette  seconde  par- 
tie se  trouve  le  Psautier,  suivi  des  cantiques,  des  litanies 
et  de  diverses  prières,  parmi  lesquelles  le  Veni  creator. 

Reprenons  chacun  de  ces  morceaux. 

Calendrier.  —  Il  est  essentiellement  français.  La  men- 
tion de  l'Invention  de  saint  Denis,  marquée  au  %%  avril, 
semble  dénoter  une  origine  parisienne. 

Il  faut  accorder  une  attention  particulière  à  quatre  notes 
qui  ont  été  insérées  dans  le  calendrier  très  peu  de  temps 
après  l'exécution  du  volume  et  dont  il  sera  question  un  peu 
plus  loin. 

Sur  le  côté  droit  de  chaque  page  du  calendrier,  dans 
deux  médaillons  à  fond  d'or,  l'enlumineur  a  peint,  en  haut, 
une  figure  symbolique  du  mois;  en  bas,  le  signe  corres- 
pondant du  zodiaque.  —  En  tête  du  mois  se  voient  deux 
lignes  écrites  l'une  en  rouge,  l'autre  en  bleu  ;  la  première 
est  un  vers  dans  lequel  sont  rappelés  les  quantièmes  des 
jours  égyptiaques;  l'autre  indique  le  nombre  des  jours  du 
mois. 

Dans  la  colonne  réservée  aux  lettres  dominicales,  les  A 
sont  en  or  et  les  autres  lettres  alternativement  rouges  et 
bleues. 

En  haut  des  colonnes  affectées  à  l'indication  des  quan- 
tièmes du  mois  se  voient  de  grands  monogrammes  (KL), 
tracés  en  or  sur  fonds  bleu  et  rouge  très  pâle. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  165 

Aux  jours  des  nones  et  des  ides,  les  mots  Non.  et  ldus 
sont  en  rouge  ;  le  premier  de  ces  mots  est  toujours  figuré 
par  un  0  faisant  corps  avec  deux  N,  dont  l'un  est  privé  de 
son  second  montant  et  l'autre  de  son  premier. 

Aux  autres  jours,  les  notations  N,  ID'  et  KL  sont  alter- 
nativement en  bleu  et  en  rouge.  La  notation  KL,  en  carac- 
tères allongés,  est  disposée  de  façon  à  servir  pour  deux 
jours  consécutifs. 

Les  majuscules  par  lesquelles  commencent  les  indica- 
tions des  fêtes  sont  alternativement  en  or  et  en  azur.  Ces 
indications  sont  écrites  en  rouge,  en  bleu  ou  en  or,  sans 
que  le  choix  de  la  couleur  semble  avoir  été  déterminé  par 
l'importance  qu'on  attachait  à  la  célébration  de  la  fête. 

Tableaux.  —  Un  seul  côté  des  vingt-sept  feuillets  qui 
suivent  le  calendrier  a  reçu  des  peintures;  l'autre  côté  est 
resté  blanc,  et  les  feuillets  ont  été  assemblés  de  façon  que 
deux  pages  peintes  se  faisant  vis-à-vis  (un  verso  et  un 
recto)  sont  suivies  de  deux  pages  blanches. 

La  plupart  des  pages  peintes  nous  offrent  deux  tableaux 
superposés,  ce  qui  donne  en  somme  une  cinquantaine  de 
tableaux,  dont  les  sujets  sont  indiqués  par  de  courtes 
légendes  françaises  tracées  en  or  sur  le  blanc  du  parche- 
min. Le  texte  de  ces  inscriptions  a  été  publié  dans  la 
Notice  sur  douze  livres  royaux  (p.  4-7)  et  dans  l'article  de 
Gh.  de  Sourdeval,  qui  sera  indiqué  un  peu  plus  loin. 

Une  remarque  assez  importante  est  à  faire  à  propos  de 
cette  suite  de  tableaux.  Sur  les  cinquante  sujets  qui  y  sont 
représentés,  il  y  en  a  vingt-neuf  qu'on  retrouve  à  peu  près 
dans  le  même  ordre  au  commencement  du  Psautier  attri- 
bué à  Blanche  de  Gastille  qui  est  conservé  à  la  bibliothèque 
de  l'Arsenal  et  qui  offre  beaucoup  d'analogie  avec  celui 
d'Ingeburge.  L'illustration  des  deux  manuscrits  dérive  de 
la  même  source.  J'en  ai  donné  des  preuves  dans  la  Notice 
sur  douze  livres  royaux.  Il  est  impossible  de  méconnaître 


166  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

les  liens  de  parenté  qui  autorisent  à  rattacher  à  la  même 
famille  les  deux  psautiers,  ainsi  que  celui  de  la  bibliothèque 
de  l'Université  de  Leyde,  dans  lequel  saint  Louis  avait 
appris  à  lire. 

On  ne  pourrait  pas,  sans  avoir  vu  les  peintures  du  Psau- 
tier d'Ingeburge,  s'en  imaginer  la  richesse  et  la  beauté. 
M.  le  duc  d'Aumale,  qui  se  plaisait  à  les  faire  admirer 
comme  un  des  plus  précieux  joyaux  de  son  trésor,  ne  s'en 
exagérait  pas  la  valeur  quand  il  écrivait  ces  lignes  dans 
son  Catalogue  :  «  Ces  tableaux  n'ont  pas  d'analogues  et 
«  sont  placés  hors  ligne  par  l'originalité,  la  pureté  du  style, 
«  l'éclat  et  la  conservation  des  couleurs,  le  dessin  des  dra- 
«  peries,  qui  semble  indiquer  une  certaine  connaissance  ou 
«  une  divination  de  l'antique.  Les  couches  d'or  sont  si 
«  épaisses  et  si  parfaitement  brunies  que  les  figures 
«  semblent  enchâssées  dans  de  véritables  plaques  de 
«  métal.  »  Au  dire  d'un  des  plus  érudits  connaisseurs  de 
la  peinture  des  manuscrits  du  moyen  âge,  M.  Arthur  Hase- 
loff,  professeur  à  l'Université  de  Berlin,  «  le  Psautier 
«  de  la  reine  Ingeburge,  qui  date  du  commencement  du 
«  xme  siècle,  nous  offre  un  des  plus  beaux  spécimens  de  la 
«  peinture  de  cette  époque;  il  est  décoré  dans  un  style 
«  sévère  et  anguleux,  par  lequel  il  se  rapproche  des  manus- 
«  crits  allemands  et  des  manuscrits  anglais.  »  M.  Haseloff 
ajoute  que  ce  manuscrit  n'est  probablement  pas  d'origine 
française.  C'est  là  une  hypothèse  que  je  ne  saurais  accepter 
et  sur  laquelle  je  reviendrai  un  peu  plus  loin. 

Psaumes.  —  Les  initiales  des  versets  sont  alternative- 
ment en  or  et  en  azur,  avec  de  très  menus  filets  en  bleu 
pour  les  premières  et  en  or  pour  les  secondes. 

Les  bouts  de  lignes  restés  vides  à  la  fin  des  versets  ont 
été  remplis  par  divers  ornements,  notamment  par  des 
enroulements  et  par  d'autres  combinaisons  de  traits  de 
plume  ou  de  pinceau,  fort  déliés,  exécutés  avec  autant 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  107 

d'élégance  que  de  légèreté,  alternativement  en  or  et  en 
azur,  parfois  avec  des  rehauts  de  vermillon.  L'enlumineur 
a  souvent  utilisé  les  vides  pour  y  figurer  en  or  de  petits 
animaux  plus  ou  moins  fantastiques  et  surtout  des  oiseaux 
tels  que  des  paons,  des  cigognes  et  des  hérons.  Sur  plu- 
sieurs pages  sont  des  ornements  qui  ressemblent  assez  à 
des  fleurs  de  lis  ou  à  des  trèfles. 

Le  B  initial  du  premier  psaume  occupe  une  page  entière 
qui  sert  de  frontispice.  Les  extrémités  du  montant  de  cette 
lettre  gigantesque  sont  ornés  de  deux  petits  médaillons, 
dans  lesquels  David  est  représenté  terrassant  des  bêtes 
féroces.  La  double  panse  de  la  même  lettre  a  servi  de  cadre 
à  deux  tableaux  :  dans  celui  du  haut,  Samuel  est  averti 
par  un  ange  d'avoir  à  sacrer  David;  l'autre  tableau  nous 
montre  Samuel  versant  l'huile  sainte  sur  la  tête  de  David. 

Les  blancs  ménagés  par  le  copiste  pour  les  initiales 
d'une  dizaine  de  psaumes,  notamment  de  ceux  qui  forment 
le  début  des  matines  des  sept  jours  de  la  semaine,  ont  été 
mis  à  profit  par  l'enlumineur,  qui  s'en  est  servi  pour  faire 
de  ces  initiales  de  petits  tableaux  de  dimensions  variées, 
dont  il  a  puisé  l'idée  dans  la  vie  de  David. 

Litanies.  —  Les  litanies  dénotent  une  origine  française. 
Elles  sont  suivies  de  trente  et  une  oraisons,  dont  plusieurs 
présentent  une  notable  particularité.  Les  leçons  qu'elles 
renfermaient  à  l'origine  prouvent  que  le  Psautier  avait  été 
copié  pour  une  femme.  Le  texte  primitif  portait  :  «  Michi 
«  misère,  digna  inveniar,  michi  peccatrici,  michi  misère  pec- 
«  eatrici,  exaudi  me  peccatricem,  pollicita  sum,  debitrix 
«  sum...  »  C'est  après  coup  qu'aux  leçons  misère,  digna, 
peccatrici,  peecatricem,  pollicita  et  debitrix,  on  a  substitué 
les  leçons  miser o,  dignus,  peccatori,  pollicitus,  debitor. 

De  cette  minutieuse  analyse,  il  faut  maintenant  dégager 


168         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

les  données  à  l'aide  desquelles  l'origine  du  manuscrit 
pourra  être  démontrée. 

Le  luxe  avec  lequel  le  Psautier  a  été  exécuté  prouve  que 
le  livre  a  été  fait  pour  un  personnage  du  plus  haut  rang, 
dont  il  s'agit  de  découvrir  le  nom. 

Les  expressions  misère,  digna,  peceatrici...,  employées 
dans  les  prières  de  la  fin  du  psautier,  font  voir  qu'il  était 
destiné  à  une  femme. 

Ces  deux  points  établis,  si  nous  jetons  les  yeux  sur  le 
calendrier  mis  en  tête  du  volume,  nous  y  remarquerons 
trois  notes  tracées  à  une  date  tout  à  fait  voisine  de  l'exécu- 
tion du  manuscrit  : 

m  nonas  maii.  Obiit  Sofia,  regina  Dacie. 

m  idus  maii.  Obiit  Waldemarus,  rex  Danorum. 

xiii  kalendas  julii.  Obiit  Alienor,  comitissa  Veremandie. 

Ce  sont  les  seules  notes  nécrologiques  que  renferme  le 
calendrier.  Il  est  facile  de  les  expliquer  toutes  les  trois  :  la 
dernière  s'applique  à  Éléonore,  comtesse  de  Vermandois, 
dont  la  mort  doit  être  fixée  au  20  juillet  1 25 1 3  ;  la  deuxième 
note  ne  peut  convenir  qu'à  Waldemar  le  Grand,  roi  de 
Danemark,  mort  le  12  mai  1182;  la  première  se  rapporte 
à  la  reine  Sophie,  femme  de  Waldemar  le  Grand. 

Or,  quelle  est  en  France,  au  commencement  du 
xine  siècle,  quand  on  avait  si  peu  de  relations  avec  les 
États  Scandinaves,  la  grande  dame  qui  pouvait  faire  mar- 
quer dans  son  livre  de  prières  le  jour  anniversaire  de  la 
mort  du  roi  Waldemar  et  celui  de  la  mort  de  la  reine 
Sophie?  C'est  évidemment  la  malheureuse  épouse  de  Phi- 
lippe-Auguste, Ingeburge  de  Danemark,  qui  a  fait  inscrire 
dans  son  Psautier  les  noms  de  son  père  et  de  sa  mère. 
A  ces  noms  dictés  par  la  piété  filiale,  elle  avait  voulu  en 
associer  un  troisième,  celui  d'Éléonore  de  Vermandois, 
l'une  des  plus  puissantes  vassales  de  Philippe-Auguste,  dont 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         169 

l'amitié  n'avait  sans  doute  jamais  abandonné  la  reine  au 
milieu  des  épreuves  qu'elle  eut  à  traverser. 

On  sait  que  ces  épreuves,  commencées  en  1 193,  le  len- 
demain de  la  célébration  du  mariage,  se  prolongèrent  jus- 
qu'en 12113  ou  12114,  et  qu'à  partir  de  cette  dernière  date 
Philippe-Auguste  traita  Ingeburge  avec  les  égards  dus  à 
l'épouse  et  à  la  reine.  Un  souvenir  de  la  réconciliation  a  été 
consigné  dans  le  calendrier.  Nous  y  lisons,  au  27  juillet,  une 
quatrième  note  historique  dont  voici  le  texte  : 

Sexto  kalendas  Augusti,  anno  Domini  M0  CC°  quarto  decimo,  vein- 
qui  Phelippe,  li  rois  de  France,  en  bataille,  le  roi  Othon  et  le  conte 
de  Flandres  et  le  conte  de  Boloigne  et  plusors  autres  barons. 

Il  est  donc  démontré  jusqu'à  l'évidence  que  le  Psautier  a 
appartenu  à  la  reine  Ingeburge  et  que  cette  princesse  y  a 
fait  inscrire  les  noms  de  ses  parents,  celui  d'une  amie,  et 
la  mention  du  plus  glorieux  événement  du  règne  de  son 
mari. 

Il  est  vraisemblable  qu'un  livre  destiné  à  la  reine  de 
France,  à  la  femme  de  Philippe-Auguste,  a  été  exécuté  en 
France.  On  a  cependant  proposé  de  lui  attribuer  une  ori- 
gine anglaise1.  Je  ne  nie  pas  qu'on  puisse  trouver  quelques 
caractères  du  style  anglais  dans  l'écriture  et  la  décoration 
du  Psautier  d'Ingeburge,  et  je  sais  qu'au  xne  siècle  il  exis- 
tait en  Angleterre,  dans  certaines  maisons  religieuses,  des 
ateliers  de  copistes  dont  les  produits  s'exportaient  en 
France2.  Mais  les  traces  de  style  anglais  que  présentent 
certains  psautiers  du  commencement  du  xnie  siècle  s'ex- 
pliquent aisément  par  l'existence  à  Paris  de  calligraphes  et 
d'enlumineurs  qui  avaient  pu  se  former  dans  les  ateliers 

1.  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France,  t.  LIX,  p.  26. 

2.  Tel  était  un  prieuré  anglais  dépendant  du  prieuré  de  Sainte-Barbe-en- 
Ange,  au  sujet  duquel  on  lit  dans  une  relation  du  xn°  siècle  :  «  Quia  autem 
«  apud  Bequefort  victualium  copia  erat,  scriptores  etiam  ibi  habebantur,  quo- 
«  rum  opéra  ad  nos  in  Normanniam  mittebantur.  »  Hist.  MU.  de  la  France, 
t.  XXXI,  p.  281,  d'après  le  ms.  1642  de  Sainte-Geneviève. 


170  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

anglais,  ou  qui,  sans  même  être  jamais  allés  en  Angleterre, 
suivaient  les  modes  anglaises. 

Ce  qui  a  pu  conduire  M.  Haseloff  à  considérer  le  Psau- 
tier de  Ingeburge  comme  un  livre  anglais,  c'est  qu'il  avait 
cru  y  voir  dans  le  calendrier  la  mention  de  beaucoup  de 
saints  anglais;  mais,  sur  ce  point,  il  a  été  mal  servi  par 
ses  souvenirs.  Les  noms  des  saints  anglais  sont  absents  au 
calendrier.  Je  n'hésite  pas  à  qualifier  d'œuvre  française  le 
Psautier  dans  lequel  la  reine  Ingeburge  a  fait  consigner  ses 
souvenirs  de  famille. 

Ingeburge  mourut  en  12136.  Tout  porte  à  croire  que  son 
Psautier  resta  dans  la  maison  royale  et  qu'il  devint  la  pro- 
priété de  saint  Louis.  Telle  est,  du  moins,  une  tradition 
dont  il  faut  tenir  grand  compte,  puisqu'elle  est  attestée 
par  une  note  du  xive  siècle  qu'on  lit  au  revers  du  dernier 
feuillet  du  calendrier  :  Ce  psaultier  fit  saint  Loys.  Cette  tra- 
dition est  d'autant  plus  respectable  que ,  à  la  fin  du 
xive  siècle,  le  Psautier  faisait  partie  du  mobilier  de  la 
couronne,  et  qu'il  se  conservait  comme  une  relique  de 
saint  Louis,  à  côté  d'un  autre  Psautier  que  des  preuves 
matérielles  prouvent  avoir  été  fait  vers  l'année  1 2l60 4.  On 
lit,  en  effet,  dans  l'inventaire  du  mobilier  de  Charles  V2  : 

Un  gros  psaultier,  nommé  le  Psaultier  saint  Loys,  très  richement 
enlumyné  d'or  et  ystorié  d'anciens  ymages,  et  se  commance  le 
second  fueillet  cum  exarcerit.  Et  est  le  dit  psautier  fermant  à  deux 
fermoers  d'or,  neellez  à  fleurs  de  liz,  pendans  à  deux  laz  de  soye  et 
à  deux  gros  boutons  de  perles  et  une  petite  pippe  d'or. 

Ce  signalement  s'applique  de  tout  point  au  Psautier  dont 
nous  nous  occupons,  comme  aussi  l'article  suivant  d'un 
inventaire  de  joyaux  conservés  en  1418  dans  le  château  de 
Vincennes  : 

Un  grant  Saultier,  nommé  le  Saultier  saint  Loys,  très  richement 

1.  Voir  un  peu  plus  loin,  p.  175,  la  notice  XVII. 

2.  Éd.  Labarte,  p.  340,  art.  3303.  —  Art.  46  de  mon  édition  des  Inventaires 
de  la  librairie  de  Charles  V. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  171 

enluminé  d'or  et  ystorié  d'anciennes  y  mages.  Et  se  commance  le 
second  feuillet  cum  exarcerit.  Et  est  le  fermant  à  deux  fermouers  de 
neelles  à  fleurs  de  Hz,  pendant  à  deux  laz  de  soye,  et  à  deux  gros 
boutons  de  perles,  et  une  petite  pippe  d'or1. 

Le  Psautier  disparut  dans  les  troubles  qui  désolèrent  les 
dernières  années  du  règne  de  Charles  VI,  et  l'absence  en 
fut  notée  lors  d'un  recolement  auquel  il  fut  procédé 
en  1420. 

A  partir  de  là,  on  perd  toute  trace  du  Psautier  pendant 
plus  de  trois  cents  ans.  Il  reparut  en  Angleterre  dans  la 
première  moitié  du  xvne  siècle,  enrichi  d'une  série  de 
notes  qu'un  faussaire  avait  assez  maladroitement  tracées 
sur  les  premières  pages  et  qui  avaient  pour  but  de  faire 
croire  que  saint  Louis  avait  donné  le  livre  à  Guillaume  de 
Mesmes,  son  premier  chapelain.  Le  Psautier  d'Ingeburge 
devint  ainsi  la  pierre  angulaire  de  la  généalogie  de  la 
famille  de  Mesmes. 

Pierre  de  Bellièvre  le  trouva  en  Angleterre  pendant  son 
ambassade  à  la  cour  du  roi  Charles  Ier.  Il  le  ramena  en 
France  et  en  fit  hommage  en  1 649  au  président  Henri  de 
Mesmes.  Le  livre  passa  en  1812  dans  la  famille  de  Puy- 
Ségur.  M.  le  duc  d'Aumale  put  l'acquérir  en  1892  et  l'in- 
corpora dans  les  collections  de  Chantilly. 

En  1 863,  le  Psautier  fut  le  sujet  d'une  notice  que  Ch.  de 
Sourdeval  communiqua  au  Congrès  des  Sociétés  savantes, 
sans  avoir  reconnu  la  véritable  origine  du  manuscrit  et  sans 
avoir  soupçonné  la  fausseté  des  notes  relatives  à  la  généa- 
logie de  la  famille  de  Mesmes2.  Ce  fut  en  1867,  dans  la 
Bibliothèque  de  V École  des  chartes3,  que  fut  proposée  l'at- 

1.  Douët  d'Arcq,  Choix  de  pièces  relatives  au  règne  de  Charles  VI,  t.  H, 
p.  324,  n"  299. 

2.  La  notice  de  M.  Ch.  de  Sourdeval  a  été  publiée  dans  les  Mémoires  lus  à 
la  Sorbonne  en  avril  1863,  Archéologie,  p.  181-183.  Elle  a  été  réimprimée  en 
1880  avec  des  modifications  dans  le  Bulletin  de  la  Société  archéologique  de 
Touraine,  t.  V,  p.  65-77. 

3.  6°  série,  t.  III,  p.  201-210. 


172  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

tribution  du  livre  à  la  reine  Ingeburge  et  démontrée  la 
fausseté  des  notes  généalogiques. 

Les  deux  peintures  du  fol.  34  ont  été  reproduites  en 
héliogravure  dans  le  tome  I  du  Catalogue  des  manuscrits  du 
Musée  Condé.  —  Trois  autres  pages  ont  été  héliogravées 
par  M.  Dujardin  et  forment  les  trois  premières  planches  de 
ma  Notice  de  douze  livres  royaux. 

XVI. 

Psautier  de  l'abbaye  de  Peterborough. 

Bibliothèque  royale  de  Belgique,  n°  593.  —  Magnifique 
psautier,  orné  de  nombreuses  miniatures,  tout  écrit  en 
lettres  d'or,  d'azur  et  de  vermillon,  à  l'usage  de  l'abbaye 
de  Peterborough,  dont  la  dédicace  est  marquée  dans  le  calen- 
drier au  28  septembre.  —  Indiqué  dans  les  anciens  inven- 
taires :  A.  879,  B.  882,  D.  560,  E.  592.  Porté  dans  E.  950 
comme  enlevé  de  la  librairie  vers  l'année  1414.  —  L'ar- 
ticle de  l'inventaire  de  1411  est  ainsi  conçu  : 

Item  un  psaultier  très  bel,  tout  escript  de  lettre  d'or  et  d'asur  et 
de  vermeillon,  et  sont  les  aiz  brodez  des  armes  de  Bourgongne,  et  y 
est  le  sacre  des  roys  d'Angleterre,  à  une  chemise  blanche  de  toille, 
à  deux  fermoirs  d'argent  de  grosse  lettre  de  forme,  en  latin,  com- 
mençans  ou  ne  foillet  du  psaultier  dit  nobis  bona,  et  ou  derrenier 
Dominas  vobiscum. 

Le  dernier  feuillet  a  disparu  par  suite  de  l'enlèvement  de 
la  fin  du  volume,  qui  contenait  le  sacre  des  rois  d'An- 
gleterre. 

Voir  la  description  de  ce  manuscrit  dans  mes  Mélanges 
de  paléographie  et  de  bibliographie,  p.  197-205,  et  dans  le 
Catalogue  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  royale  de  Bel- 
gique, par  J.  Van  den  Gheyn,  t.  I,  p.  375. 

Ce  dernier  auteur  a  consacré  au  Psautier  de  Peterborough 
une  notice  plus  développée,  qui  accompagne  la  reproduc- 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  173 

tion  de  ce  manuscrit  dans  le  Musée  des  Enluminures1.  Il 
s'est  principalement  attaché  à  y  faire  connaître  une  suite  de 
miniatures  allégoriques  sur  les  rapports  entre  l'Ancien  et 
le  Nouveau  Testament. 

A  ces  miniatures  sont  ajoutés  des  vers  latins  expliquant 
les  allégories  bibliques  dont  se  sont  tant  préoccupés  les 
théologiens,  les  poètes  palinodiques  et  les  artistes  des  der- 
niers siècles  du  moyen  âge.  Le  R.  P.  Van  den  Gheyn  a  mis 
à  contribution  les  recherches  de  M.  Montague  Rhode  James, 
publiées  dans  les  Cambridge  Antiquarian  Society's  commu- 
nications2. 

De  ces  recherches,  il  résulte  que  les  tableaux  du  manus- 
crit et  les  légendes  en  vers  qui  en  expliquent  le  sujet  avaient 
été,  pour  la  plupart,  copiés  d'après  les  fresques  du  chœur 
de  l'église  abbatiale  de  Peterborough,  et  qu'une  suite  de 
tableaux  et  d'inscriptions  analogues  existe  ou  a  existé  sur 
les  vitraux  de  la  cathédrale  de  Gantorbéry. 

Le  Psautier  de  Peterborough  rentre  donc  dans  la  catégo- 
rie des  livres  d'images  consacrés  aux  harmonies  de  l'An- 
cien et  du  Nouveau  Testament.  Ce  n'était  pas  le  seul 
manuscrit  qui  représentât  ce  genre  d'ouvrages  dans  la 
bibliothèque  de  Charles  V,  où  se  trouvait,  entre  autres3, 
suivant  le  catalogue  de  Gilles  Malet  :  «  La  Bible  historiée, 
«  toute  en  y  mages,  qui  fu  de  la  royne  Jehanne  d'Evreux, 
«  historiée  toute  à  ymages  et  toute  figurée,  »  manuscrit 
qui  parait  avoir  disparu,  et  dont  un  double  pourrait  bien 
être  le  volume  qui  porte  à  la  Bibliothèque  nationale  le 
n°  9561  du  fonds  français4.  Mais  on  y  chercherait  vaine- 
ment la  mention  de  la  grande  Bible  moralisée,  la  plus 

1.  Fascicule  intitulé:  Le  Psautier  de  Peterborough,  par  J.  van  den  Gheyn, 
conservateur  à  la  bibliothèque  royale  de  Belgique.  H.  Kleinmann  et  C'%  Haar- 
lem,  imprimeurs-éditeurs,  in-fol.,  16  p.  et  33  pi. 

2.  T.  IX,  p.  178-194. 

3.  Voir  l'Inventaire  des  livres  de  Charles  V,  art.  100-107.' 

4.  Voir  Hist.  litt.  de  la  France,  t.  XXXI,  p.  246. 


174  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

importante  œuvre  de  peinture  à  l'aide  de  laquelle  on  ait 
essayé,  au  moyen  âge,  d'initier  les  fidèles  au  sens  allégorique 
des  Écritures.  Sous  ce  titre  de  Bible  moralisée,  on  désigne 
un  énorme  recueil  de  petits  tableaux  à  côté  desquels  se 
sont  juxtaposés  des  versets  et  des  gloses  explicatives. 

L'ouvrage  a  dû  être  composé  du  temps  et  sous  les  aus- 
pices de  saint  Louis,  comme  l'indique  un  grand  tableau 
final  dans  les  -débris  d'un  exemplaire  contemporain,  récem- 
ment passé  en  Amérique,  dans  la  bibliothèque  de  M.  Pier- 
pont  Morgan.  Nous  en  conservons  en  Europe  un  exemplaire 
complet  et  contemporain,  malheureusement  dépourvu  du 
tableau  final  et  coupé  en  trois  morceaux,  le  premier  à 
Oxford1,  le  second  à  Paris2  et  le  dernier  à  Londres3. 
Outre  cet  exemplaire,  qui  est  un  des  plus  splendides 
manuscrits  du  moyen  âge  parvenus  jusqu'à  nous,  il  en 
existe  un  autre  au  Musée  britannique,  qui  peut  dater  du 
commencement  du  xive  siècle  et  dont  les  peintures  sont 
en  grisailles4. 

La  Bible  moralisée  fut  traduite  en  français  à  la  fin  du 
xive  siècle,  et,  sous  cette  forme,  la  Bibliothèque  nationale 
en  possède  deux  exemplaires,  de  grand  luxe,  les  n03  1 67 
et  166  du  fonds  français.  Le  n°  167  a  été  fait  pour  le  duc 
de  Bourgogne;  l'origine  première  de  l'autre  est  assez 
incertaine;  nous  savons  seulement  que  les  artistes  du  duc 
de  Berry  ont  pu  travailler  à  l'illustration  des  feuillets  du 
commencement5. 

1.  N°  2706  du  fonds  bodléien  (2937  du  Catalogue  de  Bernard). 

2.  Ms.  latin  11560.  Une  page  a  été  reproduite  en  héliogravure  dans  Y  Album 
paléographique  de  la  Société  de  l'École  des  chartes,  pi.  XXXVII. 

3.  Musée  britannique,  Harley,  nos  1526  et  1527.  Une  page  a  été  reproduite  en 
couleurs  dans  l'ouvrage  de  Warner,  Illuminaled  mss.  in  the  Brilish  Muséum, 
3e  série,  n°  8.  Voir  aussi  l'ouvrage  du  même  auteur,  Reproductions  from  illu- 
minaled mss.,  lro  série,  n"  22. 

4.  Musée  britannique,  ms.  addit.  18719.  Deux  pages  sont  en  fac-similé 
dans  le  grand  ouvrage  du  comte  de  Baslard,  qui  indique  le  manuscrit  comme 
appartenant  au  Dr  Démons. 

5.  Le  fac-similé  de  trois  pages  du  ms.  167  a  été  publié  dans  Le  Manuscrit 
de  Labitte,  t.  II,  p.  90,  101  et  114;  et  celui  du  ms.  166,  p.  117,  130  et  148. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  175 

XVII. 

Petit  psautier  de  saint  Louis. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  latin  10525. 

Ravissant  manuscrit,  qui  a  été  exécuté  peu  de  temps 
après  que  le  roi  fut  revenu  de  sa  première  croisade.  Je 
renvoie  à  ce  que  j'en  ai  dit  dans  la  Notice  sur  douze  livres 
royaux,  p.  37-42.  Il  répond  à  cet  article  de  l'inventaire  du 
mobilier  de  Charles  V  dressé  en  1 380 1  : 

Item  ung  autre  psaultier  mendre,  qui  fut  monseigneur  saint  Loys, 
très  bien  escript  et  noblement  enluminé,  et  a  grant  quantité  d'ys- 
toires  au  commancemen  du  dit  livre,  et  se  commance  ou  second 
fueillet  vas  figuli.  Ouquel  a  deux  petitz  fermouers  d'or  plaz,  l'un 
esmaillé  de  France,  et  l'autre  d'Evreux;  à  une  pippe  où  il  a  ung 
très  gros  ballay  et  quatre  très  grosses  perles. 

L'origine  du  volume  est  d'ailleurs  attestée  par  une  note 
écrite  sur  le  feuillet  de  garde. 

Cest  psaultier  fu  saint  Loys,  et  le  donna  la  royne  Jehanne 
d'Evreux  au  roy  Charles,  filz  du  roy  Jehan,  l'an  de  Nostre-Seigneur 
mil  troys  cens  soissante  et  nuef;  et  le  roy  Charles  présent2,  filz 
dudit  roy  Charles,  le  donna  à  Madame  Marie  de  France,  sa  fille, 
religieuse  à  Poyssi,  le  jour  de  la  Saint-Michel  l'an  mil  IIIIC...3. 

Sur  ce  volume,  on  peut  consulter  la  Notice  du  Musée  des 
souverains,  par  Barbey  de  Jouy  (p.  42);  une  notice  de 
M.  Haseloff,  insérée  en  1900  dans  les  Mémoires  de  la 
Société  des  Antiquaires  de  France  (t.  IX  de  la  6e  série),  et 
ma  Notice  sur  douze  livres  royaux,  p.  37-42. 

Les  78  tableaux  qui  ornent  ce  Psautier  ont  été  repro- 
duits en  phototypie  par  les  soins  de  M.  Omont4.  Diffé- 

1.  Éd.  Labarte,  p.  240,  art.  3304. 

2.  Charles  VI. 

3.  La  place  du  complément  de  la  date  est  restée  en  blanc.  Ce  fut  seulement 
en  1408  que  Marie  de  France  fit  profession  au  couvent  de  Poissy. 

4.  Psautier  de  saint  Louis.  Reproduction  de  86  miniatures  du  ms. 
latin  10525  de  la  Bibliothèque  nationale.  Paris,  Berthaud  frères,  L1902J, 
petit  in-8". 


176  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

rentes  miniatures  en  ont  été  publiées  dans  les  ouvrages 
suivants  : 

Recueil  des  historiens  de  la  France,  t.  XX,  p.  1  ;  Album 
paléographique  de  la  Société  de  l'École  des  chartes; 
Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France,  6e  série, 
t.  IX;  Notice  sur  douze  livres  royaux,  pi.  IX. 

Je  dois  citer  ici,  quoiqu'il  n'ait  pas  fait  partie  des  col- 
lections de  Charles  V,  un  volume,  frère  du  précédent,  dont 
la  première  partie  est,  à  vrai  dire,  une  réplique  du  manus- 
crit précédent  et  dont  la  seconde  partie  se  compose  de 
l'office  de  Notre-Dame  et  de  diverses  pièces  de  dévotion 
du  genre  de  celles  qui  ont  formé  les  livres  d'Heures  du 
type  qui  a  eu  la  plus  grande  vogue,  du  xive  au  xvie  siècle1. 
Il  a  dû  être  exécuté  à  la  même  époque  et  dans  le  même 
atelier  que  le  psautier  de  saint  Louis.  On  a  inséré  dans  le 
calendrier  la  mention  des  mêmes  anniversaires.  Les  formes 
féminines  employées  dans  diverses  oraisons  prouvent  que 
le  livre  a  été  écrit  pour  servir  à  une  femme,  très  proba- 
blement de  la  famille  de  saint  Louis,  peut-être  la  reine 
Marguerite,  peut-être  aussi  la  sœur  de  saint  Louis,  Isa- 
belle, fondatrice  de  l'abbaye  de  Longchamp.  Ce  petit 
psautier  a  été  l'objet  des  notices  suivantes  :  A.  Haselofï, 
dans  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France, 
t.  LIX,  6e  série;  t.  LX,  p.  18-42;  L.  Delisle,  dans  la 
Notice  de  douze  livres  royaux,  p.  43-51  ;  S.  G.  Cockerell, 
A  Psalter  and  Hours  executed  before  1270  for  a  lady 
comected  with  Saint  Louis,  probably  his  sister,  Isabelle  de 
France.  London,  1905,  in-4°  oblong. 

Le  volume  est  dans  la  collection  de  Henry  Yates  Thomp- 
son; il  avait  appartenu  à  Ruskin. 

1.  M.  Cockerell  a  cité  plusieurs  exemples  de  ce  qu'il  appelle  la  combi- 
naison du  psautier  et  des  heures.  Voir  la  p.  19  du  Mémoire  de  Cockerell  cité 
uu  peu  plus  bas. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  177 

XVIII. 

Le  Psautier  férial  de  la  chapelle  du  roi  de 
France. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  latin  1082. 

Volume  écrit  sur  du  fin  parchemin,  en  caractères  très 
régulièrement  formés  et  dont  l'enluminure  est  très  soignée. 

A  la  suite  du  calendrier  (fol.  1-6),  il  contient  le  psau- 
tier intitulé  (fol.  7)  :  «  Gy  commence  le  psautier  ferial  selon 
«  l'usage  de  Paris  et  de  la  chapelle  de  l'ostel  du  roy  de 
«  France.  »  —  Les  litanies  (fol.  91).  —  Les  Heures  de 
Notre-Dame  (fol.  97).  —  Les  Heures  de  la  Croix  (fol.  1 02). 
—  Les  Heures  du  Saint  Esprit  (fol.  103).  —  Les  Vigiles 
des  morts  (fol.  103  v°).  —  Le  commun  des  saints 
(fol.  107).  —  «  Ce  sont  les  mémoires  de  toute  l'anée  que 
«  on  fait  en  la  chapelle  du  roy  »  (fol.  138). 

Le  principal  ornement  du  volume  consiste  en  dix  petites 
miniatures  (fol.  7  v°,  19,  27  v°,  34,  40  v°,  50,  57,  78, 
97  et  107),  encadrées  de  bordures  tricolores. 

Différents  articles  du  calendrier  mettent  hors  de  doute 
l'attribution  du  Psautier  au  règne  de  Charles  V. 

2  janvier.  Obiit  le  roy  Phelippe  le  Lonc,  roy  de  France  et  de 
Navarre,  filz  du  bel  roy  Ph.,  l'an  MCCC  [sic). 

21  janvier.  Sainte  Agnès,  vierge  et  martire.  Annuel;  feste  nou- 
velle. 

28  janvier.  Saint  Charlemaingne,  roy  de  France  et  empereur. 
Anuel  ;  feste  nouvelle. 

1er  février.  Obiit  Charle,  roy  de  France,  filz  du  bel  roy  Phelippe, 
l'an  M.  CGC. 

9  avril.  Obiit  le  roy  Jehan,  roy  de  France,  l'an  MCCC LXIIII.  (En 
lettres  d'or.) 

17  mai.  La  Translacion  du  chief  saint  Loys,  roy  de  France.  Anuel; 
feste  nouvelle. 

5  juin.  Obiit  Loys,  roy  de  France  et  de  Navarre,  fils  du  bel  roy 
Phelippe,  l'an  M  CCC  XVI. 

30  juillet.  Cy  est  fait  double  de  la  translation  saint  Charlemaingne. 

12 


178  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

11  août.  La  suscepcion  de  la  sainte  Coronne.  Anuel;  feste  nouvelle. 
23  août.  Obiit  le  roy  Phelippe  de  Valois,  l'an  M  GCCL. 

11  septembre.  Obiit  madame  Bone,  duchesse  de  Normandie. 

30  septembre.  La  susception  des  saintes  Reliques  en  la  Sainte 
Chapelle  royal  à  Paris.  Annuel;  feste  nouvelle. 

30  novembre.  Obiit  le  roy  Phelippe  le  Bel  l'an  M  CCC  XII  (sic),  à 
F[ontaine]bluant  (sic). 

12  décembre.  Obiit  Jehanne  de  Bourg[oigne],  royne  de  France. 
16  décembre.  Obiit  Charles  de  Valoys,  père  du  roy  Phelippe  de 

Valois. 

Ce  relevé  d'obits  et  de  fêtes  suggère  plusieurs  observa- 
tions intéressantes.  Les  seules  princesses  dont  le  calendrier 
mentionne  l'obit  sont  la  reine  Jeanne  de  Bourgogne  et  la 
duchesse  de  Normandie,  Bonne  de  Luxembourg1,  la 
grand'mère  et  la  mère  de  Charles  V.  Le  dernier  roi  dont  la 
mort  soit  rappelée  est  Jean,  père  de  Charles  V  ;  c'est  le  seul 
dont  l'article  soit  écrit  en  lettres  d'or. 

Il  dut  être  fait  plusieurs  exemplaires  du  Psautier  férial 
analogues  à  celui  qui  vient  d'être  décrit.  L'un  d'eux  est 
ainsi  enregistré  dans  l'inventaire  de  la  librairie  dressé  en 
1411   : 

Item  un  psaultier  ferial,  très  bel,  bien  enluminé  et  escript  de 
grosse  lettre  de  forme,  et  y  a  au  commencement  un  kalendier,  com- 
mençant ou  iie  foillet  dudit  psaultier  storum  quoniam,  et  ou  derre- 
nier  lictorum  et  intercedente,  couvert  d'une  chemise  de  satin  asuré, 
doublé  de  taffetas  vert,  à  n  fermouers  d'argent  dorez  esmaillez2. 

La  particularité  qu'il  importe  le  plus  de  noter  dans  le 
Psautier  férial  n°  1 082,  c'est  la  qualification  de  Annuel,  feste 
nouvelle,  donnée  à  la  Sainte-Agnès,  fête  qu'on  célébrait 
solennellement  à  la  cour  de  Charles  V,  parce  que  le  21  jan- 


1.  Puisque  l'occasion  s'en  présente,  je  dois  dire  combien  j'ai  été  confus  en 
m'aperceront  tardivement  que,  dans  la  Notice  de  douze  livres  royaux,  j'avais 
donné  le  titre  de  reine  à  Bonne  de  Luxembourg,  morte  sept  mois  avant  l'avè- 
nement de  son  mari  au  trône  de  France. 

2.  Ms.  français  2700,  fol.  113  v°. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         179 

vier  était  le  jour  de  la  naissance  du  roi.  Voir  ce  que  j'ai  dit 
à  ce  sujet  dans  le  Journal  des  Savants  (année  1906,  p.  235- 
239)  à  propos  de  la  coupe  de  Charles  V  conservée  au  Musée 
britannique.  J'y  ai  parlé  des  cadeaux  qu'on  faisait  au  roi 
le  jour  de  Sainte-Agnès,  et  j'ai  cité  le  passage  d'un  opus- 
cule de  Jean  Golein,  qui  déclare,  en  1369,  avoir  translaté 
«  l'histoire  de  madame  sainte  Agnès,  la  sainte  vierge,  en 
laquelle  feste  est  le  jour  béni  de  la  nativité  du  roi  Charles  » . 

XIX. 

Bréviaire  de  Philippe  le  Bel. 
Bibliothèque  nationale,  ms.  latin  1023. 
Volume  inscrit  en  1380  sur  Y  Inventaire  du  mobilier  de 
Charles  Vx  dans  les  termes  suivants  : 

Item  ung  autre  bréviaire  entier,  à  l'usaige  de  Paris,  très  bien 
escript  et  ystorié,  dont  la  seconde  page  se  commance  quoniam 
irritaverunt ;  et  est  couvert  aux  armes  de  France,  à  fleurs  de  lys 
d'or  trait,  et  sont  les  fermouers  d'or  plaz  à  ung  carré  des  armes  de 
monseigneur  le  Daulphin,  et  la  pippe  à  deux  petites  esmeraudes  et 
troys  grenatz  et  deux  grosses  perles. 

C'est  à  bon  droit  que  le  rédacteur  de  l'inventaire  l'a 
vanté  comme  très  bien  écrit  et  très  bien  historié  :  un  tel 
livre  devait  être  depuis  longtemps  dans  la  maison  de 
France.  Pour  en  découvrir  l'origine,  il  faut  commencer  par 
déterminer  à  quelle  époque  il  a  été  écrit.  Il  date  d'une 
époque  antérieure  à  la  canonisation  de  saint  Louis  (1297), 
ce  qui  est,  d'ailleurs,  parfaitement  d'accord  avec  le  carac- 
tère de  l'écriture.  En  effet,  l'office  de  saint  Louis  est  absent 
du  Propre  des  saints,  et  c'est  après  coup,  à  l'aide  d'un 
grattage  très  habilement  pratiqué,  que  la  mention  de  la 
fête  de  saint  Louis  a  été  insérée  dans  le  calendrier.  C'est 
aussi  après  coup,  et  d'une  autre  main,  que  l'office  de  saint 

1.  Éd.  Labarte,  p.  337,  art.  3284. 


180  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Louis  a  été  ajouté  à  la  fin  du  volume,  sur  des  feuillets  sup- 
plémentaires, à  la  suite  de  l'office  du  Saint-Sacrement,  fête 
instituée  par  le  pape  Urbain  IV  en  1264. 

Ce  qui  me  porte  à  croire  que  le  Bréviaire  n°  1 023  a  été 
exécuté,  sinon  pour  un  roi,  au  moins  par  l'ordre  et  aux 
frais  d'un  roi,  c'est  que  le  B  initial  du  Psautier  renferme 
une  petite  image  d'un  roi  en  prières,  et  ce  roi  ne  saurait 
être  le  roi  David,  car  il  est  agenouillé  devant  une  statue  de 
la  Vierge  tenant  l'enfant  Jésus  sur  son  bras. 

Le  luxe  avec  lequel  le  Bréviaire  a  été  exécuté  convient 
bien  à  une  œuvre  royale.  Le  vélin  en  est  d'une  exquise 
finesse,  l'écriture  d'une  irréprochable  régularité,  la  déco- 
ration d'une  grande  élégance  alliée  à  beaucoup  de  sim- 
plicité. 

Le  frontispice  qui  fait  suite  au  calendrier  est  un  tableau 
qui  occupe  toute  la  hauteur  de  la  page  ;  il  est  divisé  en  deux 
compartiments  :  dans  celui  du  haut,  le  peintre  a  repré- 
senté, sur  un  fond  d'or,  l'onction  de  David  par  Samuel  ; 
dans  celui  du  bas,  sur  un  fond  de  losanges  d'or  alternant 
avec  des  losanges  d'azur  à  fleurs  de  lis  d'or,  nous  voyons 
Saiil  assister  au  combat  de  David  contre  Goliath.  Les  dif- 
férentes parties  du  Bréviaire  sont  ornées  d'une  foule  de 
miniatures  qui,  pour  être  petites  (généralement  des  car- 
rés de  35  millimètres  de  côté),  n'en  sont  pas  moins  d'un 
bon  travail.  Les  bordures  des  colonnes  d'écriture,  dont  les 
traits  se  prolongent  sur  la  marge  supérieure  et  la  marge 
inférieure  de  certaines  pages,  contribuent  à  récréer  les 
yeux  qui  s'arrêtent  sur  les  feuillets  de  ce  beau  volume. 

Le  calendrier  contient  trois  articles  qui  sont  bien  à  leur 
place  dans  un  livre  du  petit-fils  de  saint  Louis. 

vin  idus  aprilis.  Obitus  interfectorum  in  Egypto  a  Sarracenis. 

vi  kal.  maii.  Dedicatio  capelle  régis  Parisius. 

h  idus  julii.  Anniversarium  inclite  memorie  régis  Philippi. 

Ne  pouvons-nous  pas  nous  demander  si  nous  n'avons  pas 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  181 

là  le  bréviaire  pour  la  façon  duquel  Philippe  le  Bel  paya 
1 07  livres  1 0  sous  en  1296,  et  si  les  peintures  ne  sont  pas 
de  la  main  de  cet  Honoré  qui  travaillait  alors  à  l'enlumi- 
nure des  livres  du  roi1? 

Voici  les  divisions  du  livre  qui  se  compose  de  577  feuil- 
lets, hauts  de  210  millimètres  et  larges  de  133  : 

Fol.  1 .  Calendrier. 

Fol.  8.  Psautier. 

Fol.  70.  Propre  du  temps. 

Fol.  265.  Propre  des  saints. 

Fol.  503.  Commun. 

Fol.  524.  Partie  supplémentaire,  dans  laquelle  il  faut 
remarquer,  au  fol.  534  v°,  un  long  office  en  l'honneur  des 
reliques  de  la  Sainte-Chapelle.  A  la  fin  de  ee  supplément2, 
il  faut  remarquer  une  prière  qui  devait  se  réciter  dans  un 
couvent  de  femmes,  ce  qui  peut  s'expliquer  en  admettant 
que  le  bréviaire  ait  été  déposé  pendant  un  certain  temps 
dans  un  couvent,  tel  que  ceux  des  Cisterciennes  de  Mau- 
buisson  ou  des  Dominicaines  de  Poissi,  dans  lesquels  la 
famille  royale  allait  souvent  faire  ses  dévotions. 

Fol.  551 .  Second  supplément,  ajouté  après  coup  et  con- 
tenant les  offices  du  Saint-Sacrement,  de  sainte  Anne  et  de 
saint  Louis. 

Fol.  564.  Rubriques  relatives  à  l'ordre  des  offices  pen- 
dant l'Avent,  puis  des  Commémorations  propres  à  l'église 
de  Paris  et  enfin  l'office  de  la  Conception  de  Notre-Dame. 

Ce  volume  a  été  l'objet  d'un  article  dans  ma  Notice  de 

1.  «  Pro  uno  breviario  facto  pro  rege,  107  1. 10  s.  Honoratus  illuminator,  pro 
libris  régis  illuminandis,  20  1.  »  Compte  de  la  Toussaint  1296,  publié  par 
Julien  Havet  dans  la  Bibl.  de  l'École  des  Charles,  t.  XLV,  p.  252  et  253, 
art.  203  et  215. 

2.  Fol.  549  :  «  Summe  sacerdos  et  vere  pontifex...  Pro  nobis  miseris  pecca- 
«  tricibus...  Nos  miseras  et  indignas...»  —  En  marge  sont  écrites  des  variantes 
convenant  à  la  récitation  de  la  prière  par  une  femme  seule  :  «  Pro  me  misera 
«  peccatrice...  Me  miseram  et  indignam...  » 


182  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

douze  livres  royaux,  p.  57-63.  On  y  trouvera  des  détails  sur 
le  goût  de  Philippe  le  Bel  pour  les  livres  liturgiques. 

XX  et  XXI. 

Bréviaire  dominicain  connu  sous  le  nom  de  Bré- 
viaire de  Belle  ville. 

Bibliothèque  nationale,  mss.  latins  10483  et  1 0484. 

Très  beau  manuscrit  de  la  première  moitié  du  xive  siècle, 
orné  de  remarquables  miniatures,  qui  dut  entrer  dans  la 
maison  royale  à  la  suite  de  la  confiscation  des  biens  d'Oli- 
vier de  Glisson  et  de  sa  femme,  Jeanne  de  Belleville1, 
en  1343. 

Ces  deux  volumes,  copiés  sur  du  vélin  très  fin,  sont 
ainsi  décrits  dans  l'inventaire  du  mobilier  de  Charles  V 
dressé  en  13802  : 

TJng  très  beau  bréviaire,  très  parfait,  bien  escript,  très  noblement 
enluminé  et  très  richement  ystorié,  lequel  est  en  deux  volumes,  et 
est  à  Fusaige  des  Frères  Prescheurs,  et  est  appelle  le  Bréviaire  de 
Belleville3,  et  se  commence  le  second  fueillet  du  premier  volume  : 
Et  scitote,  et  du  second  volume  juslicie.  Et  en  sont  les  Cueillez  par 
dehors  ystoriez  à  y  mage.  Et  sont  les  fermoners  d'argent  doré 
esmaillez  des  armes  de  Belleville.  Et  sont  en  deux  estuiz  de  cuir 
bouiîly  ferrez. 

Des  notes  calligraphiées  par  Jean  Flamel,  à  la  fin  du  pre- 
mier  volume    et    au    commencement    du    second,    nous 


1.  De  la  même  confiscation  vint  aussi  un  second  manuscrit  dont  le  sort  n'est 
pas  connu  :  «  Un  très  bel  messel,  bien  escript  et  bien  richement  enluminé, 
a  aux  armes  de  Belleville,  et  est  à  l'usage  de  Saint-Dominique,  et  est  nommé 
le  Messel  de  Belleville.  »  Inventaire  du  mobilier  de  Charles  V,  en  1380, 
art.  3300. 

2.  Éd.  Labarte,  p.  338,  art.  3294. 

3.  Le  nom  de  Belleville  désignait  bien  le  personnage  qui  est  généralement 
connu  sous  le  nom  d'Olivier  de  Clisson.  Gaignières  nous  a  conservé  une  charte 
de  l'abbaye  de  Frontevrault  qui  mentionne  en  1341  o  Olivier,  seigneur  de  Cli- 
«  çon  et  de  Belleville,  chevalier,  et  Johanne,  dame  de  Belleville,  sa  femme  ». 
Ms.  latin  5480,  t.  I,  p.  37. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  183 

apprennent  comment  ce  Bréviaire,  donné  par  Charles  VI 
à  son  gendre,  Richard  II,  roi  d'Angleterre,  fut  renvoyé 
par  Henri  IV,  successeur  de  Richard  II,  à  Jean,  duc  de 
Berry,  lequel  le  donna  à  sa  nièce,  Marie  de  France,  reli- 
gieuse au  couvent  de  Poissi. 

Les  446  feuillets  du  tome  I  contiennent  les  morceaux 
suivants  : 

1°  L'explication  de  plusieurs  des  peintures  qui  décorent 
le  Bréviaire; 

2°  Le  Calendrier,  dont  il  ne  subsiste  plus  que  les  mois 
de  novembre  et  de  décembre  ; 

3°  Le  Psautier,  incomplet  de  deux  feuillets  ; 

4°  Des  avertissements  sur  la  composition  du  Bréviaire, 
sur  la  récitation  des  offices  et  la  célébration  des  fêtes; 

5°  Le  Propre  des  saints,  depuis  la  Saint-André  jusqu'à 
la  Saint-Barnabe  ;  il  manque  au  moins  un  feuillet  ; 

6°  Le  Commun; 

7°  La  partie  d'hiver  du  Propre  du  temps. 

Dans  le  tome  H,  composé  de  430  feuillets,  nous  avons  : 

1°  Les  deux  premiers  mois  du  Calendrier; 

%°  Le  Psautier,  dont  cinq  feuillets  ont  été  arrachés  ; 

3°  Le  Propre  du  temps,  à  partir  de  la  Trinité,  au  com- 
mencement duquel  manque  le  début  de  l'office  de  la 
Trinité  ; 

4°  Le  Propre  des  saints,  à  partir  de  la  Translation  de 
saint  Dominique,  avec  une  lacune  portant  sur  l'office  de 
saint  Pierre  et  de  saint  Paul  ; 

5°  Le  Commun. 

Les  cinq  premières  pages  du  premier  volume  sont  occu- 
pées par  «  l'Exposition  des  ymages  des  figures  qui  sunt  u 
«  Kalendier  et  u  Sautier,  et  est  proprement  l'acordance  du 
«  Vieil  Testament  et  du  Nouvel  ».  On  verra  plus  loin 
(notice  XXXI),  dans  la  notice  sur  les  Heures  d'Yolande  de 
Flandre,  en  quoi  consistent  les  figures  de  l'Accordance  de 


184  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

l'Ancien  et  du  Nouveau  Testament.  Le  texte  de  l'Explica- 
tion a  été  publié  par  M.  Marcel  de  Fréville  dans  les  Nou- 
velles Archives  de  l'Art  français*,  et,  d'après  l'édition  de 
M.  de  Fréville,  dans  le  second  volume  du  Catalogue  des 
manuscrits  de  M.  Henry  Yates  Thompson2. 

Ce  qui  donne  au  Bréviaire  de  Belleville  une  valeur 
exceptionnelle,  c'est  le  luxe  de  bon  goût  avec  lequel  il  a  été 
exécuté.  Après  les  mutilations  qu'il  a  subies,  et  sans  par- 
ler des  pages  du  calendrier,  on  y  compte  encore  soixante- 
seize  petites  peintures,  mesurant  environ  50  centimètres  de 
largeur  sur  40  de  hauteur.  Outre  ces  tableaux,  qui  sont 
compris  dans  la  justification  même  des  colonnes,  on  trouve 
sur  la  marge  inférieure  des  pages  trente  tableaux,  dont  le 
développement  n'atteint  pas  moins  de  1 1 0  millimètres  en 
largeur.  C'est  à  ces  tableaux  que  fait  allusion  le  rédacteur 
de  l'inventaire  de  Charles  V  dans  cette  phrase  :  «  Et  en  sont 
«  les  fueillez  par  dehors  (c'est-à-dire  en  dehors  du  cadre 
«  réservé  au  texte)  ystoriez  à  ymages.  » 

Les  noms  de  trois  artistes  qui  ont  travaillé  à  la  décora- 
tion du  Bréviaire  de  Belleville  nous  ont  été  révélés  par  les 
restes  de  notes  inscrites  au  bas  de  plusieurs  pages  pour 
établir  le  salaire  qui  revenait  à  chacun  des  coopérateurs. 
De  ces  notes  que  le  couteau  du  relieur  devait  faire  dispa- 
raître quand  le  volume  était  achevé,  il  subsiste  encore  des 
vestiges  qui  permettent  de  lire  ces  noms  dans  le  premier 
volume,  tout  près  du  bord  inférieur  de  différents  feuillets  : 

Fol.  33.  Mahiet.  —  J.  Pucelle  a  baillé  xx  et  m  s.  vi  d. 

Fol.  62.  Ancelot,  pro  i  p[ecia]. 

Fol.  268  et  300.  J.  Chevrier,  pro  i  p[ecia]. 

Mahiet,  J.  Pucelle  et  Ancelet  sont  évidemment  les  trois 
enlumineurs  dont  les  noms  ont  été  tracés  à  la  fin  de  la  Bible 


1.  Années  1874-1875,  p.  145-155. 

2.  P.  365-368. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  185 

n°  1 1 935  du  fonds  latin  de  la  Bibliothèque  nationale,  en 
caractères  si  ténus  qu'au  premier  abord  on  pourrait  les 
prendre  pour  de  simples  fioritures  de  calligraphie  : 

Jehan  Pucelle,  Anciot  de  Cens,  Jaquet  Maci  :  il  hont  enlumé  ce  || 
livre  ci.  Ceste  lingne  de  vermeillon  que  vous  veés  fu  escrite  en  l'an 
de  grâce  M.  ||  CCC  et  XXVII,  en  un  jueudi,  derrenier  jour  d'avril, 
veille  de  mai,  v°  die1. 

Jean  Pucelle  devait  être  le  chef  de  l'atelier  où  furent 
exécutées  la  Bible  de  1327  et  les  Heures  de  Belleville. 
C'est  le  nom  de  cet  artiste,  qui,  selon  toute  apparence,  a 
servi  à  dénommer  un  admirable  petit  livre  d'heures  qui  est 
ainsi  désigné  dans  un  des  inventaires  du  duc  de  Berry  2  : 
«  Unes  petites  heures  de  Nostre  Dame  nommées  les  Heures 
«  de  Pucelle...  » 

M.  Marcel  Poëte  a  très  heureusement  reconnu  que  Jean 
Pucelle  figurait,  à  une  date  comprise  entre  1319  et  1324, 
dans  un  compte  de  la  confrérie  de  Saint-Jacques-aux-Pèle- 
rins  de  Paris,  comme  auteur  du  sceau  de  cette  confrérie. 

J'ai  décrit  le  Bréviaire  de  Belleville  avec  un  peu  plus  de 
développements  dans  ma  Notice  sur  douze  livres  royaux, 
p.  81-88.  On  y  trouvera,  planches  XV-XVII,  la  reproduc- 
tion en  phototypie  de  trois  pages  du  manuscrit.  Une  qua- 
trième page  a  été  reproduite  dans  le  premier  des  fasci- 
cules offerts  en  1899  au  Roxburghe  Club  par  M.  Henry 
Yates  Thompson  sous  le  titre  de  :  The  book  of  Hours  of 
Joan  II,  queen  of  Navarre,  p.  6. 

XXII. 

Bréviaire  franciscain  de  Jeanne  d'Évreux. 

1.  La  page  qui  contient  cette  note  est  reproduite  en  phototypie  dans  ma 
Notice  de  douze  livres  royaux,  pi.  XIV. 

2.  Éd.  de  M.  Guiffrey,  t.  I,  p.  223,  art.  850.  —  Je  crois  que  cet  article  d'in- 
ventaire s'applique  à  un  petit  livre  d'heures  possédé  par  Mme  la  baronne 
Adolphe  de  Rothschild.  Voir  ma  Notice  de  douze  livres  royaux,  p.  67-75. 


186  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Musée  Condé  à  Chantilly. 

Petit  volume  qui  fut  copié  et  enluminé  avec  grand  soin 
pour  la  reine  Jeanne  d'Évreux,  femme  du  roi  Charles  le 
Bel,  morte  en  1371. 

Il  ne  subsiste  plus  que  le  second  volume  de  ce  bréviaire, 
qui,  après  la  mort  de  la  reine,  devint  la  propriété  de 
Charles  V,  et  qui  est  ainsi  décrit  dans  l'Inventaire  du  mobi- 
lier royal  en  1 380  *  : 

Item  un  autre  plus  petit  Bréviaire,  en  deux  volumes  et  deux 
estuiz  brodez,  enluminez  d'or  et  ystoriez  de  blanc  et  de  noir,  très 
bien  escrips.  Et  se  commence  le  second  fueillet  du  premier  volume 
qui  habitat,  et  du  second  sum  rex.  Et  sont  les  fueillez  ystoriez.  Et 
sont  couvers  de  perles  lozangées,  de  perles  blanches  et  yndes. 
Et  sont  les  fermouers  du  premier  volume  d'or  à  deux  ymages,  et 
du  second  d'or  armoyez  de  France,  l'un  et  l'autre  d'Evreux.  Et  a 
ou  premier  volume  une  pippe  d'or,  où  a  ung  saphir  et  ung  ballay 
aux  deux  boutz,  et  une  perle  ou  mylieu.  Et  sont  en  deux  estuyz 
de  broderie. 

Ce  second  volume  consiste  en  462  feuillets  de  parche- 
min très  mince.  Il  contient  le  calendrier  (fol.  1),  le  psau- 
tier (fol.  7),  le  propre  du  temps  à  partir  de  Pâques 
(fol.  100),  le  propre  des  saints  à  partir  de  l'Annonciation 
(fol.  215)  et  le  commun  (fol.  429). 

L'écriture  est  d'une  parfaite  régularité;  le  copiste  a  judi- 
cieusement employé  deux  types  de  grosseur  différente  : 
le  plus  gros  pour  les  psaumes,  les  hymnes,  les  oraisons, 
les  capitules  et  les  leçons;  le  plus  petit  pour  les  versets, 
les  répons,  les  antiennes  et  les  diverses  indications  litur- 
giques. 

Dans  la  plupart  des  initiales  de  paragraphes  on  trouve, 
alternativement  répétées,  les  armes  de  France,  à  fleurs  de 
lis  sans  nombre,  celles  de  Navarre  et  celles  d'Évreux  ;  il  y 
a  environ  1 ,330  lettres  ainsi  décorées.  De  plus  grandes  ini- 

1.  Éd.  Labarte,  p.  338,  n°  3295. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         187 

tiales,  au  nombre  de  50,  sont  ornées  de  figures  plus  ou 
moins  grotesques.  De  la  plupart  des  initiales  partent  des 
rinceaux  qui  courent  tout  le  long  des  marges  latérales  et 
dans  l'espace  réservé  au  milieu  des  pages  entre  les  deux 
colonnes  d'écriture  ;  ces  rinceaux  sont  tous  exécutés  avec 
un  goût  exquis  et  une  irréprochable  sobriété. 

Le  plus  bel  ornement  du  Bréviaire  consiste  en  1 1 4  petits 
tableaux,  qui  ont  généralement  34  millimètres  de  haut  sur 
23  de  large.  La  plupart  de  ces  tableaux  sont  peints  en  gri- 
saille sur  des  fonds  d'or  et  de  couleurs,  beaucoup  se  font 
remarquer  par  l'expression  des  figures,  la  grâce  des  atti- 
tudes et  la  disposition  des  groupes. 

Une  étude  plus  développée  a  été  consacrée  à  ce  beau 
volume  dans  les  Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXXI, 
1 re  partie,  p.  1 6  et  suiv.  Voir  aussi  le  Catalogue  des  manus- 
crits du  Musée  Gondé,  t.  I,  p.  48.  Il  y  a  une  héliogravure 
de  deux  pages  du  bréviaire  dans  le  Catalogue  et  dans  ma 
Notice  de  douze  livres  royaux  (pi..  XIX-XX). 

Avant  d'être  acquis  par  le  duc  d'Aumale,  le  Bréviaire  de 
Jeanne  d'Évreux  appartenait  à  mon  ami  Louis  Blancard, 
correspondant  de  l'Institut,  à  Marseille. 

XXIII. 

Le  très  beau  Bréviaire  de  Charles  V. 
Bibliothèque  nationale,  ms.  latin  1 052!. 
Ce  manuscrit  correspond  à  l'article  suivant  de  Y  Inven- 
taire du  mobilier  de  Charles  V,  dressé  en  1 380  *  : 

Item  ung  autre  grant  Bréviaire  entier,  très  noblement  escript  et 
très  noblement  enlumyné  et  ystorié,  et  est  le  Psaultier  ou  mylieu  du 
Bréviaire.  Et  se  commence  la  seconde  page  cognovit  bos.  Et  sont  les 
fermouers  d'or,  et  est  en  l'un  ung  roi,  et  en  l'autre  ung  ymage 

1.  Éd.  Labarte,  p.  336,  art.  3281. 


188  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

à  genoulx.  Et  est  la  pipe  ouvrée  à  une  orbe  voye.  Et  en  est  le  brief 
en  françoys. 

Charles  VI  fit  cadeau  de  ce  beau  livre  à  son  oncle  Louis, 
duc  d'Orléans;  la  veuve  de  ce  prince,  Valentine  de  Milan, 
l'offrit  à  son  beau-frère  le  duc  de  Berry.  Les  exécuteurs 
testamentaires  voulurent  le  céder  pour  une  somme  de 
160  livres  parisis  au  duc  de  Touraine,  depuis  le  roi 
Charles  VII,  qui  le  garda  sans  bourse  délier.  C'est  ce  que 
nous  apprennent  deux  des  inventaires  du  duc  de  Berry  : 

Item  un  très  bel  Brevière,  escript  de  bonne  lettre  de  fourme,  à 
l'usaige  de  Paris,  qui  fu  du  Roy,  bien  historié  et  enluminé;  et  au 
commancement  du  second  fueillet  après  la  fin  du  kalendrier  a 
escript  cognovit  bos.  Couvert  d'un  drap  de  soye  ouvré,  et  par-des- 
sus une  chemise  de  drap  de  damas  noir  doublé  d'un  tercelin  ver- 
meil; fermant  à  deux  fermouers  d'or  en  façon  de  chasteaulx;  et  n'y 
a  point  de  pipe.  Lequel  Brevière  Monseigneur  a  eu  de  feue  Madame 
d'Orléans,  et  avoit  esté  de  feu  Monseigneur  d'Orléans,  son  mary,  à 
qui  mondit  seigneur  l'avoit  donné1. 

A  Monseigneur  le  duc  de  Touraine,  à  présent  daulphin  de  Vien- 
nois, un  très  bel  Bréviaire,  etc.,  prisé  ou  dit  inventaire  la  somme 
de  huit  vins  livres  parisis;  lequel  Bréviaire,  par  l'ordonnance  de 
mes  diz  seigneurs  les  exécuteurs  et  commis  à  la  dicte  execucion  [de 
monseigneur  le  duc  de  Berry],  fut  envoie  par  maistre  Pierre  Fran- 
chomme,  chantre  de  l'esglise  de  Paris,  au  dit  Monseigneur  le  daul- 
phin, pour  icellui  veoir  et  retenir  en  paiant  la  dicte  somme  de 
vm"  livres  parisis,  ou  telle  autre  somme  d'argent,  à  la  dicte  execu- 
cion, comme  bon  lui  sembleroit,  affin  qu'il  eust  le  fait  d'icelle 
envers  le  roy  nostre  dit  seigneur,  son  père,  et  autrement,  recom- 
mandé, lequel  mon  dit  seigneur  de  Touraine,  après  ce  qu'il  ot 
longuement  veu  et  advisé  le  dit  Bréviaire,  retint  icellui  par  devers 
lui,  et  dont  il  n'a  aucune  chose  paie  ne  entencion  de  paier  à  la  dite 
execucion,  si  comme  par  les  lettres  de  mes  diz  seigneurs  les  exécu- 
teurs et  commis  dessus  diz  sur  ce  faictes  et  données  le  xxme  jour 
de  novembre  M  CCCC  XVI,  avecques  recongnoissance  et  certiffica- 
cion  de  ce  du  dit  monseigneur  le  daulphin,  faicte  le  xxvme  jour 
d'aoust  mil  CCCC  et  dix-sept,  tout  cy  rendu,  peut  apparoir...2. 

1.  Inventaires  de  Jean,  duc  de  Berry,  éd.  Guiffrey,  p.  258,  n°  971. 

2.  lbid.,  p.  298. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  189 

Quand  on  a  sous  les  yeux  le  ms.  1 052,  on  comprend  que 
le  Dauphin  ait  éprouvé  le  désir  de  s'approprier  un  aussi 
beau  livre.  Le  parchemin  en  est  d'une  finesse  exquise; 
l'écriture,  disposée  sur  deux  colonnes,  ne  laisse  rien  à 
désirer,  soit  pour  l'élégance,  soit  pour  la  netteté  et  la  régu- 
larité. C'est  à  bon  escient  que  les  clercs  du  xiv°  siècle  le 
déclaraient  très  noblement  historié  et  enluminé1.  Sans  par- 
ler des  miniatures  du  calendrier,  qui  représentent  les  occu- 
pations de  chaque  mois  et  les  signes  du  zodiaque,  on  y 
compte  59  tableaux  de  50  millimètres  de  hauteur  sur  45  de 
largeur  et  1 30  tableaux  de  moindres  dimensions,  environ 
30  millimètres  sur  24.  De  plus,  la  marge  inférieure  de  plu- 
sieurs pages  du  Psautier  renferme  huit  délicieuses  pein- 
tures absolument  semblables  à  celles  qui  ornent  les  pas- 
sages correspondants  du  Psautier  dans  chacun  des  deux 
volumes  du  Bréviaire  de  Belleville  ;  elles  représentent  l'op- 
position des  vices  et  des  vertus  et  le  Jugement  dernier. 

Pour  plus  de  détails,  je  dois  renvoyer  à  ma  Notice  sur 
douze  livres  royaux  (p.  89-93),  où  se  trouve  (pi.  XVIII) 
reproduite  la  page  sur  laquelle  est  représenté  le  Jugement 
dernier. 

Le  bréviaire  n°  1052  est  à  coup  sûr  l'un  des  plus  beaux 
livres  parisiens  du  milieu  du  xive  siècle.  Beaucoup  des 
207  «  images  enluminées  »  dont  il  est  orné  doivent  être 
classées  parmi  les  chefs-d'œuvre  sortis  à  cette  époque  des 
ateliers  parisiens.  Il  est  aussi  très  curieux  à  étudier  pour 
l'histoire  de  la  liturgie  de  l'église  de  Paris.  Il  abonde  en 
renseignements  utiles  pour  l'iconographie  hagiographique. 
Je  n'en  citerai  qu'un  exemple. 

Au  fol.  529  v°,  en  tête  de  l'office  de  saint  Denis,  se  lit 
cette  rubrique  :  «  A  la  procession  que  l'en  fait  à  Saint- 


1.  Inventaire  de    l'année   1416.  Ms.   de  la   bibliothèque    Sainte-Geneviève, 
art.  512,  éd.  Guiffrey,  t.  II,  p.  298. 


190  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A   NOUS. 

«  Denis  du  Pas,  on  chante  cest  R.  0.  Constancia...  »  Au-des- 
sous est  une  miniature  qui  représente  saint  Denis  dans  sa 
prison  recevant  la  communion  des  mains  du  Seigneur 
accompagné  d'un  petit  ange  qui  sert  d'enfant  de  chœur. 

Les  artistes  se  sont  bien  rarement  inspirés  de  cette 
légende,  comme  l'a  remarqué  le  Père  Cahier1,  qui  cite  à 
ce  propos  deux  strophes  d'une  prose  d'Adam  de  Saint- 
Victor  : 

Seniore  célébrante 
Missam,  turba  circumstante. 
Christus  adest,  comitante 

Celesti  rnilitia. 
Specu  clausum  carcerali 
Consolatur,  et  vitali 
Pane  cibat,  immortali 

Coronandum  gloria. 

Pour  plus  de  détails,  je  me  permets  de  renvoyer  à  ma 
Notice  sur  douze  livres  royaux  (p.  89-93),  où  se  trouve 
(pi.  XVIII)  reproduite  la  page  sur  laquelle  est  représenté  le 
Jugement  dernier. 

XXIV. 

Bréviaire  a  l'usage  de  Paris. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  latin  13233. 

Volume  de  petit  format  (0ml35  sur  0m085).  691  feuil- 
lets de  parchemin  d'une  extrême  finesse.  Écriture  très 
soignée,  disposée  sur  deux  colonnes,  pouvant  dater  du 
milieu  du  xive  siècle. 

Ce  Bréviaire  a  dû  être  à  l'usage  de  la  maison  du  roi;  il 

1.  Caractéristiques  des  saints,  p.  54.  —  La  même  scène  est  représentée  dans 
le  beau  livre  d'heures  du  château  de  Windsor,  connu  sous  la  dénomination  de 
Heures  de  Sobieski,  et  qui  paraît  bien  avoir  été  fait  vers  1425  pour  Marguerite 
de  Bourgogne,  femme  d'Arthur  de  Bretagne,  comte  de  Richemont.  La  page  qui 
contient  cette  peinture  a  été  reproduite  dans  le  recueil  de  la  New  Palxogra- 
phical  Society,  pi.  XCVI. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  191 

me  paraît  répondre  à  l'article  suivant  de  l'inventaire  d'ob- 
jets divers  trouvés  en  1 380  dans  la  grand  chambre  du  roi 
à  Vincennes  : 

Ung  petit  Bréviaire,  très  bel  et  très  noblement  escript,  sans  note, 
à  l'usaige  de  Paris,  dont  le  bref  est  en  françoys.  A  deux  fermouers 
d'or,  à  deux  boutons  de  perles.  Et  est  la  pippe  d'une  grosse  perle 
ou  mylieu,  ung  saphir  et  ung  ballay  ou  mylieu,  couvert  d'un  camo- 
cas  de  plusieurs  sortes.  Et  se  coramance  le  second  fueillet  gitacio- 
nibus  suis* . 

Le  ms.  132133  répond  bien  à  cette  description;  c'est 
bien  un  petit  bréviaire  à  l'usage  de  Paris,  dans  lequel  le 
deuxième  feuillet  après  le  calendrier  comrnence  par  gita- 
cionibus  suis;  il  n'est  point  noté.  Les  miniatures  y  sont  en 
assez  petit  nombre  et  d'une  assez  petite  taille  pour  que  le 
rédacteur  de  l'inventaire  n'en  ait  pas  tenu  compte  ;  mais  il 
a  pu  dire  sans  exagération  que  le  livre  est  très  beau  et 
noblement  écrit.  A  la  vérité,  le  bref  copié  au  fol.  71  est 
en  latin;  mais  beaucoup  de  rubriques,  qui  sont  l'équiva- 
lent d'un  bref,  sont  en  français. 

L'ensemble  de  l'exécution  matérielle  rappelle  à  certains 
égards  la  partie  du  Bréviaire  de  Jeanne  d'Évreux,  dont  il  a 
été  question  dans  l'article  précédent. 

Voici  dans  quel  ordre  se  succèdent  les  différentes  pièces 
du  Bréviaire  : 

Fol.  1-6.  Calendrier  parisien. 

Fol.  7-69.  Psautier,  à  la  fin  duquel  sont  des  litanies  renfermant 
des  invocations  à  beaucoup  de  saints  particulièrement  honorés  à 
Paris. 

Fol.  71-88.  «  Sequitur  brève...  pro  tempore  adventus  Domini,  ubi 
primo  sciendum  est,  et  secundum  dicte  ecclesie  Parisiensis  obser- 
vandum...  » 

Fol.  89-300.  Propre  du  temps.  Premiers  mots  :  «  Le  premier 
samedi  de  l'Avent  aus  vespres...  » 

Fol.  301-554.  Propre  des  saints.  Premiers  mots  :  «  Il  est  à  savoir 

1.  Art.  127  de  mon  édition  des  Inventaires  de  la  librairie  de  Charles  V. 


192  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

que  en  toutes  les  festes  qui  sont  dedens  l'Avent,  l'en  fait  mémoire 
de  l'Avent  par  les  antenes  au  jour  appartenans...  » 

Fol.  555-572.  Commun. 

Fol.  573-635.  Supplément  au  Propre  des  saints.  Premiers  mots  : 
«  In  festo  concepcionis  béate  Marie  virginis  débet  fîeri  sicut  in  nati- 
vitate  ejusdem...  » 

Fol.  637-659.  Second  supplément,  contenant  les  offices  de  saint 
François  (fol.  637),  de  saint  Dominique  (fol.  642  v°),  des  saintes 
reliques  (fol.  645),  de  la  translation  de  la  sainte  Couronne  (fol.  650), 
de  sainte  Élizabeth  (fol.  653  v°),  de  saint  Eutrope  (fol.  655). 

Fol.  661-671.  «  Ci  commence  l'office  du  corps  Nostre  Seigneur.  » 

Fol.  673.  «  Ci  commence  les  Heures  monseigneur  saint  Loys,  roy 
de  France.  » 

Fol.  679.  «  Ci  commencent  les  Heures  de  monseigneur  saint 
Loys,  evesque  de  Marceille ,  confesseur,  de  l'ordre  des  Frères 
Meneurs.  » 

Fol.  685  v°.  «  De  la  Crois.  » 

Fol.  687  v°.  «  De  Saint  Esperit.  » 

Dans  le  supplément  on  remarque,  au  fol.  585  v°,  des 
règles  arrêtées  par  le  chapitre  de  Paris  pour  la  célébration 
des  fêtes  du  temps  pascal  en  13219,  année  dans  laquelle 
Pâques  tomba  le  jour  de  saint  Georges,  c'est-à-dire  le 
23  avril  :  «  Anno  Domini  M0  CGC0  XXIX0,  accidit  Pascha  in 
«  festo  sancti  Georgii,  et  fuit  ordinatum  in  capitulo  Pari- 
«  siensi  de  festis  celebrandis  modo  qui  sequitur...  » 

La  copie  du  Bréviaire  est  un  peu  postérieure  à  la  date  de 
cette  décision. 


XXV. 


Bréviaire  franciscain. 

Bibliothèque  du  Vatican,  n°  603  du  fonds  d'Urbin. 

A  côté  du  Bréviaire  n°  1 052  du  fonds  latin  de  la  Biblio- 
thèque nationale,  je  dois  citer  deux  autres  bréviaires  qui 
sont  bien  du  temps  de  Charles  V  et  qui  paraissent  avoir 
été  faits,  sinon  pour  le  roi,  au  moins  pour  la  maison  du 
roi.  Tous  deux  présentent  les  caractères  de  manuscrits 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  193 

sortis  des  mêmes  ateliers  que  des  livres  reconnus,  d'après 
des  documents  authentiques,  avoir  appartenu  à  Charles  V. 

Le  premier,  que  je  connais  seulement  par  une  notice, 
encore  inédite,  de  monseigneur  Stornaiolo  et  par  une  pho- 
tographie due  à  l'obligeance  de  monseigneur  Stanislas 
Le  Grelle,  est  conservé  au  Vatican,  sous  le  n°  603  du  fonds 
d'Urbin,  est  un  bréviaire  romain  suivant  l'usage  des  Fran- 
ciscains :  «  Ordo  breviarii  Fratrum  Minorum  secundum 
«  consuetudinem  Romane  curie.  » 

L'écriture  et  l'çnluminure  dénotent  bien  l'époque  du  roi 
Charles  V. 

L'emploi  du  français  pour  les  rubriques  permet  de 
croire  que  le  livre  a  été  fait  pour  servir  soit  dans  l'église 
d'une  communauté  de  femmes,  soit  dans  un  oratoire  prin- 
cier ou  seigneurial  :  «  L'en  doit  savoir  que,  quant  feste 
«  d'apostre  ou  d'evangeliste...  —  Et  en  ceste  nuit  met  on 
«  le  livre  des  Rois...  Li  offices  de  la  nouvelle  sollempnité 
«  du  cors  Notre  Seigneur...  » 

Le  livre  devait  être  destiné  à  un  établissement  parisien  : 
on  y  trouve  mentionnée  la  translation  du  chef  de  saint  Louis. 

La  beauté  de  l'écriture,  la  richesse  de  l'exécution  et  le 
nombre  des  peintures  (il  n'y  en  a  pas  moins  de  92,  sans 
compter  les  grotesques  et  les  sujets  de  fantaisie  qui  sont 
sur  les  marges),  tout  concourt  à  autoriser  l'attribution 
du  livre  à  un  personnage  ou  à  un  établissement  de  premier 
ordre.  Ce  n'est  pas  tout.  L'initiale  du  fol.  %k  v°  nous  offre  un 
écusson  parti  de  France  et  d'Aragon.  De  plus,  le  calendrier 
contient  deux  notes  relatives  à  la  croisade  de  saint  Louis, 
comme  on  en  rencontre  dans  des  livres  destinés  à  la  Sainte- 
Chapelle  et  au  couvent  de  Poissi,  églises  fréquentées  par 
les  membres  de  la  famille  royale  :  «  Nonis  [junii].  Hic  arri- 
«  puit  rex  Ludovicus  eundi  trans  mare  anno  M  CC  XLVIII. 
«  —  vu  idus.  Hic  M  GC  XLIX,  die  dominica  per  dictum 
«  regem  capta  fuit  Damieta.  » 

13 


194  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Voilà  pourquoi  j'ai  cru  pouvoir  citer  ce  psautier  à  côté 
de  l'incomparable  bréviaire,  le  n°  1052  de  la  Biblio- 
thèque nationale,  qui  a  incontestablement  été  à  l'usage  de 
Charles  V. 


XXVI. 

Bréviaire  dont  il  ne  subsiste  plus  que  les  pein- 
tures. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  latin  887  des  Nouvelles 
acquisitions. 

Le  second  manuscrit  que  j'ai  cru  devoir  rapprocher  du 
très  beau  bréviaire  de  Charles  V  n'est  représenté  que  par 
la  découpure  de  64  petites  miniatures  et  d'un  grand 
nombre  d'initiales  historiées  ou  de  bordures  de  pages,  le 
tout  monté  sur  des  cartons  ou  feuillets  de  bristol,  au 
nombre  de  76,  formant  un  charmant  album  haut  de 
1 80  millimètres  et  large  de  125.  Cet  album  a  fait  partie  de 
la  bibliothèque  de  M.  Albert  de  Naurois.  11  est  aujourd'hui 
à  la  Bibliothèque  nationale,  par  suite  d'un  don  généreux 
de  la  veuve  de  ce  bibliophile  aussi  sagace  que  libéral. 

11  ne  reste  du  texte  que  les  lignes  tracées  au  verso  des 
petits  carrés  qu'une  main  barbare  a  découpées  pour  iso- 
ler les  miniatures.  C'est  à  l'aide  de  ces  lignes  que  j'ai  pu 
m' assurer  que  le  livre  ainsi  sacrifié  était  un  bréviaire,  dont 
les  rubriques  étaient  en  français.  Il  était  écrit  à  deux 
colonnes,  d'environ  40  millimètres  de  longueur.  Le  manus- 
crit devait  être  incomplet  quand  il  a  subi  une  si  déplorable 
mutilation.  Aucun  des  fragments  conservés  ne  paraît  avoir 
appartenu  à  un  calendrier. 

Comme  exemples  du  texte,  je  citerai  ce  que  j'ai  pu  déchif- 
frer au  revers  des  miniatures  qui  sont  fixées  sur  les  car- 
tons XXIV,  XXV,  XXXI,  XLVIII  et  L. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  195 

XXIV.  Au  revers  d'une  image  représentant  saint  Louis 
debout,  tenant  le  sceptre  et  la  main  de  justice  : 

Vigille,  la  mie  leçon. 
Post  raodum  eciam 
per  totum  adventum 
et  quadragesimam,  certis 
quoque  diebus  qualibet 
septimana,  in  festis  so- 
lempnibus  et  eorum  vi- 
giliis,  precipue  quando- 
cunque  communicare 

XXV.  Au  revers  d'une  image  de  saint  Louis  tenant  la 
sainte  Couronne  dans  ses  mains  : 

cujus 

immensa  bonitas  oculis 
consuete  misericordie  sce- 
lera  nostra  respiciens,  hujus 
mundi  et  vite  nostre  ves- 
peram  celestis  gracie  ful- 
gore  perfudit  terram  no- 
stram  incomparabili  the- 
sauro  dicavit,  genti 

XXXI.  Au  revers  d'une  image  de  saint  Denis  debout 
entre  deux  anges,  tenant  sa  tête  dans  ses  mains  : 

paulatim  sociabat  Deo  quos 
dyabolo  subtrahebat.  P.  Domi- 
ne dominasti.  Tantas  (A.) 
per  illum  Dominus  dignabatur 
excercere  virtutes  ac  rebellium 
corda  non  minus  miraculis 
quam  predicationibus  obtine- 
ret.  P.  Domine  quis  habi.  V. 
Exultent  justi  in  conspectu 
Dei.  La  un  leçon. 

XLVIII.  Au  revers  d'une  image  représentant  une  châsse 
en  forme  d'église,  portée  par  quatre  religieux  : 

l'autre  feste  du 


196  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

premiers  respons  de  matines  qui 
sont  teles.  Le  pi*emier  respons  après 
la  première  leçon  :  Locutus  (R.) 
est  ad  me  unus  ex  septem  angelis 
dicens  :  Veni,  ostendam  tibi  no- 
vam  in  vitam  sponsam  agni 
et  vidi  Jherusalem  descendentem 
de  celo  ornatam  monilibus  suis 

L.  Au  revers  d'une  image  sur  laquelle  sont  figurés  deux 
clercs  portant  une  châsse  en  forme  d'église  : 

Inter  preclara  igitur  mu- 
nera  primo  delata  est  co 
roiia  spinea  quo  quon- 
dam  sacrilegorum  ma- 
nibus  capiti  Salvatoris 
in  signum  illusionis 
imposita,  cujus  duplex 
beneficium  ex  ea  nobis 

Les  miniatures  conservées  sont  au  nombre  de  64;  les 
dimensions  en  sont  fort  exiguës  ;  c'est  à  peine  si  le  champ 
sur  lequel  on  a  peint  chacune  d'elles  occupe  un  carré  de 
40  millimètres  ;  la  plupart  sont  cernées  de  bordures  trico- 
lores. L'exécution  en  est  exquise.  Ce  sont  de  petits  chefs- 
d'œuvre;  toutes  se  font  remarquer  par  l'harmonie  et  la 
douceur  des  tons.  Plusieurs  sont  traitées  en  grisaille.  La 
plupart  sont  enfermées  dans  des  cadres  quadrilobés  à 
bordure  tricolore.  L'agencement  rappelle  tout  à  fait  celui 
des  médaillons  quadrilobés  du  portail  des  Libraires  à  la 
cathédrale  de  Rouen i . 

Dans  les  encadrements  ainsi  formés,  on  ne  compte  pas 
moins  de  317  initiales  historiées,  la  plupart  occupant  à 
peine  un  centimètre  carré.  Il  y  en  a  %  1 1  qui  renferment 
dans  leurs  panses  ou  à  leurs  côtés  de  charmantes  petites 

1.  Voir  le   travail   de   M"e  Louise  Pillion   dans  la   Revue   archéologique, 
4e  série,  t.  VI,  p.  71-96  et  385-417,  pi.  VIII-X  et  XX-XXIII. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         197 

têtes,  d'une  étonnante  variété,  la  plupart  très  correctement 
dessinées,  beaucoup  avec  des  physionomies  très  expres- 
sives. 

Sur  les  douze  derniers  cartons  de  l'album,  cotés  LXV- 
LXXVI,  ont  été  très  adroitement  fixés  et  ajustés  383  petits 
morceaux  de  parchemins  provenant  les  uns  des  ornements 
des  marges,  les  autres  du  commencement  des  paragraphes 
du  manuscrit. 

Sur  ces  383  morceaux,  on  ne  compte  pas  moins  de 
66  fragments  ayant  fait  partie  des  encadrements  ou  des 
marges  inférieures  de  différents  feuillets. 

Les  encadrements  sont  assez  uniformes,  peu  compliqués 
et  du  meilleur  goût,  avec  fort  peu  d'oiseaux. 

Les  sujets  traités  sur  les  marges  inférieures  des  pages 
sont  généralement  des  grotesques  plus  bizarres  les  uns  que 
les  autres,  tous  parfaitement  dessinés.  Ce  sont  le  plus  sou- 
vent des  animaux  fantastiques  à  têtes  humaines.  Sur  les  car- 
tons LXVI  et  LXXI,  étranges  musiciens.  Sur  le  carton  LXVII, 
acrobate  faisant  la  culbute,  les  pieds  en  l'air,  appuyé  à 
terre  sur  les  coudes,  tenant  un  verre  d'eau  sur  ses  mains, 
la  tête  entre  les  bras.  Au  même  endroit,  un  homme  volant 
dans  les  airs.  Sur  le  carton  LXXIII,  une  sirène  très  élé- 
gante. Sur  le  carton  LXVIII,  un  magnifique  brochet  sorti 
de  l'eau.  Ailleurs  des  lièvres  ou  des  lapins. 

XXVII-XXVIII. 

Bréviaire  de  la  Sainte-Chapelle. 

Bibliothèque  royale  de  Belgique,  n°  516. 

Je  rattache  à  la  série  de  manuscrits  dont  je  m'occupe  ici 
un  magnifique  bréviaire  de  la  Sainte-Chapelle,  sorti  des  ate- 
liers parisiens,  dont  les  enlumineurs  travaillaient  pour  les 
princes  de  la  maison  royale  au  commencement  du  xve  siècle. 
C'est  le  manuscrit  de  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique, 


198  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

n°  516,  consistant  en  deux  volumes  jadis  cotés  95 11   et 
9026. 

Dans  le  calendrier  de  chacun  des  volumes  on  remarque 
les  articles  suivants  : 

Au  8  février  :  Obitus  Roberti,  comitis  Atrebatensis. 
26  avril  :  Dedicatio  Sancte  capelle  Parisiensis. 
15  juillet    :    Obitus    Philippi,    régis   Francorum    (Philippe- 
Auguste). 
11  août  :  Sollempnitas  sancte  Corone. 
8  novembre  :  Obitus  Ludovici,  régis  Francorum  (Louis  VIII). 

26  novembre  :  Genovefe  virginis  de  miraculo. 

27  novembre  :  Obitus  Blanche,  regine  Francorum  (Blanche  de 

Castille). 
4  décembre  :  Parisius  susceptio  Reliquiarum. 

Les  notes  nécrologiques  semblent  prouver  que  le  calen- 
drier a  été  copié  sur  un  exemplaire  du  xme  siècle  affecté  au 
service  d'une  église  où  était  particulièrement  honorée  la 
famille  du  roi  Louis  VIII.  Cet  exemplaire  avait  peut-être  été 
fait  par  les  soins  de  saint  Louis  pour  assurer  à  ses  parents 
et  à  son  frère  le  comte  d'Artois  une  part  privilégiée  dans 
les  prières  du  clergé  de  la  Sainte-Chapelle.  La  copie  en 
deux  volumes  que  possède  la  bibliothèque  de  Belgique  a 
été  faite  avec  luxe  pour  Philippe  le  Bon,  duc  de  Bourgogne. 
Les  peintures  en  sont  exquises,  on  y  remarque  des  archi- 
tectures à  teintes  claires  qui  rappellent  les  miniatures  des 
apôtres  exécutées  par  André  Beauneveu  dans  le  psautier  du 
duc  de  Berry.  Le  duc  de  Bourgogne  y  est  représenté  deux 
fois  :  dans  la  partie  d'hiver  (fol.  308),  agenouillé  devant 
saint  André;  et,  dans  la  partie  d'été  (fol.  258),  en  adora- 
tion, avec  sa  femme,  devant  le  Saint-Sacrement. 

XXIX. 

Heures  de  l'église  de  Sainte-Osithe. 

Volume   en    parchemin,    de    229    feuillets,    hauts    de 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  199 

240  millimètres  et  larges  de  170.  Généralement  16  lignes  à 
la  page.  Très  grosse  écriture  d'une  parfaite  régularité,  pré- 
sentant assez  constamment  des  particularités  qu'il  est  bon 
de  noter. 

La  diphtongue  M,  au  commencement  des  mots  (JEd- 
munde,  JEduuarde),  est  formée  par  un  A  et  un  E  conjoints, 
ce  qui  me  paraît  être  resté  au  xive  siècle  un  caractère 
propre  à  l'écriture  anglaise. 

Les  traits  verticaux  des  petites  lettres  a,  i,  m,  etc.,  se 
terminent  brusquement  à  la  partie  inférieure  sans  avoir 
reçu  le  moindre  délié  et  sans  s'être  infléchis  du  côté 
droit. 

Le  sommet  des  hastes  des  b,  d,  h,  l  est  très  légèrement 
fourchu. 

Les  e  redoublés  (Matthéé,  Bartholoméé)  sont  accentués. 

Les  i  seuls  ou  redoublés  sont  assez  souvent  surmontés 
d'accents  très  légèrement  tracés. 

La  capitale  M  est  souvent  employée  au  commencement  et 
dans  le  corps  des  mots  concurremment  avec  la  minuscule  m, 
sans  que  la  capitale  dépasse  en  hauteur  les  petites  lettres  a, 
c,  i,  m. 

Les  n  sont  toujours  parfaitement  distingués  des  u  :  les 
traits  supérieurs  des  u  sont  nettement  séparés,  tandis  qu'un 
délié  unit  les  traits  inférieurs. 

Les  r  affectent  tantôt  la  forme  ordinaire  de  la  minuscule 
ordinaire,  tantôt  celle  qui  ressemble  au  2  ou  au  z.  Parfois, 
dans  le  corps  des  mots,  la  majuscule  M  ne  dépasse  pas  la 
hauteur  des  minuscules.  On  voit  souvent  les  lettres  AR 
réunies  en  monogramme,  le  second  trait  de  l'A  formant  en 
même  temps  le  premier  trait  de  l'R. 

Les  s  à  la  fin  des  mots  ne  dépassent  pas  le  niveau  des 
petites  lettres  dépourvues  de  hastes  ;  au  commencement  ils 
ont  de  grandes  hastes  montantes. 

La  tête  des  t  ne  dépasse  pas  ordinairement  la  hauteur 


200         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

des  petites  lettres  dépourvues  de  hastes  ;  mais  souvent  ils 
dépassent  plus  ou  moins  le  niveau  quand  ils  font  suite  à 
la  lettre  c. 

Les  y  sont  munis  d'un  gros  point  en  forme  de  losange  ; 
semblable  point,  soit  seul,  soit  surmonté  d'un  autre  point 
se  terminant  en  haut  par  une  sorte  de  crochet,  sert  pour 
la  ponctuation. 

Il  faut  distinguer  dans  le  livre  douze  morceaux  bien 
tranchés  : 

I  (fol.  1-8).  Cahier  ajouté  au  xve  siècle  contenant  de 
courtes  prières  latines  précédées  d'une  introduction  en 
anglais. 

II  (fol.  9  v°-15).  Calendrier  écrit  en  caractères  un  peu 
plus  fins  que  le  corps  du  manuscrit  et  à  une  époque  pro- 
bablement postérieure.  Il  n'y  a  pas  les  M  anglais  qui  seront 
signalés  plus  haut  (p.  199)  et  un  peu  plus  loin  (p.  206) 
dans  les  litanies  des  saints. 

III  (fol.  16-20).  Cinq  feuillets  sur  lesquels  sont  peintes 
les  images  de  quelques  saints  ou  saintes,  savoir  : 

1°  Quatre  pages,  sur  chacune  desquelles  sont  représentés  quatre 
saints  sous  des  arcades  trilobées,  avec  les  noms  des  sujets  écrits  en 
blanc  au-dessus,  de  l'arcade  : 

Fol.  16  v°.  Saint  Pierre.  —  Saint  Pol.  —  Saint  Jehan  Baptiste. 

—  Saint  Jehan  l'evangeliste. 

Fol.  17.  Saint  Thomas  le  martir.  —  Saint  Edmont  de  Pontegni. 

—  Saint  Nicholas.  —  Saint  Jake. 

Fol.  18  v°.  Saint  Edmont  le  roi.  —  Saint  Lorens.  —  Saint  Domi- 
nique. —  Saint  François. 

Fol.  19.  La  Magdalaine.  —  Sainte  Anne.  —  Sainte  Marguerite. 

—  Sainte  Katerine. 

2°  (fol.  20).  Page  divisée  en  deux  compartiments,  dont  chacun 
est  rempli  par  l'image  en  pied  d'une  sainte  :  «  Sainte  Clare.  — 
Sainte  Ussie.  » 

J'aurai  à  revenir  sur  le  nom  d'Ussie,  qui  nous  aidera  à 
découvrir  l'origine  du  manuscrit. 

IV  (fol.  22).  Heures  de  Notre-Dame. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         201 

Les  Heures  de  Notre-Dame  comprennent  :  les  matines, 
les  laudes  (fol.  40),  prime  (fol.  58),  tierce  (fol.  63),  sexte 
(fol.  67),  none  (fol.  70),  vêpres  (fol.  73)  et  complies 
(fol.  79). 

V  (fol.  47).  A  la  suite  des  laudes  s'intercalent  les  Suf- 
frages, c'est-à-dire  des  antiennes,  versets,  et  oraisons,  se 
rattachant  à  diverses  fêtes  et  au  culte  rendu  à  différents 
saints  :  la  sainte  Vierge,  tous  les  saints,  le  saint  Esprit,  la 
Trinité,  la  sainte  Croix,  les  saints  anges,  Jean-Baptiste, 
Pierre,  André,  les  apôtres,  Etienne,  Laurent,  Thomas  de 
Gantorbéry  (fol.  52),  Nicolas,  Martin,  François,  les  saints 
confesseurs,  Marie-Madeleine,  Marguerite,  Catherine,  les 
bienheureuses  vierges. 

VI  (fol.  83  v°).  Heures  du  saint  Esprit. 

VII  (fol.  1 04).  Heures  de  la  Trinité. 

VIII  (fol.  139).  Heures  de  saint  Thomas  de  Cantorbéry, 
intitulées  :  «  Matutinas  de  sancto  Thoma.  »  Un  supplé- 
ment à  ces  heures,  copié  sur  les  fol.  154-157,  qui  ont  été 
intercalés  après  coup  dans  le  manuscrit. 

IX  (fol.  158).  Psaumes  de  la  pénitence. 

X  (fol.  169  v°).  Les  litanies. 

XI  (fol.  179  v°).  Psaumes  :  «  Ad  Dominum  cum  tribu- 
larer  clamavi...  (GXIX).  Levavi  oculos  meos...  »  (CXX). 

XII  (fol.  191).  Vigiles  des  morts. 

Outre  les  peintures  ci-dessus  signalées  sur  les  fol.  1 6-20, 
et  outre  d'assez  nombreuses  initiales  richement  historiées, 
le  manuscrit  renferme  quatorze  feuillets  peints,  savoir  : 

Fol.  22.  La  Mort  de  la  sainte  Vierge.  (En  tête  des  Heures  de 
Notre-Dame.) 

Fol.  39  v°.  Noël.  «  Gloria  in  excelsis  ».  —  La  trahison  de  Judas. 
Jésus  devant  Caïphe.  (Dans  les  Heures  de  Notre-Dame,  avant  Laudes.) 

Fol.  57  v°.  Cinq  scènes  de  la  Passion.  [Ibid.,  avant  prime.) 

Fol.  62  v°.  La  Flagellation,  etc.,  —  et  la  Descente  du  Saint  Esprit 
sur  les  apôtres.  [Ibid.,  avant  tierce.) 


202  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Fol.  66  v°.  L'Annonciation,  —  la  Visitation,  —  la  marche  et  l'arri- 
vée au  Calvaire.  [Ibid.,  avant  sexte.) 

Fol.  69  v°.  Le  Calvaire  —  et  l'Ascension.  [Ibid.,  avant  none.) 

Fol.  72  v°.  La  Descente  de  Croix  —  et  la  Cène.  [Ibid.,  avant  vêpres.) 

Fol.  78  v°.  L'Ensevelissement  de  Jésus,  —  les  saintes  femmes  au 
tombeau,  —  Jésus  en  prières  dans  le  jardin  des  Oliviers.  [Ibid., 
avant  complies.) 

Fol.  83  v°.  Image  de  la  Trinité.  (Avant  les  Heures  du  Saint 
Esprit.) 

Fol.  104.  La  Résurrection  des  morts.  (Avant  les  Heures  de  la 
Trinité.) 

Fol.  139  v°.  Le  Martyre  de  saint  Thomas  de  Cantorbéry.  (Avant  les 
Heures  de  saint  Thomas.) 

Fol.  158.  La  Présentation  de  Jésus  au  vieillard  Siméon.  (Avant 
les  psaumes  de  la  Pénitence.) 

Fol.  179  v°.  La  Prière  d'une  femme  montant  des  degrés  et 
s'adressant  au  Tout-Puissant,  qui  apparoît  dans  un  nuage  :  «  Ad 
Dominum  cum  tribularer  clamavi.  » 

Fol.  191.  Cérémonie  de  l'enterrement. 

C'est  en  somme  dix-neuf  pages  peintes  qui  contiennent 
près  de  50  sujets  traités  avec  habileté  et  qui  doivent 
prendre  place  parmi  les  bonnes  œuvres  d'art  de  la  pre- 
mière moitié  du  xive  siècle. 

On  voit  la  composition  et  l'importance  du  manuscrit  de 
Nuremberg.  Il  faut  essayer  d'en  déterminer  l'origine.  Les 
caractères  de  l'écriture  permettent  d'y  reconnaître  une 
œuvre  anglaise  de  la  première  moitié  du  xive  siècle.  L'exa- 
men du  texte  contenu  dans  le  volume  conduit  encore  plus 
sûrement  au  même  résultat.  Si  la  façon  dont  sont  écrits 
les  noms  JElfege,  JEdmunde,  JEàuaràe,  dans  les  litanies, 
dénote  une  main  anglaise,  il  suffit  de  parcourir  le  livre 
pour  être  convaincu  qu'il  a  été  fait  pour  servir  dans  une 
église  anglaise. 

On  n'a  qu'à  parcourir  le  calendrier  pour  constater  dans 
quelle  immense  proportion  y  dominent  des  noms  anglais 
qu'on  ne  rencontre  point  dans  les  calendriers  français  : 

Jan.  5.  Octave  sancti  [Thome]  martiris. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  203 

Marcii  18.  S.  Edwardi  régis  et  martiris. 

—  20.  S.  Cuthberti  episcopi  et  conf. 
Aprilis  19.  S.  Elphegi  episcopi  et  mart. 

—  24.  S.  Wilfridi  episcopi. 
Maii  19.  S.  Dunstanni  episcopi. 

—  26.  S.  Augusti  (sic),  Anglorum  episcopi. 
Junii  20.  Translatio  s.  Edwardi  régis,  et  mart. 

—  22.  S.  Albani  prothomartiris  Anglorum. 

—  23.  Sancte  Ethelrede  virginis. 

Julii  7.  Translatio  sancte  [Thome]  martiris. 

—  8.  Translatio  sancte  Withburge  virginis. 

—  15.  Translatio  s.  Swithuni  sociorumque  ejus. 

—  17.  S.  Renelmi  martiris. 
Aug.  5.  S.  Oswaldi  régis  et  martiris. 

Sept.  4.  Translatio  s.  Chutberti  episcopi  et  conf. 
Oct.  12.  S.  Wilfridi  episcopi  et  conf. 
Nov.  20.  S.  Eadmundi  régis  et  mart. 
Dec.  29.  S.  [Thome]  martyris. 

On  peut  faire  la  même  observation  quand  on  relève 
dans  les  litanies  des  saints  les  invocations  suivantes  : 

JEUege,  Edmunde  [martyr],  Albane,  Oswalde,  Dunstane,  Ricarde, 
Cuthberte,  Swithune,  Cuthlace,  ^Edmunde  [confessor1],  Mildritha, 
Andréa,  Sexburga,  Edeldritha,  Ositha,  Adelburga. 

La  place  d'honneur  qu'occupe  saint  Thomas  de  Cantor- 
béry  n'est  pas  moins  significative  :  il  est  invoqué  dans  les 
litanies  au  second  rang  des  martyrs  (fol.  170),  immédiate- 
ment après  saint  Etienne,  et  il  n'a  pas  trouvé  place  seule- 
ment dans  la  série  des  suffrages  (fol.  52!),  ilest  le  seul  saint 
dont  l'office  soit  entré  dans  le  livre,  à  côté  des  heures  de 
Notre-Dame,  du  saint  Esprit  et  de  la  Trinité  ;  il  n'y  occupe 
pas  moins  de  38  pages,  y  compris  un  supplément  ajouté 
après  coup.  Deux  miniatures  y  sont  consacrées  à  repré- 
senter saint  Thomas,  l'une  dans  la  série  des  tableaux  qui 

1.  Les  deux  Edmond  figurent  dans  la  série  des  saints  dont  l'image  est 
peinte  à  la  suite  du  calendrier  :  Saint  Edmont  de  Pontegni,  saint  Edmont 
le  roi. 


204  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

suivent  le  calendrier  (saint  Thomas  debout,  avec  les  orne- 
ments pontificaux),  l'autre  en  tête  des  Matines  du  saint 
pontife  (saint  Thomas  martyrisé  au  pied  de  l'autel) . 

Mais  un  nom  beaucoup  moins  célèbre  que  celui  de  Tho- 
mas Becket  doit  fixer  notre  attention  d'une  façon  toute 
particulière  :  celui  d'une  sainte  qui  est  invoquée  à  la  fin 
des  litanies  :  Sancta  Ositha,  ora  pro  nobis,  et  dont  l'image 
est  peinte  à  côté  de  celle  de  sainte  Claire,  au  verso  du 
fol.  20,  avec  cette  inscription  en  français  :  sainte  Ussie. 
Cette  sainte,  qui,  quoique  mariée  à  un  roi  d'Essex,  resta 
vierge  et  fut  massacrée  par  des  pirates,  a  été  particulière- 
ment honorée  dans  le  comté  d'Essex,  à  Chich,  lieu  de  sa 
première  sépulture,  où  fut  fondé  un  prieuré  dont  les  ruines 
sont  figurées  dans  la  nouvelle  édition  du  Monasticon  angli- 
canum^  et  qui  est  appelé  ecclesia  Sancte  Osithe  de  Chiche 
dans  une  charte  de  Henri  II,  et  abbatia  Sancte  Osithe  de 
Chiche  dans  une  charte  de  Jean  Sans -Terre2.  M.  Paul 
Meyer3a  récemment  signalé  dans  la  bibliothèque  du  duc  de 
Portland  à  Welbeck  une  ancienne  vie  de  sainte  Osithe  en 
vers  français,  dérivant  sans  doute  d'une  des  vies  latines 
indiquées  par  sir  Thomas  Duffus  Hardy4  et  par  les  Bol- 
landistes5.  M.  Montague  Rhodes  James  a  bien  voulu  m'in- 
diquer,  dans  la  bibliothèque  de  lord  Toltmache  à  Helmin- 
gham  (Suffolk),  plusieurs  manuscrits  du  prieuré  de  Chich, 
et  dont  un,  renfermant  des  traités  de  saint  Augustin,  con- 
tient cette  note  :  «  Liber  monasterii  Sancte  Osithe,  virgi- 
«  nis,  martiris  et  regine,  ordinis  canonicorum  sanctissimi 
«  doctoris  Augustini.  »  Le  même  savant  connaît  une  repré- 


1.  T.  VI,  part,  i,  en  regard  de  la  p.  308. 

2.  Ibid.,  p.  310. 

3.  Hist.  litt.  de  la  France,  t.  XXXIII,  p.  371. 

4.  Descriptive  catalogue  of  mss.  relating  to  the  hislonj  of  great  Britain, 
t.  XXXIII,  p.  371. 

5.  Bibliotheca  hagiogr.  latina,  t.  II,  p.  918. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  205 

sentation  de  sainte  Osithe  sur  une  verrière  de  l'église  de 
Long-Melford  (Suffolk). 

D'autre  part,  je  dois  à  l'obligeance  de  M.  Sidney  C. 
Gockerell  de  très  judicieuses  observations  sur  la  place  que 
sainte  Osithe  occupe  dans  les  livres  de  la  liturgie  de  Can- 
torbéry,  et  j'ai  cru  devoir  en  insérer  ici  la  traduction  : 

Il  semble  probable  qu'il  y  avait  une  relique  d'Ositha  à  Cantorbéry. 
D'après  mes  notes,  c'est  un  nom  caractéristique  des  livres  de  Can- 
torbéry. On  le  trouve  dans  les  manuscrits  suivants  : 

Bibl.  nat.,  latin  770.  Psautier  de  Cantorbéry,  vers  1220.  Dans  le 
calendrier  et  les  litanies. 

Musée  britannique.  Arundel  155.  Autre  psautier  se  rapportant  à 
Cantorbéry.  Calendrier  et  litanies. 

Collège  d'Eton  78.  Psautier  de  Cantorbéry  du  xme  siècle.  Litanies. 

Bibl.  nat.,  Nouv.  acq.  latin  1670.  Psautier  que  j'attribue  à  Cantor- 
béry. Dans  le  calendrier  seulement. 

Collège  de  la  Trinité  de  Cambridge.  Le  fameux  psautier  d'Edwin 
de  Cantorbéry.  Dans  le  calendrier  seulement.  Il  n'y  a  point  de 
litanies. 

Musée  britannique.  Cotton,  Tiberius,  B  m.  Prières  de  Cantorbéry; 
rite  des  Bénédictins,  vers  1220.  Dans  le  calendrier. 

Il  y  a  une  autre  série  de  manuscrits  se  rattachant  à  Londres  et  à 
laquelle  appartient  le  ms.  latin  10433  de  la  Bibl.  nat.  Le  nom 
se  trouve  dans  le  calendrier  et  pas  dans  les  litanies. 

Le  nom  d'Ositha  se  rencontre  d'ailleurs  rarement  dans  les  calen- 
driers anglais. 

Que  devint  le  livre  écrit  pour  une  église  d'Angleterre, 
destiné  à  un  personnage  qui  avait  probablement  des  rela- 
tions avec  l'église  de  Sainte-Osithe  de  Ghich?  Il  ne  dut 
guère  tarder  à  tomber  entre  les  mains  d'un  autre  proprié- 
taire qui  avait  moins  souci  de  la  mémoire  de  sainte  Osithe. 
C'est  ce  qu'on  peut  induire  du  silence  gardé  sur  les  fêtes  de 
sainte  Osithe.  En  effet,  dans  ce  calendrier,  que  j'ai  déjà 
signalé  comme  ayant  été  écrit  postérieurement  au  reste  du 
volume,  on  n'y  trouve  aucune  trace  de  la  fête  de  sainte 
Osithe  ni  de  la  translation  de  la  même  sainte,  qui  sont 
marquées  au  7  et  au  14  octobre  dans  le  calendrier  d'un 


206  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

psautier  copié  au  xive  siècle  pour  le  prieuré  de  Sainte- 
OsithedeChich1. 

Après  avoir  parlé  de  saint  Thomas  de  Cantorbéry  et  de 
sainte  Osithe,  je  dois  appeler  l'attention  sur  un  autre  saint 
anglais,  dont  le  nom  peut  servir  à  fixer  l'époque  à  laquelle 
le  manuscrit  de  Nuremberg  a  été  fait.  Ce  nom  est  compris 
dans  la  liste  des  confesseurs  auxquels  s'adressent  les  invo- 
cations des  litanies. 

Voici  dans  quel  ordre  les  saints  confesseurs  y  sont  énu- 
mérés  : 

Silvester,  Marcialis,  Hylari,  Ambrosi,  Gregori,  Jeronime,  Augus- 
tine,  Martine,  Xicholae,  Francisse,  ^Edmunde,  Dunstane,  Ricarde, 
Thoma,  Antoni,  Dominice,  Firmine,  Honorate,  Bénédicte,  Albine, 
Eligi,  Egidi,  Judoce,  Medarde,  Gildarde,  Damasce,  Augustine  cum 
sociis  tuis,  Odo,  Vulgani,  Reraigi,  Cuthberte,  Swithune,  Fursee, 
Wilfride,  Pauline,  Romane,  Maure,  Cuthlace,  Columbane,  Wandre- 
gisile,  Leonarde,  iEdmunde,  Omnes  sancti  confessores,  orate  pro 
nobis. 

Le  quatorzième  nom  de  cette  liste  est  celui  d'un  Thomas, 
bien  distinct  de  Thomas  Becket  mentionné  dans  ces  litanies 
au  premier  rang  des  martyrs;  il  s'agit  ici  de  Thomas  de 
Gantelou,  évêque  de  Hertford,  qu'on  invoquait  en  compa- 
gnie des  archevêques  de  Cantorbéry  saint  Dunstan  et  saint 
Edmond,  et  de  saint  Richard,  évêque  de  Chichester.  Or, 
Thomas  de  Cantelou,  évêque  de  Hertford,  mourut  en  1282 
et  fut  canonisé  en  1320.  Le  manuscrit  de  Nuremberg  a 
donc  été  écrit  après  1320,  et  très  vraisemblablement  à 
une  époque  assez  rapprochée  de  cette  date.  Il  dut  passer 
en  France  dans  la  seconde  moitié  du  xive  siècle.  Témoin 
la  note  tracée  sur  la  dernière  page  par  une  main  anglaise 
et  qui  est  ainsi  conçue  :  Le  liver  du  roy  du  Fraunce 
Charles.  Doné  à  madame  la  r oigne   d'Engleterre.  Ce  roi 

1.  Ms.  1935  du  fonds  Sloane  au  Musée  britannique.  J'en  dois  la  connaissance 
à  M.  S.  Cockerell. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  207 

Charles  ne  peut  guère  être  que  Charles  VI.  Il  n'y  a  rien 
d'étonnant  à  voir  dans  le  mobilier  de  Charles  VI  un  livre 
d'origine  anglaise.  Nous  savons  que,  du  temps  de  Charles  V 
et  de  Charles  VI,  la  librairie  du  Louvre  renfermait  le  beau 
psautier  venu  de  l'abbaye  de  Peterborough  qui  est  aujour- 
d'hui à  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique. 

S'il  n'est  guère  permis  de  douter  que  le  roi  Charles 
mentionné  dans  la  note  du  livre  de  sainte  Osithe  est 
Charles  VI,  il  est  plus  difficile  de  déterminer  à  quelle  reine 
d'Angleterre  le  don  en  a  été  fait.  J'avais  d'abord  pensé  à 
Isabelle  de  France,  fille  de  Charles  VI,  que  son  père  fit 
épouser  à  Richard  II,  roi  d'Angleterre,  en  1396,  alors 
qu'elle  avait  à  peine  sept  ans,  et  qui  rentra  en  France  en 
1401,  après  avoir  perdu  son  mari,  assassiné  en  1399. 
Nous  savons  que  le  trousseau  de  la  petite  reine  renfer- 
mait «  un  livre  d'heures  couvert  de  drap  d'or,  à  deux  fer- 
«  moirs  dorés,  garnis  de  deux  petits  balais1  ».  Mais  il  paraît 
bien  difficile  de  s'arrêter  à  cette  conjecture  quand  on  a  lu 
une  pièce  insérée  après  coup  par  une  main  anglaise  dans  le 
livre  de  Sainte-Osithe,  au  fol.  229.  C'est  une  série  de  con- 
seils hygiéniques  en  distiques  latins,  dont  le  deuxième, 
ainsi  conçu  : 

Feniculus,  vervena,  rose,  celidonia,  ruta  : 
Ex  hiis  fit  aqua  que  lumina  reddit  acuta, 

est  accompagné,  dans  la  marge,  de  cette  annotation  : 
Pro  clarificatione  visus  regine.  Isabelle  n'était  plus  en  An- 
gleterre, et,  dans  tous  les  cas,  n'y  était  plus  considérée 
comme  reine  de  ce  pays.  La  reine  dont  on  se  préoccu- 
pait d'améliorer  la  vue  devait  être,  ou  Jeanne  de  Navarre, 

1.  Document  des  Archives  nationales  publié  par  M.  Mirot  dans  les  Mémoires 
de  la  Société  de  l'histoire  de  Paris,  1903,  t.  XXIX,  p.  139,  et  cité  dans  le  tra- 
vail du  même  auteur,  Isabelle  de  France,  reine  d'Angleterre,  p.  47. 


208  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

qui  épousa  Henri  IV  en  1403  et  mourut  en  1437,  ou 
bien  Catherine  de  France,  mariée  en  1 420  à  Henri  V  et 
morte  en  1438. 

Le  livre  de  sainte  Osithe  resta  longtemps  en  Angleterre, 
comme  le  prouvent  les  grattages  pratiqués  dans  le  calen- 
drier du  temps  de  Henri  VIII,  pour  faire  disparaître  en 
différents  endroits  le  titre  de  pape  et  le  nom  de  Thomas  de 
Cantorbéry,  comme  aussi  la  façon  dont  on  a  cancellé  plu- 
sieurs passages  relatifs  à  ce  prélat  (fol.  52  et  fol.  157). 

L'existence  de  ce  manuscrit  à  Nuremberg  m'avait  été 
révélée  par  Y  Index  de  Fr.-Guil.  Ghillanii  publié  en  18461. 
Il  porte  à  la  bibliothèque  de  Nuremberg  le  n°  4  dans  le 
fonds  de  Solger  et  a  figuré  sous  le  n°  1606  à  l'Exposition 
jubilaire  de  l'année  19062. 

J'ai  rédigé  la  présente  notice  d'après  les  photographies 
qu'a  bien  voulu  me  procurer  M.  le  docteur  Mummenhoiï, 
Archivrat,  et  je  l'ai  complétée  après  avoir  étudié  le  manus- 
crit lui-même  à  Paris,  grâce  à  la  puissante  intervention 
de  S.  A.  le  prince  Radolin,  ambassadeur  d'Allemagne  en 
France. 

XXX. 

Heures  de  Savoie,  ou  Très  belles  grandes  Heures 
de  Charles  V3. 

Jadis  à  la  bibliothèque  de  l'Université  de  Turin,  coté 
E.  V.  47  (détruit  dans  l'incendie  de  janvier  1904). 

Ce  volume,  jadis  coté  F.  I.  54,  est  incontestablement  le 

1.  Index  rarissimorum  aliquot  librorum  manuscriptorum  sxculoque  XV 
typis  descriptorum  quos  habet  bibliolheca  publica  Noribergensis.  Noribergœ, 
1846,  in-4\ 

2.  Katalog  der  historischen  Ausstellung  der  Stadt  Nilrnberg  auf  der  Jubi- 
lâums  Landesausstelluag.  Xiirnberg,  1906,  p.  333. 

3.  Cette  notice,  à  l'exception  des  passages  ajoutés  entre  crochets  [],  a  été 
rédigée  à  la  suite  d'une  visite  faite  à  la  bibliothèque  de  Turin  en  1885. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         209 

livre  d'Heures  mentionné  au  n°  3066  de  l'inventaire  du 
mobilier  de  Charles  V1. 

Item  ou  dit  estude  du  Roy,  [en  la  tour  du  boys  de  Vincennes], 
estoient  les  très  belles  grans  Heures  du  dit  seigneur,  très  bien 
escriptes  et  très  noblement  enluminées  et  historiées.  Et  au  commen- 
cement des  dites  Heures,  tantost  après  le  kalendrier,  est  le  Psaul- 
lier,  les  Heures  de  la  Trinité,  de  Nostre-Dame,  de  la  Passion,  de 
saint  Jehan-Baptiste,  des  angelz,  oroisons  de  Nostre-Dame,  Heures 
de  saint  Jehan  l'evangeliste,  celles  de  saint  Loys,  roy  de  France, 
saint  Loys  de  Marceille,  de  la  Magdalene,  mémoire  de  plusieurs 
saints,  vigiles  de  mors,  sept  pseaulmes  et  letanie  et  plusieurs 
mémoires  de  saints  et  saintes.  Toutes  les  choses  dessus,  escriptes 
et  enluminées,  comme  dit  est.  Et  se  commance  le  second  fueilletjoo/'- 
tatus  sum.  Lesquelles  Heures  sont  couvertes  de  brodeure  à  plusieurs 
ymages  à  lozenges  et  à  rondeaulx  de  perles. 

Et  sont  les  courroyes  des  fermouers  couvertes  chascune  de  sept 
fleurs  de  lys  d'or,  à  compter  le  clou  qui  tient  aus  aiz  des  dites 
Heures,  et  en  chascune  fleur  de  liz  a  quatre  perles.  Et  sont  les  fer- 
moers  des  dites  Heures  d'or,  garny  chascun  de  deux  balaiz,  deux 
saphirs  et  deux  grosses  perles,  et  les  tirouers  d'un  laz  de  soye  à  or, 
en  chascun  ung  gros  bouton  de  perles.  Et  est  la  pippe  desdites 
Heures  garnye  de  deux  balais  et  ung  saphir  et  quatre  grosses 
perles.  Lesquelles  sont  en  ung  estuy  de  cuir  bouilly,  pendant  à  ung 
large  laz  de  soye  azurée,  semée  de  fleurs  de  lys  d'argent  doré. 

Le  manuscrit  de  Turin  renferme  un  grand  nombre  de 
miniatures  encadrées  d'une  bordure  tricolore.  Il  y  a  au 
moins  une  trentaine  de  petits  tableaux  sur  lesquels  la 
figure  de  Charles  V  est  parfaitement  reconnaissable.  Je 
citerai  notamment  les  peintures  des  p.  441,  448  et  458, 
où  l'on  voit  Charles  V  à  genoux  devant  les  Reliques  du 
palais,  Charles  V  recevant  la  bénédiction  de  saint  Rémi, 
Charles  V  adressant  ses  prières  au  roi  saint  Louis  et  à 
saint  Louis  de  Marseille.  L'écriture  est  tout  à  fait  celle  de 
plusieurs  des  volumes  que,  d'après  des  indices  certains, 
nous  savons  avoir  été  exécutés  pour  Charles  V.  La  rubrique 

1.  Voir  l'Inventaire  des  livres  de  Charles  V,  art.  247.  Cf.  Van  Praet,  Inven- 
taire de  l'ancienne  bibliothèque  du  Louvre,  p.  197,  n°  1183. 

14 


210  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

de  la  p.  263  convient  parfaitement  à  un  livre  royal  :  «  Ci 
«  commencent  les  Heures  monseigneur  saint  Loys,  roy  de 
«  France,  convenables  à  dire  touz  les  jourz  à  ceulz  qui  ont 
«  especial  dévotion  à  luy,  mesmement  à  personnes  qui 
«  sont  de  si  sainte  et  de  si  très  noble  lignie  comme  est 
«  celle  de  France.  » 

Le  manuscrit  dont  il  s'agit  a  subi  de  très  regrettables 
mutilations.  Il  a  notamment  perdu  le  psautier  qui  était 
copié  en  tête,  ce  qui  a  fait  disparaître  le  feuillet  commen- 
çant par  les  mots  portatus  sum,  relevés  dans  l'inventaire 
de  1380.  Malgré  ces  mutilations,  le  livre  n'en  reste  pas 
moins  un  merveilleux  manuscrit. 

11  y  a  un  certain  nombre  de  prières  qui  semblent  avoir 
été  composées  pour  servir,  sinon  à  Charles  V,  au  moins  à 
un  roi  de  France.  Telle  est  celle  qui  se  lit  au  foi.  1 76  : 

Misericors  Deus  et  miserator,  consolator  et  defensor,  in  te, 
Domine,  confido.  Servo  tuo  auxilium  et  consilium  Francorum  régi 
tribue,  quia  bella  michi  video,  bella  parantur  meis.  Hostiura  ineo- 
rum  animos  et  errores  constringe  mortalium,  ne  contra  me  debel- 
lare  valeant,  sed  propter  inobedienciam  suam  et  eorum  nequiciam 
tibi,  Cbriste,  dévote  supplico,  ut  per  tuam  graciam  obtinere  valeam 
victoriam  viriliter  cum  honore  seu  pacem.  Amen1. 

Telle  est  encore  la  prière  à  saint  Louis,  qu'on  trouve  à 
la  p.  495  : 

Oratio  ad  sanctum  Ludovicum,  regem  Francie.  Sancte  et  pie 
Ludovice,  unus  de  gloriosis  confessoribus  Dei,  unus  de  regibus 
magnis  amicis  Dei,  iste  peccator,  iste  indignus,  iste  successor  tuus, 

1.  La  même  prière,  avec  de  légères  variantes,  se  trouve  dans  un  recueil  de 
prières,  fait  probablement  ou  du  moins  approprié  pour  le  duc  de  Berry,  et 
conservé  à  la  bibliothèque  de  l'Université  de  Turin  (K.  IV.  29,  jadis  D.  VI.  23), 
au  fol.  76  v\ 

Ce  sont  les  très  belles  Heures  de  Jean,  duc  de  Berry,  dont  les  peintures  ont 
été  étudiées  en  1902  par  M.  le  comte  Durrieu,  qui  a  fait  reproduire  en  hélio- 
typie  la  page  où  se  trouve  la  prière  Misericors  Deus,  pi.  XLIII  du  volume  inti- 
tulé Heures  de  Turin  :  Quarante-cinq  feuillets  à  peintures  provenant  des 
Très  belles  Heures  de  Jean  de  France,  duc  de  Berry.  Paris,  1902,  petit  in-fol. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  211 

licet  ineptus,  licet  nimis  inconveniens  hères  tuus,  dubius,  nescius, 
sollicitus  et  anxius  de  populo  tuo  commisso  regiraini  suo,  ego  sci- 
licet  inutilis  persona,  nullis  bonis  ornata,  sed  profunda  ignorantia 
tenebrata,  innumeris  viciis  deformata,  inimensis  peccatis  onerata, 
ego  inquam,  quem  Deus  et  tu  post  Deum  voluisti  fieri  regem  in 
populo  tuo... 

Il  n'est  pas  douteux  que  la  partie  principale  du  volume 
ait  été  exécutée  pour  Charles  V,  mais  plusieurs  cahiers, 
sur  les  pages  desquels  on  voit  dans  beaucoup  d'initiales 
les  armes  de  France  alterner  avec  celles  de  Savoie  et 
de  Bourgogne,  doivent  dater  de  la  première  moitié  du 
xive  siècle.  On  trouvera  un  peu  plus  loin  comment  peut 
s'expliquer  la  présence  des  armes  de  Savoie  et  de  Bour- 
gogne et  se  justifier  le  titre  de  Heures  de  Savoie  sous  lequel 
le  livre  était  déjà  connu  en  1409.  Il  est  ainsi  dénommé 
dans  la  note  que  Jean  Flamel  a  calligraphiée  à  la  fin  du 
volume  : 

Ces  Heures  furent  au  roy  Charles  le  quint,  et  sont  appellées  les 
Heures  de  Savoye.  Et  donna  les  dittes  heures  le  roy  Charles  le 
siziesme,  fils  du  roy  Charles  le  quint  devant  dit,  à  son  oncle  le  duc 
de  Berry,  le  vne  jour  de  juillet,  l'an  de  grâce  mil  quatre  cens  et 
neuf.  FLAMEL. 

A  cette  note,  Jean  Flamel  a  joint  la  table  des  morceaux 
contenus  dans  le  volume,  table  qui  concorde  parfaite- 
ment avec  l'article  de  l'inventaire  de  1380  cité  un  peu 
plus  haut. 

Cy  après  s'ensuyvent  les  choses  qui  sont  escrites  en  ces  Heures. 

Premièrement  le  kalendrier.  —  Item  le  Psaultier.  —  Item  les 
Heures  de  la  Trinité.  —  Item  les  Heures  du  Saint  Esperit.  —  Item 
les  Heures  Nostre-Dame  à  l'usaige  de  Paris.  —  Item  les  Heures  de  la 
passion  de  Nostre-Seigneur. —  Item  les  Heures  de  saint  Jehan-Bap- 
tiste. —  Item  les  Heures  des  angres.  —  Item  pluseurs  oraisons  de 
Nostre-Dame.  —  Item  les  Heures  de  saint  Jehan  l'euvangeliste.  — 
Item  les  Heures  de  saint  Loys  de  France.  —  Item  les  Heures  de  saint 
Loys  de  Marsaille.  —  Item  les  Heures  de  la  Magdeleine.  —  Item 
pluseurs  mémoires  de  la  Passion,  des  anges,  de  Toussains  et  de  la 


212  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Trinité.  —  Item  vigiles  de  mors.  —  Item  les  sept  pseaumes  et 
la  letanie.  —  Item  les  xv  pseaumes.  —  Item  pluseurs  mémoires  de 
Dieu  et  de  Nostre-Dame,  des  appostres,  de  pluseurs  martirs,  de 
pluseurs  confesseurs  et  de  pluseurs  vierges.  —  Item  mémoire  du 
pape  et  des  personnes  de  l'Eglise.  —  Item  pour  les  roys  et  pour  les 
princes  de  terre.  —  Item  pour  les  laboureurs.  —  Item  pour  ceulz 
qui  sont  en  pechié  mortel.  —  Item  pour  ceulz  qui  sont  en  péril  de 
mer.  —  Item  pour  les  prisonniers.  —  Item  pour  ceulx  qui  font 
aumosnes.  —  Item  pour  parens  et  pour  amis.  —  Item  pour  soy- 
mesmes.  —  Item  pour  ceulz  qui  sont  en  purgatoire.  —  Item  de 
rechief  mémoires  de  Dieu,  de  Nostre-Dame,  de  pluseurs  martirs, 
appostres,  confesseurs  et  d'autres  sains  et  vierges  et  sainctes.  — 
Item  des  Reliques.  —  Item  de  la  paix.  —  Item  pluseurs  oroisons  à 
Dieu.  —  Item  oroisons  quand  on  dit  la  messe.  —  Item  oroisons 
qu'on  dit  quant  on  se  lieve  et  couche.  —  Item  oroisons  de  la  Croix. 
—  Item  oroisons  de  saint  Denis.  —  Item  oroisons  de  saint  Loys  de 
France.  —  Item  oroisons  quant  on  doit  escommunier  '.  —  Item 
oroisons  à  la  Trinité.  —  Item  autres  oroisons  à  Dieu.  —  Item  autre 
oroison  quand  on  se  lieve.  —  Item  l'euvangille  saint  Jehan.  —  Item 
une  autre  messe  de  la  Trinité.  — Item  une  messe  de  saint  Denis.  — 
Item  une  messe  de  Requiem.  —  Item  une  messe  de  saint  Loys  de 
France.  —  Item  une  messe  des  angres.  —  Item  une  messe  du  Saint 
Esperit.  —  Item  une  messe  de  la  Croix.  —  Item  une  messe  de 
Reliques.  —  Item  une  messe  de  Nostre-Dame.  —  Item  mémoire  de 
saint  Pierre  et  de  saint  Pol.  —  Item  le  psautier  saint  Jheroisme. 

[Les  auteurs  de  Y  Atlante  paleografico-artistico 2,  intrigués 
par  la  note  de  Flamel  et  par  la  présence  des  armes  de 
Bourgogne  et  de  Savoie,  ont  supposé  que  le  livre  avait 
été  donné  par  le  duc  de  Berry  à  sa  nièce  Marie  de  Bour- 
gogne, femme  d'Amédée  VIII,  comte  de  Savoie,  et  que  les 
armes  de  Bourgogne  et  de  Savoie  avaient  été  ajoutées  au 
moment  de  la  donation3.  Il  vaut  mieux  accepter  l'explica- 

1.  Le  manuscrit  porte  escomrcher,  avec  un  signe  d'abréviation  sur  la  lettre  o. 
Il  s'agit  évidemment  de  la  communion.  Le  passage  correspondant  du  texte  nous 
donne  cette  leçon  :  ante  sacrant  communionem. 

2.  P.  38  et  39  du  volume  in-folio  publié  à  Turin  en  1899  par  MM.  Carta, 
Cipolla  et  Frati  à  l'occasion  de  la  «  Mostra  d'arte  sacra  »  qui  avait  eu  lieu 
l'année  précédente  à  Turin. 

3.  Voici  les  termes  mêmes  de  l'explication  proposée  par  les  savants  italiens  : 
«  Siccome  poi  in  più  luoghi  delcodice  (ce.  129  6,  135  a,  137  a,  137  b,  116  6,  ecc.) 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         213 

tion  de  M.  le  comte  Durrieu.  Suivant  lui,  la  partie  primi- 
tive de  ce  beau  manuscrit  aurait  été  faite  pour  Blanche  de 
Bourgogne,  dont  le  mari  Edouard,  comte  de  Savoie,  mou- 
rut en  1 329,  et  qui  vécut  jusqu'en  1 348  *.] 

[La  seule  page  des  Heures  de  Savoie  qui,  à  ma  connais- 
sance, ait  été  publiée  est  celle  sur  laquelle  saint  Louis  est 
représenté  portant  la  chasse  des  reliques  de  la  sainte  Cou- 
ronne2. M.  Gockerell  a  reproduit  cette  miniature  dans  son 
mémoire  sur  les  Heures  d'Yolande  de  Flandre  ;  il  l'a  rappro- 
chée des  miniatures  consacrées  au  même  sujet  dans  le 
Bréviaire  de  la  reine  Jeanne  d'Évreux  et  dans  les  Heures 
de  Jeanne  de  France,  reine  de  Navarre,  comme  exemple 
des  analogies  qu'on  remarque  entre  ces  manuscrits,  sor- 
tis, paraît-il,  du  même  atelier  parisien  dans  la  première 
moitié  du  xivc  siècle.] 

[Gomme  il  importe  de  tenir  compte  du  jugement  des 
critiques  auxquels  il  a  été  donné  de  pouvoir  examiner  les 
Très  belles  Heures  de  Charles  V,  je  me  fais  un  devoir 
d'indiquer  ici  les  pages  que  Monseigneur  Dehaisnes  a  con- 
sacrées à  ce  manuscrit,  en  même  temps  qu'aux  Heures  de 
Turin,  dans  son  mémoire  intitulé  Les  OEuvres  des  maîtres 
de  l'École  flamande  primitive  conservées  en  Italie  et  dans 
l'est  et  le  midi  de  la  France.  Paris,  1891 ,  in-8°,  p.  24-28.] 


«  vedesi  aggiunti  anticamente  in  parecchie  iniziali,  ora  da  sola,  ora  partita  con 
«  quella  di  Savoia,  un'  arme  (bandata  d'oro  e  d'azurro),  che  è  quella  degli  anti- 
«  chi  duchi  di  Borgogna,  non  par  dubbio  che  il  codice  passasse  poi  dal  duca  di 
«  Berry,  cui  fu  offerte-  nel  1409,  ai  duchi  di  Savoia  al  tempo  di  Amedeo  VIII, 
«  che  nel  1401  aveva  sposato  appunto  Maria  di  Borgogna  (f  1422).  Puô  quindi 
«  supporsi  che  la  nota  del  Flamel  e  il  titolo  di  Heures  de  Savoye  fossero  apposti 
«  nell'  atto  di  consegnare  il  codice  al  duca  Amedeo  VIII  ;  e  che  contempora- 
«  neamente  si  aggiungcssero  in  alcune  iniziali  le  armi  di  Savoia  e  di  Bor- 
«  gogna.  » 

1.  Les  Manuscrits  à  peintures  de  la  bibliothèque  incendiée  de  Turin,  dans 
la  Revue  archéologique,  1904,  t.  I,  p.  394-406.  —  M.  Cockerell  a  adopté 
l'attribution  des  Heures  de  Savoie  à  Blanche  de  Bourgogne  dans  le  fascicule 
intitulé  The  book  of  Hours  of  Yoland  of  Flanders. 

2.  PI.  LVII  de  l'Atlante  paleografico  artistico  dont  il  vient  d'être  question. 


214  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

XXXI. 

Heures  d'Yolande  de  Flandre,  comtesse  de  Bar. 

Bibliothèque  de  M.  Henry  Yates  Thompson,  à,  Londres. 

Ce  ravissant  petit  livre  d'heures,  malgré  les  déplorables 
accidents  dont  il  a  été  la  victime,  doit  encore  être  cité 
comme  l'un  des  plus  précieux  produits  de  l'art  français  du 
milieu  du  xive  siècle.  Quand  il  était  complet,  ou  du  moins 
quand  Buskin  en  devint  propriétaire,  vers  l'année  1 864, 
il  se  composait  de  1 76  feuillets,  dont  1 39  ont  été  recueillis 
par  M.  Henry  Yates  Thompson,  de  Londres;  l'École  de 
peinture  d'Oxford  en  possède  1 3  ;  un  lot  de  1 7  appartient 
à  une  dame  dont  on  ne  donne  pas  le  nom  ;  le  sort  de  sept 
est  inconnu.  La  part  échue  à  M.  Thompson  n'est  pas  seu- 
lement le  morceau  de  beaucoup  le  plus  considérable  ;  il  est 
aussi  le  plus  important  comme  œuvre  d'art  :  il  comprend, 
en  effet,  tous  les  feuillets  ornés  de  grandes  peintures.  Il 
est  malheureusement  dans  un  lamentable  état  de  conser- 
vation, par  suite  d'une  inondation  de  la  Tamise  qui  a 
atteint  et  souillé  le  volume  quand  il  était  encore  dans  son 
état  primitif. 

Les  armes  peintes  sur  une  cinquantaine  de  pages  en 
indiquent  l'origine  :  parti,  au  1  de  Navarre  au  lambel 
d'argent,  coupé  de  Longueville;  au  %  de  Flandre.  Ce  sont 
là  les  armes  d'Yolande  de  Flandre,  dame  de  Gassel1,  qui 
épousa  en  premières  noces  Henri,  comte  de  Bar,  mort  en 
1344  ou  1345,  et  en  secondes  noces  Philippe  de  Navarre, 
comte  de  Longueville.  Ce  second  mariage  est  de  l'année 
1 353.  Le  livre  a  donc  été  fait  après  1 353.  La  vie  d'Yolande, 
qui  se  prolongea  jusqu'en  1395,  a  été  traversée  par  bien 
des  vicissitudes,  que  M.  Philippe-Emmanuel  de  Smyttere  a 
exposées  dans  son  Essai  historique  sur  Yolande  de  Flandre, 

1.  Douët  d'Arcq,  Inventaire  des  sceaux,  t.  I,  p.  39i  et  393,  nos  806  et  807. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         215 

comtesse  de  Bar  et  de  Longueville...1.  A  un  moment,  cette 
dame  encourut  par  ses  violences  la  disgrâce  du  roi 
Charles  V,  qui  se  vit  obligé  de  la  l'aire  emprisonner  (1 391). 
Quand  elle  s'échappa  en  1 372!  de  la  tour  du  Temple,  une 
partie  des  objets  qui  étaient  à  son  usage  lurent  confisqués 
au  profit  du  roi,  et  dans  l'inventaire2  qui  en  fut  dressé  les 
7  septembre  1 372,  nous  remarquons  : 

Unes  heures  de  Nostre-Dame,   à   un   fermouers   d'or,   prisiée 

XLVHI  S.  p. 

Selon  toute  vraisemblance,  c'est  le  volume  qui  figure 
comme  il  suit  sur  l'inventaire  des  objets  trouvés  en  1 380  à 
Vincennes,  en  la  chambre  du  roi  : 

Unes  très  parfaitement  belles  heures,  très  noblement  escriptes 
d'or  et  d'asur  et  très  richement  ystoriées  et  enluminées  partout;  et 
y  sont  les  sept  pseaumes.  Et  sont  couvertes  de  orfrayes  d'or,  semé 
de  grosses  perles,  à  quatre  arbressaulx.  Et  sont  les  fermoers  d'or, 
en  façon  de  crochet,  et  a  en  chascun  ung  ballay  et  quatre  grosses 
perles.  Et  a  une  très  belle  pippe  d'or,  où  sont  ung  saphir,  deuz  bal- 
laiz  et  quatre  grosses  perles.  Et  se  commance  le  second  feuillet 
annunciabit,  lesquelles  sont  en  ung  estuy  couvert  de  veluiau,  semé 
de  fleurs  de  lys  d'argent  dorées. 

Le  manuscrit  de  M.  Thompson  remplit  toutes  les  condi- 
tions indiquées  dans  les  deux  inventaires  qui  viennent 
d'être  cités.  Il  a  été  fait,  comme  on  l'a  déjà  vu,  pour 
Yolande  de  Flandre,  et  il  suffit  de  l'ouvrir  pour  constater 
que  ce  sont  de  très  parfaitement  belles  heures,  très 
noblement  égrites  d'or  et  d'azur  (particularité  dont 
les    exemples   sont   extraordinairement    rares)     et    très 

RICHEMENT  HISTORIEES  ET  ENLUMINEES  PARTOUT;   qu'elles 

renferment  les  sept  psaumes  de  la  .pénitence,  et  que  le 
second  feuillet  commence  par  le  mot  annunciabit. 

1.  Lille,  1877,  in-8\ 

2.  Publié  par  A.  Digot  dans  Journal  de  la  Société  d'archéologie  et  du 
Comité  du  Musée  lorrain,  avril  1857,  71-76. 


216         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Le  manuscrit  contient  les  Heures  de  Notre-Dame,  pré- 
cédées d'un  calendrier  et  suivies  des  psaumes  de  la  péni- 
tence et  des  Litanies.  La  prière  Suscipere  cligner is,  Domine, 
qui  est  à  la  suite  des  Litanies,  contient  les  formules  fémi- 
nines :  ego  incligna  misera  peccatrix...,  et pro  misera  famiilu 
tua  peccatrice...,  nouvel  indice  que  le  livre  a  été  fait  pour 
une  dame. 

Le  calligraphe  qui  a  fait  la  copie  n'a  point  employé 
l'encre  noire  ;  les  lignes  qu'il  a  tracées  sont  alternativement 
en  or  et  en  azur  :  il  a  réservé  le  rouge  pour  écrire  les 
rubriques. 

L'illustration  du  calendrier  est  remarquable.  Elle  com- 
porte pour  chacun  des  mois  quatre  petits  tableaux,  savoir  : 
1°  une  scène  caractéristique  du  mois;  2S°  une  scène  des 
prédications  de  saint  Paul,  à  côté  d'une  porte  du  paradis 
qu'a  fait  ouvrir  la  sainte  Vierge,  tenant  un  étendard 
au-dessus  de  la  porte;  3°  un  des  états  de  décadence  par 
lesquels  passa  la  Synagogue  avant  d'arriver  à  une  ruine 
complète  *  ;  4°  un  prophète  et  un  apôtre  qui  déclament  le 
premier  une  prophétie,  le  second  un  article  du  Symbole. 
Le  type  d'illustration  du  calendrier  est  celui  qui  a  été 
adopté  pour  plusieurs  livres  liturgiques  de  grand  luxe  exé- 
cutés en  France  sous  le  règne  des  premiers  Valois.  Il  se 
rencontre  dans  les  Heures  de  Jeanne  de  France,  reine  de 
Navarre2,  dans  les  deux  volumes  du  Bréviaire  de  Belle- 
ville3,  dans  les  grandes  et  les  petites  Heures  du  duc  de 
Berry  et  dans  des  Heures  portant  à  la  Bibliothèque  impé- 

1.  L'exiguïté  du  format  n'a  pas  permis  de  placer  en  regard  des  tableaux  de 
la  décadence  do  la  Synagogue  les  tableaux  du  progrès  de  l'Église  tels  qu'on  les 
voit  dans  d'autres  calendriers  analogues. 

2.  Ms.  de  M.  Henry  Yates  Tbompson,  qui  en  a  publié,  pour  le  Roxburghe 
Club,  la  description,  avec  le  fac-similé  de  32  miniatures  :  Thirty  two  minia- 
tures from  the  book  of  Hours  of  Joan  II,  queen  of  Navarre.  London,  1899, 
deux  fascicules  in-4°. 

3.  Voir  plus  naut,  p.  182. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         217 

riale  de  Vienne  le  n°  18551.  Des  compositions  analogues  se 
retrouvent  dans  le  Bréviaire  de  Martin  II,  roi  d'Aragon, 
manuscrit  espagnol  du  commencement  du  xve  siècle,  qui 
appartient  à  Mme  la  baronne  James  de  Rothschild2. 

Dans  le  livre  d'Yolande,  huit  grandes  miniatures  servent 
de  frontispices  aux  différentes  parties  de  l'office.  Les  sujets 
sont  ceux  qu'on  trouve  habituellement  dans  les  livres 
d'Heures  copiés  ou  imprimés  du  xive  au  xvie  siècle3  :  à 
Matines,  l'Annonciation;  à  Laudes,  la  Visitation;  à  Prime, 
la  Nativité;  à  Tierce,  l'Adoration  des  bergers;  à  Sexte, 
l'Adoration  des  Mages;  à  None,  la  Présentation  ;  à  Vêpres, 
la  Fuite  en  Egypte;  à  Complies,  le  Couronnement  de  la 
Vierge;  les  marges  des  pages  sur  lesquelles  on  voit  ces 
grands  tableaux  sont  couvertes  de  mignonnes  miniatures 
représentant  des  scènes  de  la  Passion  et  de  la  vie  de  diffé- 
rents saints.  —  En  tête  des  psaumes  de  la  pénitence, 
tableau  du  Jugement  dernier.  —  Dans  l'initiale  et  sur  les 
marges  de  la  page  où  commencent  les  Litanies  des  saints, 
trois  groupes  de  saints.  —  Dans  les  initiales  de  Matines  et 
de  Laudes,  le  peintre  a  voulu  représenter  Yolande  à 
genoux,  en  prières.  Toutes  ces  peintures  sont  d'une 
exquise  finesse. 

Les  Heures  d'Yolande  de  Flandre  doivent  être  rangées 
parmi  les  chefs-d'œuvre  de  l'école  parisienne  du  temps  de 
Charles    V.    Elles    méritaient    l'étude    approfondie   que 


1.  Voir  le  travail  de  M.  Rudolf  Béer,  Die  Miniaturen  ausstellung  des  K. 
K.  Hofbibliothek,  dans  Kunst  und  Kunsthandwerk,  1902,  p.  294.  —  Les 
tableaux  des  progrès  de  l'Église  n'ont  pas  été  peints  dans  ce  manuscrit. 

2.  Voir  la  description  de  ce  ms.,  par  M.  Emile  Picot,  dans  Catalogue  des 
livres  de  feu  M.  le  baron  James  de  Rothschild,  t.  III,  p.  326.  11  n'y  a  point 
dans  le  bréviaire  les  tableaux  de  la  décadence  de  la  Synagogue  et  des  progrès 
de  l'Église. 

3.  Voir  un  article  de  M.  Henry  Martin  dans  le  Bulletin  du  bibliophile, 
15  mai  1905,  p.  224,  et  un  passage  de  la  préface  (p.  ix)  du  premier  volume  du 
Catalogue  des  manuscrits  de  M.  Pierpont-Morgan,  rédigé  par  M.  R.  James 
(Londres,  1906,  in-folio). 


218  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

M.  S.  G.  Gockerell  leur  a  consacrée  et  que  M.  Henry  Yates 
Thompson  a  publiée  en  y  joignant  l'héliogravure  de 
26  pages1.  C'est  à  ce  mémoire  de  M.  Cockerell  que  sont 
empruntés  les  éléments  de  la  présente  notice. 


XXXII. 

Le  Livre  du  sacre  des  rois  de  France. 

Musée  britannique,  fonds  cottonien,  Tiberius,  B.  vin, 
seconde  partie  (fol.  33-78). 

Exemplaire,  orné  de  peintures,  que  Charles  V  fit  exécuter 
en  1 365,  comme  le  roi  lui-même  l'a  rappelé  par  une  note 
autographe  qui  se  lit  au  verso  du  feuillet  coté  72  : 

Ce  livre  du  sacre  dez  rois  de  France  est  à  nous 
Charles  le  Ve  de  notre  nom,  roy  de  France,  et  le  fîmes 
coriger,  ordener,  escrire  et  istorier  l'an  M.  CCC.  LXV. 

CHARLES. 

Ce  volume  est  enregistré  sur  les  inventaires  de  la 
librairie  du  Louvre  à  partir  de  l'année  1 41 1  (D.  743,  E.  768, 
F.  687).  Le  premier  de  ces  inventaires  le  décrit  comme  il 
suit  : 

Item  un  livre  de  l'ordonnance  à  enoindre  et  couronner  le  roy, 
partie  en  latin  et  partie  en  françois,  très  bien  escript  et  historié  es 
marges  d'en  hault  et  bas,  et  en  la  fin  y  sont  pluseurs  seremens  que 
doivent  faire  les  pers  de  France  et  autres  vassaux  et  prelas  et  autres 
gens,  commençant  ou  ne  foillet  :  Les  matines,  et  ou  derrenier  : 
nemi  ou  malveillant  ;  couvert  d'un  vielz  drap  d'or  à  deux  fer- 
mouers  d'argent  dorez,  esmaillez  de  France,  et  une  petite  pipe 
d'argent  doré. 

Estimé  40  sous  en  1124. 


1.  The  Book  of  Hours  of  Yolande  de  Flanders,  a  manuscript  of  the 
fourteenth  century  in  the  library  of  Henry  Yates  Thompson,  ivith  a  des- 
cription by  S.  C.  Cockerell,  and  photogravures  by  Emery  Walker.  London, 
1905,  in-4%  20  p.  et  9  pi.  hors  texte. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  219 

J'ai  décrit  ce  volume  dans  les  Mémoires  de  la  Société  de 
l'histoire  de  Paris,  1877,  t.  IV,  p.  226-229.  —  Il  y  a  une 
reproduction  de  toutes  les  peintures,  avec  de  très  bons 
commentaires  de  M.  Dewick,  dans  un  fascicule  in-folio  de 
la  Société  Bradshaw. 

La  page  sur  laquelle  est  la  signature  du  Roi  est  donnée  en 
fac-similé  dans  le  recueil  de  la  Société  paléographique, 
pi.  148  (t.  III,  pi.  77  dans  les  exemplaires  classés  systé- 
matiquement) . 

Ce  qui  peut  faire  le  mieux  apprécier  le  mérite  des  pein- 
tures de  ce  manuscrit  est  la  reproduction  qui  se  trouve, 
sous  le  n°  XXXVI  de  l'ouvrage  de  M.  Warner  (The  illumi- 
nated  manuscripts  in  the  British  Muséum),  de  la  page  sur 
laquelle  est  représentée  la  procession  venant  recevoir  le  Roi 
à  l'entrée  de  la  cathédrale  de  Reims. 

XXXIII-XXXIV. 

La  Cité  de  Dieu  de  saint  Augustin,  texte  latin, 
copié  en  très  grosse  lettre  de  forme. 

Musée  britannique,  mss.  additionnels  15244  et  15245, 
venus  de  la  bibliothèque  du  duc  de  Sussex. 

Je  suis  porté  à  croire  que  ce  manuscrit  a  été  fait  pour  le 
roi  Charles  V  :  l'écriture  et  l'enluminure  dénotent  la 
même  origine  que  plusieurs  des  volumes  faits  pour  ce  roi 
ou  pour  son  frère  le  duc  de  Berry,  et  ce  qui  est  plus 
significatif  ce  sont  les  deux  lions  à  très  longues  queues 
qui  servent  de  supports  à  un  écu  sur  une  page  dont  je  dois 
la  photographie  à  l'obligeance  de  M.  Warner1. 

Les  armes  ne  sont  pas  celles  du  roi;  mais  je  suppose 
qu'elles  ont  été  ajoutées  après  coup  et  que  l'écu  était  resté 
en  blanc,  comme  on  le  constate  dans  plusieurs  volumes  qui 

1.  J'ai  donné  le  fac-similé  des  lions  et  de  l'écu  dans  le  fascicule  intitulé  Fac- 
similés  de  livres  copiés  et  enluminés  pour  le  roi  Charles  V,  pi.  XII. 


220  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

ont  été  incontestablement  exécutés  pour  le  roi  Charles  V, 
notamment  dans  le  célèbre  exemplaire  des  Grandes  Chro- 
niques de  France  (ms.  français  2813). 

Les  armes  de  l'écu  placé  entre  les  deux  lions  (une 
molette  d'éperon  au  chef  chargé  de  trois  bandes)  ont  été 
reconnues  être  celles  de  la  famille  Aubriot  de  Dijon,  par 
M.  Ernest  Petit,  qui  les  a  trouvées  sur  un  sceau  de  Hugo- 
nin  Aubriot  appendu  à  une  charte  de  l'année  13371.  Les 
deux  volumes  de  la  Cité  de  Dieu  conservés  au  Musée  bri- 
tannique auraient-ils  appartenu  au  célèbre  prévôt  de  Paris 
Hugues  Aubriot? 

La  peinture  initiale  du  premier  volume  a  été  reproduite 
sur  la  planche  XXXVII  de  l'ouvrage  de  M.  Warner  (The 
Illuminated  manuscripts  in  the  British  Muséum).  Elle  repré- 
sente, dans  un  double  compartiment,  une  scène  du  martyre 
des  chrétiens  et  une  offrande  faite  à  saint  Pierre. 

Un  article  de  M.  S.  C.  Cockerell,  dans  le  Catalogue  de  la 
seconde  série  des  manuscrits  de  M.  H.  Yates  Thompson 
(p.  2109),  me  fait  supposer  que  l'illustration  des  mss. 
addit.  15244  et  15245  est  analogue  à  celle  des  mss.  fran- 
çais 22912  et  22913  de  la  Bibliothèque  nationale,  lesquels 
ont  été  exécutés  pour  le  roi  Charles  V. 

L'exemplaire  du  texte  latin  de  la  Cité  de  Dieu  que  possé- 
dait Charles  V2,  qui  était  écrit  de  belle  lettre  de  forme  bou- 
lonnaise,  ne  peut  être  confondu  avec  l'exemplaire  du 
Musée  britannique  dont  il  est  ici  question. 

XXXV. 

Les  dix   premiers  livres  de  la  Cité  de  Dieu  de 
saint  Augustin,  traduction  française  de  Raoul  de  Presles. 
Bibliothèque  nationale,  ms.  français  22912. 

1.  Histoire  des  ducs  de  Bourgogne  de  la  race  capétienne,  t.  VIII,  p.  373. 

2.  N"  294  de  mon  édition  des  Inventaires  du  Louvre. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  221 

Exemplaire  destiné  au  roi  et  dont  l'exécution  dut  suivre 
d'assez  près  l'achèvement  de  la  traduction  ;  on  peut  la 
placer  aux  environs  de  l'année  1376. 

La  miniature  à  pleine  page  (fol.  2  v°),  qui  sera  de  fron- 
tispice, a  été  reproduite  en  chromolithographie  à  la  fin  de 
l'atlas  du  Cabinet  des  manuscrits.  —  En  tête  de  la  dédicace 
(fol.  3),  une  miniature  représente  le  roi  Charles  V  recevant 
le  livre  des  mains  du  traducteur  agenouillé  et  derrière 
lequel  saint  Augustin  se  tient  debout1.  Il  y  a,  en  outre, 
une  miniature  au  commencement  de  chacun  des  dix  livres. 
L'écu  royal,  à  trois  fleurs  de  lis,  se  voit  sur  la  marge  infé- 
rieure des  fol.  3,  8,  41  v°,  94  v°,  178  v°,  227  v°,  278  v°, 
303  v°  et  342  v°.  L'écu  à  fleurs  de  lis  sans  nombre  ne 
paraît  que  sur  le  fol.  384.  Les  supports  de  l'écu  sont  le 
plus  souvent  des  anges,  tantôt  agenouillés  (fol.  3,  8  et 
227  v°),  tantôt  volant  sur  des  nuages  (fol.  94  v°,  303  v°  et 
342  v°).  A  deux  endroits  (fol.  278  v°  et  384),  l'écu  est 
posé  entre  deux  lions. 

Le  ms.  22912  est  probablement  le  premier  tome  de 
l'exemplaire  de  la  Cité  de  Dieu  en  deux  volumes  qui  figure 
sur  l'inventaire  de  Gilles  Malet  (A.  235  etB.  238)  : 

Item  la  Cité  de  Dieu,  en  deux  volumes,  couverte  de  soie  à  queue, 
et  fermouers  comme  dessus,  [chascun  mi  fermouers  d'argent  esmail- 
liez]. 

Un  recolement  fait  en  141 1  (G.  67)  constata  l'absence  de 
cet  exemplaire,  qui  avait  été  livré  au  duc  d'Anjou  le 
7  octobre  1380. 

XXXVI. 

Les  livres  XI-XXII  de  la  Gîté  de  Dieu,  traduction 
française  de  Raoul  de  Presles. 

1.  Cette  page  de  la  dédicace  est  reproduite  en  phototypie  dans  mes  Fac- 
similés  de  livres  copiés  et  enluminés  pour  le  roi  Charles  V,  pi.  IX. 


222         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  22913. 
Second  tome  de  l'exemplaire  dont   le  premier  est  le 
volume  qui  vient  d'être  indiqué.  Il  se  termine  par  la  note  : 

Ceste  translacion  et  esposicion  fu  commenciée  par  raaistre  Raoul 
de  Praelles  à  la  Toussains  l'an  de  grâce  mil  CGC  soixante  et  onze,  et 
fu  achevée  le  premier  jour  de  septembre  l'an  de  grâce  mil  CCC 
soixante  et  quinze. 

Il  y  a  des  miniatures  au  commencement  de  chaque  livre. 

L'écu  royal  à  fleurs  de  lis  sans  nombre  ne  se  voit  que 
sur  les  fol.  2  v°,  225,  329  v°  et  370;  partout  ailleurs  l'écu 
royal  est  à  trois  Heurs  de  lis.  11  est  supporté  par  deux 
dauphins  au  fol.  26;  par  deux  anges  au  fol.  138  v°;  par 
un  ange  planant  au  fol.  370;  par  deux  lions  au  fol.  106  v°. 

L'illustration  du  tome  II  d'un  exemplaire  de  la  traduc- 
tion de  Raoul  de  Presles,  qui  a  appartenu  à  Jean,  duc  de 
Berry,  et  qui  fait  aujourd'hui  partie  de  la  collection  de 
M.  H.  Yates  Thompson1,  est  conforme  à  celle  de  notre 
ms.  22913.  La  copie  du  texte  latin  delà  Cité  de  Dieu  qui 
porte  au  Musée  britannique  les  nos  1 5244  et  1 5245  du  fonds 
additionnel  doit  renfermer,  elle  aussi,  des  peintures  repré- 
sentant les  mêmes  sujets  que  nos  mss.  22312  et  2291 3. 

XXXVII. 

Les  livres  XI-XXII  de  la  Cité  de  Dieu  de  saint 
Augustin,  traduction  de  Raoul  de  Presles.    . 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  174. 

Bel  exemplaire  des  premières  années  du  xve  siècle,  orné 
de  peintures  dont  la  plus  remarquable  est  celle  du  frontis- 
pice :  grand  tableau  sur  lequel  Notre-Seigneur  est  repré- 
senté dans  toute  sa  majesté,  montrant  les  plaies  de  la  Pas- 
sion, avec  la  sainte  Vierge  et  saint  Jean  agenouillés  à  ses 

1.  N°  80,  p.  206-209  du  Catalogue  de  la  seconde  série. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  223 

côtés  ;  deux  anges  sonnent  la  trompette  du  jugement  der- 
nier, et  les  figures  symboliques  des  évangélistes  occupent 
les  angles  du  tableau. 

C'est  le  second  volume  d'un  exemplaire  de  la  Cité  de 
Dieu  qui,  trouvé  dans  les  dépouilles  du  grand  maître  Jean 
de  Montagu,  fut  remis  à  Gilles  Malet  par  ordre  du  duc  de 
Guienne  le  7  janvier  1410  (n.  st.),  comme  l'atteste  la  note 
mise  à  la  fin  du  ms.  174  :  «  Des  livres  de  Marcoussis  pour 
«  monseigneur  de  Guienne,  mis  au  Louvre  en  garde  : 
«  J.  d'Arsonval.  » 

La  Cité  de  Dieu  qui  avait  appartenu  à  Jean  de  Montagu 
est  indiquée  dans  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre 
(B.  914  et  915,  D.  925  et  926,  E.  903  et  904,  F.  201  et 
202)  et  ainsi  décrite  dans  celui  de  l'année  1411  : 

Item  la  première  partie  de  saint  Augustin  de  la  Cité  de  Dieu,  de 
la  translacion  maistre  Raoul  de  Praelles,  escripte  en  François  de 
bonne  lettre  de  note  à  deux  coulombes,  commençant  ou  ne  foillet  et 
puis  est  mise  et  ou  derrenier  cion  des  aages  de  l'umain;  couvert  de 
cuir  vermeil  empraint  à  bouillons,  et  h  fermoirs  de  cuivre  dorez  et 
tissuz  de  soye. 

Item  l'autre  partie  dudit  saint  Augustin  de  la  Cité  de  Dieu,  pareil- 
lement escripte,  couverte  et  fermant  comme  dessus,  commençant 
ou  ne  foillet  et  autres  haultes  matières  et  ou  derrenier  de  loyaulté  et 
d'équité. 

Ces  deux  volumes  furent  estimés  32  livres  en  1411. 

XXXVIII. 

Les  livres  I-X  de  la  Cité  de  Dieu  de  saint  Augus- 
tin, traduction  française  par  Raoul  de  Presles. 

Bibliothèque  d'Angers,  ms.  162. 

Je  copie  la  notice  qu'Auguste  Molinier  a  consacrée  à  ce 
manuscrit  dans  le  Catalogue  général,  t.  XXXI,  p.  243  : 

«  Saint  Augustin.  La  Cité  de  Dieu,  livres  I  à  X,  tra- 
duction de  Raoul  de  Presles.  Début  :  «  0  vous,  très  excel- 


224  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

«  lent  prince  Charles  le  quint. . .  »  —  xive  siècle.  Parchemin, 
285  feuillets  à  deux  colonnes,  486  sur  233  millimètres. 
Manuscrit  autrefois  luxueux,  aujourd'hui  très  mutilé.  Le 
premier  feuillet,  mutilé,  avait  un  encadrement  tricolore, 
et  au  bas  deux  lions  en  grisaille,  dont  l'un  subsiste;  la 
plupart  des  miniatures  ont  disparu,  sauf  deux  aux  fol.  1 93 
et  220  ;  ce  sont  des  grisailles  rappelant  tout  à  fait  celles 
des  manuscrits  de  Charles  V.  Ce  volume  est  peut-être  le 
n°  297  de  l'inventaire  de  la  librairie  du  Louvre,  édition  de 
M.  Delisle.  » 

XXXIX. 

Les  Quarante  Homélies  de  saint  Grégoire  et  le 
«  livre  de  Hue  de  Saint-Victor,  qu'il  fist  de  l'arre  de  l'es- 
pouse,  c'est  de  l'ame.  »  Traduction  française  de  maître 
Pierre  de  Hangest. 

Bibliothèque  de  l'Arsenal,  n°  2247. 

Volume  copié  en  1368,  comme  porte  la  souscription  de 
Raoulet  d'Orléans  à  la  fin  des  Homélies  de  saint  Grégoire  : 

Ci  fine  le  livre  que  saint  Grégoire  pape  fist  des  Omelies  sur 
xl  euvangiles  exposées  moult  noblement;  et  fut  parfait  et  escript 
par  Raoulet  d'Orliens,  l'an  de  grâce  mil  CCC  LXV1II,  qui  fut  le 
quint  an  du  règne  du  très  noble  roy  Charles,  roy  de  France,  que 
Dieux  vueille  garder  en  corps  et  en  ame  de  tous  ennemis  visibles 
et  non  visibles.  Amen. 

Il  est  enregistré  sur  tous  les  inventaires  de  la  librairie 
du  Louvre  (A.  129,  B.  130,  D.  79,  E.  78,  F.  65).  Voici  la 
notice  qui  lui  est  consacrée  dans  l'inventaire  de  l'année 
1411  : 

Item  les  Omelies  saint  Grégoire,  exposicions  d'euvangiles;  Hugues 
de  Saint- Victor,  de  l'erré  de  l'ame;  couvert  de  veluau  inde,  à  deux 
fermouers  d'argent  dorez;  escript  de  lettre  formée,  en  françois,  com- 
mençant ou  ne  foillet  du  texte  mes  paroles,  et  ou  derrenier  touchier 
non  mie. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  225 

Il  fut  estimé  %  livres  en  1 42I5 . 

L'initiale  que  le  traducteur  a  mise  en  tète  du  Prologue 
des  Homélies  de  saint  Grégoire  renferme  une  charmante 
petite  miniature,  qui  représente  le  roi  Charles  V  recevant 
le  livre  des  mains  d'une  dame  agenouillée  à  ses  pieds. 
Sur  les  rinceaux  qui  forment  le  fond  du  tableau  sont 
accrochés  deux  écussons  assez  difficiles  à  déterminer  :  le 
premier  peut  être  un  chevron  de  sable  sur  un  champ 
losange  d'argent  et  de  gueules  ;  le  second  est  peut-être  un 
fascé.  Les  mêmes  armes  se  retrouvent  sur  le  quatrième 
feuillet,  à  côté  de  la  même  dame,  qui  reçoit  la  bénédiction 
de  saint  Grégoire.  La  dame  ainsi  représentée  doit  être  celle 
à  qui  fut  dédiée  la  traduction  des  Homélies  de  saint  Gré- 
goire. C'est,  en  effet,  pour  une  dame  que  la  traduction  a 
été  faite.  Malheureusement,  le  copiste  du  manuscrit  a  rem- 
placé le  nom  de  la  dame  par  un  et  cetera1  dans  la  trans- 
cription du  prologue  dont  les  premières  lignes  peuvent 
trouver  place  ici  : 

A  sa  très  chiere  et  dévote  en  Jhesu  Crist  et  cetera.  Pluseurs  se 
pourroient,  et  non  mie  senz  raison,  esmerveillier,  considéré  mon 
petit  sens,  et  imputer  à  grant  presumpcion,  dont  m'est  venu  que 
j'ay  osé  emprendre  mettre  en  romanz  et  translater  si  très  grand 
oevre  comme  sont  les  Omelies  du  très  glorieus  confesseur  et  doc- 
teur excellent  de  sainte  eglyse  saint  Grégoire,  pappe  jadis  de  l'eglyse 
de  Rome;  ausquelz  je  puis  respondre  en  vérité  que  à  ce  faire  ne  m'a 
esmeu  nulle  vaine  presumpcion,  mais  vraie,  simple  et  pure  charité 
de  Dieu  que  j'ay  en  vous,  que  je  cognois  estre  très  désirant  de 
savoir  et  entendre  la  parole  de  Dieu  et  la  sainte  Escripture,  en 
laquelle  et  par  laquelle  vous  puissiez  nourrir  et  repaistre  vostre 
ame  en  l'amour  et  en  la  cognoissance  de  vostre  créateur  et  avoir 
aucune  consolacion  esperituelle... 

Ce  Prologue  n'a  pas  été  reproduit  dans  l'édition  qu'An- 


1.  La  même  lacune  existe  dans  le  ras.  français  17079  de  la  Bibl.  nat.,  qui 
pourrait  bien  avoir  été  copié  d'après  l'exemplaire  de  Charles  V.  —  La  dédicace 
n'est  pas  dans  les  mss.  français  912  et  913. 

15 


226  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

toine  Vérard  a  publiée  en  1 50 1  de  la  traduction  des  Qua- 
rante Homélies  et  dont  un  exemplaire  imprimé  sur  vélin 
et  enluminé  aux  armes  de  Henri  VII,  roi  d'Angleterre,  se 
conserve  à  la  Bibliothèque  nationale,  n°  306  de  la  série  des 
Vélins. 

Ces  deux  traités  de  saint  Grégoire  et  de  Hugues  de 
Saint-Victor  furent  traduits  par  maitre  Pierre  de  Hangest, 
comme  nous  l'apprend  une  note  de  la  copie  qui  s'en  trouve 
à  la  Bibliothèque  nationale  au  fol.  1 79  du  ms.  français  913, 
lequel  paraît  avoir  été  exécuté  à  la  fin  du  xive  siècle. 

Cv  fenissent  les  xl  Omelies  saint  Grégoire  pape,  qu'il  fist  sur 
xl  leçons1  de  la  sainte  euvangile,  ou  temps  qu'il  vivoit  en  cest 
siècle,  lesqueles  Omelies  furent  translatées  de  latin  en  françois  par 
très  honneurable  clerc  et  de  bonne  mémoire  maistre  Pierre  de  Han- 
gest, prevost  en  l'.eglise  d'Amiens  et  clerc  et  conseillier  du  roy 
nostre  sire,  pour  la  grant  charité  et  affection  qu'il  avoit  aus  genz 
lays  devos,  à  qui  il  vouloit  estre  manifesté  et  congneu  le  grant  bien 
qui  est  es  dictes  Omelies  contenu,  pour  atraire  plus  ardanment  les 
devos  cuers  des  simples  gens  à  l'amour  de  leur  créateur. 

Cy  aprez  s'ensieut  le  livre  que  maistre  Hue  de  Saint  Victor  fist 
des  erres  de  l'espouse,  lequel  livre  li  diz  prevoz,  meus  de  devocion 
et  charité,  translata  de  latin  en  françois  pour  l'amour  des  cuers 
devos,  qui  ne  pevent  mie  entendre  le  latin  si  plainement. 

Le  volume  dont  il  s'agit  a  été  décrit  par  M.  Henry  Mar- 
tin dans  le  Catalogue  des  manuscrits  de  l'Arsenal,  t.  II, 
p.  455.  —  La  première  page  du  Prologue  est  reproduite 
dans  mes  Facsimilés  de  manuscrits  copiés  et  enluminés  pour 
le  roi  Charles  V,  pi.  IV. 

La  Bibliothèque  nationale,  sous  les  nos  9 1 2,  91 32,  1 3204 
et  17079  du  fonds  français,  possède  quatre  exemplaires 
de  la  traduction  des  Homélies  de  saint  Grégoire,  et  deux 

1.  Dans  ce  mot  et  dans  le  mot  françois  qui  se  trouve  deux,  fois  au  cours  de 
cette  souscription,  le  c  est  muni  d'une  cédille  parfaitement  caractérisée. 

2.  P.  Paris,  Les  Manuscrits  françois  de  la  Bibliothèque  du  roi,  t.  VII, 
p.  227-229. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         227 

de  ces  manuscrits,  les  n°3913  et  17079,  contiennent  aussi 
la  traduction  du  «  livre  que  maître  Hue  de  Saint- Victor  fist 
des  erres  de  l'espouse  ».  Il  existe  aussi  au  Vatican,  n°  273 
du  fonds  de  la  reine  de  Suède,  un  cinquième  exemplaire 
des  Homélies  de  saint  Grégoire  mises  en  français1  ;  mais  le 
manuscrit  de  l'Arsenal  est  le  seul  qui  nous  ait  transmis  le 
texte  du  Prologue. 

Le  savant  historien  de  la  cathédrale  d'Amiens,  M.  Georges 
Durand,  a  bien  voulu  me  communiquer  des  renseignements 
sur  Pierre  de  Hangest,  le  traducteur  des  Opuscules  de 
saint  Grégoire  et  de  Hugues  de  Saint- Victor.  Dans  l'ancien 
obituaire  de  l'église  d'Amiens,  ce  personnage  est  absolu- 
ment qualifié  comme  dans  la  note  du  ms.  français  913  : 
«  Obitus  magistri  Pétri  de  Hangesto,  consiliarii  domini 
régis,  canonici  et  prepositi  ecclesie  Ambianensis.  »  Il  figure, 
à  la  date  du  1 6  juin  1349,  avec  le  titre  de  clerc  et  conseil- 
ler du  roi,  dans  le  Journal  du  trésor  de  Philippe  de  Valois2. 

XL. 

L'Épître  consolatoire  de  Vincent  de  Beauvais,  tra- 
duite en  français. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  1032. 

Ce  traité  n'est  point  mentionné  dans  les  inventaires  de 
la  librairie  du  Louvre.  Il  est  cependant  certain  que  l'épître 
de  Vincent  de  Beauvais  fut  traduite  en  1 374,  et  que  la  tra- 
duction en  fut  faite  par  l'ordre  du  roi.  La  date  est  formel- 
lement énoncée  dans  le  titre  (fol.  3  v°  du  ms.  1 032)  : 

Ci  se  commence  l'Epistre  consolatoire  faite  par  frère  Vincent  de 
Beauvaiz,  de  l'ordre  des  Preescheeurs,  et  envoyée  à  très  glorieux 
saint  monseigneur  saint  Louys,  jadis  roy  de  France,  à  li  envoyée 

1.  Ernest  Langlois,  Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXXIII,  part,  n, 
p.  5  et  6. 

2.  Édit.  Viard,  p.  244. 


228  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

par  le  dit  frère  Vincent,  principaument  pour  le  conforter  de  la  tris- 
tesce  qu'il  avoit  pour  la  mort  de  son  ainsné  filz  qui  estoit  trespassé 
en  sa  jonnesce,  laquele  epistre  fu  translatée  de  latin  en  françoys, 
selon  la  fourme  qui  s'ensuit,  l'an  de  grâce  de  l'incarnacion  Nostre 
Seigneur  mil  CCC  soixante  et  quatorze. 

Deux  passages  de  la  préface  prouvent  que  le  traducteur 
travaillait  pour  le  roi. 

Or  est  il  ainsi,  mon  très  chier  et  très  redoubté  seigneur,  que 
vostre  excellent  magesté,  entre  plusieurs  et  très  grans  vertuz  dont 
elle  est  habundaument  douée  et  clère,  par  le  don  de  Dieu  especial, 
persévère  et  se  demonstre  en  vostre  voult  en  une  meismes  sérénité 
qui  continuelment  est  en  un  estât,  sanz  soy  ellever  dissoluement 
pour  desconvenable  joye  ou  vaine  gloire,  ne  sanz  soy  abessier  et 
déprimer  pour  paour  ou  pour  tristesce... 

...  Combien  donques  que,  pour  la  poureté  et  petitesse  de  mon 
engin  et  science,  je  me  doubte  que  je  n'aye  mains  souffisaument 
translaté  ce  livre,  ouquel  les  remèdes  contre  teles  pestilences  de  cuer 
et  de  courage  sont  contenues,  toutevoyes  ay-je  espérance  d'empêtrer 
pardon  envers  vostre  très  débonnaire  magesté,  quant  vostre  séré- 
nité considérera  plus  la  volenté  que  le  pouoir  en  vostre  très  petit  et 
humble  servant,  qui  est  prest  d'obéir  et  d'accomplir  loyalment  et 
dévotement  les  commandemens  de  vostre  dominacion... 

Le  commencement  du  prologue  d'où  sont  tirés  ces  pas- 
sages était  sur  un  feuillet  qui  a  été  enlevé  et  qui,  très  pro- 
bablement, était  orné  d'une  miniature  représentant  l'hom- 
mage du  livre  au  roi. 

Le  manuscrit  1 032!  me  paraît  bien  avoir  été  calligraphié 
par  un  des  meilleurs  copistes  qui  étaient  au  service  de 
Charles  V.  Je  n'hésite  pas  à  le  considérer  comme  une  épave 
de  la  librairie  de  ce  roi. 


XLI. 


Le  livre  de  Thomas  de  Cantimpré  «  Bonum  univer- 
sale  de  apibus  »,  en  français. 

Le  Bien  universel  des  mouches  à  miel. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  229 

Bibliothèque  royale  de  Belgique,  ms.  2073. 
Exemplaire  original,  à  la  fin  duquel  est  une  souscription 
du  copiste  : 

Or  est  ci  fine  nostre  livre, 

Benoît  soit  Dieu,  je  en  sui  délivre, 

Et  l'a  escript  Henri  du  Trevou. 

En  tête  du  volume  (fol.  1),  peinture  à  quatre  comparti- 
ments, chacun  bordé  d'un  .encadrement  tricolore.  Au  com- 
mencement du  livre  II,  petite  peinture  à  encadrement  tri- 
colore. 

Sur  la  dernière  page,  note  de  sept  lignes,  écrite  et 
signée  par  le  roi  Charles  V,  dont  il  ne  subsiste  plus  que 
les  mots  suivants  : 

Ce  livre  de  Moralitey  dez 
mochez  à  miel  est  à  nous 


fimez  translater,  escrire  et 
parfere  l'an  M  CCGLXXII. 


Sous  la  date  du  9  août  1373,  Pierre  Dupuy1  a  noté  le 
paiement  d'une  somme  de  50  francs  «  pour  un  livre  que 
le  Roi  a  fait  acheter,  appelle  le  livre  des  Mouches  à  miel  » . 

Volume  inscrit  sur  tous  les  inventaires  de  la  librairie  du 
Louvre  (A.  138,  B.  139,  D.  162,  E.  158,  F.  139). 
Annoncé  comme  il  suit  dans  celui  de  1 41 1  : 

Item  le  livre  des  Mouches  a  miel,  couvert  de  soye  à  longue  queue, 
lequel  est  intitulé  dedens  :  Le  Livre  du  Bien  universal  selon  la  con- 
sideracion  des  mouches  à  miel,  très  parfaitement  bien  escript  et  bien 
historié,  de  lettre  de  forme,  en  françois  et  à  deux  coulombes,  com- 
mençant ou  deuxiesme  fueillet  nulles  n'osent  istre,  et  ou  derrenier 

1.  Collection  Dupuy,  vol.  755,  fol.  98. 


230  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

touz  ses  sougiez  ;  et  est  signé  du  feu  roy  Charles,  fermant  à  deux 
fermouers  d'argent  dorez,  esmaillez  de  France  et  tissuz  vers. 

Estimé  5  livres  en  1424. 

Le  manuscrit  passa  au  xve  siècle  dans  la  librairie  des 
ducs  de  Bourgogne,  dont  un  des  anciens  inventaires  le 
mentionne  en  ces  termes  : 

Ung  autre  volume,  couvert  d'un  baldequin  de  soye,  à  deux  cloans 
de  leton,  historié  et  intitulé  «  Le  livre  des  Moralitez  des  mouches  », 
comenchant  ou  second  feuillet  nulles  n'osen  ystre  se  le  roy  n'est  yssu 
devant,  et  finissant  ou  derrenier  et  ta  escript  Henry  de  Trevou* . 

Voir  mes  Mélanges  de  paléographie,  p.  226,  et  le  Cata- 
logue des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique, 
par  J.  Van  den  Gheyn,  t.  III,  p.  278,  n°  2073. 

XLII. 

Le  livre  des  Propriétés  des  choses,  de  Barthé- 
lemi  l'Anglais,  traduction  de  Jean  Corbechon. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  16993. 

Ce  n'est  pas  sans  faire  des  réserves  que  je  comprends  ce 
manuscrit  parmi  les  débris  de  la  librairie  du  Louvre,  comme 
pouvant  répondre  à  l'article  258  de  l'inventaire  de  Gilles 
Malet  copié  sur  rouleau  : 

Item  le  livre  des  Proprietez  des  chosez,  en  un  volume  couvert  de 
soye  à  queue. 

Le  volume  ainsi  désigné  sur  le  rouleau  n'existait  déjà 
plus  en  1 380  dans  la  librairie  du  Louvre  ;  suivant  une 
annotation  marginale  du  rouleau,  il  avait  été  porté  «  au 
Boiz  »,  c'est-à-dire  à  Vincennes. 

Le  frontispice  du  ms.  16993  est  un  grand  tableau,  à 

1.  Barrois,  Bibliothèque  protypographique,  p.  270,  n°  1887. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  231 

bordure  tricolore,  divisé  en  quatre  compartiments  dans 
lesquels  sont  représentés  les  sujets  suivants  : 

1.  En  haut,  à  gauche,  le  Créateur  promenant  son  grand  compas 
sur  le  firmament; 

2.  Adroite,  le  Créateur  montrant  la  terre  nue  au-dessus  de  la  mer 
sous  un  ciel  de  feu  et  d'azur; 

3.  En  bas,  à  gauche,  le  Créateur  montrant  la  terre  boisée  et  cou- 
verte d'animaux; 

4.  A  droite,  Charles  V  recevant  le  livre  que  lui  présente  Jean 
Corbechon  agenouillé. 

Ce  sujet  de  chaque  scène  est  expliqué  par  un  mauvais 
distique. 

1.  J'ai  fait  le  ciel  et  la  lumière 
Pour  estre  à  homme  chamberière. 

2.  J'ai  fait  le  feu,  l'air  et  la  mer 
Pour  homme,  bien  me  doit  amer. 

3.  J'ai  fait  la  terre  bien  garnie, 
Pour  donner  à  l'homme  sa  vie. 

4.  Du  livre  les  Propriétés 

En  cler  françois  vous  translatez. 

Ce  qui,  à  mes  yeux,  rend  un  peu  douteuse  l'identification 
avec  l'exemplaire  personnel  de  Charles  V,  c'est  que,  sur  le 
frontispice,  l'image  du  roi  n'a  point  le  caractère  d'un  por- 
trait. 

On  en  peut  dire  autant  de  trois  autres  exemplaires  ana- 
logues, dont  le  frontispice  offre  la  même  disposition,  avec 
des  bordures  tricolores  : 

1 .  Le  ms.  2953  de  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique1, 
qui  vient  de  la  bibliothèque  des  ducs  de  Bourgogne,  et  qui 
figure  en  ces  termes  sous  le  n°  81 ,  dans  l'inventaire  des 
livres  du  duc  Philippe  le  Bon,  dressé  à  Dijon  le  %\  juillet 
1420  : 

Item  ung  autre  livre  nommé  le  livre  des  Proprietez  des  choses, 

1.  Sur  ce  ms.  2953,  voir  ce  que  dit  M.  le  comte  Durrieu  dans  Le  Manuscrit, 
t.  II,  p.  164-166. 


232  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

escript  en  parchemin,  de  lettre  ronde,  à  deux  colonnes,  historié  et 
enluminé  d'or  et  d'asur,  commençant  ou  deuxiesme  fueillet  et  au 
saige,  et  ou  derrenier  de  huit  et  de  six,  couvert  de  veluyau  rouge, 
garni  de  x  doux  de  leton  et  deux  fermouers  d'argent  dorez  et 
esmailliez1. 

Dans  ce  manuscrit,  la  peinture  du  quatrième  comparti- 
ment du  frontispice  n'a  point  reçu  sur  la  banderole  la 
légende  Du  livre  les  Propriétés... 

2.  Le  ms.  1028  de  Sainte-Geneviève,  exemplaire  d'une 
très  bonne  exécution,  avec  frontispice  aux  quatre  compar- 
timents à  bordure  tricolore,  mais  sans  banderole  au  dernier 
compartiment.  Ce  beau  manuscrit  a  dû  être  fait  au  com- 
mencement du  xve  siècle.  Un  des  artistes  qui  ont  travaillé 
à  le  décorer  s'en  fait  connaître  en  traçant  soigneusement 
son  nom  à  la  fin  de  la  table  qui  occupe  les  premiers  feuillets  : 
Jehan  de  Nizières,  enlumineur.  A  la  fin  de  ce  volume 
se  lit  une  note  autographe  de  Charles,  duc  d'Orléans. 

3.  Le  manuscrit  qui  était  classé  sous  le  n°  34  du  fonds 
Barrois  dans  la  bibliothèque  d'Ashburnham  Place  2  ne  con- 
tient pas  non  plus  la  légende  Du  livre  les  Propriétés...  A  la 
vente  faite  à  Londres  au  mois  de  juin  1901 3,  il  fut  adjugé 
à  MM.  Baer  et  Go.  pour  295  1.  st.  (7,375  francs).  En  avril 
1903,  il  était  à  Florence  entre  les  mains  de  M.  Olschki,  qui 
l'offrait  au  prix  de  20,000  francs.  Il  est  coté  à  1 5,000  marks 
(18,750  francs)  sur  un  catalogue  que  la  maison  Joseph 
Baer  de  Francfort  a  mis  en  distribution  au  mois  de  juin 
lui).")'  et  qui  contient  la  reproduction  de  plusieurs  minia- 
tures. 

1.  Édition  de  G.  Doutrepont,  p.  42. 

2.  Catalogue  of  the  manuscripts  al  Ashburnham  Place,  part  the  second, 
comprising  a  collection  forined  by  Mons.  J.  Barrois.  London,  s.  d.,  in-4°. 

3.  The  Ashburnham  library  Catalogue  of  the  fumons  collection  of  manus- 
cripts... known  as  the  Barrois  collection...  Sold  by  Sotheby...  the  lOth  day 
of  june  1901.  London.  1901,  p.  89,  n"  237. 

4.  Handschriften  und  Drucke  des  Mittelalters  und  der  Renaissance.  Kata- 
log  500  anlaes  des  120  Jaehrigen  besteihens  des  anliquariates  Joseph  Baer 
Und  Co.  iierausgegeben,  I  Teil.  Frankfurt  am  Main,  1905. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  233 

Un  frontispice  à  quatre  compartiments,  du  même  type 
que  celui  qui  vient  d'être  décrit,  mais  avec  des  variantes 
et  sans  les  bordures  tricolores,  se  trouve  encore  dans  les 
trois  manuscrits  français  de  la  Bibliothèque  nationale  cotés 
216,  22533  et  22534,  ainsi  que  dans  un  manuscrit  du 
Musée  Gondé,  qui  pourrait  bien  avoir  appartenu  au  duc  de 
Berry  :  il  serait  l'exemplaire  écrit  de  lettre  de  cour  que, 
suivant  un  ancien  inventaire1,  les  quatre  secrétaires 
offrirent  à  ce  prince  pour  les  étrennes  de  1403. 

Au  moment  où  j'achève  la  mise  au  net  de  ma  copie,  à  la 
veille  de  l'envoi  à  l'imprimerie,  M.  Jacques  Rosenthal  veut 
bien  me  mettre  sous  les  yeux  un  très  bel  exemplaire  du 
Propriétaire  des  choses,  de  la  même  famille  que  les  manus- 
crits dont  le  frontispice  offre  les  quatre  compartiments 
ci-dessus  indiqués,  avec  les  légendes.  Il  a  conservé  la 
monumentale  reliure  de  la  famille  d'Urfé.  Ce  manuscrit  a 
été  acheté  par  un  amateur  de  Paris. 

Montfaucon2  a  fait  connaître  une  grande  miniature  sur 
laquelle  la  remise  à  Charles  V  du  livre  de  Gorbechon  était 
représentée  d'une  façon  toute  différente.  On  y  voit  le  roi 
recevant  l'hommage  du  livre  dans  une  assemblée  solen- 
nelle, au  milieu  de  laquelle  on  distinguait,  dit-on,  le  conné- 
table Bertrand  Du  Guesclin  et  le  chancelier  Jean  de  Dor- 
mans.  La  miniature  venait  d'une  communication  faite  par 
le  maire  de  Nantes,  Mellier. 

Enfin,  l'occasion  s'en  présentant,  grâce  à  la  toute  récente 
communication  de  M.  G.  Brandis,  directeur  de  la  biblio- 
thèque de  l'Université  d'Iéna,  je  puis  faire  connaître  l'exem- 
plaire du  Propriétaire  qui  fait  partie  de  cette  bibliothèque 
(God.  Het.  in-folio  80).  Il  appartient  à  la  même  famille  que 

1.  N°  145  de  l'Inventaire  des  livres  du  duc  de  Berry  publié  dans  la  seconde 
partie  du  présent  ouvrage,  p.  247*.  Voir  le  Catalogue  des  manuscrits  du  Musée 
Condé,  t.  II,  p.  276. 

2.  Monuments  de  la  monarchie  françoise,  t.  III,  p.  33. 


234  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

ceux  dont  il  vient  d'être  question  :  c'est  un  gros  et  grand 
volume  in-folio,  sur  parchemin  très  pur,  en  380  feuillets, 
écrit  en  lettres  bâtardes,  à  deux  colonnes,  des  premières 
années  du  xve  siècle,  et  orné,  au  commencement  des 
livres,  de  belles  miniatures,  dont  j'indiquerai  les  sujets, 
pour  venir  en  aide  à  qui  essaiera  de  classer  les  exemplaires 
d'un  ouvrage  fort  recherché,  aux  xive  et  xve  siècles,  par  les 
grands  bibliophiles. 

I.  Frontispice  de  l'ouvrage,  en  quatre  compartiments,  dont  le 
quatrième  ne  contient  pas  la  légende  relative  à  la  présentation. 

II  (fol.  16).  Les  mauvais  anges  précipités  dans  l'enfer  par  les  bons. 

III  (fol.  27).  Figure  de  l'âme  que  Dieu  fait  entrer  dans  le  corps 
humain. 

IV  (fol.  40).  Un  homme  nu,  debout  au-dessus  de  la  mer,  entre 
une  masse  enflammée  et  un  globe  terrestre,  sous  un  ciel  étoile  et 
éclairé  par  le  soleil  et  la  lune  (illustration  du  chapitre  traitant  des 
qualités  des  éléments  qui  composent  le  corps  humain  et  celui  des 
bêtes). 

V  (fol.  50).  Un  médecin  s'adressant  à  un  groupe,  à  la  tête  duquel 
on  remarque  deux  estropiés,  l'un  ayant  un  bras  en  écharpe,  l'autre 
marchant  sur  des  béquilles. 

VI  (fol.  90  v°).  Les  quatre  âges  :  un  enfant,  un  jeune  homme,  un 
homme  de  l'âge  mûr  et  un  vieillard. 

VII  (fol.  106).  Leçon  d'un  professeur  de  médecine. 

VIII  (fol.  137).  La  Trinité  entourée  de  sept  anges,  sur  un  ciel  bleu. 

IX  (fol.  158  v°).  Un  professeur  d'astronomie. 

X  (fol.  169  v°).  Grand  globe  terrestre  soutenu  par  quatre  anges. 

XI  (fol.  173).  Un  professeur  de  météorologie. 

XII  (fol.  181).  Groupes  d'oiseaux  sur  un  fond  de  rinceaux  d'or. 

XIII  (fol.  195  v°).  La  mer  peuplée  de  poissons,  et  dans  le  haut  du 
tableau,  au-dessus  d'un  nuage  bleu,  le  Tout-Puissant  entouré  d'anges 
dorés  sur  fond  d'or. 

XIV  (fol.  206  v°).  Un  professeur  faisant  une  leçon  sur  un  globe 
terrestre. 

XV  (fol.  217  v°).  Vue  d'une  ville. 

XVI  (fol.  245  v°).  Un  professeur  dans  un  tableau  à  fond  rouge, 
semé  de  pierres  précieuses  accrochées  à  des  rinceaux  d'or. 

XVII  (fol.  261  v°).  Des  arbres  et  des  herbes. 

XVIII  (fol.  310).  Des  quadrupèdes. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  235 

XIX  (fol.  355).  Leçon  d'un  professeur  qui  parle  des  couleurs,  des 
odeurs,  des  saveurs  et  des  liqueurs. 

XX  (fol.  374).  Conférence  de  trois  docteurs  sur  la  différence  des 
nombres,  mesures,  poids  et  sons;  un  quatrième  frappe  avec  deux 
marteaux  sur  deux  petites  cloches. 

Le  deuxième  feuillet  du  texte  (fol.  9,  à  la  suite  d'un  cahier  de 
table)  commence  par  les  mots  de  cucr  royal. 

Sur  la  dernière  page  se  lit  cette  souscription  : 

«  Ce  livre  des  Proprietez  des  choses  fu  translaté  de  latin  en  fran- 
çois  l'an  de  grâce  mil  CCC  LXXII,  par  le  commandement  de  très 
puissant  et  noble  prince  Charles  le  quint  de  son  nom  régnant  en  ce 
temps  en  France  puissanment,  et  le  translata  son  petit  et  humble 
chappellain  frère  Jehan  Corbechon  de  l'ordre  saint  Augustin, 
maistre  en  théologie,  de  la  grâce  et  promocion  dudit  prince  et  sei- 
gneur très  excellent. 

«  Cy  fine  le  livre  des  Proprietez  des  choses,  que  translata  de  latin 
en  françoiz  frère  Jehan  Corbechon,  de  l'ordre  saint  Augustin,  doc- 
teur en  théologie. 

«  Escript  par  Fremin  de  Reuelle.  » 

L'écrivain  qui  a  copié  ce  beau  volume,  Firmin  de  Revelle, 
ou  peut-être  Reuelle,  nous  est  connu  pour  avoir  fourni  en 
1 409  au  duc  de  Berry  un  psautier  qui  avait  appartenu  à 
Jean  de  Montaigu,  grand  maître  d'hôtel  du  roi1. 

Le  ms.  d'Iéna  est  revêtu  de  son  ancienne  reliure  en  bois 
recouvert  de  velours  rouge.  Il  est  encore  muni  de  la  chaîne 
qui  l'attachait  jadis  à  un  meuble  de  bibliothèque. 

XLIII. 

«  Ce  livre  est  des  Voies  de  Dieu  »,  traduction  par 
Jacques  Bauchans  des  Visions  de  sainte  Elisabeth. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  1792,  venu  delà 
librairie  du  château  de  Blois. 

Exemplaire  original,  en  tête  duquel  une  miniature  repré- 
sente le  traducteur  offrant  le  livre  au  roi.  En  marge  de  la 

1.  Inventaires  de  Jean,  duc  de  Berry,  éd.  Guiffrey,  t.  I,  p.  260. 


236  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

page  initiale,  trois  écussons  :  le  premier,  armes  royales  à 
trois  fleurs  de  lis;  le  deuxième,  écartelé  de  France  et  de 
Dauphiné;  le  troisième,  d'Orléans1  à  fleurs  de  lis  sans 
nombre.  La  transcription,  en  grosses  lettres  de  forme,  peut 
être  rapportée  à  la  première  période  du  règne  de  Charles  V. 
Ce  volume  figure  sur  tous  les  inventaires  de  la  librairie 
du  Louvre  (A.  174,  B.  174,  D.  114,  E.  112,  F.  95).  L'ar- 
ticle de  l'inventaire  de  1411  auquel  il  s'applique  exacte- 
ment est  ainsi  conçu  : 

Item  un  livre  appelle  les  Voyes  de  Dieu,  que  translata  ung  ser- 
gent d'armes  du  roy  nommé  Jacques  Bauchant,  de  Saint  Quentin, 
couvert  de  veluau  inde;  escript  de  lettre  formée,  à  deux  coulombes, 
commençant  ou  second  foillet  et  ainsy,  et  ou  derrenier  maint  ou 
père;  à  n  fermouers  d'argent  dorez. 

Estimé  1  livre  en  1425. 

Le  frontispice  a  été  reproduit  dans  mes  Facsimilés  de 
livres  copiés  et  enluminés  pour  le  roi  Charles  V,  pi.  III. 

XLIV. 

La  Somme  le  Roi,  par  frère  Laurent. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  938,  provenu  de  la 
librairie  du  château  de  Blois. 

La  Somme  le  Roi,  du  dominicain  frère  Laurent,  achevée 
en  1 279  à  la  requête  du  roi  Philippe  le  Hardi,  est  le  manuel 
de  morale  religieuse  qui  a  eu  le  plus  de  vogue  pendant  les 
trois  derniers  siècles  du  moyen  âge2.  Au  moment  même  de 

1.  Au  premier  abord,  on  pourrait  supposer  que  les  deux  derniers  écussons 
se  rapportent  aux  deux  enfants  de  Charles  V  :  le  dauphin  Charles,  qui  fut 
depuis  Charles  VI,  et  Louis,  qui  devint  duc  d'Orléans;  mais  ce  dernier  prince 
n'eut  pas  le  titre  de  duc  d'Orléans  du  vivant  de  son  père. 

2.  Voir  l'Histoire  littéraire  de  la  France,  t.  XIX.  p.  391-405,  et  les  articles 
de  M.  Paul  Meyer  dans  la  Romania,  t.  XXIII,  p.  449,  et  t.  XXVII,  p.  109, 
ainsi  que  dans  le  Bulletin  de  la  Société  des  anciens  textes  français,  1892, 
p.  68. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         237 

la  publication,  il  fut  complété  par  l'addition  d'une  quin- 
zaine de  tableaux  composés  d'après  un  programme  arrêté 
ou  du  moins  agréé  par  l'auteur.  Ces  tableaux  formaient  un 
véritable  commentaire  du  texte,  dont  ils  facilitaient  l'intel- 
ligence aux  fidèles  illettrés1;  ils  contribuèrent  au  succès  de 
l'ouvrage  ;  on  les  reproduisit  fidèlement  dans  la  plupart  des 
exemplaires  illustrés  delà  Somme  le  Roi,  dont  ils  devinrent 
une  partie  intégrante. 

L'un  des  plus  anciens,  peut-être  le  plus  ancien  des 
exemplaires  connus  de  la  Somme  le  Roi,  est  celui  dont  je 
dois  parler  ici,  puisqu'il  a  authentiquement  appartenu  à 
Charles  V.  Il  date  de  l'année  1294,  comme  l'annonce  la 
souscription  suivante  : 

Cest  livre  copila  et  parfit  uns  frères  de  l'ordre  des  Prescheors,  à 
la  renqueste  dou  roy  de  France  Phelipe,  en  l'an  de  l'incarnacion 
Jhesu  Crist  mil  deus  cenz  sexante  dex  et  nuef.  Deo  gratias.  Et  fu 
escripz  de  Perinz  de  Falons,  clerc,  ou  mois  d'octambre  que  li 
meliaires  nostre  (sic)  corroit  mil  IF  IIII  vinz  et  XIIII. 

Il  figure  sur  tous  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre 
(A.  432,  B.  454,  D.  305,  E.  346  et  F.  324).  Celui  de 
l'année  1411  le  mentionne  en  ces  termes  : 

Item  les  Dix  commandemens  de  la  loy,  vices  et  vertuz,  historié, 
escript  en  françois,  de  lettre  de  forme,  commençant  ou  ne  foillet  du 
texte  qui  sont  establies,  et  ou  derrenier  encia  dicitur2,  couvert  de 
cuir  rouge,  à  deux  fermouers  de  laton. 

1.  On  s'est  plu  de  tout  temps  a  illustrer  de  peintures  les  livres  relatifs  aux 
Vices  et  aux  vertus.  Un  ouvrage  de  ce  genre,  à  peu  près  contemporain  de  la 
Somme  le  Roi,  dont  tous  les  feuillets  étaient  ornés  d'images,  est  ainsi  indiqué 
sur  une  liste  de  manuscrits  dont  Yves,  abbé  de  Cluni  (1256-1275),  enrichit  la 
bibliothèque  de  son  monastère  :  «  Summa  de  viciis  et  virtutibus,  in  duobus 
voluminibus,  cum  ymaginibus  in  quolibet  folio.  »  Delisle,  Calai,  des  mss.  du 
fonds  de  Cluni,  p.  378. 

1.  Le  dernier  feuillet  du  ms.  938  commence  par  son  qui  set  bien.  Il  est  pro- 
bable que  le  manuscrit,  dans  son  état  primitif,  contenait  à  la  suite  de  la 
Somme  le  Roi  quelques  feuillets  d'un  texte  latin  qui  a  disparu.  Le  feuillet  de 
garde  relié  au  commencement  se  termine  par  les  mots  :  Unde  de  sapi;  il  est 
bien  probable  qu'il  était  suivi  d'un  feuillet  commençant  par  entia  dicitur. 


238  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Estimé  %  livres  en  1425. 

Voici  la  liste  des  peintures  que  nous  trouvons  dans  le 
ms.  938  : 

I.  Moyse  reçoit  les  tables  de  la  loi.  —  Moyse  brise  ces  tables.  — 
Adoration  du  veau  d'or.  —  Fol.  2  v°. 

II.  Les  apôtres  inspirés  par  le  Saint-Esprit  et  rédigeant  les  articles 
du  Symbole.  —  Fol.  6. 

III.  La  Bête  de  l'Apocalypse.  —  Fol.  8  v°. 

IV.  Le  Jugement  dernier.  —  Le  Paradis  [Paradisus].  —  L'Enfer 
[infernus).  —  Fol.  37. 

V.  Les  arbres  du  jardin  mystique  arrosés  par  sept  vierges.  — 
Fol.  47  v°. 

VI.  Jésus-Christ  enseigne  l'oraison  dominicale  à  ses  disciples.  — 
Fol.  53  v°. 

VII.  La  Descente  du  Saint-Esprit  sur  les  apôtres.  —  Fol.  65. 

VIII.  Sapiance.  —  Astenance .  —  Force.  —  Justice.  —  Fol.  69. 

IX.  Humilité.  —  Ergiz.  —  Publicanus.  —  P/iariseus.  —  Fol.  74. 

X.  L'Amitié.  — David  et  Jonathas.  — La  Haine.  —  Saûl  et  David. 
—  Fol.  82. 

XI.  L'Equité.  —  La  Félonie,  Chaym,  Abel.  —  Arche  Noë.  — 
Moyses  (Moyse  séparant  deux  hébreux  qui  se  battaient).  —  Fol.  86. 

XII.  Prouèce,  qui  ocit  un  lion.  —  Parèce  (c'est  un  homme  assis 
sur  un  tertre,  qui  regarde  nonchalamment  une  charrue  attelée  de 
deux  bœufs).  —  David,  Golias.  —  Cil  qui  seinme.  —  Fol.  93  v°. 

XIII.  Pidié  (la  pitié  vêtissant  un  pauvre).  —  Usure.  —  Abraham 
recevant  les  anges.  —  La  dame  qui  done  son  vin* ...  —  Fol.  105  v°. 

XIV.  La  Chasteté  (Chastez).  —  Luxure.  —  Oploferne.  —  La 
femme  de  Putiphar  et  Joseph.  —  Fol.  120  v°. 

XV.  La  Sobriété.  —  La  Gloutonnerie.  — L'Économie.  —  Le  Mau- 
vais riche.  —  Lazare.  —  Fol.  143. 

Ces  quinze  tableaux  sont  un  très  bon  exemple  des  pro- 
duits de  l'école  française  de  la  fin  du  xme  siècle. 

L'occasion  s'en  présentant,  je  me  permets  d'ajouter  ici 
des  notes  sur  plusieurs  copies  illustrées  de  la  Somme  le  Roi 
que  j'ai  pu  comparer  avec  l'exemplaire  de  Charles  V,  et  qui 
montrent  avec  quelle  fidélité  fut  suivi  le  programme  adopté 

1.  Au  lieu  de  vin,  il  faut  lire  uile.  Allusion  à  uu  passage  des  Rois,  IV,  4. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  239 

par  l'auteur  ou  par  les  religieux  et  les  libraires  qui  ont 
pris  part  à  la  diffusion  de  l'ouvrage  dans  le  monde  reli- 
gieux. 

Musée  britannique.  —  Le  Musée  britannique  a  acquis 
en  1869  un  manuscrit  de  la  Somme  le  Roi,  qui  a  reçu  le 
n°  28162  dans  le  fonds  additionnel1  et  qui  peut  avoir  été 
écrit  vers  la  fin  du  xme  siècle.  Il  se  termine  par  cette  sous- 
cription :  «  Gest  livre  compila  et  partist  uns  frère,  de 
«  l'ordre  des  Preescheors,  à  la  requeste  dou  roi  de  France 
«  Phelippe,  en  l'an  de  l'incarnacion  Jhesu  Grist  mil  deus 
«  cenz  et  soissante  (sic)  et  nuef.  » 

L'illustration  est  tout  à  fait  semblable  à  celle  du  ms. 
français  938  de  la  Bibliothèque  nationale  ;  mais  il  y  a  plu- 
sieurs lacunes.  Au  moment  de  l'acquisition,  et  en  1876, 
quand  le  catalogue  fut  publié,  manquaient  six  tableaux, 
ceux  qui  répondent  aux  nos  II,  IV-VII  et  XIV  du  ms.  938 
de  Paris.  La  peinture  n°  II,  retrouvée  en  1 883  à  Paris  dans 
le  cabinet  de  feu  le  comte  de  Bastard,  a  repris  sa  place 
dans  le  volume  du  Musée  britannique,  et  on  a  reconnu  que 
la  peinture  n°  VI2  a  été  reliée  par  mégarde  dans  un  exem- 
plaire de  la  Sainte  abbaye,  qui,  après  avoir  appartenu  à 
Didot3,  est  aujourd'hui  dans  la  bibliothèque  de  M.  Henry 
Yates  Thompson,  où  elle  sert  de  frontispice  au  traité  du 
service  et  du  bien  que  les  Tribulations  font  à  la  créature4. 
Il  n'y  a  donc  que  les  tableaux  IV,  V,  VII  et  XIV  du  manus- 
crit 281 62  de  Londres  dont  le  sort  actuel  soit  inconnu. 

Les  tableaux  XIII  et  XV  ont  été  reproduits  en  1 846  sur 


1.  Catalogue  of  Additions  to  the  mss.  in  the  British  Muséum  in  the  years 
185Ï-1875,  vol.  II  (1876),  p.  436. 

2.  Elle  est  intitulée  :  «  Dieux  qui  fait  la  Pater  nostre.  » 

3.  Catalogue  illustré  des  livres  précieux,  manuscrits  et  imprimés  faisant 
partie  de  la  bibliothèque  de  M.  Ambroisc  Firmin-Didot  (vente  de  l'année 
1879),  p.  92. 

4.  Montague  Rhodes  James,  A  descriptive  catalogue  of  fifty  mss.  from  the 
collection  of  Henry  Yates  Thompson,  n*  40,  p.  231. 


240  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

une  planche  que  le  comte  de  Bastard  se  proposait  de  com- 
prendre dans  son  grand  ouvrage  sur  les  Peintures  et  orne- 
ments des  manuscrits  et  à  laquelle  il  a  assigné  dans  ses 
notes  le  n°  251  bis.  Le  tableau  XIII  a  été  copié  dans  le 
recueil  intitulé  Le  Bibliophile  français,  t.  III  (Paris,  1869, 
in-8°),  en  regard  de  la  page  31.  —  La  Bête  de  l'Apoca- 
lypse (tableau  III)  a  été  gravée  dans  les  Études  de  symbo- 
lique chrétienne  du  comte  de  Bastard,  p.  68. 

Ms.  870  de  la  bibliothèque  Mazarine1.  —  Ce  manus- 
crit, venu  de  la  bibliothèque  de  l'Oratoire,  est  de  la  même 
époque  et  offre  la  même  disposition  que  les  deux  précé- 
dents. 

La  souscription  finale  nous  porte  à  l'année  1 295  : 

Cest  livre  compila  et  parfist  uns  frères  de  l'ordre  des  Preescheurs, 
à  la  requeste  dou  roi  de  France  Phelippe,  en  l'an  de  l'incarnacion 
Nostre  Seigneur  Jhesu  Crist  mil  CC  et  soixante  et  XIX.  Et  cist  pre- 
senz  livres  fu  finez  l'an  Nostre  Seigneur  corant  par  M  CC  quatre  vinz 
et  quinze  anz,  ou  mois  de  décembre,  par  la  main  Estiene  de  Monbe- 
liart,  prestre,  vicaire  perpétuel  Saint  Meulon  en  Pontoise.  Deo 
gratias. 

Comme  dans  les  deux  manuscrits  précédents,  les  pein- 
tures ont  été  exécutées  sur  des  feuillets  dont  le  verso  est 
resté  blanc,  précaution  qu'on  ne  prenait  guère  au  moyen 
âge  que  pour  des  livres  de  grand  luxe.  La  décoration  con- 
siste en  quinze  tableaux  des  mêmes  types  que  ceux  des 
deux  premiers  manuscrits,  mais  le  texte  des  légendes  qui 
va  être  reproduit  est  spécial  à  cet  exemplaire. 

I.  Comment  Diex  done  ces  comandemens  à  Moyse.  — Comment  li 
ypocrite  aorent  le  veel.  —  (Le  feuillet  contenant  cette  peinture  avait 
été  dérobé.  On  l'a  retrouvé  dans  un  cadre  du  Musée  de  Cluni,  et  il 
vient  d'être  remis  à  sa  place  dans  le  manuscrit  de  la  Mazarine.) 

II.  Comment  li  apostre  font  le  Credo.  —  Fol.  5. 

III.  Ceste  beste  senefie  le  deable.  —  Ceste  beste  vaint  les  sainz, 
et  li  ypocrite  l'aorent.  —  Fol.  8. 

1.  Vuir  le  Catalogue  de  M.  Mobilier,  t.  I,  p.  408. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  241 

IV.  C'est  le  Jugement.  —  Fol.  44. 

V.  C'est  li  Jardins  des  vertus.  Li  sept  arbres  senefient  les  sept 
vertus  dont  cist  livres  parle.  L'arbre  du  milieu  senefie  Jhesu  Crist, 
sous  qui  croissent  les  vertus.  Les  sept  fontaines  de  cest  jardin  sunt 
les  sept  dons  du  Saint  Esperit  qui  arousent  le  jardin.  Les  sept 
pucelles  qui  puisent  en  ces  sept  fontaines  sunt  les  sept  peticions  de 
la  Patrenostre  qui  empêtrent  les  sept  dons.  —  Fol.  61. 

VI.  Comment  Nostre  Sires  parle  à  ses  desiples  en  la  montaingne. 

—  Fol.  64. 

VII.  Comment  Nostre  Sires  envoie  le  Saint  Esperit  entre  ses 
apostres.  —  Fol.  78. 

VIII.  Prudence.  —  Attrempance.  —  Force.  —  Justice.  —  Fol.  83. 

IX.  Humilité.  —  Orguel.  Ocozias.  —  Le pécheeur.  —  L'hypocrite. 

—  Fol.  89. 

X.  Le  tableau  consacré  à  l'Amitié  et  à  la  Haine  devait  se  trouver 
en  regard  du  fol.  98  v°.  Il  a  été  arraché;  des  restes  de  l'onglet  sont 
encore  adhérents  au  fol.  91  recto. 

XL  Équité.  —  Félonie.  —  Fol.  103.  —  Il  n'y  a  pas  de  légende 
pour  les  deux  compartiments  inférieurs  du  tableau,  qui  représentent 
l'un  l'Arche  de  Noë,  l'autre  les  deux  combattants  que  Moyse  veut 
séparer. 

XII.  Prouesce.  —  Peresce.  —  David.  Goulie.  —  Labour.  —  Fol.  111. 

XIII.  Entre  les  fol.  127  et  128,  on  distingue  très  nettement  les 
traces  d'arrachement  d'une  miniature,  dont  les  sujets  se  rapportaient 
à  la  Miséricorde  et  à  l'Usure. 

XIV.  Chastée.  —  Luxure.  —  Holoferne.  Judith.  —  Joseph  qui 
fuit  la  foie  dame.  —  Fol.  147.  —  Sur  cette  peinture,  la  Luxure  me 
semble  tenir  une  chaîne  et  un  filet,  ce  qui  est  peut-être  plus  facile  à 
expliquer  que  «  la  chemise  blanche  »  mentionnée  dans  la  légende 
du  ms.  de  l'année*i373,  ms.  6329  de  l'Arsenal. 

XV.  Sobriété.  —  Gloutonnie.  —  Le  riche  homme  en  enfer.  — 
Fol.  179. 

Ms.  63^9  de  l'Arsenal.  —  Dans  cet  exemplaire  de  la 
Somme  le  roi,  daté  de  l'année  1311  et  classé  à  la  biblio- 
thèque de  l'Arsenal  sous  le  n°  6329,  nous  trouvons  encore 
les  mêmes  quinze  tableaux,  officiellement  adoptés  pour 
l'illustration  de  l'ouvrage  ;  ils  sont  dépourvus  cette  fois  de 
toute  légende  et  ainsi  disposés  : 

I.  Moyse  recevant  les  tables  de  la  loi.  —  L'adoration  du  veau  d'or. 

—  Fol.  7  v°. 

16 


242  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

II.  La  Trinité  encensée  par  deux  anges.  —  Les  apôtres  rédigeant 
le  Symbole.  —  Fol.  12  v°. 

III.  La  Bête  de  l'Apocalypse.  —  Fol.  16  v°. 

IV.  Le  Jugement  dernier.  —  Le  ciel.  —  L'enfer.  —  Fol.  54  v°. 

V.  La  miniature  des  arbres  du  jardin  mystique  occupait  un  feuil- 
let qui  a  été  coupé  et  dont  la  trace  se  voit  entre  les  feuillets  actuel- 
lement cotés  70  et  71. 

VI.  Jésus-Christ  enseignant  l'oraison  dominicale  à  ses  disciples. 

—  Fol.  75  v°. 

VII.  La  Descente  du  Saint  Esperit  sur  les  apôtres.  —  Fol.  96  v°. 

VIII.  Les  quatre  vertus  :  Prudence,  Tempérance,  Force  et  Jus- 
tice. —  Fol.  96  v°. 

IX.  L'Humilité  et  l'Orgueil.  —  La  pécheresse  en  prières  et  le  pha- 
risien. —  Fol.  102  v°. 

X.  L'Amitié.  —  Heli.  —  David  et  Jonathas.  —  Saùl  et  David.  — 
Fol.  112  v°. 

XI.  La  Paix.  —  La  Félonnie.  —  L'Arche  de  Noë.  —  Moyse  sépa- 
rant deux  hébreux.  —  Fol.  118  v°. 

XII.  La  Prouesse.  —  La  Paresse.  —  David  et  Goliath.  —  Le 
Semeur.  —  Fol.  128  v°. 

XIII.  La  Miséricorde.  —  L'Avarice.  —  Loth  et  les  deux  anges. 

—  La  dame  transvasant  son  huile.  —  Fol.  145  v°. 

XIV.  La  Chasteté  et  la  Luxure.  —  Esther  et  la  femme  de  Puti- 
phar.  —  Fol.  167  v°. 

XV.  La  Sobriété.  —  La  Gloutonnerie.  —  L'Economie.  —  Le  mau- 
vais riche  et  Lazare.  —  Fol.  200  v°. 

Outre  ces  tableaux,  le  ms.  63219  de  l'Arsenal  contient 
sept  autres  peintures  qui,  pour  ne  pas  se  rattacher  direc- 
tement au  texte  de  l'ouvrage,  n'en  méritent  pas  moins 
d'être  mentionnées. 

Il  y  a  d'abord,  au  commencement  du  volume,  six 
tableaux  qui  représentent  la  sainte  Vierge  (fol.  \  v°), 
Jésus-Christ  en  croix  (fol.  2),  l'apparition  de  Jésus  à  la 
Madeleine  (fol.  3  v°),  l'ange  montrant  aux  saintes  femmes 
le  sépulcre  vide  (fol.  4),  le  roi  de  gloire  (fol.  5  v°),  le 
jugement  dernier  (fol.  6). 

La  dernière  peinture  du  volume  (fol.  201)  est  consacrée 
à  la  décollation  de  saint  Jean-Baptiste.  Le  sujet  a  sans 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  243 

doute  été  choisi  à  la  demande  de  la  dame  qui  avait  fait 
exécuter  cette  copie  de  la  Somme  le  roi  et  qui  avait  saint 
Jean  pour  patron.  En  effet,  le  livre  avait  été  écrit  en  131  I 
pour  Jeanne,  comtesse  d'Eu  et  de  Guines,  comme  le  scribe 
a  pris  soin  de  nous  en  avertir  par  une  souscription 
(fol.  211 3  v°)  ainsi  conçue  : 

Chest  livre  fist  escrire  très  haute  et  très  noble  dame  madame 
Johane,  contesse  de  Eu  et  de  Guynes,  à  Lambert  Le  Petit,  en  l'an  de 
l'incarnation  Nostre-Seigneur  Jhesu-Crist  mil  et  CCC  et  XI,  u  mois 
de  may. 

C'est  probablement  la  comtesse  Jeanne,  qui  figure  sur  le 
premier  tableau  (fol.  1  v°),  agenouillée  aux  pieds  de  la 
sainte  Vierge. 

Miniature  du  Musée  Fitz  William  a  Cambridge.  — 
Je  dois  à  l'obligeance  de  M.  S.  C.  Cocquerel  la  photogra- 
phie d'un  feuillet  conservé  dans  ce  Musée  et  qui  a  été  coupé 
dans  un  manuscrit  apparenté  de  très  près  aux  trois  manus- 
crits précédents.  Il  représente  le  tableau  XI  de  la  série 
d'images  dont  je  m'occupe,  avec  ces  légendes  :  Equité,  — 
Felonnie,  —  L'Arche  Noël  (sic),  —  Moyses. 

Manuscrit  H.  106  sup.  de  l'Ambrosienne  a  Milan. 
—  Cet  exemplaire,  qui  contient  les  quinze  tableaux  de 
l'illustration  officielle  de  la  Somme  le  roi,  a  été  fait  pour 
le  duc  Louis  Ier,  duc  de  Bourbon,  dont  il  porte  les  armes 
(de  France  à  la  bande  de  gueules),  avec  celles  de  sa  femme, 
Marie  de  Hainaut  (  1  et  4,  Flandre,  d'or  au  lion  de  sable, 
armé  et  lampassé  de  gueules;  3  et  4,  Hollande,  d'or  au  lion 
de  gueules,  armé  et  lampassé  d'azur).  Voir  la  description 
de  M.  Omont,  dans  la  Revue  de  l'art  chrétien,  novembre 
1890,  p.  467-470. 

Manuscrit  français  14939  de  la  Bibliothèque 
nationale.  —  Ce  manuscrit,  intitulé  «  Le  Miruour  du 
monde  » ,  est  orné  des  quinze  tableaux  de  la  série  officielle 
des  exemplaires  de  la  Somme  le  roi,  mais  le  style  de  la  pein- 


244  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

ture  n'est  plus  celui  des  manuscrits  du  xine  ou  du  com- 
mencement du  xive  siècle.  La  date  du  manuscrit  explique 
la  différence.  Le  ms.  14939  est  de  l'année  1373.  On  lit  au 
fol.  160  ces  mots  :  «  Escript  à  Paris,  l'an  M.  CGC.  LXXIII, 
«  la  veille  de  l'Ascension  Nostre  Seigneur.  » 

Voici  la  place  que  les  quinze  tableaux  occupent  dans  le 
ms.  14939  : 

I.  Fol.  5.  VI.  Fol.  86.  XI.  Fol.  108. 

II.  Fol.  7.  VII.  Fol.  94  v°.       XII.  Fol.  112  v°. 

III.  Fol.  8  v°.       VIII.  Fol.  97  v°.       XIII.  Fol.  122. 

IV.  Fol.  74  v°.      IX.  Fol.  100  v°.       XIV.  Fol.  134. 

V.  Fol.  84.         X.  Fol.  105  v°.       XV.  Fol.  153. 

Une  particularité  bien  rare  dans  les  anciens  manuscrits 
à  miniatures  donne  une  valeur  exceptionnelle  à  notre 
manuscrit  de  l'année  1373.  C'est  que  les  dix  derniers 
tableaux  sont  accompagnés  d'explications  qui  ne  sont  pas 
seulement  utiles  pour  comprendre  les  tableaux  de  la  Somme 
le  Roi,  mais  qui  jettent  encore  beaucoup  de  lumière  sur 
différents  monuments  figurés  du  moyen  âge.  Il  n'est  donc 
pas  superflu  de  les  copier  ici,  en  les  recommandant  à  l'at- 
tention des  archéologues. 

VI.  Ci  doit  estre  paint  comme  Nostre-Seigneur  priesche  à  ses  dis- 
ciples en  la  montaigne,  et  tient  en  la  main  senestre  une  ronde  chose, 
partie  en  trois  parties;  et  au  pié  de  la  montaingne  grant  multitude 
de  gent  qui  regardent  les  apostres,  grant  multitude  de  gent  qui 
regardent  en  haut,  pour  oïr  le  sermon  de  la  saintte  patenostre. 

VII.  Ci  doit  estre  paint  comme  Nostre-Seigneur  envoia  le  Sainct 
Esperit  entre  les  appostres;  et  doit  estre  l'ymage  Nostre  Segneur  en 
une  nue  en  hault,  tenant  une  pomme  en  sa  main  senestre,  et  segnant 
de  la  main  destre;  et  dessouz  la  nue  doit  avoir  un  coulon  qui  gete 
feu,  et  dessouz  le  coulon  doivent  estre  les  xii  apostres  en  estant,  qui 
doivent  regarder  le  coulon. 

VIII.  Cy  doit  estre  paint  Prudence,  Atrempance,  Force  et  Justice. 
—  Prudence  doit  estre  une  dame  qui  siet  en  une  chaiere,  et  tient  un 
livre  ouvert,  et  list  à  sez  disciples  qui  sient  à  sez  piez.  —  Et  Atrem- 
pance doit  estre  painte  de  costé  en  la  part  senestre,  et  doivent  estre 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  245 

deus  dames  seans  à  une  table  mise  de  viandes,  l'une  parle  à  l'autre 
par  contenance  de  mains;  et  dessouz  la  table  a  un  povre  à  genouz 
qui  prent  un  hanap  à  pié  et  boit.  —  Force  doit  estre  painte  dessous; 
une  damoisele  à  destre  en  estant,  vestue  d'un  mantel,  et  a  entre  ses 
deus  mains  un  lion,  en  un  compas'  raont  en  forme  d'un  platel.  — 
Justice  doit  estre  après  à  senestre  en  séant,  et  tient  en  une  main 
une  espèce  (épée),  et  en  l'autre  unez  balances  en  semblance  de  peser. 

IX.  Ci  doit  avoir  quatre  ymages.  —  Le  premier  doit  estre,  par 
devers  destre,  une  dame  en  estant,  qui  a  nom  Humilité,  et  doit  tenir 
un  aignel  en  un  compas  raont.  —  Après,  devant  soi,  doit  avoir  une 
tour  à  carniaux,  et  en  celle  tour  doit  avoir  un  ymage  qui  chiet  des 
carniax  à  val,  qui  a  nom  Orguel.  —  Et  dessoulz  Humilité  doit  avoir 
une  ymage  qui  est  en  un  mantel  à  genous  devant  l'autel,  humble- 
ment en  orison.  —  Et  dessous  la  tour  doit  avoir  un  autel  et  un 
homme  à  genous,  et  ne  regarde  mie  l'autel,  ainçois  regarde  l'ymage 
derrière  soi,  et  la  monstre  au  doit  en  semblance  de  moquerie.  — 
Ce  sont  les  noms  :  Humilité,  Orguel,  le  Pécheur,  Hypocrite. 

X.  Ci  doit  avoir  une  dame  en  estant,  qui  a  non  Amistié,  qui  tient 
un  coulon.  —  Et  devant  elle  doit  avoir  un  homme  en  estant,  qui  est 
en  forme  d'homme  viel,  et  a  nom  Hely.  —  Et  dessous  la  dame  doit 
avoir  deus  personnes  qui  s'entrembracent  et  beisent,  qui  ont  à  nom 
David  et  Jonathas.  —  Et  dessous  Hely,  doit  avoir  un  roy  qui  tient 
une  lance,  et  veult  ferir  un  enfes  qui  tient  un  Satreliun  (psalterium) 
à  sez  pies.  Li  roi  a  nom  Saù,  et  li  enfant  David. 

XI.  Ci  doit  estre  une  dame  en  estant  qui  a  nom  Pais,  qui  tient 
Agnus  Dei.  —  Et  dessouz  la  dame,  l'Arche  Noël  (sic),  en  semblance 
d'une  nef,  et  dessus,  divers  tabernacles  où  il  ait  diverses  choses.  — 
Et  devant  la  dame,  une  ymage  en  estant,  qui  a  nom  Felonnie,  et  tient 
une  hache,  et  veult  ferir  un  ymage  à  genous  devant  soi.  —  Et  devant 
l'arche  doit  aver  m  ymages,  celle  du  melieu  doit  esti'e  Moysez  cor- 
nus, qui  separt  de  la  meslée  des  deus  autres  qui  se  veulent  ferir  de 
bastons.  —  Ce  sont  lez  noms  dez  ymages  :  Equité,  Felonnie,  L'arche 
nous  segnifie  Pais. 

XII.  Ci  doit  estre  une  dame  en  estant  qui  tient  un  lyon.  —  Et 
dess[o]us  li,  un  grand  homme  armé  tenant  son  escu  et  sa  lance,  et 
un  petit  enfant  devant  li,  qui  le  fiert  ou  front  d'une  pierre  à  une 
fonde.  —  Et  devant  la  dame,  doit  avoir  un  homme  qui  dort  et  fet 
muser  sa  charue.  —  Et  dessous  li,  doit  avoir  un  homme  qui  semé 
blé  en  terre.  —  Le  nom  de  la  dame  est  Force,  de  l'armé  Golias,  et 
l'enfant  David,  et  de  celui  qui  dort  Paresce,  et  de  celui  qui  semme 
Labour. 

I.  Cercle  formé  par  un  tour  de  compas. 


246  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

XIII.  Ci  doit  avoir  une  dame  qui  donne  une  cotte  à  un  povre 
homme  qui  est  à  genous  devant  soi,  et  a  nom  Miséricorde.  —  Et 
dessous  la  dame  doit  avoir  l'ymage  de  Loth,  en  semblance  d'um 
homme  qui  prie  de  herbegier  n  angres.  —  Et  devant  la  dame  doit 
avoir  un  homme  qui  a  nom  Avarice,  qui  nombre  deniers  sur  une 
table.  —  Et  dessous  Avarice  doit  avoir  une  dame  qui  vuide  oille  de 
pot  en  autre. 

XIV.  Ci  doit  avoir  une  dame  en  estant  qui  tient  un  oysel  et  a  non 
Chastée.  —  Et  devant  li  une  autre  dame  qui  a  nom  Luxure,  qui 
tient  à  une  main  une  chemise  blanche,  et  en  l'autre  main  deus 
agniaux  de  fer  pour  enforgier,  et  gete  le  sanc  par  la  bouche.  —  Et 
dessouz  Chastée  doit  avoir  une  dame  qui  tient  une  espée  et  occist 
un  homme  dormant  en  son  lit,  qui  a  nom  Hester.  —  Et  dessous 
Luxure  doit  avoir  une  dame  et  Joseph  qui  fiert  un  autre  en  la 
bouche,  et  elle  ne  le  veult  faire,  et  elle  retient  son  mantel. 

XV.  Cy  doivent  estre  les  ymages  de  sobriété  et  de  gloutonnie, 
et  le  riche  au  disner,  et  le  ladre  à  la  porte,  et  le  riche  qui  demande 
la  goûte  d'yaue.  —  Et  dessus  doit  avoir  une  dame  en  estant  sus  un 
lyon,  qui  tient  un  oisel  et  a  nom  Sobriété.  —  Et  devant  la  dame 
doit  avoir  un  homme  en  séant  à  une  table,  qui  a  nom  gloutonnie  et 
gete  par  la  gueule.  —  Et  dessoulz  la  dame  doit  avoir  un  homme  en 
séant  qui  taille  son  pain  par  mesure.  —  Et  dessous  gloutonnie  doit 
avoir  un  homme  et  une  famé  séant  à  la  table  ;  et  fet  la  famé  semblant 
de  doner  aumosne  au  ladre,  et  l'omme  deffant  à  son  escuier  qu'il  ne 
voist  point,  et  le  fet  chascier  hors,  et  li  chien  le  chascent  et  li  lèchent 
les  pies. 

Manuscrit  de  l'Université  de  Valence.  —  De  notre 
ms.  14939  doit  être  rapproché,  au  moins  à  certains  égards, 
un  exemplaire  de  la  Somme  le  Roi  appartenant  à  l'Univer- 
sité de  Valence.  A  en  juger  par  un  article  qu'a  cité  Mazza- 
tinti1,  il  doit  contenir  des  instructions  à  l'enlumineur  tout 
à  fait  analogues  à  celles  du  ms.  1 4939.  Voici  le  programme 
donné  pour  la  composition  du  deuxième  tableau  : 

Ci  doivent  estre  le  xn  apostres  en  séant,  et  el  milieu  des  apostres 
doit  avoir  un  livre  ouvert  sur  un  letrin,  et  chascun  des  apostres  doit 
monstrer  au  doit  en  semblance  de  deviser  le  Credo.  Et  desus  le 
letrin  doit  avoir  un  coulon  descendant  du  ciel,  qui  par  le  bec  giete 
semblance  de  feu,  lequel  feu  doit  descendre  en  semblance  de  rais  de 
soleil  sus  chascun  des  apostres. 

1.  La  Biblioteca  dei  re  d'Aragona  in  Napoli,  p.  144,  art.  413. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  247 

Ms.  2294  de  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique. 
—  La  suite  des  quinze  tableaux  officiels  de  la  Somme  le 
Roi  se  trouve  peinte  en  grisaille  dans  un  manuscrit  daté  de 
Tannée  141 5.  Voir  le  Catalogue  dressé  par  le  P.  J.  Van  den 
Gheyn,  qui  appelle  l'auteur  frère  Laurent  du  Bois. 

XLV. 

Le  Miroir  des  dames,  composé  par  le  franciscain  Durand 
de  Champagne  pour  Jeanne  de  Navarre,  femme  de  Philippe 
le  Bel.  Traduction  française. 

Bibliothèque  du  Collège  de  Corpus  Christe  à  Cambridge, 
n°  324. 

Exemplaire  du  xive  siècle,  sur  la  première  garde  duquel 
M.  Paul  Meyer  a  reconnu  la  signature  de  Charles  V. 

Il  figure  sur  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre 
rédigés  en  1411  et  1413  (D.  890,  E.  194).  Le  premier  le 
désigne  ainsi  : 

Item  le  Miroir  des  dames  en  françois,  de  bonne  lettre  de  forme, 
à  deux  coulombes,  historié  et  enluminé,  commençant  ou  ne  foillet 
prudence  ainsi  li  homs,  et  ou  derrenier  vertuz  vengence,  couvert 
d'une  chemise  de  toille  à  queue,  et  deux  petiz  fermoirs  d'argent 
dorez,  esmaillez  de  France,  et  une  pipe  de  broderie. 

Nasmith,  Catalogus  librorum  manuscriptorum  quos  colle- 
gio  Corporis  Christi  et  beatœ  Mariœ  Virginis  in  Academia 
Cantabrigiensi  legavit  Matheus  Parker  (Cantabr.,  1777, 
in-4°),  p.  346.  —  Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXXI, 
part.  I,  p.  18.  —  Histoire  littéraire  de  la  France,  t.  XXX, 
p.  320. 

XLVI. 

La  Voie  de  paradis,  le  Miserere  du  Reglus  de  Mol- 

LIENS  ET  LE    ROMAN  DE  LA  CaRITÉ. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  1838. 


248  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Recueil  copié  dans  la  première  moitié  du  xive  siècle, 
enregistré  dans  tous  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre 
(A.  504,  B.  527,  D.  358,  E.  398,  F.  373),  et  auquel  s'ap- 
plique bien  l'article  358  de  l'inventaire  de  1411   : 

Item  ung  livre  couvert  de  cuir  à  queue,  ouquel  a  pluseurs  choses 
de  devocion,  le  Reclus  de  Morleans,  et  se  nomme  la  Joye  de  para- 
dis [sic),  escript  en  françois  de  lettre  de  forme,  à  deux  coulombes, 
commençant  ou  11e  foillet  vostre  sauvement  et  ou  derrenier  povres 
souffrons,  à  deux  fermouers  de  laton. 

Il  fut  estimé  2  livres  en  1422. 

La  première  des  trois  pièces  contenues  dans  ce  volume 
doit  être  l'objet  d'une  observation  parce  qu'elle  a  donné 
lieu  à  des  méprises  dans  les  inventaires  du  xive  et  du 
xve  siècle  et  dans  les  Catalogues  du  xixe.  Le  titre  final,  au 
fol.  91  du  manuscrit,  porte  :  «  Gest  livre  est  de  la  Joie  de 
Paradis.  »  Le  copiste  aurait  dû  écrire  «  la  Voie  de  Paradis  », 
ce  qui  répond  au  contenu  du  traité,  et  qui  d'ailleurs  est 
conforme  au  titre  inscrit  au  haut  de  la  première  page  : 
«  Le  Chemin  de  Paradis  ».  En  effet,  c'est  la  traduction  ou 
l'arrangement  du  traité  de  Robert  de  Sorbon  intitulé  : 
Iter  Paradisi.  Le  compilateur  s'exprime  ainsi  au  commen- 
cement du  traité  (fol.  2,  col.  1)  :  «  ...  lequel  livre  j'ai 
«  estret  de  la  sainte  Escriture  que  j'ai  oie  et  retenue,  de  mes 
«  docteurs  et  de  mes  mestres  et  meesmement  des  sermons 
«  mestre  Robert  de  Sorbonne,  et  l'ay  translaté  de  latin  en 
«  françois  le  miex  que  j'ai  peu,  à  mon  petit  pouoir  sanz 
«  rime,  quar  en  aucune[s]  rimes  a  assez  de  choses  qui  ne 
«  sont  mie  voires...  » 

XLVII. 

Le  Legiloque  et  autres  traités  de  dévotion  en  prose  ou 
en  vers. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  4338  des  Nouvelles 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         249 

acquisitions,  venu  de  la  bibliothèque  d'Ambroise  Firmin- 
Didot. 

Exemplaire  de  la  seconde  moitié  du  xive  siècle,  orné  de 
miniatures.  Je  l'ai  décrit  en  détail  dans  la  Bibliothèque  de 
l'École  des  chartes,  1869,  6e  série,  t.  V,  p.  532-542. 

Figure  dans  tous  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre 
(A.  115,  B.  116,  D.71,  E.70,  F.  59).  Voici  l'article  qui  le 
concerne  dans  l'inventaire  de  1 41 1   : 

Item  un  livre  des  Dix  commandemens  de  la  loy,  des  vices  et  ver- 
tuz,  d'Enoc  et  de  Helie,  des  quinze  signes,  les  six  degrez  de  charité, 
les  enseigneraens  que  saint  Loys  fist  à  son  filz,  à  soy  aprendre  à 
savoir  confesser,  et  pluseurs  autres  choses  de  devocion,  tout  en 
prose1,  et  se  commence  Audi  Israël  ou  premier  foillet,  et  ou  com- 
mencement du  derrenier  fueillet  Icy  achevrons2;  escript  de  lettre  de 
forme  en  françois,  em  prose;  couvert  de  cuir  blanc,  à  deux  fermouers 
de  laton. 

Il  fut  estimé  2  livres  en  1424. 

Voir  la  notice  indiquée  ci-dessus,  dans  la  Bibliothèque 
de  l'École  des  chartes,  et  le  Catalogue  de  la  bibliothèque 
d'Ambroise  Firmin-Didot,  vente  de  1882,  p.  51,  n°  33. 

Il  existe  deux  exemplaires  du  même  recueil,  composés 
absolument  des  mêmes  morceaux,  le  manuscrit  français  1136 
de  l'ancien  fonds  de  la  Bibliothèque  nationale  et  le  manus- 
crit 137  du  Musée  Gondé  à  Chantilly3.  Celui-ci,  acquis  en 
1 891  à  une  vente  de  M.  Gruel,  répond  assez  bien  à  la  des- 
cription des  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre  :  le  pre- 
mier feuillet  commence,  comme  le  ms.  4338  des  Nouvelles 
acquisitions  de  la  Bibliothèque  nationale,  par  les  mots 
Audi  Israël,  mais,  la  fin  du  volume  ayant  disparu,  nous 
ignorons  si  le  dernier  feuillet  commençait  par  Icy  ache- 
vrons. 

1.  Le  rédacteur  de  l'Inventaire  n'a  pas  tenu  compte  de  plusieurs  petits  mor- 
ceaux qui  sont  en  vers. 

2.  On  lit  dans  le  ms.  4318  des  Nouv.  acq.,  au  haut  du  verso  du  dernier 
feuillet,  Ci  achèverons. 

3.  Voir  le  Catalogue  des  manuscrits  du  Musée  Condê,  t.  I,  p.  126,  n°  137. 


250  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

XLVIII. 

«  La  Digeste  vielle  en  François.  » 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  n°  495,  ayant  fait 
partie  de  la  collection  de  Louis  de  Bruges  et  de  la  librairie 
de  Blois. 

Exemplaire  copié  au  xnr9  siècle,  qui  figure  sur  les  inven- 
taires de  la  librairie  du  Louvre  (A.  307,  B.  328,  D.  200, 

E.  242,  F.  231).  Correspond  très  exactement  à  l'article  200 
de  l'inventaire  de  1 41 1  (la  reliure  seule  a  été  changée)  : 

Item  Digeste  vieille  en  françois,  escripte  de  lettre  formée,  à 
ii  coulombes  ;  commençant  ou  ne  fueillet  que  des  lois,  et  ou  derre- 
nier  a  une  des  personnes,  couvert  de  cuir  blanc  à  queue,  à  deux  fer- 
mouers  de  laton. 

Estimé  5  livres  en  1425. 

XLIX. 

«  Les  Institutes  a  l'empereur  Justinien  en  Fran- 
çois. » 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  1064,  paraissant 
avoir  passé  par  les  librairies  de  Louis  de  Bruges  et  du  châ- 
teau de  Blois. 

Exemplaire  du  xme  siècle,  enregistré  sur  les  inventaires 
de  la  librairie  du  Louvre  (A.  513,  B.  536,  D.  366,  E.  404, 

F.  379),  et  répondant  à  l'article  366  de  l'inventaire  de 
1411  : 

Item  un  livre  nommé  Institute,  escript  en  françoys  de  lettre  de 
forme,  à  deux  coulombes;  commençant  ou  11e  fueillet  de  celz  as  gens, 
et  ou  derrenier  tre  celluy { ,  couvert  de  cuir  vert,  à  u  fermouers  de 
laton. 


1.  C'est  l'avant-dernier  feuillet,  et  non  le  dernier,  qui  commence  par  les 
mots  :  tre  celui  qui  porsiel. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  251 

Sur  la  dernière  page  est  la  signature  de  Charles  V1.  Ce 
prince  a  peut-être  possédé  ce  volume  avant  de  monter  sur 
le  trône,  et  c'est  probablement  à  lui  qu'il  faut  appliquer  une 
note  tracée  au  bas  de  la  dernière  page  :  «  Ce  livre  est  de 
«  nostre  s[ire]  le  dauphin  de  Viennois.  » 

Ces  Institutes  furent  estimés  10  sous  en  1425. 

L. 

Les  Institutes  suivies  des  Autentiques  et  des 
livres  X-XII  du  Gode  en  français. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  498,  venu  proba- 
blement des  librairies  de  Louis  de  Bruges  et  du  château 
de  Blois. 

Exemplaire  copié  en  1 342  comme  l'atteste  la  souscrip- 
tion finale  : 

Ci  fenissent  les  trois  livres  du  Gode  à  l'empereur  Justinien,  et 
furent  fés  l'an  mil  III  cens  quarante  et  II,  le  samedy  après  Quasi- 
modo,  par  P.  Le  François.  Qui  l'emblera  pendu  sera. 

Ce  volume  est  enregistré  dans  les  inventaires  de  la 
librairie  du  Louvre  (A.  55,  B.  55,  D.  26,  E.  25,  F.  13);  la 
mention  contenue  dans  l'inventaire  de  1 41 1  est  ainsi  conçue  : 

Item  les  trois  livres  du  Code,  en  ung  volume  couvert  de  cuir  à 
queue,  escript  de  lettre  de  forme,  en  françois,  à  deux  coulombes, 
commençant  ou  ne  fueillet  use  droit  citoien,  et  ou  derrenier  nant 
paine,  à  deux  fermouers  de  cuivre.  Et  y  est  l'Institute  au  commen- 
cement. 

Estimé  4  livres  en  1425. 

LI. 

«  La  Somme  Ace  seur  Code  et  seur  Institutes  et 
Extraordinaire.  » 

1.  Le  fac-similé  de  cette  signature  est  dans  l'atlas  du  Cabinet  des  manus- 
crits, pi.  XLV,  n»  2. 


252  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  22969. 

Exemplaire  copié  au  xnie  siècle.  Il  figure  dans  les  der- 
niers inventaires  de  la  librairie  du  Louvre  (D.  878,  E.  1 82, 
F.  159),  et  est  ainsi  enregistré  sur  celui  de  1411  : 

Item  la  Somme  d'Asse  sur  Code  et  sur  Institute,  en  François, 
escript,  couvert  et  fermant  comme  dessus1,  commençant  ou  ne  foil- 
let  du  texte  session  Von  entent,  et  ou  derrenier  héritez  par  nom 
il  ri  a  pas. 

Estimé  5  livres  en  1424. 

LU. 

•  » 
Les  Décrétales  en  français. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  493  ;  venu  probable- 
ment des  collections  de  Louis  de  Bruges,  et  certainement 
de  la  librairie  du  château  de  Blois. 

Exemplaire  du  xme  siècle,  inscrit  dans  les  inventaires 
de  la  librairie  du  Louvre  (A.  312,  B.  333,  D.  205,  E.  247, 
F.  236).  Voici  l'article  de  l'inventaire  de  141  1   : 

Item  Decretales,  escriptes  de  lettre  formée,  en  françois,  commen- 
çant ou  ne  foillet  du  texte  et  li  filz,  et  ou  derrenier  et  pour  traittier2 ; 
couvert  de  cuir  blanc  à  queue,  à  un  fermouers  de  laton;  et  deux 
coulombes. 

Estimé  2  livres  en  1425. 

LUI. 

Aristote,  les  Éthiques,  traduction  par  Nicole  Oresme. 
Musée  Méermanno-Westréenien,  à  La  Haye. 
Exemplaire  de  petit  format,  copié  en  1 376  par  Raoulet 
d'Orléans,  qui  a  mis  son  nom  sur  la  dernière  page  : 

Ci  fine  le  livre  d'Ethiques,  lequel  fit  faire  très  noble,  très  excel- 

1.  «  De  lettre  de  forme,  à  deux  coulombes,  couvert  de  soye  inde  et  ver- 
meille. » 

2.  Dans  le  ms.  403,  les  premiers  mots  du  dernier  feuillet  sont  :  et  por  tren- 
tiex  et  por  anniversaires. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  253 

lent  et  vray  catholique  prince  Charles  le  quint,  par  la  grâce  et  loenge 
de  Dieu  roy  de  France,  et  l'escript  Raoulet  d'Orliens,  l'an  M.CCC. 
LXXVI.  Deo  gracias. 

Il  est  mentionné  dans  les  inventaires  de  la  librairie  du 
Louvre  (A.  249,  B.  252,  D.  171,  E.  167,  F.  148).  Je  copie 
l'article  qui  lui  est  consacré  dans  celui  de  l'année  1 41 1  : 

Item,  un  livre  nommé  Ethiques,  couvert  de  soye  blanche  et  vert  à 
queue,  très  bel,  bien  historié  et  escript,  à  deux  longs  fermouers  d'or, 
esmaillez  de  France,  de  menue  lettre  de  forme,  en  françois,  et  à 
deux  coulombes,  commençant  ou  deuxième  fueillet  e  brief  car  en 
grec,  et  ou  derrenier  le  livre  de  Polit/tiques.  Et  est  signé  CHARLES. 

La  signature  royale  a  disparu.  —  Le  livre  fut  estimé 
1 6  livres  en  1 425  et  adjugé  au  duc  de  Bedford.  —  Il  figure 
dans  les  inventaires  de  la  librairie  des  ducs  de  Bourgogne 
au  xve  siècle  (nos  91 7  et  2068  de  la  Bibliothèque  protypo- 
graphique) . 

Je  n'indiquerai  que  la  miniature  du  fol.  5,  laquelle  est 
divisée  en  deux  compartiments.  —  Dans  le  compartiment 
supérieur,  Nicole  Oresme  offre  son  ouvrage  à  Charles  V, 
dont  le  portrait  est  reconnaissable.  Ces  paroles  sortent  de 
la  bouche  du  roi  :  «  Dedi  cor  meum,  ut  scirem  disciplinam 
atque  doctrinam.  »  Celles-ci  sont  mises  dans  la  bouche  de 
Nicole  Oresme  :  «  Accipite  disciplinam  magis  quam  pecu- 
niam,  et  doctrinam  magis  quam  thesaurum  eligite.  »  — 
Dans  le  compartiment  inférieur  est  figurée  la  félicité  humaine 
avec  cette  devise  :  «  Stans  omnium  bonorum  agregacione 
perfectus.  » 

Au  bas  de  cette  page,  on  avait  peint  l'écu  royal,  supporté 
par  deux  séraphins. 

Voir  mes  Mélanges  de  paléographie,  p.  278,  et  l'opus- 
cule de  M.  W.  G.  C.  Bijvanck,  Twee  frensche  handschrif- 
ten  uit  de  XIV  en  XV  eeuw,  [La  Haye,  1900],  in-4°. 


254  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

LIV. 

Aristote,  les  Politiques  et  les  Économiques,  tra- 
duction par  Nicole  Oresme. 

Bibliothèque  royale  de  Belgique,  ms.  2904,  jadis  1 1 201 . 

Exemplaire  de  petit  format,  qui  est  en  réalité  le  tome  II 
du  volume  précédent.  Il  est  de  la  main  de  Raoulet  d'Or- 
léans, qui  a  mis  cette  note  au  bas  du  premier  feuillet  :  «  Je, 
«  Raoulet  d'Orliens,  qui  l'escri,  ay  mis  le  texte  premier, 
«  ainsi  signé  T;  et  après,  la  glose  s'ensuit,  ainsi  signée  0, 
«  qui  fait  Oresme.  » 

Ce  volume  répond  aux  articles  suivants  des  inventaires 
de  la  librairie  du  Louvre  (A.  244-,  B.  247,  D.  170,  E.  100, 
F.  147).  Voici  ce  que  porte  l'inventaire  de  1411  : 

Un  très  beau  livre  de  Polithiques  et  Iconomiques,  très  bien 
escript,  en  françois,  et  historié,  couvert  de  soye  inde  à  queue  et 
fermouers  d'or,  armoiez  de  France,  de  lettre  de  forme,  à  deux  cou- 
lombes,  commençant  ou  second  fueillet  quant  ung  /tomme,  et  ou  der- 
renier  homme  est  naturelment. 

Estimé  16  livres  en  1425,  adjugé  au  duc  de  Bedford  et 
passé  un  peu  plus  tard  dans  la  librairie  du  duc  de  Bour- 
gogne, dont  les  inventaires  nous  en  offrent  la  description 
(n03  913  et  2067  de  la  Bibliothèque  protypographique) . 

Deux  des  miniatures,  celles  des  fol.  36  et  77,  sont  enca- 
drées de  bordures  tricolores.  —  La  miniature  du  fol.  260 
a  été  gravée  en  tête  du  tome  II  du  Catalogue  des  manuscrits 
de  la  bibliothèque  royale  des  dues  de  Bourgogne.  Voir  mes 
Mélanges  de  paléographie,  p.  281. 

LV. 

Aristote,  Éthiques,  traduction  par  Nicolas  Oresme. 
Bibliothèque  royale  de  Belgique,  ms.  2902,  jadis  9505. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         255 

Exemplaire  de  plus  grand  format,  en  assez  gros  carac- 
tères, orné  de  miniatures  à  bordures  tricolores,  dont  j'ai 
donné  la  description  dans  mes  Mélanges  de  paléographie, 
p.  273.  Il  est  ainsi  mentionné  dans  les  premiers  inventaires 
de  la  librairie  du  Louvre1  (A.  237,  B.  240)  : 

Item  Ethiques,  en  un  volume  couvert  de  soie  et  fermoers  d'or, 
très  bien  ystorié. 

Ce  volume  fut  remis  le  7  octobre  1380  à  Louis,  duc 
d'Anjou.  Il  se  trouva  à  Dijon  en  1420  dans  la  librairie  de 
Philippe  le  Bon,  duc  de  Bourgogne,  comme  nous  l'appre- 
nons de  cet  article  d'inventaire  : 

Item  ung  autre  livre  nommé  Ethiques,  escript,  historié  et  enlu- 
miné semblablement2,  commençant  ou  ne  fueillet  très  qui  très  et  ou 
derrenier  la  puissance3,  couvert  d'un  drap  de  soye  ouvré,  à  deux 
fermouers  d'argent  dorez,  esmailliez  aux  armes  de  mon  dit  sei- 
gneur. 

La  miniature,  qui  sert  de  frontispice,  est  divisée  en  quatre 
compartiments  dans  lesquels  sont  représentés  :  1°  Nicole 
Oresme  offrant  son  livre  au  roi  ;  2°  le  roi  et  la  reine  assis, 
une  fille  auprès  de  la  reine,  deux  garçons  derrière  le  roi; 
3°  un  professeur  en  chaire,  avec  des  auditeurs  parmi  les- 
quels se  trouve  le  roi;  4°  un  maître  enseignant  à  des 
écoliers. 

LVI. 

Aristote,  les  Politiques  et  les  Économiques,  tra- 
duction de  Nicole  Oresme. 


1.  Article  25  de  l'Inventaire  relié  à  la  fin  du  ms.  127  de  la  Collection  des 
Cinq  Cents  de  Colbert.  —  Édit.  G.  Doutremont,  p.  51,  n°  91.  —  Cf.  les  art.  9l2 
et  1613  de  la  Bibliothèque  protypographique. 

2.  C'est-à-dire  :  «  De  lettre  ronde,  grosse  et  menue,  à  quatre  colonnes.  » 

3.  Tel  est  bien  le  commencement  du  deuxième  et  du  dernier  feuillet  du 
ms.  9505. 


256  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Cabinet  de  M.  le  comte  de  Wasiers. 

Volume  du  même  format  et  du  même  caractère  que  le 
précédent,  dont  il  forme  en  quelque  sorte  le  tome  second 
et  dont  il  a  suivi  les  vicissitudes  pendant  le  xive  et  le 
xve  siècle. 

Ainsi  mentionné  dans  les  premiers  inventaires  de  la 
librairie  du  Louvre  (A.  21  1 ,  B.  208)  : 

Un  livre  nommé  Polithiques  et  Yconomiques,  couvert  de  soie  à 
queue,  à  deux  fermouers  d'argent,  haschiez  des  armes  de  France. 

Remis  le  7  octobre  1380  à  Louis,  duc  d'Anjou. 
Ainsi  inventorié  en  1420  dans  la  librairie  de  Dijon1  : 

Item  ung  autre  livre  nommé  Politiques,  escript  en  parchemin,  de 
lettre  ronde,  grosse  et  menue,  à  quatre  colonnes,  historié  et  enlu- 
miné, commençant  ou  ne  fueillet  mais  se  ce  estoit  et  ou  derrenier 
bien  mes2,  couvert  de  satin  vermeil,  à  deux  fermouers  d'or. 

Parmi  les  miniatures  à  bordures  tricolores  qui  ornent  le 
volume,  il  faut  citer  celle  du  fol.  4  :  présentation  du  livre 
au  roi  par  Nicole  Oresme. 

Voir  mes  Mélanges  de  paléographie,  p.  275. 


LVII. 


Aristote,  les  Éthiques,  traduction  par  Nicole  Oresme. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  542. 

Copie  de  la  fin  du  xive  siècle  ou  du  commencement  du 
xve,  inscrite  dans  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre 
sous  les  cotes  suivantes  :  A.  919,  D.  930,  E.  907  et  F.  907. 

Décrite  comme  il  suit  dans  l'inventaire  de  141 1  : 

Item  Ethiques  en  françois,  de  lettre  de  note  et  à  deux  coulombes, 

1.  Article  24  de  l'Inventaire  relié  dans  le  ms.  127  des  Cinq  Cents  de  Colbert. 
—  Éd.  G.  Doutremont,  p.  50,  n'  90.  —  Cf.  l'article  911  de  la  Bibliothèque 
protypographique. 

2.  Ces  mots  sont  exactement  aux  places  correspondantes  dans  le  manuscrit 
de  M.  le  comte  de  Wasiers. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  257 

le  tieste  d'une  part,  et  la  glose  d'autre;  commençant  ou  ne  foillet 
ceste  science  estoit,  et  ou  derrenier  subget  aucune  foiz;  couvert  de 
cuir  vermeil  à  empraintes,  à  bouillons  et  deux  fermoirs  de  laton. 

On  lit  sur  la  dernière  page,  outre  la  souscription  du 
copiste  (Nomen  scriptoris  Hamonicus  Plenus  amoris),  une 
note  ainsi  conçue  :  «  Des  livres  de  Marcoussis  mis  au  Louvre 
«  pour  monseigneur  de  Guyenne  :  J.  D'ARSONVAL.  »  C'est 
un  des  manuscrits  qui  furent  confisqués  après  la  disgrâce 
de  Jean  de  Montaigu  et  que  Gilles  Malet  prit  en  charge  le 
7  janvier  1410  (n.  st.). 

Ce  volume,  estimé  4  livres  en  1425,  a  plus  tard  appar- 
tenu à  Charles,  duc  d'Orléans,  qui  l'avait  sans  doute  recueilli 
en  Angleterre. 

LVIII. 

Épîtres  de  Sénèque  a  Lugilius,  traduites  en  français. 

Bibliothèque  royale  de  Belgique,  ras.  9091 . 

Exemplaire  ayant  l'apparence  des  livres  faits  pour  le 
roi  Charles  V,  et  dont  le  frontispice  a  une  bordure  tri- 
colore. 

Ce  peut  être  la  réplique  d'un  des  deux  manuscrits  des 
Épîtres  de  Sénèque  que  possédait  Charles  V  : 

Les  Espitrez  de  Seneque  à  son  ami  Lucile,  et  en  la  fin  du  livre  est 
la  table  de  ce  qui  contenu  y  est,  escript  de  plus  menue  lettre.  —  A 
monseigneur  d'Angiou,  vie  de  mars  IIIIXX.  (A.  65,  B.  66.) 

Seneque,  couvert  de  soye  à  queue,  à  cignes  blans,  et  deux  fer- 
mouers  d'argent  dorez,  esmaillez  de  France,  à  tixuz  vers,  escript  en 
françois  de  très  parfaitement  belle  lettre,  et  bien  historié  et  enlu- 
miné, commençant  ou  ne  foillet  des  rebriches  le  XXXVII  de  mana- 
nimité,  et  ou  derrenier  sont  amonestez ;  à  une  pipe  d'argent  dorée. 
(A.  229,  B.  232,  D.  169,  E.  165,  F.  146.) 

Le  R.  P.  Van  den  Gheyn  a  bien  voulu  m'avertir  que  le 
ms.  9091    de  Bruxelles  répond  aux  articles  920,    1646 

17 


258  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

et  %\  95  de  la  Bibliothèque  protypographique  de  Barrois  : 

Ung  grant  livre  en  parchemin,  couvert  de  velours  vermeil,  cloué 
de  cloutz  d'argent  dorez,  intitulé  au  dehors  Les  Epistres  Senecque, 
comançant  au  second  feuillet  tout  est  a  ceulx,  et  au  dernier  ton  bien. 

La  traduction  française  des  Épîtres  de  Sénèque  avait  été 
faite  par  un  Italien  qui,  sans  se  nommer,  s'est  fait  con- 
naître par  ces  mots  du  prologue  : 

...  Et  pour  ce  que  celui  qui  les  translata  (les  épîtres  de  Sénèque) 
ne  fu  pas  de  la  langue  françoise,  ne  de  si  haut  enging,  ne  de  si  par- 
fonde  science  comme  à  la  matière  affert,  il  s'escuse  à  tous  ceuls  qui 
l'oeuvre  verront,  que  il  ne  le  blasment  se  il  a  failli  en  aucune  part  à 
la  propriété  d'un  langage  ou  aus  sentences  de  l'aucteur,  et  leur  prie 
humblement  que,  par  leur  bonté  et  par  leur  franchise,  l'en  vueillent 
corrigier  et  amender  en  l'un  et  en  l'autre  ;  car  il  confesse  bien  que 
ce  fu  presumpcion  trop  grande  de  comprendre  si  haute  chose  à 
translater;  mais  il  ne  le  fist  de  gré,  car  messires  Berthelemi  Sigi- 
nulfe  de  Naples,  conte  de  Casserte  et  grant  chambellant  du  royaume 
de  Sezile,  l'en  pria  et  lui  commanda'. 

LIX. 

Le  livre  de  l'Enseignement  des  princes2,  attribué 
a  Guillaume  Perrault;  le  livre  du  Gouvernement  des 

1.  Marchai,  Catalogue  des  manuscrits  de  la  bibliothèque  royale  des  ducs 
de  Bourgogne,  t.  II,  p.  57  et  58.  —  La  Bibliothèque  nationale  (fonds  fran- 
çais 12235)  possède  de  cette  traduction  une  copie  faite  en  Italie;  le  nom  du 
seigneur  auquel  l'ouvrage  est  dédié  y  est  ainsi  défiguré  :  «  Misire  Bartholomy 
Singnileyfe  de  Naples.  » 

Une  copie,  de  main  française,  du  commencement  du  xiv"  siècle,  provenant 
de  la  vente  des  manuscrits  de  Sneyd  faite  à  Londres,  a  été  acquise  en  1904 
par  la  Bibliothèque  nationale  (n°  20545  du  fonds  français  des  Nouvelles  acquisi- 
tions). Sur  cette  traduction,  voir  P.  Meyer,  De  l'expansion  de  la  langue  fran- 
çaise en  Italie,  p.  39.  {Actes  du  Congrès  historique  de  1903,  vol.  IV.)  —  Je 
dois  encore  citer  ce  qu'en  a  dit  M.  Mario  Schiff  à  propos  d'un  exemplaire  du 
xiv°  siècle  de  la  Bibliothèque  nationale  de  Madrid,  qu'il  a  décrit  dans  le  livre 
intitulé  La  Bibliothèque  du  marquis  de  Sanlillane,  p.  104-111  {Bibliothèque 
de  l  École  des  Hautes- Études,  fascicule  CLIII). 

2.  Dans  le  Prologue,  l'auteur  se  dit  religieux  de  l'ordre  des  Frères  Prêcheurs; 
dans  la  table  mise  en  tête  du  volume,  le  traité  est  ainsi  indiqué  :  «  Le  Gouver- 
nement des  roys  et  des  princes  selonc  un  frère  Cordelier.  » 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  259 

princes  de  Gilles  de  Rome  ;  le  Jeu  des  échecs  moralisé,  traduit 
par  Jean  de  Vignai;  la  Consolation  de  Boècc,  traduite  par 
Jean  de  Meun  ;  les  Moralités  des  philosophes,  l'Établissement 
de  sainte  Église  ;  le  Miroir  de  l'Église,  de  Hugues  de  Saint- 
Victor  ;  le  Livret  d'Ésope  ;  le  livre  de  la  Misère  humaine, 
d'Innocent  III. 

Bibliothèque  de  Besançon,  ms.  434. 

Volume  copié  en  1 372  pour  Charles  V  ;  ce  prince  a  tracé 
sur  la  dernière  page  une  note,  qu'a  ainsi  déchiffrée  le 
regretté  Auguste  Castan  : 

En  ce  livre  moral  sont  conte- 
neus  pluseurs  notables  et 
bons  livres,  et  est  à  nous 
Charles  le  Ve  de  notre 
nom  roy  de  France,  et  le 
fîmes  escrire  et  parfere 
l'an  mil  CCC  LXXII. 
CHARLES. 

Castan  a  signalé  le  mérite  des  49  miniatures  à  bordures 
tricolores  qui  ornent  le  volume,  et  dont  il  attribue  l'exécu- 
tion à  quatre  artistes  différents,  dont  deux  très  habiles;  il 
a  indiqué  les  armes  de  France  à  fleurs  de  lis  sans  nombre, 
posées  entre  deux  lions,  qui  sont  au  bas  des  feuillets  1  et 
1 03  ;  il  décrit  comme  il  suit  la  miniature  qui  sert  de  fron- 
tispice au  volume  et  celle  qu'on  voit  en  tête  des  Moralités 
sur  le  jeu  des  échecs  (fol.  245)  : 

Les  deux  compartiments  supérieurs  de  la  première  miniature 
représentent  le  roi  entendant  la  messe,  ainsi  que  le  clergé  qui  la 
célèbre  et  la  chante;  les  deux  compartiments  inférieurs  montrent 
d'une  part  le  roi  conversant  avec  des  évêques  mitres  et  des  nobles 
en  manteaux  longs,  tandis  que,  d'autre  part,  s'agitent  des  plébéiens 
en  jaquettes. 

La  seconde  représente  l'hospitalier  Jean  de  Vignai  offrant  sa  tra- 
duction au  duc  Jean  de  France  :  la  figure  ridée  et  la  tête  chenue  de 
ce  traducteur  sont  caractérisées  comme  sur  un  portrait. 


260  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Le  manuscrit  figura  jusqu'en  1413  sur  les  inventaires  de 
la  librairie  du  Louvre  (A.  238,  B.  241,  D.  149,  E.  I  'i-ii. 
Voici  la  notice  qui  lui  est  consacrée  dans  celui  de  l'année 
1411   : 

Item  ung  livre,  couvert  de  soye  à  queue,  où  sont  le  Gouvernement 
des  roys  et  princes,  le  livre  des  Moralitez,  Boèce  de  Consolacion,  la 
Moralité  des  philozophes,  1  establissement  de  saincte  Eglise,  le 
Miroir  de  la  messe,  Ysopet,  de  la  Misère  de  Tomme;  escript  de 
lettre  formée,  en  françois,  à  deux  colombes;  commençant  ou  ne  foil- 
let  du  texte  Veue  estre  haulte,  et  ou  derrenier  ment  et  euz,  à  h  fer- 
mouers  d'argent  dorez. 

Il  était  sorti  de  la  librairie  du  Louvre  avant  l'année  1 424. 

Voir  la  notice  de  Gastan  dans  Bibliothèque  de  l'École  des 
chartes,  1 882,  t.  XLIII,  p.  21 1-21 8,  et  le  Catal.  des  manus- 
crits de  la  bibliothèque  de  Besançon,  t.  I,  p.  250-253. 


LX. 


Le  livre  du  Gouvernement  des  rois  et  des  princes1, 
le  Jeu  des  échecs  moralisé,  traduit  par  Jean  de  Vignai,  et 
la  version  française  de  la  Consolation  de  Boèce,  par  Jean 
de  Meun. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  1728. 

Ce  manuscrit  est,  à  vrai  dire,  une  réplique  partielle  du 
ms.  434  de  Besançon.  On  y  trouve,  en  effet,  dans  le  même 
ordre,  le  Gouvernement  des  rois  et  des  princes,  les  Échecs 
moralises  et  la  Consolation  de  Boèce.  Quoiqu'il  ne  soit  pas 
mentionné  dans  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre, 
je  crois  bien  qu'il  a  été  copié  pour  le  roi  Charles  V. 

Les  particularités  d'après  lesquelles  je  suis  porté  à  voir 
dans  le  ms.  1728  un  livre  apparenté  de  très  près  à  plu- 

1.  C'est  le  môme  traité  que  celui  par  lequel  débute  le  manuscrit  de  Besan- 
çon dont  la  notice  précède,  c'est-à-dire  le  traité  attribué  à  Guillaume  Perrault. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  261 

sieurs  de  ceux  que  nous  savons  avoir  fait  partie  de  la 
librairie  du  Louvre  sont  les  suivantes  : 

1°  La  peinture  qui  sert  de  frontispice  au  premier  traite 
(fol.  1)  offre  la  même  disposition  et  rappelle  bien  la  fac- 
ture des  frontispices  de  plusieurs  livres  de  Charles  V,  et 
notamment  celle  du  manuscrit  de  Besançon  que  Castan 
nous  a  fait  connaître.  Cette  peinture1  se  compose  de  quatre 
tableaux  quadrilobés,  à  bordures  tricolores;  le  premier  et 
le  quatrième  tableau  à  fonds  échiquetés  d'or  et  d'azur,  les 
deux  autres  à  fonds  de  rinceaux  d'or  sur  rouge;  sujets 
de  ces  tableaux  :  1 .  Le  roi  et  la  reine  assis  reçoivent 
un  groupe  de  prélats  mitres;  —  2.  Le  roi  et  la  reine  assis, 
deux  garçonnets  auprès  du  roi  ;  deux  fillettes  auprès  de  la 
reine2;  —  3.  Le  roi  rendant  la  justice;  —  4.  Le  roi  à  che- 
val avec  des  gens  d'armes. 

%°  Le  frontispice  du  second  traité  (fol.  1 57)  est  un  grand 
tableau  quadrilobé,  à  bordure  tricolore,  sur  lequel  est 
représenté  Jean  de  Vignai  offrant  son  livre  à  Jean  de  France, 
duc  de  Normandie,  absolument  comme  sur  le  fol.  245  du 
ms.  de  Besançon. 

3°  Le  troisième  traité  se  termine  (fol.  270  v°)  par  cette 
souscription  :  «  Ci  fenist  le  livre  de  Boèce  de  Consolacion, 
«  et  l'escript  Henri  du  Trévou.  »  On  connaît  d'autres  copies 
faites  par  cet  écrivain  pour  Charles  V3. 

Telles  sont  les  raisons  qui  m'ont  amené  à  penser  que  le 
ms.  français  1728  peut  être  rattaché  à  la  série  des  livres 
de  Charles  V  :  s'il  n'a  pas  été  incorporé  dans  la  librairie 
du  Louvre,  il  a  dû  être  fait  dans  les  mêmes  ateliers  que 


1.  Cette  peinture  est  reproduite  dans  mes  Facsimilés  de  livres  copiés  et 
enluminés  pour  le  roi  Charles  V,  pi.  XI. 

2.  Ce  sujet  doit  se  trouver  sur  le  fol.  46  du  ms.  de  Besançon.  Castan  décrit 
ainsi  le  tableau  de  cette  page  :  «  Il  représente  un  roi  et  une  reine,  avec  leurs 
«  enfants,  trois  garçons  et  deux  filles  en  bas  âge,  revêtus  de  petits  costumes 
«  de  damoiseaux  et  de  damoiselles.  » 

3.  Voir  plus  haut,  p.  68. 


262  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

les  livres  du  roi  et  destiné  à  un  personnage  de  la  cour. 
Sur  les  trois  derniers  feuillets  du  manuscrit  a  été  copié 
un  petit  poème  français,  intitulé  à  la  fin  :  «  Etas  hominum 
«  secundum  exposicionem  mensium  »,  dont  les  premiers 
vers  sont  : 

Il  est  vray  qu'en  toutes  saisons 
Se  change  douze  foiz  li  lions, 
Tout  aussi  que  les  douze  moys 
Se  changent  en  l'an  xn  foiz. 


LXI. 


L'Information  des  princes. 

«  Ci  commence  le  livre  de  l'Information  des  princes1 
«  translaté  de  latin  en  francois,  du  commandement  du  roy 
«  de  France  Charles  le  quint,  par  son  clergonnet  frère  Jehan 
«  Golein,  de  l'ordre  de  Nostre-Dame  du  Carme,  maistre  en 
«  théologie  indigne.  » 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  1950. 

Exemplaire  original  à  la  fin  duquel  le  copiste  a  mis  cette 
souscription  : 

Henri  du  Trevou  a  escript  ce  livre  de  l'Informacion  des  roys  et 
des  princes,  et  l'achiva  a  escrire  le  juesdi  xxne  jour  de  septembre, 
l'an  mil  CGC  LXXIX,  pour  le  roy  de  France  Charles,  son  très  cher 
et  redoubté  seigneur2. 

La  première  page  est  ornée  d'une  grande  miniature  à  bor- 
dure tricolore,  sur  laquelle  le  traducteur  est  représenté  fai- 
sant hommage  de  son  livre  au  roi  Charles  V.  Au  bas  de  la  page 
l'écu  royal  à  fleurs  de  lis  sans  nombre,  soutenu  par  deux 
anges  planant  dans  l'air.  Cette  page  est  reproduite  en  hélio- 
gravure sur  la  planche  XLI  de  YAlbum  paléographique  de 

1.  Sur  cet  ouvrage,  il  faut  voir  la  notice  insérée  dans  Y  Histoire  littéraire  de 
la  France,  t.  XXXI,  p.  35-47. 

2.  Fac-similé  de  cette  note  dans  l'atlas  du  Cabinet  des  manuscrits,  pi.  XLV,  n°  4. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         263 

la  Société  de  l'École  des  chartes  et  sur  la  planche  X  de  mes 
Facsimilés  de  livres  copiés  pour  le  roi  Charles  V. 

La  photographie  a  fait  apparaître  les  traces  d'un  écu 
auquel  l'écu  royal  a  été  superposé.  Sur  l'écu  primitif, 
M.  Georges  de  Manteyer  a  distingué  six  besans  posés  3.  2 
et  1  et  surmontés  d'un  chef  :  ce  sont  les  armes  des  Poitiers, 
d'azur  à  6  besans  d'argent  sous  un  chef  d'or  ;  elles  avaient  été 
indûment  mises  à  cet  endroit  par  un  enlumineur  qui  sup- 
posait le  livre  destiné  à  Louis  de  Poitiers,  comte  de  Valen- 
tinois  de  1374  à  1419. 

Ce  joli  volume  figure  sur  l'inventaire  de  Gilles  Malet 
(A.  2531,  B.  234)  : 

De  informacione  principum,  en  françois,  translaté  par  maistre 
Jehan  Goulain,  et  est  couvert  de  soie  à  queue. 

Il  fut  livré  au  duc  d'Anjou  le  7  octobre  13801. 

LXII. 

Jean  de  Salisbury,  le  Policratique,  version  française 
par  Denis  Foullechat,  franciscain. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  24287,  relié  aux 
armes  du  cardinal  de  Richelieu. 

Exemplaire  contemporain  de  la  traduction,  qui  fut  faite 
en  1372.  Sur  le  frontispice,  grande  miniature  représentant 
le  roi  dans  son  étude.  Je  suis  porté  à  croire  que  c'est  l'exem- 
plaire original,  ayant  appartenu  à  Charles  V.  Il  répondrait 
cà  cet  article  de  l'inventaire  de  Gilles  Malet  (A.  228,  B.  231)  : 

Policraticon,  translaté  en  françois  par  frère  Denys  Foulechat, 
couvert  de  belle  soie  à  queue2. 

Ce  volume  est  marqué  en  marge  de  l'inventaire  comme 

1.  Ms.  2700,  fol.  12  v  et  43  V. 

2.  C'est-à-dire  «  de  soie  inde  et  blanche  »,  suivant  les  indications  de  l'article 
précédent  des  Inventaires  de  Gilles  Malet. 


264  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

ayant  été  livré  «  à  monseigneur  d'Anjou  »  le  7  octobre 
1380.  Il  ne  figure  pas  sur  les  inventaires  postérieurs,  et 
l'absence  de  renseignements  sur  les  premiers  mots  du 
second  feuillet  et  du  dernier  empêche  de  pouvoir  considé- 
rer comme  absolument  démontrée  l'identité  que  je  pro- 
pose avec  quelque  réserve. 

LXIII. 

Aristote,  les  trois  premiers  livres  des  Météoro- 
logiques EN  FRANÇAIS. 

Bibliothèque  royale  de  Belgique,  ms.  2903,  jadis  11200. 

Cette  traduction  est  l'œuvre  de  Mathieu  Le  Vilain,  qui 
la  dédia,  paraît-il,  à  Alfonse  de  Brienne,  comte  dJEu,  mort 
devant  Tunis  en  1270.  Ce  Mathieu  Le  Vilain  ne  doit  sans 
doute  pas  être  confondu  avec  le  Mathieu  Le  Vilain  qui 
fut  lieutenant  du  bailli  de  Gaux  sous  le  règne  de  Philippe 
le  Bel. 

Ce  volume  figure  jusqu'en  141 3  sur  les  inventaires  de  la 
librairie  du  Louvre  (A.  148,  B.  149,  D.  97,  E.  95).  Celui 
de  l'année  1 41 1  l'indique  en  ces  termes  : 

Item  Metheores  en  françois  et  en  prose,  à  deux  fermouers  d'ar- 
gent dorez,  couvert  de  cuir  rouge  empraint,  escript  de  lettre  for- 
mée, commençant  ou  ne  foeillet  et  vaut  autant,  et  ou  derrenier 
doncques  a  ceste. 

Le  volume  disparut  vers  1 41 4  de  la  librairie  du  Louvre1 
et  passa  dans  celle  des  ducs  de  Bourgogne,  où  nous  le  trou- 
vons inventorié,  vers  l'année  1 467,  parmi  les  livres  con- 
servés à  Bruges2. 

Ung  petit  livret  couvert  de  cuyr  rouge,  intitulé  le  livre  des 
impressions  de  Metheores,  commençant  au  second  feuillet  et  vaut 
autant,  et  au  dernier  doncques  a  ceste. 

1.  Ms.  français  9430,  fol.  65  v\  n°  921. 

2.  Barrois,  Bibliothèque  protypographique,  p.  224,  n"  1584. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  265 

Voir  Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXXI,  part.  I, 
p.  1-16. 

LXIV. 

«  La  Glose  Haly  Abenrudian  sur  le  Quadriperti 
«  Ptholomé  »,  mise  en  français,  d'après  la  traduction 
latine  de  «  Giles  de  Thebaldes,  lombart  »,  suivie  de  «  La 
«  Sentence  sus  Gentiloge  de  Ptolomé  faite  par  maistre  Guil- 
«  laume  d'Arragon.  » 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  1349. 

Exemplaire  de  la  première  moitié  du  xive  siècle,  répon- 
dant à  l'article  300  de  l'inventaire  des  joyaux  de  la  cou- 
ronne dressé  en  1418  : 

Item  un  autre  livre  en  françois,  appelle  le  Qudriparti  Tholomé 
grosse  par  Haly,  à  deux  fermouers  de  laton,  et  se  commence  ou 
secont  feuillet  mouvemens*  celestiaux. 

Le  recolement  de  cet  inventaire  fait  en  1 420  signale  l'ab- 
sence du  volume. 

LXV. 

L'Image  du  monde. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  2174. 

Copie  de  la  fin  du  xine  siècle. 

Mentionné  dans  tous  les  inventaires  de  la  librairie  du 
Louvre  (A.  476,  B.  500,  D.  339,  E.  379,  F.  355).  Ainsi 
décrit  dans  l'inventaire  de  l'année  1411   : 

Item  l'Ymage  du  monde,  rimé,  escript  de  lettre  de  forme,  à  deux 
coulombes,  commençant  ou  second  fueillet  et  li  malvais,  et  ou  der- 
renier  de  Tholomeu  le  Soutil;  couvert  de  cuir  rouge,  à  deux  fer- 
mouers de  laton. 


1.  L'édition  de  l'Inventaire  donnée  par  Douët  d'Arcq  {Choix  de  pièces  iné- 
dites relatives  au  règne  de  Charles  VI,  t.  II,  p.  325)  porte  Monumens. 


266  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Estimé  8  sous  en  1424. 

LXVI. 

Traité  sur  la  sphère,  en  français,  divisé  en  50  cha- 
pitres, suivi  de  divers  écrits  astrologiques  de  Pèlerin  de 
Prusse  et  des  horoscopes  de  Charles  V  et  des  enfants  de 
ce  roi. 

Collège  de  Saint-Jean  à  Oxford,  n°  182  (CLXIV  du  Cata- 
logue de  Coxe). 

Volume  orné  de  deux  peintures  (fol.  1  et  33),  qui  repré- 
sentent l'une  Charles  V  dans  son  étude,  ayant  devant  lui 
un  pupitre  surmonté  d'une  sphère  et  derrière  lui  une 
armoire  à  livres;  l'autre,  le  même  roi,  sur  son  trône  avec 
une  armoire  à  livres  derrière  lui;  il  reçoit  d'un  religieux  à 
genoux  devant  lui  [Pèlerin  de  Pruce],  le  livret  d'astrologie; 
l'autre,  le  même  roi,  l'hommage  du  livret  d'astrologie. 
La  seconde  miniature  se  fait  remarquer  par  un  encadre- 
ment tricolore  quadrilobé.  Les  figures  des  nativités  ou 
horoscopes,  qui  occupent  les  fol.  158-160,  ont  été  ajoutées 
après  coup  en  lettres  d'or.  L'encadrement  de  la  page  con- 
sacrée à  la  nativité  de  Charles  V  est  semé  de  K,  de  couronnes 
et  de  fleurs  de  lis;  sur  les  marges  de  la  page  relative  à  la 
nativité  du  dauphin  Charles,  depuis  le  roi  Charles  VI,  on  a 
peint  les  monogrammes  KLS,  des  fleurs  de  lis  et  des  dau- 
phins bleus  sur  fond  d'or. 

Ce  manuscrit  est  mentionné  comme  il  suit  dans  l'inven- 
taire de  l'année  1 41 8  comme  se  trouvant  à  Vincennes,  en 
l'étude  du  roi  : 

Un  livre  de  parchemin  couvert  de  velluyau  royé  vert,  et  signé  du 
signet  du  roy  Charles  le  quint,  et  y  a  atachée  une  cedule  contenant 
ce  qui  s'ensuit  :  «  La  nativité  de  monseigneur  le  Daulphin,  ainsné 
filz  du  Roy  nostre  sire,  et  la  nativité  de  monseigneur  Loys,  second 
filz  du  Roy.  »  (H.  500.) 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         267 

Une  notice  identique  a  été  relevée  par  Menant1  dans 
le  compte  des  commissaires  préposés  aux  obsèques  de 
Charles  VI  : 

D'un  livre  de  parchemin,  couvert  de  veluyau  royé  vert  et  signé 
du  signet  du  roy  Charles  le  V,  et  y  a  attachie  une  cedule  contenant 
ce  qui  s'ensuit  :  «  La  nativité  de  monsieur  le  Dauphin,  ainsné  filz 
du  roy,  et  la  nativité  de  monsieur  Louis,  second  filz  du  roy;  lequel 
n'a  point  esté  prisé  pour  ce  qu'il  est  de  très  petite  valeur. 

Voici,  d'après  le  Catalogue  de  Coxe  (Catalogus  codicum 
mss.  collegii  S.  Joh.  Bapt.,  p.  51 ,  n°  CLXIV,  dans  le  tome  II 
du  Catalogus  codicum  mss.  qui  in  collegiis  aulisque  Oxo- 
niensibus  hodie  asservantur) ,  et  d'après  les  notes  de  M.  Paul 
Meyer,  la  description  du  manuscrit  d'Oxford,  qui  forme  un 
petit  volume  sur  parchemin,  in-4°,  de  i  et  161  feuillets  : 

I.  (Fol.  1.)  Traité  sur  la  Sphère,  en  cinquante  chapitres.  «  Ci 
commence  l'Espère  en  François.  »  Prologue  :  «  La  figure  et  la  dis- 
position du  monde,  le  nombre  et  ordre  des  elemens  et  les  mouve- 
mens  des  corps  du  ciel...  »  Chap.  i  :  «  Le  premier  chapistre,  de  la 
figure  du  monde  et  de  ses  parties  principauls.  Le  monde  est  tout 
reont  aussi  comme  une  pelote...  » 

II.  (Fol.  33.)  Traité  astrologique  sur  les  douze  maisons  des  pla- 
nètes, par  Pèlerin  de  Prusse.  Prologue  :  «  En  nom  du  très  miseri- 
cors  et  piteable  Dieu  nostre  sires  Jhesu  Crist,  vrai  Dieu  et  homme, 
qui  avecques  le  Père...  Et  pour  ce  je  Pèlerin  de  Pruce...  Touteffois 
le  très  excellent  et  puissant  prince  et  mon  très  redoubté  seigneur 
monseigneur  Charles,  ainsné  filz  du  roy  de  France,  duc  de  Norman- 
die et  dalphin  de  Viennoys,  duquel  je  estoie  come  indigne  et  de  ses 
mendres  serviteurs  pour  le  temps,  moy  commanda  que  je  escrisisse 
briément  et  clerement  en  la  langue  françoise,  de  laquelle  je  ne  say 
guères,  aucunes  riules  et  choses  plus  nécessaires  en  la  partie  des 
jugemens  de  astrologie,  des  eleccions...  Et  pour  acomplir  le  mande- 
ment de  mon  dit  très  redoubté  seigneur,  duquel  ne  ignorance  ne 
autre  occasion  me  puist  accuser,  je  escriray  soubz  correction  un 
petit  livret,  à  mon  pouoir,  de  la  partie  des  eleccions,  uquel  je  assem- 
bleray  les  plus  communes  et  plus  nécessaires  choses  de  la  dite  par- 

1.  Extraits  de  la  Chambre  des  comptes,  t.  VIII,  fol.  173.  (Bibliothèque  de 
Rouen,  n°  5870  du  Catalogue.) 


268  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

tie,  et  especialment  matières  touchans  la  santé  du  corps  et  fait 
humain  generalment;  et  causes  royaulx  et  de  princes  pour  garder 
naturelment  leur  commencement  en  quelconques  matire...  »  —  «  Ce 
sont  les  parties  profitables  au  fait  royal  et  seigneurie,  usées  en  la 
partie  de  revolucion  des  années.  Encore  a  il  aucunes  parties  usées 
en  revolucion  pour  savoir  choses  en  l'année  qui  doivent  devenir 
chieres  ou  à  grant  marchié,  et  je  les  ai  laissiées,  car  il  ne  font  guères 
à  nostre  propos.  Et  je  ay  laissié  ces  trois  fueillez  vuis,  afin,  se  il 
plaist,  de  exposer  aucune  chose,  que  elle  soit  ci  escripte,  etc.  »  — 
«  Ci  commence  la  seconde  partie  de  ce  livre  qui  tient  les  générales 
élections  de  douze  maisons...  »  —  Fin  du  traité  :  «  Et  ceste  riule 
générale  ai  je  mis  au  bout  de  ceste  partie  de  cest  livret  des  eleccions 
universelles  de  douze  maisons,  afin  quelle  soit  la  clef  de  toutes 
autres  et  fermeure,  lesquelles  je  ai  acompli  par  l'aide  de  Dieu  à  mon 
pouoir  l'an  de  grâce  1361,  le  11e  de  juillet,  ascendant  le  14  degré 
de  Libre  le  Souleil  à  midi,  etc.,  en  la  petite  consergerie  de  l'ostel 
de  monseigneur  de  Norrnendie,  de  coste  Saint  Pol  lez  Paris.  » 

III.  (Fol.  111.)  Traité  de  l'usage  de  l'astrolabe.  «  La  science  du 
firmament  et  du  mouvement  des  estoiles...  Pour  ce,  je  ai,  par  com- 
mandement de  mon  très  redoubté  seigneur,  très  haut  et  noble 
prince,  les  profils  et  generalz  observances  communément  cheans  en 
practique  pour  grant  proffit  de  la  dicte  science,  mis  en  ce  livret  en 
langue  françoise...  —  Et  ainssi  ay  je  Pèlerin  de  Prusse,  l'an  1362, 
le  9e  jour  de  may,  à  l'eure  de  prime,  par  l'aide  de  Dieu,  acompli 
les  proffiz  et  chapitres  de  la  practique  de  astrolabe  briefment  et 
simplement,  tant  seulement  par  usage  de  astrolabe,  sans  meller 
ouvrages  et  besoingnes  estrainges  par  guise  de  calculacion,  afin  que 
les  ouvrages  soient  simples  et  de  chascune  personne  entendables. 
Explicit.  » 

IV.  (Fol.  119.)  «  Ci  comence  le  prologue  de  Alchabiz,  introducteur 
as  jugemens  des  estoiles,  interprété  de  Johan  de  Hispalense,  qui  le 
translata  de  arabis  en  latin.  Require  de  Nostre  Seigneur  prolixité  de 
vie  et  du  glaive  de  son  reigne  durableté  de  son  honeur...  —  ...  Ce 
sont  toutes  les  choses  qui  eschieent  de  parties.  Et  avons  mis  ces 
parties  desrenieres,  afin  que  nous  ne  lession  aucune  chose  de  l'in- 
troductoire,  ja  soit  ce  que  la  narration  en  soit  fieble.  Nostre  intro- 
ductoire,  dit  Pellerin,  est  parfait  avec  la  loenge  et  aide  de  Dieu. 
Deo  gracias.  » 

V.  (Fol.  155  et  156.)  Listes  relatives  aux  signes  du  zodiaque. 

VI.  (Fol.  158.)  Tables  des  nativités  de  Charles  V  et  de  ses  enfants. 
«  Figura  nativitatis  serenissimi  régis  Francorum  Karoli,  anno 
Domini  1338  post  meridiem,  22e  diei  Januarii,  hora  17,  minuta  36... 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  2G9 

Figura  nativitatis  serenissimi  principis  Karoli  delfini  Vienne,  filii 
illustrissimi  régis  Francorum  Karoli,  anno  Domini  1368  post  meri- 
diem, 2e  diei  Deccrabris...  Figura  nativitatis  serenissirne  domine 
Marie  de  Francia,  filie  illustrissimi  régis  Francorum  Karoli,  post 
mediam  noctem  precedentem  hora  2,  minuta  52,  et  hoc  fuit  post 
meridiem  26  diei  Februarii,  hora  9,  minuta  51...  Figura  nativitatis 
serenissimi  principis  Ludovici  comitis  de  Valoys  anno  Domini  1372, 
12  Marcii,  que  fuit  dies  Veneris,  post  meridiem  11  diei,  hora  13, 
minuta  8,  que  fuit  dies  Jovis  in  nocte  sequente...  Figura  nativitatis 
domine  Ysabelle,  filie  illustrissimi  régis  Francorum  Karoli,  anno 
Domini  1373,  die  23  Julii,  die  sabbati  post  meridiem..    » 

M.  Delachenal  m'a  communiqué  la  photographie  des 
pages  de  ce  manuscrit  relatives  aux  horoscopes  des  membres 
de  la  famille  royale,  qui  doivent  lui  fournir  la  matière  d'un 
mémoire  très  intéressant. 


LXVII. 

La  Géomancie  de  Guillaume  de  Meerbeke,  mise  en 
français  par  Gautier  Le  Breton. 

Bibliothèque  du  Collège  de  la  Trinité  à  Cambridge,  n°  1 447. 
Exemplaire  original,  à  la  fin  duquel  se  lisent  ces  lignes  : 

Le  livre  de  Géomancie  est  achevé,  que  frère  Guillaume  de  Mor- 
bec,  de  l'ordre  des  Frères  Prêcheurs,  jadis  penancier  du  Saint  Père, 
translata  du  grec  en  latin.  Et  Gautier  Le  Breton,  clerc,  né  de  Bas- 
queville-le-Martel,  demeurant  à  Évreux  en  Normandie,  le  translata 
du  latin  en  françois,  et  escript  u  chastel  de  Dangu,  à  la  prière  de 
noble  et  puissant  baron  monseigneur  de  Preaus,  et  avec  ce  les 
autres  choses  ensuivantes,  lesqueles  escriptures,  tant  devant  alantes 
comme  après  ensievans,  furent  escriptes  u  lieu  desus  dit,  l'an  de 
grâce  1347,  dont  Dieu  soit  loé.  Amen. 

Ce  volume,  inscrit  dans  tous  les  inventaires  de  la  librai- 
rie du  Louvre  (A.  61,  B.  62,  D.  32,  E.  31  et  F.  20),  est 
ainsi  décrit  dans  celui  de  l'année  1411   : 

Item  Geomencie  bien  escripte  et  bien  enluminée,  couvert  et  fer- 


270  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

mant   semblablement  ',   escripte  de  lettre  de  forme,   en  François, 
commençant  ou  11e  fueillet  le  scorpion,  et  ou  derrenier  se  tu  veulz 


savoir. 


Estimé  20  s.  p.  en  1424. 

Le  seigneur  pour  qui  le  présent  manuscrit  fut  exécuté 
en  1347  était  Pierre  de  Préaux,  qui,  cette  même  année, 
était  capitaine  des  frontières  du  pays  de  Caux2. 

Voir  Montague  Rhodes  James,  The  Western  manuscripts 
in  tJte  library  ofTrinity  Collège,  Cambridge;  vol.  III,  p.  492, 
n°  1447.  C'est  à  l'ouvrage  de  M.  R.  James  que  j'ai  dû  la 
connaissance  de  ce  précieux  manuscrit. 

La  Géomancie  de  Guillaume  de  Meerbeke,  traduite  par 
Gautier  Le  Breton  n'était  pas  le  seul  livre  de  Pierre  de 
Préaux  qui  fût  arrivé  entre  les  mains  de  Charles  V.  Il  faut 
attribuer  la  même  origine  à  des  Heures  qui  se  trouvèrent 
en  1 380  à  Vincennes  dans  l'étude  du  roi  et  qui  furent  ainsi 
inventoriées  : 

Ung  livre  où  sont  les  Heures  de  Saint  Esperit  et  de  la  Passion, 
très  bien  ystoriées  de  blanc  et  de  noir,  à  deux  aiz  d'argent,  dorez, 
où  d'un  costé  est  saincte  Katherine  et  d'autre  saincte  Marguerite, 
aux  armes  de  Preaulx  et  des  Crespins3. 

LXVIII. 

Le  Contenant  de  Rhasès. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  latin  6912. 

Énorme  manuscrit,  en  caractères  boulonnais,  qui  primi- 
tivement consistait  en  deux  volumes,  et  que  Baluze  coupa 
en  cinq  tomes,  quand  il  le  fit  relier  en  maroquin  rouge 
aux  armes  de  Colbert. 

1.  C'est-à-dire  :  «  Couvert  de  soye  tannée,  ouvrée  d'arbres  vers  et  roses 
blanches,  à  deux  fermouers  d'argent  doré.  » 

2.  Demay,  Inventaire  des  sceaux  de  la  collection  Clairambaull,  t.  II, 
p.  484,  n"  7405. 

3.  Inventaire  du  mobilier  de  Charles  V,  éd.  J.  Labarte,  p.  317,  n°  3045.  — 
Le  domaine  de  Dangu,  qui  avait  appartenu  à  la  famille  des  Crespin,  échut  par 
mariage  à  la  famille  de  Préaux. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         271 

L'ouvrage  qu'on  a  souvent  appelé  le  Contenant  de  Rha- 
sès  est  l'Encyclopédie  médicale  en  vingt-cinq  livres,  intitu- 
lée El-Havi,  qui  a  pour  auteur  Mohammed  Àbou  Bekr 
Ibn-Zacoria,  plus  connu  sous  le  nom  de  Rhasès. 

Charles  d'Anjou,  en  ayant  reçu  du  kalife  de  Tunis  un 
exemplaire  du  texte  arabe,  le  fit  traduire  par  le  juif  Farag, 
originaire  de  Girgenti,  qui  exécuta  son  travail  en  12178  et 
1 279.  L'exemplaire  destiné  au  roi  fut  achevé  en  1 282,  sous 
la  direction  d'un  Français,  au  service  du  prince  angevin, 
qui  s'appelait  Jean  de  Neelle,  et  qui  nous  est  connu  non 
seulement  par  des  pièces  de  comptabilité1,  mais  encore 
par  la  souscription  mise  à  la  fin  d'un  petit  livre  de  chro- 
niques, arrivé  à  la  Bibliothèque  nationale  (n°  5005  A  du 
fonds  latin)  : 

De  mandato  magistri  Johannis  de  Nigella,  physiciani  sanctissimi 
et  invictissimi  domini  régis  Karoli,  et  cappellani  doraini  pape,  ego 
Angélus  Alberti,  notarius,  hune  librum  scripsi  et  exemplavi2. 

C'est  au  comte  Paul  Durrieu  que  revient  l'honneur 
d'avoir  définitivement  identifié  le  Rhasès  du  roi  de  Sicile 
avec  le  ms.  latin  6912  delà  Bibliothèque  nationale.  On  lit 
en  effet,  à  la  fin  du  dernier  volume,  la  souscription  du 
copiste  :  «  Liber  scriptus  per  manum  Angeli  de  Mar- 
«  chia3,  »  et  le  titre  final,  ainsi  conçu,  a  été  tracé  en  onze 
lignes  sur  le  fol.  189  v°  : 

Explicit  translacio  libri  Elhavy  in  raedicina,  conpilati  per  Mahu- 
med  Bizaccaria  Elrazi,  facta  de  mandato  excellentissimi  régis  Karoli, 
glorie  gentis  christiane,  corone  liliorum  baptismatis  et  luminis  peri- 
torum,  per  manus  magistri  Faragii  judei,  fîlii  magistri  Saleni  de 


1.  Ces  pièces  ont  été  analysées  par  le  comte  Durrieu  dans  le  mémoire  inti- 
tulé Un  poitrail  de  Charles  Ier  d'Anjou,  roi  de  Sicile,  frère  de  saint  Louis, 
peint  à  Naples  en  1282,  par  le  miniaturiste  Jean,  moine  du  Mont  Cassin 
(Gazette  archéologique,  année  1886,  p.  193-201). 

2.  Le  Cabinet  des  manuscrits,  t.  II,  p.  386. 

3.  Ms.  latin  6912,  t.  V,  fol.  219  v>. 


272  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Agregento,  devoti  interpretis  ejus,  et  laus  sit  Deo  utriusque  seculi, 
qui  in  adjutorio  ejus  fuit,  die  lune,  xiu°  februarii,  vu  indictione1, 
apud  Neapolim.  Deo  gratias.  Amen.  Amen. 

Nous  ne  pouvons  pas  suivre  les  vicissitudes  par  les- 
quelles a  passé  le  Rhasès  de  Charles  d'Anjou  pour  arriver 
jusqu'à  nous.  Ce  qui  est  certain,  c'est  qu'il  trouva  un  asile 
momentané  dans  la  librairie  du  Louvre  sous  le  règne  de 
Charles  VI.  C'est  bien  lui  qui  figure  sur  les  trois  derniers 
inventaires  de  cette  librairie  (D.  762-763,  E.  786-787, 
F.  704),  et  qui  est  ainsi  décrit  dans  celui  de  1411  : 

Item  le  livre  de  médecine  que  fîst  Helham,  contenant  xxv  livres 
en  deux  volumes,  très  bien  escript  de  lettre  boulenoise,  à  deux 
coulombes.  Le  premier  volume  contenant  xn  livres,  commençant  au 
ne  foillet  du  texte  varios  expellandi,  et  ou  derrenier  :  accuunt 
morbum2. 

Et  l'autre  volume  contenant  xni  livres  commençant  au  ue  foillet 
humilitatem  non  dissohnint,  et  au  derrenier  linga  arietis3.  Et  sont 
tous  les  diz  deux  volumes  couvers  de  taffetas  jaune,  chascun  à 
mi  fermoirs  d'argent  dorez,  esmaillez  des  armes  du  roy  de  Jberusa- 
lem  et  de  Secile,  qui  les  diz  deux  volumes  envoya  pieça  au  roy  de 
France. 

Les  deux  volumes  furent  estimés  30  livres  en  1424. 

Nous  en  perdons  la  trace  depuis  1 424  jusqu'au  temps 
de  Colbert. 

Pour  donner  une  idée  de  la  valeur  de  l'illustration  des 
deux  volumes,  qui  fut  confiée  à  un  moine  du  Mont  Cassin 
nommé  Giovanni,  je  ne  puis  mieux  faire  que  de  renvoyer 
à  l'excellent  mémoire  du  comte  Durrieu  indiqué  un  peu 
plus  haut  (p.  271). 

t.  Le  lundi  13  février  1279. 

2.  Dans  le  ms.  6912,  les  mots  varios  expellendi  se  trouvent  au  commence- 
ment du  fol.  2  du  tome  I,  et  les  mots  acuunt  morbum  au  commencement  du 
dernier  feuillet  du  tome  II. 

3.  Dans  le  ms.  6912,  le  second  feuillet  du  tome  III  commence  par  les  mots 
humilitatem  dissolvant,  et  le  dernier  du  tome  V  par  les  mots  lingua  arietis. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  273 

LXIX. 

Tacuinum  sanitatis. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  latin  6977  ;  venu  de  la 
librairie  du  château  de  Blois  et  portant  sur  la  dernière 
page  cette  note  de  la  main  de  Charles,  duc  d'Orléans  : 
«  Iste  liber  constat  Karolo,  duci  Aurelianensi,  etc.  KARO- 
«  LVS.  » 

Ce  livre  figure  sur  les  derniers  inventaires  de  la  librairie 
du  Louvre  (D.  773,  E.  797,  F.  714),  et  est  ainsi  décrit 
dans  celui  de  l'année  1 41 1  : 

Item  Tacuinum  sanitatis,  de  lettre  de  forme,  à  une  coulombe  et 
en  latin,  commençant  ou  ue  foillet  in  octava,  et  ou  derrenier  la 
diversa  cibaria,  couvert  de  cuir  tanné,  à  n  fermoirs  de  laton. 

Estimé  121  sous  en  1424. 

Sur  les  manuscrits  du  Tacuinum  sanitatis,  voir  le  Journal 
des  Savants,  1896,  p.  535. 

LXX. 

La  Chevalerie  de  Vegèce,  translatée  par  Jean  de 
Meun. 

Musée  britannique,  fonds  royal,  20.  B.  I. 

Exemplaire  du  xive  siècle,  qui  est  porté  sur  tous  les 
inventaires  de  la  librairie  du  Louvre  (A.  137,  B.  138, 
D.  161,  E.  157,  F.  138).  Il  est  ainsi  décrit  dans  celui  de 
l'année  1 41 1  : 

Item  Vegèce  de  Chevalerie,  couvert  de  drap  d'or,  très  bien  escript 
et  bien  enluminé,  de  la  translacion  maistre  Jehan  de  Meun,  comme 
il  est  escript  en  la  fin  dudit  livre,  de  grosse  lettre  de  forme,  à  deux 
coulombes  ;  commençant  ou  ne  fueillet  comment  ïen  doit,  et  ou  der- 
renier, en  rouge  lettre,  prince  Jehan  contes  d'Eu;  à  cinq  bouillons  et 
deux  petiz  fermouers  de  cuivre. 

18 


274         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Estimé  2  livres  en  1424. 

Je  dois  la  connaissance  de  ce  manuscrit  à  l'amitié  de 
M.  Paul  Meyer. 

LXXI. 

LE  JEU  DES  ÉCHECS. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  1999.  Venu  de  la 
librairie  du  château  de  Blois. 

Mentionné  dans  tous  les  inventaires  de  la  librairie  du 
Louvre  (A.  367,  B.  388,  D.  253,  E.  294,  F.  274).  Celui 
de  l'année  1411  l'annonce  en  ces  termes  : 

Item  les  Esches,  le  jeu  figuré  et  escript  de  lettre  de  forme,  en 
françois,  à  une  coulombe  seulement,  commençant  ou  ne  foillet  li 
blant  traiait,  et  ou  derrenier  cesle  pasture1  ;  couvert  de  cuir  blant 
sanz  emprainte,  à  n  fermouers  de  cuivre. 

Estimé  1  livre  en  1 424. 

LXXII. 

Le  livre  de  Marco  Polo. 

Bibliothèque  de  Stockholm. 

Exemplaire  copié  au  milieu  du  xive  siècle,  dont  une 
reproduction  phototypique  a  été  publiée  en  1 882  à  Stock- 
holm par  les  soins  de  Nordenskiold2.  Il  est  enregistré  sur 
tous  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre  :  A.  450, 
B.  471,  D.  317,  E.  358,  F.  336.  L'inventaire  de  l'année 
1 41  i  le  mentionne  en  ces  termes  : 

Item  Marcus  Paulus,  non  enluminé,  escript  en  françois,  de  lettre 
de  forme,  commençant  ou  ne  feuillet  vocata  moult  grant,  et  ou  der- 
renier ilec  dist  il;  couvert  de  cuir  blanc,  à  deux  fermouers  de  laton. 

1.  Le  ms.  1999  porte  Ceste  parture. 

2.  Le  livre  de  Marco  Polo.  Fac-similé  d'un  manuscrit  du  XIVe  siècle  con' 
serve  à  la  Bibliothèque  royale  de  Stockholm.  Stockholm,  1882.  In-4". 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         275 

Estimé  12  sous  en  1424. 

Voir  la  reproduction  phototypique  citée  plus  haut  et  la 
Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1882,  t.  XLIII,  p.  226 
et  423. 

LXXIII. 

Les  Voyages  de  Jean  de  Mande  ville  et  la  «  Preser- 
vacion  de  epidimie,  minucion  ou  curacion  d'icelle,  faite  de 
maistre  Jehan  de  Bourgoigne,  autrement  dit  à  la  Barbe, 
professeur  en  médecine  et  cytoien  du  Liège  » . 

Mss.  français  45 1 5  et  451 6  du  fonds  des  Nouvelles  acqui- 
sitions (jadis  10262  de  l'inventaire  de  1682),  qui,  après 
avoir  été  volé  à  la  Bibliothèque  royale,  a  été  coupé  en  deux 
morceaux  pour  former  les  nos  24  et  1 85  du  fonds  Barrois. 

Charmant  manuscrit  dont  le  frontispice  est  orné  d'une 
miniature  partagée  en  quatre  compartiments  quadrilobés, 
à  encadrements  tricolores.  Cette  miniature  est  surmontée 
de  l'écu  royal  à  fleurs  de  lis  sans  nombre. 

A  la  fin  de  la  relation  du  Voyage  (fol.  95  v°)  se  lit  la 
souscription  : 

Ce  livre  cy  fist  escrire  honorables  homs,«  sages  et  discret  maistre 
Gervaise  Crestien,  maistre  en  médecine  et  premier  phisicien  de  très 
puissant,  noble  et  excellent  prince  Charles,  par  la  grâce  de  Dieu 
roy  de  France.  Escript  par  Raoulet  d'Orliens,  l'an  de  grâce  mil  CGC 
LXXI,  le  xvme  jour  de  septembre. 

A  la  fin  du  traité  sur  l'épidémie,  Charles  V  a  tracé 
quelques  lignes  qu'on  a  soigneusement  effacées  mais  qu'un 
réactif  a  permis  de  lire  : 

Ce  livre  est  à  nous,  Charles  le  Ve  de  no- 
tre nom,  roy  de  France,  et  le  nous  donna 
mètre  Gervese  Cretien,  notre  premier 
fîsicien,  l'an  M.  CCC.  LXXI. 

CHARLES. 


276         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Ce  volume  figure  en  ces  termes  sur  l'inventaire  de  Gilles 
Malet  : 

Messire  Guillaume  de  Manreville,  qui  parle  d'une  partie  des  Mer- 
veilles du  monde  et  des  pays,  couvert  de  veluyau  ynde  ;  et  le  donna 
au  Roy  maistre  Gervaise  Chrestien,  son  premier  phisicien. 

Le  roi  Charles  VI  le  fit  sortir  de  la  librairie,  comme  le 
constate  la  note  marginale  de  l'inventaire  A,  fol.  8  v°  :  «  Le 
«  Roy  l'a  prins  xxe  de  novembre  IIIF*  et  XII.  »  —  Plus 
tard,  ce  volume  a  fait  partie  de  la  librairie  de  Jean  d'Or- 
léans, comte  d'Angoulême.  Il  figure  en  ces  termes  sur  un 
inventaire  des  livres  de  ce  prince  dressé  en  1 467  : 

Mandeville,  en  françois  et  parchemin,  avecques  un  traittié  de 
médecine,  en  lettre  de  forme,  commençant,  en  noir,  au  premier  feuil- 
let comme  il  soit  ainsi,  ou  second  saincte  terre,  et  au  commencement 
du  final  moins  de  ce  qu'il  en  vit,  et  fin  d  icellui  mccclxv. 

Le  manuscrit,  avant  d'être  volé  et  mutilé,  contenait,  sur 
les  dernières  pages,  «  quelques  problèmes  d'arithmétique 
et  onze  rondeaux  faits  par  un  amant  pour  sa  maîtresse  » . 
Ces  morceaux  avaient  peut-être  été  ajoutés  par  le  comte 
d'Angoulême. 

Voir  Catalogue  des  manuscrits  des  fonds  Libri  et  Barrois, 
p.  251  -253,  et  Journal  des  Savants,  année  1897,  p.  451 
et  452.  —  Le  frontispice  et  la  dernière  page  du  manus- 
crit sont  reproduits  en  phototypie  dans  mes  Facsimilés  de 
livres  copiés  et  enluminés  pour  Charles  F,  pi.  V  et  VI. 

LXXIV. 

Atlas  catalan,  dont  l'exécution  paraît  devoir  être  rap- 
portée à  l'année  1375  ou  environ. 

Bibliothèque  nationale,  fonds  espagnol,  n°  119. 

Ce  précieux  monument  de  la  vieille  cartographie  cata- 
lane figure  sur  tous  les   inventaires  de    la   librairie   du 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  277 

Louvre  (A.  201,  B.  200,  D.  132,  E.  129,  F.  112).  Il  est 
ainsi  décrit  dans  celui  de  l'année  1 41 1  : 

Item  une  quarte  de  mer,  en  tableaux,  faicte  par  manière  de  unes 
tables,  painte  et  historiée,  figurée  et  escripte,  à  cpiatre  fermouers 
de  cuivre,  laquele  quarte  contient  six  grans  fueillez  qui  sont  de  bois 
sur  lesquels  fueillez  est  colé  le  parchemin,  ouquel  sont  faictes  les 
dites  figures,  couvert  de  cuir  blanc,  à  deux  rondeaux  ouvrez. 

Cette  carte  ne  fut  estimée  que  4  livres  en  1424. 

Buchon  et  Tastu  ont  consacré  à  l'atlas  catalan,  dans 
les  Notices  et  extraits  des  manuscrits  (t.  XIV,  part.  II, 
p.  1-152),  un  travail  étendu,  auquel  est  joint  un  fac- 
similé  lithographique.  Une  reproduction  héliographique  en 
a  été  insérée  dans  le  fascicule  intitulé  Choix  de  monuments 
géographiques  conservés  à  la  Bibliothèque  nationale  (Paris, 
Maisonneuve,  1883,  atlas). 

Il  est  aujourd'hui  reconnu  que  l'atlas  de  Charles  V  appar- 
tient à  une  famille  dont  le  type  le  plus  ancien  connu 
remonte  à  l'année  1 339  :  a  Hoc  opus  fecit  Angelino  Dul- 
«  ceri,  Anno  M.  CCC.  XXXVIIII,  de  mense  Augusto,  in  civi- 
«  tate  Majoricarum1.  »  Cette  carte  de  1339  a  été  recueillie 
en  1885  par  un  bibliophile  parisien,  feu  M.  Lesouef,  qui 
en  a  fait  exécuter  une  reproduction  phototypique. 

LXXV. 

Histoire  universelle  depuis  la  Création  jusqu'à 
la  mort  de  césar. 

Bibliothèque  de  Copenhague,  fonds  de  Thott,  n°  431 , 
in-folio. 

Manuscrit  du  xive  siècle,  orné  de  beaucoup  de  minia- 
tures à  bordures  tricolores.  La  première  partie  est  inti- 

1.  Note  sur  une  carie  catalane  de  Dulceri  antérieure  à  l'atlas  catalan  de 
1375,  lue  à  la  Société  de  géographie  de  Paris  dans  la  séance  du  7  janvier 
1887,  par  G.  Marcel.  Paris,  1887.  In-8°. 


278  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

tulée  :  «  Cy  commencent  les  Queroniques  de  la  Bible,  c'est 
à  savoir  tout  le  Genezy,  et  puis  du  roy  Ninus,  et  de  Fem- 
menie,  et  de  Tebes,  et  de  Troie  la  grand,  et  d'Alixandre, 
toutes  les  merveilles  qu'il  fist  et  qu'il  vit  en  son  temps,  et 
toute  la  vie  de  Julius  Cezar,  et  les  fais  des  Rommains,  et 
la  guerre  que  il  orent  encontre  Cartage  et  encontre  moult 
de  diverses  nascions.  »  —  Début  de  la  seconde  partie  : 
«  Ci  commence  li  Fais  des  Roumains,  de  Saluce  et  de  Sue- 
toyne  et  de  Lucain.  »  —  Sur  cette  compilation  d'histoire 
ancienne,  il  faut  consulter  le  mémoire  de  M.  Paul  Meyer, 
dans  la  Romania,  1885,  t.  XIV,  p.  1-81. 

Ce  volume  figure  sur  tous  les  inventaires  de  la  librairie 
du  Louvre  (A.  10,  B.  10,  D.  1 ,  E.  1,  F.  1);  il  est  ainsi 
décrit  dans  celui  de  l'année  1 41 1  : 

Un  livre  escript  en  lettre  de  forme,  qui  commence  de  Genezis  en 
françois,  et  aussi  traitte  des  faiz  de  Julius  Cezar,  appelé  Suetoine, 
commençant  ou  second  fueillet  dis  qui  cy  est  très  bien  eurée,  et  finis- 
sant au  commencement  du  derrenier  fueillet  il  remaist  Mec  gisant; 
couvert  de  cuir  vermeil  à  empraintes,  à  quatre  fermouers  d'argent 
blanc. 

Il  fut  estimé  16  livres  en  1424. 

Voir  Abrahams,  Description  des  manuscrits  français  de 
la  bibliothèque  de  Copenhague,  p.  74. 

LXXVI. 

Vincent  de  Beau  vais,  «  Le  premier  volume  du 
Mirouer  hystorial,  translaté  en  françoiz  par  la  main 
Jehan  de  Vignay,  à  la  requeste  de  très  haute  et  très  excel- 
lente dame  Jehanne  de  Bourgongne,  roynne  de  France.  Et 
fu  commencié  ou  quint  an  de  son  règne,  l'an  de  grâce  mil 
CGC  et  XXXII,  selon  l'oppinion  de  frère  Vincent,  qui  en 
latin  le  compila  à  la  requeste  de  monseigneur  saint  Loys, 
jadis  roy  de  France  » . 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  279 

Bibliothèque  de  Y  Université  de  Leyde,  Vossianus,  gall . , 
folio,  3  A. 

Volume  écrit  dans  le  second  quart  du  xiv°  siècle  et  orné 
de  280  peintures,  dont  la  liste  a  été  dressée  dans  le  volume 
de  la  Gazette  archéologique  cité  un  peu  plus  bas.  Le  fron- 
tispice est  un  tableau  à  deux  compartiments,  représentant 
la  composition  du  Miroir  historial  sous  les  auspices  de 
saint  Louis  et  la  traduction  du  même  ouvrage  sous  les 
auspices  de  la  reine  Jeanne  de  Bourgogne. 

Sur  la  dernière  page,  j'ai  déchiffré  une  note  ainsi  conçue  : 
«  Cest  livre  est  le  duc  de  Normendie  et  de  Guienne  : 
«  JEHAN.  » 

Charles  V  recueillit  ce  volume  dans  la  succession  de  son 
père  et  le  fit  déposer  dans  la  librairie  du  Louvre,  avec  les 
trois  autres  volumes  du  même  ouvrage.  Les  inventaires  de 
la  librairie  les  ont  enregistrés  tous  quatre  sous  ces  n08  : 
A.  17-20,  B.  17-20,  D.  4-7,  E.  4-7;  l'inventaire  de  1411 
mentionne  le  premier  dans  les  termes  suivants  : 

Item  le  premier  livre  de  Vincent,  dit  le  Miroir  historial,  en  fran- 
çois,  et  en  volume  escript  à  deux  coulombes,  de  lettre  de  forme, 
commençant  au  second  fueillet  sies  de  l'église,  et  commençant  ou 
derrenier  fueillet  et  après  ce;  couvert  de  cuir  rouge,  à  deux  fer- 
mouers  de  cuivre. 

Voir  la  notice  que  j'ai  insérée  sous  le  titre  de  Exem- 
plaires royaux  et  princiers  du  Miroir  historial,  dans  la 
Gazette  archéologique,  année  1886.  A  cette  notice  est 
jointe  l'héliogravure  de  deux  miniatures,  celle  du  fol.  62 
(«la  beneiçon  des  sept  vierges  et  le  mariage  Asseneth  ») 
et  celle  du  fol.  173  (le  supplice  des  meurtriers  de  Darius). 

LXXVII. 

Vincent  de  Beauvais,  «  Le  secont  volume  du 
Miroir  hystorial,  translaté  en  françoiz  par  Jehan  de 
Vignay,  clerc,  escolierà  Paris  en  decrez  ». 


280  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Bibliothèque  de  l'Arsenal,  n°  5080. 

Gros  volume  exécuté  à  la  même  date  que  le  manuscrit 
précédent,  et  dans  lequel  M.  Henry  Martin  a  compté 
450  miniatures.  Sur  la  dernière  page  est  la  signature  de 
JEHAN,  [duc  de  Normandie].  C'est  le  tome  II  de  l'exem- 
plaire du  Miroir  historial  dont  l'existence  du  tome  premier 
à  la  bibliothèque  de  Leyde  vient  d'être  indiquée.  Il  a, 
comme  le  précédent,  fait  partie  de  la  librairie  du  Louvre, 
et  il  est  ainsi  décrit  dans  l'inventaire  de  l'année  1 41 1 ,  sous 
la  cote  5  : 

Item  le  ne  livre  dudit  Miroir  hystorial  en  françois,  et  en  volume 
escript  comme  cellui  dessus  [à  deux  coulombes,  de  lettre  de  forme], 
commençant  ou  ne  fueillet  du  texte  et  abatre  du  tout,  et  au  commen- 
cement du  derrenier  doctrine  du  vieillart,  couvert  de  cuir  vermeil 
empraint,  à  quatre  fermouers  de  cuivre. 

Voir  Catalogue  des  manuscrits  de  l'Arsenal,  par  Henry 
Martin,  t.  V,  p.  43. 

Il  est  possible  qu'un  autre  exemplaire  du  deuxième 
volume  du  Miroir  historial,  qui  a  appartenu  au  duc  de 
Berry,  ait  été  à  l'origine  destiné  à  Charles  V.  Cet  exemplaire 
forme  aujourd'hui  le  n°  79  de  la  collection  de  M.  H.  Yates 
Thompson.  Ce  qui  me  porte  à  proposer  cette  hypothèse, 
c'est  que  les  armes  peintes  au  bas  de  la  première  page  des 
livres  XIV  et  XVII  du  Miroir  (fol.  1  et  101)  sont  accom- 
pagnées de  deux  lions  absolument  semblables  à  ceux  qu'on 
remarque  sur  différents  livres  de  Charles  V.  Les  armes  du 
duc  de  Berry  auraient  pu  être  ajoutées  après  coup  sur 
un  écu  laissé  en  blanc,  comme  nous  en  avons  plusieurs 
exemples. 

Le  premier  cahier  du  volume  a  disparu.  —  Voir  la 
notice  du  manuscrit  dans  A  descriptive  catalogue  of  the 
second  séries  of  fifty  manuscripts  in  the  collection  of  Henni 
Yates  Thompson,  p.  193-206. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  281 

LXXVIII. 

Bernard  Gui,  Version  française  par  Jean  Golein 
des  Fleurs  des  Chroniques. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  1409  des  Nouvelles 
acquisitions. 

Exemplaire  original  à  la  fin  duquel  Charles  V  a  mis  cette 
note  : 

Cez  croniquez  dez  papez 
dez  empereurz  sont  à  nous 
Charles,  le  Ve  de  notre  nom, 
roy  de  France,  et  le  fimez 
faire  l'an  M  CCC  LXVIII 
CHARLES. 

Ce  manuscrit  figure  dans  tous  les  inventaires  de  la 
librairie  (A.  81,  B.  82,  D.  49,  E.  48,  F.  37).  Il  est  ainsi 
mentionné  dans  l'inventaire  de  1 41 1   : 

Item  unes  Croniques  des  papes,  empereurs  de  Romme  et  roys  de 
France,  faisans  mencion  combien  chacun  d'eulz  a  régné,  et  partie 
des  faiz  notables,  qui  en  leurs  temps  sont  avenuz,  couvertes  de  cuir 
rouge  à  empraintes,  de  lettre  de  forme,  en  françois,  à  deux  cou- 
lombes,  commençant  ou  ne  fueillet  puet  estre  intitulé,  et  ou  derre- 
niev  prins  en  Gascoigne,  à  deux  fermouers  de  cuivre. 

Estimé  %  livres  10  sous  en  1425. 

Voir  ma  Notice  sur  les  manuscrits  de  Bernard  Gui,  dans 
Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXVII,  part.  II, 
p.  227.  —  La  note  autographe  de  Charles  V  a  été  repro- 
duite dans  mes  Facsimilés  de  livres  copiés  et  enluminés 
pour  le  roi  Charles  V,  pi.  V. 

LXXIX. 

Bernard  Gui,  Divers  opuscules  historiques  traduits 
en  français  par  Jean  Golein,  en  1369. 


282         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Bibliothèque  du  Vatican,  n°  697  du  fonds  de  la  Reine. 

Exemplaire  original,  en  tête  duquel  Charles  V  est  repré- 
senté recevant  le  livre  des  mains  du  traducteur. 

Ce  volume  figure  sur  tous  les  inventaires  de  la  librairie 
du  Louvre  (A.  64,  B.  65,  D.  36,  E.  35,  F.  24).  Il  est  ainsi 
mentionné  dans  celui  de  l'année  1411  : 

Item  unes  Croniques  faisans  mencion  du  temps  que  il  a  que  les 
papes,  les  empereurs  et  les  roys  de  France  commencèrent  à  régner 
chascun  en  son  siège,  et  combien  chascun  y  a  régné,  et  des  faiz 
notables,  ou  de  la  plus  grant  partie,  qui  au  temps  de  chascun  d"eulz 
est  advenue,  nommées  Martiniennes,  couvertes  de  soye  à  deux  fer- 
mouers  d'argent,  esmaillez  aus  armes  de  France,  escriptes  de  lettre 
de  forme,  en  françois,  à  deux  coulombes,  commençans  ou  ne  foillet 
Loys  conte  d'Estampes,  et  ou  derrenier  en  cclluy  lieu. 

Il  fut  estimé  8  livres  en  1424. 

Voir  la  notice  rédigée  par  M.  Ant.  Thomas  et  insérée 
dans  le  Cabinet  des  manuscrits,  t.  III,  p.  330.  Cf.  l'article 
du  même  auteur  dans  les  Mélanges  d'histoire  et  d'archéo- 
logie de  l'École  française  de  Rome,  année  1 881 . 

On  peut  s'étonner  que  la  bibliothèque  de  Charles  V,  où 
l'œuvre  de  Bernard  Gui  était  si  bien  représentée  par  des 
traductions  françaises,  n'en  ait  pas  contenu  le  texte  latin. 
Cela  paraît  d'autant  plus  extraordinaire  que  la  Bibliothèque 
nationale  de  Madrid  a  recueilli  l'exemplaire  original  de 
l'édition  des  principaux  traités  historiques  que  l'auteur  fit 
exécuter  pour  le  roi  Philippe  de  Valois  et  en  tête  duquel 
il  fit  écrire  cette  dédicace  : 

Régie  magestati  principis  domini  Philippi,  gratia  Dei  Francorum 
régis,  suus  fidelis  frater  B.  misericordia  divina  episcopus  Lodoven- 
sis,  in  provincia  Narbonensi,  presentem  offert  librum  Cronicorum 
Romanorum  pontificum  et  imperatorum  ac  regum  Francorum,  anno 
Domini  1331  «. 

1.  Schifif,  article  publié  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1896, 
t.  LVII,  p.  637-639,  et  notice  insérée  dans  La  Bibliothèque  du  marquis  de 
Santillane,  p.  212-214  (fascicule  CLIII  de  la  Bibliothèque  de  l'École  des 
Hautes-Études,  1905). 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  283 


LXXX. 

Tite-Live,  traduit  en  français  par  Pierre  Bersuire. 

Bibliothèque  de  Sainte-Geneviève,  n°  777. 

Ce  gros  volume  a  dû  être  copié  pour  le  roi  Jean  ou  pour 
Charles  V.  Des  trois  grandes  peintures  qui  décoraient  le 
commencement  des  trois  décades,  il  ne  subsiste  plus  que  la 
première  et  la  troisième.  Le  manuscrit  renferme  en  outre 
une  quarantaine  de  petites  miniatures.  Toutes  ces  peintures 
sont  encadrées  de  bordures  tricolores. 

Porté  sur  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre 
(A.  913,  D.  924,  E.  902!  et  F.  200),  il  est  ainsi  décrit  dans 
celui  de  1 41 1  : 

Item  Titus  Livius,  en  françois,  en  très  grant  volume,  contenant 
trois  décades  en  xxix  livres,  escript  de  très  bonne  lettre  de  forme, 
à  deux  coulombes,  et  très  bien  historié  et  enluminé,  de  la  transla- 
tion du  prieur  de  Saint-Eloy  de  Paris.  Commençant  ou  ne  foillet  ner 
jour  d'avoir  audience,  et  ou  derrenier  ront  perpetuelment  ensoy*. 
Et  fut  du  roy  Charles,  comme  il  est  escrit  en  la  fin  dudit  livre.  Cou- 
vert de  cuir  qui  fut  vert,  à  n  fermouers  d'argent  dorez,  esmaillez  de 
France. 

Ce  volume,  sorti  de  la  librairie  du  Louvre,  y  fut  ren- 
voyé en  1 409  par  le  duc  de  Guyenne,  fils  aîné  de  Charles  VI. 

On  a  anciennement  effacé  la  signature  de  Charles  V 
qui  était  sur  le  dernier  feuillet,  précédée  d'une  note  de 
plusieurs  lignes  :  mais  les  vestiges  en  sont  encore  bien 
visibles. 

Le  Tite-Live,  estimé  60  livres  en  1424,  fut  envoyé  en 
Angleterre  par  le  duc  de  Bedford,  pour  être  offert  à  son 
frère  Honfroi,  duc  de  Gloucester.  C'est  ce  que  nous  apprend 
une  note  écrite  au-dessous  de  la  signature  de  Charles  V  : 

Cest  livre  fut  envoyé  des  parties  de  France  et  donné  par  monsei- 

1.  C'est  bien  ainsi  que  commencent  le  deuxième  et  le  dernier  feuillet  du  ms. 
de  Sainte-Geneviève. 


284  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

gneur  le  régent  le  royaume,  duc  de  Bedfort,  à  monseigneur  le  duc  de 
Gloucestre,'  son  beau-frère,  l'an  mil  quatre  cens  vingt  sept. 

On  ignore  quand  et  comment  il  est  revenu  en  France. 
LXXXI. 

Valère  Maxime,  Les  quatre  premiers  livres,  tra- 
duits en  français  par  Simon  de  Hesdin. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  9749. 

Exemplaire  original  de  la  traduction,  que  l'auteur  rédi- 
gea en  1375.  Parmi  les  nombreuses  peintures  dont  le 
volume  est  orné,  il  faut  remarquer  celle  du  frontispice,  sur 
laquelle  on  voit,  dans  le  compartiment  supérieur,  deux 
scribes  occupés  à  écrire  l'un  le  texte  latin,  l'autre  le  fran- 
çais, et,  dans  le  compartiment  inférieur,  le  traducteur 
offrant  son  livre  à  Charles  V  ;  au  bas  de  la  page  avaient  été 
peintes  les  armes  de  France,  posées  entre  deux  lions  à  très 
longues  queues  :  l'écu  a  été  effacé,  mais  les  lions  sont  à  peu 
près  intacts. 

Gilles  Malet  a  ainsi  enregistré  ce  livre  dans  son  inventaire 
(A.  242,  B.  245)  : 

Valerius  Maximus,  couvert  de  soie  vermeille,  à  queue,  très  bien 
escript  et  ystorié. 

Une  note  marginale  ajoutée  sur  le  fol.  13  du  ms.  fran- 
çais 2700  nous  apprend  que  le  livre  fut  remis  «  à  monsei- 
gneur d'Anjou,  vie  de  mars  IIIF*  » .  Aussi  ne  fîgure-t-il  pas 
sur  les  autres  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre. 

Ce  manuscrit  a  été  l'objet  d'une  notice,  accompagnée 
d'un  fac-similé,  dansl' Album  paléographique  de  la  Société  de 
V École  des  chartes,  pi.  42. 

LXXXII. 

Jacques  de  Voragine,  La  Légende  dorée  en  fran- 
çais. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  285 

Bibliothèque  Mazarine,  ms.  17219. 

Exemplaire  de  la  fin  du  xive  siècle,  dont  le  frontispice, 
représentant  le  couronnement  de  la  Vierge,  est  orné  d'en- 
cadrements tricolores  et  de  deux  lions  analogues  à  ceux 
qu'on  voit  sur  un  certain  nombre  des  livres  de  Charles  V, 
ce  qui  peut  faire  supposer  que  c'est  un  livre  de  la  librairie 
du  Louvre,  quoiqu'on  ne  puisse  lui  appliquer  aucun  article 
des  anciens  inventaires. 

On  en  doit  dire  autant  de  la  Légende  dorée  qui  est  à 
Chantilly  dans  le  Musée  Condé  et  qui  vient  de  la  biblio- 
thèque de  l'Oratoire  à  Paris.  Le  frontispice,  représentant 
le  couronnement  de  la  Vierge,  a  des  encadrements  trico- 
lores, comme  le  frontispice  du  manuscrit  de  la  Mazarine; 
mais  on  n'y  voit  pas  les  lions,  qui  me  semblent  caractériser 
les  livres  faits  pour  Charles  V. 

Le  premier  des  inventaires  (A.  221  et  B.  22)  mentionne 
«  une  Légende  dorée,  en  françois  et  en  un  volume,  de 
grosse  lettre  »,  qui  fut  délivrée  à  «  madame  de  Bour- 
gogne, xiii6  de  octobre  IIHXXI  ».  —  Ce  pourrait  bien  être 
l'exemplaire  de  la  Légende  dorée  qui  est  à  la  Bibliothèque 
royale  de  Belgique  (n°  3421 ,  jadis  n°  9227)  :  il  a  un  enca- 
drement tricolore  et  doit  venir  de  la  librairie  des  ducs  de 
Bourgogne. 

Sur  le  manuscrit  de  la  Mazarine,  voir  A.  Molinier,  Cata- 
logue des  manuscrits  de  la  bibliothèque  Mazarine,  t.  II, 
p.  200. 

LXXXIII. 

Gautier  de  Coinci,  Les  Miracles  de  Notre-Dame,  en 
vers. 

Bibliothèque  du  Séminaire  de  Soissons1. 

1.  Cette  notice  a  été  rédigée  en  1904,  au  moment  de  l'Exposition  des  Primi- 
tifs. —  J'ignore  le  sort  actuel  du  manuscrit  du  Séminaire  de  Soissons. 


286  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Admirable  exemplaire,  orné  de  miniatures  et  qui  peut 
être  cité  comme  un  modèle  de  calligraphie  du  milieu  du 
xive  siècle.  C'est  à  lui  que  s'applique  l'article  suivant  du 
Catalogue  de  Gilles  Malet  (A.  154  et  B.  154)  : 

Les  Miracles  Nostre  Dame  rymés,  couvert  de  veluyau  ynde;  et 
furent  racheteez  des  Angloiz;  bien  escript  et  historiez. 

Dans  le  recolement  qui  fut  fait  après  la  mort  de  Gilles 
Malet,  il  fut  constaté  que  le  volume  n'était  plus  à  la  librairie 
du  Louvre  et  qu'il  avait  été  livré  au  duc  de  Berry,  «  lequel 
livre  fu  baillié  à  monseigneur  de  Berry  j>  (C.  45).  Il  figure 
en  ces  termes  sur  l'inventaire  des  trésors  du  duc  de  Berry 1 
dressé  en  1413  : 

Item  un  livre  des  Miracles  Nostre  Dame,  escript  en  françoys,  de 
lettre  de  fourme,  et  noté  en  aucuns  lieux;  et  au  commencement  du 
second  fueillet  a  escript  comment  que2;  et  est  couvert  de  viez  veluiau 
violet  doublé  de  tiercelin  vermeil;  et  fermant  à  deux  fermouers 
d'argent  dorez,  esmaillez  aux  armes  de  France;  lequel  mondit  sei- 
gneur a  eu  du  Roy. 

Il  fut  prisé  30  livres  tournois  en  1416. 

Je  reproduis  ici  la  petite  dissertation  que  j'ai  publiée  en 
18673  et  dans  laquelle  je  crois  avoir  établi  que  cet  exem- 
plaire des  Miracles  de  Notre-Dame  est  celui  qui,  pris  par 
les  Anglais  [après  la  bataille  de  Poitiers],  fut  racheté  pour 
le  compte  du  Boi  et  prit  place  dans  la  librairie  du  Louvre. 

Parmi  les  manuscrits  du  moyen  âge  qui  furent  exposés 
en  1 867  au  Champ-de-Mars,  dans  les  galeries  de  l'Histoire 
du  travail,  se  trouvait  un  volume  in-folio,  très  bien  conservé, 
qui  attirait  les  regards  du  visiteur  par  la  pureté  de  l'écri- 
ture, et  encore  plus  par  l'élégance  et  l'éclat  des  peintures 

1.  Guiffrey,  Inventaires  de  Jean,  duc  de  Berry,  t.  I,  p.  248,  n°  946. 

2.  Dans  le  manuscrit  de  Soissons,  le  second  feuillet  du  texte  commence  par 
le  vers  Comment  que  die  Evan  ou  Eve. 

3.  Comptes-rendus  des  séances  de  l'Académie  des  inscriptions,  année  1867, 
p.  262-266.  Cf.  Cabinet  des  manuscrits,  t.  III,  p.  324. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  287 

et  des  ornements.  Ce  volume  qui,  depuis  deux  siècles,  a 
fixé  l'attention  d'un  certain  nombre  de  savants,  et  qui  a 
fourni  la  matière  d'un  assez  long  mémoire  lu  par  Louis 
Racine  à  l'Académie  des  inscriptions,  le  £8  janvier  1 744, 
m'a  semblé  mériter  d'être  soumis  à  un  nouvel  examen. 
On  s'est  en  effet  mépris,  jusqu'à  présent,  sur  la  véritable 
origine  de  ce  manuscrit,  et  les  singulières  vicissitudes  par 
lesquelles  il  a  passé  n'ont  point  encore  été  racontées.  Je 
ne  pourrai  pas  les  faire  toutes  connaître,  mais  du  moins 
j'indiquerai  celles  qui  présentent  le  plus  d'intérêt. 

Le  manuscrit  dont  je  vais  parler  se  conservait,  avant  la 
Révolution,  à  Soissons,  dans  l'abbaye  de  Notre-Dame1.  Il 
appartient  aujourd'hui  au  Séminaire  de  Soissons.  Il  ren- 
ferme les  Miracles  de  Notre-Dame  mis  en  vers  français,  au 
commencement  du  xme  siècle,  par  un  moine  de  Saint- 
Médard  de  Soissons  nommé  Gautier  de  Coinci.  C'est  un 
ouvrage  fort  considérable  et  qui  a  joui  longtemps  d'une 
grande  vogue,  comme  l'attestent  les  nombreux  exem- 
plaires qui  en  sont  conservés  dans  les  bibliothèques  de  la 
France  et  de  l'étranger.  Je  n'ai  pas  à  analyser  cette  vaste 
compilation,  dont  le  texte  a  été  publié  par  M.  l'abbé 
Poquet  en  1857,  d'après  l'exemplaire  de  Soissons,  en  un 
gros  volume  in-4°,  et  sur  laquelle  la  critique  n'a  pas  encore 
dit  son  dernier  mot.  Le  seul  but  que  je  me  propose  d'at- 
teindre aujourd'hui  est  de  faire  l'histoire  d'un  des  plus 
précieux  manuscrits  du  poème  de  Gautier  de  Coinci. 

Le  premier  auteur  qui,  à  ma  connaissance,  en  ait  parlé 
est  Dom  Michel  Germain,  l'ami  et  le  compagnon  de  Mabil- 
lon.  Dans  son  Histoire  de  l'abbaye  royale  de  Notre-Dame 
de  Soissons2 y  publiée  en  1675,  il  dit  avoir  vu  entre  les 


1.  D'une  inscription  à  moitié  effacée  qui  est  sur  la  première  page,  il  résulte 
que  le  manuscrit  fut  donné  en  1645  à  Son  Altesse  Madame  de  Lorraine,  abbesse 
de  Notre-Dame  de  Soissons. 

2.  Page  356. 


288  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

mains  de  l'abbesse,  Armande-Henriette  de  Lorraine  d'Har- 
court,  «  un  livre  manuscrit  dont  l'écriture  est  ancienne  de 
près  de  cinq  cens  ans,  et  contenant  les  vers  de  Gautier  de 
Coinci  touchant  les  miracles  de  la  Sainte  Vierge,  dont  ceux 
qui  sont  arrivés  à  Soissons  font  la  meilleure  partie  et  sont 
représentés  avec  des  tailles  douces  fort  agréables.  » 

Je  ne  relève  pas  ce  qu'il  y  a  d'étrange  dans  l'expression 
taille  douce  employée  par  le  bon  bénédictin,  comme  aussi 
par  Louis  Racine1,  pour  désigner  d'anciennes  miniatures. 
Ce  que  je  tiens  à  constater,  c'est  que  Dom  Michel  Germain 
considérait  le  manuscrit  de  Notre-Dame  de  Soissons  comme 
contemporain  de  l'auteur  et  qu'il  en  rapportait  l'exécution 
au  commencement  du  xme  siècle. 

Telle  est  aussi  l'opinion  de  M.  l'abbé  Poquet,  qui  ne 
doute  pas  non  plus  que  ce  manuscrit  ait  été  fait  dans  l'ab- 
baye même  de  Saint-Médard.  Alfred  Darcel,  dans  une  très 
fine  appréciation  des  peintures  de  ce  beau  livre2,  s'en  est 
servi  pour  montrer  à  quel  degré  de  perfection,  suivant 
lui,  l'art  français  était  parvenu  à  la  fin  du  xme  et  au  com- 
mencement du  xive  siècle. 

La  question  d'origine  n'a  pas  été  traitée  par  Edouard 
Fleury,  qui  a  consacré  à  ce  même  volume  un  des  chapitres 
les  plus  importants  de  ses  Études  sur  les  manuscrits  à 
miniatures  de  la  ville  de  Soissons 3  ;  cependant  cet  auteur 
s'éloigne  de  l'opinion  de  ses  devanciers  sur  l'âge  du  manus- 
crit, puisqu'il  le  range  parmi  les  monuments  du  xive  siècle. 
Et  en  effet,  c'est  bien  à  cette  époque  que  se  rapportent 
les  caractères  paléographiques  aussi  bien  que  le  style  des 
peintures. 

Les  descriptions  et  les  dessins  qui  en  ont  été  donnés 


1.  Notice  communiquée  à  l'Académie  des  inscriptions  en  1744  et  insérée  dans 
les  Mémoires  de  cette  Compagnie,  t.  XVIII,  Hist.,  p.  357. 

2.  Gazette  des  Beaux-Arts,  septembre  1859,  t.  III,  p.  278-291. 

3.  Pages  123-129. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  289 

faisaient  déjà  juger  de  la  valeur  du  livre  que  le  Séminaire 
de  Soissons  a  recueilli  dans  les  dépouilles  de  l'abbaye  de 
Notre-Dame.  Il  a  sa  place  marquée  parmi  les  plus  beaux 
manuscrits  français  du  xive  siècle,  et  je  me  félicite  d'avoir 
pu  l'examiner  assez  attentivement  pour  y  remarquer  une 
particularité  qui  m'en  a  révélé  toute  l'histoire. 

Au  bas  du  dernier  feuillet,  on  aperçoit  les  traces  d'une 
signature  soigneusement  grattée.  En  présentant  le  feuillet 
à  une  vive  lumière,  j'ai  cru  reconnaître  que  le  mot  effacé 
était  JEHAN,  et  que  ce  mot  avait  été  tracé  par  le  frère  de 
Charles  V,  Jean,  duc  de  Berry,  dont  la  Bibliothèque  natio- 
nale possède  environ  une  centaine  de  signatures,  les  unes 
au  bas  de  mandements  ou  de  quittances,  les  autres  sur  des 
livres  qui  ont  appartenu  à  ce  prince1.  Pour  vérifier  ma 
conjecture,  j'ai  recouru  aux  inventaires  de  la  librairie  du 
duc  de  Berry.  Dans  celui  qui  a  été  dressé  en  1413,  et  qui 
forme  le  registre  KK258  des  Archives  nationales,  on  trouve 
un  article  ainsi  conçu  : 

Item  un  livre  des  Miracles  Nostre-Dame,  escript  en  françois  de 
lettre  de  fourme  et  noté  en  aucuns  lieux.  Et  au  commancement  du 
second  fueillet  a  escript  Comment  que...;  lequel  monseigneur  a  eu 
du  Roy2. 

Cette  description  convient  à  merveille  au  manuscrit  du 
Séminaire  de  Soissons,  qui  renferme  bien  le  texte  français 
des  Miracles  de  Notre-Dame,  copié  en  lettre  de  forme, 
avec  des  airs  notés  en  musique.  Mais  il  y  a  plus  :  cette 
description  ne  peut  s'appliquer  à  aucun  autre  exemplaire. 
En  effet,  le  volume  décrit  dans  l'inventaire  avait  en  tête  du 
second  feuillet  les  mots  Comment  que,  et  dans  le  manus- 


1.  Un  examen  ultérieur  que  j'ai  pu  faire  en  1904  ne  laisse  aucun  doute  sur 
cette  lecture  ;  il  a  permis  de  constater  qu'au-dessus  de  la  signature  avaient  été 
tracés  les  mots  :  Ce  livre  est  au  duc  de  Berry. 

2.  Voir  la  seconde  partie,  p.  258*,  n°  214. 

19 


290  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

crit  de  Soissons  le  second  feuillet  commence  par  le  vers  : 

Comment  que  die  Evam  ou  Eve. 

A  moins  d'un  hasard  fort  extraordinaire,  on  ne  saurait 
admettre  que,  dans  deux  copies  du  poème  de  Gautier  de 
Coinci,  le  second  feuillet  ait  exactement  commencé  de  la 
même  manière.  D'ailleurs,  je  n'ai  pas  seulement  à  invoquer 
l'identité  des  premiers  mots  du  second  feuillet;  il  ne  faut 
pas  perdre  de  vue  la  signature  dont  j'ai  aperçu  les  vestiges 
à  la  fin  du  volume.  Ces  deux  observations  viennent  à  l'ap- 
pui l'une  de  l'autre  et  prouvent  jusqu'à  l'évidence  que  le 
manuscrit  du  Séminaire  de  Soissons  est  celui  qui  fut  ins- 
crit au  commencement  du  xve  siècle  sur  l'inventaire  de  la 
librairie  de  Jean,  duc  de  Berry. 

C'était  du  roi  que  le  duc  de  Berry  tenait  le  livre  des 
Miracles  de  Notre-Dame.  L'article  d'inventaire  que  j'ai  cité 
plus  haut  l'atteste  formellement  :  lequel  monseigneur  a  eu 
du  roy.  N'y  aurait-il  pas  lieu  de  supposer  que  le  livre 
des  Miracles  a  d'abord  fait  partie  de  la  bibliothèque  de 
Charles  V?  Des  documents  authentiques  vont  encore  nous 
permettre  de  résoudre  ce  second  problème. 

Les  deux  plus  anciens  inventaires  de  la  librairie  du 
Louvre1  mentionnent  un  exemplaire  des  Miracles  de  Nostre- 
Dame,  rimé,  couvert  de  veluyau  inde,  bien  escrit  et  historié. 
C'est  incontestablement  l'exemplaire  qui  passa  un  peu  plus 
tard  chez  le  duc  de  Berry.  En  effet,  dans  l'un  des  inven- 
taires de  Charles  V,  les  mots  Monseigneur  de  Berry  ont  été 
ajoutés  sur  la  marge,  en  regard  de  l'article  relatif  aux 
Miracles  de  Notre-Dame,  et  quand  Jean  Le  Bègue  vérifia,  en 
141 1 ,  l'état  de  la  librairie  du  Louvre,  il  constata  l'absence 
des  Miracles  de  Notre-Dame,  «  lequel  livre,  ajoute-t-il,  fut 
baillé  à  mons.  de  Berry,  comme  appert  par  lettres 
signées  R.  ». 

1.  Voir  la  seconde  partie,  p.  155*,  n°  948. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  291 

On  voit  que  les  inventaires  de  Charles  V  et  de  Charles  VI 
sont  en  parfaite  harmonie  avec  ceux  du  duc  de  Berry,  et 
que  le  manuscrit  dont  nous  suivons  les  vicissitudes  venait 
de  la  librairie  du  Louvre.  Mais  nous  pouvons  essayer 
de  remonter  encore  plus  haut.  Dans  les  inventaires  de 
Charles  V  et  de  Charles  VI  que  j'ai  cités1,  l'article  relatif  aux 
Miracles  de  Notre-Dame  contient  une  indication  d'origine 
qui,  pour  être  fort  brève,  n'en  offre  pas  moins  un  très  vif 
intérêt.  Elle  est  ainsi  conçue  :  Et  furent  rachetés  des 
Anglais.  Pour  avoir  le  sens  de  ces  mots,  il  faut  nous  trans- 
porter au  Musée  britannique  et  ouvrir  la  Bible  historiale 
qui  est  cotée  19.  D.  II,  dans  le  fonds  du  Roi.  Au  verso  du 
troisième  feuillet  de  garde,  nous  y  lisons  ces  mots  :  «  Cest 
«  livre  fut  pris  ove  le  roy  de  France  à  la  bataille  de  Pey- 
«  ters.  Et  le  boum  counte  de  Saresbirs,  William  Montague, 
«  la  acheta  pur  cent  marsz,  et  le  dona  à  sa  compaigne,  Eli- 
«  zabeth,  la  bone  countesse,  que  Dieu  assoile.  Et  est  con- 
«  tinus  dedeins  le  Bible  enter,  ove  tixte  et  glose,  le  mestre 
«  de  histoires  et  incident,  tout  en  mêmes  le  volyme. 
«  Laquele  livre  la  dite  countesse  assigna  à  ses  executours 
«  de  le  vendre  pur  xl  livres.  » 

Ainsi  voilà  une  Bible  que  les  Anglais  ont  prise  en  1356, 
à  la  journée  de  Poitiers,  dans  les  bagages  du  roi  de  France. 
C'est  que,  suivant  un  usage  qui  s'est  perpétué  à  la  cour 
jusqu'au  règne  de  François  Ier,  le  roi  Jean  faisait  toujours 
porter  à  sa  suite  une  partie  de  sa  petite  bibliothèque.  Nous 
sommes  donc  autorisés  à  conjecturer  que  le  livre  des 
Miracles  de  Notre-Dame  se  trouvait  dans  les  coffres  du  roi, 
à  côté  de  la  Bible  historiale,  lors  du  désastre  de  Poitiers. 
Cette  circonstance  nous  explique  comment  Charles  V  dut 
le  retirer  plus  tard  des  mains  des  Anglais. 

Maintenant,  résumons  en  deux  mots  l'histoire  du  manus- 

1.  Voir  la  seconde  partie,  p.  155*  et  156*,  n°  948. 


292  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

crit  du  Séminaire  de  Soissons.  Il  a  été  fait  dans  la  pre- 
mière moitié  du  xive  siècle,  il  faut  l'attribuer  à  cette  école 
de  calligraphes  et  d'enlumineurs  dont  s'enorgueillissait 
alors  la  ville  de  Paris,  et  à  laquelle  nous  devons  la  Vie  de 
saint  Denis,  le  Bréviaire  de  Belleville,  le  Pentateuque  de 
1 356  et  tant  d'autres  chefs-d'œuvre.  Le  roi  Jean  le  perdit 
avec  tous  ses  bagages  dans  la  déroute  de  Poitiers,  Charles  V 
le  racheta  des  Anglais  et  le  plaça  dans  sa  librairie  de  la 
tour  du  Louvre.  Jean,  duc  de  Berry,  le  plus  grand  ama- 
teur de  beaux  livres  du  moyen  âge,  se  le  fît  donner  par 
son  neveu  Charles  VI.  A  la  mort  du  duc  de  Berry,  ce  volume 
dut  être  vendu  pour  éteindre  une  partie  des  dettes  qui 
grevaient  la  succession  du  prince.  Il  fut  offert  le  %  octobre 
\  635  à  Henriette  de  Lorraine,  qui  mourut  en  1 669  abbesse 
de  Notre-Dame  de  Soissons.  On  ignore  comment  il  sortit 
de  l'abbaye  de  Notre-Dame,  au  commencement  de  la  Révo- 
lution, pour  entrer  un  peu  plus  tard  dans  la  bibliothèque 
du  Séminaire  de  Soissons. 

La  communication  que  M.  le  supérieur  du  Séminaire  de 
Soissons  a  bien  voulu  faire  de  ce  manuscrit  à  la  Biblio- . 
thèque  nationale,  en  1904,  pour  l'Exposition  des  Primitifs 
français,  m'a  fourni  l'occasion  de  l'examiner  à  loisir,  et  je 
n'hésite'pas  à  en  insérer  ici  une  description  un  peu  détaillée  : 

Volume  écrit  sur  du  vélin  très  fin.  244  feuillets,  y  compris  le 
feuillet  blanc  de  la  fin,  plus  deux  feuillets  préliminaires.  —  Dimen- 
sions des  feuillets,  335  millimètres  sur  223. 

Ecriture  disposée  sur  deux  colonnes,  d'une  très  grande  élégance 
et  d'une  parfaite  régularité,  dont  les  caractères,  comme  le  style  des 
peintures,  conviennent  tout  à  fait  au  temps  de  Philippe  de  Valois. 
Une  page  en  a  été  reproduite  dans  la  collection  de  fac-similés  des- 
tinés à  l'enseignement  de  l'Ecole  des  chartes. 

On  n'a  point  encore  exactement  ni  complètement  fait  connaître 
le  contenu  de  ce  beau  manuscrit,  ni  signalé  les  parties  qu'a  laissées 
de  côté  l'abbé  Poquet,  et,  comme  il  n'est  point  conservé  dans  un 
dépôt  public,  j'ai  cru  devoir  en  donner  ici  un  dépouillement  dans 
lequel  j'ai  fait  entrer  la  rubrique  et  les  premiers  mots  de  chaque 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         293 

morceau.  En  tête  des  articles  j'ai  ajouté,  en  chiffres  romains,  les 
numéros  correspondants  de  la  Table  initiale1  qui  n'ont  pas  été 
reproduits  dans  le  corps  du  volume.  Cette  table  a  dû  être  copiée 
d'après  un  exemplaire  où,  à  la  suite  des  Miracles  de  Notre-Dame, 
se  trouvaient  des  «  Vies  de  saintes  »  qui  n'ont  point  été  insérées 
dans  le  manuscrit  de  Soissons.  Voici  en  quels  termes  la  Table 
annonce  ces  Vies  de  saintes  : 

«  Ci  commencent  les  Vies  de  saintes. 

«  La  vie  et  la  passion  sainte  Katherine.  LXVI. 

La  vie  et  la  passion  sainte  Agnès.  LXVII. 

La  vie  sainte  Crétine  virge  et  martire.  LXVIII. 

La  vie  et  la  passion  sainte  Agace.  LXIX. 

La  vie  et  la  passion  sainte  Luce..LXX. 

La  vie  a  [sic)  la  sainte  Magdalene.  LXXI. 

La  vie  de  l'Egyptiane.  LXXII. 

La  vie  et  la  passion  sainte  Cécile.  LXXIII. 

La  vie  et  la  passion  sainte  /Vnastaise.  LXXIIII. 

La  vie  sainte  Geneviève.  LXXV. 

La  vie  et  la  passion  sainte  Tecle.  LXXVI. 

La  vie  et  la  passion  sainte  Honorine.  LXXVII. 

La  vie  et  la  passion  sainte  Marguerite.  LXXVIII. 

La  vie  sainte  Justine.  LXXIX. 

La  conversion  saint  Cyprien  et  la  penitance.  LXXX. 

La  passion  saint  Cyprien  et  sainte  Justine.  LXXXI.  » 

Suit  un  dépouillement  dans  lequel  on  trouvera,  à  la  fin  des 
articles,  les  renvois  à  l'édition  de  l'abbé  Poquel  : 

Deux  feuillets  préliminaires  non  cotés.  Sur  le  premier,  au  recto, 
inscription  rappelant  l'hommage  du  livre  à  Madame  de  Lorraine, 
abbesse  de  Notre-Dame  de  Soissons,  en  1645;  au  verso,  grand 
frontispice,  qui  sera  décrit  plus  loin,  p.  303. 

Sur  le  recto  du  second  feuillet  préliminaire,  mauvais  vers  fran- 
çais sur  le  «  saint  soulier  de  la  Vierge  ». 

I.  Fol.  1.  Ci  commencent  les  Miracles  deNostre-Dame.  (Rubrique 
de  la  Table  qui  semble  s'appliquer  à  la  Table  même,  au  prologue  et 
aux  cantiques  copiés  sur  les  fol.  1-7. 
...  Fol.  2.  [Prologue.]  (Poquet,  3.) 

A  la  loenge  et  à  la  gloire 

En  ramembrance  et  en  mémoire 

1 .  Le  texte  de  cette  table  a  été  imprimé  dans  le  livre  de  l'abbé  Poquet,  p.  xxxn. 


294  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

De  la  royne  et  de  la  dame 
Cui  je  commant  mon  cors  et  m'ame. 
...  Fol.  4.  [Derniers  vers  du  prologue  :] 
La  langue  Gautier  de  Coinsi, 
Qui  pour  s'amour  commence  ainsi. 
. . .   Fol.    4.   [Annonce   des  cantiques  insérés  dans  l'ouvrage  :] 
(P.  11.) 

Ainz  qu'ovrir  vueille  le  grant  livre, 
Qui  moût  me  donne  et  moult  me  livre. 
[Cantiques.]  (P.  13.) 
Fol.  4  v°.    Amours  qui  bien  set  enchanter.  (Cf.  fol.  103.) 
Fol.  5.         Quique  face  rotruange  novele.  (Cf.  fol.  101  v°.) 
Fol.  5.         Royne  celestre  [sic)  buer  fusses  tu  née. 

(Cf.  fol.  102  v°.) 
Fol.  5  v°.    Talenz  m'est  pris  orendroit  qu'a  moût  haut  ton. 
Fol.  6.         Efforcier  m'estuet  ma  voiz. 
Fol.  6  v°.    Quant  ces  flouretes  flour  voi. 
Fol.  6  v°.    Pour  conforter  mon  cuer  et  mon  courage. 
Fol.  7  v°.  Ave  gloriosa, 

Virginum  regina, 

Vite  generosa, 

Vite  medicina, 

Clementie  résina.  (P.  755.) 

II.  Fol.  8  v°.  Ici  commencent  les  Miracles  de  Nostre-Dame.  Pre- 
mièrement de  Théophile.  (P.  29.) 

Pour  ceus  esbatre  et  déporter. 

III.  Fol.  21.  De  saint  Yldefonde  arcevesque  de  Tholete.  (P.  77.) 

Un  arcevesque  out  à  Tholete. 

IIII.  Fol.  29.    Ci  devise  des  papelars  et  des  begins. 

(Omis  par  Poquet.) 
...  Fol.  29  v°.  Des  preudommes  ne  di  pas  fi. 

V.  Fol.  35.  Du  filz  au  juif  qui  à  Borges  fu  délivré  du  brasier  par 
le  miracle  Nostre-Dame.  (P.  283.) 

A  Bourges,  ce  truis,  lisant. 

VI.  Fol.  36.  Comment  saint  Jeroime  raconte  de  l'ymage  Nostre- 
Dame  que  le  juif  geta  en  la  chambre  coie.  (P.  423.) 

Un  biau  miracle  vous  recite. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  295 

VII.  Fol.  36  v°.  Du  prestre  que  Noslre-Dame  deffendi  de  l'injure 
que  son  evesque  li  vouloit  faire  pour  ce  que  il  ne  savoit  chanter 
que  une  messe  de  Nostre-Dame.  (P.  323.) 

...  Fol.  37.      Un  miracle  truis  d'un  prouvoire. 

VIII.  Fol.  37  v°.  Du  clerc  de  Chartres  en  qui  bouche  v  roses 
furent  trouvées  quant  il  [fu]  deffouy  du  fossé.  (P.  297.) 

A  Chartres  fu,  ce  truis,  uns  clers. 

IX.  Fol.  38  v°.  Du  moine  que  Nostre-Dame  deffendi  du  deable 
qui  le  vouloit  tuer  en  guise  de  lion.  (P.  327.) 

Uns  moines  fu  d'une  abbeie. 

X.  Fol.  39  v°.  Comment  Nostre-Dame  guari  un  clerc  de  son  let, 
qui  trop  griement  estoit  malades.  (P.  341.) 

Pour  pluseurs  genz  plus  enflammer. 

XI.  Fol.  40  v°.  De  une  noble  dame  de  Rome  que  le  deable  accusa 
à  l'empereeur,  comment  de  avoir  eu  un  enfant  de  son  filz,  et  com- 
ment ele  murtrî  l'enfant  qu'ele  avoit  eu  de  son  filz.  (Omis  par 
Poquet.) 

...  Fol.  41.      Un  haut  miracle  moult  piteus. 

XII.  Fol.  45.  Le  miracle  du  riche  homme  et  de  la  povre  viellete. 
(P.  429.) 

...  Fol.  45  v°.  Tuit  li  miracles  Nostre-Dame. 

XIII.  Fol.  49.  D'une  abeesse  que  Nostre-Dame  deffendi  de  grant 
angoisse  par  sa  pitié.  (Omis  par  Poquet.) 

Une  abbeesse  fu  jadis 
Qui  la  dame  de  paradis. 

XIIII.  Fol.  51  v°.  Du  clerc  qui  mist  l'anel  ou  doi  Nostre-Dame. 

(P.  355.) 

Tenez  silence,  bêle  gent. 

XV.  Fol.  52  v°.  De  l'enfant  que  le  deable  en  vouloit  porter. 
(P.  443.) 

Entendez  tuit,  faites  silence. 

XVI.  Fol.  55  v°.  Des  cinc  roses  qui  furent  trouvées  en  la  bouche 
au  moine  après  sa  mort.  (P.  359.) 

Un  brief  miracle  moult  aoine. 


296  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

XVII.  Fol.  56.  D'un  moine  resuscité  de  l'une  et  l'autre  mort  par 
la  déserte  Nostre-Dame.  (P.  455.) 

Si  com  mon  livre  me  témoigne. 

XVIII.  Fol.  57  v°.  De  Girart  qui  s'ocist  par  le  decevement  au 
deable  com  il  aloit  à  Saint-Jaque.  (P.  291.) 

Un  biau  miracle  vous  vueil  dire. 

XIX.  Fol.  59.  De  la  nonnain  que  Nostre-Dame  délivra  de  grant 
blasme  et  de  grant  poine.  (P.  475.) 

Mes  livres  me  dit  et  révèle. 

XX.  Fol.  60  v°.  Du  moine  qui  onques  ne  sist  as  heures  de  Nostre- 
Dame,  et  por  ce  fu  il  sauf.  (P.  489.) 

En  escript  truis  qu'en  l'abbeie 
De  Saint  Sauveur  de  Pavie. 

XXI.  Fol.  61  v°.  De  chevalier  à  cui  la  volenté  fu  contée  pour  fait 
après  sa  mort.  (P.  493.) 

A  ceus  qui  aimment  doucement. 

XXII.  Fol.  63.  De  la  nonnain  à  cui  Nostre-Dame  abreja  son  Ave 
Maria.  (P.  481.) 

...  Fol.  63  v°.         A  la  loenge  de  la  Virge. 

XXIII.  Fol.  65.  Du  larron  que  Nostre-Dame  soustint  par  ni  jours 
as  fourches  pendant  et  le  délivra  de  mort.  (P.  501.) 

Ci  après  vueil  mètre  en  brief. 

XXIIII.  Fol.  66.  Du  secrestain  que  Nostre-Dame  visita.  (P.  333.) 
Se  près  de  moi  vous  voulés  traire. 

XXV.  Fol.   67  v°.  Le  Miracle  du   Sarrazin  qui  aoura  l'ymage 
Nostre-Dame.  (P.  505.) 

Queques  d'oïr  estes  en  grant. 

XXVI.  Fol.  69.  Des  deus  famés  qui  s'entrehaoient  que  Nostre- 
Dame  racorda.  (P.  511. 

Fol.  69  v°.       Queque  talent  avez  d'oïr. 

XXVII.  Fol.  70  v°.  Le  miracle  comment  Nostre-Dame  fu  férue 
d'un  quarrel  ou  genoil.  (P.  275.) 

En  escrit  truis  que  près  d'Orliens. 

XXVIII.  Fol.  71  v°.  D'un  abbé  et  ses  compaignons  et  autres  genz 
que  Nostre-Dame  secourut  en  la  mer.  (P.  517.) 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  297 

Fol.  72.  Entendez  tuit,  et  clerc  et  lai. 

XXIX.  Fol.   73.  De  saint  Bon,    qui    fu  evesque  de  Clermont. 
(P.  303.) 

Queque  volentez  me  seraont. 

XXX.  Fol.  75.  Le  miracle  de  l'escommenié  qui  ne  povoit  trouver 
qui  l'asousist.  (P.  575.) 

...  Fol.  75  v°.         Un  miracle  vueil  réciter. 

XXXI.  Fol.  80  v°.  Du  riche  homme  à  cui  le  deable  servi  par 
vu  anz  por  lui  décevoir.  (P.  523.) 

Pour  ce  qu'oiseuse  est  morz  à  l'ame. 

XXXII.  Fol.  82  v°.  Du  clerc  à  qui  on  trouva  une  rose  en  la  bouche 
après  sa  mort.  (P.  363.) 

Il  fu  uns  clers,  uns  damoiseaus. 

XXXIII.  Fol.  84  v°.  Du  moinne  que  Nostre-Dame  guéri  de  son 
let.  (P.  347.) 

Biens  est  que  nous  le  bien  dions. 

XXXIV.  Fol.  86  v°.  D'un  chevalier  à  qui  Nostre-Dame  s'aparut 
quant  il  oroit.  (P.  533.) 

Il  fus,  ce  truis,  uns  chevaliers. 

XXXV.  Fol.  89.  Du  moine  que  Nostre-Dame  resuscita,  qui  estoit 
péris  par  son  pechié.  (P.  461.) 

Celé  en  qui  prist  humanité. 

XXXVI.  Fol.  93.  De  la  nonnain  qui  lessa  s'abbeie  et  s'en  ala  au 
siècle.  (Omis  par  Poquet.) 

A  la  gloire  la  glorieuse. 

XXXVII.  Fol.  96  v°.  De  la  doutance  de  la  mort  et  de  la  chetivité 
du  monde.  [Cf.  fol.  215  v°,  n°  LXIII.]  (P.  689.) 

Gautiers  qui  est  de  cors  et  d'ame 
Sers  à  tous  les  sers  Nostre-Dame. 
...  Fol.  97.  Sainte  Escripture  fait  savoir 

Qui  de  Dieu  veut  l'amour  avoir. 

...  Fol.  101  v°.  [Cantiques  en  français  avec  notation.]  (Omis  par 
Poquet.) 

Quique  face  rotruenge  nouvele. 

(Cf.  fol.  5  et  Poquet,  15.) 


298  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

...  Fol.  102  v°.    Royne  céleste  buer  fusses  tu  née. 

(Cf.  fol.  5  et  Poquet,  15.) 

...  Fol.  103.         Pour  la  pucele  en  chantant  me  déport. 

(Cf.  fol.  115.) 
...  Fol.  103.        Amours  qui  bien  ses  (sic)  enchanter. 

(Cf.  fol.  4  v°.) 
...  Fol.  103  v°.    Entendez  tuit  ensemble,  et  li  clerc  et  li  lay 
Le  salu  Nostre-Dame... 

(Cf.  fol.  240  et  Poquet,  753.) 

...  Fol.  104 

Hoc  opus  expletur,  Deitati  gloria  detur, 
Et  matri  Domini  que  nostro  sit  pia  fini. 

...  Fol.  105.  Comment  sainte  Leochade  fu  trouvée.  (P.  111.) 
Que  de  mémoire  ne  dechaie. 

XXXVIII.  Fol.  110.   Comment  le  corps  de  sainte  Leochade  fu 
parduz.  [Cantique  noté.]  (P.  129.) 

Las,  las,  las,  las,  par  grant  délit. 

XXXIX.  Fol.  111.  Commen  le  cors  sainte  Leochade  fu  retrouvé. 
[Cantique  noté.]  (P.  133.) 

Sur  ce  rivage  à  ceste  croiz. 

XL.  Fol.  111  v°.  Cornent  sainte  Leochade  par  sa  prière  deffendi 
tout  le  pais  de  la  foudre.  [Cantique  noté.]  (P.  135.) 
De  la  sainte  Leochade... 

XLI.  Fol.  111  v°.  Ci  aprez  commence  le  prologue  des  Miracles 
Nostre-Dame  en  la  seconde  partie.  (P.  375.) 

A  Saint  Maarc  ou  biau  livraire 
Truis  un  biau  livre  dont  biau  traire 
Vourrai  encore  bêle  matère 
Et  biau  dis  de  la  bêle  mère... 
...  Fol.  116.  [Cantiques  avec  notation.] 

Pour  la  pucele  en  chantant  me  déport. 

(P.  385.  Cf.  fol.  103.) 

...  Fol.  115  v°.  Mère  Dieu,  virge  senée,  née  fus  en  plain  croissant. 

(Omis  par  Poquet.) 
...  Fol.  116.        S'amour  dont  sui  espris.  (P.  387.) 
...  Fol.  116  v°.    D'une  amour  qu'oïe  et  série.  (P.  391.) 
...  Fol.  117.        Hui  matin  à  la  journée.  (P.  389.) 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  299 

...  Fol.  117  v°.    Ja  pour  y  ver,  pour  noif,  ne  pour  gelée.  (P.  393.) 
...  Fol.  118.        Ma  viele  vieler  veut  un  biau  son.  (P.  385.) 

XLII.  Fol.  119.  De  l'erapereris  de  Rorame  qui  garda  chastée  en 
moult  de  temptacions.  (Omis  par  Poquet.) 

As  sages  dit  et  fait  savoir. 

...  Fol.  142  v°.  [Préface  du  morceau  :  «  De  la  chastée  aus  non- 
nains.  »  (P.  707.) 

Ici  me  prent,  ici  m'aart 

Grant  volentez,  par  saint  Maart, 

Qu'à  mes  dames,  que  moult  ai  chières, 

Aus  damoiseles,  aus  cloistrieres, 

De  Nostre-Dame  de  Soissons 

Envoi  un  mes  de  tiex  poissons 

Com  j'ai  peschié  à  Vi  sus  Aisne 


Fol.  143.        Quant  de  Soissons  départiras, 
Ve  foiz  saluer  m'iras 
L'abbeesse  de  Frontevuaut, 
Que  je  moult  aim  et  qui  moult  vaut. 


XLIII.  Fol.  143.  De  la  chastée  aux  nonnains.  (P.  709.) 
Vous  damoiselles  et  vous  dames. 

XLIIII.  Fol.  149  v°.  Le  miracle  de  saint  Basile.  (P.  399.) 
Fol.  150.  Un  miracle  trop  merveilleus. 

XLV.  Fol.  154  v°.  Comment  Nostre-Dame  deffendi  la  cité  de  Cos- 
tentinoble.  (P.  417.) 

Au  tems  que  de  la  cité  noble. 

XLVI.  Fol.  156.  De  l'enfant  que  Nostre-Dame  resuscita  qui  chan- 
toit  le  respons  Gaude  Maria.  (P.  557.) 

Sainte  Escriture  nous  esclaire. 

XLVII.  Fol.  160  v°.  Les  Miracles  de  la  fiertre  de  Loon  et  du 
cyerge  qui  y  aluma.  (P.  209.) 

Assez  savez  qu'assez  Loon. 

...  Fol.  161.  Des  marcheans  qui  donnèrent  l'offrende  de  Nostre- 
Dame  et  puis  li  retolirent.  (P.  211.) 

Li  clerc  qui  la  fiertre  portoient. 


300  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

...  Fol.  152.  De  la  laine  aus  marcheans  qui  fu  arse. 

Queque  li  clerc  entre  aus  disoient.  (P.  215.) 
...  Fol.  162.  Comment  la  fiertre  fu  boutée  hors  de  l'église.  (P.  215.) 

Mestre  Buessart  et  si  chanoine. 

...  Fol.  163  v°.  Comment  le  dragon  arst  l'eglyse  et  toute  la  vile. 
(P.  223.) 

Or  entendez  qu'a  en  cest  fuel. 

XLVIII.  Fol.  165  v°.  Du  juif  qui  prist  en  gage  l'ymage  Nostre- 
Dame.  (P.  543.) 

Tant  truis  escrit  foi  que  doi  m'ame. 

XLIX.  Fol.  169.  Des  deus  frères  qui  furent  à  Romme.  (P.  593.) 
Li  bons  livraires  vuent  cerchier. 

L.  Fol.  172.  Du  vilain  qui  à  grant  poinne  savoit  la  moitié  de  son 
Ave  Maria.  (P.  617.) 

Conter  vous  veil  sans  nul  délai. 

LI.   Fol.   175.   Du  cierge  qui  descendi   sus  la  viele  au  vieleeur 
devant  l'ymage  INostre-Dame.  (P.  315.) 

La  douce  mère  au  créateur, 
A  l'église  à  Roche  amadeur. 

LU.  Fol.  177  v°.  Les  Miracles  Nostre-Dame  de  Soissons. 

Se  Diex  m'ait  huy  et  demain.  (P.  145.) 
...  Fol.  177  v°.  De  l'enfant  qui  fu  ravi  en  avision.  (P.  147.) 

Quant  à  Soissons  tant  de  genz  vindrent. 

LUI.  Fol.  179.  Du  bouvier  puni  et  gari.  (P.  153.) 
Ici  après  vueil  remoller. 

LIIII.   Fol.   181.  De  la  famé  qui  recouvra  son  nés  qu'elle  avoit 
perdu.  (P.  161.) 

Ançois  que  fors  du  livre  issons. 

LV.  Fol.  185  v°.  Comment  >ostre-Dame  guari  celui  qui  avoit  le 
pié  perdu.  (P.  177.) 

Qui  vient  oïr  vers  moi  se  traie. 

LVI.  Fol.  188  v°.  De  une  famé  de  Loon  qui  fu  délivrée  du  feu  par 
le  miracle  Nostre-Dame.  (P.  238.) 

Celé  qui  est  de  cel  manière. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  301 

LVII.  Fol.  193.  De  la  pucele  d'Arras  à  qui  Nostre-Dame  s'aparut. 
(P.  261.) 

Mes  livres  me  dit  et  narraz. 

LVIII.  Fol.  197  v°.  Comment  uns  homs  noie  en  la  mer  fu  délivré 
par  l'ayde  Nostre-Dame.  (P.  605.) 

Qui  veut  oïr,  qui  veut  entendre. 

LIX.  Fol.  200  v°.  Du  clerc  qui  famé  espousa  et  puis  la  lessa. 
(P.  631.) 

Vous  qui  amez  de  cuer  entier. 

LX.  Fol.  206.  Le  Miracle  Nostre-Dame  de  Sardinay.  (P.  649.) 
A  la  loenge  de  la  dame. 

LXI.  Fol.  212  v°.  Le  Miracle  Nostre-Dame  de  Sardenai.  (P.  671.) 
A  Bisance,  la  cité  noble. 

Indiqué  dans  la  table  sous  le  titre  de  :  «  Le  Miracle  de  Constanti- 
nople  ». 

...  Fol.  214.  Ici  fenissent  les  Miracles  Nostre-Dame  du  second  livre. 
[Epilogue.  Poquet,  686.) 

LXII.  Fol.  214  v°.  Qui  ces  miracles  a  leuz 

Bien  est  chaitis  bien  durfeuz 


LXIII.  Fol.  215  v°.  Ci  fenit  le  secont  livpe  des  Miracles  Nostre- 
Dame,  et  commance  du  Despit  du  monde.  (Omis  par  Poquet.) 
Gautier,  qui  est  de  cors  et  d'ame 
Sers  à  touz  les  sers  Nostre-Dame, 
Cest  livre,  où  a  mise  s'entente, 
A  touz  ceus  envoie  et  présente 
Qui  en  cuer  ont  et  en  mémoire 
La  douce  mère  au  roy  de  gloire. 

Le  poème  ici  annoncé  commence  et  finit  comme  celui  qui  est 
intitulé  au  fol.  96  v°  «  De  la  doutance  de  la  mort  et  de  la  chetiveté 
«  du  monde  »  (n°  XXXVII  de  la  Table);  mais  la  rédaction  de  ce 
n°  XXXVII  est  beaucoup  moins  développée;  elle  ne  consiste  qu'en 
788  vers  environ,  tandis  que  le  n°  LXIII  en  a  environ  2,714. 

Fol.  231  v°.  (Quatrain  sous  une  miniature  représentant  un  moine 
agenouillé  en  prières  devant  la  Vierge.  [P.  733.]) 

A  la  fin  de  cest  livre,  où  j'ai  pené  jour  maint, 


302  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Saluer  vueil  la  dame  où  toute  douceur  maint. 
A  sa  douceur  depri  doucement  que  tant  maint 
Que  bone  fin  me  doint  et  que  maine  ou  ciel  maint. 
Amen.  Amen.  Amen. 

LXIIII.  Ci  comencent  li  Ave  de  Nostre-Dame.  (P.  737.) 

...  Fol.  232.  Ave  Maria  gracia  plena... 

De  par  la  mère  Dieu  cent  mile  foiz  salu... 

Fol.  232  v°.  Ave,  dame  de  gloire,  ave  des  angres. 

Fol.  234.  Ave,  à  cui  li  angres  dist  plena  gracia. 

Fol.  235  v°.  Ave,  à  cui  li  angres  dist  Dominus  tecum. 

Fol.  237.  Ave,  à  cui  li  angres  dist  Benedicta  tu. 

Fol.  238  v°.  Ave,  fructus  ventris  tui  soit  beneoiz. 

Fol.  240.  (A  la  fin  :)  Ci  fine  ton  salu  le  prieur  de  Vi  a. 

Fol.  240.  [Cantiques  notés.] 

Entendez  tuit  ensemble,  et  li  cler  et  li  lai, 

Le  salu  Nostre-Dame,  nus  ne  set  plus  douz  lai. 

(P.  753.  Cf.  fol.  103  v°.) 

(Dernier  vers  sur  le  fol.  240  v°  :) 

Sa  cbançon  ci  fînée  le  prieur  de  Vi  a.  (P.  753.) 

Fol.  241.      Gemme  resplendissant,  royne  glorieuse.  (P.  7.">7. 

Fol.  242.      Marie,  mère  de  concorde, 

A  Jhesu  Crist  ton  filz  m'acorde.  (Omis  par  Poquet.) 

LXV.  [Des  cinq  joies  >ostre-Dame.]  ■ 

Fol.  243.    Dame  de  paradis,  dame  de  tout  le  monde.  (P.  761.) 

Fol.  243  v°.  [Prière  à  Dieu.] 

Dous  Diex,  qui  sanz  fin  ies  et  sans  nation.    1\  663.) 
A  la  fin  :  Ci  finissent  les  Miracles  Nostre-Dame. 

Les  textes  sur  lesquels  s'appuie  Gautier  de  Coinci  et 
qu'il  a  développés  dans  ses  vers  sont  inscrits  sur  les 
marges,  avec  l'indication  des  sources.  C'est  ainsi  que  les 
premières  pages  nous  offrent  ces  citations  ainsi  rubriquées  : 

«  Magister  quidam  dicit  ;  Gregorius  dicit  ;  Seneca  dicit  ; 
Magister  Petrus  Abaelart  ;  Augustinus  dicit  ;  Salomon  dicit  ; 
Unde  dicitur;  In  evangelio  legitur;  Beda  dicit;  magister 
Bernardus;  Jeronimus;  Innocentius;  Hyldebertus,   Ceno- 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         303 

monensis  (sic)  episcopus;  Origenes;  Ambrosius  dicit; 
Ystoria  dicit;  Caro  (Gato)  secundus  dicit  ;  Ysidorus  dicit.  » 

L'illustration  du  volume  a  déjà  été  signalée  plus  d'une 
fois,  à  l'occasion  surtout  des  expositions  parisiennes  où  il  a 
figuré  en  1867  et  en  19041.  On  s'accorde  à  y  voir  un  des 
chefs-d'œuvre  de  la  peinture  française  du  second  tiers  du 
xive  siècle.  Elle  consiste,  indépendamment  d'un  grand  fron- 
tispice, en  77  miniatures  dont  la  plupart  mesurent  70  mil- 
limètres sur  64.  Elles  ont  été  reproduites  au  trait  dans  les 
deux  ouvrages  de  l'abbé  Poquet  cités  plus  loin.  L'une 
d'elles,  celle  du  fol.  70  v°,  représentant  une  ville  italienne, 
a  dû  être  exécutée  par  un  peintre  qui  avait  visité  l'Italie.  A 
la  fin  du  volume,  en  tête  de  «  saluts  »  et  autres  prières  à  la 
Vierge,  on  remarque  tantôt  un  roi  ou  un  prince  (fol.  234, 
237,  242  v°),  tantôt  une  reine  ou  une  princesse  (fol.  232  v°, 
235  v°,  238  v°,  241 ,  242,  243  v°)  à  genoux,  en  prières 
devant  une  statue  de  la  Vierge.  De  tels  sujets  sont  bien  à 
leur  place  dans  un  volume  que  nous  savons,  d'ailleurs, 
avoir  été  longtemps  à  l'usage  de  la  famille  royale  et  qui 
pourrait  bien  avoir  été  destiné  à  Jeanne  de  Bourgogne, 
femme  de  Philippe  de  Valois  :  le  goût  de  cette  reine  pour 
les  beaux  livres  est  connu  depuis  déjà  longtemps. 

La  composition  du  frontispice  qui  couvre  une  page 
entière  au  commencement  du  volume  mérite  d'être 
indiquée.  C'est  un  grand  tableau  divisé  en  huit  comparti- 
ments. Dans  la  partie  intérieure,  au  milieu,  le  calvaire,  et, 
sur  les  côtés,  deux  escaliers  dont  les  degrés  sont  occupés 
par  six  lions  à  droite  et  six  lions  à  gauche.  Au-dessus  du 
calvaire,  la  Vierge,  assise  sur  un  trône  majestueux,  tient 
l'enfant  divin  sur  ses  genoux;  sept  colombes,  figurant  les 
sept  dons  de  l'Esprit-Saint,  planent  au-dessus  du  trône. 
Dans  les  deux  compartiments  latéraux  du  haut  du  tableau, 

1.  Il  faut  particulièrement  citer  un  article  d'Alfred  Darcel  inséré  dans  la 
Gazelle  des  beaux-arts,  septembre  1859,  t.  III,  p.  278-291. 


304         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

saint  Pierre  et  saint  Paul,  assis  l'un  entre  Isaïe  et  Osée, 
l'autre  entre  Jésus  Sirach  (Filius  Syrach)  et  Samuel, 
tiennent  déployées  des  banderoles  couvertes  de  textes 
appliqués  à  la  Vierge.  Les  deux  compartiments  latéraux 
du  milieu  sont  remplis  par  six  figures  allégoriques  des 
vertus  de  la  Vierge  :  Humilitas,  Prudentia,  Sollicitudo, 
Verecundia,  Virginitas,  Obedientia.  Ce  tableau  a  été  repro- 
duit en  lithographie  dans  le  volume  in-4°  de  l'abbé  Poquet 
et  dans  celui  d'Edouard  Fleury. 

Un  mot  seulement  de  quelques  travaux  dont  le  manus- 
crit de  Soissons  a  été  l'objet  dans  la  seconde  moitié  du 
dernier  siècle.  Le  plus  considérable  est  celui  de  l'abbé 
Poquet.  Ce  savant  archéologue  a  rendu  un  grand  service 
en  consacrant  un  volume  in-4°  à  la  publication  de  la  plus 
grande  partie  des  vers  contenus  dans  le  manuscrit  du 
Séminaire  de  Soissons1;  mais  il  est  regrettable  qu'il  n'ait 
point  tenu  compte  de  l'ordre  de  ce  manuscrit,  qu'il  n'ait 
pas  même  dressé  une  table  de  concordance  et  qu'il  n'ait 
pas  indiqué  les  pièces  laissées  de  côté  par  des  scrupules 
hors  de  propos  dans  un  livre  d'érudition. 

Au  même  auteur  nous  devons  un  petit  volume  dans 
lequel  sont  reproduites  au  trait  les  petites  miniatures  du 
manuscrit,  avec  de  courtes  explications  des  sujets  repré- 
sentés2. 

C'est  d'après  l'ouvrage  de  l'abbé  Poquet  que  le  texte  du 
manuscrit  de  Soissons  a  été  employé  par  MM.  Warner3, 
Ward4  et  Mussafia5. 


1.  Les  Miracles  de  la  sainte  Vierge  traduits  et  mis  en  vers  par  Gautier  de 
Coincy,  publiés  par  M.  l'abbé  Poquet.  Paris,  1857,  in-4°. 

2.  Les  Miniatures  des  Miracles  de  la  sainte  Vierge,  d'après  le  manuscrit 
de.  Gautier  de  Coincy.  Reims,  1890,  in-16. 

3.  Miracles  de  Nostre-Dame,  collecled  by  Jean  Mielot  (Westminster,  1885, 
in-fol.).  —  Publication  héliotypique  d'un  manuscrit  de  la  bibliothèque  Bodléienne. 

4.  Notice  du  ms.  harléien  4401,  dans  Catalogue  of  romances  in  the  Depart- 
ment of  manuscripts  in  the  British  Muséum,  vol.  II  (1893),  p.  717-727. 

5.  Ueber  die  von  Gautier  de  Coincy  bcnidzten  Quellen,  dans  Denkschriflen 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         305 

Alfred  Darcel  nous  a  donné  une  bonne  appréciation  des 
peintures  du  manuscrit  dans  un  article  inséré  en  1 859  au 
tome  III  de  la  Gazette  des  beaux-arts,  p.  278-291 . 

Le  même  sujet  a  été  traité  par  Edouard  Fleury  dans  ses 
études  sur  Les  Manuscrits  à  miniatures  de  la  bibliothèque 
de  Soissons1.  A  sa  notice  est  jointe  une  lithographie  du 
grand  frontispice  du  manuscrit. 

La  musique  des  cantiques  insérés  dans  le  manuscrit  a  été 
l'objet  d'observations  de  la  part  de  Félix  Clément,  auteur 
d'un  article  intitulé  :  L'Harmonie  au  XIII6  siècle,  et  publié 
en  1 850  dans  les  Annales  archéologiques  de  Didron,  t.  X, 
p.  69-80.  Le  même  volume,  en  regard  des  pages  69,  155, 
186  et  243,  contient  le  fac-similé  de  quatre  des  pages  de 
musique,  celles  qui  contiennent  les  pièces  commençant  par 
les  mots  :  De  la  sainte  Leochade  (fol.  1 1 1  v°)  ;  Ave  gloriosa 
virginum  (fol.  7  v°  et  8);  Mère  de  Dieu  (fol.  115  v°). 

Tout  récemment,  deux  miniatures  du  manuscrit  des 
Miracles  ont  été  reproduites  en  phototypie  dans  le  mémoire 
de  M.  S.  G.  Gockerell,  The  Hours  of  Yolande  of  Flanders2  : 
celle  du  fol.  70  v°  et  celle  du  fol.  232  v°;  toutes  deux  ont 
été  signalées  un  peu  plus  haut;  sur  la  première,  le  peintre 
a  figuré  une  tour  dont  le  caractère  italien  ne  peut  être 
méconnu. 

LXXXIV. 

Vie  et  passion  de  saint  Denis. 

«  Li  fet  et  la  passion  monseigneur  saint  Denis,  la  passion 
«  de  x  mile  martirs,  la  Véronique,  les  ans  de  la  nativité 
«  Nostre  Seigneur,   »  c'est-à-dire  Annales  partant  de  la 

des   K.  Akademie    der    Wissenschaften,   Phil.   Hist.   Classe,  XLIV,  i   Abh. 
(Vienne). 

1.  Paris,  1865,  in-4%  p.  123-129. 

2.  Voir  plus  haut,  p.  214. 

20 


306  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

naissance  de  Jésus-Christ  et  descendant  jusqu'en  1278, 
traduites  en  grande  partie  de  la  Chronique  de  Sigebert. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  696. 

Manuscrit  copié  dans  le  dernier  quart  du  xme  siècle  et 
dont  les  1 50  feuillets  ont  dû  former  la  première  partie  d'un 
volume  qui  est  enregistré  dans  tous  les  inventaires  de  la 
librairie  du  Louvre  (A.  331,  B.  352,  D.  240,  E.  281, 
F.  261).  Le  contenu  du  manuscrit,  quand  il  était  complet, 
est  ainsi  indiqué  dans  l'inventaire  de  1 41 1   : 

Item  le  livre  du  fait  et  de  la  passion  saint  Denis,  des  xi  mille 
martirs,  les  ans  de  la  Nativité  Nostre-Seigneur,  la  généalogie  des 
papes,  empereurs,  roys  de  France,  et  les  temps  que  ilz  ont  régné,  et 
d'aucuns  des  faiz  qui  en  leur  temps  sont  advenuz,  la  passion1 
Nostre-Seigneur,  la  vie  Nostre-Dame,  rimez,  partie  du  Bestiaire  en 
prose  et  sanz  commencement,  autres  notables  en  françois  moralisez 
en  latin,  les  vers2  Regnault  de  Dampmartin,  [la  Patenostre  exposée 
en  prose3],  rimez,  escript  de  lettre  formée,  à  h  et  à  m  coulombes; 
commençant  ou  ne  foillet  que  il  vouloit,  et  ou  derrenier  te  si  est  celle; 
couvert  de  cuir,  à  mi  fermouers  de  laton. 

Estimé  10  livres  en  1424. 

LXXXV. 

La  Vie  et  les  Miracles  de  saint  Denis,  texte  latin 
par  Yves,  moine  de  Saint-Denis,  avec  une  traduction  fran- 
çaise. 

Bibliothèque  nationale,  nos  2090-2092  du  fonds  français. 

Exemplaire  original,  orné  de  très  précieuses  peintures, 
qui  a  dû  être  présenté  à  Philippe  le  Long.  La  dernière 
partie  manque  depuis  longtemps4.  Cet  exemplaire,  tel  que 

1.  Ce  morceau  et  ceux  dont  l'indication  suit  ne  sont  plus  dans  le  manuscrit  696. 

2.  L'inventaire  de  Gilles  Malet  porte  :  «  Les  seurs  Regnaut  de  D.  » 

3.  La  mention  de  la  Patenostre  ne  se  trouve  que  dans  l'inventaire  de  Gilles 
Malet. 

4.  Voir  Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXI,  part.  Il,  p.  249-263,  et 
Hist.  litt.  de  la  France,  t.  XXXI,  p.  146. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  307 

nous  le  possédons  aujourd'hui,  est  décrit  dans  les  inven- 
taires de  la  librairie  du  Louvre  (A.  155,  B.  155,  D.  100, 
E.  98).  L'inventaire  de  l'année  141 1  lui  consacre  cet  article  : 

Item  la  Vie  saint  Denis  et  la  Vie  de  quarante-six  autres  sains, 
bien  historiée,  à  chemise  de  toille  à  queue,  escript  de  lettre  formée, 
en  françois  et  latin,  commençant  ou  ue  foillet  nobis  ut  mundi,  et  ou 
derrenier  donnant  aux  royaulx,  à  h  fermouers  d'argent  dorez. 

On  s'accorde  à  ranger  les  peintures  de  ce  manuscrit 
parmi  les  chefs-d'œuvre  de  l'art  parisien  du  premier  tiers 
du  xive  siècle.  Trois  pages  en  ont  été  reproduites  dans  le 
recueil  de  The  new  palœographical  Society,  pi.  88,  89  et  90. 
La  reproduction  de  toutes  les  peintures  est  à  la  veille  d'être 
publiée  par  M.  Henry  Martin  pour  la  Société  de  l'histoire 
de  Paris. 

LXXXVI. 

Vie  de  saint  Martin,  en  vers  français,  par  Péan  Gas- 
tineau1. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  1043,  venu  de  la 
librairie  du  château  de  Blois. 

Exemplaire  copié  en  gros  caractères,  dans  la  seconde 
moitié  du  xnie  siècle. 

Inscrit  sur  tous  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre  : 
A.  346,  B.  367,  D.  234,  E.  275,  F.  255.  Voici  l'article  qui 
le  mentionne  dans  celui  de  l'année  1411  : 

Item  la  Vie  saint  Martin  de  Tours,  rimée,  escripte  en  grosse 
lettre  et  bonne  formée  (sic),  en  françois,  commençant  ou  ne  foillet 
et  Arcules,  et  ou  derrenier  si  quil  estoit;  couvert  de  cuir  blanc,  à 
deux  fermouers  de  laton. 

Estimé  1  livre  en  1424. 

1.  Pour  la  bibliographie  de  cet  ouvrage,  voir  Y  Histoire  littéraire  de  la 
France,  t.  XXXIII,  p.  369. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

LXXXYII-LXXXVI1I. 

La  Vie  de  saint  Rémi,  traduite  en  vers  fiançais  par 
Richier. 

Deux  exemplaires  à  Bruxelles  dans  la  Bibliothèque  royale 
de  Belgique1  :  l'un  coté  6409  (aujourd'hui  3349)  du  com- 
mencement du  xive  siècle,  l'autre  coté  5365  (aujourd'hui 
3348)  du  milieu  du  même  siècle.  Celui-ci  porte  au  bas  de 
la  première  page2  deux  écussons  supportés  chacun  par 
deux  lions  :  sur  le  premier  les  armes  de  France  aux  fleurs 
de  lis  sans  nombre;  sur  le  second,  bordé  de  gueules,  un 
écartelé  de  France  et  de  Dauphin é,  ce  qui  a  fait  supposer  à 
M.  Paul  Meyer  que  le  ms.  5365  a  été  copié  du  temps  que 
Charles,  fils  du  roi  Jean,  était  dauphin  et  duc  de  Xor- 
mandie. 

Ces  deux  manuscrits  sont  enregistrés  dans  les  inventaires 
de  la  librairie  du  Louvre,  le  premier  sous  les  cotes  A.  I  L0, 
B.  1 4  l,D.  89,  E.  87,  F.  74;  le  second  sous  les  cotes  A.  127. 
B.   128,  D.  83,  E.  81,  F.  68. 

Ils  sont  ainsi  décrits  dans  l'inventaire  de  141  1   : 

I.  Item  la  Vie  saint  Rémi,  couverte  de  soye,  qui  jadiz  fu  de  drap 
d'or,  à  deux  fermouers  d'argent,  escripte  de  lettre  formée  en  fran- 
çois  et  rymée,  commençant  ou  ne  foillet  que  un  fioms3,  et  ou  derre- 
nier  ne  furent. 

II.  Item  la  Vie  saint  Rémi,  couverte  de  drap  d'or,  rymée,  escripte 
de  lettre  formée,  en  françois,  commençant  ou  ue  foillet  aux  Fran- 
çois, et  ou  derrenier  quaspre  vengence,  à  u  fermouers,  l'un  d'argent 
et  l'autre  de  laton. 


1.  Je  parle  de  ces  deux  manuscrits  d'après  la  notice  que  M.  Paul  Meyer  en  a 
publiée  dans  les  Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXXV,  part.  I, 
p.  118-130. 

2.  Une  phototypie  de  cette  page  est  insérée  dans  les  Notices  et  extraits  des 
manuscrits,  t.  XXXV,  part.  I,  en  regard  de  la  p.  117. 

3.  Le  ms.  6409  porte  :  Que  nus  hom.  Le  rédacteur  ou  le  copiste  de  l'inven- 
taire a  cru  lire  uns  au  Lieu  de  nus. 


MANUSCRITS  PARVENUS  Jl  -  >US.  309 

Le  premier  fut  estimé  12  sous  en   1424  et  le  second 
1  livre  4  sous. 

LXXXIX. 

Les  Grande?  Chroniques  de  France. 
Bibliothèque  de  Sainte-Geneviève,  n°  782. 

si  le  plus  ancien  exemplaire  connu  des  (irai nies  Chro- 
niques, celui  dans  lequel  le  texte  s'arrête  a  la  mort  de  Phi- 
lippe-Auguste et  qu'un  suppose,  non  sans  raison,  avob 
présente  a  Philippe  le  Hardi  par  Primat,  moine  dtj  Saint- 
Denis.  A  la  fin  des  Chroniques  fol.  326  v  |,  miniature  sur 
laquelle  est  représente  L'auteui  son  livre  au  roi1. 

Au-dessous  nous  lisons  la  pièce  de  vers  français  •  Philip] 
roi  de  France,  qui  tant  ies  renommez  ►,  et  la  pièce  de  vers 
latins  Ut  bene  n  •.  qui  permet  de  supposer  que. 

sur  1)  page  suivante,  se  trouvait  une  copie  des  Enseigne- 
ments de  saint  Louis.  Ce  document  a  disparu  et  a  fait  place 
a  des  cahiers  de  date  plus  récente,  qui  renferment  la  Vie  de 
saint  Louis  en  français,  d'après  Guillaume  de  Nangis. 

Il  n'est  pas  démontre  que  ce  manuscrit  ait  fait  partie  de 
la  librairie  du  Louvre.  Les  articles  que  les  inventaires  de 
cette  librairie  consacrent  aux  Chroniques  de  France  sont 
trop  vagues  pour  donner  une  base  solide  aux  identifica- 
tions. Mais  c'est  d'après  le  ms.  782  qu'a  été  Faite  pour  le 
roi  Charles  V  la  copie  des  Grandes  Chroniques  contenue 
dans  le  ms.  français  2SI3  de  la  bibliothèque  nationale. 

Sur  les  principaux  manuscrits  des  Grandes  Chroniques 
et  sur  l'usage  qui  en  a  ete  fait  pour  déterminer  l'origine 
de  cette  célèbre  compilation,  voir  l'ouvrage  de  M.  Mob- 
ilier. Les  Sources  de  Vh  s  France,  t.  III.  p.  97-100, 
et  t.  IV.  p.  21-23. 

1.  Cette  miniature  est  reproduite  en  tête  du  tome  XXIII  du  R-:cufil  des  his- 
toriens. 


310  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'À  NOUS. 

Le  manuscrit  de  Sainte-Geneviève  contient  nombre  de 
particularités  prouvant  jusqu'à  l'évidence  qu'il  est  le  pro- 
totype du  beau  manuscrit  des  Grandes  Chroniques  fait  pour 
le  roi  Charles  V  (ms.  français  2813,  ci-dessous,  art.  XC). 
A  beaucoup  d'endroits,  sur  les  marges,  se  voit  la  note 
HIST.,  tracée  au  crayon  pour  faire  réserver  dans  une  nou- 
velle copie  des  Grandes  Chroniques  la  place  des  histoires 
qui  devaient  illustrer  la  nouvelle  copie.  Or,  les  miniatures 
ainsi  prévues  se  trouvent,  à  peu  près  sans  exception,  dans 
le  ms.  2813,  à  la  place  annoncée  par  la  note  HIST.  sur  les 
marges  du  manuscrit  de  Sainte-Geneviève. 

Sur  le  tableau  suivant,  on  trouvera  le  sujet  de  ces  minia- 
tures, suivi  dans  une  première  colonne  du  renvoi  à  l'édi- 
tion de  Paulin  Paris,  dans  la  deuxième  du  renvoi  à  la  page 
du  manuscrit  de  Sainte-Geneviève  783  où  la  place  à  réser- 
ver pour  une  miniature  est  indiquée  par  la  note  HIST.,  et 
dans  la  troisième  le  renvoi  à  la  page  du  manuscrit  28 1  3  où 
la  miniature  a  été  intercalée. 

Édition.  Ms.  7S3.        Ms.  2813. 

Invasion  des  Normands III,    99  209  165 

Baptême  de  Rollon III,  105  210  v°  166  v° 

Couronnement  de  Louis  d'Outre-Mer    .  111,115  212  168 

Entrevue  du  pape  et  du  roi  Philippe    .  III,  231  236  187 

Plaintes  des  vassaux  de  Louis  le  Gros  .  III,  275  247  195  v° 

Meurtre  du  comte  de  Flandre     .     .     .  III,  332  260  206  v° 

Couronnement  de  Philippe-Auguste      .  IV,      5  281  v°  223  v° 
Secours  demandés  par  les   chrétiens 

d'outre-mer IV,    27  286  v°  227  v° 

Défection  du  corps  de  saint  Denis    .     .  IV,    39  289  230 

La  guerre  de  Flandre IV,  167  318  253  v° 

L'insertion  dans  le  ms.  2813  de  ces  dix  miniatures, 
conformément  aux  indications  marquées  sur  les  marges  du 
ms.  783,  n'est  pas  la  seule  preuve  que  le  premier  manus- 
crit est  une  copie  du  second.  D'autres  notes  du  manuscrit 
de  Sainte-Geneviève  prescrivent  des  suppressions  ou  des 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  311 

modifications  qui  ont  été  fidèlement  exécutées  dans  le 
manuscrit  2813.  Voici  en  quels  termes  le  directeur  du  tra- 
vail avertit  le  copiste  : 

Fol.  202.  Henri,  ne  faites  ci  p[oint]  de  capitres,  usque  ad 
signum...,  car  ces  chapitres  ne  servent  ci  de  riens. 

Fol.  209.  Henri,  ne  lessiez  ci  point  ystoire. 

Fol.  212.  Henri,  metez  ci  les  chapitres  i,  puis  après  chascun  en 
son  lieu. 

Ces  prescriptions  ont  été  fidèlement  observées  dans  le 
ms.  2813,  fol.  168.  De  même  la  recommandation,  inscrite 
sur  les  fol.  152  et  155  v°  du  ms.  783,  de  laisser  vide  (en 
copiant  les  chapitres  i  et  v  du  livre  V  des  faits  de  Gharle- 
magne)  la  place  nécessaire  pour  intercaler  à  chacun  de  ces 
deux  endroits  une  double  histoire1.  Aussi  voyons-nous, 
dans  le  ms.  2813,  sur  les  fol.  121  et  124  v°,  à  propos  de 
la  mort  de  Roland,  une  miniature  divisée  en  deux  compar- 
timents qui  occupera  toute  la  largeur  du  cadre  de  justifi- 
cation de  la  page. 

La  parenté  entre  les  deux  manuscrits  ne  saurait  être  plus 
rigoureusement  établie. 

Des  notes  ajoutées  sur  les  fol.  202,  209  et  212  du 
manuscrit  de  Sainte-Geneviève,  il  résulte  que  le  calligraphe 
choisi  pour  exécuter  une  copie  de  ce  manuscrit  s'appelait 
HENRI  ;  c'est,  je  crois,  d'après  cet  indice  que  Paulin  Paris 
a  attribué  l'exécution  de  la  première  partie  du  ms.  2813  à 
Henri  du  Trévou.  L'identification  est  admissible,  quoiqu'il 
soit  difficile  de  reconnaître  des  caractères  d'individualité 
aux  chefs-d'œuvre  dus  à  la  plume  de  calligraphes  aussi 
habiles  que  Henri  du  Trévou  et  Raoul  d'Orléans,  tous  deux 
écrivains  attitrés  de  Charles  V. 


1.  Au  fol.  152  et  au  fol.  155  v°  du  ms.  de  Sainte-Geneviève,  on  lit  une  note 
ainsi  conçue  :  Hyst.  double,  XXVI  Unes. 


312         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

xc. 

«  Ce  sont  les  Croniques  de  France  selon  ce  qu'il 

SONT      COMPOSÉES     EN     l'ÉGLISE      DE     SâINT-DeNIS      EN 

France.  » 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  2813. 

Exemplaire  copié  pour  le  roi  Charles  V  vers  l'année  1 375 
et  qui  semble  avoir  été  terminé  en  1379.  Il  se  composait 
d'abord  de  deux  volumes,  très  élégamment  calligraphiés  et 
très  richement  illustrés  de  miniatures,  la  plupart  à  bandes 
tricolores1.  Les  deux  volumes  ont  été  réunis  de  très  bonne 
heure,  comme  l'atteste  l'état  des  tranches  fleurdelisées. 

La  première  partie  s'arrête  à  la  mort  de  Louis  VIII.  Le 
livre  consacré  au  règne  de  Philippe-Auguste  se  termine 
(fol.  260  v°)  par  les  deux  pièces  signalées  ci-dessus,  p.  309, 
d'après  le  ms.  782  de  Sainte-Geneviève. 

Le  dernier  chapitre  de  la  seconde  partie  se  rapporte  à 
l'année  1 379  et  est  intitulé  :  «  Gomment  le  roy  manda  à 
Paris  pluseurs  barons  de  Bretaigne  pour  leur  dire  les  choses 
dont  cy  après  est.  »  A  la  fin  du  volume  ont  été  reliés,  dès 
l'origine,  de  nombreux  feuillets  de  très  beau  parchemin; 
les  pages  en  ont  été  réglées  et  on  se  proposait  d'y  insérer 
la  continuation  des  Chroniques. 

Chacune  des  deux  parties  est  précédée  d'un  grand  fron- 
tispice très  soigneusement  exécuté. 

En  tête  de  la  première  partie  (fol.  3  v°),  sur  un  feuillet 
intercalé  après  coup,  on  a  représenté  le  sacre  d'un  roi, 
probablement  Charles  VI;  au  bas  du  tableau,  écu  d'azur  aux 

1.  Sauf  de  rares  exceptions,  toutes  les  miniatures  se  rapportant  à  la  période 
antérieure  à  l'année  1375  sont  bordées  de  bandes  tricolores.  C'est  aussi  à  la 
même  date  que  s'arrête  la  table  des  chapitres  des  règnes  de  Jean  et  de  Charles  V, 
copiée  sur  les  fol.  389-392.  —  La  miniature  du  fol.  439,  représentant  le  sacre 
de  Charles  V  et  de  la  reine  Jeanne  de  Rourbon,  est  reproduite  dans  mes  Fac- 
similé  des  livres  copiés  et  enluminés  pour  le  roi  Charles  V,  pi.  XIV. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         313 

fleurs  de  lis  sans  nombre;  des  deux  côtés  de  l'écu,  le 
peintre  avait  tracé  le  contour  des  armes  des  douze  pairs. 
Les  personnages  de  ce  beau  tableau,  qui  occupe  une  page 
entière  du  manuscrit,  sont  en  grisailles. 

Le  frontispice  de  la  seconde  partie  du  manuscrit  (fol.  285) 
est  formé  par  la  réunion  de  six  petits  tableaux  représen- 
tant des  scènes  de  la  vie  de  saint  Louis. 

Au  commencement  des  deux  parties,  l'écu  royal  est  sup- 
porté par  deux  anges. 

Cet  exemplaire  des  Grandes  Chroniques  paraît  bien  être 
celui  qui  est  ainsi  désigné  dans  un  mandement  de  Charles  V 
du  23  novembre  1 378  et  dans  une  quittance  de  Dine  Rap- 
ponde  du  22  avril  1 378  :  «  Pour  les  hez  et  chemises  des 
Croniques  de  France  et  celles  que  a  faittes  monseigneur  le 
chancellier,  pour  n  volumes  pour  ledit  seigneur,  une  pièce 
de  baudequin,  xxvi  frans.  » 

Sous  le  règne  de  Charles  VI,  il  passa  entre  les  mains  de 
Jean,  duc  de  Berry,  comme  le  prouve  cet  article  d'un 
inventaire  des  livres  et  joyaux  de  ce  prince  : 

Un  livre  des  Chroniques  de  France,  en  deux  volumes,  écrit  en 
françois  de  lettres  de  forme,  très  notablement  historié  et  enluminé 
au  commencement  et  en  plusieurs  lieux.  Au  commencement  du 
deuxième  feuillet  du  premier  volume  est  écrit  de  tout  le  monde,  et 
au  commencement  du  troisième  feuillet  de  l'autre  volume  il  vint 
près A . 

Voir  les  Recherches  de  Lacabane  sur  les  Grandes  Chro- 
niques de    France,    dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des 

1.  Je  cite  cet  article  d'après  Lacabane  (Bibl.  de  l'École  des  chartes,  1840- 
1841,  t.  II,  p.  71),  qui  l'indique  en  ces  termes  :  «  Inventaire  conservé  à  Bourges, 
qui  contient  la  notice  des  livres  et  joyaux  ayant  appartenu  à  Jean,  duc  de 
Berry,  frère  de  Charles  V.  »  Il  en  avait  dû  la  communication  au  comte  Auguste 
de  Bastard.  —  Suivant  Lacabane,  le  manuscrit  des  Chroniques  était  mentionné 
dans  les  mêmes  termes  sur  un  autre  inventaire  qui  se  trouvait  également  à 
Bourges,  intitulé  :  «  Livres  qui  furent  au  roi.  »  Le  comte  de  Bastard  disait  que 
l'inventaire  dont  il  avait  donné  un  extrait  à  Lacabane  était  écrit  en  entier  de 
la  main  du  Père  Berthier,  chanoine  à  Bourges. 


314         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

chartes,  1840-1841,  t.  I,  p.  68-74.  Conf.  la  notice  de 
Paulin  Paris  dans  son  édit.  des  Grandes  Chroniques,  t.  VI, 
p.  491-494.  Une  page  a  été  reproduite  en  héliogravure 
dans  Y  Album  paléographique  de  la  Société  de  l'École  des 
chartes,  pi.  42.  Il  y  en  a  aussi  un  fragment  en  phototypie 
dans  mes  Facsimile  des  livres  copiés  pour  Charles  V. 

En  1880,  j'ai  vu  chez  un  marchand  de  curiosités,  rue 
Pigalle,  35,  un  feuillet  d'un  manuscrit  des  Grandes  Chro- 
niques tout  à  fait  semblable  au  ms.  français  2813.  Ce  feuil- 
let contient  une  miniature  représentant  les  funérailles  de 
Jeanne  de  Bourbon,  femme  de  Charles  V. 


XCI. 


Les  Grandes  Chroniques  de  France. 

Manuscrit  appartenant  au  Très  honorable  marquis  de 
Bute,  d'Eccleton  Square. 

Cet  exemplaire  des  Grandes  Chroniques  a  tant  de  traits 
de  ressemblance  avec  les  manuscrits  faits  pour  le  roi 
Charles  V  qu'il  m'a  semblé  légitime  de  le  considérer  comme 
ayant  été  destiné,  sinon  au  roi,  du  moins  à  un  membre  de 
la  famille  royale1  et  comme  sorti  des  ateliers  dont  les 
copistes  et  les  enlumineurs  travaillaient  pour  le  roi.  C'est 
un  frère  cadet  de  l'exemplaire  qui  porte  à  la  Bibliothèque 
nationale  le  n°  2813  du  fonds  français  et  qui  est  un  des 
morceaux  les  plus  authentiques  et  les  plus  précieux  de  la 
librairie  du  Louvre.  Les  peintures  en  sont  encadrées  de 
bordures  tricolores,  et  la  plupart  des  pages  sont  ornées  de 
bandes  de  demi-fleurs  de  lis,  alternativement  d'or  et  d'azur. 
Au  bas  de  la  première  page  se  voient  deux  béliers  afïron- 

1.  Je  ne  saurais  dire  les  raisons  qui  ont  fait  croire  que  le  manuscrit  a  été 
fait  pour  le  duc  de  Berry  :  «  From  internai  évidence,  the  volume  appears  to 
hâve  been  executed  for  John,  duke  of  Berry.  »  Third  report  of  the  Royal 
Commission  of  historical  manwscripts.  Appendice,  p.  202. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  315 

tés,  d'un  dessin  qui  rappelle  tout  à  fait  les  lions  du  fron- 
tispice de  beaucoup  de  livres  de  Charles  V  ;  chacun  de  ces 
béliers  porte,  attaché  autour  du  cou,  une  sorte  de  manteau 
semé  de  fleurs  de  lis  et  soulevé  par  le  vent.  Le  manuscrit 
du  Très  hon.  marquis  de  Bute  n'est  point  déplacé  dans  le 
groupe  de  livres  dont  je  m'occupe  ici. 

Les  détails  que  je  puis  donner  sur  ce  volume  sont  en 
grande  partie  empruntés  à  une  notice  que  M.  Warner, 
conservateur  des  manuscrits  du  Musée  britannique,  avait 
bien  voulu  me  communiquer  en  1903.  J'ai  pu  la  complé- 
ter, grâce  à  l'obligeance  du  Très  hon.  marquis  de  Bute,  qui 
a  très  gracieusement  mis  son  manuscrit  à  la  disposition  de 
la  Bibliothèque  nationale  pour  être  placé  à  l'exposition 
des  Primitifs,  en  1904,  à  côté  du  splendide  exemplaire  de 
Charles  V. 

C'est  un  volume  de  moyen  format,  composé  de  274  feuil- 
lets de  parchemin,  deux  colonnes  à  la  page,  quarante- 
quatre  lignes  à  la  colonne.  Il  contient  la  première  partie 
des  Grandes  Chroniques,  jusqu'à  la  mort  du  roi  Louis  VIII. 
Voici  la  première  et  la  dernière  des  rubriques  : 

Ci  commence  le  noble  livre  appelle  les  Croniques  de  tous  les  roys 
de  France. 

Ci  fine  du  roy  Loys  qui  mourut  à  Montpancier.  Ci  commence 
saint  Loys. 

Les  mots  Ci  commence  saint  Loys  sont  une  réclame  d'après 
laquelle  il  paraît  bien  certain  qu'il  a  existé  un  second 
volume,  contenant  la  suite  des  Chroniques  depuis  l'avè- 
nement de  saint  Louis  jusqu'au  règne  de  Charles  V  inclu- 
sivement. 

Je  relève  les  premiers  mots  du  deuxième  feuillet  pour  le 
cas  où  se  rencontrerait  un  ancien  inventaire  dans  lequel 
serait  enregistré  un  exemplaire  des  Chroniques  ayant  un 
deuxième  feuillet  commençant  par  nonnes  il  faisoient.  Il  y 


316  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

aurait  là  un  point  de  repère  pour  suivre  les  destinées  du 
manuscrit  dont  il  est  ici  question . 

On  ignore  quand  ce  volume  est  passé  en  Angleterre  ;  il  y 
était  déjà  au  xvie  siècle,  et  paraît  avoir  appartenu  à  Thomas 
Wriothesley,  qui  fut  créé  comte  de  Southampton  en  1547. 
C'est  probablement  vers  cette  époque  que  1 76  feuillets  en 
furent  détachés;  recueillis  dans  la  bibliothèque  Cotto- 
nienne1,  ils  sont  arrivés  au  Musée  britannique  après  avoir 
été  gravement  atteints  par  l'incendie  de  1731 . 

Le  texte  du  manuscrit  m'a  paru  être  celui  du  ms.  2813. 
Il  s'en  distingue  cependant  par  une  particularité  bien  carac- 
téristique :  on  n'y  trouve  pas,  à  la  fin  des  chapitres  consa- 
crés au  règne  de  Philippe-Auguste,  les  deux  pièces  de  vers, 
l'une  en  français  (Phelippe  roy  de  France...),  l'autre  en 
latin  (Ut  bene  régna  regas...)  qui  sont  copiées  dans  le 
ms.  2813,  d'après  le  ms.  782  de  Sainte-Geneviève. 

L'illustration  du  manuscrit  de  M.  le  marquis  de  Bute 
fournit  des  arguments  pour  établir  la  parenté  de  cet  exem- 
plaire avec  le  ms.  2813;  cette  illustration  est  assurément 
moins  riche;  le  nombre  des  miniatures  est  moindre  et 
l'exécution  n'en  constitue  pas  une  œuvre  d'art  de  premier 
ordre  ;  mais  il  est  intéressant  de  constater  que  le  choix  des 
sujets  est  généralement  conforme  au  programme  qu'ont 
suivi  les  artistes  chargés  de  décorer  le  ms.  2813.  On  en 
pourra  juger  en  jetant  les  yeux  sur  la  liste  des  minia- 
tures se  rapportant  dans  les  deux  exemplaires  aux  événe- 
ments du  règne  de  Philippe-Auguste  : 

Ms.  2813.      Ms.  de  Bute. 

Songe  dans  lequel  apparaît  au  roi  un  enfant 

tenant  un  calice  d'or  rempli  de  sang  .     .  223  232 

Couronnement  du  roi 223  v°         233 

Les    messagers    d'outre -mer   réclament  le 

secours  du  roi 227  v°         238  v° 

1.  Article  22  du  volume  coté  Vitellius  E.  II. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  317 

Ms.  2813.     Ms.  de  Bote. 

Entretien  du  roi  avec  un  groupe  de  prélats 

et  de  moines 230  » 

Le  roi  à  cheval  devant  la  cité  du  Mans,  dont 

les  clés  lui  sont  remises  par  les  assiégés  .  234  v°         248 

Arrivée  du  roi  devant  Saint-Jean-d'Acre.     .  237  250  v° 

Les  clés  de  la  ville  d'Acre  remises  au  roi     .  238  v°  » 

Philippe-Auguste  prend  le  château  d'Aumale 

et  met  Richard  Cœur  de  lion  en  fuite  .     .  242  » 

Prise  de  Constantinople  par  les  croisés  fran- 
çais       245  v°         257 

Prédication  de  l'hérétique  Amauri      .     .     .  248  v°         261  v° 

Bataille  de  Murât  en  Albigeois 252  v°  » 

Harangue  de  Philippe-Auguste  à  son  armée 

avant  la  bataille  de  Bouvines      ....  »  2G4 

Bataille  de  Bouvines.  Mêlée  des  chevaliers 

français  et  des  chevaliers  de  l'Empire.     .  253  v°  » 

Ferrand,  comte  de  Flandre,  est  fait  prison- 
nier       256  » 

Ferrand  emmené  à  Paris 258  v°         206 

Le  moine  Primat  offrant  à  Philippe-Auguste 

le  «  roman  des  Rois  » 260  v°  » 

Apparition  de  saint  Valeri  à  Hugues  le  Grand.  261  271 

Mais,  si  les  sujets  sont  les  mêmes,  ils  sont  traités  d'une 
façon  bien  différente.  Ainsi,  pour  le  tableau  auquel  a  donné 
lieu  l'hérésie  d'Amauri,  le  peintre  du  ms.  281 3  a  représenté 
la  prédication  de  l'hérétique,  tandis  que  dans  l'autre 
manuscrit  l'artiste  a  mis  en  scène  les  prélats  qui  viennent 
dénoncer  l'hérétique  au  roi. 

XGII. 

Les  Grandes  Chroniques  de  France. 

Bibliothèque  de  Lyon,  ms.  880,  jadis  786. 

Exemplaire  du  milieu  du  xive  siècle,  dont  les  miniatures 
sont  encadrées  dans  des  bordures  tricolores. 

Au  haut  du  dernier  feuillet,  vestiges  d'une  note  de  pos- 
session, au  bas  de  laquelle  M.  Omont  a  cru  distinguer  la 


318         MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

trace  de  la  signature  de  Charles  V.  M.  Molinier  1  a  supposé 
que  ce  pouvait  être  celle  du  duc  de  Berry. 

Delandine,  Notices  sur  les  manuscrits  de  Lyon,  t.  II, 
p.  53. 

XCIII. 

«  Les  Groniques  de  France  selon  ce  qu'elles  sont 
«  composées  en  l'église  saint-denis  en  france.  » 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  10135. 

Exemplaire  qui  a  dû  être  copié  dans  le  troisième  quart 
du  xive  siècle  et  dont  le  texte  s'arrête  à  la  fin  du  règne  de 
Philippe  de  Valois.  Les  miniatures,  d'assez  médiocre  exécu- 
tion, dont  il  est  orné,  sont  bordées  d'encadrements  trico- 
lores. Le  tableau  qui  sert  de  frontispice  (fol.  3)  est  divisé 
en  quatre  compartiments  quadrilobés  ;  au  bas  de  la  même 
page,  deux  lions  accroupis,  à  queues  .démesurément 
longues,  supportent  un  écu  dont  le  peintre  s'est  borné  à 
tracer  le  contour. 

Sur  la  dernière  page,  signature  du  roi  Charles  VI,  du 
second  type,  c'est-à-dire  de  celui  dont  nous  avons  des 
exemples  à  partir  de  l'année  1393.  Elle  est  figurée  dans 
l'atlas  du  Cabinet  des  manuscrits,  planche  XLV,  n°  3.  Voir 
aussi  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1890,  t.  LI,  p.  93. 

XCIV. 

LA  VIE  DE   SAINT  LOUIS  PAR  LE   SIRE  DE  JoiNVILLE. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  13568. 

Exemplaire  copié  dans  le  troisième  quart  du  xive  siècle, 
orné  d'une  miniature  qui  représente  le  sire  de  Joinville 
offrant  son  livre  au  roi  de  Navarre,  Louis,  fils  de  Philippe 
le  Bel. 

1.  Catalogue  général,  t.  XXX,  p.  241. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.         319 

Figure  dans  tous  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre 
(A.  205,  B.  202,  D.  134,  E.  131,  F.  114).  Décrit  comme 
il  suit  dans  l'inventaire  de  1 41 1  : 

Item  un  livre  des  Miracles  et  de  la  vie  monseigneur  saint  Loys, 
roy  de  France,  couvert  de  cuir  vermeil  empreint,  à  deux  fermouers 
d'argent,  donné  au  roy  par  Gilet;  escript  de  lettre  formée  en  fran- 
çois,  à  h  coulombes,  commençant  ou  second  fueillet  d'Alencon  son 
filz,  et  ou  derrenier  et  neuf  ou  mois. 

Estimé  1  livre  en  1424. 

XCV. 

La  vie  de  saint  Louis,  par  Guillaume  de  Saint- 
Pathus,  confesseur  de  la  reine  Marguerite. 

Bibliothèque  nationale,  ras.  français  5716. 

Très  bel  exemplaire  du  milieu  du  xive  siècle,  orné  de 
nombreuses  miniatures,  qui  figure  sur  tous  les  inventaires 
de  la  librairie  du  Louvre  (A.  144,  B.  145,  D.  92,  E.  90, 
F.  76).  Il  est  ainsi  décrit  dans  l'inventaire  de  l'année  1 441  : 

Item  la  Vie  saint  Loys  et  ses  miracles,  couvert  de  soye,  bien 
escript  et  enluminé,  escripte  de  lettre  formée,  en  françois,  com- 
mençant ou  ne  foillet  de  la  beneurelé,  et  ou  derrenier  de  dimenche ; 
à  deux  fermouers  d'argent  dorez  esmaillez. 

Estimé  2  livres  en  1424. 

Le  frontispice  est  reproduit   en  phototypie  dans  mes 

Facsimile  de  livres  copiés  et  enluminés  pour  le  roi  Charles  V, 
pi.  XIII. 

XGVI. 

Privilèges  accordés  par  les  papes  aux  rois  et 
reines  de  France. 

«  En  ce  livre  sont  escrips  les  privilèges  perpétuels  du 
«  roy  et  de  la  royne  et  de  leurs  successeurs  roys  et  roynes 


320  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

«  de  France,  et  aucunes  autres  bulles  notables  estans  ou 
«  Trésor  de  ses  diz  privilèges  et  de  ses  chartes.  » 

Bibliothèque  nationale,  ms.  latin  9814. 

Exemplaire  copié  au  xive  siècle.  La  marge  gauche  de 
plusieurs  pages  est  bordée  d'un  filet  garni  de  demi-Heurs 
de  lis.  Ce  volume  répond  à  l'article  1212  de  l'Inventaire 
du  mobilier  de  Charles  V1  : 

Item  le  livre  des  privillèges  octroyez  au  roy  de  France,  dont  le 
second  fueillet  après  la  table  se  commance  tamen  arbitramuv,  et  à 
deux  fermoers  d'argent  dorez  à  deux  rozettes. 

XCVII. 

Le  Songe  du  verger. 

Musée  britannique,  ancien  fonds  royal  19.  G.  IV. 

Exemplaire  original  dans  lequel  on  remarque,  sur  les 
fol.  2,  6  et  1 54,  l'écu  fleurdelisé  accompagné  de  deux  lions 
peints  en  grisaille. 

Sur  le  fol.  1,  frontispice  représentant  un  verger  :  dans  la 
partie  supérieure  le  roi  sur  un  trône,  avec  les  insignes  de  la 
royauté;  à  ses  côtés,  un  peu  plus  bas,  deux  reines  figurant 
les  deux  juridictions;  au-dessous,  le  clerc  et  le  chevalier, 
dont  le  dialogue  forme  le  fonds  de  l'ouvrage.  Dans  la  partie 
inférieure,  un  homme  endormi,  enveloppé  d'un  manteau 
violacé.  —  Au  fol.  2,  miniature  de  présentation  :  Charles  V 
en  robe  rouge,  une  coiffe  blanche  sur  la  tête,  est  assis  sur 
son  trône;  l'auteur,  à  genoux,  en  manteu  violet,  offre  son 
livre  au  roi;  en  arrière  se  tiennent  le  clerc  et  le  chevalier.  — 
Au  fol.  6,  petite  miniature  représentant  le  clerc  et  le  che- 
valier. —  Sur  le  fol.  154,  au  commencement  du  second 
livre,  le  roi,  sur  son  trône,  entre  le  clerc  et  le  chevalier, 
porte  la  couronne  et  est  vêtu  d'un  manteau  fleurdelisé. 

Porté   sur   les    inventaires  à   partir   de    l'année   1411 

1.  Ed.  Labarte,  p.  157. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  321 

(D.  884,  E.  188,  F.  165);  il  est  ainsi  décrit  dans  l'inven- 
taire de  1 41 1   : 

Item  le  Songe  du  vergier,  très  bien  escript  en  françois,  de  lettre 
de  forme,  à  deux  coulombes,  bien  historié  et  enluminé,  commen- 
çant ou  ne  (billet  eu  nom  Charles  tu  es,  et  ou  derrenier  auctoritez 
que  al  devant;  et  est  signé  Charles;  couvert  d'une  chemise  de  soye 
asurée,  à  grant  queue,  et  n  fermoirs  d'argent  dorez,  où  est  Charles 
en  lettres  eslevées,  en  ung  escrin  escorchié  de  fleurs  de  lis. 

Estimé  12  livres  en  1424. 

La  signature  du  Roi  signalée  par  l'inventaire  de  l'année 
1411  a  disparu. 

Le  volume,  passé  en  Angleterre,  a  appartenu  à  Honfroi, 
duc  de  Gloucester,  qui  a  tracé  sur  le  dernier  feuillet 
quelques  mots  aujourd'hui  à  moitié  effacés  :  «  Gest  livre 
est  à  moy  Homfrey,  duc  de  Gloucestre.  » 

J'en  ai  donné  la  notice  en  1 877  dans  les  Mémoires  de  la 
Société  de  l'histoire  de  Paris,  t.  IV,  p.  229  et  230. 

XCVI1I. 

Romans  d'Anséis  de  Carthage  et  d'Athis  et  Pro- 

FILIAS. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  793.  Venu  de  la 
librairie  du  château  de  Blois  et  peut-être  de  celle  de  Louis 
de  Bruges. 

Copie  de  la  première  moitié  du  xive  siècle. 

Enregistré  dans  tous  les  inventaires  de  la  librairie  du 
Louvre  (A.  442,  B.  463,  D.  312,  E.  353,  F.  331),  et  répon- 
dant à  cet  article  de  l'inventaire  de  l'année  1 41 1  : 

Item  Ansseis  de  Cartaige,  Athiz  et  Frofilias,  rimé,  escript  en  fran- 
çois de  lettre  formée,  à  deux  coulombes,  commençant  ou  ne  foillet 
Seignor  dist,  et  ou  derrenier  cest  il  vos  *  ;  couvert  de  cuir,  à  deux 
fermouers  de  laton. 

1.  Le  dernier  feuillet  du  ms.  793  commence  par  Cesti  vos. 

21 


322  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Estimé  1  livre  12  sous  en  1424. 

XCIX. 

L'Anticlaudien  d'Alain  de  Lille,  en  français,  suivi 
de  pièces  en  vers  de  Baudouin  de  Condé,  de  Rutebeuf,  de 
Henri  de  Laon,  etc.,  et  d'une  Chronique  des  évêques  de 
Liège.  —  Exemplaire  du  xive  siècle. 

Bibliothèque  nationale,  ras.  français  1634,  ayant  fait 
partie  de  la  librairie  de  Louis  de  Bruges  et  de  celle  du  châ- 
teau de  Blois.  Inscrit  dans  tous  les  inventaires  de  la  librai- 
rie du  Louvre  (A.  186,  B.  187,  D.  124,  E.  121,  F.  104). 
Il  répond  exactement  à  cet  article  de  l'inventaire  de  l'an- 
née 1 41 1  : 

Item  Anticlaudianus,  les  Diz  Baudoin  de  Condet,  la  Voye  de  para- 
dis que  fist  Rustebuef,  la  Succession  des  evesques  de  Liège,  en  un 
livre  jadis  couvert  de  parchemin,  et  de  présent  entre  deux  ais; 
couvert  de  cuir  blanc,  à  deux  fermouers  de  cuivre;  escript  de  lettre 
courant,  en  François;  commençant  ou  11e  fueillel  quar  la  chantoit, 
et  ou  derrenier  :  frères  le  comte. 

Estimé  2  livres  en  1424. 

Voir  le  Catalogue  des  manuscrits  français  de  l'ancien  fonds, 
t.  I,  p.  276. 

C. 

Le  Roman  d'Artus  le  Re store. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  761 ,  venu  des  librai- 
ries de  Louis  de  Bruges  et  du  château  de  Blois. 

Ne  figure  dans  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre 
qu'à  partir  de  141 1  (D.  898,  E.  202,  F.  176).  La  descrip- 
tion de  l'inventaire  de  141 1  est  très  exacte  : 

Item  le  romans  Artus  le  Restoré,  en  un  grant  volume  plat,  de 
grosse  lettre  de  forme,  en  François,  à  trois  coulombes,  commençant 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  323 

ou  11e  foillet  sien  tout  et  le  sa  femme,  et  ou  derrenier  quant  tixelius 
fu;  couvert  de  cuir  rouge,  à  empraint,  à  gros  bouillons  et  quatre 
fermoirs  de  laton. 

Estimé  4  livres  en  1424. 

CI. 

«  Li  Contez  du  cheval  de  fust.  » 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  1589,  venu  de  la 
librairie  du  château  de  Blois  et  peut-être  de  celle  de  Louis 
de  Bruges. 

Exemplaire  copié  au  commencement  du  xive  siècle. 

Enregistré  dans  tous  les  inventaires  de  la  librairie  du 
Louvre  (A.  418,  B.  440,  D.  291,  E.  332,  F.  310).  Ainsi 
décrit  dans  l'inventaire  de  1411  : 

Item  Meliachin  et  du  Cheval  de  fust,  rimé  et  bien  escript,  en  fran- 
çois,  de  lettre  formée,  à  deux  coulombes,  commençant  ou  ne  fueillet 
toute  honneur,  et  ou  derrenier  et  plus  les  essaucoit;  couvert  de  cuir, 
à  deux  fermouers  de  laton. 

Estimé  2  livres  en  1424. 

CIL 

Le  Livre  royal  ou  livre  des  Prophéties  de  Notre- 
Seigneur  et  de  Notre-Dame,  poème  composé  vers  l'an- 
née 1 345  par  Jean  de  Chavenges  et  dédié  à  Jeanne  d'Évreux, 
veuve  du  roi  Charles  le  Bel. 

Musée  Condé  à  Chantilly. 

Exemplaire  inscrit  sur  les  inventaires  de  la  librairie  du 
Louvre  (A.  209,  B.  206,  D.  137,  E.  134,  F.  117),  et  ainsi 
décrit  dans  celui  de  l'année  1411  : 

Item  un  livret  rymé,  qui  se  nomme  les  Prophecies  Nostre-Dame, 
de  l'institution  du  royaume  de  France  et  de  la  noblesse  d'icelluy,  à 
deux  petis  fermouers  d'argent,  donné  au  roy  par  Gilet,  escript  de 


324  MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS. 

lettre  formée,  en  françois  rymé,  et  en  latin  en  prose;  commençant 
ou  second  fueillet  Vecy  une  sentence,  et  ou  derrenier  Francorum 
laudatissimam . 

Ce  livret,  qui  avait  été  estimé  1  livre  en  1424,  est  incom- 
plet du  premier  feuillet  et  du  texte  latin  en  prose  qui  fai- 
sait suite  au  poème  de  Jean  de  Chavenges.  Il  a  été  acquis 
en  1901  à  la  vente  des  manuscrits  du  fonds  Barrois.  Voir 
la  notice  que  j'en  ai  publiée  dans  la  Bibliothèque  de  V École 
des  chartes,  année  1901 . 


cm. 


La  Vision  du  prieur  de  Salon. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  810,  venu  de  la 
librairie  du  château  de  Blois  et  probablement  de  celle  de 
Louis  de  Bruges. 

Volume  écrit  au  commencement  du  xve  siècle,  qui  figure 
à  partir  de  1411  sur  les  différents  inventaires  de  la  librai- 
rie du  Louvre  (D.  939,  E.  914,  F.  211). 

A  ce  volume  se  rapporte  l'article  suivant  de  l'inventaire 
de  1411  : 

Item  la  Vision  du  prieur  de  Sallon,  de  lettre  de  note,  historiée  et 
enluminée,  couverte  de  cuir  vermeil  à  empraintes,  à  n  fermoueurs 
d'argent  dorez,  commençant  ou  ne  foillet  beaux  livres  il  avoit,  et  ou 
derrenier  en  lettre  rouge  le  prieur  en  la  fin. 

Cet  exemplaire  d'un  ouvrage  bien  connu  d'Honoré  Bonet 1 
est  un  des  livres  que  Gilles  Malet  incorpora  le  7  janvier  1 4 1 0 
(n.  st.)  dans  la  librairie  du  Louvre  et  que  le  duc  de  Guyenne 
lui  avait  fait  remettre  par  Jean  d'Arçonval2. 

Estimé  1  livre  en  1424. 


1.  Voir  un  article  de  M.  Noël  Valois,  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des 
chartes,  1891,  t.  LU,  p.  265. 

2.  Ms.  français  2700,  fol.  132. 


MANUSCRITS  PARVENUS  JUSQU'A  NOUS.  325 

CIV. 

Les  Fables  Ysopet  et  le  Bestiaire  d'amours. 

Bibliothèque  nationale,  ms.  français  15213. 

Copie  du  commencement  du  xive  siècle. 

Mentionné  dans  les  inventaires  de  la  librairie  du  Louvre 
jusqu'à  celui  de  l'année  1 41 3  inclusivement  (A.  1  21 ,  B.  1 22, 
D.  75,  E.  74).  Ainsi  décrit  dans  l'inventaire  de  1411  : 

Item  les  Fables  Ysopet,  le  Bestiaire  maistre  Richart  de  Fumival 
d'amours,  historié  et  rymé  en  françois,  escript  de  lettre  de  forme, 
commençant  ou  ne  foillet  hors  en  trait,  et  ou  derrenier  or  vous  dije 
belle;  couvert  de  cuir  rouge  à  deux  fermouers  de  laton. 

Ce  volume  dut  sortir  de  la  librairie  du  Louvre  avant 
l'année  1424. 


APPENDICE 


i. 

Les  Livres  du  roi  Jean. 

Le  roi  Jean  tenait  de  sa  mère  Jeanne  de  Bourgogne  le 
goût  qu'il  témoigna  toujours  pour  les  livres.  Les  Heures 
dans  lesquelles  il  apprit  à  lire  étaient  assez  belles  pour  que 
son  fils,  le  duc  de  Berry,  les  conservât  soigneusement  dans 
sa  riche  bibliothèque1.  Quand  il  n'était  encore  que  duc  de 
Normandie,  de  1332  à  1350,  il  avait  un  grand  bréviaire 
en  deux  volumes,  «  très  beaux,  très  bien  écrits  et  bien 
«  enluminés2  ».  Ce  fut  également  avant  de  monter  sur  le 
trône  qu'il  reçut  de  Jean  de  Vignay  une  traduction  des 
Échecs  moralises3,  qu'il  emprunta  de  Pierre  Des  Essarts 
un  roman  du  Saint-Graal4,  et  qu'il  acheta  de  Thomas  de 


1.  «  Unes  heures  esquelles  le  roy  Jehan,  père  de  monseigneur,  apprist  à 
lire...;  lesquelles  le  roy  de  Sicile  donna  a  monseigneur  le  xxne  jour  d'octobre 
l'an  mil  .CCCC.  et  VII;  et  depuis  y  a  fait  faire  monseigneur  deux  fermouers 
d'or,  esmaillez  à  ses  armes,  à  une  pipe  de  mesmes,  garnie  d'un  balay,  pesant 
environ  x  caraz  et  deux  perles,  et  par  dessus  une  chemise  de  drap  de  damas 
violet,  doublé  de  tiercelin  noir;  lesquielx  fermouers  et  pipe  ainsi  garnie,  avec 
ladicte  chemise,  ont  cousté  de  Baude  de  Guy  imxx  frans.  »  Inventaire  de  Jeun, 
duc  de.  Berry,  éd.  Guiffrey,  t.  I,  p.  257,  n°  968. 

2.  Inventaire  du  mobilier  de  Charles  V,  éd.  Labarte,  p.  336,  n°  3279. 

3.  Voir  plus  haut,  p.  259,  les  notices  du  ms.  434  de  Besançon  et  du  ms.  fran- 
çais 1728.  Cf.  P.  Meyer,  Romania,  1896,  p.  407. 

4.  On  lit  à  la  fin  du  ms.  français  770  :  «  Cest  livre  est  sire  Pierre  Des  Essars, 
«  qui  le  presta  et  envoia  à  monss.  le  duc  de  Normandie  par  Geufl'rin  Nivelle  de 
«  Bernville,  clerc  mestre  Martin  de  Mcllou.  » 


LES  LIVRES  DU  ROI  JEAN.  327 

Maubeuge1,  libraire  demeurant  à  Paris,  pour  14  florins 
d'or,  un  livre  français  de  Moralités  sur  la  Bible2.  On  a 
voulu  voir  le  duc  Jean  dans  le  duc  de  Normandie,  que  l'au- 
teur d'un  dialogue  sur  les  substances  a  pris  pour  interlo- 
cuteur3; mais  il  est  aujourd'hui  démontré  que  ce  dialogue 
est  l'œuvre  de  Guillaume  de  Gonches,  l'un  des  maîtres  de 
Henri  II,  duc  de  Normandie4. 

Le  règne  de  Jean  fut  marqué  par  plusieurs  grandes 
entreprises  littéraires  auxquelles  ce  roi  accorda  de  généreux 
encouragements.  Telle  est  la  traduction  de  Tite-Live  qu'il 
fît  faire  à  Pierre  Bersuire.  L'exemplaire  original  de  cette 
traduction,  possédé  par  le  roi,  paraît  être  le  volume  d'après 
lequel  maître  Jeannin  de  Rouen  transcrivit,  en  1440,  pour 
un  échevin  de  Metz,  le  Tite-Live  qui  porte  le  n°  266  dans 
la  bibliothèque  de  sir  Thomas  Phillipps.  Jeannin  de  Rouen 
a  raconté  comme  il  suit  les  vicissitudes  par  lesquelles  était 
passé  le  manuscrit  qui  lui  servait  de  modèle  : 

Le  roy  Jehan  de  France  fîst  escripre  cestui  livre  et  translater  de 
latin  en  romant,  lequel  roy  le  donnoit  à  Marie,  sa  fille,  duchesse  de 
Bar,  marquise  du  Pont  et  dame  de  Cassel,  que  le  dit  roy  Jehan  de 
France  ot  de  la  royne  Bonne,  sa  femme,  qui  fust  fille  au  bon  roy 
Jehan  de  Behaingne;  et  de  la  ditte  duchesse  revint  en  la  main  du 
duc  Edouart  de  Bar,  son  filz;  et  puis  revint  le  dit  livre  en  la  main 
du  duc  Edouart  de  Bar,  son  filz;  et  puis  revint  le  dit  livre  en  la  main 
de  Loys,  frère  au  dit  duc  Edouart,  cardinal  et  duc  de  Bar;  lequel 

1.  C'est  sans  doute  le  libraire  auquel  nous  devons  les  chroniques  classées 
sous  le  n°  10,132  du  fonds  français  :  «  Cy  commencent  les  Croniques  des  roys 
«  de  France,  depuis  le  temps  des  premiers  roys  qui  i  furent,  dusques  au  temps 
«  du  roy  Phelippe  qui  fu  filz  Phelippe  li  Biaux  et  frère  le  roy  Looys,  lesqueles 
«  Pierres  Hoimorez,  du  Nuef-Chastel  en  Normendie,  (îst  escrire  et  ordener  en 
«  la  manière  que  elles  sont,  selonc  l'ordenance  des  Croniques  de  Saint-Denis,  à 
«  mestre  Thommas  de  Maubuege,  demorant  en  rue  nueve  Nostre  Dame  de 
«  Paris,  l'an  de  grâce  Nostre  Seingneur  mil  CCC  et  XVIII.  » 

2.  Voir  un  peu  plus  loin  les  extraits  du  compte  KK  7  des  Archives  nationales. 

3.  Mém.  hist.  sur  la  bibliothèque  du  roi,  p.  n,  en  tète  du  tome  II  du  Cata- 
logue des  livres  imprimés.  Le  manuscrit  consulté  par  Boivin  est  le  n°  0638  du 
fonds  latin. 

4.  Voir,  dans  Mém.  de  la  Soc.  des  antiq.  de  Norm.,  3e  série,  t.  II,  p.  399  à 
430,  la  notice  de  M.  Charma  sur  Guillaume  de  Couches. 


328  APPENDICE. 

dit  cardinal  duc  de  Bar  donnoit  la  dilte  duchie  de  Bar  et  ses  sei- 
gnouries  à  B_ené,  filz  du  roy  Loys  de  Secille  et  duc  d'Anjou,  lequel 
dit  roy  Loys  ot  le  dit  Bené  de  la  fille  du  roy  d'Arragon  et  fille  de  la 
royne  Yolant,  fille  du  duc  Bobert  de  Bar  et  de  la  dessus  ditte  Marie, 
fille  du  dit  roy  Jehan  de  France,  que  fuit  femme  du  dit  duc  Bobert 
de  Bar,  lequel  dit  Bené,  roy  de  Secille  et  de  Jérusalem,  duc  d'An- 
jou, de  Bar  et  de  Lothraine,  quant  il  voult  aler  en  son  royalme  de 
Secille,  pour  prendre  la  succession  qui  ly  estoit  escheute  de  par  le 
roy  Loys,  son  ainsné  frère,  donnoit  cestui  dit  livre  à  honnourey 
chevalier  messire  Bobert  de  Baudrecourt  et  bailly  de  Chalmont.  Et 
le  dit  messire  Bobert  le  prestoit  à  Jehan  de  Vy,  l'eschevin,  filz  de 
feu  messire  Jehan  de  Vy,  chevalier,  lequel  dit  Jehan  de  Vy  le  fist 
contre  escripre  par  maistre  Jehannin  de  Bouen,  l'escripvain.  Et  fust 
le  dit  livre  enluminés  par  maistre  Henry  d'Orquevaulz  et  fust  par- 
fait et  affenis  en  l'an  mil  1111e  et  XL...'. 

Telle  est  encore  la  Bible  française  avec  commentaires, 
dont  il  confia  l'exécution  à  maître  Jean  de  Sy2  et  dont  les 
frais  furent  mis  à  la  charge  des  Juifs.  La  Bible  ne  fut 
jamais  achevée,  mais  nous  en  avons  un  fragment  assez 
considérable  dans  le  n°  15397  du  fonds  français,  qui 
comprend  la  majeure  partie  d'une  traduction  et  d'une  expo- 
sition du  Pentateuque,  avec  les  Testaments  des  douze 
patriarches,  d'après  la  version  latine  de  Robert  Grosse- 
Teste,  et  avec  un  petit  traité  de  l'année  1 356  sur  les  âges 
du  monde3.  Ce  manuscrit,  copié  avec  le  plus  grand  soin, 


1.  Durrieu,  Les  Manuscrits  à  peintures  de  Sir  Thomas  Phillipps,  dans 
Bibliothèque  de  l'Ecole  des  chartes,  1889,  t.  L,  p.  426,  n°  XXXIV. 

2.  Sur  Jean  de  Sy,  ou  de  Cis,  autour  d'une  traduction  de  la  Consolation  de 
Boèce,  voir  S.  Berger,  La  Bible  française,  p.  238-243.  Voici  dans  quels  ternies 
l'Inventaire  de  Gilles  Malet  annonce  les  morceaux  du  travail  de  Jean  de  Sy  que 
Charles  V  avait  recueillis  :  «  Un  volume  ouquel  sont  contenus  aucuns  des 
«  livres  de  la  Bible  en  françois,  c'est  assavoir  les  cinq  livres  Salomon,  Ysaie, 
«  et  de  Jeremie  jusques  au  xvme  chapitre,  et  l'exposition  sur  iceulx  faite  par 
«  maistre  Jehan  de  Sy,  du  commandement  du  roi  Jehan,  dont  Dieux  ait  l'aine. 
«  Un  autre  volume  ouquel  sont  contenus  les  cinq  livres  de  Moyse,  Josué  et  le 
«  premier  chapitre  du  livre  des  Juges.  »  (A.  12  et  13,  B.  12  et  13.)  —  «  Soixante 
«  deux  caiers  de  la  Bible  que  commença  maistre  Jehan  de  Sy,  et  laquelle  fai- 
«  soit  translater  le  roi  Jehan,  que  on  a  fait  escripre  aus  despens  des  Juifs.  » 
(A.  269,  B.  280.) 

3.  a  Qui  couple  les  ans  du  tiers  aage  avec  le  premier  et  le  seconl,  il  a  mm 


LES  LIVRES  DU  ROI  JEAN.  329 

devait  recevoir  des  enluminures,  dont  quelques-unes  seu- 
lement sont  esquissées  ou  ébauchées  :  il  ne  faut  pas  de 
grands  efforts  d'imagination  pour  entrevoir  quelle  en  eût 
été  la  magnificence  s'il  eût  été  terminé  ;  d'après  lui,  on  peut 
encore,  jusqu'à  un  certain  point,  se  faire  une  idée  de  cette 
«  très  belle  Bible,  toute  historiée,  que  fist  faire  le  roi 
«  Jehan,  couverte  de  drap  d'or  à  Agnus  Dei  »,  et  qui, 
sous  le  règne  de  Charles  V,  fut  mise  au  château  de  Vin- 
cennes1. 

Un  des  artistes  qui  durent  travailler  à  ces  somptueux 
ouvrages  se  nommait  Jean  de  Montmartre2;  il  est  qualifié 
d'enlumineur  dans  un  compte  de  1351 3.  Le  roi  avait  alors 
un  autre  enlumineur  en  titre,  Jean  Susanne,  qui,  confor- 
mément à  un  mandement  du  30  octobre  1350,  recevait 
deux  sous  parisis  de  gages  par  jour,  plus  une  somme  de 
cent  sous  par  an  pour  ses  robes4.  Si,  comme  c'est  vrai- 
semblable, l'un  de  ces  deux  artistes  est  l'auteur  des  pein- 


viiic  et  xiiii  ans;  et  qui  couple  le  quart,  il  a  nnm  nc  et  l;  el  qui  couple  le 
cinquiesme  aage  à  euls,  il  a  mim  vnc  et  xxn  ans  ;  et  qui  couple  le  damier,  il 
a  vm  iiic  et  xxvin  ans;  et  qui  ajouste  le  miliaire  de  Jhesu  Crist,  ce  sont  vim 
iiiic  et  iiiixx  et  mi  en  l'an  LVI.  Explicit  sus  Genesim.  » 

1.  Inventaire  de  Gilles  Malet,  B.  256. 

2.  Voir  plus  loin,  p.  332,  un  article  de  compte  d'où  il  résulte  qu'une  somme 
de  400  1.  t.  allouée  à  Jean  de  Montmartre  servit  à  payer  une  bible. 

3.  «  Pour  une  aune  de  velluau  ouvré  à  or,  bailliée  à  Jehan  de  Montmartre, 
enlumineur,  pour  couvrir  les  ays  de  la  Bible  du  roy.  »  Compte  de  1351,  cité 
par  Douët  d'Arcq,  Comptes  de  l'argenterie,  p.  387. 

4.  «  Johannes,  Dei  gratia  Francorum  rex...  Nos,  attenta  sufficiencia  Johan- 
nis  Susanne,  illuminatoris  librorum,  commorantis  Parisius,  grataque  considé- 
rantes servicia  nobis  per  dictum  Johannem  inpensa,  et  que  de  die  in  diem 
impendit,  ipsum  retinuimus  illuminatorem  librorum  nostrorum  et  per  présen- 
tas retinemus,  dantes  et  concedentes  eidem  Johanni,  in  recompensacionem  ser- 
vieiorum  predictorum,...  duos  solidos  paris,  de  vadiis  per  diem,  centumque 
solidos  paris,  pro  robis,  habendos  et  percipiendos  per  ipsum  super  redditibus 
et  emolumentis  recepte  nostre  Rathomagensis,  quandiu  vitam  duxerit  in  huma- 
nis,  anno  quolibet,  in  terminis  Pascbe  et  Sancti  Michaelis  futuris...  Datum 
Parisius,  in  hospicio  nostro  de  Neela,  penultima  die  octobris,  anno  Domini  mil- 
lesimo  CCC°  quinquagesimo.  »  Copie  à  la  Bibliothèque  nationale,  parmi  les 
lettres  de  Charles  le  dauphin,  (ils  du  roi  Jean,  à  la  date  du  6  mars  1355  (v.  st.), 
ms.  français  25701,  pièce  cotée  71. 


330  APPENDICE. 

tures  du  ms.  français  15397,  il  mérite,  à  coup  sûr,  d'être 
classé  parmi  les  plus  grands  peintres  français  du  milieu 
du  xiTe  siècle.  L'importance  des  sommes  que  reçut  Jean  de 
Montmartre  autorise  à  le  considérer  comme  chef  d'atelier. 
En  1355,  le  roi  Jean  trouva  parmi  les  joyaux  que  Hum- 
bert,  dauphin  de  Viennois,  lui  avait  laissés  une  Bible  en 
quatorze  volumes  et  un  Missel  à  l'usage  de  Rome4.  L'année 
suivante,  quand  il  fut  fait  prisonnier  à  la  journée  de  Poi- 
tiers, il  avait  dans  ses  bagages  une  Bible  historiale,  que 
l'Angleterre  a  gardée  comme  un  trophée  de  ses  victoires, 
et  sur  laquelle  on  lit  cette  inscription  :  «  Gest  livre  fust 
«  pris  ové  le  roy  de  Fraunce  à  la  bataille  de  Peyters  ;  et  le 
«  boun  counte  de  Saresbirs,  William  Montague,  la  acheta 
«  pur  cent  marsz,  et  la  dona  à  sa  compaigne,  Élizabeth,  la 

«  bone  countesse,  qe  Dieux  assoile ,  laquele  lyvre  ladite 

«  countesse  assigna  à  ces  executours  de  le  vendre  pur 
«  xl  livers2.  »  Ce  fut  aussi,  n'en  doutons  pas,  dans  le 

1.  «  Jehan,  par  la  grâce  de  Dieu  roy  de  France...  Savoir  faisons  que  nous 
avons  eu  et  receu  par  la  main  de  Guillaume  Canetel,  des  biens  et  choses 
qui  jadis  furent  de  nostre  amé  cousin  Humbert,  jadiz  dauphin  de  Viennois, 
patriarche  d'Alexandre  et  administrateur  perpétuel  de  l'archeveschié  de  Remz, 
les  choses  et  parties  qui  s'ensuivent...  Item  une  Bible  en  xim  volumes.  Item 
un  Messel  à  l'usage  de  Romme...  Données  à  la  Noble  maison,  le  xinie  jour 
de  juing.  l'an  de  grâce  mil  CCC  cinquante  cinq.  Par  le  roy  :  MATH[1EU].  » 
(Registre  LXXXIV  du  Trésor  des  chartes,  n°  153.)  —  La  Bible  en  quatorze 
volumes,  dont  il  est  question  dans  la  lettre  du  roi  Jean,  faisait  partie  d'un  lot 
de  livres  qu'il  fit  retirer  le  18  mars  1355  du  couvent  des  Dominicains  de  Paris, 
et  qui  se  composait  des  volumes  suivants  :  «  Une  Bible  en  quatorse  volumes; 

—  la  seconde  partie  de  Vincent;  —  un  Décret;  —  un  livre  pontifical;  —  un 
livre  des  sacremens  de  maistre  Hugues  de  Saint-Victor;  —  un  livre  pontifical; 

—  un  roumant  en  françois  de  plusieurs  histoires  ;  —  un  livre  appelle  le  Table 
sur  la  Somme  des  confesseurs;  —  unes  Decretales  vielles;  —  un  livre  appelle 
Somme  sur  les  lettres  de  Decretalles;  —  le  premier  livre  de  saint  Bernarl  des 
considérations  au  pappe  Eugenne:  —  un  livre  de  l'ordenance  à  sacrer  le  roy 
de  France;  —  un  livre  glozé  des  douze  petis  prophètes;  —  un  petit  livre  des 
commandemens  du  senne  de  Nimes;  —  un  petit  livre  des  estatus  et  des  loys  de 
Venize;  —un  petit  livre  de  sermons;  —  un  livre  des  ordenances  que  l'en  doit 
faire  en  sainte  eglize;  —  un  petit  livre  à  une  cheine,  faisant  mencion  de  divers 
originaulx  des  sains.  »  Ms.  français  '20026  des  Nom.  acq.,  pièce  43. 

2.  Ce  ms.  est  coté  19.  D.  II  dans  le  fonds  du  roi;  voir  Documents  inédits, 
Rapports  au  ministre  (Paris,  1839,  in-4°),  p.  118. 


LES  LIVRES  DU  ROI  JEAN.  331 

désastre  de  Poitiers  que  furent  perdus  les  Miracles  de 
Notre-Dame,  bien  écrits  et  historiés,  que  Charles  V  racheta 
des  Anglais.  C'est  le  magnifique  manuscrit  du  Séminaire 
de  Soissons  dont  j'ai  parlé  plus  haut,  p.  285. 

Jean  s'occupa  de  ses  livres  pendant  les  quatre  années 
qu'il  passa  captif  en  Angleterre.  Dans  le  courant  de  l'année 
1359,  Marguerite  «  la  relieresse  »  et  Jacques  le  relieur 
lui  mirent  à  point  une  Bible  française,  un  bréviaire  et  un 
roman  de  Guilon1.  En  décembre  1 359  et  en  mai  1360,  des 
libraires  anglais  lui  vendirent  un  roman  de  Renard,  un 
petit  psautier,  un  Garin  le  Loherain  et  un  Tournoiement 
d'Antéchrist2.  11  n'était  pas  encore  sorti  de  prison  quand 
il  invita  son  chapelain  Gace  de  La  Buigne  à  composer  le 
roman  des  Déduits  de  la  chasse3. 

On  voit  dans  l'inventaire  des  livres  de  Charles  V4  que 
Jean  mettait  sa  signature  sur  les  livres  dont  il  aimait  à  se 
servir.  C'est  ce  que  nous  apprend  aussi  le  manuscrit  fran- 
çais 67,  à  la  fin  duquel  nous  lisons  :  «  Ce  livre  est  le  duc 
«  de  Normendie  et  de  Guienne  :  JEHAN5.  »  Une  note  iden- 
tique se  trouve  à  la  fin  du  premier  volume  du  Miroir  histo- 


1.  Journal  de  la  dépense  du  roi  Jean  en  Angleterre  en  1359,  publié  par  le  duc 
d'Aumale,  Notes  et  documents  relatifs  à  Jean,  roi  de  France,  et  à  sa  capti- 
vité en  Angleterre,  p.  97  et  109.  (Dans  le  tome  II  des  Miscellanies  of  the  Phi- 
lobiblon  Society.) 

2.  «  Tassin,  pour  un  roman  de  Renart,  acheté  par  li,  à  Lincole,  pour  le  roy, 
4  s.  4  d.  —  Jehan  le  libraire  de  Lincole,  pour  un  petit  sautier  acheté  pour  le 
roy,  et  de  son  commandement,  un  noble,  vaut  6  s.  8  d.  —  Maistre  Guillaume 
Racine,  pour  un  romans  du  Loherenc  Garin,  acheté  par  li  pour  le  roy  et  de  son 
commandement,  un  noble,  vault  6  s.  8  d.  —  A  li  pour  un  autre  roumans  du 
tournoiement  d'Anlecrist,  10  s.  »  Comptes  de  l'argenterie,  éd.  Douët  d'Arcq, 
p.  224,  227  et  252. 

3.  Sur  Gace  de  La  Buigne,  voir  une  dissertation  du  duc  d'Aumale  qui  fait 
partie  des  Notes  et  documents  relatifs  à  Jean,  roi  de  France,  p.  161-190. 

4.  Articles  110,  330,  883,  1128,  1166. 

5.  Le  fac-similé  de  cette  note  est  donné  dans  l'ouvrage  de  M.  Franklin,  Les 
Anciennes  bibliothèques  de  Paris,  t.  II,  p.  109,  et  dans  l'atlas  du  Cabinet  des 
manuscrits,  pi.  XLV,  n°  1. 


332  •  APPENDICE. 

rial  conservé  à  la  bibliothèque  de  l'Université  de  Leyde1;  le 
deuxième  volume  du  même  exemplaire  du  Miroir  historial, 
n°  5080  de  la  bibliothèque  de  l'Arsenal2,  ne  nous  offre  que 
la  signature  du  prince. 

Les  traits  caractéristiques  de  ces  signatures  ne  se  recon- 
naissent pas  bien  exactement  dans  la  signature  JEHAN, 
répétée  plusieurs  fois  à  la  fin  du  grand  psautier  glosé, 
n°  448  du  fonds  latin  ;  il  est  cependant  possible  qu'elle  y  ait 
été  tracée  par  le  prince  quand  il  était  fort  jeune.  Une  autre 
signature  JEHAN,  qu'on  voit  sur  le  dernier  feuillet  du 
manuscrit  français  770,  a  été  prise  par  Cangé  pour  celle  du 
roi;  mais  l'hypothèse  du  savant  amateur  ne  résiste  pas 
même  à  l'examen  le  plus  superficiel,  et  Paulin  Paris3  a  fait 
observer  depuis  longtemps  que  cette  signature  n'a  rien  de 
commun  avec  celle  de  Jean  le  Bon.  C'est  aussi  sans  fonde- 
ment qu'on  a  attribué  au  roi  Jean  la  Bible  historiale  n°  1 7 
du  fonds  de  La  Vallière4,  et  les  deux  Bibles  latines  nos  1 297 
et  1 357  du  fonds  de  la  Sorbonne,  aujourd'hui  nos  1  6265 
et  16268  du  fonds  latin0. 

Gomme  annexe  à  cette  note,  je  joins  quelques  articles 
extraits  d'un  registre  de  la  trésorerie  du  duc  Jean  en  1 349 
et  1350,  conservé  aux  Archives  nationales  sous  la  cote 
KK.  7. 

Extrait  du  compte  de  la  trésorerie  de  Jean,  duc  de  Normandie, 
pendant  les  années  1349  et  1350  : 

(Fol.  12  v°.)  A  Jehan  de  Montmartre,  pour  emploier  et  convertir 
en  la  façon  d'une  bible  qu'il  fait  faire  pour  monseigneur  le  duc,  du 
commandement  gênerai  fait  par  lettres  de  mestre  Regnault  Chauvel 


1.  Voss.  gallicus,  fol.  3  A. 

2.  Catalogue  de  Henry  Martin,  t.  V,  p.  43  et  44. 

3.  Les  Manuscrits  françois,  t.  VI,  p.  131. 

4.  Catalogue  des  livres  du  duc  de  La   Vallière,  1"  partie,   t.  1,  p.  31.  — 
Cest  aujourd'hui  le  ras.  français  20090. 

5.  Hist.  litt.  de  la  France,  t.  XXIV,  p.  176. 


LES  LIVRES  DU  ROI  JEAN.  333 

de  baillier  au  dit  Jehan  ce  que  pour  ceste  cause  il  demandera,  don- 
nées le  xvme  jour  de  février  CCCXLVIII  par  lettre  dudit  Jehan  don- 
née xxviii  jour  dudit  mois,  xl  1.  p.;  à  lui,  par  sa  lettre  donnée 
xxvie  jour  de  mars  CCCXLVIII,  xx  1.  p.;  à  lui,  par  sa  lettre  donnée 
le  xxve  jour  d'avril  CCCXLIX,  c  1.  p.;  à  lui,  par  sa  lettre  donnée 
le  xme  jour  de  juing  ensuivant,  xl  1.  p.;  à  lui,  par  sa  lettre  donnée 
le  xxixe  jour  de  juillet  ensuivant,  xl  1.  p.;  à  lui  par  sa  lettre  donnée 
le  ixe  jour  de  septembre  ensuivant,  xl  1.  p.;  à  lui,  par  sa  lettre  don- 
née le  xixe  jour  de  novembre  CCCXLIX,  xl  1.  p.;  montent  ces  par- 
ties inc xx  1.  p.,  valent  imc  1. 

(En  marge  :)  Redd[atur]  régi  per  compotum  dicti  Johannis  de 
Monte  martirum  particularem,  sutum  ad  Ascensionem  CCCLIII  in 
VIII10  partibus,  et  est  de  operacione  et  illuminacione  cujusdam  biblie 
et  aliorum  librorum  in  gallico,  et  ibi  corrigatur. 

A  Bertran  de  Villeneuve...  pour  u  romanz  que  ycelui  seigneur  a 
achetez  de  lui,  xl  1.  p. 

(Fol  13  v°.)  A  Jehan  de  Wirmes,  enlumineur,  pour  avoir  enluminé 
un  livre  de  motez,  par  mandement  de  monseigneur  le  duc  et  quit- 
tance dudit  Jehan  donnée  le  lundi  après  la  Saint-Martin  d'yver, 
xix  1.  vin  d.  p.,  valent  xxm  1.  xv  s.  x  d.  t. 

A  Thomas  de  Maubeuge,  libraire,  pour  la  vendue  d'un  rommant 
de  Moralitez  sur  la  Bible  en  françois,  si  comme  il  appert  par  un 
mandement  d'icelui  seigneur  sur  ce  fait,  donné  le  xxme  jour  d'oc- 
tobre CCC  XLIX,  et  par  quittance  dudit  libraire  donnée  xxime  jour 
d'icelui  mois  et  an,  pour  ce  xmi  escuz,  pour  chascun  xxxn  s.  vi  d.  t., 
valent  xxn  1.  xv  s.  t. 

(Fol.  67  v°.)  A  Jehan  de  Langre,  tavernier,  pour  un  livre  que 
mons.  le  duc  a  eu  et  acheté  de  lui,  et  du  commandement  d'icelui 
seigneur,  par  mandement  donné  xme  jour  de  juillet  CCCL..., 
xxv  1.  t. 

(Fol.  68  v°.)  A  Symon  de  Rouen,  pourtrayeur...,  vu  1.  x  s.  t. 

(Fol.  71  v°.)  A  Lorens  de  Marsoy,  pour  visiter  et  mettre  nombre 
et  signer  les  pseaumes  et  respons  du  grant  et  petit  bréviaire  de 
monseigneur  le  duc,  par  n  quittances  dudit  Lorens  données  en  juingn 
CCCL,  vi  escuz,  pour  chascun  xvi  s.  p.,  valent  vi  1.  t. 

A  Jehannin  L'Avenant,  pour  semblable  par  u  quittances  de  lui 
données  en  juillet  CCCL,  vm  escuz,  chascun  xvi  s.  p.,  valent 
vin  1.  t. 

En  fait  de  livres,  il  n'y  a  rien  d'intéressant  à  tirer  d'un 
inventaire  qui  fut  dressé  à  Londres  immédiatement  après 


334  APPENDICE. 

la  mort  du  roi  Jean  et  que  M.  Germain  Bapst  a  publié 
dans  le  petit  volume  intitulé  :  Testament  du  roi  Jean  le  Bon 
(Paris,  1884,  in-8°  de  55  p.). 

Une  notice  sur  les  livres  du  roi  Jean  serait  incomplète 
s'il  n'y  était  pas  dit  un  mot  des  manuscrits  qui  ont  été  à 
l'usage  de  sa  première  femme,  Bonne  de  Luxembourg, 
morte  en  septembre  1 349,  peu  de  mois  avant  le  décès  de 
Philippe  de  Valois,  événement  qui  lui  aurait  fait  abandonner 
son  titre  de  duchesse  de  Normandie  pour  prendre  celui  de 
reine  de  France. 

Le  nom  de  Bonne  de  Luxembourg  est  attaché  à  deux 
beaux  manuscrits  parisiens  du  second  tiers  du  xive  siècle. 

Le  premier  de  ces  deux  manuscrits  est  un  petit  volume 
appartenant  à  Mme  la  baronne  Adolphe  de  Rothschild,  qui 
parait  figurer  sur  les  inventaires  du  duc  de  Berry  en  ces 
termes  :  «  Les  petites  Heures  de  Nostre-Dame,  nommées 
«  les  Heures  de  Pucelle,  enluminées  de  blanc  et  de  noir, 
«  à  l'usage  des  Prescheurs.  »  J'ai  eu  l'occasion  d'en  parler 
ailleurs1. 

Le  second  est  un  Bréviaire  romain  qui  a  passé  en  mai 
1 897  à  la  vente  des  livres  du  baron  Jérôme  Pichon2,  et  se 
trouve  aujourd'hui  dans  la  bibliothèque  d'un  bibliophile 
lyonnais  M.  le  baron  Vitta,  qui  a  bien  voulu  le  faire  figurer 
à  l'Exposition  de  Portraits  ouverte  à  la  Bibliothèque  natio- 
nale en  1907.  En  voici  le  signalement  : 

Elégant  volume,  de  petit  format.  601  feuillets.  Écriture  à  deux 
colonnes. 

Fol.  3.  Titre  du  volume  :  «  In  nomine  Domini.  Amen.  Incipitordo 
Brcviarii  Fratrum  Minorum  secundum  consuetudinem  Romane 
curie.  »  —  Le  Propre  du  temps  occupe  les  fol.  3-263. 


1.  Voir  la  seconde  partie  de  cet  ouvrage,  p.  241*  et  299*,  n°  108.  —  Voir  sur- 
tout ma  Notice  de  douze  livres  royaux  du  XIII"  et  du  XIV"  siècle,  p.  07. 

2.  Voir  le  catalogue  de  vente,  p.  8,  article  27. 


LES  LIVRES  DU  ROI  JEAN.  335 

Fol.  4,  second  du  texte,  quant  vidit. 

Fol.  266-271.  Calendrier. 

Fol.  274-347.  Psautier,  dont  les  feuillets  avaient  été  primitive- 
ment cotés  I-LXXHII. 

Fol.  356-572.  Propre  des  Saints,  Commun  et  Offices  divers. 

Plusieurs  morceaux  ont  été  ajoutés  après  coup,  savoir  : 

Fol.  1  v°.  Image  du  calvaire.  —  Fol.  2.  Image  de  l'Annonciation. 

Fol.  263  v°-265  v°  (le  fol.  263  v°  est  le  verso  d'un  feuillet  qui  a 
été  soudé  au  dos  du  fol.  263).  Image  de  saint  Christophe.  — 
Tableaux  des  Trois  morts  et  des  trois  vifs. 

Fol.  272-273.  Table  alphabétique  des  psaumes,  d'une  main  ita- 
lienne. 

Fol.  348  v°  et  349.  Images  d'une  dame  aux  pieds  du  roi  saint 
Louis  et  d'une  religieuse  aux  pieds  de  saint  Louis  de  Marseille. 

Fol.  573-584.  Supplément  en  écriture  française,  avec  rubriques 
en  français  :  Offices  de  sainte  Anne,  sainte  Marthe,  etc.  Heures  du 
Saint-Esprit. 

Fol.  585-601.  Supplément  en  écriture  italienne  :  fêtes  de  la  Visita- 
tion, de  la  Transfiguration,  de  sainte  Anne;  table  des  pâques  pour 
les  années  1401-1500.  —  «  Legenda  de  sancta  Barbara.  » 

L'illustration  de  la  partie  primitive  du  volume  ne  se  compose 
guère  que  de  très  petites  miniatures  très  fines,  d'un  coloris  très 
léger. 

Au  bas  de  beaucoup  de  pages  se  voient  les  armes  de  Bonne  de 
Luxembourg,  duchesse  de  Normandie  (parti  1  de  France,  2  coupé 
de  Luxembourg  et  de  Bohême).  Je  ne  saurais  dire  si  ces  armes  ont 
été  peintes  avant  que  le  livre  arrivât  entre  les  mains  de  Bonne  de 
Luxembourg  ou  si  elles  ont  été  ajoutées  après  que  le  livre  lui  eut 
été  offert. 

Ce  Bréviaire  a  appartenu  à  Ambroise  Firmin-Didot,  qui  l'envoya 
en  1878  à  l'Exposition  ouverte  au  Trocadéro,  comme  l'atteste  un 
compte-rendu  de  Darcel',  dans  lequel  est  inséré  un  fac-similé  du 
tableau  des  Trois  vifs. 

Les  organisateurs  de  l'Exposition  ouverte  en  1 907  à  la 
Bibliothèque  nationale,  MM.  Camille  Gouderc  et  Henri  Mar- 
tin, ont  conjecturé,  avec  quelque  vraisemblance,  que  le 
tableau  peint  sur  les  fol.  348  v°  et  349  représentait  une 

1.  Gazette  des  bemix-arts,  t.  XX,  p.  66. 


836  APPENDICE. 

seule  et  même  princesse  en  prières  devant  les  images  de 
saint  Louis  et  de  saint  Louis  de  Marseille1.  Suivant  eux, 
cette  dame  serait  Jeanne  de  Valois,  sœur  du  roi  Philippe  de 
Valois,  qui,  après  avoir  été  mariée  à  un  comte  de  Hainaut, 
mourut  en  1 352  dans  le  couvent  de  Fontenelle,  au  diocèse 
de  Cambrai.  Le  double  portrait  aurait  été  peint  après  1 349, 
date  de  la  mort  de  Bonne  de  Luxembourg. 

1.  Bibliothèque  nationale,  Exposition  de  portraits  peints  et  dessinés  du 
XIIIe  au  XVIIe  siècle.  Catalogue  (Paris,  1907,  in-8°),  p.  70. 


II. 


Examen  de  prétendues   lettres    adressées  a  Gilles   Malet 
par  le  roi  Charles  V  et  par  Jean,  duc  de  Berry. 

Dans  les  pages  que  j'ai  consacrées  à  Gilles  Malet,  le  pre- 
mier garde  de  la  Librairie  royale  du  Louvre,  il  n'a  pas  été 
question  de  deux  lettres  qui  ont  été  citées  pour  montrer 
l'intimité  des  rapports  qui  ont  existé  entre  le  Roi  et  ce 
personnage.  Je  dois  exposer  les  raisons  qui  m'ont  empêché 
d'en  faire  usage. 

Voici  le  texte  de  ces  deux  lettres  : 

I. 

Mètre  Gilet,  Aiant  mètre  Gervaiz  *  à  faire  pour  certeine  besoigne 
du  livre  de  cirurgye  de  notre  frère  le  duc  d'Angou,  nouz  le  ly  vou- 
lonz  byen  permectre  prandre  avecquez  ly  à  sen  plaisir,  et  sy  tost 
que  sera  sa  dite  besoigne  finie  le  vouz  remetre.  Sy  vouz  mandonz 
que  le  ly  envoisiez,  et  juquez  vouz  seit  retourney  le  dit  livre,  sete 
letre  vouz  en  tendra  lieu  de  descharge.  Escrit  de  notre  main,  au 
boiz  de  Vicenez,  le  xxie  jour  de  may. 

Charles. 

(Au  dos  :)  A  mètre  Gilet  Malet. 

II. 

Gilet,  ces  deus  Juiz  que  nous  vous  envoionz  joint  les  presantez, 
nous  sont  veneuz  presanter  aucunz  livrez,  desquelz  avonz  lez  unz 
reteneuz,  ansanble  notre  frère  le  duc  de  Berry,  pour  en  avoir  eu 
plaisir  en  l'achat,  toutevoiz  en  est  aullrez  dont  ne  savonz  tant  pry- 
ser  la  valeue  que  ne  nouz  en  veilonz  aviser  avant  que  lez  aseter.  Si 
vous  mandonz  que,  si  tost  sete  letre  reseue,  lez  veillez  priser  et 
nous  en  aviser  le  plus  tost  que  vous  porez  et  nous  renvoisiez  les  diz 

1.  Maître  Gervais  Chrétien,  physicien  du  roi  Charles  V,  fondateur  du  collège 
qui  porta  son  nom. 

22 


338  APPENDICE. 

Juiz  pour  que,  selon  se  que  en  arez  avisé,  ly  en  fesienz  poier  l'ar- 
gent. Escrit  de  notre  main,  à  Paris,  le  xne  jour  de  juing. 

Charles. 

La  première  de  ces  lettres  est  conservée  à  la  bibliothèque 
municipale  de  Nantes1  dans  le  tome  XII  de  la  collection 
d'autographes  qu'avait  formée  La  Bouchère.  La  seconde  fait 
partie  du  Musée  Thomas  Dobrée  à  Nantes2.  Toutes  les  deux 
se  trouvaient  comprises  dans  un  lot  de  1 03  lettres  vendues 
en  1846,  au  prix  de  5,500  francs,  à  Charon,  expert  en 
autographes,  par  un  certain  Letellier,  qui  exploitait  à  Paris, 
rue  Massillon,  un  fonds  d'archives  généalogiques3.  Ce  lot 
venait,  disait-on,  du  cabinet  du  président  d'Hozier,  der- 
nièrement décédé  à  Versailles4. 

Charon  commença  à  écouler  quelques-unes  des  1 03  lettres 
dans  la  vente  de  la  collection  de  Laroche-Lacarelle,  en 
février  1847;  l'authenticité  en  fut  aussitôt  contestée5  et  a 


1.  Volume  668,  pièce  5.  —  La  pièce  a  figuré  sous  le  n°  278  à  la  vente  de  la 
collection  du  baron  de  Trémont  faite  en  décembre  1852. 

2.  Musée  T.  Dobrée,  Autographes.  Inventaire  des  lettres,  chartes  et  pièces 
manuscrites  (Nantes,  1901),  p.  28,  n*  170. 

3.  «  Je  déclare  et  atteste  que  les  pièces  autographes  ci-après  énoncées,  pro- 
venant de  mon  Cabinet  généalogique,  ont  été  vendues  par  moi  à  M.  Charon, 
savoir  :  Bayart,  Charles  V,  Louis  XII,  François  Ier,  Henri  II,  François  II, 
Charles-Quint,  Charles  d'Orléans,  Dunois,  Duguesclin,  Jacques  Cœur,  Agnès 
Sorel,  Marie  Stuart,  Babelais,  Luther,  Michel-Ange,  Ambroise  Paré,  Cujas, 
Sully,  Charles  de  Bourgogne,  Anne  de  Bretagne,  Anne  de  Beaujeu,  Diane  de 
Poitiers,  etc.,  etc.;  lesquelles  pièces  autographes  je  lui  garantis  d'une  bonne  et 
parfaite  authenticité.  Paris,  lor  octobre  1846.  Signé  :  Letellier.  »  —  Publié  par 
l'expert  Laverdet,  à  la  p.  vi  du  Catalogue  de  la  belle  collection  de  lettres 
autographes  (Supplément)  de  feu  le  baron  de  Trémont,  vendue  à  Paris  en 
février  1853. 

4.  Ambroise-Louis-Marie  d'Hozier,  qui,  avant  la  Bévolution,  avait  été  juge 
d'armes  de  France  et  président  en  la  Cour  des  comptes,  aides  et  finances  de 
Normandie.  Une  partie  considérable  de  son  cabinet  fut  acquise  par  la  Biblio- 
thèque nationale  en  1851.  Voir  Le  Cabinet  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque 
nationale,  t.  II,  p.  301  et  302.  —  Laverdet,  à  l'endroit  indiqué  dans  la  note 
précédente,  affirme  que  les  noms  des  signataires  des  lettres  achetées  par  Cha- 
ron «  se  trouvaient  écrits,  sur  les  chemises  des  liasses  qui  les  renfermaient, 
de  la  main  même  du  président  d'Hozier  ». 

5.  Dans  le  Bulletin  de  l'Alliance  des  arts  du  10  mars  1847. 


PRÉTENDUES  LETTRES  ADRESSÉES  A  GILLES  MALET.         339 

depuis  donné  lieu  à  des  controverses  sur  lesquelles  il  faut 
lire  la  longue  préface  mise  par  Laverdet  en  tête  du  cata- 
logue cité  dans  une  note  précédente1. 

Au  premier  abord,  l'aspect  des  deux  lettres  portant  la 
signature  de  Charles  V  n'éveille  pas  la  défiance.  On  y 
retrouve,  dans  les  caractères  de  l'écriture,  les  traits  aux- 
quels nous  ont  habitués  les  lettres  autographes  de  ce  roi 
parvenues  jusqu'à  nous  dans  des  conditions  qui  en  assurent 
la  sincérité2,  et  les  notes,  également  autographes,  insérées 
dans  des  volumes  ayant  fait  partie  de  l'ancienne  librairie 
du  Louvre3. 

Les  signatures  CHARLES  sont  assez  semblables  à  celles 
qui  se  trouvent  dans  beaucoup  des  volumes  ayant  appar- 
tenu à  Charles  V,  et  au  bas  de  différentes  lettres  ou  man- 
dements de  ce  roi.  Les  hésitations  et  les  défaillances  de  la 
main  d'un  faussaire  ne  s'y  laissent  guère  apercevoir. 

1.  P.  338,  note  3.  Laverdet  a  englobé  dans  sa  préface  plusieurs  lettres 
d'Alexandre  Teulet  et  l'avertissement  que  Charon  a  mis  en  tête  du  catalogue 
d'une  vente  faite  par  ledit  Charon  le  10  mai  1847. 

2.  Voici  la  liste  des  lettres  écrites,  en  tout  ou  en  partie,  par  le  roi  que  j'ai 
rencontrées.  Pour  la  plupart,  je  renvoie  aux  Mandements  et  actes  divers  de 
Charles  V  (Collection  de  Documents  inédits),  où  le  texte  a  été  publié,  avec  l'in- 
dication de  la  cote  sous  laquelle  chaque  pièce  est  classée  à  la  Bibliothèque 
nationale. 

4  déc.  1364.  Lettre  à  Nicolas  Braque.  (Mandements,  n°  134.) 

20  sept.  1367.  Lettre  relative  aux  fortifications  des  villes  du  Berry.  (Vente 
de  la  collection  Laroche-Lacarelle,  février  1847.) 

7  déc.  1367.  Lettre  à  Pierre  Scatisse.  (Arch.  nat.,  K.  49,  n°  343.) 

5  mars  1368.  Lettre  au  même.  (Arch.  nat.,  J.  301,  n°  8  A.) 

6  sept.  1370.  Lettre  à  Jean,  comte  d'Armagnac.  (Musée  Condé.  Fac-similé 
dans  le  volume  du  Centenaire  de  la  Société  des  antiquaires  de  France.) 

21  mai  1372.  Lettre  à  Jean  d'Orléans.  (Mandements,  n°  889.) 

10  déc.  1373.  Lettre  aux  gens  des  comptes.  (Mandements,  n"  998.) 
13  janv.  1374.  Lettre  au  vicomte  de  Rouen.  (Mandements,  n°  1095.) 
15  janv.  1374.  Lettre  à  Raoul  Campion.  (Mandements,  n°  1096.) 

25  oct.  1375.  Lettre  au  comte  de  Flandre.  (Mandements,  n°  1174  A.) 

11  nov.  1376.  Lettre  à  la  comtesse  de  Flandre.  (Mandements,  n°  1276  A.) 

25  mai. ..(?).  Lettre  aux  trésoriers  de  France.  (Collection  La  Bouchère,  Bibl. 
de  Nantes,  ms.  668,  pièce  7.) 

3.  J'ai  donné  plus  haut,  p.  3  et  4,  la  liste  des  manuscrits  qui  renferment  des 
signatures  et  des  annotations  autographes  de  Charles  V. 


340  APPENDICE. 

L'orthographe  est  tout  à  fait  conforme  aux  habitudes  de 
Charles  V,  habitudes  dans  lesquelles  il  faut  noter  deux  par- 
ticularités bien  remarquables  : 

1  °  Emploi  poussé  jusqu'à  l'excès  des  %  après  les  e  muets 
des  syllabes  finales.  Exemples  : 

a)  Lettre  à  Pierre  Scatisse,  7  décembre  1367 1  : 
Ligne    2  :  avonz  reseu  voz  letrez. 

—  4  :  faitez  que  dedanz  Nouel. 

—  9  :  par  cez  presantez. 

—  11  :  en  xxx  mile  doblez. 

—  16  :  vouz  estoiet  depuiz  faitez. 

—  17  :  duquez  cez  chosez  soiet  aconpliez. 

b)  Lettre  à  Jean,  comte  d'Armagnac,  6  septembre  13702  : 
Post-scriptum  :  qu'en  toutez  chosez. 

—  :  tenonz  vos  besoingniez  a  notrez. 

—  :  le  bon  cervise  que  vouz  nous  faitez. 

c)  Note  à  la  fin  d'une  Bible  historiale3  : 
Ligne  5  :  en  u  volumez. 

—  6  :  et  la  fimez. 

d)  Note  à  la  fin  des  Fleurs  des  chroniques,  copiées  en  1378  ''  : 
Ligne  1  :  Cez  croniquez  dez  papez. 

—  4  :  et  le  fimez. 

%°  Omission  des  s  dans  les  mots  notre  et  votre,  contrai- 
rement à  l'usage  courant  au  xive  siècle,  suivant  lequel  on 
écrivait  nostre  et  vostre.  Exemples  : 

a)  Lettre  à  Pierre  Scatisse,  7  décembre  1367 b  : 
Ligne    5  :  à  notre  frère. 

—  17  :  escrit  de  notre  main. 

b)  Lettre  au  même,  5  mars  1368 6  : 
Post-scriptum  :  escrit  de  notre  main. 

1.  Fac-similé  dans  le  Musée  des  Archives  nationales,  p.  221.  La  pliototypie 
de  cette  pièce  et  de  la  suivante  sont  dans  l'Album  joint  au  présent  ouvrage. 

2.  Pliototypie  dans  le  volume  du  Centenaire  de  la  Société  des  antiquaires 
de  France. 

3.  Phototypie  dans  mes  Fac-similé  de  livres  copiés  pour  Charles  V,  pi.  II. 

4.  Phototypie,  Ibid.,  pi.  V. 

5.  Fac-similé  dans  le  Musée  des  Archives  nationales,  p.  221. 

6.  Fac-similé,  lbid.,  p.  220,  et  dans  les  Éléments  de  paléographie  de  N.  de 
Wailly,  t.  II,  pi.  XVII. 


PRÉTENDUES  LETTRES  ADRESSÉES  A  GILLES  MALET.         341 

c)  Lettre  à  Jean,  comte  d'Armagnac,  6  septembre  1370  *  : 
Post-scriptum  :  tenons  vos  besoingniez  à  nôtres. 

—  :  escrit  de  notre  main. 

d)  Note  à  la  fin  d'une  Bible  historiale2  : 
Ligne  3  :  Charles  le  Ve  de  notre  non. 

e)  Note  à  la  fin  des  Fleurs  des  chroniques,  copiées  en  13783  : 
Ligne  3  :  Charles  le  Ve  de  notre  nom. 

f)  Note  à  la  fin  d'une  Bible  latine4  : 
Ligne  2  :  le  Ve  de  notre  nom. 

La  lettre  à  mètre  Gilet,  du  %\  mai,  présente,  à  plusieurs 
reprises,  une  assez  singulière  particularité.  A  sept  endroits 
de  cette  pièce  dans  des  mots  écrits  en  toutes  lettres  : 

A  la  ligne  1  :  pour, 

—  2  :  permcctre . . .  prandre...  avecquez...  plaisir, 

—  3  :  que, 

—  4  :  juquez, 

on  remarque,  non  sans  quelque  surprise,  la  queue  des 
caractères  p  etq  coupée  par  un  trait  horizontal ,  tout  à  fait 
semblable  à  la  traverse  ajoutée  d'ordinaire  aux  p  et  aux  q 
pour  donner  à  ces  lettres  la  valeur  des  syllabes  per  ou  par 
et  que.  On  croirait,  au  premier  moment,  surprendre  un 
faussaire  en  flagrant  délit.  Ce  serait  là  un  jugement  témé- 
raire. Il  est,  en  effet,  certain  que  Charles  Va  parfois  barré 
les  lettres  p  et  q,  sans  vouloir,  en  aucune  façon,  donner  à 
ces  caractères  la  valeur  des  syllabes  per  ou  par  et  que.  Nous 
en  avons  la  preuve  dans  deux  pièces  du  Trésor  des  chartes, 
dont  l'authenticité  est  à  l'abri  de  toute  contestation  et  qui 
n'ont  subi  aucune  altération.  Ce  sont  deux  lettres  adressées 
parle  roi,  le  7  décembre  1367  et  le  5  mars  1368,  à  son 
trésorier  Pierre  Scatisse.  Toutes  deux  se  rapportent  au 
paiement  de  la  rançon  de  Du  Guesclin5. 

1.  Phototypie  dans  le  volume  du  Centenaire  de  la  Société  des  antiquaires 
de  France. 

2.  Phototypie  dans  mes  Fac-similé  de  livres  copiés  pour  Charles  V,  pi.  II. 

3.  Phototypie,  Ibid.,  pi.  V. 

4.  Phototypie,  Ibid.,  pi.  XII. 

5.  Ces  deux  lettres  ont  été  déjà  citées  à  la  page  précédente. 


342  APPENDICE. 

Dans  la  première  de  ces  deux  missives,  quatre  mots, 
écrits  en  toutes  lettres,  contiennent  des  p  barrés  sans  aucune 
raison  plausible,  comme  s'il  s'agissait  de  remplacer  la  syl- 
labe per  ou  par  : 

A  la  ligne    4  :  presant. 

—  6  :  prandre. 

—  12  :  prison. 

—  16  :  autre  asinasionz  en  aprez. 

Dans  le  post-scriptum  de  l'autre  lettre,  à  la  première 
ligne,  l'initiale  du  mot  qaer  (=  car)  a  la  queue  coupée  par 
un  trait  horizontal1. 

Il  faut  donc  admettre  que  Charles  V  a  parfois  barré  les 
p  et  les  q  dans  des  mots  qui  ne  comportaient  pas  la  moindre 
abréviation. 

Voilà  les  raisons  qui  pouvaient  être  invoquées  pour  faire 
accepter  comme  authentiques  les  documents  dont  il  s'agit. 
Ce  qui  m'a  fait  mettre  en  garde  et  m'a  déterminé  à  leur 
faire  subir  un  minutieux  examen,  c'est,  d'une  part,  le  sujet 
même  des  lettres  :  l'idée  de  mettre  en  scène  un  prince  dont 
les  goûts  de  bibliophile  éclairé  sont  depuis  longtemps  con- 
nus, et  de  faire  assister  les  curieux  du  xixe  siècle  aux  entre- 
tiens de  Charles  V  avec  un  bibliothécaire  justement  célèbre, 
était  de  nature  à  tenter  l'imagination  d'un  faussaire  habile 
et  avisé.  C'est,  d'autre  part,  l'étrangeté  de  plusieurs  des 
pièces  en  compagnie  desquelles  les  deux  lettres  de  Charles  V 
firent  leur  apparition  en  1847  sur  le  marché  des  auto- 
graphes. M.  le  chanoine  G.  Durville,  membre  de  la  Com- 
mission administrative  du  Musée  départemental  de  la  Loire- 
Inférieure,  a  bien  voulu  me  communiquer,  à  ce  sujet,  des 
observations  qui  font  grand  honneur  à  sa  perspicacité  et 
dont  il  ne  tardera  pas,  je  l'espère,  à  faire  jouir  le  public. 


1.  La  barre  du  q  est  omise  dans  le  fac-similé  du  Musée  des  Archives;  elle 
est  bien  rendue  dans  le  fac-similé  de  la  Paléographie. 


PRÉTENDUES  LETTRES  ADRESSÉES  A  GILLES  MALET.         343 

A  ces  considérations  d'ordre  moral  s'est  ajoutée  la 
fâcheuse  impression  que  m'a  causé  le  mauvais  ton  de  l'encre. 
—  Je  remarquai,  non  sans  surprise,  que,  dans  la  lettre  du 
\  %  juin,  à  la  ligne  4,  le  mot  vous  est  écrit  nous,  tandis  que 
Charles  V  avait  l'habitude  de  mettre  en  tête  des  mots,  non 
pas  un  u,  mais  un  v.  —  N'y  avait-il  pas  aussi  lieu  de 
s'étonner  qu'à  la  première  ligne  de  la  lettre  du  %\  mai, 
Charles  V  eût  écrit  ainsi  le  nom  de  son  physicien  :  mètre 
Gervaiz.  Toutes  les  fois  que  ce  personnage  figure  dans  les 
inventaires  de  la  librairie  du  Louvre,  il  est  appelé,  non  pas 
Gervaiz,  mais  Gervese  ou  Gervaise1.  C'est  aussi  la  seule 
forme  qu'on  rencontre  dans  le  recueil  des  Mandements2. 

A  la  fin  d'un  très  bel  exemplaire  des  Voyages  de  Jean  de 
Mandeville3,  le  célèbre  copiste  Raoulet  d'Orléans  a  calligra- 
phié ces  mots  :  «  Ce  livre  cy  fist  escrire  honnorables  homs, 
«  sages  et  discret  maistre  Gervaise  Crestien...  »  Il  y  a  plus, 
sur  la  dernière  page  du  même  manuscrit,  Charles  V  a  ainsi 
mentionné  l'origine  de  ce  précieux  volume  :  «  Ce  livre 
«  est  à  nous,  Charles  le  Ve  de  notre  nom,  roy  de  France, 
«  et  le  nous  donna  mètre  Gervese  Cretien,  notre  premier 
«  fisicien,  l'an  M  CCC  LXXI.  CHARLES4.  » 

N'est-il  pas  anormal  que  le  roi,  en  écrivant  à  son  cher  et 
aimé  physicien,  n'en  ait  pas  orthographié  le  nom  confor- 
mément à  l'usage  généralement  suivi,  auquel  il  s'était 
d'ailleurs  conformé  lui-même  quand  il  avait  pris  la  plume 
pour  rappeler  que  l'un  des  beaux  volumes  de  sa  librairie 


1.  Voici  les  formes  relevées  dans  l'édition  des  Inventaires  que  j'ai  donnée  : 
maistre  Gervese  (nos  478  et  479);  maistre  Gervaise  Christien  (n°  809);  maistre 
Gervaise  Chrestien  (n°s  810  et  877). 

2.  Maistre  Gervaise  Crestian  (n°  440);  maistre  Gervaise  Crestian  (n°  604); 
maistre  Gervaise  Chrestien  (n°  1497);  maistre  Gervaise  Crestien  (n°  1864). 

3.  A  la  Bibliothèque  nationale,  ms.  français  4515  et  4516  des  Nouv.  acq.  La 
souscription  de  Raoulet  d'Orléans  est  reproduite  en  phototypie  dans  mes  Fac- 
similé  de  livres  copiés  pour  Charles  V,  pi.  VI. 

4.  Un  réactif  a  permis  de  lire  cette  note  qu'on  avait  voulu  effacer. 


344  APPENDICE. 

lui  avait  été  offert  par  son  premier  physicien  «  mètre  Ger- 
«  vese  Gretien  »? 

Mais  ce  qui  m'a  convaincu  de  la  fausseté  des  deux  lettres 
que  j'examine  en  ce  moment,  c'est  la  qualification  de 
Maître  donnée  à  Gilles  Malet  en  tête  et  au  dos  de  la  lettre 
du  21  mai  :  Mètre  Gilet  et  A  mètre  Gilet  Malet. 

Gilles  Malet  n'était  pas  un  clerc.  Il  est  simplement  appelé 
Gilet,  et  très  souvent  Gilet  Malet,  dans  les  Inventaires  de 
la  librairie  du  Louvre  qui  furent  dressés  de  son  vivant1; 
les  inventaires  rédigés  après  sa  mort  le  mentionnent  avec 
la  dénomination  de  feu  messire  Giles  Malet2.  Il  est  simple- 
ment appelé  Gillet  ou  Gilet  Malet,  valet  de  chambre  du  roi, 
dans  sept  textes  espacés  entre  les  années  1365  et  1377 
que  renferme  le  recueil  des  Mandements  et  actes  divers  de 
Charles  V3.  Le  roi,  dans  son  testament  du  16  septembre 
1 380 4,  ne  fait  pas  précéder  du  mot  maître  le  nom  de  Gilles 
Malet,  son  valet  de  chambre,  alors  qu'il  accorde  cette  dis- 
tinction à  deux  maîtres  des  comptes,  Thomas  Le  Tourneur 
et  Jean  Crète,  à  son  sous-aumônier  Hugues  Boileau  et  à  un 
avocat  en  parlement  maître  Jean  Canart. 

Gilles  Malet  n'était  point  un  clerc,  et  dans  les  abondants 
détails  que  j'ai  réunis  sur  sa  vie,  rien  n'autorise  à  supposer 
que  Charles  V  ait  jamais  pu  l'appeler  maître  Gilet.  Je  tiens 
donc  pour  fausses  et  controuvées  les  deux  lettres  de  la 
bibliothèque  municipale  de  Nantes  et  du  Musée  Dobrée.  Le 

1.  N"  33,  42,  72,  77,  81,  85,  87,  S9,  90,  113,  291,  299,  772,  790,  906,  909, 
940,  990.  997  de  l'Inventaire  publié  dans  la  seconde  partie  de  l'ouvrage. 

2.  N"  33,  42,  72,  77,  81,  85,  87,  89,  98,  299,  790  du  même  Inventaire. 

3.  1365.  Délivrez  à  Gilet  Malet,  nostre  vallet  de  chambre  (n°  297).  —  1369. 
Délivrées  de  nostre  commandement  à  Gilet  Malet,  nostre  vallet  de  chambre 
(n"  618).  —  1370.  A  nostre  amé  valet  de  chambre  Gilet  Malet  (n°715).  —  1371. 
Audit  Jehan  de  Vaudestar  et  à  Gillet  Malet  (n°  779).  —  1377.  Nostre  bien  amé 
vallet  de  chambre  Giles  Malet  (n*  1578).  —  1378.  Noz  amez  vallés  de  chambre 
Gilet  Malet  et  Jehan  de  Vaudetar  (n°  1673).  —  1379.  Nostre  bien  amé  varlet  de 
chambre  Gilles  Malet  (n°  1896). 

4.' Mandements,  n"  1956. 


PRÉTENDUES  LETTRES  ADRESSÉES  A  GILLES  MALET.         3 'j 5 

faussaire  qui  les  a  fabriquées  a  pu  prendre  pour  modèles 
les  deux  lettres  des  Archives  nationales  relatives  à  la  rançon 
de  Du  Guesclin. 

De  la  main  du  faussaire  qui  a  fabriqué  les  deux  lettres 
de  Charles  V  est  aussi  sortie  une  troisième  lettre  adressée 
à  maître  Gilles  Malet,  qu'un  singulier  hasard  a  fait  arriver 
à  la  bibliothèque  de  Nantes,  après  avoir  fait  partie  du 
cabinet  du  comte  d'Hunolstein,  puis  de  celui  de  La  Bou- 
chère1. Elle  est  signée  d'un  prince  du  nom  de  JEHAN. 
Auguste  Molinier,  qui  l'a  signalée  dans  le  Catalogue  des 
manuscrits  de  Nantes2,  a  cru  que  la  signature  mise  au  bas 
de  la  lettre  était  celle  du  roi  Jean.  Il  est  de  toute  évidence 
que  le  faussaire  qui  a  fabriqué  la  lettre  a  entendu  tracer, 
non  pas  la  signature  du  roi  Jean,  mais  celle  de  son  fils 
Jean,  duc  de  Berry,  et  il  a  pris  pour  modèle  la  signature 
de  ce  prince  qui  se  trouve  dans  la  Bibliothèque  protijpogra- 
phique  de  Barrois,  à  la  fin  de  la  partie  liminaire.  Il  ne  semble 
pas  avoir  eu  la  prétention  d'imiter,  dans  le  corps  de  la 
lettre,  l'écriture  du  duc  de  Berry,  dont  il  n'avait  peut-être 
pas  d'exemples  à  sa  disposition.  Mais  il  savait  quels  étaient 
les  goûts  du  prince  et  quelles  incomparables  collections  il 
avait  formées;  il  ne  se  trompait  pas  en  supposant  que,  sur 
le  marché  des  autographes,  il  se  rencontrerait  des  concur- 
rents pour  se  disputer  la  possession  d'une  relique  du  plus 
illustre  des  dilettantes  du  moyen  âge.  Ainsi  fut  imaginée 
de  toutes  pièces  une  lettre  par  laquelle  Jean,  duc  de  Berry, 
pendant  un  séjour  à  Clermont  en  Auvergne,  écrivait  au 
fameux  Gilles  Malet,  garde  de  la  Librairie  royale  du  Louvre, 
pour  lui  annoncer  l'arrivée  d'un  clerc  que  le  prince  avait 
fait  venir  de  Tolède  pour  lui  traduire  des  livres  espagnols  : 
ce  clerc  devait,  dès  le  lendemain,  prendre  la  route  de 

1.  Volume  668   de  la   bibliothèque  de  Nantes;  article  229  de  la  vente  du 
comte  d'Hunolstein. 

2.  Volume  XXII  du  Catalogue  général,  p.  369. 


346  APPENDICE. 

Paris,  en  compagnie  des  gens  du  duc  de  Bourbon;  il  fal- 
lait d'urgence  mettre  à  sa  disposition  les  livres  dont  il 
avait  besoin  pour  commencer  son  travail.  La  missive  était 
conçue  en  ces  termes  : 

Maistre  Giles,  Sy  saichez  que  me  vient  de  venyr  par  deçà  le  clerc 
qu'ay  mandé  de  Toilette  pour  la  translacion  des  livres  d'Espaigne. 
Et  pour  ce  que  ne  puet  fere  par  deçà  longue  demeure,  le  fault  incon- 
tinant  mectre  en  euvre  et  luy  fault  bailler  li\Tes.  Sy  les  tenez  tout 
parez',  et  aussy  ce  que  au  dit  clerc  porra  estre  de  nécessité  pour 
la  dicte  translacion.  Et  sy  vous  prie,  maistre  Giles,  l'avoir  en  bonne 
recommandacion  et  recepvoir  en  bon  traictement.  Et  vous  le  vouille 
dès  demain  envoier  aveques  les  gens  de  mon  cousin  de  Bourbon, 
quy  par  delà  s'en  vont.  Et  de  très  bon  cuer  en  désire  oïr  de  par  vous 
bonnes  nouvelles.  Escript  de  Cleremont,  le  xve  jour  d'aoust. 

Jehan. 
(Au  dos  :)  A  maistre  Giles  Malet. 

Il  suffit  de  lire  une  telle  lettre  pour  en  reconnaître  la  faus- 
seté. Les  critiques  familiers  avec  la  grammaire  et  la  graphie 
de  l'époque  du  duc  de  Berry  n'auront  pas  de  peine  à  y 
relever  d'étranges  anomalies. 

Il  m'a  suffi  d'y  rencontrer  la  suscription  maistre  Giles  et 
l'adresse  A  maistre  Giles  Malet  pour  me  croire  autorisé  à 
la  ranger  dans  la  même  catégorie  que  les  deux  lettres  de 
Charles  V,  en  compagnie  desquelles  elle  a  fait  son  appari- 
tion à  Paris  en  1847. 

Les  trois  lettres  dont  il  s'agit  ne  peuvent  pas  servir  à 
l'histoire  des  librairies  de  Charles  V  et  de  Jean,  duc  de 
Berry,  mais  ce  qui  vient  d'en  être  dit  devra  être  pris  en 
considération  par  les  critiques  qui  auront  à  s'occuper  du 
prétendu  lot  de  lettres  découvert  dans  la  succession  du 
président  d'Hozier,  et  de  l'exploitation  du  cabinet  généa- 
logique de  Letellier,  à  la  fin  du  règne  de  Louis-Philippe. 


t.  Ce  mot  est  écrit  pez,  avec  un  trait  horizontal  traversant  la  lettre  p.  On 
pourrait  lire  perez. 


PRÉTENDUES  LETTRES  ADRESSÉES  A  GILLES  MALET.         347 

On  sait  que  la  source  de  ces  lettres  est  la  même  que  celle 
des  chartes  qui  ont  joué  un  si  grand  rôle  dans  l'établisse- 
ment des  Salles  des  croisades  au  Musée  de  Versailles,  et 
dont  la  merveilleuse  histoire  vient  d'être  écrite  par  le  récent 
historien  de  Philippe- Auguste,  M.  le  professeur  Cartellieri, 
dans  une  dissertation1  spéciale,  petit  chef-d'œuvre  d'éru- 
dition bibliographique. 

1.  Au  tome  II  de  son  ouvrage  :  Philipp  II  August  Kônig  von  Frankrcich. 


III. 


Aveux  rendus  par  Gilles  Malet,   par  son  fils  Philippe 

ET    PAR    SA   VEUVE    NlCOLE    DE    ChAMBLI. 

1 .  Aveu  de  Gilles  Malet  rendu  à  Gui  de  Laval,  seigneur  de 
Chantilly,  pour  une  partie  de  la  châtellenie  de  Pont- 
Sainte-Maxence.  (8  juillet  1378.) 

Sachent  tuit  que  je  Giles  Malet,  vallet  de  chambre  du  roy 
nostre  s[ire],  et  seigneur  de  Villepesche  et  chastellain  et 
seigneur  de  Ponts  Sainte  Maixence  en  partie,  adveue  à 
tenir  en  foy  et  hommage  de  noble  et  puissant  seigneur 
monseigneur  Guy  de  Laval,  chevalier,  seigneur  d'Eschan- 
tilly,  à  cause  de  son  chastel  d'Eschantilly,  le  siziesme  de 
toutes  lez  choses  qui  s'ensuient,  que  je  ay  acheté  par  décret 
et  que  vouloit  avoir  et  tenir,  en  la  terre  et  chastellerie  de 
Ponts,  messire  de  Ponts,  chevalier.  Et  pareillement  adveu[e] 
à  tenir  le  huitiesme  des  dites  choses  qui  s'ensuient,  que  je 
ay  semblablement  acheté  par  décret,  et  que  souloit  tenir 
le  dit  messire  Jehan  de  Ponts.  Et  avecques  ce  adveue  à 
tenir,  comme  dessus,  dudit  seigneur  d'Eschantilly,  un 
autre  siziesme  d'icelles  choses  qui  s'ensuient,  que  vouloit 
avoir  et  tenir  Huitasse  de  Sainct  Aubin,  escuier,  et  que  je 
ay  acheté  dudit  Huitasse. 

Primo,  ii  siziesmes,  qui  font  un  tiers,  et  avecques  le 
vme  de  toutes  lez  revenues,  rentes,  prouffis  et  emolumens 
qui  sont  et  pueent  escheoir  et  advenir  en  la  communauté 
des  chastellains  dudit  Pont  Sainte  Maixence. 

Item  de  la  place  d'un  hostel,  jardin  et  vivier,  si  comme 
tout  se  comporte,  séant  audit  Ponts,  lequel  est  en  ruyne  et 
la  maison  toute  desollée. 


AVEUX  RENDUS  PAR  GILLES  MALET.  349 

Item  d'une  ysle  en  laquelle  a  une  viex  tour  dessollée,  et 
garenne  de  connins,  et  environ  ycelle  ysle,  guarenne  à 
poissons,  et  contient  l'eaue  environ  lx  arpens,  et  par  toute 
ycelle  ysle  justice  et  seignourie. 

Item  le  tiers  et  le  vme  du  prouffit  et  revenue  de  rouyr 
et  arroter  chanvre  et  lin,  de  quoy  ceulz  de  Pont  doivent 
louage  et  redevances  aux  chastellains. 

Item  le  tiers  et  le  vin6  d'un  clos  de  vigne,  contenant 
ni  arpens  ou  environ,  dont  le  vin  qui  y  croist  est  vendu 
à  ban  toutes  foiz  que  il  plaist  aux  diz  chastellains;  et 
pueent  vendre  chascun  sextier  nu  deniers  plus  que  l'en  ne 
fait  en  la  dite  ville  de  Ponts  ;  ne  ne  puet  l'en  vendre  autre 
vin  en  la  dite  ville  le  vin  du  dit  clos  durant,  se  ce  ne  sont 
lez  hostes  liges  du  roy  ;  et  font  touz  les  taverniers  serement 
aux  diz  chastellains  que  ilz  ne  vendront  point  de  vin  le  dit 
vin  durant;  et  se  il  est  sceu  que  point  en  vendent,  ilz  sont 
reputez  parjurez  et  l'amendent  de  lx  sous.  Et  se  il  est 
trouvé  que  l'en  porte  vin  en  baril  ne  en  pots,  ne  en  autres 
manières,  dedens  lez  mettes  des  diz  chastellains,  le  pot  ou 
autre  vaissel  et  le  vin  est  fourfaict  et  acquis  aux  diz  chas- 
tellains; et  celui  qui  le  porte  l'amende  de  lx  sous.  Et  est 
le  dit  cloz  à  présent  en  frische. 

Item  de  v  arpens  et  demi  de  prez  affenez  et  labourez  à 
corvées  par  lez  habitans  de  la  ville  de  Maubertain. 

Item  le  tiers  et  le  vme  de  xn  arpens  de  terres  arrables 
ou  environ. 

Item  de  vin  arpens  d'aunoy  ou  environ,  tout  en  mares 
et  en  désert. 

Item  d'un  pressouoir  auquel  sont  bannières  lez  vignes 
qui  sont  assises  ou  costé  devers  Maubertain,  depuiz  le  ru  de 
Gyvry1,  assis  le  dit  pressouoir  en  la  rue  de  Maubertain, 
lequel  pressouoir  est  ars  et  gastez. 

1.  Les  aveux  de  1383  et  de  1402  ajoutent  ici  les  mots  :  «  En  alant  à  Creilg.  » 


350  APPENDICE. 

Item  le  tiers  et  le  vme  de  xm  livres  de  menus  cens  por- 
tans  les  ventes  et  toute  justice  et  seigneurie  haulte,  moienne 
et  basse,  lezquelz  xm  livres  reviennent  à  présent  à 
vm  livres  ou  environ. 

Item  le  tiers  et  le  vnf  de  mi"  et  vu  chapons,  lezquelz  ne 
reviennent  à  présent  que  xxxn  ou  environ. 

Item  le  tiers  et  le  vin6  de  toute  la  seignourie  tresfons- 
sière  de  tous  lez  héritages  de  la  dite  ville  de  Ponts  seans 
tant  en  leur  lige  seignourie  comme  en  justice  commune  du 
roy  et  dez  diz  chastellains,  et  emportent  lez  diz  chastellains 
toutes  lez  ventes,  cens,  saisines  et  fourfaitures,  maiz  que  le 
sire  d'Arzillières  y  prent  le  tiers  par  la  main  dez  diz  chas- 
tellains. 

Item  de  tous  lez  demourans  en  la  dite  justice  commune, 
le  roy  aiant  seulement  la  cognoissance  des  corps,  meubles  et 
chateuLx  et  des  prouffis  qui  en  yssent,  lez  diz  chastellains 
ont  la  moitié,  que  ilz  prennent  par  leurs  mains  sanz  appel- 
ler  lez  gens  du  roy,  et  sur  ce  le  dit  sire  d'Arzillières  prent 
le  tiers  par  la  main  d'iceulz  chastellains. 

Item  deux  fours  et  un  fournet,  dezquelz  fours  l'un  est 
abatu,  esquelz  l'ours  lez  diz  chastellains  ont  lez  n  pars.  Et 
y  sont  banniers  touz  les  habitans  de  la  dite  ville  de  Ponts. 

Item  lez  diz  chastellains  ont  prinse  des  poissons  de  mer, 
tant  comme  il  leur  plaist,  par  le  priz  dez  marchans  de  la 
dite  ville. 

Item  de  la  moitié  dez  cens  dez  estaulz  du  marchié  et  dez 
estaulz  de  la  boucherye  et  du  plait  generel  (sic),  sur  quoy 
le  dit  sire  d'Arzillières  prent  le  tiers  par  la  main  dez  diz 
chastellains,  tant  de  la  moitié  du  travers  par  eaue  lez  ren- 
tiers paiez,  et  ne  vault  à  présent  riens  fors  aux  rentiers,  et 
y  prent  le  dit  sire  d'Arzillières  le  tiers. 

Item  le  tiers  et  le  vinc  de  xvi  muis  d'avaines  portans  los 
et  ventes,  lesquelles  ne  leur  valent  a  présent  rienz. 

Item  le  tiers  et  le  vme  de  vixx  hostises  que  lez  diz  chas- 


AVEUX  RENDUS  PAR  GILLES  MALET.  351 

tellains  ont  en  la  dite  ville  de  Ponts  sanz  compangnie  d'au- 
trui,  dezquelles  hostises  a  de  présent  grant  partie  en  désert, 
et  se  il  y  demouroit  aucuns  gentilz  hommes  ilz  en  auroient 
la  cognoissance,  et  sont  lez  voieryes  dez  dites  hostises  toutes 
à  eulz. 

Item  le  tiers  et  le  vnie  de  la  moitié  de  la  tour  de  dessus 
le  pont,  en  laquelle  tour  lez  diz  chastellains  pueent  mettre 
leurs  prisonniers. 

Item  le  tiers  et  le  vme  de  la  xie  partie  de  la  terre  que 
le  dit  sire  d'Arzillières  a  en  la  dite  ville  et  chastellerie  de 
Ponts,  laquelle  xic  partie  appartient  aux  diz  chastellains. 

Item  le  tiers  et  le  vme  en  arrerre  fiefs  des  fiefs  qui  s'en- 
suient,  tenuz  en  plains  fiefz  dez  diz  chastellains  : 

Primo  du  fief  de  mons.  Gaucher  d'Arzillières,  chevalier, 
séant  à  Pons  et  environ,  qui  souloit  valoir  nc  livres  et  a 
présent  n'en  vault  que  iiiixx  ou  environ. 

Item  du  fief  de  madame  de  Dormans,  séant  à  Silly  en 
Mussien,  qui  souloit  valoir  xl  livres,  et  à  présent  ne  vault 
que  xvi  livres  ou  environ. 

Item  d'un  autre  fié,  séant  en  la  dite  ville,  appartenant  à 
la  dite  dame,  qui  est  à  présent  en  la  main  dez  diz  chastel- 
lains par  deffaut  d'omme. 

Item  d'un  fief  que  Regnault  Dongnon  a  séant  à  Pont,  qui 
souloit  valoir  xlv  livres,  et  a  présent  ne  vault  que  xvm  livres 
ou  environ. 

Item  d'un  fief  que  Golart  de  Beaurepaire  a  séant  à  Pons, 
qui  souloit  valoir  xvi  livres,  et  à  présent  ne  vault  que 
vi  livres  ou  environ. 

Item  d'un  fief  que  Raoul  de  Longue  eaue  a  à  Ponts,  qui 
souloit  valoir  v  sous,  et  à  présent  ne  vault  que  n  sous 
vi  deniers  ou  environ. 

Item  d'un  fief  que  Thomas  Lotart  a,  séant  à  Ponts,  qui 
souloit  valoir  xl  sous,  et  à  présent  puet  valoir  xx  sous  ou 
environ. 


352  APPENDICE. 

Item  d'un  fief  appartenant  à  moy  Giles  Malet,  séant  à 
Ponts,  qui  souloit  estre  à  Huitasse  de  Saint  Aubin,  et  sou- 
loit  valoir  c  et  n  sous  et  à  présent  vault  l  sous  ou  environ. 

Item  d'un  fief  appartenant  à  Jehan  Le  Fèvre  de  Fresnoy, 
séant  à  Ponts,  qui  souloit  valoir  x  livres,  et  à  présent  vault 
mi  livres  ou  environ. 

Item  d'un  fief  appartenant  à  messire  Pierre  de  Lihuz, 
séant  à  Ponts,  qui  souloit  valoir  xx  sous,  et  à  présent  ne 
vault  que  x  sous  ou  environ. 

Item  d'un  fief  que  Jehan  Guantier1  a,  séant  au  dit  Pont, 
qui  souloit  valoir  xxxvi  livres,  et  à  présent  ne  vault  que 
xvn  livres,  chargié  de  xn  livres  parisis  de  rente  à  la  cha- 
pelle Dannequin,  et  de  xn  livres  de  cire  à  l'église  de  Pont. 

Item  d'un  fief  que  je  ay  à  Pont,  qui  fu  messire  Mahieu 
d'Espineuse,  qui  souloit  valoir  xx  livres,  et  à  présent  vault 
x  livres  ou  environ. 

Item  d'un  autre  fié  que  je  ay  à  Pont,  qui  fu  messire 
Jehan  de  Ponts,  chevalier,  qui  souloit  valoir  xx  livres,  et  à 
présent  vault  x  livres  ou  environ. 

Item  d'un  autre  fié  que  je  ay  à  Pont,  qui  fu  feu  Jehan 
Bertran  de  l'Eschequier,  qui  souloit  valoir  x  livres,  et  à 
présent  vault  c  sous  ou  environ. 

Item  d'un  fief  que  maistre  Aubry  Roussel  a,  séant  à  Pont, 
qui  souloit  valoir  c  sous,  et  à  présent  ne  vault  que  l  sous 
ou  environ. 

Item  le  tiers  et  le  vme  de  v  ou  de  vi  fiefs,  dont  l'en  ne 
seet  lez  tenans  ne  où  ilz  siéent,  ne  l'en  n'en  puet  trouver  la 
vérité. 

Item  tous  ceulz  qui  tiennent  en  fief  dez  diz  chastellains 
doivent  venir  jugier  en  leur  court  à  Ponts  quant  il  y  a 
aucuns  jugemens  à  faire,  soient  civilz  ou  criminelz. 

De  toutes  lezquelles  choses   dessus  dites  je  adveue  a 

1.  a  Jehan  Le  Gantier  »,  dans  l'aveu  de  1393. 


AVEUX  RENDUS  PAR  GILLES  MALET.  353 

tenir  du  dit  seigneur  d'Eschantilly  les  deux  sisiesuies  qui 
font  un  tiers  et  le  huitiesme,  comme  dessus  est  dit.  Et  se 
plus  y  a,  plus  en  adveue  à  tenir. 

En  tesmoing  de  ce,  je  ay  seellé  ces  lettres  de  mon  seel, 
le  vme  jour  de  juillet,  l'an  de  grâce  mil  CGC  LX  et  dix-huit. 

(Original  dépourvu  du  sceau,  qui  pendait  sur  simple  queue.  Archives  du 
Musée  Condé,  carton  B.  118.) 

2.  Aveu  de  Gilles  Malet,  rendu  à  Gui  de  Laval 
pour  le  fief  de  Balagni. 

C'est  ce  que  nous  Giles  Malet,  chevalier,  conseiller  et 
maistre  d'ostel  du  roy  nostre  sire,  seigneur  de  Villepesche 
et  de  Balengny,  avoons  à  tenir  de  noble  homme  messire 
Guy  de  Laval,  chevalier,  seigneur  de  Chantelli  à  cause  de 
son  chastel  de  Ghantelly. 

Primo  nostre  hostel  du  dit  Balengny,  la  granche,  court, 
colombier  et  ce  qui  est  compris  es  murs  d'environ,  les 
jardins,  le  clos  de  vingnes  et  la  quarrière  au  dehors  de  la 
dicte  vingne,  où  est  garenne,  tant  que  la  montaingne  con- 
tient, et  jusques  au  chemin  de  Betisy. 

Item  le  vivier,  les  eaues  et  le  moulin,  auquel  tous  les 
hostes  et  manans  de  la  ville  sont  banniers. 

Item  tous  les  bois  près  de  la  dicte  ville  devers  Auterres 
es  quelz  a  garenne  et  toutes  les  saulx  dudit  lieu. 

(Extrait  en  caractères  du  xve  siècle.  Archives  du  Musée  Condé,  B.  113.2.) 

3.  Aveu  de  Gilles  Malet,  rendu  au  Roi  pour  ce  qu'il  tenait 
à  Fontenaiprès  Louvre  et  au  Plessis-Gassot.  (%%  décembre 
1392.) 

Sachent  tuit  que  je  Gisles  Malet,  chevalier,  maitre  d'hos- 
tel  du  roy  notre  sire,  ad  voue  à  tenir  en  foi  et  hommaige, 
du  Roy  notre  dit  seigneur,  ce  qui  s'ensuit,  et  que  je  ay 

23 


354  APPENDICE. 

acquis  et  acheté  es  villes,  terroirs  et  appartenances  de  Fon- 
tenay  emprès  Louvres  et  du  Pleisseix  Gassot,  de  nobles 
personnes  messire  Philippes  de  Trye,  chevalier,  seigneur 
de  Mareuil,  et  de  dame  madame  Agnez  de  Gossanville,  sa 
femme. 

Et  premièrement  toute  la  justice  et  seigneurie  haulte  et 
moyenne  des  dites  villes  et  terroirs  de  Fontenay  et  du 
Plesseix  Gassot,  avec  la  cognoissance  de  nobles,  la  pre- 
vosté  et  tabellionage,  le  seel  et  contre  seel  et  les  sergen- 
teries  d'icelles  villes  et  terroirs  du  dit  Fontenay  et  du  dit 
Plesseys. 

Item  une  maison,  assise  en  la  dite  ville  de  Fontenay, 
avec  la  cour,  jardins  et  vignes  derrière,  si  comme  tout  se 
comporte,  tenant  au  grand  chemin  de  Gonnesse,  d'une 
part,  et  à  messire  Pierre  de  Rus,  d'autre1. 

Item  un  grand  jardin,  séant  en  icelle  ville  de  Fontenay, 
tenant  aux  religieux  du  Temple,  d'une  part. 

Item  dix  livres  unze  sols  parisis  de  menus  cens,  portans 
ventes,  saisines  et  amandes,  receus  chacun  an  au  jour  des 
octaves  saint  Denis  en  la  dite  ville  de  Fontenay. 

Item  ung  four  séant  en  icelle  ville,  tenant  à  l'hostel  de 
mes  prisons  d'une  part,  et  aux  religieux  du  Temple  d'autre. 

Item  ung  pressoir  étant  ou  dit  lieu. 

Item  le  droit  que  j'ay  de  mettre  regard  et  jurés  sur 
toutes  denrées,  ouvraiges  et  marchandises  es  dites  villes  et 
terroirs  de  Fontenay  et  du  Plesseys  Gassot. 

Item  toutes  forfaitures,  amendes,  espaves,  aubaines, 
estrayères  et  autres  droits  appartenans  à  haut  et  moyen 
justicier  et  qui  peut  escheoir  et  advenir  es  dites  villes  et 
terroirs  de  Fontenay  et  du  Plesseys  Gassot. 

Tout  ce  qui  dit  est,  chargé  de  trente-deux  livres  parisis 
de  rente  annuelle  et  perpétuelle,  payés  chacun  an  au  Roy 

1.  L'aveu  de  la  veuve  de  Gilles  Malet  porte  :  «  Et  à  M*  Jean  Candel,  d'autre.  » 


AVEUX  RENDUS  PAR  GILLES  MALET.  355 

notre  dit  seigneur  et  à  sa  recette  et  receveur  de  Paris  aux 
termes  de  l'Ascension  Notre  Seigneur,  de  Toussaint  et 
de  la  Chandeleur,  sans  autres  charges,  servitudes  ne  rede- 
vances. 

Item  et  avec  ce  advoue  à  tenir  encore  du  Roy  notre  dit 
seigneur  le  quart  de  la  basse  justice  de  la  dite  ville  de 
Fontenay,  les  champarts  d'icelle  et  du  terroir,  qui  peuvent 
valoir  pour  ma  part,  chacun  an,  trois  muys  de  grains  ou 
environ. 

Item  un  muy  d'avoine  de  rente  à  moy  deue  chacun  an 
lendemain  de  Nohel,  avec  les  bleds,  chappons,  vins,  œufs 
et  argent  qui  y  appartiennent  a  cause  des  rentes. 

Item  encores  cent  sols  parisis  de  menus  cens  ou  environ, 
deus  à  moy  chacun  an  en  la  dite  ville  de  Fontenay,  au  dit 
jour  des  octaves  Saint-Denis,  portans  lods,  ventes,  sai- 
sines et  amendes. 

Item  ma  part  d'un  four  qui  souloit  estre  en  la  dite  ville, 
lequel  est  à  présent  en  ruyne. 

Et  se  plus  en  y  a,  advoue  à  tenir  en  foy  et  hommage  lige 
du  Roy  notre  dit  seigneur  toutes  les  choses  dessus  dites, 
chargées  du  viage  des  dits  vendeurs  et  de  chacun  d'eux, 
c'est  à  scavoir  que  les  dits  messire  Philippe  et  sa  femme  en 
doivent  avoir  les  prouffits  et  revenus  chacun  an,  tant 
comme  ils  vivront,  et  aussi  doivent  payer  les  charges  et 
soustenir  les  plays  et  procès  et  les  édifices  à  leurs  périls  et 
dépends,  si  comme  plus  à  plain  est  contenu  es  lettres  de 
vente  auxquelles  je  me  rapporte,  et  dont  le  receveur  de 
Paris  a  déjà  eu  le  vidimus,  sous  le  seel  de  la  prévôté  de 
Paris. 

En  tesmoing  de  ce,  j'ai  seellé  ces  présentes  lettres  de  mon 
seel,  le  vingt  deuxième  jour  de  décembre,  l'an  mil  trois  cens 
quatre  vingt  douze. 

(Copie  notariée  du  5  mars  17G0,  aux  Archives  du  Musée  Condé,  B.  115.) 


356  APPENDICE. 

4.  Aveu  de  Gilles  Malet,  rendu  à  Amauri  d'Orgemont,  sei- 
gneur de  Chantilly,  pour  une  partie  de  la  châtellenie  de 
Pont-Sainte-Maxence.  (30  mai  1393.) 

Sachent  tuit  que  je  Giles  Malet,  chevalier,  maistre  d'os- 
tel  du  roy  nostre  s[ire]  et  seigneur  et  chastellain  de  Pont- 
Sainte-Maixence  en  partie,  adveue  à  tenir  en  foy  et  hom- 
maige  de  noble  et  puissant  seigneur  monseigneur  Almaurry 
d'Orgemont,  chevalier,  seigneur  de  Chantilly,  conseiller  du 
roy  et  chancelier  de  monseigneur  le  duc  d'Orliens,  à  cause 
de  sa  seigneurie  de  Chantilly,  ce  qui  s'ensuit  : 

Premièrement  les  cinq  pars  de  la  place,  court,  jardins  et 
appartenances  où  souloit  estre  l'ostel  des  diz  chastellains 
au  dit  lieu  de  Pont,  qui  ne  me  valent  à  présent  que  environ 
xxiiii  soulz  parisis. 

Item  les  cinq  pars  de  la  tour  de  Pille,  séant  devant  la 
dite  place  en  la  rivière  d'Oise,  et  les  cinq  pars  d'icelle  vile 
et  de  la  garenne  à  connins  estant  en  icelle,  qui  puet  valoir 
par  an,  pour  ma  part,  environ  xxx  soulz. 

Item  les  cinq  pars  de  la  moitié  de  la  pescherie  que  ont 
les  diz  chastellains  en  la  dite  rivière  d'Oise,  contenant 
soixante  arpens  d'eaue  ou  environ,  dont  ma  part  vaut  à 
présent  par  an  lxxv  soulz. 

Item  les  cinq  pars  de  fossez  à  eaue  estans  autour  des  dites 
place  et  jardins  et  de  la  pescherie  d'iceulx,  esquelz  nulz  ne 
puet  ne  doit  pescher,  fors  les  diz  chastellains,  sur  poinne  de 
lx  soulz  d'amende,  lesquelz  ne  me  sont  à  présent  d'aucun 
proffit. 

Le  xxxe  jour  de  may,  l'an  de  grâce  mil  CCG  IIH"  et  XIII. 

(Archives  du  Musée  Condé,  carton  B.  118.) 


AVEUX  RENDUS  PAR  GILLES  MALET.  357 

5.  Aveu  de  Philippe  Malet,  rendît  à  Amauri  d'Orgemont 

pour  le  fief  de  Balagni.  (25  septembre  1394.) 

A  tous  ceulx  qui  ces  lettres  verront  ou  orront,  Philippe 
Malet,  escuier,  pennetier  du  roy  nostre  sire  et  seigneur  de 
Ballengny  lez  Senlis,  salut.  Sachent  tuit  que  je  confesse  et 
adveue  à  tenir  en  foy  et  hommage  de  noble  et  puissant 
homme  mons.  Almaurry  d'Orgemont,  chevailier,  chancel- 
lier  de  très  hault  et  excellent  prince  monseigneur  le  duc 
d'Orléans  et  seigneur  de  Chantilly,  à  cause  de  son  chastel 
du  dit  Chantilly,  mon  fief  du  dit  Bellengny,  ouquel  a  et 
appent  les  droits,  noblesses,  possessions,  terres  et  autres 
héritages  dont  cy  après  sera,  faite  mencion.  Primo  mon 
hostel  du  dit  Ballengny,  la  grange,  court,  coulombier  et  ce 
qui  est  compris  es  murs  d'environ  les  jardins,  le  clos  de 
vingne  et  la  quarrière  au  dehors  de  la  dicte  vingne,  où  est 
garenne,  tant  que  la  montaingne  contient... 

...  En  tesmoing  de  ce,  je  ay  seellé  ces  lettres  de  mon 
propre  seel  duquel  je  use,  qui  furent  faictes  le  vint  cin- 
quiesme  jour  du  moys  de  septembre,  l'an  de  grâce  mil  trois 
cens  quatre  vins  et  quatorse. 

(Original.  Archives  du  Musée  Condé,  B.  113.2.) 

6.  Aveu  de  Gilles  Malet,  rendu  au  Roi  pour  la  ehâtellenie 

de  Pont-Sainte-Maxence.  (17  avril  1399.) 

Saichent  tuit  que  Gilles  Mallet,  chevalier,  maistre  d'hos- 
tel  du  Roy  nostre  sire  et  chastellain  de  Saincte  Maxence, 
adveue  à  tenir  en  foy  et  hommaige  lige  du  Roy  nostre  sire, 
à  cause  de  son  chastel  et  chastellenie  de  Creeil,  ce  qui 
s'ensuit,  à  moy  appartenant  à  cause  de  ma  dicte  chastel- 
lenie de  Pont. 

Et  premièrement  treize  livres  six  solz  huict  deniers 


358  APPENDICE. 

parisis  de  droit  cens  que  je  ay  et  prend  chascun  an  par  ma 
main,  en  et  sur  quarante  livres  de  cens1  que  doibvent 
chascun  an  au  jour  de  la  Chandelleur  les  habitans  de  la 
ville  deBrenoulle,  nommez  les  cens  d'Ageulx,  et  de  laquelle 
somme  de  xm  1.  vi  s.  vin  d.  par.  je  puis  executter  les 
dits  habitans  et  faire  mettre  en  prison  ceulx  qui  sont  ordon- 
nez à  recepvoir  la  taille,  les  dictes  xl  livres,  le  jour  de  la 
Chandeleur  passé,  ouarrester  et  admener  prisonnier  à  Pont 
tout  le  bestail  de  la  dicte  ville  de  Brenoulle  quant  il  est 
trouvé  en  Agnelx,  jusques  à  ce  que  je  soie  paie  de  la  dicte 
somme  de  xm  1.  vi  s.  vm  d.  p. 

Item  le  tiers  de  la  mairie  d'Ageulx,  que  je  dois  aussy 
prandre  par  ma  main,  et  peult  valloir  par  an  xl  sous. 

Item  advoue  à  tenir  en  arrière  fief  pareillement  du  Roy 
nostre  sire  les  fiefs  que  tiennent  de  moy  à  plain  fiefz,  à 
cause  de  ma  dicte  chastellenie,  les  personnes  cy  après 
nommez. 

[Je  me  borne  à  reproduire  les  noms  des  possesseurs  des 
arrières-fiefs.  Messire  Maillart  d'Estrées,  chevalier,  à  Har- 
dencourt.  —  Henry  de  L'Esglantier,  escuier.  —  Messire 
Pierre  de  Lihus,  chevalier,  à  Bazincourt.  —  Soullart  de 
Sery,  escuier,  à  Brenoulle.  —  Laurent  L'Evesque,  gendre  de 
feu  Adam  de  Scrmoises.  —  Maistre  Jehan  de  Sains,  secré- 
taire du  roy,  chanoine  de  Paris,  séant  en  la  ville  du  terrouer 
de  Rieu  en  Beauvoisin.  —  Nicaize  Le  Boucher.  —  Philippe 
de  Vier,  gendre  de  Pierre  de  Mamunaiz,  à  Sainct  Gueulx  en 
Beauvoisin.  —  Guillaume  Du  Bos,  escuier,  gendre  de  feu 
messire  Pennes  d'Esguelnes  (ou  Des  Guelnes).  —  Messire 
Charles  de  Chambly,  chevalier,  chambellan  du  roy,  à  Non- 
gent-les-Vierges.  —  Jehan  Chobart,  de  Creil.  — Jehan  de 
Fayel,  escuier,  gendre  de  Raoul  de  Longueaue,  à  Lon- 


1.  Dans  un  aveu  <le  l'année   1117,  il  est  dit  que  les  deux  tiers  des  cens 
d'Ageuh  appartenaient  aux  Chartreux. 


AVEUX  RENDUS  PAR  GILLES  MALET.  359 

gueaue.  —  Jehan  Bertrand,  de  L'Eschiquier  de  Pont.  — 
Jehan  L'Escripvain,  de  Pont,  gendre  de  Robert  Caignet. 
—  L'evesque  de  Beauvais,  pour  la  mairie  de  Saron.] 

Item  ung  autre  fief  sceant  à  Auregny,  qui  fut  à  feu  Jehan 
Le  Jeune,  et  soulloit  estre  du  pris  de  x  livres,  et  à  présent 
est  de  nulle  valleur,  et  est  en  ma  main  par  deffaute  d'homme. 

Item  ung  autre  fief,  sceant  à  Nongent  les  Vierges,  que 
doibvent  tenir  de  moy  les  hoirs  feu  Philippes  de  Laistre,  et 
est  à  présent  de  nulle  valleur. 

Item  que  tous  les  hommes  dessus  dis  sont  tenuz  de  venir 
juger  à  ma  cour  à  Pont,  à  leurs  perilz  et  despcns,  toutes 
fois  que  ilz  sont  appeliez,  soit  en  cas  civil  ou  criminel. 

Item  toute  justice  et  seigneurie  hautte,  moienne  et  basse, 
à  cause  de  ma  dicte  chastellenie,  es  fiefz  dessus  dis. 

Et  sy  plus  a,  plus  en  ad  voue  à  tenir. 

En  tesmoing  de  ce,  j'ay  seellé  ces  présentes  de  mon  seel. 

Donné  le  xvne  jour  d'avril  après  Pasques,  l'an  mil  trois 
cens  quatre  vingtz  et  dix  neuf. 

(Cahier  copié  en  1580.  Archives  du  Musée  Condé,  C.  28. G.) 

7.  Aveu  de  Gilles  Malet,  rendu  à  Pierre  d'Orgemont 
pour  la  châtellenie  de  Pont-Sainte-Maxence.  (8  mai  1402.) 

Sachent  tuit  que  je  Giles  Malet,  chevalier,  maistre  d'ostel 
du  roy  nostre  s[ire],  chastellain  seul  et  pour  le  tout  et  sei- 
gneur en  partie  de  Pont  Sainte  Maixence,  adveue  à  tenir  à 
une  foy  et  hommage,  à  cause  de  ma  dite  chastellerye  et  sei- 
gnourie  de  Pont,  ce  qui  cy  après  s'ensuit,  de  noble  homme 
Pierre  d'Orgemont,  escuier,  seigneur  de  Montjay  et  de 
Chantilly,  à  cause  <!e  sa  dite  seignourie  de  Chantilly  : 

Et  premièrement  la  place,  court,  jardins  et  apparte- 
nances de  l'ille  où  souloit  estre  l'ostel  de  ma  dite  chastel- 
lerye, avecques  les  fossés  à  eaue  qui  sont  autour  des  dites 
places,  court,  jardins  et  appartenances,  qui  ont  leur  agoust 


360  APPENDICE. 

et  descendent  en  la  rivière  d'Oize  de  deux  costés...  Item 
en  la  dite  rivière  d'Oize  une  ysle  devant  la  dite  place, 
en  laquelle  souloit  avoir  une  forte  tour,  et  en  ycelle  ysle 
garenne  de  connins,  plusieurs  arbres  fruiz  portans  et  saus- 
soies,  dont  tout  puet  valoir  xxvm  soulz  par  an  ou  environ. 
Item  la  pescherie  en  la  dite  rivière  d'Oize,  depuiz  le  pont  de 
la  dite  ville,  en  avalant  d'iceluy  pont,  jusques  au  dessoubz 
de  toutes  mes  ysles,  en  avalant  à  Brenuille... 

Donné  le  vine  jour  de  may  après  Pasques,  l'an  mil  CGGC 
et  deux. 

(Archives  du  Musée  Condé,  carton  B.  118.) 

8.  Aveu  de  Nicole  de  Chambly,  veuve  de  Gilles  Malet,  rendu 
au  Roi  pour  la  châtellenie  de  Pont-  Sainte-  Maxence. 
(1er  août  1411.) 

Saichent  tuit  que  je  Nicole  de  Chambly,  veuve  de  feu 
messire  Gilles  Mallet,  chevallier,  en  son  vivant  maistre 
d'hostel  du  Roy  nostre  sire,  seigneur  de  Villespcsche  et 
chastellain  de  Pont  Saincte  Maxence,  advoue  à  tenir,  en  foy 
et  hommaige  lige  du  Roy  nostre  sire,  à  cause  de  son  chas- 
tel  et  chastellenie  de  Greil,  ce  qui  s'ensuit,  à  cause  de  ma 

dicte  chastellenie  de  Pont. 

i 

Ce  fut  faict  l'an  de  grâce  mil  quatre  cens  et  unze,  le 
samedy,  premier  jour  du  mois...2. 

(Cahier  copié  en  1580.  Archives  du  Musée  Condé,  C  28.6.  —  A  la  suite  est 
copié  un  aveu  de  la  même  châtellenie,  rendu  en  1417  par  Pierre  L'Orfèvre, 
licencié  en  lois,  châtelain  seul  et  pour  le  tout  du  Pont-Sainte-Maxence.) 


1.  Aveu  beaucoup  plus  détaillé  que  celui  de  Gilles  Malet,  de  l'année  1399. 

2.  Le  nom  du  mois  a  été  omis  par  le  copiste. 


AVEUX  RENDUS  PAR  GILLES  MALET.  361 

9.  Aveu  de  Nicole  de  Chambli,  rendu  au  Roi  pour  ce  qu'elle 
tenait  à  Fontenai  et  au  Plessis-Gassot.  (8  août  1412.) 

Sachent  tous  que  je  Nicole  de  Ghambly,  dame  de  Ville- 
pescle  et  de  Soisy  sur  Seine,  veuve  de  feu  messire  Giles 
Malet,  chevalier  en  son  vivant  et  maître  d'hostel  du  roy 
notre  sire,  advoue  à  tenir  à  foi  et  hommage  lige  du  Roy 
notre  dit  seigneur,  à  cause  de  son  chastel  de  Gonnesse,  ce 
qui  s'ensuit  : 

Et  premièrement  toute  la  justice  et  seigneurie,  haulte, 
moyenne  et  basse  des  villes  et  terroirs  de  Fontenay  et  du 
Plesseix  Gassot,  avec  la  cognoissance  des  nobles,  la  pre- 
vosté,  le  tabellionage,  le  seel  et  contreseel  et  les  seigneuries 
d'icelles  villes  et  terroirs  de  Fontenay  et  du  Plesseix  Gassot. 

Toutes  lesquelles  choses  dessus  dites  sont  chargées  du 
viaige  de  messire  Phillipes  de  Trye,  qui,  ja  pièce  a,  les 
vendit  à  feu  monsieur  mon  mari,  que  Dieu  pardoint,  et 
moy...  Si  comme  plus  a  est  contenu  es  lettres  de  vente,  sur 
ce  faites,  auxquelles  je  me  rapporte,  et  dont  le  receveur  de 
Paris  print  vidimus,  l'an  mil  trois  cens  quatre  vingt  et 
douze,  sous  le  seel  de  la  prevosté  de  Paris. 

En  tesmoing  de  ce,  j'ay  cest  présent  adveu  seelé  de 
mon  seel,  le  samedi  huitième  jour  d'août,  l'an  de  grâce  mil 
quatre  cent  et  onze. 

(Copie  notariée  du  5  mars  1760.  Archives  du  Musée  Condé,  B.  It5.) 


IV. 


TlTE-LlVE    EN    FRANÇAIS    VENDU    PAR    GlLLES    MàLET    A    LOUIS, 

duc  d'Orléans. 
(1-21   octobre  1393.) 

Loys,  filz  de  roy  de  France,  duc  d'Orliens,  conte  de 
Valoys  et  de  Beaumont,  à  nostre  amé  et  féal  trésorier  Jehan 
Poulain,  salut  etdilection.  Gomme,  par  noz  autres  lettres, 
données  le  ixe  jour  de  février  l'an  mil  GCG  IIIF*  et  onze, 
nous  vous  ayons  mandé  que,  des  deniers  de  noz  finances, 
vous  baillissiez  et  delivrissiez  à  nostre  amé  et  féal  messire 
Giles  Malet,  chevalier,  maistre  d'ostel  de  monseigneur  le 
roy,  la  somme  de  cinq  cens  frans  d'or,  c'est  assavoir  trois 
cens  frans  pour  un  livre  en  deux  volumes,  nommé  Titus 
Livius,  que  nous  avons  fait  prendre  de  lui,  et  deux  cens 
frans  que  nous  lui  avons  donnez  de  grâce  especial,  pour 
consideracion  des  bons  services  que  il  avoit  faiz  et  faisoit 
de  jour  en  jour  à  nostre  très  chiere  et  amée  compaigne  la 
duchesse,  en  office  de  maistre  d'ostel,  de  laquelle  somme 
il  n'a  eu  aucun  payement,  ainsi  quil  dit;  nous,  voulans  noz 
dites  lettres  avoir  et  sortir  leur  plain  effect,  voulons  et  vous 
mandons  que,  tantost  et  sanz  delay,  vous  payez,  bailliez  et 
délivrez,  des  deniers  de  noz  dites  finances,  au  dit  messire 
Giles  la  dite  somme  de  cinq  cens  frans.  Et  par  rapportant 
noz  dites  lettres,  ces  présentes  et  quitance  sur  ce,  la  dite 
somme  de  vc  frans  sera  allouée  en  voz  comptes  et  rabatue 
de  vostre  recepte  par  tout  où  il  appartendra,  non  obstant 
ordonnances,  mandemens  ou  défenses  à  ce  contraires. 
Donné  à  Paris,  le  xxiii6  jour  d'octobre,  l'an  de  grâce  mil 
CGC  IIII"  et  treize. 


TITE-LIVE  EN  FRANÇAIS.  363 

Par  monseigneur  le  duc  : 

J.  Gilet. 

(Original  à  la  Bibliothèque  nationale,  Collection  de  Bastard,  ms.  français  3638 
des  Nouv.  acq.,  pièce  cotée  180.) 

2.-7  octobre  1394. 

Loys,  filz  de  roy  de  France,  duc  d'Orliens,  conte  de 
Valoys  et  de  Beaumont,  à  nostre  amé  et  féal  trésorier  Jehan 
Poulain,  salut.  Gomme,  par  noz  autres  lettres  patentes, 
données,  les  premières  le  ixe  jour  de  février  CGC  IIIPX  et 
onze,  et  les  autres  données  le  xxme  jour  d'octobre  GGG 
IIIP"  et  treize,  par  vous  rendues  en  nostre  Chambre  des 
comptes  sur  vostre  quart  compte,  nous  vous  eussions 
ordonné  par  ycelles  baillier  et  délivrer  à  nostre  amé  et  féal 
messire  Giles  Malet,  chevalier,  maistre  d'ostel  de  mon- 
seigneur le  Roy,  la  somme  de  cinq  cens  livres  tournois, 
c'est  assavoir  111e  1.  t.  pour  un  livre  en  deux  volumes 
appelle  Titus  Livius,  que  nous  avons  eu  de  lui,  et  11e  1.  t. 
pour  don  lors  à  lui  fait,  de  laquelle  somme  de  vc  1. 1.  il  ne 
a  eu  sur  le  paiement  d'icelui  livre  que  if  1. 1.,  ainsi  restent 
iiic  1.  t.,  c'est  assavoir  nc  pour  le  don  dessus  dit  et  c  pour 
reste  de  la  parpaie  du  dit  livre,  nous,  voulans  noz  dictes 
lettres  avoir  et  sortir  leur  plain  effect,  voulons  et  vous  man- 
dons expressément  que  la  dicte  somme  de  nf  1.  t.,  ainsi  à 
lui  deue,  comme  dit  est,  vous  bailliez  et  délivrez  au  dit 
messire  Giles,  ces  lettres  veues...  Donné  à  Paris,  le  vne  jour 
d'octobre,  l'an  de  grâce  mil  GGG  IIIIXX  et  quatorze. 


Par  monseigneur  le  duc 


Thierry. 


(Original  à  la  Bibliothèque  nationale,  Collection  de  Bastard,  ras.  français  3638 
des  Nouv.  acq.,  pièce  cotée  203.) 

3.-9  octobre  1394. 

Sachent  tuit  que  je  Giles  Malet,  chevalier  et  maistre  d'os- 
tel  du  roy  nostre  sire,  confesse  avoir  eu  et  receu  de  hono- 


364  APPENDICE. 

rable  homme  et  sage  Jehan  Poulain,  trésorier  de  monsei- 
gneur le  duc  d'Orliens,  conte  de  Valois  et  de  Beaumont,  la 
somme  de  deux  cens  livres  tournois,  sur  la  somme  de  trois 
cens  livres  tournois  restans  à  paier  de  la  somme  de  cinq 
cens  livres  tournois  que  mon  dit  seigneur  avoit  ja  pieça 
ordené  à  moy  estre  baillies  par  son  dit  trésorier,  c'est  assa- 
voir trois  cens  livres  tournois  pour  un  livre  en  deux 
volumes  nommé  Titus  Livius,  que  il  avoit  acheté  de  moy 
le  dit  pris,  et  deux  cens  livres  tournois  que  il  me  donna 
lors,  de  sa  grâce,  et  sur  laquelle  somme  de  vc  livres  je  ay 
pieça  receu  d'icelui  trésorier  la  somme  de  nc  livres  tour- 
nois, dont  il  eust  quittance  de  moy.  De  laquelle  somme  de 
IIe  livres  tournois,  sur  la  reste  des  111e  livres  tournois  des- 
sus diz,  je  me  tieng  pour  content  et  bien  paie,  et  en  quitte 
mon  dit  seigneur,  son  dit  trésorier  et  tous  autres  à  qui 
quittance  en  appartient.  En  tesmoing  de  ce,  je  ay  seelé  ces 
présentes  lettres  de  mon  propre  seel.  Donné  le  ixe  jour 
d'octobre,  l'an  de  grâce  mil  CGC  IIII"  et  quatorze. 

(Original  à  la  Bibliothèque  nationale,  Collection  de  Bastard,  ms.  français  3638 
des  Nouv.  acq.,  pièce  cotée  204.) 


V. 


L'enlumineur  Jean  Le  Noir  et  sa  fille  Bourgot,  enluminerrsse. 
(10  décembre  1358.) 

Charles,  etc.  Savoir  faisons  a  touz  presenz  et  à  venir  que, 
ramenans  à  mémoire  pluseurs  agréables  services  faiz  à 
monseigneur  par  lonc  temps  et  à  nous  par  noz  bien  amez 
Jehan  Le  Noir,  enlumineur,  et  Bourgot,  sa  fille,  enlumine- 
resse  de  livres,  et  que  ja  piecha  il  delaissièrent,  pour  la 
plaissance  de  monseigneur,  le  service  de  la  contesse  de  Bar 
pour  monseigneur  et  nous  servir,  si  comme  nous  sommes 
acertenez,  et  de  leurs  quielx  services  à  monseigneur  et  à 
nous  faiz  il  ne  ont  esté  aucunement  rémunérez,  mais  gran- 
dement leur  est  deu  de  leurs  gaiges,  nous,  afin  qu'il  aient 
miex  dont  susporter  leurs  frais  et  despens  et  qu'il  n'aient 
occasion  de  se  départir  du  service  de  monseigneur  et  du 
nostre  par  sousfraittez  et  neccessitez,  leur  avons  donné  et 
octroyé  et  par  la  teneur  de  ces  présentes,  de  nostre  cer- 
taine science,  auctorité  royal,  dont  nous  usons,  et  de  grâce 
especial  donnons  et  octroyons,  comme  bien  deservi,  une 
maison  ou  manoir  séant  en  la  rue  de  Troussevache,  en  la 
ville  de  Paris,  tenant  d'un  costé  à  une  maison  appartenant 
aus  hoirs  Emmeline  des  Champs,  et  de  l'autre  à  une  mai- 
son aus  hoirs  à  la  femme  qui  fu  Drouin  de  Troies,  et  aboute 
par  devant  à  la  dite  rue  et  par  derrière  à  la  rue  Aubery  le 
Bouchier,  laquelle  maison  ou  manoir  est  venue  et  acquisse 
à  monseigneur  et  à  nous  pour  la  forfaiture  de  Charlles 
Toussac,  nostre  traitre  et  rebelle,  nagaires  mis  à  mort  pour 
ses  démérites.... 


366  APPENDICE. 

Donné  à  Paris,  le  xe  jour  de  décembre,  l'an  de  grâce  mil 
GCG  LVIII. 

Par  monseigneur  le  régent  : 

Julianus. 

(Registre  XC  du  Trésor  des  chartes,  n°  4.) 


VI. 

Travaux  faits  a  la  librairie  du   roi. 
(1367-1368.) 

Extrait  du  Compte  de  Pierre  Culdoe,  du  1er  mai  1367 
au  12  juillet  1368. 

Jacques  du  Parvis  et  Jean  Grosbois,  huchiers,  pour  leur 
peine  d'avoir  dessemblé  tous  les  bancs  et  deux  roës  qui 
estoient  en  la  librairie  du  Roy,  au  Palais,  et  iceux  faict 
venir  audit  Louvre,  avec  les  lettrins  et  icelles  roës  estreins 
chacune  d'un  pied  tout  autour  ;  et  tout  rassemblé  et  pendu 
les  lettrins  es  deux  derrains  estages  de  la  tour  devers  la 
Fauconnerie,  pour  mettre  les  livres  du  Roy;  et  lambroissié 
de  bois  d'Illande  le  premier  d'iceux  deux  estages,  tout 
autour,  par  dedans,  au  pris  de  l  francs  d'or,  par  marché 
faict  à  eux  par  ledit  maistre  Jacques,  14e  jour  de  mars 
1367.  Et  depuis,  pour  ce  que  les  sièges  estoient  trop  viez, 
ont  esté  faictz  de  merien  nuef,  que  lesdis  huchiers  ont  quis, 
dont  ledit  marché  leur  a  esté  creu  de  vin  francs,  tant 
pour  ce  que  pour  courbe  et  siage  de  lx  pièces  des  grands 
bois. 

Item  pour  deux  fors  huis,  pour  iceux  deux  estages,  de 
sept  pieds  de  haut,  de  trois  pieds  de  lé  et  trois  dois  d'es- 
poisse,  vin  francs  d'or. 

Pour  ce  parmy  quatre  quictances,  etc. . . ,  qui  font  pour  le 
tout  lxvi  francs  d'or,  valent    .     .     .     .     lu  1.  xvi  s.  p. 

Pierre  L'Escot,  cagetier,  pour  avoir  faict  et  treillissé  de 
111  d'archal  au  devant  de  deux  croisiées  de  châssis  et  de 
deux  fenestres  flamenges,  ez  deux  derrains  estages  de  la 
tour  devers  la  Fauconnerie,  aud.  Louvre,  où  est  ordonné 


368  APPENDICE. 

la  librairie  du  Roy,  pour  deftense  des  oyseaux  et  autres 
bestes,  à  cause  et  pour  la  garde  des  livres  qui  y  seront 
mis;  pour  fil  d'archas,  crochet  de  fer  et  peine  de  ce,  par 
marchié  faict  à  luy  par  ledit  maistre  Jacques,  4e  jour  de 
may  1368  et  quictance  3  juin  ensuivant,  en  xyiii  francs 
d'or xiiii  1.  vin  s.  p. 

Mathieu  Congnée,  lieur  de  livres,  pour  avoir  relié  et 
couvert  de  nuef  le  messel  de  la  grand  chapelle  dud. 
Louvre xx  s.  p. 

A  Andrieu  Du  Verger,  febvre,  pour  x  treillis  de  par 
deux  cents  petits  gons  et  deux  cents  crochets  de  fer,  pour 
la  librairie  du  Roy,  et  illec  ferré  deux  fors  huis,  et  plusieurs 
autres  besognes  de  son  mestier  par  luy  faictes  et  livrées 
audit  chastel  du  Louvre,  laquelle  le  Roy  nostre  dit  sei- 
gneur luy  doit    xximl.  mi  s.  vi  d. 

(Berty,  Topographie  historique  du  Vieux  Paris,  t.  I,  p.  194  et  195.) 


VII. 

Dépenses  pour  les  livres  de  la  librairie. 

1 .  Étoffes  pour  couvertures  de  livres  fournies  par  Bernard 

Belenati,  marchand  de  Paris. 

(9  décembre  1369.) 

Item  pour  n  pièces  de  baudequins  en  champ  azur,  déli- 
vrées de  nostre  commandement  à  Gilet  Malet,  nostre  vallet 
de  chambre,  le  x°  jour  du  mois  de  juillet  pour  faire  cou- 
vertures et  chemises  à  livres,  c'est  assavoir  le  Mirouer  ysto- 
rial  autrement  dit  Viciene  * .  Item  pour  une  pièce  de  sendal 
large  azuré,  pour  fourrer  les  dictes  chemises,  x  franz. 

{Mandements  de  Charles  V,  p.  308,  n°  618.) 

%.  Autres  étoffes  fournies  par  le  même. 
(1er  septembre  1370.) 

Pour  une  pièce  de  baudequin  d'outre  mer  de  pluseurs 
soies,  en  champ  vermeil  et  euvres  vers  à  papegaus  en  un 
compas,  délivrée  de  nostre  commandement  à  Gilet  Malet 
et  à  Henry  L'Uillier,  libraire,  le  xme  jour  d'aoust  ensuiant, 
et  fu  pour  faire  couvertures  et  chemises  pour  nostre  beau 
livre  apellé  Gouvernement  des  princes,  Boèce  de  Consola- 
cion  et  pluseurs  autres,  xx  frans.  Pour  n  aines  de  cendail 
large,  pour  les  chemises,  ni  frans  et  un  quart. 

{Mandements  de  Charles  V,  p.  361,  n°  715.) 

3.  Étoffes  fournies  par  le  même. 
(29  mai  1 371 .) 

Pour  une  aine  et  demi  quartier  de  camocas  d'oultre  mer, 

1.  Pour  «  Vincent  ». 

24 


370  APPENDICE. 

délivrée  de  nostre  commandement  à  messire  Michiel,  nostre 
chapellain,  pour  faire  une  couverture  et  une  chemise  à  un 
bréviaire  que  nous  envirasme  à  nostre  très  chier  et  amé 
frère  le  roy  de  Navarre,  le  xvic  jour  d'avril  [M  CGC  LXXI] . 
Item  à  lui  demi  aine  et  demi  quartier  de  cendail  rouge  en 
graine,  i  franc  et  nu  s.  p.  Pour  tout,  vi  frans  et  un  s.  p. 
Pour  demi  aine  et  demi  quartier  de  baudequin  d'oultre 
mer  vert  et  rouge,  délivré  à  Henry  L'Uillier,  nostre  escrip- 
vain,  pour  faire  une  couverture  à  un  livre  appelle  le  Gou- 
vernement des  Princes  et  plusieurs  autres,  in  frans.  Item 
à  lui,  pour  trois  quartiers  de  cendail  large  arsuré,  xxi  s., 
et  fu  pour  faire  l'envers  de  la  dicte  chemise,  le  douzième 
jour  de  may  ensuivant.  Pour  tout  un  frans  et  v  s.  p. 

{Mandements  de  Charles  V,  p.  400,  n°  779.) 

4.  Achat  de 'parchemin . 
(2  novembre  1377.) 

Ordre  d'allouer  aux  comptes  de  François  Ghanteprime 
une  somme  de  50  francs  d'or,  «  de  laquele  nous  en  avons 
fait  paier  parchemin,  que  nous  avons  au  jour[d'uy]  fait 
acheter  pour  escripre  une  bible  pour  nous  » . 

{Mandements  de  Charles  V,  p.  756,  n°  1503.) 

5.  Achat  d'étoffes  et  de  planchettes  pour  reliure  de  livres. 
(23  novembre  1377.) 

Charles...  Nous  sommes  tenus  à  Dyne  Rapponde,  mar- 
chant de  Paris,  en  la  somme  de  cent, quatre  vinz  dix  frans 
d'or,  pour  certaines  pièces  de  baudequin  et  de  cendail  que 
nous  avons  fait  acheter  de  lui,  et  en  avons  fait  faire  les 
choses  cy  dessouz  escriptes... 

Premièrement  pour  les  hez  et  chemises  de  quatre  granz 
volumes  de  Vincent,  pour  nous,  n  baudequins  à  xxvi  frans 
la  pièce,  valent  lu  franz. 


DÉPENSES  POUR  LES  LIVRES  DE  LA  LIBRAIRIE.  371 

Item  pour  les  hez  et  chemises  des  Groniques  de  France 
et  celles  que  a  faittes  nostre  amé  et  féal  chancelier,  pour 
il  volumes,  pour  nous,  une  pièce  de  baudequin,  xxvi  franz. 

Item  pour  les  hez  et  chemises  du  livre  de  Senèque,  les 
Gestes  Charlemaine,  les  Enfances  Pépin  et  les  Croniques 
d'oultre  mer  de  Godefroy  de  Bullon,  pour  nostre  très  cher 
et  ainsné  fîlz  Charles,  daulphin  de  Viennois,  n  baudequins, 
au  pris  que  dessus,  lu  franz. 

Item  pour  doubler  les  chemises  dessus  dittes,  un  pièces 
de  cendail  vermeil  en  grainne,  à  xn  franz  la  pièce,  valent 
xlviii  franz. 

(Mandements  de  Charles  V,  p.  761,  n°  1519.) 

6.  Traduction  d'un  livre  de  Pétrarque. 
(14  avril  1378,  n.  st.) 

Ordre  d'allouer  aux  comptes  de  François  Chanteprime 
une  somme  de  200  francs  d'or  donnée  «  à  maistre  Jehan 
Dendin,  chanoine  de  nostre  saincte  chapelle  royale  à  Paris, 
pour  ce  qu'il  a  translaté,  de  nostre  commandement,  de 
latin  en  françoiz,  un  livre  appelle  Patrac,  lequel  nous  avons 
mis  et  retenu  devers  nous  » . 

(Mandements  de  Charles  V,  p.  836,  n°  1696.) 

7.  Quittance  des  sommes  dues  pour  achat  d'étoffes  et  de 

planchettes. 

(%%  avril  1378.) 

Dyne  Responde,  marchant  de  Paris,  confesse  avoir  eu  et 
receu  de  François  Chanteprime,  receveur  gênerai  pour  le 
fait  de  la  guerre,  la  somme  de  cent  quatre  vins  dix  frans 
d'or,  qui  deuz  li  estoient  pour  certaines  pièces  de  baude- 
quin et  de  cendail  achetées  de  lui,  c'est  assavoir  pour  les 
hez  et  chemises  de  quatre  grans  volumes  de  Vincent,  pour 
le  Roy  nostre  sire,  n  baudequins,  à  xxvi  frans  la  pièce, 
valent  lu  frans. 


372  APPENDICE. 

Item  pour  les  hez  et  chemises  dez  Croniquesde  France, 
et  celles  que  a  iàittes  mous,  le  chancellier,  pour  n  volumes, 
pour  le  dit  seigneur,  une  pièce  de  baudequin,  xxvi  frans. 

Item  pour  les  hez  et  chemises  du  livre  de  Senèque,  les 
Gestes  Gharlemaine,  les  Enfances  Pépin  et  les  Croniques 
d'oultre  mer  de  Godel'roy  de  Bullon,  pour  mons.  le  Dal- 
phin,  deux  baudequins,  au  pris  que  dessus,  lu  frans. 

Item  pour  doubler  les  chemises  dessus  dittes,  quatre 
pièces  de  cendail  vermeil  en  graine,  à  xn  frans  la  pièce, 
valent  xlviii  frans.  Item  pour  fourrer  le  coffre  de  la  chap- 
pelle  portative  pour  le  dit  seigneur,  une  pièce  de  cendail 
en  graine,  xn  frans. 

Valent  les  dittes  parties  cent  quatre  vins  dix  frans,  de 
laquelle  il  se  tient  à  bien  paiez  et  en  quitte  le  dit  receveur 
et  tous  autres...  Fait  l'an  LX  dix  huit,  le  jeudi  vint  deux 
jours  d'avril.  —  Ferrebouc. 

(Original  appartenant  à  M.  le  comte  de  Rockambeau.  L'ancien  propriétaire 
de  cette  quittance,  M.  ftlinoret,  m'avait  autorisé  à  la  faire  pholograver  par 
M.  Dujardin.) 

8.  Achat  de  'parchemin. 
(8  juin  1378.) 

Ordre  d'allouer  aux  comptes  de  François  Chanteprime 
une  somme  de  200  francs  qu'il  en  avoit  reçue,  «  pour  paier 
certaine  quantité  de  parchemin  que  nous  avons  fait  acheter 
a[u]  présent  lendit  pour  escrire  certains  livres  pour  nous  » . 

(Mandements  de  Charles  V,  p.  856,  n°  1741.) 


VIII. 

Livres  donnés  aux  Dominicains  de  Tiioyes. 

1 .  Lettre  de  Grégoire  XI. 
(26  février  1371.) 

Gregorius,  episcopus,  servus  servorum  Dei,  ad  perpe- 
tuam  rei  memoriam.  Garissimus  in  Christo  filius  noster 
Karolus,  rex  Francie  illustris,  eximia  devotione  preclnrus, 
démentie  majestate  sublimis,  mansuetudinis  gratia  predi- 
tus,  plenus  affluentia  pietatis,  progenitorum  suornm  chris- 
tianissimorum  regum  Francie  laudabili  successione  sequens 
vestigia,  et  purgatissimi  sanguinis  sapiens  puritatem,  suos 
cogitatus  et  opéra  beneplacitis  eterni  patris  promptis  et 
continuis  adherere  desiderat  studiis,  nosque  et  Romanam 
ecclesiam,  matrem  suam,  filiali  studio  reveretur,  et  ut 
Creatori  suo  cordis  et  animi  puritate  placeat,  ecclesias  et 
personas  ecclesiasticas  sui  regni  semper  habet  in  honore, 
easque  variis  décorât  privilegiis,  jocalibus  atque  bonis. 
Decet  igitur  ut  illum,  cujus  fastigia  dominancium  Dominus 
voluit  auspiciis  exaltari  felicibus,  in  hiis  que  pie  et  digne 
desiderare  videtur,  favoribus  apostolicis  prosequamur. 
Gum  itaque  rex  ipse,  zelo  devocionis  motus,  aliqua  jocalia 
seu  reliquiaria  argentea  et  nonnullos  libros,  ad  usum  Fra- 
trum  conventus  domus  ordinis  Predicatorum  Trecensis, 
cidem  conventui  dederit  et  adhuc  alia  dare  proponat, 
cupiatque  jocalia  et  bona  ipsa,  sic  per  eum  data  atque 
danda,  ibidem  remanere  et  perpetuo  conservari,  nos,  regiis 
supplicationibus  inclinati,  auctoritate  apostolica,  tenore 
presencium,  in  virtute  sancte  obedientie  et  sub  excommu- 
nicationis  pena,    quam   contra    inhibicionem    presentem 


374  APPENDICE. 

facientes  incurrent  eo  ipso,  districtius  inhibemus  ne  quis, 
cujuscumque  status,  gradus,  sexus,  ordinis  vel  conditionis 
existât,  hujusmodi  jocalia  seu  reliquiaria  argentea  et  libros, 
sic  per  dictum  regemjam  data,  ut  premittitur,  ac  alia  per 
eundem  regem  danda,  dum  in  domo  ipsa  fuerint,  alienare, 
impignorare,  vendere,  mutuo  tradere  vel  qualitercunque 
distrahere  présumât,  nec  id  facientibus  prestet  auxilium, 
consilium  vel  favorem,  non  obstantibus  exemptionibus  et 
aliis  quibuscunque  privilegiis,  indulgenciis  et  gratiis  ac  lit— 
teris  apostolicis,  quibusvis  personis  vel  ordinibus,  commu- 
niter  vel  divisim,  sub  quacumque  forma  vel  expressione 
verborum,  a  sede  apostolica  concessis  vel  in  posterum 
concedendis,  eciam  si  de  illis  plena  et  expressa  mencio  ac 
de  verbo  in  verbum  in  presentibus  sit  habenda,  que  quoad 
hoc  alicui  in  nullo  volumus  suffragari.  Nulli  ergo  omnino, 
etc.  Datum  Avinione,  quarto  kalendas  marcii,  pontificatus 
nostri  anno  primo. 

(Mss.  latins  7475  et  10623  de  la  Bibliothèque  nationale.  —  Ms.  267  de  Troyes.) 

î.  Note  rappelant  Vinaliénabilité  des  livres  donnés  aux 

Dominicains  de  Troyes. 

(1371  et  1375.) 

Anno  Domini  M  CGC  LXXV,  dédit  istum  librum  pro 
libraria  communi  istius  conventus  Trecensis,  ordinis  Predi- 
catorum,  illustrissimus  princeps  et  dominus  dominus  Karo- 
lus,  Dei  gratia  Francorum  rex,  ad  procurationem  reverendi 
in  Christo  patris  ac  domini  domini  fratris  Pétri  de  Villaribus, 
tune  episcopi  Trecensis,  ac  predicti  domini  régis  confes- 
sons et  consiliarii,  tali  pacto  quod,  si  per  quemeumque  a 
dicta  libraria  amoveatur,  impignoretur,  vendatur,  accomo- 
detur,  vel  aliter  qualitercumque  alienetur,  ipso  facto  per- 
tinent ad  episcopum  Trecensem,  ad  decanum  et  capitulum 
ecclesie  Trecensis  et  ad  conventum  Fratrum  Predicatorum 


LIVRES  DONNÉS  AUX  DOMINICAINS.  375 

Parisiensium.  Item  faciens  vel  procurans  alienationem  dicti 
libri  contra  aliquod  premissorum  est  excommunicatus  ipso 
facto,  sicut  apparet  per  litteras  papales,  quarum  ténor 
scquitur  in  hec  verba  :  Gregorius,  etc.  Originale  predicta- 
rum  apostolicarum  litterarum  custoditur  in  deposito  hujus 
Trecensis  conventus1. 

(A  la  fin  du  ms.  latin  10623.  —  Le  ms.  latin  7475  contient  la  même  note, 
avec  la  date  de  1371.) 

1.  La  note  insérée  dans  le  ms.  7475  porte  :  «  Ad  procurationcm  fratris  Pétri 
de  Villaribus  juxta  Herbiciam  oriundi  de  terminis  dicti  conventus  Trecensis, 
lune  confessons,  etc.  » 


IX. 

Livres  hébraïques  remis  au  roi. 

Décharge  donnée  par  Charles  V  de  livres  hébraïques  qu'il 
s'était  fait  remettre  par  Gérard  de  Mont  aigu,  garde  du 
Trésor  des  chartes. 

(211  avril  1372.) 

Ce  sont  les  livres  des  Juyfs  qui  estoient  ou  Trésor  de  noz 
privilèges,  Chartres  et  registres,  dessus  le  vestiaire  de  la 
Sainte  Chapelle,  en  nostre  palais  à  Paris,  que  nous  avons 
euz  et  receus  de  nostre  amé  et  féal  clerc  secrétaire  Gerart 
de  Montagu,  garde  du  dit  Trésor,  et  lesquelz  livres  nous 
avons  prestes  à  Menecier  le  Juyf  et  autres  Juyfs  demourans 
à  présent  à  Paris,  le  xxie  jour  d'avril,  l'an  de  grâce  mil 
CGC  soissante  et  douze. 

Premièrement  xvm  livres  de  Genesis,  dont  il  y  a  trois 
non  complets. 

Item  v  livres  des  Prophètes. 

Item  il  grans  rooles  de  la  loy  Moyses. 

Item  v  livres  de  glose  sur  une  partie  de  la  Bible. 

Item  x  autres  gloses  par  quaiers,  tant  d'une  partie  de  la 
Bible  comme  d'oroisons. 

Item  nu"  et  xn  pièces  d'oroisons  et  heures  à  dire  par 
certain  temps  et  par  certains  jours  de  l'an. 

Item  ni  pièces  de  calde. 

Item  in  diccionaires  sur  aucuns  livres  de  la  Bible,  que 
l'en  appelle  la  Divin,  et  un  pièces  par  quaiers  d'icelle 
matière. 


livres  hébraïques  remis  au  roi.  377 

Item  v  commancemens  de  Sautiers. 

Item  un  des  livres  des  Roy  s. 

Item  partie  du  livre  d'Ecclesiaste  et  des  Cantiques. 

Item  certains  quaiers  ensamble  du  roy  Assuaire  et  d'au- 
cuns livres  de  Genezis. 

Item  v  pièces  de  quaiers  parlans  de  plusieurs  livres  de 
la  Bible. 

Item  v  petits  rooles  de  Ester. 

Item  plusieurs  quaiers  et  feilles  de  diverses  matières  et 
de  petite  value. 

Gy  s'ensuivent  les  livres  des  diz  Juyfs  que  nous  avons 
retenus  par  devers  nous,  pour  mettre  en  nostre  librairie. 

Premièrement  le  plus  bel  roole  de  la  loy  Moyse. 

Item  ii  volumes  dont  en  chascun  sont  contenus  les 
v  livres  Moyse. 

Item  un  volume  ouquel  est  contenu  :  un  Sautier,  le  livre 
de  Sapience,  de  Job,  d'Ecclesiaste,  les  Lamentations 
Jeremies,  Ester,  le  livre  Nabugodonosor,  comment  l'image 
fu  fait. 

Item  les  gloses  sur  le  Sautier,  sur  Job  et  sur  la  plus 
grant  partie  des  Prophètes  commençans  à  Josné. 

Cy  s'ensuient  autres  livres  des  livres  dessus  diz  que  nous 
avons  bailliez  à  maistre  Thomas  de  Boulogne,  nostre  astro- 
nomien. 

Premièrement  un  livre  de  Genesis,  en  ebreu  et  en 
calde. 

Item  un  autre  livre  de  Genesis,  en  ebreu  simple. 

Item  un  diccionaire  sur  aucuns  livres  de  la  Bible,  que 
l'en  appelle  le  Divin. 

Item  un  livre  des  Prophètes. 

Item  un  petit  livre  de  médecine. 

Item  un  petit  livre  de  médecine. 

Item  un  petit  livre  d'experimens. 


378  APPENDICE. 

Item  un  Sautier  parfait. 

En  tesmoing  de  ce,  nous,  à  la  descharge  de  nostre  dit 
clerc,  avons  escript  et  mis  nostre  nom  à  ce  présent  roole, 
de  nostre  propre  main,  l'an  et  le  jour  dessus  diz. 

Charles. 

(Original  au  Trésor  des  chartes,  J.  476,  n°  9;  publié  dans  la  Revue  historique 
(t.  VII,  p.  369)  par  Siméon  Luce,  dont  j'ai  reproduit  le  texte.) 


X. 


Somme  donnée  a  Nicole  Oresme  pour  sa  traduction  d'Aristote. 
(31  août  1374.) 

Charles,  par  la  grâce  de  Dieu  roy  de  France,  à  nos  amés 
et  feaulx  les  genz  de  nos  comptes  à  Paris,  salut  et  dilec- 
tion.  Nous  voulonz  et  vous  mandonz  que  la  somme  de 
deux  cenz  franz  d'or,  les  quiex  nous  avonz  eus  et  receuz 
comptanz  en  nos  mains  de  nos  amés  et  feaulx  trésoriers  à 
Paris,  par  la  main  de  Pierre  de  Landez,  changeur  de  nostre 
trésor,  les  quiex  nous  avonz  bailliez  comptans  à  nostre 
bien  amé  maistre  Nicole  Oresme,  doyen  de  Rouen,  sur  sa 
painne  ou  salaire  de  nous  translater  deux  livres,  les  quiez 
nous  sont  très  neccessaires,  c'est  assavoir  :  Polithiquez  et 
Yconomiquez,  vous  ycelle  somme  de  nc  franz  allouez  es 
comptes  dudit  Pierre  et  rabatez  de  sa  recepte,  sanz  en 
demander  autre  lettre  de  quittance  ou  de  recongnoissance 
ne  déclaration  quelconquez  fors  ces  présentez  tant  seule- 
ment ;  car  ainsi  le  voulonz  estre  fait,  non  obstant  mande- 
ment ou  defïensez  ne  ordenances  quelconquez  à  ce  con- 
trairez.  Donné  au  boiz  de  Vincennes,  le  darrain  jour 
d'aoust,  l'an  mil  CGC  LXXIIII,  et  le  xj  de  nostre  règne. 

Par  le  Roy  :  Tabari. 

(Original,  Collection  Clairambault,  vol.  215,  p.  9621.  —  Publié  dans  les  Man- 
dements de  Charles  V,  p.  552,  n*  1061,  et  par  Richard,  Notice  sur  la 
bibliothèque  des  échevins  de  Roxien,  p.  50.) 


XI. 


Auteurs  consultés  par  Raoul  de  Presles. 

(Vers  1375.) 

Ce  sont  les  noms  des  docteurs  et  aucteurs  des  quieux  a 
esté  prinse  l'exposicion  de  ce  livre  de  monseigneur  saint 
Augustin.  Premièrement  : 


Sanctus  Augustinus. 

Gatholicon. 

Sanctus  Ancelmus. 

Gassianus. 

Sanctus  Ambrosius. 

Claudianus. 

Accursius. 

Glemens  in  Itinerario. 

Adelinus  (sic). 

Glemens  tercius. 

Agatho. 

Cremon  stoicus. 

Alanus  in  Anticlaudiano. 

Sanctus  Dyonisius. 

Albericus  Londoniensis. 

Dares  Frigius. 

Albumasar. 

Dares  Cretensis. 

Anaximenes. 

De  ortu  Deorum. 

Appulleyus. 

Dindimus. 

Aristotiles. 

Ecclesiestica  hystoria. 

Astrasius. 

Escodius, 

Avicena. 

Eusebius. 

Aulius  Gellius. 

Eutropius. 

Sanctus  Beda. 

Ferculphus. 

Sanctus  Bernardus. 

Festus  dictator. 

Baldericus. 

Florus  in  Epithomate. 

Bernardus  Guidonis. 

Fransciscus  de  Maronis. 

Boecius. 

Fulgencius. 

Brutus. 

Sanctus  Gregorius. 

Galcidius. 

Guido  de  Golumpna. 

Catho. 

Guillermus  Armoricanu: 

AUTEURS  CONSULTÉS  PAR  RAOUL  DE  PRESLES. 


381 


Guillermus  Parisiensis. 
Guillcrmus    (sic)    Monume- 

tensis. 
Helinandus. 
Heraclides. 
Hugo  de  Follieto. 
Hugo  de  Sancto  Victore. 
Hugucio. 

Sanctus  Jeronimus. 
Joachim. 

Johannes  Salberiensis. 
Josephus. 
Ypocras. 
Ysidorus. 
Juba. 

Julius  Celsus. 
Julius  FIopus. 
Julius  Firmacus. 
Justinus. 
Juvenalis. 
Lactencius. 
Lucanus. 
Lucrecius. 
Macrobius. 
Marcus  Varro. 
Marcus  Paulus. 
Marcianus. 
Martinus. 
Mehum. 

Mercurius  Trimegistrus  (sic) . 
Methodius  martir. 
Nicholaus  Travet. 
Omerus. 
Oracius. 


Orosius. 

Ovidius. 

Papias. 

Paulus  Cassinensis. 

Paulus  Longobardus. 

Persius  satiricus. 

Peregrinus  ad  Theodoram. 

Petronius  Arbiter. 

Plautus. 

Plato. 

Plinius. 

Possidonius.. 

Prosper. 

Quintilianus. 

Rabanus. 

Rabi  David. 

Remigius. 

Robertus  Holeot. 

Salustius. 

Scolastica  hystoria. 

Seneca. 

Servius. 

Syviacus. 

Sigibertus. 

Sindonius. 

Sirenius. 

Solinus. 

Stacius. 

Suetonius. 

Tertulianus    in    Appolloge- 

tico. 
Sanctus  Thomas  de  Aquino. 
Terencius. 
Theofastrus  (sic). 


382 


APPENDICE. 


Tullius. 

Valerius  Maximus. 
Valerius  Soranus. 
Varro. 


Theopompus. 

Theodolus. 

Theotindus. 

Thomas  Valensis. 

Titus  Livius. 

Tripertita  hystoria.  Vincencius. 

Trogus.  Virgilius. 

Et  si  y  a  plusieurs  de  ces  docteurs  qui  sont  allégués  en 
plusieurs  lieux,  si  comme  il  se  pourra  veoir  en  lisant. 


Vegecius. 


(Ms.  français  22912,  fol.  1.) 


XII. 


Observation  de  Raoul  de  Presles  sur  la  citation  des 
chapitres  de  la  clté  de  dleu,  dont  il  avait  consulté  plus 
de  trente  copies. 

(Vers  1375.) 

Exposicion  sur  ce  chapitre  (le  xme  du  livre  V). 

Selonc  aucuns  livres  et  selonc  aucuns  expositeurs,  si 
comme  Thomas  Valensis1,  il  n'a  ci  point  de  chapitre,  mais 
est  encores  du  xn°  chapitre  précèdent,  jusques  là  où  il  dit 
Mais  celi  voit  plus  sainement,  etc.,  où  il  commence  le 
xme  chapitre.  Et  ce  disons  nous  nottablement  pour  ceulz 
qui  pourront  veoir  autres  livres  que  celi  sur  lequel  nous 
avons  faite  nostre  translacion,  es  quiex  il  trouveront  par 
aventure  les  chapitres  autrement  quottez,  si  comme  nous 
mesmes  le  veismes  en  autres  livres  plusieurs  que  nous 
avions  avec  le  nostre  principal,  duquel  nous  n'en  veismes 
oncques  nul  plus  parfait.  Car  en  aucuns  ne  se  trouvoient 
aucunes  rebriches,  ne  au  commencement  des  livres,  ne  par 
les  chapitres,  mais  en  yceli  avoit  rebriches,  et  au  com- 
mencement des  livres  et  sur  chascun  chapitre.  Et  nous 
semble,  à  la  multitude  des  livres  que  nous  avons  veuz,  qui 
en  avons  veu  et  visité  jusques  à  xxx  et  plus,  que,  quant 
monseigneur  saint  Augustin  fist  son  livre,  combien  qu'il  y 
feist  xxn  livres,  il  ne  divisa  point  les  livres  par  chapitres, 
mais  procedoit  un  livre  tout  entièrement  sans  chapitre,  et 
nous  meismes  l'avons  ainsi  veu  en  i  ou  n  livres,  mais  nous 
avons  ymaginé  que  aucuns  clers  ingénieux,  afin  de  com- 

1.  Valelensis,  ms.  22912. 


384  APPENDICE. 

prendre  plus  legierement  les  sentences  de  chascun  livre,  ont 
fait  les  divisions  des  chapitres  selon  ce  qu'il  leur  a  bon 
semblé,  ja  soit  ce  que  es  rebriches  des  livres  n'ait  quel- 
conques diference.  Et  ce  nous  vaille  excusacion  à  ceulz  qui 
trouveront  les  chapitres  autrement  quottez1. 

(Ms.  français  22912,  fol.  248  v\) 

1.  Une  explication  analogue  se  trouve  dans  lExposition  du  chapitre  v  du 
livre  XV  (ms.  français  22913,  fol.  95  y). 


XIII. 


Épître    adressée    a    Charles    V   par    son    chapelain    Pierre 

BOHIER     POUR     LUI     DEDIER    UNE     ÉDITION     GLOSÉE     DES    VlES     DES 
PAPES. 

Karolo,  christianissimo  principi  Deique  gratia  Franco- 
rum  régi,  Petrus,  serenitatis  tue  humilis  cappellanus, 
tuusque  orator  minus  ydoneus,  pacificare  militantem 
Ecclesiam  mererique  meritis  triumphantem  !  Dignus  es, 
domine  mi  rex,  accipere  librum,  et  solvere  signacula 
ejus,  ut  in  Apocalipsi1  régi  regum  Johannes  infert  apos- 
tolus.  Meritum  enim  quis  illum  hesitet  codicem  acceptare 
ipsumque  aperire,  solerti  qui  studio  scripturas  querit  ab 
habentibus  cum  sagacitate,  scripturas  capit  a  doctoribus 
cum  capacitate,  scripturasque  legit  in  codicibus  cum  avi- 
ditate?  Serenitatis  quoque  tue  sagacitas  Ptolomei,  quon- 
dam  régis  Egipti,  probatur  voto  succedere,  qui  librorum 
milia  centum  voluminum  habere  se  asseruit  brevi  tempore 
successuro.  Tu  enim  capacitate  Julii  Gesaris  scripturarum 
carpis  sensum  altivolum,  qui,  prolata  doctorum  sententia, 
eandem  perurgebat  subtilius.  Avide  nempe  legis  codices, 
Karoli  Magni,  tui  incliti  patrui,  sequens  vestigium  :  lectio- 
nem  enim  toto  die  triphariam  audiebat  ipse  attentim, 
etiam  si  tune  esset  profecturus  in  prelium.  Tu  solve2  tria 
que  sunt  hujusmodi  libri  signacula  ex  metalli  materia 
fabricata  moraliter.  Unum  nempe  conprobatur  aureolum  ; 
quo  inquam  soluto,  rutilans  status  priscorum  Romanorum 
pontificum,   tam   confessorum   quam   martirum,   tamque 

1.  v,  1. 

2.  Leçon  douteuse.  Le  ras.  semble  porter  :  Tu  fori  llh  quoz. 

25 


386  APPENDICE. 

bonorum  quam  minus  utilium,  usque  ad  secundum  papam 
Innocentium  patebit  ad  textum.  Alterius  vero  signaculi, 
argenti  resonancia  fabricati,  pandet  solucio  dotatores 
ipsius  Ecclesie  qui  fuere,  eam  construendo  ex  lapidibus, 
post  dotando  illam  immobilibus ,  ac  ipsam  pretiosis 
ornando  jocalibus.  Sequenti  quoque  signaculo,  ferri  duri- 
cia  incudato,  reserato,  exterius  clarebit  qui  fuerint 
Romane  Ecclesie  defensores,  tam  in  ejus  dirimendis  scis- 
matibus  quam  in  ipsius  dirigendis  presulibus,  quam  in 
cjusdem  juribus  etiam  defendendis  cum  brachio.  Fixi 
quoque  marginibus  presentis  catalogi  glosellas  aliquas,  ut 
legentem  aliquando  a  cursu  teneant  nimio,  utque  ipse 
advertat  in  eo  attentius  :  nam  viatorem  quandoque  rele- 
vât oculos  suos  extra  callem  dirigere,  et  ab  ea  divertere 
optatum  citius  prestat  portum  interdum.  Que  inquam 
addita,  meque  ac  mea  dicta  singula,  correctioni  catholice 
matris  nostre  Ecclesie  humiliter  subicio,  et  inclitissime  tue 
etiam  majestatis.  Acta  jam  olim  in  Romana  Ecclesia  in 
isto  memoror.  Nunc  autem  quid  sit,  quis  non  novit  in 
ipsa?  Quid  enim  deceret  fieri  justi  norunt;  sed  quid  erit 
[et]  fiet,  retinet  tantum  Omnipotens.  Itaque  michi  dicenti  : 
«  Euge!  euge!  »  ipse  porro  adiciam  :  «  Heu  me,  Domine, 
cum  incolatus  meus  prolongatus  est1!  » 

(Manuscrit  du  xve  siècle,  coté  XII,  27,  dans  la  bibliothèque  Barberine  à  Rome. 
—  Publié  par  Mgr  Duchesne  dans  son  édition  du  Liber  pontificalis,  t.  II, 

J).   XXVII.) 

1.  Ps.  CXIX,  5. 


XIV. 


Notes  sur  la  gestion  de  Gilles  Malet,   garde   de  la 
librairie  du  louvre. 

(1373-1410.) 

C'est  le  compte  de  madame  Nichole  de  Ghambly,  vefve 
de  feu  messire  Giles  Malet,  en  son  vivant  chevalier  et 
maistre  d'ostel  du  roy  nostre  sire,  de  messire  Jehan  Malet, 
chevalier  et  maistre  d'ostel  dudit  seigneur,  et  de  maistre 
Charles  Malet,  licencié  en  lois,  enfans  dudit  feu  messire 
Giles  et  de  ladite  dame,  des  livres  estans  ou  chastel  du 
Louvre,  en  trois  chambres  Tune  sur  l'autre,  dont  ledict 
messire  Giles  a  eu  la  garde,  c'est  assavoir,  depuis  l'an 
mil  CCGLXXIII  jusques  au  mois  de  janvier  mil  CGCG  et  dix, 
qu'il  est  allé  de  vie  à  trespassement,  après  lequel  trespas- 
sement  ladite  vefve  et  enfans  ont  rendu  lesdits  livres  à 
Anthoine  des  Essars,  escuier  et  commis  de  par  le  roy 
nostre  dit  seigneur  à  la  garde  d'iceulx,  par  inventoire 
nouvellement  fait  et  commencé  par  messeigneurs  sire 
Michiel  de  Laillier,  conseiller  et  maistre  des  comptes  dudit 
seigneur,  maistre  Nicolas  des  Prez,  conseiller  et  correc- 
teur desdits  comptes,  et  Jehan  Le  Bègue,  greffier  de  la 
Chambre  d'iceulz  comptes,  et  achevé  par  ledit  Bègue,  à 
ce  commiz  par  messeigneurs  desditz  comptes,  lequel 
inventoire  nouvel  commence  au  lui9  feuillet  de  ce  présent 
volume  ou  livre,  touz  lesquelz  livres  estans  en  l'ancien 
inventoire,  lequel  commence  ou  ni0  feuillet  dudit  présent 
livre  ou  volume,  et  plusieurs  autres  pardessus,  ont  esté 
trouvez  èsditcs  chambres,  exceptez  toutes  voyes  ceulz  qui 
sont  escripz  en  ce  présent  compte,  lesquelz  ont  esté  bail- 
lez et  délivrez  tant  par  feu  le  roy  Charles  le  quint,  dont 


388  APPENDICE. 

Dieux  ait  l'âme,  comme  par  le  roy  nostre  sire  qui  à  pré- 
sent est,  comme  il  apperra  par  plusieurs  lettres,  quit- 
tances et  autres  enseignemens,  qu'ilz  ont  intencion  de 
rendre  sur  ce  compte. 

Et  pour  entendre  ce  présent  compte,  est  assavoir  que 
l'an  mil  CCCLXXIH,  par  l'ordonnance  dudit  feu  roy  Charles 
le  quint,  furent  premièrement  inventoriez  et  mis  en  escript 
par  ledit  feu  messire  Giles  Malet,  pour  lors  escuier  et  var- 
let  de  chambre  dudit  feu  roy  Charles,  touz  les  livres  estans 
es  dictes  troiz  chambres,  l'une  sur  l'autre,  en  ce  présent 
volume  ou  livre,  comme  il  est  escript  cy  dessus  ou  11e  fueil- 
let  dudit  livre  ou  inventoire,  lequel  inventoire,  après  le 
trespassement  dudit  feu  messire  Giles,  a  esté  trouvé  en 
l'une  desdictes  trois  chambres  par  lesdiz  de  Laillier,  Des 
Prez  et  Bègue,  et  par  eulz  apporté  en  ladicte  Chambre  des 
comptes. 

Item  comme  après  le  trespassement  dudit  feu  roy 
Charles  quint,  qui  fut  en  septembre  mil  CCCIIII",  ledit 
inventoire  ainsy  fait  et  escript  par  ledit  feu  messire  Giles, 
fut  recolé,  le  vie  jour  de  novembre  oudit  an  IIII",  par  feu 
maistre  Jehan  Blanchet,  secrétaire  du  roy  nostre  dit  sei- 
gneur, du  commandement  de  feu  monseigneur  le  duc  de 
Bourgoigne  derrenièrement  trespassé,  et  y  furent  touz 
iceulx  livres  trouvez,  exceptez  ceulx  qui  estoient  signez, 
sur  les  marges  dudit  inventoire,  avoir  esté  baillez  à 
diverses  personnes  par  ledit  feu  roy  Charles,  ou  de  son 
ordonnance,  comme  il  est  escript  ou  11e  fueillet  dudit  pré- 
sent livre  ou  inventoire. 

Item  que  assez  tost  après,  c'est  assavoir  le  cinquiesme 
jour  du  mois  de  novembre,  l'an  mil  CCCIIIP*,  et  fut  à 
Reims  le  roy  nostre  sire,  qui  a  présent  est,  bien  acertené, 
par  messeigneurs  ses  oncles  et  autres  de  son  conseil,  de  la 
bonne  garde  que  avoit  faite  ledit  feu  messire  Giles  des 
livres  dessus  dis,  et  oy  le  rapport  dudit  maistre  Loys  (sic) 


NOTES  SUR  LA  GESTION  DE  GILLES  MALET.  389 

Blanchet,  voult  et  ordonna  par  ses  lettres  données  ledict 
jour,  transcriptes  en  la  fin  de  ce  présent  compte1,  que 
icelluy  messire  Giles  feust  tenu  pour  quitte  et  deschargié  de 
touz  les  livres  qui  par  l'ordonnance  dudit  feu  roy  Charles 
avoient  esté  baillez,  sanz  en  demander  autre  quittance  ou 
enseignement  que  lesdittes  lettres,  desquelles  lettres 
ladicte  vefve  et  enfanz  ont  entencion  de  eulz  aidier  en  plu- 
sieurs parties  de  ce  présent  compte. 

Item  que,  depuis  que  ledit  premier  inventoire  fut  fait, 
plusieurs  des  livres  contenuz  en  icellui  ont  été  recouvers 
d'autres  couvertures,  pourquoy  on  ne  se  doit  point  arres- 
ter  ausdictes  couvertures,  si  comme  il  est  escrit  ou  11e  foil- 
let,  et  de  ce  ont  esté  souffisamment  acertenez  lesdiz  de 
Laillier,  Des  Prez  et  Bègue,  qui  ont  trouvé  les  dictes  vieilles 
couvertures  en  la  plus  haulte  desdictes  trois  chambres. 

(Ms.  français  2700,  fol.  40.) 

1.  Le  texte  de  ces  lettres  n'est  pas  dans  le  registre. 


XV. 


Don  de  100  francs  a  Oudard  Boschot 

POUR    SA    COLLABORATION    A    l'iNVENTAIRE    DE    LA    LIBRAIRIE. 

(10  juin  1411.) 

Charles,  par  la  grâce  de  Dieu  roy  de  France,  à  noz  amez 
et  feaulx  les  generaulx  conseillers  sur  le  fait  des  aides 
ordonnez  pour  la  guerre,  salut  et  dilection.  Savoir  vous 
faisons  que,  pour  et  en  recompensacion  de  la  paine  et  tra- 
vail que  nostre  amé  Oudart  Boschot,  prestre,  escolier  estu- 
diant  à  Paris  en  la  Faculté  des  decrez,  a  eu  à  faire  l'inven- 
toire  de  nostre  librairie  au  Louvre,  où  il  a  vacqué  depuis 
le  mois  de  janvier  mil  quatre  cens  et  dix  jusques  à  la  fin 
du  mois  de  may  derrenièrement  passé,  et  pour  certaines 
autres  causes  à  ce  nous  mouvans,  nous  lui  avons  donné  et 
ottroyé,  donnons  et  ottroyons,  de  grâce  especial,  par  ces 
présentes,  la  somme  de  cent  francs,  à  les  avoir  et  prandre 
pour  une  foiz  des  deniers  des  diz  aides.  Si  vous  mandons 
que  par  Alexandre  Le  Boursier,  receveur  gênerai  d'iceulx, 
vous  faictes  bailler  et  délivrer  au  dit  Boschot  des  deniers 
de  sa  recepte  la  dicte  somme  de  cent  frans,  laquelle,  par 
rapportant  ces  présentes  avec  quittance  du  dit  Boschot, 
sur  ce,  nous  voulons  et  mandons  estre  alouée  es  comptes 
du  dit  receveur  et  rabatue  de  sa  recepte  par  nous  à  n[oz 
am]ez  et  feaulx  gens  de  noz  comptes  à  Paris,  sanz  contre- 
dit, nonobstant  ordonnances,  mandemens  et  deffenses  à  ce 
contraires.  Donné  à  Paris,  le  xe  jour  de  juing,  l'an  de  grâce 
mil  CCCC  et  unze,  et  de  nostre  règne  le  xxxie. 


DON  DE  100  FRANCS  A  OUDART  BOSCHOT.  391 

Par  le  roy,  en  son  conseil,  ouquel  monseigneur  le  duc 
de  Guyenne,  le  conte  de  Vendosme,  messire  Charles  de 
Ghambly  et  plusieurs  autres  estoient  : 

M.  de  La  Teillaye. 

(Collection  Clairambault,  vol.  218,  pièce  3.  —  Publié  par  Gaston  Raynaud, 
Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de  Paris,  1888,  p.  81.) 


XVI. 

Notes  sur  l'inventaire  et  le  recolement  de  la  librairie, 

AU    TEMPS    DU    GARDE    JEAN    MaULIN. 

(1413  et  1415.) 

Inventaire  des  livres  du  roy  Charles  nostre  sire  qui  à 
présent  est,  estant  en  sa  librairie  du  Louvre,  c'est  assa- 
voir, en  une  tour,  en  trois  chambres  l'une  sur  l'autre, 
commencié  le  mercredi  xme  jour  d'octobre,  l'an  mil 
CCCG  et  XIII,  par  maistre  Thomas  d'Aunoy  et  Jehan 
de  La  Croix,  conseillers  et  maistres  des  comptes  d'icelluy 
seigneur,  et  Jehan  Le  Bègue,  notaire  et  secrétaire  dudit  sei- 
gneur et  greffier  en  la  Chambre  desdiz  comptes,  à  ce  commiz 
par  les  gens  des  comptes  d'iceluy  seigneur,  en  la  présence 
de  Guillaume  des  Molins,  frère  de  la  femme  Garnier  de 
Saint- Yon,  qui  dernièrement  en  avoit  la  garde,  et  de 
maistre  Jehan  Maulin,  clerc  d'icelluy  seigneur  en  laditte 
Chambre  des  comptes,  auquel  Maulin  ledit  seigneur  en 
avoit  de  nouvel  baillé  la  garde.  Toutes  voyes  n'y  fut  mie 
ledit  Guillaume  présent  tout  au  long,  ainçois  quant  esté  y 
ot  par  aucuns  jour,  se  excusa  de  plus  y  venir,  disant  qu'il 
se  attendoit  à  ce  que  faict  en  seroit  par  lesdis  commis,  et 
semblablement  lesdis  maistres  Thomas  et  de  La  Croix, 
pour  autres  charges  et  occupations  qu'ilz  orent  es  affaires 
du  Roy,  et  autrement,  n'y  porent  mie  longuement  vaquer. 
Si  fu  ledit  inventoire  achevé  par  ledit  Bègue,  présent  ledit 
Maulin,  et  y  furent  trouvez  les  livres  qui  ensuivent. 

S'ensuit  la  déclaration  de  certains  autres  livres  que 
monseigneur  le  duc  de  Guienne  a  envoyez  en  ladite  librai- 
rie  par  maistre  Jehan  d'Arçonval,  confesseur  et  maistre 


INVENTAIRE  ET  RECOLEMENT  DE  LA  LIRRAIRIE.  393 

d'escolle  dudit  monseigneur  de  Guienne,  et  lesquelz  furent 
receuz  et  mis  en  ladite  librairie  par  feu  messire  Giles 
Malet,  en  son  vivant  garde  de  ladite  librairie,  le  vu6  juin 
de  l'an  mil  GGGG  et  neuf,  et  comme  il  est  escript  au 
xxxvii6  feuillet  dudit  ancien  inventoire. 

Je  Jehan  Maulin,  clerc  du  roy  nostre  sire  en  sa  Chambre 
des  comptes  à  Paris  et  garde  de  sa  librairie  estant  au 
Louvre,  congnois  et  confesse  avoir  eu  et  receu  en  ma 
garde  touz  les  livres  et  autres  choses  contenues  et  declai- 
rées  en  ce  présent  inventoire,  contenant  soixante  neuf 
feuillez  escripz,  et  exceptez  ceulx  qui  sont  contenuz  et 
declairez  cy  dessoubs  es  cinq  prouchains  feuillez  ensuivant, 
duquel  inventoire  le  double,  contenant  quatre  vins  dix 
huit  feuillez  en  papier,  avecques  les  clefs  d'icelle  librairie, 
m'ont  esté  baillez  par  maistre  Jehan  Le  Bègue,  clerc, 
notaire  et  secrétaire  d'icelluy  seigneur  et  greffier  en  ladicte 
Chambre  des  comptes,  qui  par  messeigneurs  desdiz 
comptes  avoit  esté  commis  audit  inventaire  faire,  moi  pré- 
sent; tesmoing  mon  seing  manuel  cy  mis,  le  xejour  de 
janvier,  l'an  mil  GGGC  et  quinze. 

Cy  après,  en  ce  chappitre,  s'ensuit  la  déclaration  de 
certains  livres  dont  ledit  maistre  Jehan  Maulin  est  chargié 
cy  dessus  en  ce  présent  inventoire,  pour  ce  que,  quant  le 
roy  nostre  sire  ot  chargé  ledit  Maulin  de  la  garde  de  sa 
librairie  du  Louvre,  et  deschargié  Garnier  de  Saint  Yon, 
qui  paravant  sanz  moyen  en  avoit  eu  la  garde,  et  que  on 
reprint  dudit  Garnier  lesdiz  livres  par  inventoire  pour  le 
baille[r]  audit  Maulin,  touz  les  livres  cy  dessus  declairez  en 
ce  présent  inventoire  ;  et  mesmement  ceulz  contenus  en  ce 
présent  chapitre,  y  furent  trouvez,  parquoy  ledit  Garnier  en 
doit  estre  deschargié,  comme  il  semble,  et  néanmoins  avant 
que  ledit  présent  inventoire  peust  estre  conclud  et  escript, 


394  APPENDICE. 

et  toutes  les  clefs  de  ladite  librairie  baillées  audit  Maulin, 
dont  lesdiz  Maulin  et  Bègue  avoient  chacun  une  clef, 
diverse  Tune  de  l'autre,  et  n'y  povoient  entrer  l'un  sanz 
l'autre,  pource  que  cependant  on  avoit,  sans  lesdites  clefs, 
esté  en  icelle  librairie  et  prins  plusieurs  livres,  comme  dit 
et  monstre  sera  en  temps  et  lieu,  fu  ledit  inventoire 
recolé,  et  en  le  recolant  ne  furent  mie  trouvez  ceulz  conte- 
nus en  ce  présent  chappitre,  qui  paravant  y  avoient  esté 
trouvez,  comme  dit  est,  parquoy  il  semble  que  ledit  Mau- 
lin partant  en  doyve  estre  deschargié,  et  sont  lesdiz  livres 
non  trouvez  par  ledit  recolement  déclarez  cy  dessus  par 
la  manière  qui  s'ensuit. 

Collation  de  présent  inventoire,  contenant  jusques  cy 
lxix  feuillez,  est  faite  au  double  d'icelluy  contenant 
un™  xvm  feuillez,  [et]  est  escript  en  papier,  lequel  double  a 
esté  baillé  à  maistre  Jehan  Maulin,  clerc  du  roy  nostre  sire 
en  sa  Chambre  des  comptes  et  garde  de  sa  librairie  au 
Louvre,  comme  ledit  Maulin  a  certifié  cy  dessus,  soubz 
son  seing  manuel,  au  dos  du  lxiiii6  feuillet.  Fait  le  dixième 
jour  de  juillet,  l'an  mil  CCCC  et  XV. 

Signé  :  Bègue. 

(Extrait  du  ms.  français  9430.) 


XVII. 

Restitution   d'une    Bible    française    que    Charles  VI 

AVAIT    DONNÉE    EN    1383    A    JEAN,     DUC    DE    BeRRY. 

(1416.) 

A  maistre  Jehan  Maulin,  clerc  du  roi  nostre  sire  en  sa 
Chambre  des  comptes  à  Paris  et  garde  de  ses  livres  et 
librairie,  auquel  les  exécuteurs  ont  ordonné  estre  baillié  et 
délivré,  pour  remettre  en  la  librairie  du  Roy,  une  très 
belle  Bible  en  françois,  escripte  de  lettre  de  fourme,  prisée 
240  livres  parisis;  laquelle  Bible  le  roy  fist  pieça  baillera 
feu  mondit  seigneur  pour  icelle  veoir,  si  comme  par  ses 
lettres  adreçans  à  Giles  Malet,  faictes  le  vie  jour  de 
novembre  1383,  peut  apparoir;  pour  ce  la  dite  somme  de 
300  livres  tournois. 

(Compte  de  l'exécution  testamentaire  du  duc  de  Berry;  édition  Guilïïey, 
t.  II,  p.  301.) 


XVIII. 

Notes  sur  la  prisée  des  livres  de  Charles  VI,  et  sur 

l'acquisition  qu'en  fit  le  duc  de  Bedford. 

(1424-1429.) 

L'an  de  grâce  mil  CGCG  vingt  et  trois,  les  xie,  xne,  xiv" 
et  xve  jours  du  mois  d'avril  avant  Pâques,  par  l'ordon- 
nance de  messieurs  les  commissaires  ordonnez,  par  le  roy 
nostre  sire,  sur  le  fait  des  obsèques,  funérailles  et  inven- 
toires  de  feu  nostre  sire  le  roy  Charles  VIe  de  ce  nom  der- 
nier trespassé,  et  en  la  présence  de  messieurs  maistres 
Philippe  de  Ruilly,  conseiller  du  roy  nostre  sire  en  sa 
court  de  Parlement  et  thresorier  de  la  Sainte-Chapelle  du 
Palais  à  Paris,  Jacques  Branlart,  aussi  conseiller  dudit  sei- 
gneur en  sa  cour  de  Parlement,  de  sire  Michel  de  Lailler, 
conseiller  et  maître  des  comptes  d'icelluy  seigneur,  et 
de  maistre  Andry  Courte  vache,  clerc  desditz  comptes, 
commissaire  avec  autres  sur  le  fait  desditz  obsèques,  par 
Girard  Maucler  et  Adam  Des  Champs,  clercs,  notaires, 
jurez  d'iceluy  seigneur  en  son  Châtelet  de  Paris,  fut  fait 
inventoire  des  livres  appartenant  audit  feu  seigneur,  estant 
et  trovez  en  sa  librairie  du  châtel  du  Louvre  à  Paris  et 
montrez  par  Garnier  de  Sainct  Yon,  garde  de  ladite 
librairie,  qui  trouvez  ont  esté,  prisez  par  maîtres  Jean 
Marlet,  Denis  Courtillier  et  Jean  de  Sautigny,  libraires  jurez 
en  l'Université  de  Paris,  aprez  qu'ilz  ont  juré  de  les  priser 
bien  et  justement,  et  les  autres  livres  qui  cy  après  ne  sont 
prisez  et  n'ont  point  esté  prisez,  mais  sont  escripts  cy  après 
par  manière  de  mémoire  seulement. 


PRISÉE  DES  LIVRES  DE  CHARLES  VI.  397 

Et  premièrement  en  la  première  chambre  d'em  bas  : 
Ung  livre  escript  de  lettre  de  forme,  qui  commence  de 
Genesis  en  françois,  et  aussi  traite  des  faiz  de  Julius  Gesar, 
appelle  Suétone,  couvert  de  cuir  vermeil  à  empraintes, 
ouquel  livre  souloit  avoir  un  fermoirs  d'argent  blanc, 
comme  en  l'ancien  inventoire  est  contenu,  mais  de  pré- 
sent n'en  n'y  a  que  deux,  prisés  par  lesditz  priseurs  jurez 
ainsi  qu'il  est,  présent  lesditz  commissaires.  .  xvi  1.  p. 
Le  vendredy  xxn  juin  mil  GCGG  XXV,  mon  très  puissant 
prince  et  mon  très  redoubté  seigneur  monseigneur  Jehan, 
régent  du  royaume  de  France,  duc  de  Bedfort,  demoure 
content  de  tous  les  livres  cy  dessus  désignez  et  spécifiez, 
montant  par  prisée  à  la  somme  de  deux  mil  trois  cent 
vingt  et  trois  livres  quatre  sols  parisis,  lesquels  il  a  reçus 
de  Garnier  de  Saint  Yon,  jadis  garde  desdits  livres,  et  en 
quitte  et  descharge  ledit  Garnier.  Et  en  témoin  de  ce,  j'ay, 
par  son  ordonnance  et  commandement,  escript  cest  présent 
article  et  signé  de  mon  seing  manuel,  l'an  et  jour  des- 
susdits. 

Signé  :  Petmel,  avec  paraphe. 

Depuis  la  quittance  et  décharge  dessusdits,  mondit  sieur 
le  Régent  a  baillé  en  garde  tous  les  livres  en  ce  présent 
papier  escriptz  et  désignez,  lequel  Garnier  la  tenu  et  obligé 
de  luy  en  rendre  compte  bon  et  loyal .  Escript  de  ma  main 
ledit  xxne  jour  de  juin  mil  GGGG  XXV,  sous  mon  seing- 
manuel  . 

Signé  :  Petmel,  avec  paraphe. 

Et  tout  à  la  fin  est  escript  ce  qui  suit  : 

Le  samedy  xve  jour  d'octobre,  l'an  mil  CGGC  XXIX,  très 
hault  et  puissant  prince  monseigneur  le  régent  du  royaume 
de  France,  duc  de  Bedford,  se  tient  comptant  de  tous  les 
livres  désignez  et  déclarez  cy  devant  en  cest  présent  inven- 
toire, et  en  quitta,  en  ma  présence,  Garnier  de  Saint  Yon 


398  APPENDICE. 

et  veut  qu'il  en  fut  et  demourat  quitte  et  deschargé.  En 
tesmoing  de  laquelle  chose,  j'ay,  par  l'ordonnance  et  man- 
dement de  monseigneur  le  régent,  escript  cest  présent 
article  de  ma  main  et  signé  de  mon  seing  manuel,  l'an  et 
jour  dessusdits. 

Signé  :  J.  Salvain,  avec  paraphe. 

(Extrait  de  l'inventaire  F  de  la  librairie  du  Louvre,  lequel  dérive  de  l'in- 
ventaire E  et  non  pas  de  l'inventaire  D,  et  dont  nous  avons  deux  copies, 
l'une,  n°  965  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève,  employée  par  Van  Praet, 
l'autre,  n°  2030  de  la  Mazarine,  employée  par  Douët  d'Arcq.) 


XIX. 

Le  duc  de  Bedford  bibliophile. 

On  comprend  l'empressement  du  duc  de  Bedford  à  s'ap- 
proprier la  bibliothèque  de  Charles  V  et  de  Charles  VI, 
quand  on  a  pu  admirer  la  somptuosité  des  manuscrits  aux- 
quels le  nom  de  ce  prince  est  resté  attaché,  et  dont  trois, 
célèbres  depuis  longtemps,  ont  été,  en  1866,  l'objet  d'un 
article  inséré  par  Vallet  de  Viriville  dans  la  Gazette  des 
Beaux-Arts,  sous  le  titre  de  Notice  de  quelques  manuscrits 
précieux  sous  le  rapport  de  l'art,  écrits  ou  peints  en  France 
durant  l'époque  de  la  domination  anglaise  (tirage  à  part, 
in-8°,  42  p.). 

I.  Le  Missel  dit  de  Juvenal  des  Ursins,  qui  a  été  détruit 
dans  l'incendie  de  l'Hôtel-de-Ville  de  Paris,  au  mois  de 
mai  1  871 .  On  peut  s'en  faire  une  idée  en  jetant  les  yeux  sur 
les  trois  miniatures,  dont  une  reproduction  en  couleur  a  été 
donnée  dans  l'ouvrage  de  Tisserand  et  Le  Roux  de  Lincy, 
Paris  et  ses  historiens  aux  XIV0  et  XVe  siècles,  p.  197,  537 
et  586. 

II.  Le  Bréviaire  de  Salisbury,  ms.  latin  17294  de  la 
Bibliothèque  nationale.  L'illustration  de  ce  volume  était 
encore  inachevée  en  1433,  puisqu'il  renferme  les  armes  de 
Jaquette  ou  Jacqueline  de  Luxembourg,  seconde  femme  du 
duc  de  Bedford,  qui  l'avait  épousée  le  20  avril  1433.  Au 
fol.  106,  la  devise  A  souhait.  Voir  ce  qu'en  dit  M.  le 
comte  Durrieu1.    —   Jaquette   a   possédé  un   manuscrit 


1.  Les  Souvenirs  historiques  dans  les  manuscrits  à  miniatures  de  la 
domination  anglaise  en  France  au  temps  de  Jeanne  d'Arc,  p.  16-19  (extrait 
de  Y  Annuaire-Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de  France,  année  1905). 


400  APPENDICE. 

d'œuvres  de  Christine  de  Pisan  qui  avait  été  offert  par 
l'auteur  à  la  reine  Isabeau  et  que  le  duc  de  Bedford  fit 
passer  en  Angleterre  pour  en  disposer  en  faveur  de  sa 
seconde  femme1. 

III.  Les  Heures  de  Bedford,  ms.  additionnel  18850  du 
Musée  britannique,  dont  quelques  pages  ont  été  repro- 
duites en  noir  dans  le  recueil  de  The  Palœographical  Society, 
série  I,  pi.  172  et  173,  et  en  couleurs  dans  les  Illuminated 
manuscripts  in  the  British  Muséum  de  M.  Warner2.  Ce 
beau  manuscrit  a  fourni  la  matière  d'une  intéressante  dis- 
sertation de  Richard  Gough,  et  M.  le  comte  Durrieu  l'a 
décrit  avec  la  compétence  et  l'enthousiasme  dont  ses  tra- 
vaux de  critique  portent  l'empreinte3.  Ces  heures  ont  été 
exécutées  pour  la  première  femme  du  duc  de  Bedford, 
Anne  de  Bourgogne,  morte  en  1 432.  On  y  remarque 
d'excellents  portraits  du  duc  et  de  la  duchesse  de  Bedford, 
avec  leurs  devises  :  A  VOYS  ENTIER  —  J'EN  SVIS  CON- 
TENTE. 

IV.  A  côté  de  ce  livre  d'heures,  il  en  faut  citer  un  autre, 
auquel  le  nom  du  duc  de  Bedford  est  étranger,  mais  qui, 
comme  écriture  et  illustration,  est  tout  semblable  au  ms. 
additionnel  18850  du  Musée  britannique.  Malheureuse- 
ment, ce  second  manuscrit  ne  présente  aucune  particula- 
rité décisive  pour  en  déterminer  l'origine.  Toutefois, 
M.  Warner,  qui  l'a  étudié  avec  beaucoup  de  perspicacité 
et  qui  l'a  reconnu  comme  un  frère  du  ms.  18850,  est 
persuadé  que  les  deux  manuscrits,   sortis  d'un  seul   et 


1.  Sur  ce  manuscrit,  qui  est  au  Musée  britannique,  voir  une  note  de 
M.  Paul  Meyer  dans  le  tome  III  de  l'édition  des  Œuvres  poétiques  de  Chris- 
Une  de  Pisan,  p.  sxi. 

2.  An  Account  ofa  rich  illuminated  Missal  execuled  for  John  duke  of  Bed- 
ford (London,  1794,  in-4°)  ;  elle  est  ornée  du  fac-similé  gravé  de  3  pages  du 
ms.,  pages  qui,  dans  certains  exemplaires,  sont  en  outre  représentées  par  des 
gouaches. 

3.  Les  Souvenirs  historiques...,  p.  16-19. 


LE  DUC  DE  BEDFORD  BIBLIOPHILE.  401 

même  atelier,  ont  été  faits  pour  les  deux  sœurs,  Anne  et 
Marguerite  de  Bourgogne,  filles  de  Jean  Sans  peur.  Il  a  été 
amené  à  cette  conclusion  après  avoir  constaté  que,  dans 
le  second  manuscrit,  la  princesse  pour  qui  le  livre  a  été  fait 
est  représentée  en  prières  devant  sainte  Marguerite, 
comme  Anne,  duchesse  de  Bedford,  devant  sainte  Anne 
dans  le  premier.  Il  en  a  conclu  que  la  princesse  Marguerite 
doit  être  Marguerite  de  Bourgogne,  sœur  d'Anne,  duchesse 
de  Bedford.  Cette  Marguerite  mourut  en  1441,  après  avoir 
épousé  en  1412  le  dauphin  Louis,  duc  de  Guyenne,  et  en 
1423  Arthur  de  Bretagne,  comte  de  Richemont,  le  célèbre 
connétable  de  France.  L'existence  et  le  mérite  de  ce  beau 
manuscrit,  conservé  dans  la  bibliothèque  du  roi  d'Angle- 
terre à  Windsor,  viennent  de  nous  être  révélés  par 
M.  George  F.  Warner  dans  l'avant-dernier  fascicule  paru 
du  recueil  de  The  new  Palœographical  Society.  La  notice  est 
accompagnée  du  fac-similé  de  trois  pages  (plates  94-96), 
représentant  l'épisode  de  l'enfant  Jésus  retrouvé  dans  le 
Temple  conférant  avec  les  docteurs,  la  légende  de  saint 
Denis  et  le  Jugement  dernier.  Le  nombre  des  sujets  traités 
par  les  peintres  ne  s'élève  pas  à  moins  de  270.  Parmi  les 
pages  dont  M.  Warner  a  bien  voulu  m'envoyer  la  photo- 
graphie, je  citerai  celles  qui  sont  consacrées  : 

à  l'Annonciation  et  à  divers  traits  de  la  vie  de  la  sainte 
Vierge  ; 

à  la  légende  de  saint  Pierre  ; 

à  celle  de  saint  Etienne  ; 

à  celle  de  sainte  Agnès  ; 

à  l'Invention  et  à  l'Exaltation  de  la  vraie  Croix; 

à  la  légende  des  Onze  mille  vierges  ; 

à  celle  de  sainte  Geneviève  ; 

aux  pèlerinages  du  Mont-Saint-Michel  (miniature  à  rap- 
procher de  celles  qui  sont  dans  les  Heures  du  duc  de  Berry 

26 


402  APPENDICE. 

au  Musée  Gondé,  et  dans  les  Heures  de  Pierre  II,  duc  de 
Bretagne,  ms.  latin  11 59  de  la  Bibliothèque  nationale). 

Sur  le  portrait  de  la  princesse  [Marguerite  de  Bourgogne  ?] , 
pour  qui  le  livre  a  été  fait,  la  princesse  est  en  prières,  à 
genoux  devant  un  tableau  représentant  sainte  Marguerite  ; 
auprès  d'elle,  trois  suivantes  se  tiennent  debout. 

Voici  maintenant  quelques  détails  qui  prouvent  que  le 
duc  de  Bedford  ne  s'intéressait  pas  seulement  aux  manus- 
crits de  grand  luxe. 

Ce  fut  pour  ce  prince  que  maître  Jean  Tourtier,  chirur- 
gien de  ce  prince,  copia  à  Rouen,  en  1429,  la  traduction 
des  Aphorismes  d'Hippocrate  par  Martin  de  Saint-Gille, 
ms.  français  24246.  —  Jean  Gallopes,  dit  Le  Galois,  dédia 
au  duc  de  Bedford  sa  rédaction  en  prose  du  Pèlerinage 
de  l'àme,  ms.  français  602.  —  On  lit  à  la  fin  du  ms.  fran- 
çais 1 352  :  «  Ci  fine  le  livre  du  Jugement  des  estoilles,  que 
«  fist  Albolhazen  Haly,  le  filz  Abenragel,  lequel  a  esté 
«  escript  en  l'an  mil  quatre  cens  et  trente  par  le  com- 
«  mandement  et  ordonnance  de  très  hault,  excellent  et 
«  puissant  prince  monseigneur  le  régent  le  royaume  de 
«  France,  duc  de  Bedford,  par  moy  Guillaume  Harnoys.  » 
—  L'abbé  de  La  Rue  a  cru  reconnaître  les  armes  du  duc 
de  Bedford  sur  le  ms.  français  25447  (jadis  273  de  Notre- 
Dame),  qui  renferme  un  Gastoiement  de  chevalerie.  —  Le 
marquis  Léon  de  Laborde  (les  Ducs  de  Bourgogne,  t.  III, 
p.  488,  n03  7397  à  7399)  a  publié  quelques  renseigne- 
ments sur  deux  livres  que  le  duc  de  Bedford  fît  copier  à 
Paris  en  1 427  par  un  clerc  nommé  Jean  Thomas. 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS 


P.  14  et  15.  —  Gilles  Malet  n'est  pas  le  seul  officier  du  roi  et  des 
princes  de  la  maison  de  Valois  qui  occupe  une  place  distinguée 
parmi  les  bibliophiles  du  xive  et  du  xve  siècle.  On  en  comptait 
plusieurs  dans  l'entourage  du  duc  de  Berry.  Quelques-uns  de  ces 
amateurs  ont  fait  peindre  sur  leurs  livres  l'anagramme  de  leurs 
noms,  qu'ils  avaient  pris  pour  devise.  J'ai  cité  (p.  87)  les  deux 
anagrammes  de  Jean  Le  Bègue  :  HE  BIEN  ALEGUE  et  A  BELE 
VIEGNE,  dans  deux  manuscrits,  l'un  de  Jean  de  Salisbury,  l'autre 
de  Baoul  de  Presles,  et  nous  savons  que  ce  secrétaire  de  Charles  V 
a  pris  part  à  la  rédaction  d'un  des  inventaires  de  la  librairie  du 
Louvre.  Dans  une  récente  visite  à  la  bibliothèque  de  Munich, 
M.  le  comte  Paul  Durrieu  a  reconnu  sur  le  frontispice  du  Cas  des 
nobles  malheureux  illustré  par  Fouquet  l'anagramme  du  nom  de 
Laurens  Girard,  notaire  et  secrétaire  de  Charles  VII  :  SVB  LY 
N'A  BEGABD.  Et  pendant  que  j'achève  de  corriger  les  épreuves 
de  ce  livre,  M.  le  comte  Alexandre  de  Laborde  veut  bien  m'an- 
noncer  que  la  devise  VA  HATIVETÉ  M'A  BBVLÉ,  peinte  dans  la 
Cité  de  Dieu  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève,  lui  a  révélé  le 
nom  de  l'amateur  qui  a  fait  exécuter  ce  beau  manuscrit  :  Mathieu 
Beauvarlet. 

P.  53,  1.  22.  —  Au  lieu  de  :  Thomas  de  Boulogne,  lisez  :  Thomas 
de  Bologne. 

P.  56.  —  Les  deux  lions  qui  caractérisent  plusieurs  des  manuscrits 
faits  pour  le  roi  Charles  V  se  voient  dans  un  exemplaire  du  tome  II 
du  Miroir  historial  français  qui  a  depuis  appartenu  au  duc  de 
Berry  et  qui  est  aujourd'hui  chez  M.  Henry  Yates  Thompson. 
Voir  la  seconde  partie  du  présent  ouvrage,  p.  306*. 

P.  65.  —  Sur  la  liste  des  manuscrits  dont  les  miniatures  sont  entou- 
rées de  bordures  tricolores,  il  faut  ajouter  un  petit  bréviaire  fran- 
ciscain de  la  bibliothèque  de  M.  Pierpont  Morgan,  à  New-York. 


404  ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 

P.  68.  —  En  janvier  1371,  Henri  L'Uilier,  libraire,  demeurant  à 
Paris,  vendit  quatre  romans  au  duc  de  Berry. 
(Inventaire  du  duc  de  Berry,  éd.  Guiffrey,  t.  II,  p.  337.) 

P.  79-81.  —  Nos  trop  rares  connaissances  sur  les  enlumineurs  qui 
ont  travaillé  pour  Charles  V,  et  sur  les  œuvres  des  artistes  ano- 
nymes du  temps  de  ce  roi  et  de  Charles  VI,  viennent  de  s'accroître 
de  renseignements  considérables,  grâce  à  l'étude  magistrale  du 
comte  Paul  Durrieu,  dans  le  tome  III  de  Y  Histoire  de  l'art,  p.  103 
et  suiv.  J'ai  cru  devoir  indiquer  ici  des  renvois  à  des  passages  qui 
se  rapportent  à  plusieurs  des  manuscrits  enregistrés  dans  mes 
Recherches . 

P.  80.  —  Sur  Pierre  Remiot  ou  Perin  Remiet,  il  faut  voir  ce  qu'en 
dit  le  comte  Durrieu  [Histoire  de  l'art,  t.  III,  p.  157  et  158). 

P.  146.  —  La  Bible  glosée  de  Jean  de  Sy.  En  relisant  ce  volume 
pour  en  préparer  la  table,  j'ai  regretté  de  n'avoir  pas  suffisam- 
ment examiné  la  Bible  de  Jean  de  Sy  (ms.  français  15397),  de 
façon  à  mieux  mettre  en  relief  la  valeur  du  morceau  que  nous  en 
possédons  et  qui  est,  à  coup  sûr,  un  des  restes  les  plus  remar- 
quables de  la  librairie  de  Charles  V.  Il  y  a  là  une  lacune,  incom- 
plètement comblée  par  ce  qui  en  a  été  dit  à  la  p.  330,  à  propos 
des  livres  du  roi  Jean.  Je  reviens  donc  sur  ce  manuscrit,  qui  a 
droit  à  une  place  d'honneur  dans  la  galerie  des  livres  à  peintures 
du  xive  siècle. 

Les  principaux  enlumineurs  connus  pour  avoir  illustré  les  livres 
du  roi  Jean  sont  Jean  de  Montmartre,  Jean  Susanne  et  Jean 
Le  Noir. 

Jean  de  Montmartre  est  qualifié  d'enlumineur  du  roi  dans  un 
compte  de  l'année  1352,  où  il  figure  comme  ayant  reçu  de  l'or- 
fèvre du  roi  deux  paires  de  fermoirs  d'argent,  émaillés  de  fleurs 
de  lis,  destinées  évidemment  à  la  couverture  d'un  manuscrit  dont 
il  avait  exécuté  l'illustration'.  En  1350,  le  même  Jean  de  Mont- 
martre avait  touché  au  trésor,  par  ordre  de  Jean,  alors  duc  de 
Normandie,  une  somme  de  400  livres  «  pour  les  emploier  et  con> 
vertir  en  la  façon  dune  Bible  qu'il  fait  faire  pour  monseigneur  le 
duc  [de  Normandie]  »,  travail  qui,  dans  une  note  additionnelle, 
est  ainsi  désigné  :   «  De  operatione  et  illuminatione  cujusdam 

1.  Comptes  de  l'argenterie,  par  Douët  d'Arcq,  p.  126. 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS.  405 

Biblie  et  aliorum  librorum  in  gallico*.  »  L'expression  la  Bible 
qu'il  fait  faire  nous  autorise  à  supposer  qu'une  aussi  grosse 
somme  était  mise  à  la  disposition  d'un  chef  d'atelier. 

Vers  la  même  époque,  un  autre  enlumineur,  Jean  Susanne,  avait 
fait  preuve  de  son  habileté  [attenta  sufficiencia  Johannis  Susanne), 
sans  avoir  peut-être  encore  été  suffisamment  payé  de  ses  services. 
Le  roi,  par  charte  datée  de  l'hôtel  de  Nêle,  le  30  octobre  1350, 
lui  conféra  la  charge  d'enlumineur  de  ses  livres  en  lui  assignant 
sur  la  recette  de  Rouen  une  pension  viagère  de  deux  sous  par 
jour,  plus  cent  sous  par  an  pour  ses  robes2.  Je  ne  connais  pas 
d'autre  mention  de  cet  artiste. 

Je  suis  un  peu  mieux  renseigné  sur  le  troisième  enlumineur, 
Jean  Le  Noir3,  qui  avait  associé  à  ses  travaux  sa  fille  Bourgot. 
C'est  probablement  lui  qui,  antérieurement  à  l'année  1358,  avait 
enluminé  pour  Yolande  de  Flandre,  comtesse  de  Bar,  l'admirable 
petit  livre  d'heures  dont  les  principaux  feuillets  historiés,  sortis 
du  cabinet  de  Ruskin,  ont  été  recueillis  par  M.  H.  Yates  Thomp- 
son4. Un  peu  avant  l'année  1358,  il  quitta  le  service  de  la  com- 
tesse Yolande  pour  entrer  à  celui  du  roi  de  France  ;  il  en  fut 
récompensé  par  la  donation  que  le  régent  Charles,  duc  de  Nor- 
mandie, fit  au  père  et  à  la  fille  d'une  maison  ou  manoir  séant  à 
Paris,  en  la  rue  de  Trousse-Vacheb. 

Un  des  trois  enlumineurs  qui  viennent  d'être  nommés  a  dû 
être  chargé  de  l'illustration  de  la  Bible  glosée  de  Jean  de  Sy. 
Toutes  réflexions  faites,  je  suis  porté  à  proposer  le  nom  de  Jean 
Le  Noir,  que  le  comte  Durrieu  a  cru  pouvoir  considérer  comme 
«  un  des  plus  hauts  représentants  de  son  art6  »;  mais  il  faudrait 
établir  une  comparaison  entre  la  Bible  et  les  Heures  d'Yolande. 
Malheureusement,  les  eaux  de  la  Tamise  ont  tellement  souillé  les 
Heures  que  la  comparaison  est  bien  difficile  à  faire,  surtout  pour 
qui  n'a  pas  en  même  temps  sous  les  yeux  le  manuscrit  de  la  Biblio- 
thèque nationale  et  celui  de  M.  Thompson. 

La  Bible  de  Jean  de  Sy,  quel  qu'en  ait  été  l'illustrateur,  est  un 

1.  Voir  plus  haut,  p.  332  et  333. 

2.  «  Ipsum  retinuimus  illurainatorem  librorum  nostrorum.  »  La  charte  est 
publiée  plus  haut,  p.  329,  note  4. 

3.  Sur  Jean  Le  Noir,  on  peut  voir  quelques  lignes  du  comte  Durrieu  dans 
l'Histoire  de  l'art,  t.  III,  p.  122. 

4.  Plus  haut,  p.  211. 

5.  Plus  haut,  p.  365. 

6.  Histoire  de  l'art,  t.  III,  p.  122. 


406  ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 

livre  de  premier  ordre,  auquel  on  n'a  pas  encore  accordé  l'atten- 
tion qu'il  mérite.  Ce  que  Samuel  Berger  a  dit  du  texte  suffit  pour 
montrer  quelle  en  est  l'originalité  et  l'importance.  Les  points 
essentiels  mis  hors  de  contestation  par  le  très  regretté  auteur  de 
La  Bible  française  au  moyen  âge  peuvent  se  résumer  en  quelques 
mots  :  le  Roi  avait  voulu  faire  traduire  en  français  la  Bible  glosée, 
en  y  ajoutant  des  commentaires  étendus,  accompagnés  de  très 
abondantes  illustrations.  C'était  un  travail  immense,  qui  devait 
être  subventionné  à  l'aide  d'une  contribution  imposée  aux  Juifs.  Le 
texte  des  premiers  livres  s'achevait  en  1356  et  pouvait  être  livré 
aux  artistes  chargés  de  l'enluminer,  qui  se  mirent  aussitôt  à  l'œuvre, 
mais  la  captivité  du  roi  Jean  interrompit  l'entreprise  de  cette 
grande  œuvre,  subitement  arrêtée  et  qui  ne  devait  pas  être  reprise  ; 
il  n'en  subsiste  que  quarante-six  cahiers,  reliés  en  un  volume,  qui, 
après  avoir  appartenu  à  un  membre  de  la  famille  des  L'Arbaleste, 
vicomtes  de  Melun,  au  chancelier  Séguier  et  à  l'abbaye  de  Saint- 
Germain-des-Prés,  forme  aujourd'hui  le  ms.  français  15397  de  la 
Bibliothèque  nationale.  Tout  cela  résulte  de  la  notice  sommaire 
que  nous  a  laissée  Samuel  Berger1.  Rien  ne  peut  être  ajouté  à 
ce  que  ce  grand  savant  a  dit  de  la  date.  L'auteur  a  pris  soin  de 
l'indiquer  formellement  dans  l'emprunt  fait  au  traité  de  Bède 
sur  les  âges  du  monde,  qui  se  lit  à  la  fin  de  la  Genèse  (fol.  156) 
et  se  termine  par  les  mots  :  «  Et  qui  ajouste  le  miliaire  de  Jhesu 
Crist,  ce  sont  VIm  IIIF  et  IIII"  et  IIII,  en  l'an  LVI.  »  Mais  il  est 
bon  de  relever  plusieurs  passages  qui  montrent  quelle  importance 
l'auteur  attachait  à  l'illustration  de  l'œuvre  entreprise  sous  les 
auspices  du  roi.  Bien  ne  devait  être  épargné  pour  donner  pleine 
satisfaction  aux  lecteurs  du  texte  français  de  la  Bible.  Voici  en 
quels  termes  Jean  de  Sy  s'exprime  au  sujet  de  cartes  géogra- 
phiques qui  devaient  être  intercalées  dans  ses  commentaires. 

Au  commencement  du  chapitre  xi  de  la  Genèse  (fol.  7  v°),  nous 
lisons  cette  observation  préliminaire  : 

Ci,  jusques  au  xn"  chapitre,  l'en  jiuet  trouver  la  division  des  pais  de  la 
terre  habitée,  des  merveilles  qui  sont  en  divers  pais,  et  dure  ceci  jusques  à 
une  figure  qui  monstre  la  disposition  de  la  terre. 

La  place  de  la  figure  ainsi  annoncée  a  été  réservée  en  blanc  sur 
le  fol.  11  v°,  où  la  carte  devait  se  trouver,  précédée  de  ces  mots  : 

Et  pour  ce  que  l'en  puisse  veoir  les  parties  de  la  terre,  si  comme  dit  est, 
je  ordenerai  une  figure  qui  le  demonstrera  plainement. 

1.  La  Bible  française  au  moyen  âge,  p.  238  et  357. 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS.  407 

Cette  mappemonde  n'était  pas  suffisante.  Trois  cartes  détaillées 
furent  jugées  nécessaires  pour  faire  comprendre  la  migration  des 
Hébreux  après  leur  séjour  en  Egypte.  Elles  devaient  être  placées 
au  commencement  de  l'Exode,  et  Jean  de  Sy  en  explique  ainsi  la 
composition  (fol.  156  v°)  : 

Après  faut  noter  que,  combien  que  je  aie  nommé  les  parties  d'Egipte  sur 
l'onziesme  chapitre,  selon  Anselme,  de  l'Ymage  du  monde1,  non  pourquant, 
pour  miex  veoir  les  hystoires  qui  s'ensuient,  je  descrirai  par  une  ligure,  où 
sera  la  disposition  de  la  terre  d'Egypte. 

Après,  en  une  autre  figure,  descrirai  les  dezers,  où  le  peuple  demoura  et 
erra  par  xl  ans. 

Après,  je  descrirai  en  figure  la  terre  de  promission.  Et  ces  figures  enten- 
dues, l'en  verra  legierement  l'entendement  de  ce  livre  et  du  livre  des  Nombres 
et  le  livre  Josué. 

Donc,  quant  au  premier,  de  la  terre  d'Egipte,  il  faut  savoir  que  la  figure 
sera  ronde,  et  aura  une  crois  parmi,  si  que  l'un  bout  monstrera  Orient, 
l'autre  Occident,  le  tiers  Mydi,  le  quart  Septentrion.  Et  puis  à  chascun  des 
quartiers  respondront  diverses  cités,  fleuves  et  montaingnes. 

Je  n'ai  pas  assez  étudié  le  texte  des  commentaires  de  Jean  de 
Sy  pour  être  à  même  de  dire  si  on  y  trouvera  des  renseignements 
sur  les  miniatures  qui  devaient  servir  à  expliquer  les  récits 
bibliques.  J'ai  pu  cependant  noter  sur  le  fol.  157  quelques  lignes 
relatives  à  un  tableau  du  Passage  de  la  mer  Rouge  : 

Considérés  celé  figure,  comment  les  enfans  d'Israël,  quant  il  s'enfouirent 
d'Egipte,  par  le  commandement  Nostre  Seigneur,  il  passèrent  par  la  mer 
Rouge  à  pie  sec;  car  elle  se  devisa  en  xn  divisions  si  grans  que  chascun  des 
enfans  Jacob  et  toutes  leurs  femmes,  leur  bestail  et  leurs  familles  y  pooient 
aler  au  large  et  segurement... 

La  Bible  de  Jean  de  Sy,  telle  qu'elle  fut  recueillie  dans  la  librai- 
rie de  Charles  V,  consistait  en  soixante-deux  cahiers,  soit  environ 
500  feuillets,  et  la  description  que  Gilles  Malet  en  a  insérée  dans 
son  Inventaire  est  ainsi  conçue  : 

Soixante  et  deux  caiers  de  la  Bible  que  commença  maistre  Jehan  de  Sy,  et 

1.  Voici  la  notice  de  la  Gaule  que  Jean  de  Sy  avait  tirée  de  l'Image  du  monde. 
Elle  se  trouve  au  fol.  10  V  du  ms.  :  «  Après  est  Galle  ou  Gallie,  ainsi  nommée 
pour  la  blancheur,  car  Galle  en  grec  est  Lait  en  latin.  Et  Galle  est  devisée  en 
m,  l'une  est  ditte  Belgiche,  d'une  cité  ditte  Belgis,  et  ceste  région  muet  vers 
la  Montaigne  Joue  jusques  vers  Aquilon,  et  chiet  en  la  mer  de  Bretaingne,  où 
chiet  le  Rin.  Après  est  Galles  françoise,  que  Franco,  qui  s'en  vint  de  Troie 
avec  Enée,  et  edefia  une  cité  et  appella  le  païs  France,  et  par  devers  occident 
est  Lyon,  et  le  païs  est  dit  France  cornée  (sic)  ou  chevelue,  pour  les  grans 
cheveus  qu'il  soloient  porter,  et  s'estant  jusques  vers  Nerbonne  vers  midi,  où 
est  la  France  nerbonnaise  appellée  Galle  aux  longues  cotes,  et  par  devers  occi- 
dent a  Acquittaine.  Après  est  Espaingne...  » 


408  ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 

laquelle  faisoit  translater  le  roy  Jehan,  dont  Diex  ait  l'ame,  que  on  a  fait 
escripre  aux  despenz  des  Juyfs. 

Ces  soixante-deux  cahiers  furent  livrés  au  duc  d'Anjou  le 
3  mai  1382.  Il  n'en  subsiste  plus  aujourd'hui  que  quarante-six,  et 
le  travail  de  l'enlumineur  n'a  porté  que  sur  les  six  premiers,  où 
nous  pouvons  admirer  une  quarantaine  de  petits  tableaux  dont 
plusieurs  sont  simplement  esquissés  ou  ébauchés. 

Un  artiste  fut  choisi  pour  illustrer  l'exemplaire  royal  delà  grande 
Bible  glosée  en  français,  aussitôt  après  que  l'auteur  eut  achevé  de 
mettre  au  net  son  premier  volume  et  d'en  faire  exécuter  la  copie 
par  un  calligraphe,  c'est-à-dire  vers  1356  ou  1357.  Or,  je  dois 
faire  remarquer  qu'à  la  date  du  10  décembre  1358  le  Dauphin 
récompensa,  par  le  don  d'une  maison,  les  services  déjà  longs  et 
aucunement  rémunérés  de  ses  bien-aimés  l'enlumineur  Jean  Le 
Noir  et  l'enlumineresse  Bourgot,  fille  du  dit  Jean  Le  Noir,  lesquels, 
pour  la  plaisance  du  Roi,  avaient  jadis  délaissé  le  service  de  la 
comtesse  de  Bar. 

Je  n'ose  pas  dire  que  l'illustration  de  la  Bible  de  Jean  de  Sy 
doit  être  comprise  parmi  les  services  encore  non  rémunérés  que 
le  dauphin  voulut  récompenser  à  la  fin  de  l'année  1358.  Ce  qui 
ne  peut  être  contesté,  c'est  que  cette  illustration  doit  tenir  une 
place  d'honneur  parmi  les  chefs-d'œuvre  de  la  peinture  française. 
Il  est  impossible  de  n'y  pas  voir  déjà  la  trace  des  doctrines  nou- 
velles qui  devaient  finir  par  prévaloir  sous  le  règne  de  Charles  VI 
et  qui  devinrent  la  règle  de  l'école  appelée  par  quelques  critiques 
l'Ecole  réaliste.  Voilà  pourquoi  je  me  suis  décidé,  au  dernier 
moment,  à  insérer  dans  l'album  joint  à  mes  Recherches  neuf  sujets 
empi'untés  à  la  Bible  glosée  de  Jean  de  Sy  : 

Fol.  3.  Sacrifice  de  Noé  au  sortir  de  l'Arche.  «  Noé  édifia  un  autel  à  Xostre 
Seigneur  et  prist  de  ses  bestes  et  des  oisiaus  et  les  offri  en  sacrelice  à  Nostre 
Sire  sur  un  autel.  »  (Gen.,  VIII,  20.) 

Ibid.  Un  ange  transmet  à  Noé  les  promesses  du  Seigneur.  «  Et  Diex 
beneist  Noé.  »  (Gen.,  VIII,  21.) 

Fol.  5.  «  Hee  sunt  generationes  iiliorum  Noe.  »  Double  tableau,  esquissé, 
représentant,  je  crois,  les  travaux  des  champs  et  ceux  d'une  école.  (Gen.,  X.) 

Fol.  12  v°.  «  Nostre  [Seigneur]  <list  a  Abram  :  His  hors  de  ta  terre  et  de 
ta  lignée,  et  de  la  maison  c'est  de  ta  lignée,  et  de  la  maison,  c'est  de  la 
famille  de  ton  père  et  vien  en  la  terre  que  je  forai  monstrée...  »  (Gen.,  XII, 
1.)  —  Double  miniature. 

Fol.  14.  a  Donques  Abram  s'en  monta  de  Egipte,  lui  et  sa  femme,  et  toutes 
les  choses  que  il  avoient  avec  lui,  et  Loth  avec  lui,  et  montèrent  vers  la  plaje, 
c'est  la  partie  de  midi...  »  (Gen.,  XIII,  1.) 

Ibid.  Séparation  d'Abraham  et  de  Lolh.  (Gen.,  XIII,  8.) 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS.  409 

Fol.  16.  «  Movens  tabernaculum  suum  Abram...  »  (Gcn.,  XIII,  18.) 

Fol.  29  y  et  30.  Histoire  des  «lies  de  Loth.  (Gen.,  XIX,  31-38.)  —  Deux 

tableaux  esquissés  au  bas  des  pages. 
Fol.  34  v.  Traité  entre  Abrabam  et  Abimelech.  (Gen.,  XXI,  22.) 
Fol.  40  v°.  Rencontre  du    «   sergent  »   d'Abrabam  avec  Rebecca.  (Gen., 

XXIV,  15.)  —  Tableau  esquissé. 

On  appréciera  d'après  les  phototypies  le  style  et  le  talent  du 
peintre  qui  a  illustré  les  premières  pages  du  manuscrit,  corres- 
pondant aux  chapitres  viii-xxiv  de  la  Genèse.  On  sera  frappé 
de  l'accent  de  vérité  qui  les  caractérise,  de  l'élégance  des  attitudes, 
de  l'expression  des  physionomies  et  d'efforts  souvent  heureux  pour 
rendre  la  couleur  locale.  Rarement  on  a  vu  au  moyen  âge  d'aussi 
excellentes  reproductions  du  chameau  que  celles  des  fol.  40  v°, 
41,  42  et  42  v°.  J'ai  fait  reproduire  celle  qui  nous  montre  les  cha- 
meaux abreuvés  par  Rebecca;  celle  du  fol.  42,  qui  nous  montre 
Rebecca  et  le  sergent  d'Abraham  montés  sur  leurs  chameaux,  n'est 
pas  moins  gracieuse. 

Il  faut  aussi  noter  la  fidélité  avec  laquelle  le  peintre  s'est  atta- 
ché à  suivre  le  texte  qu'il  avait  à  illustrer.  Je  me  bornerai  à  citer 
deux  exemples  se  rapportant  aux  tableaux  des  fol.  29  v°  et  30 
(l'Histoire  des  filles  de  Loth),  et  à  celles  du  fol.  40  v°  (la  Ren- 
contre du  sergent  d'Abraham  avec  Rebecca). 

L'Histoire  des  filles  de  Loth. 

Ci  Moises  monstre  comment  chascune  de  ses  filles  l'enyvra,  et  dit  Moyses 
ainsi.  Et  la  plus  grande  dist  à  la  mendre  :  «  Nostre  père  est  viex,  et  nul  des 
hommes  n'est  demoré  en  terre  qui  puit  entrer  à  nous  selonc  la  manière  de 
toute  terre.  Vien  et  l'enyvrons  de  vin,  et  dormons  avec  lui,  à  ce  que  nous 
puissions  susciter  et  garder  semence  de  nostre  père.  »  Et  ainsi  elles  donnèrent 
à  leur  père  boire  du  vin.  Et  la  plus  grant  entra  avec  lui,  et  dormi  avec  son 
père;  mais  il  ne  senti  ne  quand  elle  se  leva  ne  quant  elle  se  coucha. 

Et  l'autre  jour,  la  plus  grande  dist  à  la  mendre  :  «  Vesci,  j'ai  dormi  ersoir 
avec  mon  père.  Donnons  li  boire  encore  du  vin  en  ceste  nuit,  et  tu  dormiras 
avec  lui,  et  sauvons  semence  de  nostre  père.  »  Et  en  celle  nuit,  donnairent 
vin  à  leur  père.  Et  la  mendre  fille  est  entrée  avec  lui,  et  adonc  il  ne  senti 
quand  elle  se  coucha  ne  quand  elle  se  leva.  Donc  les  n  filles  Loth  conceurent 
de  leur  père,  et  la  plus  grand  enfanta  i  fil,  et  appela  le  nom  d'icelui  Moab, 
et  est  père  des  Moabiciens  jusques  au  jour  présent.  Et  ainsi  la  mendre 
enfenta  i  fil,  et  appela  le  nom  d'icelui  Amon,  qui  est  interprétés  le  fil  de 
mon  pueple,  il  est  père  des  Amonites  jusques  à  hui,  et  c'est  le  sens  de  ceste 
partie  en  gros  (fol.  29  v°  et  30). 

La  Rencontre  du  sergent  d'Abraham  avec  Rebecca. 

Et  vesci ,  Rebecque ,  fille  de  Melche,  femme  Nachor,  le  frère  Abraham, 
issoit  hors  aient  une  cruche  en  son  espaule,  et  estoit  pucelle  très  honorable 


410  ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 

et  vierge  très  bêle  et  nou  cogneue  de  homme;  mes  elle  avoit  descendu  à  la 
fontaine  et  avoit  emplie  sa  cruche  et  retournoit,  et  le  sergent  encontra  à  elle 
et  dist  :  a  Donne  moi  à  boire,  petit,  de  l'yaue  de  ta  cruche;  »  laquele  res- 
pondi  :  o  Boi,  sire  mi,  »  et  legierement  elle  demist  sa  cruche  sur  son  bras  et 
donna  boire;  et  comme  il  eust  beu,  elle  adjousta  :  «  Certes,  et  à  tes  cha- 
maus;  je  trairai  yaue  jusqu'à  tant  que  tuit  boivent.  »  Et  espandent  sa  cruche 
es  channes,  elle  s'en  recourut  au  puis,  à  ce  que  elle  traissist  yaue,  et  la 
traitte  elle  la  donna  à  tous  ces  chamaus  (fol.  40  v). 

P.  155.  —  A  la  liste  des  auteurs  qui  se  sont  occupés  de  la  Bible  de 
1362,  il  faut  ajouter  le  nom  du  comte  Paul  Durrieu  (t.  III,  p.  123). 

P.  179-182.  —  A  côté  du  Bréviaire  de  Philippe  le  Bel,  j'aurais  dû 
citer  un  autre  Bréviaire  antérieur  à  la  canonisation  de  saint  Louis, 
dont  il  ne  subsiste  plus  que  des  fragments,  qui  a  probablement 
été  fait,  comme  le  ms.  latin  1023,  pour  la  chapelle  du  Boi.  Voici 
les  articles  que  j'avais  relevés  dans  le  calendrier,  lors  de  la  vente 
des  manuscrits  de  M.  Gélis-Didot,  à  Paris,  en  avril  1897  : 

v  kal.  febr.  Obitus  Ysabellis,  regine  Francorum  (1271). 

ii  kal.  martii.  Honorine  virginis  et  martiris.  Nichil  in  kalendario  Pari- 
siensi. 

vm  idus  aprilis.  Obitus  interfectorum  in  Egypte  a  Sarracenis. 

vi  kal.  maii.  Dedicatio  capelle  régis  Parisiensis. 

ii  idus  julii.  Anniversarium  inclite  memorie  régis  Philippi  (1223). 

ni  idus  augusti.  Susceptio  sancte  corone  Domini,  duplum.  (Absence  du  nom 
de  saint  Louis.) 

xin  kal.  octobris.  Obiit  Ludovicus,  rex  piissimus  (1180). 

ii  kal.  octobris.  Hieronimi  presbiteri  et  confessons,  ix  lect.  Susceptio  reli- 
quiarum  in  capella  Régis. 

ii  nonas  octobris.  Obitus  Philippi,  régis  quondam  Francorum  (1285). 

ii  nonas  decembris.  Inventio  Reliquiarum.  Duplum  in  ecclesia  Parisiensi. 

On  y  voit  marqués  les  anniversaires  des  rois  depuis  Louis  VII 
jusqu'à  Philippe  le  Hardi  et  celui  d'Isabelle,  femme  de  ce  der- 
nier roi. 

De  ce  beau  bréviaire,  écrit  sur  du  parchemin  très  fin,  il  ne 
subsiste  plus  guère  que  le  calendrier  et  le  Psautier,  qui  forment 
aujourd'hui  le  n°  72  de  la  bibliothèque  de  M.  H.  Yates  Thompson. 
M.  Cockerell,  qui  en  a  fait  la  notice1,  a  remarqué  l'initiale  du 
Psautier,  dans  laquelle  une  reine  (peut-être  Marie  de  Brabant, 
seconde  femme  de  Philippe  le  Hardi)  est  représentée  à  genoux 
aux  pieds  d'une  statue  de  la  Vierge.  Il  a  fait  aussi  observer  que 
les  trois  fêtes  de  la  Sainte-Chapelle  sont  mentionnées  dans  le 

1.  Second  séries  of  fifty  ?nss.  of  H.  Y.  Thompson,  p.  138. 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS.  411 

calendrier  d'un  Missel  de  cette  église  conservé  au  Musée  britan- 
nique, n°  2891  du  fonds  Harley,  lequel  ms.  2891  paraît  bien 
venir  de  Jean  duc  de  Berry  et  répondre  au  n°  C8  de  l'Inventaire 
général  des  livres  de  ce  prince.  —  L'anniversaire  des  compa- 
gnons de  saint  Louis,  tués  à  la  bataille  de  Mansurah  en  1251,  est 
marqué  au  6  avril,  comme  dans  le  Bréviaire  de  Philippe  le  Bel. 

P.  189.  —  Deux  peintures  du  très  beau  Bréviaire  de  Charles  V  ont 
été  publiées  dans  Y  Histoire  de  l'art,  t.  III,  p.  133  et  134. 

P.  192,  n°  XXV.  —  La  collection  Morgan,  à  New-York,  contient  un 
charmant  petit  Bréviaire  franciscain,  dont  les  miniatures  sont  qua- 
drilobées,  à  bordures  tricolores.  Je  suis  porté  à  croire  qu'il  est 
analogue  au  ms.  du  Vatican,  n°  603  du  fonds  d'Urbin,  et  qu'il 
est  la  réplique  d'un  livre  fait  pour  la  chapelle  du  roi.  Le  catalogue 
publié  en  1906  par  M.  Pierpont-Morgan  contient  sous  le  n°  12  la 
reproduction  en  couleurs  de  trois  pages  où  se  trouvent  les  minia- 
tures de  l'Ascension  et  du  supplice  de  saint  Jean  l'Evangéliste. 

P.  215,  1.  3.  —  Au  lieu  de  :  1391,  lisez  :  1371. 

P.  221  et  222.  —  On  peut  voir  deux  miniatures  de  la  Cité  de  Dieu 
(mss.  français  22912  et  22913)  dans  l'étude  du  comte  Durrieu, 
t.  III,  p.  135  et  136.  —  P.  221,  1.  4,  au  lieu  de  :  qui  sera,  lisez  : 
qui  sert. 

P.  223  et  224,  article  XXXVIII.  —  Sur  le  vu  de  la  photographie  du 
frontispice  du  ms.  162  d'Angers,  je  crois  bien  que  c'est  un  livre 
de  Charles  V. 

P.  236.  —  Le  frontispice  du  manuscrit  des  Voies  de  Dieu  a  été 
reproduit  par  le  comte  Durrieu  (t.  III,  p.  126). 

P.  262.  —  Le  comte  Paul  Durrieu  (t.  III,  p.  125)  a  donné  la  minia- 
ture de  présentation  de  l'exemplaire  de  Y  Information  des  princes, 
copié  en  1379. 

P.  275,  article  LXXIII.  —  Dans  cette  notice,  j'ai  montré  : 

1°  Qu'au  n°  877  de  l'Inventaire  général  des  livres  de  Charles  V 
correspondait  un  manuscrit  qui  avait  reçu  en  1682  le  n°  10262  sur 
l'inventaire  des  manuscrits  du  Roi  et  qui  avait  disparu,  un  peu 
avant  1848; 


412  ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 

2°  Qu'à  la  suite  du  vol,  il  avait  été  coupé  en  trois  morceaux, 
dont  les  deux  premiers  (la  relation  du  Voyage  de  Mandeville  et 
la  Préservation  d'épidémie,  par  Jean  de  Bourgogne)  avaient  formé 
deux  volumes  de  la  collection  Barrois,  les  nos  24  et  185  ;  lesquels 
ont  été  rachetés  en  1888  et  ont  pris  à  la  Bibliothèque  natio- 
nale les  nos  4515  et  4516  du  fonds  français  des  Nouvelles  acqui- 
sitions; 

3°  Que  le  troisième  morceau  consistait  en  feuillets  contenant 
onze  rondeaux  faits  par  un  amant  pour  sa  maîtresse  et  dont  le  sort 
était  inconnu  quand  j'écrivais  la  notice  LXXIII. 

Le  7  novembre  1907,  M.  Seymour  de  Ricci  m'a  fait  savoir  qu'il 
venait  de  reconnaître  que  les  feuillets  contenant  les  onze  ron- 
deaux étaient  reliés  dans  le  ms.  latin  737  des  Nouvelles  acquisi- 
tions, lequel  était  le  n°  263  de  la  collection  Barrois  et  avait  été 
acquis  en  1901  à  la  vente  de  cette  collection  par  M.  Omont  pour 
la  Bibliothèque  nationale. 

P.  279.  —  L' Histoire  de  ïart  (t.  III,  p.  121)  contient  une  réduction 
de  la  miniature  jointe  à  la  légende  de  saint  Taurin  dans  le  Miroir 
historial  qui  a  appartenu  au  roi  Jean. 

P.  314.  —  Deux  miniatures  des  Grandes  Chroniques  de  France 
(ms.  français  2813)  sont  données  en  réduction  dans  l'étude  de 
M.  le  comte  Durrieu  (t.  III,  p.  127  et  129). 

P.  317,  n°  XCII.  —  Je  regrette  de  n'avoir  pas  pu  examiner 
l'exemplaire  des  Grandes  Chroniques  qui  a  été  signalé  comme 
renfermant  les  traces  d'une  signature  attribuée  à  Charles  V  ou  à 
Jean,  duc  de  Berry,  et  qui  a  été  copié  par  Perrin  Le  Cerf. 

P.  337-347.  —  Faux  autographes  de  Charles  V  et  du  duc  de  Berry. 
Quand  j'ai  démontré  la  fausseté  des  prétendues  lettres  adressées 
à  Gilles  Malet  par  Charles  V  et  le  duc  de  Berry,  j'aurais  dû  signa- 
ler les  notes  qu'un  faussaire  a  tracées  sur  un  ancien  manuscrit 
pour  faire  croire  que  ce  manuscrit  avait  fait  partie  des  librairies 
de  Charles  V  et  du  duc  de  Berry.  C'est  une  lacune  qu'il  est  indis- 
pensable de  combler,  d'autant  plus  qu'au  moment  même  ou  1  im- 
primeur m'envoyait  l'épreuve  de  ces  Additions  et  corrections  j'ap- 
prenais de  source  certaine  que  ce  manuscrit  si  audacieusement 
falsifié  se  trouvait  encore  aujourd'hui  dans  le  cabinet  d'un  amateur 
anglais  et  qu'il  y  pouvait  passer,  comme  autrefois  chez  Barrois 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS.  413 

et  chez  le  comte  d'Ashburnham,  pour  une  relique  des  librairies  de 
Charles  V  et  du  duc  de  Berry.  J'en  avais  cependant  démontré  la 
fausseté  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes  en  1901,  aus- 
sitôt après  la  vente  de  la  Collection  Barrois. 

Mon  avertissement  n'empêcha  pas  cependant  un  libraire  d'en 
faire  l'acquisition  quand  il  reparut  dans  une  vente  faite  à  Londres 
le  1er  juin  1907,  quoique,  le  10  du  mois  précédent,  à  la  nouvelle 
de  cette  seconde  vente,  j'eusse  renouvelé  ma  dénonciation  par 
une  note  communiquée  à  l'Académie  des  inscriptions  et  repro- 
duite dans  les  journaux  anglais  par  les  soins  de  M.  S.  C.  Cockerell. 

Voici  les  parties  essentielles  des  observations  publiées  en  1901 
dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes. 

J'ai  déjà  eu  plus  d'une  fois  l'occasion  de  montrer  avec  quelle 
défiance  il  convient  d'examiner  les  volumes  ayant  fait  partie  de 
deux  collections  du  comte  d'Ashburnham,  le  fonds  Libri  et  le 
fonds  Barrois.  En  effet,  il  est  aujourd'hui  reconnu,  non  seule- 
ment qu'un  assez  grand  nombre  de  ces  manuscrits  proviennent 
de  vols,  mais  encore  qu'on  a  fait  subir  à  beaucoup  d'entre  eux 
des  mutilations  pour  que  l'origine  en  fût  mieux  dissimulée,  et 
qu'on  y  a  ajouté  de  fausses  notes  pour  en  rendre  la  vente  plus 
lucrative  et  donner  une  plus  entière  satisfaction  à  la  curiosité 
d'amateurs  plus  avides  qu'avisés.  Le  hasard  vient  de  faire  décou- 
vrir un  nouvel  exemple  de  ces  fraudes  criminelles. 

Le  11  juin  dernier,  à  la  seconde  vacation  de  la  vente  aux 
enchères  des  manuscrits  du  fonds  Barrois,  un  libraire  de  Londres 
s'est  fait  adjuger,  pour  la  somme  de  66  livres  sterling  (1,660  francs), 
un  volume  de  cette  fameuse  collection  :  the  famous  Collection  of 
manuscripts  the  property  of  the  Bight  Honorable  the  earl  of  Ash- 
burnham,  known  as  the  Barrois  collection,  comme  porte  le  Cata- 
logue publié  par  la  maison  Sotheby,  Wilkinson  and  Hodge.  Le 
manuscrit  dont  il  s'agit  était  ainsi  désigné  sur  le  Catalogue  distri- 
bué avant  la  vente  : 

187. 

Ethimologle  moraliter  distincte.  (CXCI).  S  mail  folio.  Begin  :  «  In 
Scriptura  sacra  terrœ  noinine  aliquando  soliditas  patriee  cœlestis  intelligitur.  » 

Ms.  of  the  fourteenth  century,  on  vellum,  ff.  G3,  written  in  neat 
gothic  letters,  double  columns  of  42  lines,  with  11  richly  painted  and  illu- 
minated,  historiated  initials,  with  spirals  and  grotesques,  of  an  unusual 
character,  and  numerous  omamental  penletters.  On  the  first  and  last 
letters  are  the  arrns  of  Charles  V  (France  ancienne),  and  on  the  last  leaf  his 
autograph  inscription  :  Ce  livre  est  a  ns.  Charles  V  du  nom  roy  de  France. 


414  ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 

Charles,  and  the  signature  of  his  son  John  duc  de  Berry  «  Jehan  »  only. 

A  VERY  INTERESTING  VOLUME.    Red  IÛOrOCCO. 

Cette  description,  à  quelques  mots  près,  est  l'exacte  reproduc- 
tion de  la  notice  consacrée  au  même  manuscrit  dans  le  Catalogue 
que  l'ancien  comte  d'Ashburnham  avait  fait  rédiger  et  luxueu- 
sement imprimer  en  un  volume  in-quarto.  La  reproduction  est 
si  fidèle  qu'on  n'a  pas  même  songé  à  rectifier  la  qualification  de 
fils  de  Charles  F  attribuée  à  Jean,  duc  de  Berry.  La  seule  modifi- 
cation qu'on  s'est  permise  a  consisté  à  annoncer  en  lettres  capi- 
tales que  le  manuscrit  est  orné  de  onze  initiales  historiées,  riche- 
ment peintes  et  enluminées,  avec  spirales  et  grotesques  d'un 
caractère  inusité,  et  nombreux  ornements  tracés  à  la  plume.  La 
réclame  finale,  Très  intéressait  volume,  en  grosses  lettres,  est 
encore  une  addition  imputable  au  préparateur  de  la  vente. 

Le  libraire  qui  s'est  fait  adjuger  le  manuscrit  espère  sans  doute 
en  tirer  un  bon  bénéfice.  Il  l'a  communiqué  à  un  amateur  pari- 
sien, qui,  avant  de  conclure  le  marché,  a  prudemment  consulté 
un  fonctionnaire  du  Département  des  manuscrits,  M.  C.  Couderc. 
Celui-ci  n'eut  pas  plus  tôt  jeté  les  yeux  sur  la  note  de  Charles  V 
et  la  signature  du  duc  de  Berry  qu'il  n'hésita  pas  à  en  déclarer  la 
fausseté.  Il  voulut  bien  me  consulter  à  ce  sujet  :  je  n'eus  qu'à  le 
féliciter  de  la  perspicacité  avec  laquelle  il  avait  découvert  une 
falsification,  exécutée  d'ailleurs  avec  une  rare  perfection. 

Mais,  en  ouvrant  le  manuscrit,  je  fus  frappé  de  la  forme  des 
chiffres  employés  pour  en  numéroter  les  feuillets.  J'y  reconnus 
du  premier  coup  d  œil  la  main  d'un  commis  qui  a  folioté  beau- 
coup des  manuscrits  du  Boi  au  commencement  du  xvme  siècle. 
Pour  moi,  il  était  dès  lors  certain  que  le  manuscrit  nous  avait 
été  volé  :  il  appartenait  à  la  même  catégorie  que  les  soixante- 
neuf  articles  du  fonds  Barrois  rachetés  en  1888  par  la  Biblio- 
thèque nationale,  articles  dont  la  frauduleuse  origine  a  été  publi- 
quement reconnue  par  les  «  Auctioneers  »  chargés  de  vendre  le 
dexmier  lot  des  collections  de  lord  Ashburnham;  voici  en  quels 
termes  ces  «  Auctioneers  »  ont  caractérisé  les  manuscrits  recou- 
vrés par  nous  en  1888  :  «  Volumes  which  M.  Delisle,  chief  libra- 
rian  of  the  Bibliothèque  nationale  in  Paris,  conclusively  proved 
to  hâve  belonged  at  some  time  or  other  lo  that  institution.  »  Pour 
pouvoir  démontrer  péremptoirement  que  le  ms.  Barrois  191  était 
bien  la  propriété  de  la  Bibliothèque  nationale,  je  recourus  à  la 
liste  des  manuscrits  de  notre  fonds  latin  dont  l'absence  avait  été 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS.  415 

constatée  en  1848  par  M.  Hauréau.  J'y  trouvai,  tout  au  commen- 
cement, la  mention  du  n°  589  A,  dont  le  signalement  répond 
exactement  au  manuscrit  dont  je  m'occupe  en  ce  moment.  Voici 
en  quels  termes  le  ms.  589  A  est  enregistré  dans  le  Catalogue  de 
nos  manuscrits  latins  publié  en  1744  : 

DLXXXIX  A. 

Codex  membranaceus,  quo  continetur  vocabulorum   quorumdam  quse  in 
libris  sacris  occurrunt  explicatio  tropologica,  allegorica  et  moralis. 
Is  codex  decimo  tertio  saxulo  videtur  exaratus. 

Le  titre  ainsi  libellé  dans  notre  Catalogue  de  l'année  1744  est 
bien  l'équivalent  du  titre  consigné  dans  le  catalogue  du  fonds 
Barrois.  S'il  restait  quelques  doutes  à  ce  sujet,  ils  disparaîtraient 
à  la  lecture  du  début  du  texte  copié  dans  le  manuscrit  Barrois  : 

Incipiunt  capitula  libri  primi. 

De  terra  i.  —  De  humo  n.  —  De  glebis  m.  —  De  sulcis  rai.  —  De  pul- 
vere  v.  —  De  monte  vi.  —  De  collibus  vu...,  etc.,  etc. 

expliciunt  capitula. 
Incipit  liber  primus.  De  terra. 

In  Scriptura  sacra  terre  nomme  aliquando  soliditas  patrie  celestis  ititelli- 
gitur,  alias  sancta  Ecclesia,  alias  sinagoga,  alias  gentilitas,  alias  anima  justi, 
alias  anima  peccatrix,  alias  caro,  alias  terrena  cogitatio,  alias  lmmana  anima, 
alias  peccator  quilibet,  alias  subjecta  plcbs,  alias  humanitas  Christi,  alias 
infernus,  alias  Christi  caro,  alias  hii  qui  terrenis  actibus  occupati  sunt,  alias 
terrena  actio... 

Le  manuscrit  Barrois  contient  donc  bien  l'ouvrage  que  nous 
savons  avoir  existé  dans  notre  ms.  latin  589  A,  et,  comme  les 
feuillets  du  manuscrit  Barrois  ont  reçu  des  cotes  de  la  main  d'un 
commis  de  la  Bibliothèque  du  Boi,  il  est  de  toute  évidence  que  le 
manuscrit  Barrois  n'est  autre  que  notre  ms.  latin  589  A,  disparu 
depuis  un  peu  plus  de  cinquante  ans. 

Le  pourvoyeur  de  Barrois  qui  a  volé  ou  fait  voler  notre  manus- 
crit n'aura  pas  eu  de  peine  à  en  faire  disparaître  la  cote  589  A 
soulignée  d'une  accolade.  —  Le  vol  commis,  il  s'est  adressé  à  un 
habile  artiste  pour  donner  au  volume  l'aspect  d'un  livre  ayant  fait 
partie  des  deux  plus  célèbres  librairies  princières  du  moyen  âge, 
celle  du  roi  Charles  V  et  celle  de  Jean,  duc  de  Berry.  Au  bas  de 
la  première  page,  il  a  fait  peindre  un  écu  semé  de  fleurs  de  lis 
sans  nombre,  qui  recouvre  peut-être  le  petit  timbre  de  la  Biblio- 
thèque du  Roi.  Les  mêmes  armes  ont  été  ajoutées  sur  la  dernière 


416  ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 

page,  et  cette  même  page  a  reçu,  admirablement  calligraphiées  : 
1°  Une  prétendue  note  autographe  de  Charles  V  : 

Ce  livre  est  a  nQ  Charles 

Ve  du  non  Roy  de  france. 

CHARLES. 

2°  Une  prétendue  signature  autographe  de  Jean,  duc  de  Berry  : 

JEHAN. 

Un  volume  muni  de  certificats  d'une  aussi  glorieuse  origine 
méritait  d'être  présenté  à  l'éditeur  du  livre  publié  en  1830  sous 
le  titre  de  Bibliotlièque  protypographique,  ou  librairie  des  fils  du 
roi  Jean,  Charles  V,  Jean  de  Berry,  Pliilippe  de  Bourgogne  et  les 
siens.  En  effet,  Barrois  attachait  le  plus  grand  prix  à  posséder 
dans  sa  bibliothèque  des  livres  ayant  appartenu  aux  princes  dont 
il  avait  fait  connaître  la  composition  des  librairies.  Le  culte  dont 
il  honorait  ces  reliques,  vraies  ou  fausses,  est  attesté  par  le  luxe 
des  reliures  dont  il  aimait  à  les  orner.  Je  puis  en  citer  deux 
exemples. 

Barrois  fit  dorer  les  armes  de  Charles  V  sur  son  manuscrit  des 
Oisivetés  des  empereurs,  qu  il  croyait,  mais  sans  fondement, 
avoir  été  conservé  dans  la  librairie  du  Louvre,  et  il  avait  fait 
mettre  en  mosaïque  les  mêmes  armes  sur  un  manuscrit  des 
Voyages  de  Mandeville,  qui,  cette  fois,  était  bien  authentiquement 
un  livre  de  Charles  V. 

Notre  ms.  589  A,  transformé  en  relique  de  Charles  V  et  du  duc 
de  Berry,  dut  singulièrement  flatter  les  goûts  de  Barrois.  Ce  biblio- 
phile ne  devait  pas  se  lasser  d'y  contempler  les  signatures  qui  en 
ornaient  la  dernière  page  et  de  constater  qu'elles  étaient  iden- 
tiques aux  signatures  reproduites  par  lui  en  fac-similé  au  com- 
mencement de  sa  Bibliothèque  protypographique.  A  coup  sûr,  il  a 
été  généreux  envers  le  pourvoyeur  auquel  il  croyait  devoir  l'un 
des  plus  précieux  joyaux  de  son  cabinet. 

Les  temps  sont  changés.  L'auréole  dont  était  entouré  le  manus- 
crit récemment  vendu  à  Londres  disparaît  aujourd'hui.  Ce  n'est 
plus  un  débris  des  deux  plus  riches  librairies  princières  du  moyen 
âge.  C'est  tout  simplement  un  vulgaire  manuscrit  de  théologie, 
sorti  d'une  bibliothèque  monastique,  volé  et  indignement  frelaté 
il  y  a  un  demi-siècle. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE1 


A  la  Barbe  (Jean). 

Abelard  (Pierre),  302. 

Abenrudian  (Haly),  265. 

Accordance  du  Vieux  et  du  Nouveau 

Testament,  183. 
Ace  (La  Somme),  251. 
Adam  Des  Champs,  39G. 
Adam  de  Sermoises,  358. 
Ages   des  hommes   (Poème  sur  les), 

262. 
Ages  du  monde  (Traité  sur  les),  328. 
Agnès  (Sainte).  Sa  vie,   95.  Sa  fête, 

51,  177,  178. 
Agnès  de  Gossanville,  354. 
Agnus  Dei  (Drap  d'or  à),  329. 
Agregento  (Salenus  de). 
Aillier  (Michel  de  L'). 
Aimeri  de  Mengniac,  121. 
Alain,  copiste  d'un  livre  d'Heures,  63. 

—  de  Lille.  L'Anticlaudien,  322. 

—  Sebèce,  écrivain,  133. 
Alamand  (Bernard). 
Alberti  (Angélus). 
Albolhazen  Haly,  402. 

Alchabiz.  Jugements  des  étoiles,  268. 
Alençon  (Pierre,  comte  d'). 
Alexandre  Le  Boursier,  390. 
Alexandrie  (Jean   de   Cardaillac,   pa- 
triarche d'),  50,  120. 
Alfonse  de  Brienne,  comte  d'Eu,  264. 

—  de  Castille.  Tables  astronomiques 
en  français,  117. 

Aliénor,  comtesse  de  Vermandois,  168. 

Allégories  bibliques,  114,  173.  —  Ac- 
cordance du  Vieux  et  du  Nouveau 
Testament,  183. 

Alphonse.  Voy.  Alfonse. 

Amauri  d'Orgemont,  seigneur  de  Chan- 
tilly, 356. 

Amédée,  comte  de  Savoie,  137. 


Amelii  (Pierre)." 

Amiens  (Gouverneur  du  bailliage  d'), 
51.  —  Pierre  de  Hangest,  prévôt  de 
l'église,  118. 

Anagrammes.  Voy.  Devises. 

Ancelot,  ou  Anciot  de  Ceus,  enlumi- 
neur, 184,  185. 

André  Beauneveu  (Peintures  du  genre 
de  celles  d'),  198. 

André  Courtevache,  141,  396. 

—  Du  Verger,  fèvre,  368. 

—  de  La  Croix,  écrivain,  133. 
Andresel  (Le  sire  d'),  52. 

Anet  (Manuscrit  du  château  d'),  150. 

Angelino  Dulceri,  277. 

Angélus  Alberti,  ou  de  Marchia,  co- 
piste, 271. 

Angers  (Ms.  d'),  223. 

Angevin  (Thévenin  L'). 

Anglais.  Manuscrit  racheté  des  A.  par 
Charles  V,  291,292. 

Anglais  (Barthélemi  L'). 

Angleterre.  Livres  copiés  en  Angle- 
terre et  portés  en  Normandie,  169. 
—  Ecriture  anglaise  du  xive  siècle, 
199.  —  Bois  et  reines  :  Henri  IV, 
Henri  VIII,  Bichard  II,  Catherine 
de  France,  Isabelle  de  France, 
Jeanne  de  Navarre. 

Angoulême  (Jean,  comte  d'). 

Anjou  (Charles  d'). 

Anjou  (Louis,  roi  de  Sicile,  duc  d). 

—  (Bené  d),  roi  de  Sicile. 
Annales  dérivées  de  la  Chronique  de 

Sigebert,  305,  306. 

Anne  (Sainte).  Son  office,  181. 

Anne  de  Bourgogne,  duchesse  de  Bed- 
ford,  ses  Heures,  400,  401  ;  sa  de- 
vise J'en  suis  contente,  400. 

Anniversaires  des  rois  de  France,  410. 

Anseis  de  Carthage,  321. 

Anselme.  Image  du  monde,  407. 


1.  Cette  table  se  rapporte  au  contenu  de  la  première  partie  des  Recherches 
et  aux  notes  remplissant  les  p.  327*-334*  de  la  seconde. 

Dans  cette  seconde  partie  se  trouvent  deux  tables  spéciales  :  l'une  (p.  201*- 
216*)  pour  les  livres  ayant  appartenu  à  Charles  V  et  à  Charles  VI;  —  l'autre 
(p.  318*-326*),  pour  les  livres  ayant  appartenu  à  Jean,  duc  de  Berry. 

27 


418 


TABLE  ALPHABÉTIQUE. 


Antéchrist  (Tournoiment  d'),  331. 

Anticlaudien,  321. 

Antoine  des  Essarts,  garde  de  la  li- 
brairie du  roi,  20,  125,  126,  387. 

Apôtres  (Images  des  prophètes  et  des), 
216. 

Aragon  (Guillaume  d'). 

—  (Jean,  roi  d'). 

—  (Jeanne  de  France,  fiancée  de  Jean 
d'). 

—  (Martin  II,  roi  d  ). 
Arçon  val.  Voy.  Arsonval. 

Aristote.  Traduction  de  ses  ouvrages 
par  Nicole  Oresme,  104-106,  252- 
257,  379.  —  Les  Météorologiques, 
264. 

Arnaud  Guillon,  121. 

Arras  (Jean  d'). 

Arrhe  (L')  de  l'àme,  118. 

Arsenal  (Mss.  de  la  bibliothèque  de 
1'),  99,  103,  127,  143,152,  224,  241, 
280,  332.  Voy.  la  partie  II,  p.  329*. 

Arsonval  (Jean  d). 

Arthur  de  Richeinont,  duc  de  Bre- 
tagne, 401. 

Artois  (Robert,  comte  d). 

Artus  le  Restoré,  322. 

Arzillière  (Gaucher  d').  —  Le  sire 
d'A.,  351. 

Asnières  (Hôtel  d),  à  Louis,  duc  d'Or- 
léans, 14. 

Asnières  (Pierre  d). 

Assuaire  (Le  roi),  377. 

Astrolabe  (Usage  de  1),  268. 

Astrologie.  Ouvrages  de  Pèlerin  de 
Prusse,  266. 

Astrologue  du  roi  :  Thomas  de  Bologne, 
53. 

Astronomie.  Voy.  Alfonse  de  Castille. 

Athènes  (Armes  d'),  51. 

Athis  et  Prolilias,  321. 

Atlas  catalan,  43,  276. 

Aubery-le-Bouchier  (Rue),  365. 

Aubriot  (Hugues).  —  Armes  de  la  fa- 
mille, 220. 

Augustin  (Saint).  La  Cité  de  Dieu,  en 
français,  103-111.  —  Mss.  de  la 
CitédeDieu,  219-223,  411.  — Auteurs 
cites  dans  le  commentaire,  380.  — 
Division  de  l'ouvrage  en  chapitres, 
383.  —  Les  Soliloques  en  français, 
117. 

Aunoi  (Thomas  d'). 

Autographes  (Faux),  337-347,  412. 

Auxerre  (Armes  d),  51.  —  Michel  de 
Creney,  évoque. 

Avaugoùr  (La  dame  d),  52. 

Avenant  (Jean  L'). 

Aveux  rendus  par  Gilles  Malel  et  par 
les  membres  de  sa  famille,  348-361. 

Avignon,  374. 

Avoir  (Pierre  d'). 


Avranches   (Manuscrit  de  la   biblio- 
thèque d'),  106. 
Azur  (Lettres  en),  43,  215. 


B 


Balagni,  353,  357. 
Ballengni,  près  Senlis,  337. 
Bar  (Edouard  de). 

—  (Henri  de). 

—  (Louis,  cardinal  et  duc  de). 

—  (Marie  de  France,  duchesse  de). 

—  (Robert,  duc  de). 

—  (Yolande  de  Flandre,  comtesse  de). 
Barbe  (Sainte).  Légende,  335. 
Barbe   (Jean  à   la).   Voy.    Bourgogne 

(Jean  de). 

Barcelone  (Archives  de),  129. 

Barrois  (Ms.  venu  de),  232.  —  Mss. 
falsifiés,  412. 

Barthélemi  l'Anglais,  91.  —  Traduc- 
tion de  son  livre  des  Propriétés  des 
choses,  230-235. 

—  Siginulfe,  comte  de  Caserte,  258. 
Basqueville-le-Martel,  269. 
Basqueville  (Guillaume  Le  Breton  de). 
Bastard  (Comte  Auguste  de).  Son  ma- 
nuscrit de  la  Somme  le  Roi,  239. 

Bâtarde  (Ecriture),  43. 
Bauchamp,  Bauchans  (Jacques). 
Baudouin  de  Condé,  322. 
Baurlrecourt  (Robert  de). 
Bavière  (Le  duc  de),  137. 

—  (Isabeau  de). 

Baveux.  L'évéque  Zanon,  139. 

Bazancourt,  358. 

Beaumont-sur-Oise  (Gilles  Malet,  ca- 
pitaine de),  13. 

Beauneveu  (André). 

Bcaurepaire  (Colartde). 

Beauvais.  L'abbaye  de  Saint-Lucien, 
53.  —  L'évéque,  142,  143,  359.  — 
Evéques  :  Jean  de  Dormans,  Miles 
de  Dormans. 

Beauvais  (Vincent  de). 

Beauvarlet  (Mathieu). 

Becket  (S.  Thomas). 

Bède.  Traductions  du  traité  des  âges 
du  monde,  146. 

Bedford  (Jean,  duc  de).  Anne  de  Bour- 
gogne et  Jaquette  ou  Jaqueline,  du- 
chesses. 

Bègue  (Jean  Le). 

Behaigne.  Voy.  Bohème. 

Belenati  (Bernard). 

Béliers  affrontés  sur  le  frontispice 
d'un  manuscrit,  314,  315. 

Belleville  (Armes  de),  51.  —  Jeanne 
de  B.  —  Bréviaire  de  B.,  182. 

Bellièvre  (Pierre  de),  171. 

Bergerie  (L'art  de),  82. 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


419 


Bernard    (Saint).    Considérations    au 

pape  Eugène,  330. 
Bernard  Alamand,  127. 

—  Belenati,  369. 

—  Gui.  Traduction  de  ses  traités,  96- 
98,  281-282.  —  Livre  offert  à  Phi- 
lippe de  Valois,  282. 

—  de  Sauvilla,  copiste  (?),  123. 
Bernardinus  de  Mutina,  copiste,  142. 
Bernville,  ou  Bernuille  (Geuffrin  Ni- 
velle de). 

Berry  (Jean,  duc  de). 

—  (Marie  de). 
Bersuire  (Pierre). 

Bertrand  Du  Guesclin.  Lettres  de 
Charles  V  relatives  à  sa  rançon, 
340. 

—  de  Villeneuve,  333. 

—  (Jean). 

Besancon.    Mss.  de  la   bibliothèque, 

102/259. 
Bestiaire  d'amours,  325. 
Bibles  de  Charles  V,  142  et  suiv.  — 

En  latin,  142,  143.  —  Bible  glosée, 

145.  —  Bible  en  14  volumes,  330.  — 
Traduction  de  Baoul  de  Presles, 
111-114.  —  Bible  de  Jean   de   Sy, 

146,  404.  —  Bible  historiale,  148, 
150,  loi,  152,  153,  156. -Bible  de  la 
comtesse  de  Salisbury,  291.  —  Bible 
rétablie  dans  la  librairie,  395.  — 
Bible  historiée  en  images,  173.  — 
Bible  moralisée  ou  allégorisée,  173, 
174.  —  Moralités  de  la  Bible,  333. 

Bizaccaria  (Mahumeil),  271. 

Blanc  et  noir  (Enluminure  de),   44, 

334. 
Blancard  (Louis),  187. 
Blanche  de  Bourgogne,  comtesse  de 

Savoie,  213. 

—  de  Castille,  reine.  Son  obit,  198. 
—  Psautier  attribué  à  cette  reine, 
165. 

—  de  Navarre,  reine  de  France,  161. 
— ,  duchesse  d'Orléans,  120. 
Blanchet  (Jean). 

Blois  (librairie  de),  140,  273,  274,  307, 

321,  322,  323,  324. 
Boccace  (Jean). 

Boèce.  La  Consolation,  259,  270,  369. 
Bohème  (Armes  de),  335.  —  Jean,  roi 

de  B. 
Bohier  (Pierre). 
Boileau  (Hugues). 
Bois  (Du).  Voy.  Du  Bois. 
Boivin.  Ses  travaux  sur  les  inventaires 

de  la  librairie,  33. 
Bologne.  Voy.  Boulogne. 
Bologne  (Thomas  de). 
Bondol  (Jean  de). 
Bonne  de  Luxembourg,  duchesse  de 

Normandie.  Ses  Heures  de  Pucelle, 

334.  —  Son  bréviaire,  334,  335.  — 


Qualiliéc  reine  de  France,  328  note. 
Bonnet  (Honoré). 
Bonneuil  (Jean  de). 
Bonport  (Abbaye  de),  13  note,  19. 
Bordes  (Guillaume  des). 
Boschot  (Oudart). 
Bouillon  (Godcfroi  de). 
Boulogne  (Le  cardinal  Gui  de). 

—  ou  Bologne  (Thomas  de). 
Boulonnaise  (Ecriture  et  enluminure), 

44,  272. 
Bourbon  (Charles,  duc  de). 

—  (Louis,  duc  de). 

—  (Catherine,  Jeanne,  Marie  de). 
Bourbonnais  (Marie    de    Berry,    du- 
chesse de). 

Bourges  (Mss.  de  la  bibliothèque  de), 

partie  II,  329*. 
Bourgogne  (Armes  de),  211,  212. 

—  (Mss.  des  ducs  de),  230,  231,  253, 
254,  255,  264. 

—  (Ducs  et  duchesses  de).  Voy.  Jean, 
Philippe,  Marguerite. 

—  (Corneille,  le  grand  bâtard  de). 

—  (Anne,  Blanche,  Jeanne,  Margue- 
rite, Marie  de). 

—  (Jean  de),  ou  à  la  Barbe. 
Bourgot,  fille  de  Jean  Le  Noir,  enlu- 

mineresse,  80,  365,  405. 
Bouvines  (Bataille  de),  169. 
Brabant  (Marie  de). 
Brace  (R.  de). 
Branlart  (Jacques). 
Brenouille,  358.  —  Brenuille,  360. 
Bretagne  (Arthur  de  Richemont,  duc 

de). 

—  (François  de  Monlfort,  duc  de). 
Breton.  Voy.  Le  Breton. 
Bréviaire  romain  desFranciscains,  334. 

—  franciscain,  185,  192,  334,  403,  411. 

—  dominicain,  dit  de  Bclleville,  182. 

—  de  Paris,  179,  190. 

—  de  la  Sainte-Chapelle,  410. 

—  de  Salisbury,  399. 

—  de  Philippe  le  Bel,  179. 

—  de  Jeanne  d'Evreux,  185. 

—  du  duc  de  Normandie,  326. 

—  de  Charles  V,  187,  411. 

—  dont  il  ne  subsiste  plus  que  les 
miniatures,  194. 

Brie  (Jean  de). 

Brienne  (Alfonse  de). 

British  Muséum.  Voy.  Londres. 

Brodeure  à  lozanges  de  France,  48. 

Bruges  (Jean  de). 

—  (Louis  de). 

Bruxelles  (Mss.  de  la  bibliothèque 
de),  118,  159,  172,  197,  228,  231, 
247,  254,  257,  285,  308.  —  Voy. 
partie  II,  330*. 

Buessart  (Maître),  300. 

Bureau  de  Dammartin,  28. 

Burgos  (Chroniques  d'Espagne  ou  de), 


420 


TABLE  ALPHABÉTIQUE. 


par  Gonzalo  de  Hinojosa,  évêque  de 

Burgos,  101,  102. 
Bussy,  137. 
Bute  (Le  marquis  de).  Son  exemplaire 

des  Grandes  Chroniques,  314. 

C 

Cagetier,  3G7. 

Cahors  conquise  par  Charles  V,  99. 

Caignet  (Robert). 

Calde  (Livres  en),  376,  377. 

Calendriers,  164.  —  Enluminures  de 
calendriers  dans  des  manuscrits  du 
duc  de  Bourgogne  et  d'autres  prin- 
ces ou  seigneurs,  216.  —  Calendrier 
anglais,  202,  203. 

Callio,  90. 

Cambridge.  Ms.  du  Musée  Fitz  Wil- 
liam, 243. —  Divers  mss.,  243,  247, 
269. 

Canart  (Jean). 

Canteleu  (Saint  Thomas  de),  206. 

Cantimpre  (Thomas  de). 

Cantorbery  (Thomas  Becket,  arche- 
vêque de). 

Cardailhac  (Jean  de). 

Carité  (Le  Roman  de  la),  247. 

Gamelle  (Foret  de),  14. 

Carte  marine,  277.  —  Yoy.  Atlas  ca- 
talan. 

Cartes  de  la  Bible  de  Jean  de  Sy,  406. 

Carvanay  (Oudin  de). 

Caserte  (Barthélemi,  comte  de). 

Cassien.  Les  Collations,  en  français,  98. 

Castille  (Armes  de ,,  51. 

—  (Alfonse  de). 

—  (Blanche  de). 

—  (Henri  de  Transtamare,  roi  de). 
Catalan  (Atlas),  43,  276. 
Catherine  de  Bourbon,  136. 

—  de  France,  reine  d'Angleterre,  208. 
Catholicon  enchaîné  dans  la  Chambre 

des  comptes,  141. 

Cauvel  (Perrin). 

Cédille  (Emploi  de  la)  dans  un  ma- 
nuscrit français  fait  pour  Charles  V, 
226. 

Ccntiloge  de  Ptolémée,  265. 

Cerf  volant  (Le),  insigne  de  Char- 
les VI  et  de  Charles  VII,  126,  127. 

—  Du  connétable  de  Bourbon,  127. 

—  Sur  un  vitrail  d'Evreux,  128. 
Ceus  (Ancelot  de). 

Chaalis  (Abbaye  de),  17,  18,  105. 
Chaleur  (Jean  de  la). 
Chambli  (Charles  de). 

—  (Nicole  de). 

Chambre  des  comptes  (Catholicon  de 

la),  141. 
Champagne  (Durand  de). 
Champs  (Guillaume  des). 
Chancelier  (Chroniques  du),  343. 


Chanteprime  (François). 

Chanteur  de  la  reine  Isabeau,  137. 

Chantilly  (seigneurs  de)  :  Amauri 
d'Orgèmont,  Gui  de  Laval,  Pierre 
d'Orgemont. 

Chantilly.  Mss.  du  Musée  Condé,  163, 
185,  233,  248,  285,  323.—  Voy.  par- 
tie II,  329*.  —  Aveux  rendus  aux  sei- 
gneurs de  Ch.  par  Gilles  Malet,  12. 

Charité  (Roman  de  la),  247. 

Charlemagne  (Gestes  de),  371.  —  Son 
goût  pour  la  lecture,  385.  —  Sa 
fête  et  sa  translation,  177.  —  Il  est 
le  patron  de  Charles  V,  99. 

Charles  d'Anjou ,  roi  de  Sicile.  Ms. 
de  Rhasés  fait  pour  lui,  270-272. 

—  duc  de  Bourbon,  connétable,  127. 

—  de  Chambli,  258,  390. 

—  le  Bel,  roi  de  France.  Son  obit, 
177. 

Charles  V,  roi  de  France.  Sa  nativité, 
son  horoscope  et  celui  de  sa  fa- 
mille, 266-269.  —  Anniversaire  de 
sa  naissance,  95.  —  Acte  de  sa  ré- 
gence, 365.  —  Iconographie  du  roi, 
57-62.  —  Portrait  par  Jean  de  Bru- 
ges, 80,  81.  —  Portraits  ou  images, 
148,  155,  156,  209,  235,  253,  255, 
259,  261,  262,  266,  282,  284,  320. 

—  Portrait  sur  la  parure  d'autel  de 
lVulise  de  Narbonne,  62.  —  Ses 
armes,  221,  222,  236,  253,  259,  262, 
275,  284.  —  Lions  peints  sur  ses 
livres.  Voy.  Lions.  —  Sa  signature, 
3-5,  251,  253,  283,  318,  321.  - 
Notes  de  sa  main,  3-5,  142,  143, 
155,156,218,225,259,275,  281,412. 

—  Ses   habitudes  graphiques,   340. 

—  Lettres  écrites  par  le  roi,  en  tout 
ou  en  partie,  339.  —  Prétendue 
correspondance  avec  Gilles  Malet, 
338  et  suiv.  —  Ses  goûts  pour  les 
livres  et  l'étude,  2. —  Beauté  de  ses 
livres,  6,  44.  —  Ses  livres  portés  du 
Palais  au  Louvre,  7.  —  Livres  pla- 
cés dans  les  diverses  résidences  du 
roi,  8.  —  Inventaires  des  livres, 
23-35.  —  Chartes  historiées,  57,  61, 
62.  —  Les  très  belles  Grandes 
Heures  du  roi,  208.  —  Ecrivains  et 
enlumineurs  employés  par  le  roi, 
68-81.  —  Traductions  faites  par 
ordre  du  roi,  82-120.  —  Livres  prê- 
tés  ou  donnés  par  le  roi,  120-124. 

—  Sa  monnaie  d'or,  99.  —  Provin- 
ces conquises  par  lui  sur  les  An- 
glais, 99. 

Charles  VI,  roi  de  France.  Son  horos- 
cope, 269.  —  Cité  comme  Dauphin, 
136,  156,  371,  372.  —  Il  maintient 
Gilles  Malet  dans  sa  charge  de 
garde  de  la  librairie,  388.  —  Son 
voyage  au  Mont-Saint-Michel,  132. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE. 


121 


—  Son  portrait,  127.  —  Sa  devise 
Jamais,  126,  127.  —  Son  insigne, 
le  cerf  volant,  126.  —  Les  livres 
du  Louvre  sous  son  règne,  29,  125- 
137.  —  Sa  signature  sur  un  exem- 
plaire des  Grandes  Chroniques,  318. 

—  Livres  transportés  lors  des  voya- 
ges du  roi,  131.  —  Manuscrit  donné 
à  une  reine  d'Angleterre,  206,  207. 

—  Note  autographe  du  roi,  145.  — 
Ses  obsèques,  31,  394.  —  Son  anni- 
versaire, 159. 

Charles,  fils  de   Charles  VI,  dauphin, 

mort  en  1415,  136. 
Charles,    duc    de    Touraine,    depuis 

Charles  VII,  136,  188. 

—  Malet,  fils  de  Gilles,  17,  19,  20, 
387. 

—  le  Mauvais,  roi  de  Navarre,  121, 
370. 

—,  duc  d'Orléans,  257,  273.  —  Note 
autographe,  232.  —  Ses  livres,  140. 

—  Toussac.  Sa  forfaiture,  365. 

—  de  Valois.  Son  obit,  178. 
Charon,  expert  en  autographes,  338. 
Chartes  historiées  de  Charles  V,  57, 

61,62. 

Chartreuse  (Guigue,  prieur  de  la). 

Chasteaux  (Renaud  de). 

Châtillon  (Jean  de),  écrivain. 

Chauvel  (Regnault). 

Chavenges  (Jean  de). 

Cheltenham  (Mss.  de  la  bibliothèque 
de),  327;  partie  II,  330*. 

Chemises  des  manuscrits,  7,  47,  48, 
369-372. 

Chetiveté  (La)  du  monde,  297  et  301. 

Cheval  de  fust  (Conte  du),  323. 

Chevalier  (Pierre). 

Chevrier  (J.). 

Chiche  (Sainte-Osithe  de),  204.  — 
Manuscrits  de  ce  prieuré,  204,  206. 

Chobart  (Jean). 

Chrétien  (Gervais). 

Christine  de  Pisan,  2,  10,  83.  —  Ma- 
nuscrit de  ses  poésies  offert  à  la 
reine  Isabeau,  134,  400. 

Chroniques  de  la  Bible,  etc.,  278.  — 
Diverses  chroniques  et  histoires, 
277-284.  —  Chroniques  de  Burgues, 
101,  102.  —  Chroniques  des  évêques 
de  Liège,  322. 

Chroniques  (  Grandes  )  de  France. 
Exemplaire  de  Philippe  le  Hardi, 
309.  —  Exemplaire  fait  pour  Char- 
les V,  310-312.  —  Exemplaire  avec 
la  signature  de  Charles  VI,  318.  — 
Exemplaire  du  marquis  de  Bute, 
311.  —  Exemplaire  de  Lyon,  317. 

Chroniques  de  France  et  celles  qu'a 
faites  le  chancelier,  372. 

Claire  (Sainte),  miniature,  200. 

Clément  VI,  51. 


Clermont  en  Auvergne,  346. 

Clermont-Tonnerre  (Bible  de  la  fa- 
mille de),  66. 

Clisson  (Olivier  de). 

Cluni  (Yves,  abbé  de). 

—  (Musée  de),  à  Paris.  Fragment  de 
manuscrit,  160. 

Cockerell  (M.  Sidney  G),  65,  158,  175, 
205,  305. 

Code  de  Justinien,  251. 

Coinci  (Gautier  de). 

Colart  de  Beaurepaire,  351. 

Conception  (Office  de  la),  181,  192. 

Conches  (Guillaume  de). 

Condé  (Baudouin  de). 

Condé  (Musée).  Voy.  Chantilly. 

Confesseurs  (Somme  des),  330. 

Congnée  (Mathieu). 

Constantinople  (Armes  de),  51. 

Copenhague  (Mss.  de  la  bibliothèque 
de),  151,  277. 

Copistes  et  écrivains.  Voy.  Alain, 
Alain  Sebèce,  André  de  La  Croix, 
Angélus  Alberti  ou  de  Marchia, 
Bernard  de  Sauvilla(?),  Bernardi- 
nus  de  Mutina,  Etienne  de  Montbe- 
liart,  Firmin  de  Reuelle  ou  Revelle, 
Geoffroi  Chorsc,  Geotfroi  Godion, 
Guillaume  L'Escot,  Hamcricus  Pie- 
nus  amoris,  Henri  du  Trévou,  Jean 
l'Avenant,  Jean  ou  Jeannin  de  Rouen, 
Jean  Thomas,  Jean  Tourtier,  Jean 
de  Châtillon,  Lambert  le  Petit,  Ou- 
din  de  Carvanay,  Perinz  de  Falous, 
Raoul  Tainguy,  Raoulet  d'Orléans, 
Robin  de  Fontaines.  —  Copistes 
employés  par  Charles  V,  68-79. 

Coq  (Robert  Le). 

Corbechon,  Corbichon  (Jean). 

Corneille  (Le  grand  bâtard  de  Bour- 
gogne), 99. 

Cornier  (Frédéric). 

Coucy  (Le  sire  de),  137. 

Couleur  locale  dans  la  Bible  de  Jean 
de  Sy,  409. 

Courante  (Lettre),  43. 

Courci  (Guillaume  de). 

Couronne  (La  sainte),  159,  178,  192, 
195,  198,  410. 

Court,  de  Dijon  (Ms.  de  M.),  partie  II, 
329*. 

Courtevache  (André). 

Courtiller  (Denis). 

Craon  (Jean  de). 

Creil,  357-360. 

Creney  (Michel  de). 

Crescens  (Pierre  de). 

Crespins  (Armes  des),  51,  270. 

Cresques  lo  Julien,  128,  129. 

Crète  (Jean). 

Croisade  (Chartes  de),  347. 

Croisés  tués  en  Egypte,  180,  411. 

Croix  (André  et  Jean  de  la). 


422 

Culdoë  (Pierre) 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


Dalmatico  de  Mur,  évêque  de  Girone, 
143. 

Dames  (Le  Miroir  des),  247. 

Damiette  (Prise  de),  193. 

Dammartin  (Bureau  de). 

Dampmartin  (Regnault  de). 

Danemark  (Waldeniar  et  Sophie,  roi 
et  reine  de),  168. 

Dangu  (Château  de),  269,  270. 

Dannequin  (La  chapelle),  352. 

Daudin  (Jean). 

Dauphin  (Armes  du),  179,  236,  308. 

Décrétales,  330.  — Décrétales  en  fran- 
çais, 252. 

Dendin  (Jean). 

Denis  (Saint).  Sa  vie  et  sa  passion, 
305.  —  Le  recueil  fait  par  Yves, 
moine  de  Saint-Denis,  306.  —  Image 
de  sa  communion  dans  sa  prison, 
189,  190.  — Autres  images,  195,401. 

Denis  Courtillier,  libraire,  396. 

Denis  Foullechat,  traducteur  du  Poli- 
cratique,  84-88,  263. 

Dépit  (Le)  du  monde,  301. 

Des  Bordes  (Guillaume). 

Des  Champs  (Adam). 

—  (Emmeline). 

—  (Guillaume). 

Des  Essarts  (Antoine,  Pierre). 

Des  Guelnes  (Pennes). 

Des  Molins  (Guillaume). 

Des  Prez  (Nicolas). 

Des  Ursins  (Juvénal). 

Deuil  (Gervaisot  de). 

Devise  De  bien  en  mieux,  128.  — 
Devise  Jamais,  adoptée  par  Char- 
les VI,  126,  127.  —  Devises  du  duc 
et  de  la  duchesse  de  Bedford  :  A 
mus  entier,  —  J'en  suis  contente, 
400.  —  Devise  de  Jaqueline  de 
Luxembourg,  A  souhait,  399.  — 
Devises  de  Jean  Le  Bègue,  Hé  bien 
alegue,  87,  et  A  bien  viegne,  107, 
403.  —  Devise  de  Mathieu  Beau- 
varlet,  Va  hativeté  m'a  brûlé,  403. 
—  Devise  de  Laurens  Girard,  Sur 
ly  n'a  regard,  403. 

Didot  (Ms.  de),  335. 

Dieu  (Les  Voies  de),  88. 

Digeste  en  français,  250. 

Diphtongues  figurées  dans  les  manus- 
crits. 43.  —  Diphtongue  M  dans 
les  manuscrits  anglais  du  xive  siècle, 
199,  200,  206. 

Directorium  juris,  103. 

Divin  (Livre  juif  appelé  le),  376,  377. 

i >ix  commandements  de  la  loi  (Les), 
249. 

Dix  mille  (Les)  martyrs,  305. 


Dobrée  (Musée).  Voy.  Nantes. 

Dodieu  (Jean). 

Dominique  (Saint).  Office,  192. 

Dongnon  (Regnault). 

Dormans  (Jean  et  Miles  de).  —  Ma- 
dame de  D.,  351. 

Douët  d'Arcq.  Edition  de  l'Inventaire 
de  la  librairie  du  Louvre,  34. 

Doutance  (La)  de  la  mort  et  la  che- 
tiveté  du  monde,  297,  301. 

Drouin  de  Troies,  365. 

Du  Bois  (Laurent). 

Du  Bos  (Guillaume). 

Du  Guesclin  (Bertrand). 

Dulceri  (Angelino). 

Du  Molin  (Jean). 

Du  Parvis  (Jacques). 

Durand  de  Champagne.  Le  Miroir  des 
dames,  247. 

Durant  (Guillaume). 

Durville  (Le  chanoine  G.).  Ses  tra- 
vaux au  Musée  Dobrée,  145,  342. 

Du  Trevou  (Henri  du). 

Du  Tuit  (Musée).  Coutumier  de  Nor- 
mandie, 64. 

Du  Val  (Jacques). 

Du  Verger  (André). 

Du  Vignai.  Voy.  Vignai. 

Dynant  (G.  de). 

Dyne  Rapponde,  370,  371. 

E 

Echecs  (Le  jeu  des)  figuré,  274. 

—  (Le  jeu  des)  moralisé,  259,  260. 

Ecriture  (Divers  genres  d'),  43. 

Edmond  (Miniatures  des  deux  saints), 
200. 

Edouard  de  Bar,  328. 

Edwards  (James),  128. 

Eglise  (  L'établissement  de  sainte  ), 
259.  —  Images  de  l'Eglise  et  de  la 
Synagogue,  159,  216. 

Egypte  (Croisés  tués  en),  180. 

Eléonore.  Voy.  Aliénor. 

El-Havi,  271. 

Elisabeth  (Sainte).  Son  office,  192.  — 
Ses  visions,  235.  —  Les  Voies  de 
Dieu,  88. 

—,  comtesse  de  Salisbury,  291,  330. 

Einailleur  (Jean  de  Langres),  79. 

Embrun  (archevêque  d'),  50. 

Emmeline  Des  Champs,  365. 

Empire  (Olivier  de  L"). 

Enfances  Pépin  (Les),  171. 

Enlumineurs  et  peintres  :  Ancelot  de 
Ceus,  André  Beauneveu,  Bourgot  ou 
Burgot,  Geoflrin  Chorse,  Giovanni 
.lu  .Mont-L'assin,  Haincelin,  Honoré, 
J.  Chevrier,  Jaquet  Maci  ou  Ma- 
hiet,  Jean  de  Bruges,  Jean  Fouquet, 
Jean  de  Jouy,  Jean  Le  Noir  et 
Bourgot,  sa  lille,  Jean  de  Montmar- 


TABLE  ALPHABÉTIQUE. 


423 


tre,  Jean  de  Nizières,  Jean  Pucelle, 
Jean  Susanne,  Jeannin  d'Orque- 
vaulz,  Pierre  Remiot,  Reraiet,  Ro- 
bin de  Fontaines.  —  Enlumineurs 
du  roi  Jean,  404, 405.  —Enlumineurs 
employés  par  Charles  V,  79-81. 

Enluminure  (Différents  genres  d'),  44- 
—  Enluminures  de  blanc  et  de 
noir,  44,  334.  —  Instructions  don- 
nées pour  l'illustration  de  la  Somme 
le  Roi,  244.  —  Sujets  pour  l'illus- 
tration des  Heures  de  Notre-Dame, 
217.  —  Enluminures  faites  par  la 
femme  d'un  copiste,  63. 

Epidémie  (Préservation  d'),  275. 

Epîtres  et  évangiles,  traduits  par  Jean 
du  Vignai,  160. 

Eschantilly,  348.  Voy.  Chantilly. 

Escot  (Guillaume  L'). 

Esguelnes  (Pennes  d). 

Esope,  259,  260.  —  Ysopet,  325. 

Espagne  (Chroniques  d')  ou  de  Bur- 
gos,  101,  102.  —  La  reine  d'Espa- 
gne, 137. 

Espagnol  (Mss.  en),  42.  —  Prétendue 
livres  en  espagnol  que  le  duc  de 
Berry  aurait  voulu  faire  traduire, 
345,  346. 

Espineuse  (Mahieu  d). 

Essarts  (Antoine  des). 

—  (Pierre  des). 

Essy  (Jean  d'). 

Estrées  (Meillart  d'). 

Etampes  (Louis,  comte  d'). 

Etienne  de  Montbeliart,  copiste,  240. 

Etienne  de  Reims,  64. 

Etrennes  (Livres  donnés  en),  51. 

Eu.  Alfonse  de  Brienne,  comte.  — 
Jeanne,  comtesse.  —  Jean,  sénéchal. 

Eudes  Picard,  Odo  Picardus,  136. 

Eutrope  (Saint).  Son  office,  19'2. 

Evrart  Tramagon,  121. 

Evreux.  Vitrail  de  la  cathédrale,  128. 

Evreux  (Jeanne  d'). 

Extraordinaire  (La  Somme  Ace,  sur), 
251. 


Faits  des  Romains,  278. 

Falaise,  132. 

Falous  (Perinz  de). 

Farag,  traducteur  juif,  271. 

Fatinant  (Gabriel). 

Fayel  (Jean  de). 

Fécamp  (Jean  de  La  Grange,  abbé  de), 

121. 
Fenêtres  flamenges,  367. 
Fermoirs  (Ornements  des),  45-48. 
Fêtes  nouvelles,  177-179. 
Fèvre  (Godefroi  Le). 
Figeac,  conquise  par  Charles  V,  99. 


Firmin  de  Revelle,  ou  Reuelle,  copiste, 

235. 
Flamel  (Jean). 
Flamenges  (Fenêtres),  367. 
Flandre  (Louis  de  Maie,  comte  de). 

—  (Marguerite  de). 

—  (Yolande  de). 

Fleurs  de  lis  en  colonne  pour  enlu- 
miner, 44.  —  Demi-fleurs  de  lis 
servant  d'encadrement,  127. 

Foix  (Armes  de),  51. 

Fontaine  (Hue  de). 

Fontaines  (Renaud  de). 

—  (Robin  de). 

Fontenai-lès-Louvre,  353,  363. 
Fontevrault  (Abbesse  de),  299. 
Format  des  manuscrits  (Désignation 

du),  42. 
Forme  ou  formée  (Ecriture  de),  43. 
Foucault,  l'intendant,  152. 
Foullechat  (Denis). 
Fouquet  (Jean). 
France  (Armes  de)  dans  les  mss.  et 

les  chartes  de  Charles  V,  55. 

—  Armes  de  France  écartelé  de  Dau- 
phiné,  55,  57. 

—  (Institution  du  royaume  de),  323. 

—  Rois  et  reines.  Voy.  les  noms  des 
rois  et  reines. 

—  (Catherine  de). 

—  (Isabelle  de). 

—  (Jeanne  de). 

—  (Marie  de). 

—  (Michelle  de). 
Franchomme  (Pierre). 
François  (Saint).  Son  office,  192. 
François  Ier.  Note  mise  sur  un  ma- 
nuscrit, 23. 

François  Chanteprime,  48-50. 

—  dé  Montfort,  duc  de  Bretagne, 
101. 

—  Pétrarque,  93.  —  Remèdes  de 
l'une  et  l'autre  fortune,  92. 

Frédéric  Cornier,  53. 
Fréron  (Renaud). 
Furnival  (Richard  de). 


G 


G.  de  Dynant  (Maître),  91. 

Gabriel  Fatinant,  32. 

Gace  de  La  Bigne,  331. 

Gallopes  (Jean). 

Gardes  de  la  librairie  du  roi,  10-22. 

Garin  Loherenc  (Roman  de),  331. 

Garnier  de  Saint- Yon,  échevin  de  Pa- 
ris, garde  de  la  librairie  du  roi,  21, 
22,  31,  125,  138,  390,  392,  396,397. 

Gascogne  (Conquêtes  de  Charles  V 
en),  99. 

Gascon  (Mss.  en),  42. 

Gastineau  (Péan),  307. 

Gaucher  d'Arzillières,  351. 


424 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


Gaule  (Notice  de  la),  407. 
Gaurrien  (Pernelle  de). 
Gautier  de  Coinci.  Miracles  de  Notre- 
Dame,  285-305. 

—  Le  Breton,  traducteur.  269. 

—  d'Oessel,  139. 
Gencien  Tristan,  52. 

Genève  (Manuscrits  de  la  bibliothèque 
de),  16,  103;  partie  II,  330*. 

Geneviève  (Sainte)  du  Miracle,  198. 

Geoffroi  Chorse,  écrivain  et  enlumi- 
neur, 133. 

—  Godeon,  copiste,  63. 

—  (Jean). 

Géomancie,  par  Guillaume  de  Meer- 

beke,  118,  269. 
Gérard  de  Montaigu,  évêque  de  Paris. 

Ses  livres,  31  note;  ses  pontificaux, 

130. 

—  garde  du  Trésor  des  chartes ,  53 , 
130,  376. 

Gerone.  Voy.  Girone. 

—  (Juan,  duc  de),  129. 

Gervais  Chrétien,  51,  74,  121,  275, 
337.  —  Livres  du  Collège  G.  Chré- 
tien, 122,  123.  —  Forme  véritable 
de  son  nom,  343. 

Gervaisot  de  Deuil,  écrivain,  134. 

Gesta  Romanorum,  ms.  de  James  Ed- 
wards, 128. 

Geuffrin  Nivelle  de  Bernville,  ou  Ber- 
nuille,  326. 

Gilet  (J.). 

Gilles  Le  Veau,  141. 

Gilles  Malet,  garde  de  la  librairie  du 
Roi,  51,  54,  125,  129,  130,  135,  395. 
—  Sa  vie,  10.  —  Ses  fiefs,  11-14, 
18.  —  Ses  aveux,  348-361.  —  Ses 
fonctions,  13,  14.  —  Témoignages 
de  l'estime  et  de  l'amitié  de  Char- 
les V,  10,  13,  15.  —  Sa  gestion  de 
la  librairie,  387-389.  —  Ses  inven- 
taires de  la  librairie.  23-28.  —  Son 
inventaire  du  mobilier  du  roi,  32. — 
Ses  rapports  avec  le  duc  d'Anjou  et 
le  due  d'Orléans,  14.  —  Son  goût 
pour  les  livres,  13-14.  —  Livres 
donnés  par  lui  au  roi,  15.  —  Tite- 
Live  vendu  au  duc  d'Orléan- 
364.  —  Son  sceau,  16.  —  Sa  mort, 
16.  —  Sa  famille,  16,  17.  —  Monu- 
ments rappelant  le  nom  de  G.  Ma- 
let, 17-20.  —  Fausseté  de  la  corres- 
pondance où  il  est  qualifié  de  clerc, 
337-347. 

Gilles  de  Rome,  259. 

Gilles  de  Thebaldes,  265. 

Giovanni,  moine  du  Mont-Cassin.  mi- 
niaturiste, 272. 

Girard  Maucler,  396. 

Girard  (Laurens). 

Girone  (Bible  de  l'église  de),  142,  143; 
partie  II,  330*. 


Girone.  Voy.  Gerone. 
Gloucester  (Honfroi,  duc  de). 
Godefroi  de  Bouillon.  Les  Chroniques 

d'Outremer,  371. 
Godefroi    Le    Fèvre,   apothicaire   du 

duc  d'Orléans,  69  note. 
Godion  (Geoffroi). 
Golein,  Goulain  (Jean). 
Gonesse,  354. 

—  (Nicole  de). 
Gonnaut  (Le  sire  de),  137. 

Gonzalo  de  Hinojosa,  évéque  de  Bur- 
gos,  101. 

Gough  (Richard).  Son  travail  sur  les 
Heures  de  Bedford,  400. 

Goulain.  Voy.  Golein. 

Goussainville,  354. 

Gouvernement  (Le)  des  princes,  369, 
370. 

Grange  (Jean  de  La). 

Granson  (Othe  de). 

Grégoire  (Saint).  Traduction  des  Qua- 
rante homélies,  par  Pierre  de  Han- 
gest,  118,  224. 

Grégoire  XI,  123,  373-375. 

Grosbois  (Jean). 

Grosse  tête  (Robert). 

Grotesques,  193,  197. 

Gui  de  Boulogne  (Le  cardinal),  50. 

—  de  Laval,  seigneur  de  Chantilly, 
348,  353. 

—  (Bernard). 

Guigue,  prieur  de  la  Chartreuse,  124. 
Guillaume  d'Arragon,  265. 

—  des  Bordes,  137. 

—  des  Champs,  31. 

—  de  Conches,  328. 

—  de  Courci,  129. 

—  du  Bos,  358. 

—  Durant.  Rational  des  divins  offices, 
98-100,  156. 

—  Harnoys,  402. 

—  Le  Breton,  de  Basqueville,  traduc- 
teur, 118. 

—  L'Escot  (Scotus),  copiste,  67. 

—  de  Lirois,  103. 

—  de  Meerbeke.  La  Géomancie,  118, 
269. 

—  de  Mesmes,  prétendu  chapelain  de 
saint  Louis,  171. 

—  des  Molins,  392. 

—  Montague,  comte  de  Salisbury, 
291,  330. 

—  de  Nangis.  Ses  Vies  de  saint  Louis 
et  de  Philippe  le  Hardi,  131,  309. 

—  Perrault,  258,  260. 

—  Racine,  331. 

—  de  Saint -Pathus.  Vie  de  saint 
Louis,  319. 

Guillon  (Arnaud). 

Guilon  (Roman  de),  331. 

Guines  (Jeanne,  comtesse  d'Eu  et  de). 


TABLE  ALPHABÉTIQUE. 


425 


Guyenne  (Louis,  duc  de)  et  Margue- 
rite de  Bourgogne,  sa  femme. 


II 


Hainaut  (Jeanne  de  Valois,  comtesse 
de). 

Haincelin,  peintre,  134. 

Haly  Abenrudian,  Albothazen,  2G5. 

Hamericus  Plenus  amoris,  copiste, 
257. 

Hangest  (Pierre  de). 

Harcourt  (Armes  d'),  51.  —  Jean, 
comte  d'H.,  50,  52.  —  Monseigneur 
d'H.,  120. 

Hardencourt,  358. 

Harnoys  (Guillaume). 

Hébraïques  (Livres)  de  la  librairie  du 
Louvre,  130;  —  du  Trésor  des 
chartes,  53.  —  Livres  confisqués 
sur  les  Juifs,  376-378. 

Helham,  272. 

Henri  IV,  roi  d'Angleterre,  183. 

Henri  VIII  fait  supprimer  le  titre  de 
pape  dans  les  anciens  livres  litur- 
giques, 208. 

Henri  de  Bar,  121. 

—  de  Laon,  322. 

—  de  L'Esglantier,  358. 

—  L'Uilier,  libraire  et  écrivain,  68, 
369,  370,  404. 

—  de  Transtamare,  roi  de  Castille,  50. 

—  du  Trevou,  libraire  et  écrivain,  68, 
69,  147,  157,  229,  261,  262.  —  On 
lui  attribue  la  copie  des  Grandes 
Chroniques  (ms.  2813),  311. 

Hesdin  (Simon  de). 

Heures  de  Notre-Dame  en  vers,  77. 
—  Sujets  des  enluminures  des  Heu- 
res de  Notre-Dame,  217.  —  Heures 
de  Sainte-Osithe,  198-208.  —  Heures 
de  Savoie,  208.  —  Très  belles  gran- 
des Heures  de  Charles  V,  208.  — 
Heures  d'Yolande  de  Flandre,  com- 
tesse de  Bar,  214,  405.  —  Heures  de 
Pucelle,  185,  334.  —  Heures  de 
Bedford,  400.  —  Heures  du  duc  de 
Berry.  —  Voy.  la  seconde  partie, 
p.  282*-300*. 

Hilaire  de  Rez,  libraire,  133,  134. 

Hinojosa  (Gonzalo  de). 

Hippocrate.  Traduction  des  Aphoris- 
mes,  402. 

Hispalense  (Jean  de). 

Histoire  ancienne  (Compilation  d'),  de 
la  Création  à  Jules  César,  277. 

Histoires  (Le  maître  des),  titre  donné 
à  l'auteur  de  l'Histoire  scolastique, 
113. 

Histoires,  dans  le  sens  de  Miniatures, 
311.  —  Histoires  et  enluminures  de 
divers  genres,  44.  —  Histoires  pein- 
tes sur  les  marges,  44. 


Honfroi,  duc  de   Gloucesler,  283.  — 

Ses  livres,  139,  140,  321. 
Honnorez  (Pierre). 
Honoré    Bonet,    Bonnet.    Vision    du 

prieur  de  Salon,  127,  324. 
Honoré,  enlumineur,  181. 
Hozier  (Le  président  d).  Sa  collection 

de  lettres  autographes,  338. 
Hucher,  367. 
Hue  de  Fontaine,  136. 
Hugues  Aubriot  (Ms.  attribué  à),  57. 

—  Boileau,  344. 

—  de  Saint- Victor.  L'Arrhe  de  l'âme, 
en  français,  118,  224.  —  Miroir  de 
l'Eglise,"  259.  —  Livre  des  sacre- 
ments, 330. 

Huitasse  de  Saint-Aubin,  348. 
Humbert,  dauphin  de  Viennois,  330. 


I 


Iéna  (Ms.  de  la  bibliothèque  d'),  238. 

Image  (L')  du  monde,  265.  —  Ouvrage 
attribué  à  Anselme,  407. 

Information  (L')  des  princes,  101,  262. 

Ingeburge  (Psautier  de  la  reine),  163- 
172. 

Innocent  III.  La  Misère  humaine,  259. 

Institutes,  en  français,  250,  251. 

Inventaires  de  la  librairie,  23-35,  387- 
397.  (Une  édition  des  inventaires 
est  publiée  dans  la  seconde  partie 
des  Recherches.) 

Irlande  (Bois  d'),  367. 

Isabeau  de  Bavière,  reine  de  France, 
132.  —  Ses  livres,  132-135. 

Isabelle  de  France,  fondatrice  de  l'ab- 
baye de  Longchamp,  176. 

—  de  France,  fille  de  Charles  V,  156, 
269. 

—  de  France,  femme  de  Jean  Galéas 
Visconti,  49. 

—  de  France,  reine  d'Angleterre,  207. 
Italien  (Mss.  en),  42. 

Italienne  (Influence)  attestée  par  une 
miniature  des  Miracles  de  Notre- 
Dame,  305. 


J.  Chevrier,  enlumineur,  184. 
J.  Gilet,  363. 
J.  Salvain,  399. 

Jacques  Bauchamp,  Bauchans,  traduc- 
teur, 83,  84-91,  235. 

—  Branlart,  396. 

—  du  Parvis,  367. 

—  Du  Val,  137. 

—  le  relieur,  331. 

—  de  Rue,  52. 

—  de  Voragine.  Légende  dorée,  133, 
284,  285. 

James  (M.  Montague  Rhodes),  204. 


426 


TABLE  ALPHABÉTIQUE. 


Jaquct  Macé,  ou  Mahiet.  enlumineur, 
184,  185. 

Jaquette  ou  Jacqueline  de  Luxem- 
bourg, duchesse  de  Bedford,  134, 
399. 

Jean,  comte  d'Angoulème,  140.  — 
Note  autographe,  157.  —  Voy.  Jean 
d'Orléans. 

—  d'Arçonval.  Voy.  Jean  d'Arsonval. 

—  d'Arras,  libraire,  132. 

—  d'Arsonval,  129,  223,  257,  324, 
392. 

—  L'Avenant,  écrivain  de  Charles  V, 
69. 

—  à  la  Barbe.  Voy.  Jean  de  Bour- 
gogne. 

—  duc  de  Bedford.  Acquéreur  de  la 
librairie  de  Charles  V,  22,  138,  397, 
398.  —  Ses  goûts  de  bibliophile, 
398-402.  —  Sa  devise  A  vous  en- 
tier, 400.  —  Ses  Heures  au  Musée 
britannique,  400. 

—  de  Behaigne  (Le  bon  roi),  327. 

—  duc  de  Berrv,  50,  120,  143,  149, 
150,  153,  154",  173,  188,  286,  326, 
395.—  Sa  signature,  289,  318,  345. 

—  Notes  de  lui,  150,  155.  —  Don  à 
lui  fait  par  Charles  V  d'une  relique 
de  la  vraie  croix,  61.  —  Jean  de 
Bruges  travaille  pour  lui,  81.  — 
Jean  Le  Noir  son  enlumineur,  80. 

—  Son  portrait,  127.  —  Inventaire 
de  ses  livres  jadis  conservé  aux 
archives  du  Cher,  313.  —  Fausse 
lettre  de  lui,  adressée  à  Gilles  Ma- 
let, 345.  —  Fausse  signature,  412. 

—  La  seconde  partie  de  cet  ou- 
vrage, à  partir  de  la  p.  219,  con- 
cerne les  livres  du  duc  de  Berry. 

—  Berlran  de  L'Eschequier,  352,  359. 

—  Blanchet.  Son  recolement  de  la 
librairie,  23,  24;  indûment  appelé 
Louis,  388. 

—  Boccace.  Cas  des  nobles  malheu- 
reux, ms.  illustré  par  J.  Fouquet, 
126,  127,  403. 

—  de  Bondol.  Voy.  Jean  de  Bruges. 

—  de  Bonneuil  le  vieux,  bourgeois 
de  Paris,  12. 

—  Sans  peur,  duc  de  Bourgogne.  Son 
portrait,  127. 

—  de  Bourgogne  ou  à  la  Barbe.  La 
Préservation  d'épidémie,  275. 

—  de  Brie.  L'Art  de  Bergerie,  82. 

—  de  Bruges  [ou  de  Bondol ,  voy. 
Durrieu,   Histoire  de   l'art,  t.  III, 

S.  115],  peintre  et  valet  de  chambre 
u  roi,  58,  80,  81,  148. 

—  Canart,  344. 

—  de  Cardailhac,  patriarche  d'Alexan- 
drie, 50,  120. 

—  de  Châtillon,  écrivain,  133. 


Jean  de  Chavenges.  Le  Livre  roval. 
323. 

—  Chobart,  358. 

—  Corbechon,  91,  92.  —  Sa  traduc- 
tion du  livre  des  Propriétés  des 
choses,  230-235. 

—  de  Cis  ou  de  Sy,  328,  404-410. 

—  de  Craon,  archevêque  de  Beims, 
52. 

—  Crète,  32.  344. 

—  Daudin,  Deudin,  Dendin,  chanoine 
de  la  Sainte- Chapelle,  traducteur, 
92-94,  371. 

—  de  Fayel,  358. 

—  Dodieu,  évèque  de  Senlis,  128. 

—  de  Dormans,  cardinal,  évêque  de 
Beauvais,  50,  120,  142. 

—  d'Essy,  libraire,  133. 

—  sénéchal  d'Eu,  137. 

—  Flamel  (Notes  de),  150,  155,  182, 
211. 

—  Fouquet.  Illustre  un  ms.  de  Pé- 
trarque, conservé  à  Munich,  126, 403. 
—  Voy.  la  partie  II,  p.  308*. 

—  roi  de  France,  49,259,261.  — Livres 
du  roi  Jean,  279,  280,  326-334.  — 
Volumes  perdus  à  la  journée  de 
Poitiers,  291.  —  Sa  captivité  en  An- 
gleterre, 331.  —  Registre  de  la  tré- 
sorerie de  Jean,  duc  de  Normandie, 
332-333.  —  Enlumineurs  à  son  ser- 
vice, 329,  332,  333,  365,  404.  —  Sa 
signature,  331,  332,  345,  415.  —  In- 
ventaire fait  à  sa  mort,  333,  334.  — 
Son  obit.  177. 

—  Galéas  Visconti.  Isabelle  de  France, 
sa  femme,  49. 

—  Gallopes,  dit  Le  Galois,  402. 

—  Geofl'roi,  relieur,   133. 

—  Golein,  Goulain,  traducteur,  53, 
91-104,  156,  157,  262,  281. 

—  Grosbois,  367. 

—  de  Hispalense,  268. 

—  sire  de  Joinville,  318. 

—  de  Jouv,  enlumineur,  133. 

—  de  La  Chaleur,  121. 
—.de  La  Croix,  21,  30,  392. 

—  de  La  Grange,  abbé  de  Fécamp, 
121. 

—  de  Langres,  émailleur,  79. 

—  de  Langres,  tavernier,  333. 

—  Le  Bègue,  132,  141,  290.  —  Ses  de- 
vises :   Hé  bien  alegue  et   A   bêle 

me,  87,  107,  132,403.  —  Ses  ou- 
vrages, 107  note.  —  Il  inventorie 
les  livres  du  roi,  21-30,  387-389, 
392-394. 

—  Le  Bon,  physicien,  122. 

—  Le  Jeune,  359. 

—  Le  Noir,  enlumineur  du  roi  Jean, 
et  Bourgot,  sa  fille,  79,  80,  365,  405, 
408. 

—  L'Escripvain,  359. 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


427 


Jean,  libraire  de  Lincoln,  331. 

—  Malet,  iils  de  Gilles,  19,  20,  387. 

—  de  Mandeville.  Voyages,  275. 

—  de  Marigny,  52,  53. 

—  Marlet.  Voy.  Jean  Merles. 

—  Maulin,  garde  de  la  librairie,  21, 
125,  132,  149,  151,  390-395. 

—  Merles,  ou  Marlet,  libraire,  138, 
396. 

—  de  Meun,  259,  260,  273. 

—  Milet,  évéque  de  Soissons,  145. 

—  de  Molins,  ou  du  Molin,  140,  141. 

—  de  Montaigu,  Montagu,  grand  maître 
de  l'hôtel,  223,  257.  —  Vidanie  de 
Laonnois,  154.  —  Ses  livres,  26  note, 
29,  31,  129. 

—  moine  du  Mont-Cassin.  Voy.  Gio- 
vanni. 

—  de  Montmartre,  329,  332,  404. 

—  comte  de  Montpensier,  136. 

—  de  Neelle,  médecin  de  Charles,  roi 
de  Sicile,  271. 

—  de  Neufchatel,  53,  54. 

—  mons.  de  Nevers,  fils  de  Philippe, 
duc  de  Bourgogne,  137. 

—  de  Nizières,  enlumineur,  232. 

—  d'Orléans,  comte  d'Angoulême,  276. 
—  Voy.  Jean,  comte  d'Angoulême. 

—  de  Paris.  Memoriale  historiarum, 
103. 

—  le  bon  physicien,  142.  (Ne  fau- 
drait-il pas  lire  :  J.  Le  Bon,  phy- 
sicien ?) 

—  de  Ponts,  348;  chevalier,  352. 

—  Poulain,  362-364. 

—  Pucelle,  enlumineur,  184,  185.  — 
Heures  de  Pucelle,  332. 

— ,  ou  Jeannin,  de  Rouen,  copiste, 
327,  328. 

—  Royer,  évoque  de  Meaux,  52. 

—  de  Sains,  secrétaire  du  roi,  358. 

—  de  Salisbury.  Le  Polycratique,  85, 
263. 

—  de  Sautigny,  libraire,  138,  396. 

—  Stanley,  139  note. 

—  Susanne,  enlumineur  de  Paris,  329, 
405. 

—  de  Sy.  Sa  traduction  de  la  Bible 
glosée,  135,  146,  404-410. 

—  Tabari,  secrétaire  de  Charles  V, 
379. 

—  Thomas,  copiste,  402. 

—  Tourtier,  copiste,  402. 

—  de  Vaubelon,  52. 

—  de  Vaudetar,  51,  58,  74-76,  148. 

—  de  ou  du  Vignai,  traducteur,  160, 
162,  259,  260,  261,  278,  280,  326. 

—  de  Vy,  échevin  de  Metz,  328. 

—  de  Vy,  chevalier,  328. 

—  de  Wirmes,  333. 
Jeanne  de  Belleville,  182. 

—  de  Bourbon,  reine  de  France,  50, 
161.  —  Représentée  sur  le  Rational 


de  G.  Durant,  157.  —  Sur  la  parure 
d'autel  de  l'église  de  Narbonne,  62. 
—  Miniature  de  ses  funérailles,  314. 
Jeanne  de  Bourgogne,  reine  de  France, 
162,  179,  278,  303,  326. 

—  d'Evreux,  reine  de  France,  49,  173, 
175,  323.  —  Son  bréviaire,  185. 

— ,  comtesse  d'Eu  et  de  Guines.  Ms. 
fait  pour  elle,  243. 

—  de  France,  fiancée  de  Jean  d'Ara- 
gon, 49. 

—  de  Navarre,  femme  de  Philippe  Le 
Bel,  257. 

—  de  Navarre,  reine  d'Angleterre,  207. 

—  de  Soycour,  17  note. 

—  de  Valois,  comtesse  de  Hainaut, 
336. 

Jeannin  L'Avenant,  333. 

—  d'Orquevaulz,    enlumineur,    328. 
Jérusalem  (Armes  de),  272. 

Joie  (La)  de  Paradis,  248. 

Joinville  (Armes  de),  51.  —  Vie  de 
saint  Louis,  par  le  sire  de  J.,  318. 

Josèphe.  Histoire  des  Juifs,  en  latin  et 
en  français,  119. 

Jouy  (Jean  de). 

Juan,  duc  de  Gérone,  129. 

Jugement  des  estoiles,  402. 

Jugement  dernier  (Tableaux  du),  189, 
217. 

Julien  (Cresques  lo). 

Juifs.  Livres  hébraïques  confisqués 
sur  les  Juifs  et  mis  au  Trésor  des 
chartes,  139,  376-378.  —  Prétendus 
manuscrits  présentés  par  des  Juifs 
à  Charles  V,  338.  —  Contribution 
des  Juifs  pour  l'exécution  de  la 
Bible  de  Jean  de  Sy,  328,406.  —  Voy. 
Josèphe,  Cresques,  Farag,  Menecier. 

Julianus,  366. 

Justinien.  Voy.  Code,  Digeste,  Extra- 
ordinaire, Institutes. 

Juvénal  des  Ursins.  Son  missel,  399. 


La  Bigne  (Gace  de). 

La  Bouchère  (Collection),  à  Nantes, 

338,  345. 
La  Chaleur  (Jean  de). 
La  Croix  (André  de). 
—  (Jean  de). 
La  Grange  (Jean  de). 
La  Haye  (Mss.  de  la  Bibl.  royale  de). 

Voy.  partie  H,  p.  330*.  —  Mss.  du 

Musée  Méermanno-Westréenien,  148, 

252. 
Laillier,  Lalier  (Michel  de).     . 
Laistre  (Philippe  de). 
Lambert  Le  Petit,  copiste,  243. 
Lamoignon.  Bible  lui  ayant  appartenu. 

66. 
Landez  (Pierre  de). 


428 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


L'Angevin  (Thevenin). 
L'Anglais  (Barthelemi). 
Langres  (Jean  de). 
Langue  d'oc  (Mss.  en),  42. 
Languedoc    (Voyage    de    Charles    VI 

dans  le),  132. 
Laon  (Miracle  de  la  flertre  de),  299. 
Laon  (Henri  de). 
Laonnois  (Vidame  de).  Voy.  Jean  de 

Montaigu. 
L'Arbaleste  (Famille  de).  Ms.  lui  ayant 

appartenu,  406. 
La  Teillaye  (M.  de). 
Laurent  (Frère).  Mss.  de  la  Somme  le 

Boi,  236-247. 
Laurent  Du  Bois,  247. 

—  Girard,  notaire  de  Charles  VII,  127, 
403. 

—  L'Evesque,  368. 

—  de  Marsoy,  333. 
Laval  (Gui  de). 

La  Vallière  (Le  duc  de).    Bible   lui 

ayant  appartenu,  150. 
L'Avenant  (Jean). 
Laverdet  (Lettres  autographes  vendues 

par),  339. 
Le  Bègue  (Jean). 
Le  Boucher  (Nicaise). 
Le  Boursier  (Alexandre). 
Le  Breton  (Gautier). 

—  —    (Guillaume),  de  Basqueville. 
Le  Coq  (Bobert). 

Le  Fèvre  (Godefroi). 

Le  Galois  (Jean  Gallopes,  dit). 

Légende  dorée,  204,  285.  —  Appendice 
sur  les  fêtes  nouvelles,  103. 

Légiloque  (Le),  248. 

Le  Jeune  (Jean). 

L'Empire  (Olivier  de). 

Le  Noir  (Jean). 

Léochade  (Sainte),  298. 

Le  Petit  (Lambert). 

Le  Plessis-Gassot,  353,  361. 

Le  Portier  (Pierre). 

Les  Ageux,  358. 

L'Eschiquier  (Jean  Bertrand  de). 

L'Escot  (Guillaume). 

L'Esrripvain  (Jean). 

L'Esglantier  (Henri  de). 

Lespoisse  (Nicolas  de). 

Lesouef  (M.).  Son  portulan,  277. 

Letellier  (Lettres  de  la  Collection), 
338  et  suiv. 

Le  Tourneur  (Thomas). 

Le  Veau  (Gilles). 

L'Evesque  (Laurent). 

Le  Vilain  (Mathieu). 

Leyde.  Ms.  de  l'Université,  278,  279. 

L'Huilier,  L'Uillier  (Henri). 

Libraires.  Voy.  Denis  Courtiller,  Hen- 
ri L'Uillier,  Hilaire  de  Bez,  Jean 
d'Arras,  Jean  d'Essy,  Jean  de  Lin- 
coln, Jean  Merles  ou  Marlet,  Jean 


de  Sautigny,  Olivier  de  l'Empire, 
Perrin  Cauvel,  Pierre  Honnorez  de 
Neufchatel,  Thevenin  L'Angevin, 
Thomas  de  Maubeuge. 
Librairie  du  Louvre.  Inventaires,  23- 
35;  —  de  Gilles  Malet  (1373-1380), 
23-27;  —  de  Jean  Le  Bègue  (1411 
et  1413),  28-31  ;  —  de  l'année  1424, 
31,  32.  —  Becolement  de  1380,  28. 

—  Livres  compris  dans  les  inven- 
taires du  mobilier  (1380  et  1418),  31, 
33.  — Editions  des  inventaires,  33, 34. 

—  Plan  de  l'édition  publiée  dans  la 
seconde  partie  de  cet  ouvrage,  35. 

—  Aperçu  de  la  composition  de  la 
librairie^  36-41.  —  Elle  est  transfé- 
rée du  Palais  au  Louvre,  7,  367.  — 
Livres  qui  en  subsistent,  142-325. 

Liège.  Chronique  des  évêques,  322. 

Lihuz  (Pierre  de). 

Lille  (Alain  de). 

Limai  (Couvent  de).  Charte  historiée 
de  Charles  V  pour  cette  maison,  61. 

Limoges,  conquise  par  Charles  V,  99. 

Lincoln  (Jean,  libraire  de),  331. 

Lions  peints  dans  les  livres  de  Char- 
les V,  55,  152,  219,  221,  222,  280, 
284,  285,  308,  320,  403. 

Lirois  (Guillaume  de). 

Lisieux  (Nicole  Oresme,  nommé  évêque 
de),  106. 

Lisignes  (Marie  de). 

Litanies  anglaises,  203,  206. 

Livre  royal  (Le)  de  Jean  de  Chaven- 
ges,  323. 

Loan  (Philippe  de). 

Locart  (Thomas). 

Loherenc  (Boman  du)  Garin,  331. 

Londres.  Mss.  du  Musée  britannique, 
102,  135,  147,  174,  218,  219,  239, 
273,  320,  330,  400.  —  Voy.  partie  II, 
330*. 

Longchamp  (Isabelle  de  France,  fonda- 
trice de),  176. 

Longueaue,  358,  359.  —  Baoul  de  L. 

Longueville  (Armes  de),  214. 

Longueville  (Yolande  de  Flandre,  com- 
tesse de). 

Lorens.  Voy.  Laurent. 

L'Orfèvre  (Pierre). 

Lorraine  (Henriette  de),  abbesse  de 
Notre-Dame  de  Soissons,  292,  293. 

Loth  (Les  filles  de),  409. 

Louis,  duc  d'Anjou,  50,  123,  136,  145, 
148,  149,  257,  328.  —  Livres  pris 
par  lui  à  la  librairie  du  Louvre,  135. 

—  Son  tapis,  148.  —  Parrain  d'un 
fils  de  Gilles  Malet,  14. 

—  cardinal  et  duc  de  Bar,  327,  328. 

—  duc  de  Bourbon,  346. 

—  Blanchet.  Voy.  Jean  Blanchet. 
Louis  1er,  duc  de  Bourbon,  137.  —  Son 

manuscrit  de  la  Somme  le  Boi,  243. 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


429 


Louis  de  Bruges  (Mss.  de),  140,  250, 
251,  252,  321-324. 

Louis,  comte  d'Etampes  et  sire  de 
Lunel,  97. 

Louis  VII,  roi  de  France,  qualifié  de 
«  rex  piissimus  »,  410. 

Louis  VIII,  roi  de  France,  et  sa  fa- 
mille, 198. 

Louis  (Saint),  roi  de  France.  Sa  croi- 
sade, 193.  —  Beliques  portées  par  lui, 
213.  —  Son  image  dans  le  Bréviaire 
de  Bonne  de  Luxembourg,  335.  — 
Scènes  de  sa  vie  peintes  pour 
Charles  V,  313.  —  Traduction  de 
l'épître  consolatoire  qu'il  reçut  de 
Vincent  de  Beauvais,  227.  —  Bible 
moralisée  paraissant  lui  avoir  été 
dédiée,  173.  —  Ses  psautiers,  49, 
163-177.  —  Translation  du  chef, 
159,  177,  193.  -  Office  de  saint 
Louis,  179,  181,  192. —  Prière  d'un 
roi  adressée  à  saint  Louis,  210.  — 
Vies  de  saint  Louis,  par  Guillaume 
de  Nangis,  309;  par  le  sire  de  Join- 
ville,  318;  et  par  Guillaume  de  Saint- 
Pathus,  319.  —  Image  de  lui,  335, 
336. 

Louis,  duc  de  Guyenne.  Ses  livres, 
129,  136,  137,  223,  257,  324,  390-392, 
401.  —  Livres  envoyés  par  lui  à  la 
librairie  du  Louvre,  26  note,  29. 

—  de  Maie,  comte  de  Flandre,  137. 

—  (Saint)  de  Marseille.  Son  office,  192. 

—  Son  image,  335,  336. 

Louis,  duc  d'Orléans,  d'abord  comte  de 
Valois,  76,  77,  136,  156,  188,  269, 
356,  357,  362-364.  —  Sa  nativité, 
266,  269.  —  Ses  rapports  avec  Gilles 
Malet,  14.  —  Tite-Live  à  lui  vendu, 
15.  —  Sa  Bible,  143,  144.  —  Son 
Information  des  Princes,  101.  — 
Ses  Chroniques  de  Burgos,  102.  — 
Note  autographe,  144. 

—  de  Poitiers,  comte  de  Valentinois, 
263. 

—  (?),  comte  Vendôme,  391. 
Louvre  (Le),  à  Paris,  miniature  d'un 

livre  du  duc  de  Berry;  partie   II, 

320*. 
Lozanges  besancées,  45. 
Lucain,  278. 
Lunel    (Louis,   comte    d'Etampes   et 

sire  de). 
Luxembourg  (Bonne  de). 

—  (Jacqueline  ou  Jaquette  de). 
Lyon  (Ms.  de  la  bibliothèque),  317. 

—  Voy.  partie  II,  p.  329*. 

M 

M.  de  La  Teillaye,  391. 
Maci  (Jaquet). 


Madrid.  Mss.  de  la  Bibliothèque  na- 
tionale, 258  note,  282. 

Mahiet,  enlumineur,  184.  Voy.  Jaquet 
Maci. 

Mahieu  d'Espineuse,  352. 

Maillart  d'Estrées,  358. 

Maître  (Qualification  de),  indûment 
donnée  à  Gilles  Malet,  344. 

Maizières  (Philippe  de). 

Majorque  (Portulan  de),  277. 

Maie  (Louis  de). 

Malet  (Charles,  Gilles,  Jean,  Margue- 
rite, Philippe). 

Mamunaiz  (Pierre  de). 

Mandeville  (Jean  de). 

Mansurah  (Croisés  tués  à  la  bataille 
de),  180,  411. 

Mappemonde  de  la  Bible  de  Jean  de 
Sy,  406,  407. 

Marchia  (Angélus  de). 

Marco  Polo  (Le  livre  de),  274. 

Marcoussis  (Livres  du  château  de), 
129,  223,  257. 

Mareuil  (Seigneur  de),  354. 

Marges  ayant  reçu  des  peintures,  44, 
45. 

Marguerite  de  Bourgogne,  duchesse 
de  Guyenne,  puis  comtesse  de  Biche- 
mont.  Ses  Heures,  401,  402. 

—  de  Flandre,  duchesse  de  Bour- 
gogne, 136,  285. 

—  iille  de  Gilles  Malet,  16  note.    " 

—  la  relieuse,  331. 

—  de  Vienne,  100. 

Marie  de  Berry,  duchesse  de  Bourbon- 
nais, 151, 

—  de  Bourbon,  prieure  de  Poissi,  120, 
121. 

—  de  Bourgogne,  comtesse  de  Savoie, 
212. 

Marie  de  Brabant,  reine  de  France, 
410. 

—  de  France,  duchesse  de  Bar,  2,  50, 
121,  136,  328. 

—  de  France,  fille  de  Charles  V,  reli- 
gieuse de  Poissi,  156,  175,  183,  269. 

—  de  France,  fille  de  Charles  VI,  136. 

—  de  Lisignes,  dame  de  Seignelai, 
100. 

—  de  Saint-Paul,  comtesse  de  Pem- 
broke,  52,  65. 

Marigny  (Jean  de). 

Marines  (Biens  de  Gilles  Malet  à),  12. 

Marlet  (Jean).  Voy.  Merles. 

Marramas  (Drap  d'or),  46. 

Marseille  (Saint  Louis  de). 

Marsoy  (Lorens  de). 

Martin  (Saint).  Sa  vie,  par  Péan  Gasli- 

neau,  307. 
Martin  II,  roi  d'Aragon.  Son  Bréviaire, 

217. 

—  de  Melou,  52,  326. 

—  de  Saint-Gille,  402. 


430 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


Mathieu  Congnée,  lieur  de  livres,  368. 

—  Le  Vilain,  traducteur,  264. 
Maubeuge  (Thomas  de). 
Maucler  (Girard). 

Maulin  (Jean). 

Mazarinei'Mss.de  la  bibliothèque),  240, 
284. 

Meaux  (Evêque  de),  Jean  Boyer. 

Médecine  (Livres  de),  en  hébreu,  377. 

Meerbeke  (Guillaume  de). 

Méermanno-"\Vestréenien  (Musée),  148, 
252. 

Meliachin,  323. 

Mellou,  Melou  (Martin  de). 

Melun  (Les  L'Arbalesle,  vicomtes  de), 
406. 

Melun  (Livres  du  roi  à),  32,  128. 

Memoriale  historiarum,  103. 

Menecier,  juif,  53,  376. 

Mengniac  (Aimeri  de). 

Merles  ou  Marlet  (Jean). 

Mesmes  (Famille  de).  Sa  fausse  généa- 
logie, 171.  —  Henri  de  M.,  171. 

—  (Guillaume  de). 

—  (Henri  de). 

Metz  (Jean  de  Vy,  échevin  de). 

Meun  (Jean  de). 

Michel,  chapelain  du  roi,  370. 

—  de  Crenev,  évéque  d'Auxerre,  159. 

—  de  Lailliêr,  28,  387,  388,  396. 
Michelle  de  France,  tille  de  Charles  VI, 

136. 

Milan,  ms.  H.  106  sup.  de  l'Am  bro- 
sienne,  243. 

Milan  (Valentine  de). 

-   de  Dormans,  évêque  de  Beau- 
vais,  50. 

Milet  (Jean). 

Miniatures  des  Heures  de  Sainte-Osi- 
the,  201,  202:  —  do  la  Somme  le 
Boi,  236-247;  —  des  Miracles  de 
Notre-Dame,  303,  304;  —  des 
Grandes  Chroniques,  310,  316:  —  de 
la  Vie  de  saint  Louis,  313;  —  de 
la  Bible  de  Jean  de  Sy,  408.  —  Mi- 
niatures découpées  dans  un  bré- 
viaire, 196.  —  Voy.  les  notices  de 
beaucoup  d'autres  mss.,  142  et  suiv. 

Miniaturistes  (Instructions  données 
aux),  311.  —  Voy.  Enlumineurs. 

Miracles  de  Notre-Dame,  par  Gautier 
de  Coinci,  285-305. 

Miroir  (Le)  de  l'Eglise,  par  Hugues 
de  Saint-Victor. 

Miroir  (Le)  des  liâmes,  247. 

Miserere  (Le)  du  Beclus  de  Molliens, 
247. 

Missels  de  Paris,  158;  —de  Belleville, 
182  note;  —  traduction  française 
du  Missel,  161,  162. 

Mohammed  Abou  Bekr,  271. 

Molins  (Jean  de)  ou  du  Molin,  140, 
141. 


Molliens  (Beclus  de),  247. 

Monnaie  d'or  de  Charles  V,  99  note. 

Montagu  ou  Montaigu  (Jean  de). 

Montague  (Guillaume). 

Montaigu  (Gérard  de). 

Montauban,  conquête  de  Charles  V, 
99. 

Montbéliard  (Etienne  de). 

Montcassin  (Giovanni,  moine  du). 

Montfort  (François  de). 

Montigny,  121." 

Montjay  (seigneur  de),  359. 

Montmartre  (Jean  de). 

Montpellier  (Pierre,  chirurgien  de), 
121,  122. 

Montpensier  (Jean,  comte  de). 

Mont-Saint-Michel  (Le),  visité  par 
Charles  VI,  132.  —  Miniature  repré- 
sentant les  pèlerinages  du  Mont, 
401. 

Moralités  des  philosophes,  259. 

Moralités  sur  la  Bible,  327,  333. 

Morgan  (Pierpont),  son  fragment  de 
Bible  moralisée.  174.  —  Son  Bré- 
viaire franciscain,  403,  411. 

Morice  (Frèreï,  121. 

Mort  (La  doutance  de  la),  297,  301. 

Motez  (Livre  de),  333. 

Mouches  à  miel  (Livre  des),  par  Tho- 
mas de  Cantimpré,  228. 

Munich  (Bibliothèque  royale  d<^.  Ma- 
nuscrit illustré  par  Fouquet,  127 
note,  403.  —  Missel  du  duc  de  Berry, 
partie  II,  331*. 

Mur  (Dalmatio  de). 

Musée  Coudé.  Voy.  Chantilly. 

Musique  (Instruments  de),  26  note.  — 
Airs  notés  de  pièces  en  l'honneur 
de  la  Vierge,  289,  297,  305. 

.Mutina  (Bernardinus  de). 


Nangis  (Guillaume  de). 

Nantes  (Bibliothèque  de).  Fausses 
lettres  de  Charles  V  et  du  duc  de 
Berry,  338,  345. 

—  Musée  Dobrée.  Bible  de  Charles  VI. 
1  iô.  —  Fausse  lettre  de  Charles  V. 
338. 

Narbonne.  Portraits  de  Charles  V  el 
de  sa  femme  sur  une  parure  d'autel 
de  1  église  de  N.,  62. 

Naurois  (Albert  de),  194. 

Navarre  (Armes  de),  51,  214.  —  Le  roi 
Charles  le  Mauvais.  —  Blanche  et 
Jeanne  de  N. 

Neelle  (Jean  de). 

Neufchâtel  en  Normandie,  327. 

Neufchâtel  (Jean  de). 

Neuville- Villeroy  (François  de),  arche- 
vêque de  Lyon.  Bible  lui  ayant  ap- 
partenu, 66. 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


431 


Nevers  (Mons.  de),  Jean,  fils  de  Phi- 
lippe, duc  de  Bourgogne,  137. 
Nicaise  le  Boucher,  358. 
Nicolas  de  Gonesse,  traducteur,  115. 

—  de  Lespoisse,  103. 

—  des  Prez,  28,  387,  388. 

Nicole  de  Chambli,  femme  de  Gilles 
Malet,  16,  17,  18,  19,  360,  361. 

Nicole  de  Vaires,  51. 

Nicole  ou  Nicolas  Oresme,  traducteur, 
104-107,  252-257,  379. 

Nîmes  (Le  senne  de),  330. 

Nivelle  (Geuffrin). 

Nizières  (Jean  de). 

Noble  maison  (La),  330. 

Nogent-les- Vierges,  358,  359. 

Noir  (Jean  Le). 

Normandie  (Coutumier  de),  du  Musée 
Du  Tuit,  64. 

Normandie  (Bonne,  duchesse  de). 

Note  (Lettre  de),  41. 

Notre-Dame.  Miracles,  285-305.  — Pro- 
phéties, 323.  —  Les  Cinq  joies,  302. 
—  Voy.  Heures. 

Nuremberg  (Bibliothèque  de).  Heures 
de  Sainte-Osithe,  137  note,  198. 


(> 


Odo.  Voy.  Eudes. 

Oessel  (Gautier  d'). 

Ogier  (Philippe). 

Oise  (La  rivière  d'),  356,  360. 

Olivier  de  Clisson.  Bréviaire,  182. 

—  de  l'Empire,. libraire,  91. 
Or  (Mss.  en  lettres  d'),  43,  215. 
Oresme  (Nicole). 

Orgemont  (Mss.  aux  armes  d'),  avec 
bordures  tricolores,  67. 

—  (Amauri  d'). 

—  (Pierre  d'). 
Originaux  des  saints,  330. 

Orléans  (Armes  d'),  236.  —  Ducs  et 
duchesses  :  Charles,  Louis,  Philippe; 
Blanche,  Valentine. 

Orléans  (Jean  d'). 

—  (Baoulet  d'). 
Orquevaulz  (Jeannin  d'). 

Osithe  (Sainte-),  204-206.  —  Minia- 
ture, 200. 

Othe  de  Granson.  Ballades,  133. 

Oudart  Boscliot  travaille  à  l'inven- 
taire de  la  librairie  du  Louvre,  28, 
390. 

Oudin  de  Carvanay,  copiste,  69,  70. 

Outre-mer  (Chronique  d'),  371. 

Oxford.  Bible  moralisée  de  la  Bod- 
léienne,  174.  —  Ms.  de  l'Ecole  de 
peinture  d'O.,  214.  —  Ms.  du  col- 
lège de  la  Trinité,  209.  —  Ms.  du 
collège  Saint-Jean,  266. 


Pairs  de  France.  Blanc  réservé  pour 
leurs  armes,  313. 

Papes  (Vies  des).  Edition  dédiée  à 
Charles  V  par  Pierre  Bohier,  373, 
385,  386.  —  Privilèges  accordés  par 
les  papes  aux  rois  de  France,  319. 

Paradis  (La  Voie  et  non  la  Joie  de), 
247,  248. 

Parchemin  (Achat  de),  370. 

Paris.  Eglise  de  Notre-Dame,  159.  — 
Evoques  :  Gérard  de  Montaigu, 
Pierre  d'Orgemont.  —  Chanoine  : 
Jean  de  Sains.  —  Ordre  de  la  célé- 
bration des  fêtes  du  temps  pascal 
en  1329,  192.  -  Bréviaire,  190,  197. 

—  Missels,  122,  158.  —  Sainte-Cha- 
pelle, 159.  —  Dédicace,  180,  198.  — 
Psautier  férial,  177.  —  Chanoine  : 
Jean  Daudin.  —  Saintes  reliques. 
Voy.  Reliques.  —  Eglise  des  Inno- 
cents, 134.  —  Bible  des  Célestins, 
143,  144.  —  Dominicains,  123,  330, 
374,  375.  —  Hôtel  de  Saint-Paul. 
Voy.  Saint-Paul.  —  La  librairie  du 
roi  transférée  du  Palais,  au  Louvre, 
devers  la  tour  de  la  Fauconnerie, 
367.  —  Manuscrits,  voy.  Arsenal, 
Louvre,  Mazarine,  Sainte-Geneviève, 
Cluni.  —  Collège  maître  Gervais, 
122,  123.  —  Voy.  Copistes,  enlumi- 
neurs, libraires.  —  Domaine  et 
recette,  355,  361.  —  Echevin  :  Gar- 
nier  de  Saint- Yon.  —  Jean  de  Paris. 

—  Jean  de  Bonneuil,  bourgeois  de 
Paris.  —  Marchands  :  Bernard  Bele- 
nati,  Dyne  Bapponde.  —  Tombe  de 
Raoul  de  Presles  dans  l'église  de 
Saint-Merry,  107;  hôtel  de  ce  per- 
sonnage dans  la  rue  Neuve-Saint- 
Merry,  110.  —  Rue  Troussevache  et 
rue  Aubery-Le-Boucber,  365. 

Passion  (Traduction  de  la),  134. 

Patenostre  (La)  exposée  en  prose,  306. 

Patrac  pour  Pétrarque,  371. 

Patriarches  (Testaments  des  douze), 
328- 

Paul  (Saint).  —  Images  de  la  prédica- 
tion de  l'apôtre,  216. 

Péan  Gastineau.  Vie  de  saint  Martin, 
307. 

Pèlerin  de  Prusse.  Ouvrages  astrolo- 
giques, 266. 

Pèlerinage  (Le)  de  l'âme,  traduit  par 
Jean  Gallopes,  402. 

Pembroke  (Marie  de  Saint-Paul,  corn* 
tesse  de). 

Pennes  d'Esguelnes  ou  Des  Guelnes, 
358. 

Pépin  (Les  Enfances),  171. 

Perin  Remiet,  404. 

Perinz  de  Falous,  copiste,  237. 


432 


TABLE  ALPHABÉTIQUE. 


Pernelle  de  Gaurrien,  femme  de  Gilles 
Malet,  16. 

Perrault  (Guillaume). 

Perrin  Cauvel,  libraire,  133. 

Petit  (Lambert  Le). 

Petmel,  397. 

Pétrarque  (François). 

Philippe  Le  Bon,  duc  de  Bourgogne. 
Grand  bréviaire  renfermant  son  por- 
trait, 198. 

Philippe  Le  Hardi,  duc  de  Bourgogne, 
24,  133,  136,  161,  388. 

Philippe-Auguste,  roi  de  France.  Son 
anniversaire,  180,  198. 

Philippe  Le  Bel,  roi  de  France,  appelé 
le  bel  roi  Philippe,  177.  —  Son  bré- 
viaire, 49,  179.  —  Son  obit,  178. 

Philippe  Le  Hardi,  roi  de  France. 
Son  exemplaire  des  Chroniques  de 
France,  309. 

Philippe  Le  Long,  roi  de  France.  Vie 
de  saint  Denis,  dédiée  à  ce  roi,  306, 
307.  —  Son  obit,  177. 

Philippe  de  Valois,  roi  de  France, 
178.  —  Ms.  de  Bernard  Gui  lui 
ayant  appartenu,  282. 

—  de  Laistre,  359. 

—  de  Loan,  139. 

—  de  Maizières,  52,  120.  —  Le  Songe 
du  vieux  pèlerin,  127. 

—  Malet,  lils  de  Gilles,  16  note.  — 
Seigneur  de  Ballengni,  près  Senlis, 
357. 

—  Ogier,  121. 

—  duc  d'Orléans,  120. 

—  de  Builly,  396. 

—  de  Savoisi,  32. 

—  de  Trie,  354,  361. 

—  de  Vier,  358. 

Philosophes  (Moralités  des),  259. 
Physicien  (Jean   le    bon),  122.   [Peut 

être  Jean  Le  Bon,  physicien.] 
Picard  (Dialecte),  42. 
Picard  (Eudes). 

Picardie  (Comté  de  Pontieu  en),  99. 
Pichon  (Ms.  du  baron),  334. 
Pierre  Abélard,  302. 

—  comte  d'Alençon,  121. 

—  Amelii,  archevêque  d'Embrun,  50. 

—  d'Asnières,  52. 

—  d'Avoir,  121. 

—  Bersuire,  traducteur,  283,  327. 

—  Bohier.  SurlaBègledesaint  Benoît, 
82.  —  Vies  des  papes,  3, 82, 385,  386. 

—  Chevalier,  vendeur  ou  acheteur  d'un 
Boman  de  la  Bose,  64. 

—  de  Crescens.  Le  Bustican,  115,  116. 

—  Culdoë,  7  note. 

—  des  Essarts,  326. 

—  Franchomme,  188. 

—  de  Hangest,  prévôt  de  l'église 
d'Amiens,  traducteur,  226,  227. 


Pierre  Honnorez  de  Neufchâtel  en  Nor- 
mandie, libraire,  327. 

—  de  Landez,  379. 

—  Le  Portier,  133. 

—  L'Escot,  367. 

—  de  Lihuz,  352,  358. 

—  L'Orfèvre,  360. 

—  de  Luxembourg  (Saint),  51. 

—  de  Mamunaiz,  358. 

—,  chirurgien  de  Montpellier,  121, 
122. 

—  d'Orgemont,  chancelier.  Ses  Chro- 
niques, 313,  372. 

—  d'Orgemont,  évèque  de  Paris,  67. 

—  d'Orgemont,  seigneur  de  Montjav 
et  de  Chantillv,  359. 

—  de  Préaux,  269,  270. 

—  Bemiot,  enlumineur,  80,  404. 

—  Scatisse  (Lettres  de  Charles  V  à), 
349. 

—  de  Villiers  (et  non  de  Villars), 
évéque  de  Troyes,  confesseur  du 
roi,  52,  123,  144,  374,  375. 

Pierpont-Morgan  (Ms.  de),  403,  411. 
Pipes  ou  signets  des  manuscrits,  46. 
Pisan  (Christine  de). 
Plenus  Amoris  (Hamericus). 
Poissi    (Beligieuses    de).    Marie    de 

France,  183.  —  Prieure,  Marie  de 

Bourbon,  120,  121. 
Poitiers.  Livres  du  roi  Jean  perdus  à 

la   bataille   de    P.,   286,   291,  330, 

331. 

—  (Louis  de). 

Polycratique  (Le)  de  Jean    de  Salis- 

bury,  en  français,  85,  263. 
Pont-Sainte-Maxence  (Biens  de  Gilles 

Malet  à),  12, 348-360.  —  Eglise  de  P., 

18. 
Pontieu  (Le  comté  de),  en  Picardie, 

conquis  par  Charles  V,  99. 
Pontoise  (Vicaire  de  Saint-Melon  de), 

240. 
Ponts  (Jean  de). 
Portier  (Pierre  Le). 
Portulan,  276.  —  Voy.  Atlas  catalan. 
Poulain  (Jean). 

Pourtrayeur  (Simon  de  Bouen),  333. 
Préaux  (Armes  de),  51. 

—  (Pierre  de). 
Près  (Nicolas  des). 
Presles  (Baoul  de). 

Primat,  moine  de  Saint-Denis.  Sa  tra- 
duction des  Chroniques  de  France, 
309. 

Princes  (Le  livre  de  l'Information  des), 
101,  262. 

Proulias  (Athis  et),  321. 

Prophètes  glosés,  330.  —  Images  des 
prophètes  et  des  apôtres,  216. 

Prophéties  de  Notre-Seigneur  et  de 
Notre-Dame,  323. 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


433 


Propriétaire  (Le)  des  choses  ou  Livre 
des  Propriétés,  91-92,  230-235. 

Provençal  (Mss.  en),  42. 

Prusse  (Pèlerin  de). 

Psautier  (Illustrations  du),  180.  — 
Psautiers  divers,  163-179;  —  d'Inge- 
burge,  163;  —  de  Peterborough, 
172;  —  attribué  à  Blanche  de  Cas- 
tillc,  165;  —  de  saint  Louis,  163, 
175;  —  férial  de  la  Sainte-Chapelle, 
177. 

Ptolémée.  Centiloge,  265.  —  Quadri- 
perti,  265. 

Pucelle  (Jean).  Heures  de  Pucelle, 
332. 


Q 


Quadriperti  (Le)  de  Ptolémée,  265. 
Quarante  homélies  (Les)  de  saint  Gré- 
goire, en  français,  118. 


R 


R.  de  Brace,  123. 

Racine  (Guillaume). 

Raoul  de  Longueau,  351,  358. 

—  de  Presles,  1,  3,  50,  52,  120.  —  Ses 
traductions,  84,  107-114;  de  la  Bible, 
58,  147;  de  la  Cité  de  Dieu,  220-223. 
—  Son  tombeau,  107  note.  —  Auteurs 
cités  par  lui,  380.  —  Exemplaires 
de  la  Cité  de  Dieu  qu'il  a  consul- 
tés, 383. 

—  Tainguy,  copiste,  73. 

Raoulet  d'Orléans,  copiste,  70-79,  148, 

149,  153,  154,  253,  254,  275. 
Rapponde  (Dyne). 
Rebecca.  Miniature,  409. 
Reclus  de  Molliens,  247. 
Regnault  Chauvel,  332. 

—  de  Dampmartin  (Vers  de),  306. 

—  Dongnon,  351. 

Reims  (Archevêque  de)  :  Jean  de  Craon. 

—  (Etienne  de). 

Relieur  et  relieuse.  Voy.  Jacques, 
Jean  Geoffroi,  Martin  Congnée,  Mar- 
guerite. 

Reliques  (Les  Saintes),  158,  159,  178, 
181,  192,  198. —  Image  des  reliques, 
209   213. 

Reliure  de  livres,  45,  46,  369-372.  — 
Changement  de  la  reliure  de  quelques 
livres,  389. 

Rémi  (Saint).  Vie  en  vers  français, 
308. 

Remiet,  enlumineur,  80.  —  Voy.  Pierre 
Remiot. 

Renart  (Roman  de),  331. 

Renaud  de  Chasteaux,  137. 

—  de  Fontaines,  évéque  de  Soissons, 
145. 

—  Fréron,  122. 


René  d'Anjou,  roi  de  Sicile,  328. 
Reuelle  ou  Revelle  (Firmin  de). 
Rez  (Hilaire  de). 

Rhasès  (Le  Contenant  de),  270-272. 
Richard  II,  roi  d'Angleterre,  120,  137, 

183. 
Richard  de  Furnival,  325. 
Richemont  (Marguerite  de  Bourgogne, 

comtesse  de). 
Rien  en  Beauvoisin,  368. 
Robert,  comte  d'Artois.  Son  obit,  198. 

—  de  Baudrecourt,  328. 

—  Caignet,  359. 

—  Grosse-Tête,  328. 

—  Le  Coq,  54. 

—  évéque  de  Senez,  127. 

—  de  Sorbon,  Iter  paradisi,  248. 

—  roi  de  Sicile,  50. 

Robin  de  Fontaines,  enlumineur  et 
écrivain,  133. 

Rochambeau  (Le  comte  de),  372. 

Romains  (Faits  des),  278. 

Romanorum  Gesta,  128. 

Rome.  Mss.  du  Vatican,  192,  282;  par- 
tie II,  331*. 

Rome  (Gilles  de). 

Rothschild  (Baronne  Ad.  de).  Ms.  de 
sa  bibliothèque,  334.  Voy.  partie  II, 
p.  329*. 

—  (Baron  Ed.).  Ms.  de  sa  biblio- 
thèque. Voy.  partie  II,  p.  329*. 

—  (Baronne  James  de).  Ms.  de  sa  bi- 
bliothèque, 217. 

Rouen  (Bailli  de),  121.  —  Voyage  de 
Charles  VI  à  Rouen,  132.  —  Ms.  copié 
à  Rouen  en  1429, 402.  —  Charte  his- 
toriée de  Charles  V  pour  la  cathé- 
drale de  Rouen,  57,  61.  —  Les  livres 
du  duc  de  Bedford  portés  à  Rouen, 
139.  —  Nicole  Oresmc,  doyen  de 
Rouen. 

—  (Jean  ou  Jeannin  de). 

—  (Simon  de). 

Royaumont  (Charte  historiée  de  l'ab- 
baye de),  57,  61. 
Royer  (Jean). 
Rue  (Jacques  de). 
Ruilly  (Philippe  de). 
Ruskin,  158,  214. 
Rustican  (Le),  115,  116. 
Rutebeuf,  322. 

S 

Saarbruck  (Le  comte  de),  121. 

Sacre  des  rois  (Livre  du),  218,  330.  — 

Sacre  de  Charles  V,  312  note;  de 

Charles  VI,  312. 
Sacrement  (Office  du),  180,  181. 
Sains  (Jean  de). 
Saint-Aubin  (Huistace  de). 
Saint-Denis    (Abbaye    de),    122.    — 

Moines  :  Primat,  Yves. 

28 


43^ 


TABLE   ALPHABÉTIQUE. 


Saint-Eloi    (Pierre    Bersuire,    prieur 

de). 
Saint-Germain-en-Laye  (Livres  du  roi 

à),  32. 
Saint-Gille  (Martin  de). 
Saint-Graal  (Roman  du),  326. 
Saint-Gueulx  en  Beauvoisin,  358. 
Saint-Lucien  de  Beauvais  (Bible  de), 

53,  143,  143. 
Saint-Melon  de  Pontoise,  240. 
Saint-Pathus  (Guillaume  de). 
Saint-Paul   (Hôtel  à   Paris),   268.    — 

Livres  du  roi  à  cet  hôtel,  32.   — 

Charte  relative  à  l'inaliénabilité  de 

L'hôtel,  57,  61. 
Saint-Paul  (Marie  de). 

—  (Wateran,  comte  de). 
Saint-Pétersbourg.    Bible    indûment 

signalée  comme  conservée  à  la 
Bibliothèque,  144.  —  Boman  de  la 
Panthère,  etc.,  partie  II,  331*. 

Saint-Victor  (Hugues  de). 

Saint-Yon  (Garnier  de). 

Sainte-Chapelle  (La).  Yoy.  Paris. 

Sainte -Geneviève  (Bibliothèque),  à 
Paris.  Ms.  des  Chroniques  de  France, 
309;  ms.  de  Tite-Live,  en  français, 
283;  ms.  de  la  Somme  le  Boi.  232. 

Sainte-Osithe  de  Chiche,  204-205.  — 
Heures  paraissant  avoir  été  faites 
pour  cette  église,  198-208.  —  Psau- 
tier de  ce  prieuré,  206. 

Saintes  (Table  d'un  recueil  de  vies  de), 
293. 

Saints  (Originaux  des),  330. 

Salenus  de  Agregento,  271,  272. 

Salisbury  (Jean  de). 

—  (Comte  et  comtesse  de)  :  Guillaume 
Montague,  Elisabeth. 

—  (Brévaire  de\  399. 
Salluste,  278. 
Salmon  (Pierre). 

Saloinon  (Sagesse  de),  peinture,  155. 

Salon  (Prieur  de).  Voy.  Honoré  Bonet. 

Saluées  (Le  marquis  de),  121. 

Salvain  (J.). 

Sanitatis  (Tacuinum),  273. 

Sardenai  (Notre-Dame  de),  301. 

Sarron,  359. 

Sautigny  (Jean  de). 

Sauvilla  (Bernard  de). 

Savoie  (Armes  de),  211,  212. 

—  (Comte  et  comtesses  de)  :  Amédée, 
Blanche  de  Bourgogne,  Marie  de 
Bourgogne. 

—  (Heures  de),  208. 
Savoisi  (Philippe  de). 
Scatisse  (Pierre). 
Scheffield  (Musée  de),  158. 
Scotus.  Voy.  Guillaume  L'Escot. 
Scrope  (Stephen). 

Sebèce  (Alain). 


Seignelai  (Marie  de  Lesinnes,  dame 
de). 

Seuart  (Hermitage  de),  18. 

Senèque.  Epîtres  en  français,  118, 
257.  —  De  Remediis  fortuitorum, 
89.  —  Reliure  d'un  Senèque  pour  le 
Dauphin,  371. 

Senez.  Robert,  évéque. 

Senlis.  Jean  Dodieu,  évèque. 

Senne  (Le)  de  Nîmes,  330. 

Sermoises  (Adam  de). 

Sery  (Soullart  de). 

Sicile  (Rois  de)  :  Charles  d'Anjou. 
Louis,  René,  Robert. 

Sigebert  (Annales  dérivées  de  la  Chro- 
nique de),  306. 

Siginulfe  (Barthelemi). 

Silly  en  Mussien,  357. 

Simon  de  Hesdin,  traducteur,  114, 115, 
123,  284. 

—  de  Rouen,  pourtraveur,  333. 

Soisi-sur-Etiolles  (Biens  de  Gilles 
-Malet  à),  12,  16,  17.  —  Eglise  de 
S.,  18,  19,     ' 

Soissons  (Abbaye  de  Notre-Dame  de). 
Ms.  des  Miracles  de  Notre-Dame  au 
séminaire  de  Soissons,  285-305, 
331.  —  Miracles  de  N.-D.  de  S., 
300.  —  Evêques  :  Jean  Milet,  Renaud 
de  Fontaines.  —  Bible  de  la  cathé- 
drale, 145. 

Soisy-sur-Seine,  361. 

Somme  des  confesseurs,  330. 

Somme  le  Roi  (Mss.  de  lai.  236-247. 

Songe  (Le)  du  Verger,  82,  320.  —  Le 
Songe  du  vieux  Pèlerin,  127. 

Sophie,  reine  de  Danemark,  168. 

Sorbon  (Robert  de). 

Soulier  de  la  Vierge,  293. 

Soullart  de  Sery,  368. 

Soycour  (Jeanne  de). 

Sphère  (Traité  sur  la),  266. 

Stanley  (Jean). 

Stephen  Scrope,  135. 

Stockholm  (Ms.  de  la  bibliothèque 
de),  274.    ' 

Suétone,  278. 

Suftrages   dans  les    livres    d'Heures, 
intercalés  dans  les  Heures  de  Notre- 
Dame,  201. 
Suzanne  (Jean). 
Sy  (Jean  de). 
Synagogue  (Images  de  la),  159,  216. 


Tabari  (Jean). 

Tacuinum  sanitatis,  273. 

Tainguy  (Raoul). 

Talmud  (Cahiers  du),  130. 

Tapis  du  duc  d'Anjou,  148. 

Tassin,  331. 

Taurin  (Image  de  saint),  411. 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


435 


Térence,  ms.  des  ducs,  126. 
Testament  des  douze  patriarches,  328. 
Tètes  humaines  servant  de  sujets  pour 

l'enluminure  des  initiales,  196,  197. 
Thebaldes  (Gilles  de). 
Thevenin  L'Angevin,  libraire,  76. 
Thierry,  secrétaire  du  duc  d'Orléans, 

363. 
Thomas  d'Aunoy,  21,  30,  392. 

—  Becket  (Saint),  archevêque  de  Can- 
torbéry.  —  Son  office,  201,  203.  — 
Miniatures,  200,  202,  203,  204. 

—  de  Boulogne,  Bologne,  astrologue 
du  roi,  53,  130,  377. 

—  (Saint)  de  Canteleu,  évéque  de 
Hertford,  206. 

—  de  Cantimpré.  Le  Bonum  univer- 
sale  de  Apibus,  en  français,  116, 
228. 

—  Le  Tourneur,  344. 

—  Lotart,  351. 

—  deMaubeuge,  libraire,  326,  327,333. 

—  (Jean). 

Thompson  (M.  Henry  Yates),  à  Londres. 

Ses  manuscrits,  176,  184,  214,  280; 

partie  II,  330*,  331*. 
Tite-Live,  traduit  par  Pierre  Bersuire, 

283,  327. 
Tolède   (Prétendu   clerc  de),    appelé 

par  Jean,  duc  de  Berry,  345,  346. 
Toltmache    (Lord).    Ses    manuscrits, 

204. 
Tourtier  (Jean). 
Toussac  (Charles). 
Traductions    faites   pour   Charles   V, 

82-117. 
Tramagon  (Evrart). 
Tranches  des  manuscrits  (Ornements 

sur  les),  45,  48. 
Transtamare  (Henri  de). 
Trésor  des  chartes.   Gérard  de  Mon- 

laigu,  garde,  53.  —  Livres  hébraïques 

du  Trésor,  53,  376-378. 
Trevou  (Henri  du). 
Tricolores    (Encadrements)    dans    les 

mss.    du  temps  de  Charles  V,  62- 

66,  403,  411. 
Trie  (Philippe  de). 
Tristan  (Gencien). 
Trivulce  (Ms.  de  la  bibliothèque  des), 

partie  II,  331*. 
Troies  (Druin  de). 
Trois  morts  et  des  trois  vifs  (Image 

des),  335. 
Troyes  (Chapitre  de),  374. 

—  (Livres  donnés  aux  Dominicains 
de),  123,  12'.,  373-375. 

Truffes  ou  récits  fabuleux  de  certains 
mss.,  42. 

Turin  (Heures  de),  venues  du  duc  de 
Berry,  210  note.  —  Mss.  de  l'Uni- 
versité et  des  archives  d'Etat,  par- 
tie II,  331*. 


i; 


Dilier  (Henri  L*),  68. 
Urbain  V,  52. 

Urfé  (D').  Ms.  du  Propriétaire,  relié 
aux  armes  d'Urfé,  233. 


Vailli  en  Vermandois,  109. 

Vaires  (Nicole  de). 

Val  (Du).  Voy.  Du  Val. 

Valence  (La  Somme  le  Roi,  ms.  de 
l'Université  de),  246. 

Valentine  de  Milan,  duchesse  d'Or- 
léans, 188,  363.  —  Gilles  Malet  a 
son  service,  14. 

Valentinois  (Louis  de  Poitiers,  comte 
de). 

Valère  Maxime,  en  français,  114,  115, 
284. 

Valois  (Louis,  comte  de).  Voy.  Louis, 
duc  d'Orléans. 

—  (Jeanne  de). 

Van  Praet.  Son  travail  sur  les  inven- 
taires de  la  librairie,  33-34. 
Vatican.  Voy.  Rome. 
Vaubelou  (Jean  de). 
Vaudetar  (Jean  de). 
Vegèce  (La  Chevalerie),  273. 
Vendôme  (Louis,  comte  de). 
Venise  (Jacobins  de),  53. 

—  (Statuts  de),  330. 
Vermandois  (Aliénor,  comtesse  de). 
Véronique  (La),  305. 
Vic-sur-Aisne,  290. 

Vices  et  vertuz  (Images  des),  189. 
Vienne  (Marguerite  de). 
Viennois  (Humbert,  dauphin  de). 

—  (Dauphin  de).  Voy.  Charles  V, 
Charles  VI. 

Vier  (Philippe  de). 

Vieux  Pèlerin  (Songe  du),  127. 

Vignai  (Jean  de  ou  du). 

Vilain  (Mathieu  Le). 

Villeneuve  (Bertrand  de). 

Villepesque,  348-360.  —  Gilles  Malet, 
seigneur  de  V.,  18. 

Villiers-Herbice,  375. 

Villiers  [et  non  de  Villars]  (Pierre  de). 

Vincennes.  La  Sainte-Chapelle,  24  note, 
122.  —  Charte  historiée  de  Charles  V, 
62.  —  Livres  du  roi  à  Vincennes, 
32.  —  Charte  de  Charles  V  datée 
de  V.,  379. 

Vincent  de  Beauvais.  De  puerorum 
nobilium  eruditione,  93,  94.  — 
Epître  consolatoire,  en  français,  94, 
227.  —  Miroir  historial,  en  français, 
'278-280,  331,  359-361. 

Visconti  (Jean  Galéas). 


430 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


Vision  du  prieur  de  Salon,  324.  — 
Visions  de  sainte  Elisabeth,  en  fran- 
çais, 235. 

Yitta  (Baron).  Son  bréviaire  de  Bonne 
de  Luxembourg,  334. 

Voie  de  Paradis  (La),  247. 

Voies  de  Dieu  (Les),  traduction  fran- 
çaise, 88,  235,  411. 

Voragine  (Jacques  de). 

Voyages  de  Jean  de  Mandeville,  275. 

Vy  (Jean  de). 


W 


Waldemar,  roi  de  Danemark,  168. 
Waleran,  comte  de  Saint-Paul,  52. 
Warwich  (Le  comte  de),  156  note. 
Wasiers  (Le  comte  de).  Son  ms.  des 

Politiques  d'Aristote,  64,  256. 
Wirmes  (Jean  de). 
Windsor  (Bibliothèque  de).  Heures  de 

Marguerite  de  Bourgogne,  190  note, 

401. 


Wriothesley  (Thomas),  316. 
Y 

Yolande  de  Flandre,  comtesse  de  Bar 

et  de  Longueville.  Ses  Heures,  52, 

214-218.    —    Son    enlumineur,  80, 

365,  405,  408. 
Yolant  de   Bar,  femme  de  Jean,  roi 

d'Aragon,  328. 
Ysabelle.  Voy.  Isabelle. 
Ysopet.  Voy.  Esope. 
Yves,  abbé  de  Cluni.  Ses  livres,  237 

note. 
—    moine    de    Saint -Denis.    Vie    et 

miracles  de  saint  Denis,  306.  —  Etat 

du  manuscrit  en  1380,  29. 


Zanon,  évéque  de  Bayeux,  139. 
Zodiaque  (Signes  du),  268. 


TABLE  DES  CHAPITRES 


Pages 
A  L'ACADÉMIE  DES  INSCRIPTIONS  ET  BELLES- 
LETTRES     v 

Souvenirs  de  jeunesse vii-xxvii 

RECHERCHES  SUR  LA  LIBRAIRIE   DE   CHARLES  V, 
ROI  DE  FRANCE. 

I.  Fondation  de  la  librairie.  —  Goûts  littéraires  de 
Charles  V.  —  Son  amour  des  livres.  —  Beauté  des 
exemplaires  qu'il  réunit.  —  Installation  de  la  librai- 
rie au  Louvre 1-9 

II.  Gardes    de    la   librairie.   —    Biographie  de  Gilles 

Malet 10-22 

III.  Inventaires  de  la  librairie 23-35 

IV.  Aperçu  de  la  composition  de  la  librairie  ....         36-41 

Y.  .Condition  des  livres  d'après  les  inventaires.  — 
Langues.  —  Genres  d'écriture,  de  peinture  et  de 
reliure 42-48 

VI.  Origine  des  livres 49-54 

VII.  Caractères  propres  aux  livres  de  Charles  V.  — 
Armes.  —  Supports  de  l'écu.  —  Miniatures  de 
présentation.  —  Bordures  tricolores 55-67 

VIII.  Ecrivains   et   enlumineurs   qui   ont  travaillé  pour 

Charles  V 68-81 

IX.  Traducteurs.  —  Denis  Foulechat,  85.  —  Jacques 
Bauchant,  88.  —  Jean  Corbechon,  91.  —  Jean 
Daudin,  92.  —  Jean  Golein,  94.  —  Nicole  Oresme, 
104.  —  Raoul  de  Presles,  107.  —  Simon  de  Hes- 
din,  114.  —  Anonymes,  115 82-119 


438  TABLE  DES  CHAPITRES. 

Pages 

X.  Prêts  et  dons  de  livres  faits  par  Charles  V     .     .     .     120-124 

XI.  La  librairie  sous  le  règne  de  Charles  VI.  —  Les 
livres  de  la  reine  Isabeau,  132.  —  Le  pillage  de  la 
librairie,  135 125-137 

XII.  Ruine  de  la  librairie 138-141 

XIII.  Manuscrits  parvenus  jusqu'à  nous* 142-325 

I.  Très  belle  Bible  en  latin.  (Girone.) 142 

II.  Bible  latine.  (Arsenal.) 143 

III.  Bible  latine  glosée  (Musée  Dobrée) 145 

IV.  Bible  glosée  de  Jean  de  Sy .     .    146  et  404 

V.  Bible  traduite  par  Raoul  dePresles.  (Musée  britannique).  147 

VI.  L'Apocalypse  figurée 147 

VII.  La  Bible  historiale  de  Jean  île  Vaudetar.  (Musée  Mécr- 
manno-Westréenien.) 148 

VIII.  La  Bible  historiale  retenue  par  le  duc  de  Berry  .    .     .  150 

IX.  La  Bible  historiale.  (Copenhague.) 151 

X.  Première  partie  de  la  Bible  historiale  donnée  par  Charles  VI 

au  duc  de  Berry  en  1416.  (Arsenal.) 152 

XL  Seconde  partie  de  la  Bible  bistoriale  copiée  en  1362  par 

Raoulet  d'Orléans  pour  le  dauphin 153 

XII.  Le  Rational  de  Guillaume  Durand  annoté  en  1374  par 

Charles  V 156 

XIII.  Missel  de  Paris.  (Scheffield.) 158 

XIII  bis.  Missel  de  Paris.  (Bruxelles.) 158 

XIV.  Traduction  des  Épitres  et  des  Évangiles 160 

XV.  Psautier  de  la  reine  Ingeburge.  (Chantilly.)    ....  163 

XVI.  Psautier  de  Péterborough.  (Bruxelles.) 172 

XVII.  Petit  psautier  de  saint  Louis 175 

XVIII.  Psautier  férial  de  la  Sainte-Chapelle 177 

XIX.  Bréviaire  de  Philippe  le  Bel 179 

XX-XXI.  Bréviaire  dominicain  dit  de  Belleville,  t.  I  et  II     .  182 

XXII.  Bréviaire  franciscain  de  Jeanne  d'Evreux.  (Chantilly.).  185 

XXIII.  Le  très  beau  bréviaire  de  Charles  V 187 

XXIV.  Bréviaire  de  Paris 190 

XXV.  Bréviaire   franciscain,  au  Vatican.  —  Autre  bréviaire 
franciscain.  (M.  Pierpont  Morgan.) 192 

XXVI.  Bréviaire  dont  il  ne  subsiste  plus  que  les  peintures    .  194 
XXVII-XXVIII.  Grand    bréviaire  de  la  Sainte-Chapelle,  en 

deux  volumes.  (Bruxelles.) 197 


1.  Dans  la  liste  suivante,  les  mots  imprimés  en  italiques  désignent,  par  nom 
de  lieu  ou  de  possesseur,  les  bibliothèques  où  sont  actuellement  conserves  les 
manuscrits.  Les  autres  articles  se  rapportent  à  des  manuscrits  de  la  Biblio- 
thèque nationale. 


TABLE  DES   CHAPITRES.  439 
Manuscrits  parvenus  jusqu'à  nous. 

Pages 

XXIX.  Heures  de  Sainte-Osithe,  ayant  appartenu  à  Charles  VI. 
{Nuremberg.) 198 

XXX.  Les  Très  belles  grandes  Heures  de  Charles  V.  {Turin.).  208 

XXXI.  Heures  d'Yolande,  comtesse  de  Bar.  {M.  Yates  Thomp- 
son.)            215 

XXXII.  Livre  du  sacre  des  rois  de  France.  {Musée  britan- 
nique.)      218 

XXXI1I-XXXIV.  La   Cité  de  Dieu,  texte  latin,  t.  I   et  II. 

{Musée  britannique.) 219 

XXXV-XXXVI.  La  Cité  de  Dieu,  en  français,  t.  I  et  II    .    .       220-221 

XXXVII.  Autre  exemplaire,  t.  II 222 

XXXVIII.  Autre  exemplaire  du  t.  I.  {Angers.) 223 

XXXIX.  Les  Quarante  Homélies  de  saint  Grégoire,  en  fran- 
çais. {Arsenal.) 224 

XL.  Épître  consolatoire  de  Vincent  de  Beauvais,  en  français.  227 

XLI.  Le  livre  de  Thomasde  Cantimpré,en  français.  {Bruxelles).  228 

XLII.  Le  livre  des  Propriétés,  traduit  par  Corbechon    .     .     .  230 

XLIII.  Les  Voies  de  Dieu,  en  français 235 

XL1V.  La  Somme  le  Roi  .    . 236 

XLV.  Le  Miroir  des  dames.  (Corpus  Christi,  à  Cambridge.).  247 

XL VI.  La  Voie  de  Paradis,  etc 247 

XL  VIL  Le  Legiloque,  etc 248 

XL VIII.  La  Digeste  vielle 250 

XLIX.  Les  Institutes,  en  français 250 

L.  Les  Institutes  et  les  livres  X-XH  du  Code,  en  français.  251 

LI.  La  Somme  Ace 251 

LU.  Les  Décrétales  en  français 252 

LUI.  Les  Éthiques   d'Aristote,  en   français.  {Musée   Méer- 

manno-Weslréenien.) 252 

LIV.  Les    Politiques    et    les    Économiques,    en    français. 

{Bruxelles.) 254 

LV.  Les  Éthiques.  {Bruxelles.) 254 

LVI.  Les  Politiques  et  les  Économiques.   {M.  le  comte  de 

Wasiers.) 256 

LVH.  Les  Éthiques 256 

LVIII.  Les  Épîtres  de  Sénèque,  en  français.  {Bruxelles.) .    .  257 

LIX.  L'Enseignement  des  princes,  etc.  {Besançon.) ....  258 

LX.  Le  Gouvernement  des  rois  et  des  princes,  etc 260 

LXI.  L'Information  des  princes 262 

LXH.  Le  Policratique  de  Jean  de  Salisbury,  en  français  .     .  263 

LXIII.  Les  Météorologiques  d'Aristote,  en  français  ....  264 

LXIV.  Sur  le  Quadriperti  Ptholomé,  en  français 265 

LXV.  L'Image  du  monde 265 

LXVI.  Sur  la  sphère  et  écrits  astrologiques  de   Pèlerin  de 

Prusse.  {Collège  Saint-Jean  d'Oxford.) 266 


440  TABLE  DES  CHAPITRES. 

Manuscrits  parvenus  jusqu'à  nous. 

Pages 
LXVII.  La  Géomancie  de  Guillaume  de  Meerbeke.  (Collège 

de  la  Trinité  à  Cambridge.) 269 

LXVIII.  Le  Contenant  de  Rhasès 270 

LXIX.  Tacuinum  sanitatis 273 

LXX.  La  Chevalerie  de  Vegèce,  translatée  par  Jean  de  Meun.  273 

LXXI.  Le  jeu  des  échecs 274 

LXXII.  Le  livre  de  Marco  Polo.  [Stockholm.) 274 

LXXIII.  Les  Voyages  de  Jean  de  Mandeville 275 

LXXIV.  Atlas  catalan 276 

LXXV.  Histoire  universelle  jusqu'à  la  mort  de  Jules  César. 

(Copenhague.) 277 

LXXVI.  Le  Miroir  hislorial  de  Vincent  de  Beauvais,  vol.  I. 

(Leyde.) 278 

LXXVII.  Volume  II  du  même  exemplaire.  (Arsenal.)  .    .    .  279 

LXXVI1I.  Fleurs  des  Chroniques  de  Bernard  Gui     ....  281 

LXXIX  Opuscules  de  Bernard  Gui  en  français  (Vatican.)  .  281 
LXXX.  Tite-Live  en  français,  exemplaire  annoté  par  Charles  V. 

(Sainte-Geneviève.) 283 

LXXXI.  Valère  Maxime,  en  français 284 

LXXXII.  La  Légende  dorée,  en  français.  (Mazarine.)  .     .    .  285 

LXXXI1I.  Les  Miracles  de  Notre-Dame.  (Soissons.) ....  285 

LXXXIV.  Vie  et  passion  de  saint  Denis 305 

LXXXV.  Vie  et  miracles  de  saint  Denis 306 

LXXXVI.  Vie  de  saint  Martin,  par  Péan  Gastineau  ....  307 
LXXXVII-LXXXVIII.  Double  exemplaire  d'une  Vie  de  saint 

Rémi  en  vers.  (Bruxelles.) 308 

LXXXIX.  Les   Grandes    Chroniques    de  France,  exemplaire 

offert  au  roi  Philippe  le  Hardi.  (Sainte-Geneviève.)  .    .    .  309 

XC.  Les  Grandes  Chroniques,  exemplaire  de  Charles  V    .     .  312 

XC1.  Autre  exemplaire.  (Le  marquis  de  Bute.) 314 

XCII.  Autre  exemplaire  paraissant  contenir  la  signature  de 

Charles  V.  (Lyon.) 317 

XC1II.  Autre  exemplaire  portant  la  signature  de  Charles  VI.  318 

XC1V.  Vie  de  saint  Louis,  par  le  sire  de  Joinville    ....  318 

XCV.  Vie  de  saint  Louis,  par  Guillaume  de  Saint-Pathus    .  319 

XCVI.  Privilèges  pontificaux  accordés  aux  rois 319 

XCVII.  Le  Songe  du  verger.  (Musée  britannique.)  ....  320 

XCVIII.  Roman  d'Anséis  de  Carthage,  etc 321 

XCIX.  L'Anticlaudien  d'Alain  de  Lille,  en  français  ....  322 

C.  Le  Roman  d'Artus  le  Restoré 322 

CI.  Le  conte  du  cheval  de  fust 323 

CIL  Le  Livre  roval,  poème  de  Jean  de  Chavenges    ....  323 

CI1I.  La  Vision  du  prieur  de  Salon 324 

CIV.  Les  Fables  Ysopet  et  le  Bestiaire  d'amours 325 


TABLE  DES  CHAPITRES.  441 


APPENDICE. 


Pages 

I.  Les  livres  du  roi  Jean 326-336 

H.  Examen  de  prétendues  lettres  adressées  à  Gilles 

Malet  par  Charles  V  et  Jean,  duc  de  Berry  .     .     337-347 

III.  Aveux  rendus  par  Gilles  Malet,  par  son  fils  Phi- 

lippe et  par  sa  veuve  Nicole  de  Chambli  .     .     .     348-361 

IV.  Tite-Live  vendu  par  Gilles  Malet  à  Louis,  duc 

d'Orléans 362-364 

V.  L'enlumineur  Jean  Le  Noir  et  sa  fille  Bourgot, 
enlumineresse,  passés  du  ser-vice  de  la  comtesse 
de  Bar  à  celui  du  Boi  et  à  celui  du  dauphin 
Charles  (1358) 365-366 

VI.  Travaux  faits  à  la  librairie  du  Boi  (1367-1368)     .     367-368 

VIL  Dépenses  faites  pour   les   livres   de  la  librairie 

(1369-1378) 369-372 

VIII.  Livres  donnés  par  Charles  V  au  couvent  des  Domi- 
nicains de  Troyes (1371)  373-375 

IX.  Décharge  donnée  par  Charles  V  à  Gérard  de  Mon- 
taigu  pour  les  livres  hébraïques  retirés  du  Tré- 
sor des  chartes  (1372) 376-378 

X.  Gratification  donnée  à  Nicole  Oresme  pour  sa  tra- 
duction d'Aristote  (1374) 379 

XL  Liste  des  auteurs  cités  par  Nicole  Oresme  dans 

son  explication  de  la  Cité  de  Dieu 380-382 

XII.  Observations  de  Nicole  Oresme  sur  la  division  en 
chapitres  des  différents  exemplaires  de  la  Cité  de 
Dieu  qu'il  avait  comparés 383-384 

XIII.  Dédicace  à  Charles  V  de  l'édition  des  Vies   des 

papes  que  Pierre  Bohier  avait  préparée  .     .     .     385-386 

XIV.  Notes  sur  la  gestion  de  Gilles  Malet,  garde  de  la 

librairie  (1373-1410) 387-389 

XV.  Gratification  à  Oudard  Boschot  pour  sa  collabora- 
tion à  l'inventaire  de  la  librairie  (1411)    .     .     .     390-391 


442  TABLE  DES  CHAPITRES. 

Pages 

XVI.  Notes  sur  l'inventaire  et  le  recolernent  de  la  librai- 
rie au  temps  du  garde  Jean  Maulin  (1413  et 
1415) 392-394 

XVII.  Réintégration  dans  la  librairie  d'une  bible  jadis 

prêtée  au  duc  de  Berry 395 

XVIII.  Notes  sur  la  prisée  des  livres  de  Charles  VI  et 
l'acquisition  qu'en  fit  Jean,  duc  de  Bedford 
(1424-1429) 396-398 

XIX.  Le  duc  de  Bedford  bibliophile 399-402 


Nogent-le-Rotrou,  impr.  Daupeley-Gouvekkeor. 


Universrey  u  T^raRY  F  AC1LITY 


AT 
LOS  ANGELES 


A    000  797  379     5 


^éé£ 


M 


(m 


■**ï 


P9à 


# 


*■**£ 


B  I